Retour sur une année complexe : les étudiants face au COVID-19

Par Philippe Zueras, étudiant M2TSM

Le sujet de mon rapport de stage de M1 a consisté à étudier l’impact du coronavirus sur le secteur de la traduction. Dans l’une de mes sous-parties, je me suis interrogé sur la façon dont les étudiants vivaient leur stage, et à plus grande échelle, sur leur ressenti vis-à-vis de l’année scolaire que nous venions de traverser. Pour ce faire, je me suis appuyé sur les enquêtes menées par l’OVE (Observatoire Vie Étudiante), puis j’ai réalisé un questionnaire que j’ai adressé aux étudiants de masters de traduction de diverses universités.

Des conséquences sociales et psychologiques

Ce n’est une surprise pour personne : les étudiants ont très mal vécu ces longs mois d’isolement sous l’emprise des contraintes imposées par le coronavirus. Si pour certains les cours à distance ont été vécus de manière positive en raison de la diminution de certains coûts financiers ou de l’économie de temps sur leurs trajets, le manque d’interaction entre les élèves et les professeurs a pesé lourdement sur leur moral et la constance de leur motivation. En effet, si ce virus se nourrit de la proximité sociale et trouve dans les contacts humains de quoi se propager, étudiants et enseignants ont souffert de ce manque de contact et d’échange.

Le site journalistique Actu se penche sur le sujet dans la métropole lilloise en mars 2021 avec un article intitulé « Comment la crise du Covid-19 a volé un an de la vie des étudiants ? » Son auteur, Julien Bouteiller, revient sur les difficultés liées aux cours à distance, à l’isolement, et sur l’anxiété et la détresse qui ont résulté de cette pandémie. Il indique même que dans les cas les plus graves, les étudiants ont pu développer des dépressions et des pensées suicidaires. Le recours aux Restos du Cœur a augmenté de plus de 50 % d’après l’une des employées, et les besoins de consultations psychologiques en ligne se sont développés. L’une de ces psychologues, Celia Benoist, s’exprime sur la solitude des étudiants, qui d’après elle doivent être écoutés, pour ne pas se laisser gagner par ses effets toxiques. Une assistante sociale poursuit dans ce sens et constate que les étudiants ont été « laissés à l’abandon, d’un point de vue de l’enseignement, mais aussi socialement et sanitairement ».

En septembre 2020, l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE) a publié une enquête assez éloquente sur la situation psychologique des étudiants et leurs difficultés à s’adapter durant le premier confinement. 31 % des étudiants ont présenté des signes de détresse psychologique, ce qui fait 11 points de plus que l’enquête santé de l’OVE en 2016. 28 % se déclaraient même souvent tristes et abattus. Parmi les problèmes les plus fréquemment cités par les étudiants participant à l’enquête, nous retrouvons la difficulté de s’organiser convenablement (51 %), les problèmes de connexion internet (39 %) et le manque de relations sociales (39 %).

À la fin de ce sondage, 45 % des élèves pensent que le confinement aura un impact négatif sur le bon déroulement de leurs études (contre 11 % de positif).

Bien que l’enquête soit très fiable, elle a été réalisée lors du premier confinement, et je n’ai personnellement pas été convaincu par ces chiffres par rapport à l’année que nous venons de traverser, où je les soupçonne d’être relativement plus élevés. En m’appuyant sur les retours des autres étudiants de ma promotion, et même sur notre master en général, le manque de relations sociales est quasi-unanime.

Dans la continuité de ces études, et puisqu’aucun sondage n’avait été réalisé au sujet des stages, alors j’ai créé le mien. L’objectif reste d’être préparés au métier de traducteur, et il me paraissait crucial pour mon sujet d’aller plus loin que ma seule perception des choses et de dresser un bilan global de l’expérience de chacun en stage avec les conditions particulières imposées par le coronavirus.

Il convient de préciser que le questionnaire a été réalisé le 11 mai 2021. Certains étudiants, provenant entre autres de l’ISIT ou même du master TSM n’avaient pas encore débuté leur stage à cette date. J’ai cependant reçu assez de réponses pour pouvoir établir une analyse plus approfondie. Les réponses proviennent d’étudiants de 5 masters spécialisés en traduction, dans les villes de Lille, Lyon, Nanterre, Bordeaux, et Caen.

L’adaptabilité et l’évolution des méthodes de travail

Globalement, en ce qui concerne les difficultés, que j’ai déjà abordées précédemment, c’est de très loin l’aspect social qui prédomine dans les réponses. Le manque de contact humain et de lien social a eu un impact très fort sur le moral des étudiants et sur leur motivation à poursuivre leurs études. Le second point qui revient assez fréquemment concerne bien entendu les cours à distance, mais la plupart précise que ce sont surtout les techniques informatiques qui ont pesé lourd dans le suivi des cours. En effet, suivre derrière un écran, chacune des manipulations de nos professeurs tout en saisissant le sens, et ce, à une vitesse parfois bien trop rapide pour assurer une compréhension correcte a été très complexe. En présentiel, il est toujours possible de questionner rapidement notre voisin ou voisine si nous perdons le fil à cause d’une erreur. La pandémie a rendu ceci impossible. La moindre mauvaise manipulation nous faisait perdre du temps et par conséquent écoute, compréhension et attention. Les replays ont été particulièrement utiles, bien que le logiciel n’ait pas été des plus ergonomiques. Quelques-uns soulignent aussi les difficultés de concentration liées aux nombreuses heures passées sur les écrans. Même si le travail sur ordinateur sera notre quotidien dans notre vie professionnelle en tant que traducteur, il est possible chez soi de gérer son temps, sa fatigue, et de choisir de faire une pause, ce qui n’est pas possible dans le cadre d’un suivi de cours à distance.

Personnellement, je ne vois pas que du négatif dans l’adaptabilité dont il a fallu faire preuve. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu savoir si mon avis était partagé et si les étudiants avaient aussi vu du positif dans cette situation. Je n’étais visiblement pas le seul, puisqu’une seule personne a répondu qu’elle n’avait observé aucun avantage. Dans l’absolu, ces changements dans nos pratiques n’ont pas été que pour nous déplaire. Si beaucoup soulignaient parfois des problèmes de constance dans le suivi des cours, la quasi-totalité admet que la pandémie a aussi installé un certain confort en ce qui concerne les horaires. Ils sont près de 80 % à souligner l’aisance que permettent les cours à distance. En effet, il suffit de se préparer et de se connecter. Il est plaisant de passer moins de temps dans les transports et de pouvoir gagner à la fois en temps de sommeil et en temps de travail. Il est intéressant de noter que la pandémie a provoqué un nouveau rythme de vie, les étudiants ont pu organiser leurs journées différemment et plusieurs reconnaissent avoir apprécié d’avoir eu plus de temps pour eux. Certains admettent même qu’un retour à la normale leur paraît compliqué et qu’il faudrait peut-être trouver un juste équilibre entre cours en présentiel et cours en distanciel.

La recherche de stage : les entreprises impactées et réticentes

Pour ce qui est de la partie « stage » du questionnaire, ma première question a porté sur le nombre de demandes envoyées pour trouver une entreprise d’accueil ou un indépendant. Les réponses vont d’une seule à 110, et j’obtiens une moyenne de 38 demandes pour une acceptation. Pour environ 75 % des refus, la crise sanitaire était invoquée comme prétexte, les entreprises justifiant que cette année, moins de stagiaires (voire aucun dans plusieurs cas) seraient acceptés. Malgré l’obligation d’effectuer un stage à l’étranger, 27 % des étudiants ne se sont pas risqués à envoyer des demandes à l’étranger en raison des incertitudes ou d’un éventuel risque d’annulation.

Alors que le stage devait se dérouler en présentiel, les conditions sanitaires ont rendu l’accueil des stagiaires difficile pour certaines entreprises ou particuliers. L’université a donc exceptionnellement autorisé les stages en distanciel. Pour autant, un peu plus de 50 % des étudiants ayant répondu ont tout de même réussi à faire leur stage en présentiel (j’inclus deux cas qui ont dû alterner entre présentiel et distanciel). Le port du masque et/ou l’utilisation de gel hydroalcoolique était alors obligatoire dans près d’un cas sur deux.

Pour ce qui est du distanciel, 80 % des étudiants interrogés ont rencontré des difficultés d’adaptation. Si la plupart constatent des problèmes liés à leurs facultés de concentration et à leur capacité d’organiser et de planifier leur journée de travail, d’autres ont ressenti une grande frustration à travailler en solitaire chez eux, et de n’avoir pas pu s’intégrer à l’équipe. Certains étudiants n’ont même pas vu le visage de leurs interlocuteurs. Quelques-uns vont même jusqu’à parler de « manque de vie » et « d’impression de ramasser les miettes […] de projets de traduction pas vraiment intéressants ». Malgré ce manque de communication, environ deux tiers des participants ont tout de même réussi à collaborer avec d’autres traducteurs.

Parallèlement à ces problèmes de communication, j’ai interrogé les étudiants sur l’évolution des méthodes d’échange au sein de leurs entreprises d’accueil. Je n’ai noté aucune évolution particulière liée au coronavirus excepté pour mon cas et celui d’une autre étudiante. Pour ce qui est de mon expérience, la communication de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage s’effectue normalement par appels internes, pour éviter les déplacements dans le bâtiment, mais aujourd’hui, l’agence utilise massivement Skype pour assurer la continuité des échanges. En consultant les réponses détaillées des questionnaires, j’ai toutefois relevé quelques incohérences. Certains se sont plaints des problèmes de communication liés au coronavirus, mais m’ont ensuite indiqué que les méthodes n’avaient pas évolué. J’en ai donc déduit qu’ils faisaient plutôt face à la réalité du métier qu’à un réel effet consécutif à la pandémie.

Par chance, les entreprises restent majoritairement compétitives. Pour 60 % des étudiants interrogés, la crise sanitaire n’a eu aucun impact sur la productivité de l’entreprise, qui a donc pu leur fournir une charge de travail réelle.

Certaines de mes questions n’étaient destinées qu’aux étudiants de M2, l’une d’entre elles concernait la recherche de stage. M. Loock et d’autres enseignants nous ont expliqué en cours d’année qu’il était plus simple de trouver un stage pour un étudiant en M2 que pour un étudiant en M1 et j’ai voulu savoir si cette information restait vraie dans cette période particulière. Les retours prouvent qu’ils ont aussi fait les frais de l’impact de cette crise sanitaire, puisque le verdict est sans appel : trouver un stage a été, dans les meilleurs cas, aussi difficile, et dans les pires, plus complexe. Cependant, 80 % des M2 (en majorité des TSM) se sentent prêts à exercer le métier de traducteur.

Paroles de stagiaires

Pour finir, j’ai tenu à poser deux questions dans le but de savoir ce que les étudiants pensaient globalement de leurs stages. Pour l’une d’entre elles, il s’agissait de dresser un premier bilan de leur expérience de stage, même si elle n’était pas complètement terminée. Si quelques rares interrogés parlent d’ennui ponctuel, de semaines monotones, de manque de suivi ou de tuteur passif, le bilan reste extrêmement positif, avec plus de 85 % de satisfaction. Ceux qui ont eu l’amabilité de développer leurs réponses parlent d’un très bon entraînement à la réalité du métier, de la diversité des tâches et des vertus formatrices du stage.

La seconde question a porté sur la professionnalisation et le stage, et tous ont reconnu que cette immersion n’a que des avantages pour prendre toute la mesure des exigences liées à la profession malgré un certain manque de suivi pour quelques-uns.

Quelques retours d’expérience. Les avis divergent…

… mais restent majoritairement très positifs.

Sources :

http://www.ove-national.education.fr/publication/ove-infos-n42-la-vie-etudiante-au-temps-de-la-pandemie-de-covid-19/

https://actu.fr/societe/coronavirus/enquete-comment-la-crise-du-covid-19-a-vole-un-an-de-la-vie-des-etudiants-de-lille_39518400.html

https://changethework.com/impact-covid-sante-mentale/

L’innovation sur les bancs de la fac !

Par Céline Gherbi, étudiante M1 TSM

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Si vous pensez ne pouvoir suivre que des cours théoriques sur les bancs de la fac, vous vous trompez. La révolution digitale a apporté son lot de changements dans notre quotidien pourtant en matière d’enseignement, nous avons encore tendance à nous tourner vers d’anciens modèles d’apprentissage. Il est vrai que l’innovation inquiète parfois, car elle comporte une prise de risque et les changements qu’elle implique demandent un effort d’adaptation et souvent beaucoup de travail. Pourtant, cette année les étudiants du Master TSM, dont je fais partie, ont découvert une façon originale de s’exercer à leur futur métier. En effet, les enseignants se sont engagés dans une nouvelle forme d’apprentissage pour permettre à leurs étudiants de se confronter au monde du travail et de mettre en pratique leurs récents acquis en matière de traduction, d’outils informatiques et de gestion de projet au sein d’un cadre pédagogique sécurisant. L’idée, à la fois simple et complexe, qu’ils ont menée à bien, est celle de créer une agence virtuelle de traduction entièrement gérée par les étudiants et nommée Skills Lab.

 

Afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants d’un tel projet, M. Loock, responsable du parcours de master, a accepté de répondre à mes questions.

 

Pourquoi avoir intégré le Skills Lab au programme du Master TSM ? Quelles étaient vos attentes ?

L’objectif global était de placer les étudiants dans une situation de simulation vis-à-vis de projets de traductions réels à réceptionner et à livrer, le tout en quasi autonomie. Ceci relevait de la politique globale de la formation, qui met l’accent sur la professionnalisation en préparant les étudiants le plus possible à la vie professionnelle qui les attend.

Mais il y avait d’autres objectifs, comme la volonté de décloisonner les enseignements et de sortir du cadre des cours traditionnels. Les étudiants de master, notamment en M1, ont encore une vision des études qui est celle du secondaire et parfois de la licence en France : les enseignements sont considérés de façon individuelle, avec des évaluations distinctes, qu’il convient de valider. Avec le Skills Lab, il s’agit de mobiliser les compétences acquises lors de différents enseignements (gestion de projets, terminologie, traduction, TAO, outils de corpus, etc.) au service d’un ensemble de tâches, à savoir la gestion d’une série de projets de traduction réels. Un autre objectif était d’amener les étudiants de M1 et de M2 à travailler ensemble, ce qui jusqu’alors ne se faisait pas. Enfin, en plaçant les étudiants en autonomie, l’objectif était aussi de les amener à prendre du recul vis-à-vis de leur travail et de leurs compétences : par définition lorsque l’on est placé en autonomie, on commet des erreurs, mais c’est justement en commettant ces erreurs et en les corrigeant que l’on apprend, et surtout que l’on prend confiance en soi.

Avez-vous hésité avec d’autres formes d’apprentissage ?

Si l’on souhaite que les étudiants soient rapidement en lien direct avec le monde professionnel, il existe bien entendu les stages, qui ont été mis en place dès la création du master en 2004, mais il existe d’autres possibilités, comme par exemple le master en alternance, qui implique que chaque étudiant doive en début d’année universitaire trouver une agence/entreprise susceptible de les accueillir pour l’année. En traduction, ceci peut être difficile pour les étudiants, surtout s’il s’agit de trouver une agence/entreprise de la région, et cette possibilité n’est donc pas envisageable. En plus des stages, le cours « Projet de Traduction », où les étudiants travaillent sous la supervision de traducteurs professionnels, permet également ce lien avec le monde professionnel, mais le Skills Lab permet d’aller plus loin. Une autre possibilité, compatible avec le Skills Lab d’ailleurs, est la création d’une Junior Entreprise, mais la charge administrative pour la gestion d’une telle structure est lourde, et sa mise en place longue ; le passage de relais entre les étudiants, qui ne sont présents qu’entre mi-septembre et mars sur le campus, pourrait d’ailleurs être problématique.  A l’inverse, la mise en place d’un Skills Lab peut se faire d’une année sur l’autre, en réaménageant la structure des enseignements. C’est le choix qui a été fait pour compléter la mise en situation lors des stages obligatoires et dans le cadre des cours « Projet de Traduction ».

Avez-vous rencontré des obstacles lors de la mise en place ou l’aboutissement de ce projet ? Si oui, quelles ont été les solutions ?

Quel que soit le projet, il y a toujours des obstacles. Il a d’abord fallu convaincre les professionnels en charge des cours « Projet de Traduction » qu’une réorganisation permettant la mise en place d’un Skills Lab était nécessaire. Ceci redéfinit nécessairement le rôle des formateurs, qui doivent trouver une nouvelle place afin d’accompagner et d’évaluer les étudiants.

Il a également fallu trouver les « clients », ce qui a suscité des inquiétudes au départ, mais en fait cela ne fut pas si difficile malgré un calendrier compliqué pour eux (envoi des documents à traduire en novembre, pour une livraison en mai-juin, après évaluation). De même, l’organisation logistique n’a pas véritablement posé de problèmes : le calendrier universitaire a été réorganisé afin de libérer une semaine de tous les enseignements TSM. L’UFR LEA, qui soutient toujours les projets proposés, a facilité l’organisation matérielle : réservation de salles à la semaine, mise à disposition d’un badge, etc.

Enfin, l’éternelle question des moyens. Il s’agissait de mettre en place un nouveau dispositif à coût constant, même si pour la première année, nous avons bénéficié d’une petite enveloppe budgétaire puisque le dispositif a été reconnu projet pédagogique innovant par l’université. Il a donc fallu réorganiser les heures consacrées au cours « Projet de traduction » afin de maintenir le projet individuel tout en instaurant le projet collaboratif au sein du Skills Lab. Il a également fallu s’assurer de la présence volontaire des professionnels pour les simulations d’entretien qui ont eu lieu en décembre et ont été visiblement très appréciés des étudiants.

Êtes-vous satisfait de cette première édition ?

Oui, tout à fait. Les étudiants ont rempli leur contrat et se sont montrés globalement très enthousiastes. La lecture des rapports rédigés après le Skills Lab montre qu’ils en retirent beaucoup de choses positives, même si certaines difficultés sont apparues. Les projets de traduction ont été livrés et apportent satisfaction aux clients, ce qui est une très bonne chose. Les enseignants ayant supervisé le projet trouvent également que le dispositif a permis aux étudiants de gagner en autonomie et de prendre conscience de leurs compétences professionnelles. Les étudiants de M2 en particulier ont pu mesurer le chemin parcouru depuis le M1 et se sont montrés particulièrement habiles dans leur gestion des choses : les conseils qu’ils ont pu donner aux M1 pour la révision des textes étaient généralement très bien vus.

Bien entendu, il y a eu quelques difficultés : s’agissant d’une première édition, le dispositif était expérimental. Notamment, les étudiants de M1, qui pour la plupart n’avaient jamais effectué de stage en agence/entreprise, ont eu un peu de mal à trouver leur place au sein du dispositif. Il conviendra de mieux les guider l’an prochain, mais ils bénéficieront déjà de l’expérience des M2 qui en M1 auront connu le Skills Lab contrairement aux étudiants de cette année et seront donc plus à même de les guider et de créer les conditions propices à une collaboration rapprochée. Également, le rôle des préparateurs de ressources n’avait pas été suffisamment bien pensé (ils n’étaient notamment pas suffisamment nombreux), ce qui a posé des difficultés pour la traduction, et par ricochet, pour la révision. Le dispositif sera donc adapté.

Dans le cadre du Skills Lab et de l’INSTB dont le Master TSM fait partie, une étude scientifique de l’influence de tels dispositifs sur la façon dont les étudiants perçoivent leurs compétences est en cours. Les premiers résultats, qui ont été présentés au mois de juin à un colloque sur la didactique de la traduction à Barcelone (didtrad2018), montrent en effet une évolution (présentation disponible ici). Les 268 étudiants inscrits dans les formations européennes membres de l’INSTB ont répondu au même questionnaire avant et après le travail collaboratif au sein d’un Skills Lab ou d’un bureau virtuel de traduction, et les résultats, concernant pour le moment 4 universités dont l’Université de Lille, montrent que les étudiants estiment avoir davantage de compétences à l’issue d’un tel travail collaboratif, qu’il s’agisse de compétences techniques, liées à la gestion du temps, ou encore au travail en équipe (les fameuses soft skills). Ces résultats encourageants feront l’objet d’une publication scientifique.

Avez-vous décidé d’apporter des modifications à la seconde édition ?

Oui, puisque toute première édition est nécessairement expérimentale. La lecture des rapports rédigés à l’issue du Skills Lab a permis de comprendre certaines des difficultés rencontrées par les M1 notamment, mais aussi certains problèmes d’organisation relatifs à la préparation des ressources. Pour l’édition 2019, où les autres langues de travail seront intégrées, il y aura davantage de gestionnaires de projets et de préparateurs de ressources, et les étudiants de M1 ne seront plus limités à la traduction. Beaucoup d’étudiants pourront assurer deux rôles distincts, par exemple traduction/préparation de ressources ou encore révision/préparation de ressources. Un debriefing après le Skills Lab sera également programmé dès le vendredi soir, dernier jour du dispositif, car les étudiants de cette année auraient aimé que ce soit le cas. La facturation des projets pourrait également faire l’objet d’une attention accrue, même si celle-ci est fictive, les projets ne faisant pas l’objet d’une vraie rémunération.

En revanche, bien que cela soit une demande des étudiants, nous ne pouvons malheureusement pas étendre le Skills Lab et proposer une durée de deux semaines : les étudiants de M2 partent en stage très tôt et ont beaucoup de projets à remettre avant leur départ. Le Skills Lab 2019 sera en revanche légèrement décalé afin que les étudiants de M2 n’aient pas comme cette année à gérer de front tous ces projets et le Skills Lab, qui sera placé la toute dernière semaine avant leur départ, l’ensemble des autres projets ayant été rendus en amont.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Des « clients » se sont déjà manifestés pour la prochaine édition, ce qui est bon signe !

 

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Ci-dessus les premiers clients de notre agence.

 

En tant qu’étudiante, j’ai pour ma part beaucoup apprécié le Skills Lab pour ce qu’il m’a apporté en matière de compétences, mais au-delà de ça, j’ai beaucoup aimé participer à ce projet parce qu’il ne s’agissait plus d’étudier avec pour seule finalité l’obtention d’une note, cette fois, mon travail allait être utile à d’autres.

Je vous invite donc à cliquer ici pour lire le billet de blog d’Alessandro Circo qui vous emmènera au cœur de notre petite entreprise et ici afin d’en apprendre davantage sur notre formation et venir nous rejoindre.

 

Méfiez-vous de Google Translate

Article original en anglais Warning about Google Translate rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Emma Le Barazer, étudiante en M2, Master TSM à l’Université Lille3

 

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Je me retrouve souvent à réviser des textes rédigés en anglais par des locuteurs non natifs (le plus souvent par des Espagnols, car j’arrive à déchiffrer ce qu’ils essayaient de dire). La plupart du temps, j’apprécie cette activité car les sujets sont intéressants, la qualité de la langue n’est en général pas trop mauvaise, et cette tâche ne m’oblige pas trop à taper au clavier (et mes bras se reposent un peu, alors que je souffre depuis peu de troubles musculo-squelettiques).

Cette semaine, j’ai reçu deux projets de ce type, on ne peut plus différents. Le premier texte, plus long, était assez simple, mais le second comportait de longs passages dont je n’arrivais tout simplement pas à démêler le sens. Je me suis échinée à le réviser, puis je l’ai renvoyé à l’agence avec des commentaires pour demander des éclaircissements sur certains points, et de nombreuses phrases surlignées, car elles étaient non seulement incorrectes d’un point de vue grammatical, mais aussi quasi incompréhensibles.

« Des phrases grammaticalement incorrectes et quasi incompréhensibles »

Je dois être trop naïve, car l’agence a tout de suite soupçonné que quelque chose clochait. J’imaginais que le rédacteur avait simplement surestimé ses compétences en langue étrangère. Comme certaines parties du texte ne contenaient pas d’erreurs de grammaire et étaient plutôt bien rédigées, j’avais même pensé que le texte avait été rédigé par deux auteurs, pour un résultat très hétérogène. Le chef de projet, en revanche, a contacté le client final et découvert qu’il existait une version en espagnol, qu’il a ensuite passé dans Google Translate pour obtenir un résultat identique au texte qui m’avait été envoyé.

De toute évidence, le client avait espéré faire des économies en faisant faire une traduction au prix d’une révision. Malheureusement pour lui, ce procédé a eu l’effet inverse, puisque le client a dû payer pour le temps que j’ai passé en révision (même s’il m’a été impossible de livrer un produit fini et prêt à être publié étant donné la qualité déplorable du texte original), et pour une traduction.

« Le sens était parfois totalement déformé »

Cela étant dit, ce qui m’a le plus surpris dans cette histoire, ce n’est pas que le client ait essayé de s’en sortir par un tour de passe-passe (de nos jours, c’est très prévisible). Comme je l’ai mentionné, certaines parties du texte traduit avec Google Translate ne contenaient pas ou peu d’erreurs, ce qui me semblait indiquer que l’outil n’est finalement pas si mauvais, malgré ses défauts les plus criants. Mais après analyse des textes sources et cibles, il s’est avéré que ces phrases, bien que correctes, n’avaient pas tout à fait le même sens qu’en espagnol, voire que le sens avait été totalement déformé.

« Restez prudents avec les outils gratuits tels que Google Translate »

La leçon à retenir, surtout si vous êtes client, c’est de rester prudent avec les outils gratuits tels que Google Translate. Ils sont (parfois) très utiles pour se faire une idée générale d’un texte que vous ne comprenez pas, et j’y ai moi-même recouru pour des langues que je ne maîtrise pas. Mais on ne peut pas les utiliser pour des traductions professionnelles. Si vous souhaitez rendre votre texte dans une autre langue, vous n’aurez pas d’autre choix que d’engager un traducteur pour vous livrer une bonne traduction. Et oui, ça vous coûtera plus cher qu’une simple révision, bien plus cher, même. Mais, à condition de faire appel à un traducteur qui sait ce qu’il fait, le résultat en vaudra la chandelle.

 

Ce billet a initialement été publié sur un blog de Nikki Graham le 14/11/2013.