Parlons du réviseur-relecteur

Par Elena Valevska, étudiante M1 TSM

Valevska

 

De nos jours, cela ne fait plus aucun doute qu’un bon traducteur doit savoir se rendre invisible. Il doit être capable de ne pas faire sentir sa présence et de donner au lecteur l’impression qu’il est en train de lire un texte original et non pas une traduction. C’est là que le réviseur-relecteur entre en jeu : il veille à ce que le produit final soit propre, cohérent et sans oublis, tout en conservant le sens de l’original. Chaque agence de traduction qui respecte ses clients va faire appel à des réviseurs afin de pouvoir assurer la qualité de la traduction. Bien que l’on ne parle pas souvent du réviseur, son rôle n’est pas moins important : en 2006, le Comité européen de normalisation a publié la norme européenne EN-15038 sur les services de traduction, plus tard remplacée par la norme internationale ISO 17100 en 2015, les deux stipulant qu’une traduction doit être révisée afin de garantir sa qualité[i][ii].

Vous aurez remarqué qu’en parlant de « réviseur-relecteur » je regroupe deux concepts sous un même toit : la révision et la relecture. De manière générale, la révision prend pour but l’amélioration du texte dans son entièreté, contrairement à la relecture qui consiste à vérifier l’orthographe, la typographie et la grammaire. Pendant l’étape de révision d’un document, le réviseur va par exemple vérifier et valider la terminologie utilisée par le traducteur, reformuler des phrases longues ou complexes et s’occuper des formulations lourdes. Certaines agences séparent les deux étapes, avec une personne qui se chargera de la révision et, ensuite, une autre de la relecture, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans l’agence de traduction qui m’a accueillie, le plus souvent une personne se chargera de la révision et de la relecture à la fois, alors qu’une autre personne fera le dernier contrôle sur papier. Durant cette « deuxième relecture », le relecteur va vérifier si les noms sont épelés correctement, si les dates et les chiffres ne sont pas erronés, si la typographie est en ligne avec les normes de la langue cible (l’utilisation d’un tiret long, les espaces insécables, le point-virgule), pour donner quelques exemples.

Or, qu’est-ce que le métier de reviseur-relecteur, alors ? Pendant mon stage, la révision était l’une de mes missions principales, et j’ai également eu l’occasion d’entretenir avec les autres réviseurs. Voici ce que j’ai appris.

L’humilité. Le but n’est pas d’imposer son propre style ni de démontrer sa virtuosité linguistique, mais d’essayer d’améliorer le résultat final en respectant les choix faits par le traducteur.

La subjectivité. La ligne de démarcation entre une correction de préférence et une amélioration du style est fine. En règle générale, sauf dans le cas d’un contre-sens, la plupart du temps il vaut mieux laisser tel quel. Sinon, on risque de casser le « rythme » de l’original, mais chaque traducteur a des tournures préférées et un style défini, il a fait des choix précis qui ne sont pas toujours évidents.

Les consignes des clients. Certains donnent des consignes très claires, d’autres n’en donnent pas du tout. Parfois ils disent une chose, pour changer d’avis plus tard. Il faut être proactif, soulever des questions en cas de doute et s’attaquer aux problèmes dès qu’ils surviennent si l’on souhaite éviter du travail supplémentaire.

Le temps investi. Certains clients ont tendance à envoyer des documents mal traduits parce que la révision coûte moins cher, et certains traducteurs envoient du travail fait à moitié parce qu’ils enchaînent les délais. Dans les deux cas, cela signifie beaucoup de travail supplémentaire pour le réviseur.

La responsabilité. Comme le réviseur est la dernière personne à juger la qualité d’un texte, il lui incombe beaucoup de responsabilité. Tout comme le traducteur, le réviseur reste invisible sauf s’il y a un problème.

L’interférence linguistique. Trait qu’il a probablement en commun avec le traducteur, le réviseur passe tellement de temps entre plusieurs langues, analysant tous les détails, que des moments brefs de confusion peuvent se produire, où la langue étrangère commence à influencer la langue maternelle.

 

[i] Comité européen de normalisation. 2006. Norme européenne EN 15038:2006. Services de traduction, exigences requises pour la prestation du service. Bruxelles, Institut belge de normalisation.

[ii] ISO 17100:2015 Translation Services-Requirements for Translation Services. Technical Committee ISO/TC37, 2015.

 

Relire un texte sans connaître la langue source : mission impossible ?

Par Célia Jankowski, étudiante M2 TSM

 

Relire un texte, tout bon traducteur le sait, n’est pas une tâche anodine. La relecture est une étape indispensable du processus traductif, et ne doit en aucun cas être prise à la légère. Peu d’agences ou de traducteurs renvoient à leurs clients des textes non relus.

Or, imaginez cette situation : vous êtes traducteur, et on vous demande de relire un texte, afin de corriger les éventuelles erreurs et coquilles oubliées par le traducteur. Pas de problème, vous répondez. Vous recevez le document, l’ouvrez dans votre outil de TAO préféré, et là, horreur : le texte source est dans une langue que vous ne maîtrisez pas du tout ! Vous n’en comprenez pas un mot. Vous demandez confirmation auprès de celui ou celle qui vous a demandé d’effectuer cette tâche : non non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon document.

Un traducteur, confronté pour la première fois à ce genre de situation, peut être déconcerté. Est-ce normal de recevoir une telle demande ? Est-ce seulement possible ?

Pas de panique, c’est tout à fait faisable. Mais un peu différemment.

Revision1Ne vous inquiétez pas, ça va aller !

 

Lorsque vous révisez un texte, en général, le but est bien sûr de relever et corriger les fautes d’accord, de frappe, de ponctuation, ainsi qu’améliorer la syntaxe si nécessaire. Mais il faut aussi aller un peu plus loin et comparer la traduction à l’original, vérifiant ainsi que tout les éléments présents dans la source sont bien retranscrits dans la cible, et ce de manière correcte. Bien évidemment, ce dernier point est impossible sans comprendre la langue du texte source ; dans notre cas, il faudra donc faire l’impasse sur ce point. Qu’à cela ne tienne ! L’agence ou la personne qui vous a confié cette tâche fait manifestement confiance à son traducteur, il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Commencez par déterminer le skopos du texte : à qui est-il destiné ? Pourquoi a-t-il été rédigé ? N’hésitez pas à poser ces questions à celui qui vous a confié la relecture si vous ne parvenez pas à déterminer cela seul : les réponses à ces questions sont primordiales pour une bonne relecture.

Ensuite, comme dans une relecture traditionnelle, il reste à corriger les fautes de frappe, d’accord, d’orthographe éventuelles, améliorer la syntaxe si vous le jugez nécessaire… Et puis vous tombez sur un mot, une expression qui vous semble étrange et peu adaptée au contexte. Oui, mais voilà : comme expliqué précédemment, pas moyen de vérifier dans le texte source si c’est vraiment le bon terme. Et pas question de passer au traducteur automatique pour tenter de trouver une réponse vous-même ! La seule solution : marquer le mot ou expression posant problème, et le signaler lorsque vous renverrez le texte relu.

Votre relecture est terminée. N’oubliez pas de résumer les problèmes au moment de renvoyer le fruit de votre labeur, et votre rôle s’arrête (normalement) là. Ouf, ce n’était pas si compliqué au final, quoiqu’un peu fastidieux et étrange. Mais n’existe-t-il pas une meilleure façon de réaliser une telle relecture ?

Eh bien, si ! Il est possible d’effectuer ce que l’on appelle une « relecture croisée », qui fait collaborer le relecteur et le traducteur. Le relecteur relit à voix haute la traduction, pendant que le traducteur relit silencieusement l’original, en vérifiant qu’il a bien retranscrit le sens dans sa traduction. Il peut à ce moment-là demander confirmation à son relecteur, lui précisant le sens de l’expression ou du terme dont il n’est pas sûr et lui demandant si l’idée est bien retranscrite. Cela permet un véritable échange entre le traducteur et le relecteur, qui peuvent ainsi se poser des questions et se faire des remarques en direct, et modifier la traduction immédiatement, sans que le relecteur ait besoin d’annoter les termes lui posant problème, problème que parfois le traducteur ne comprend pas forcément.

Du point de vue du traducteur, cela lui permet d’économiser du temps : en effectuant les modifications nécessaires au fur et à mesure de la relecture, pas besoin de rouvrir une nouvelle fois le texte à la fin de celle-ci pour retrouver les anomalies détectées par le relecteur. Du point de vue du relecteur, cela lui permet d’en apprendre plus sur le texte source, de mieux comprendre ce qu’il relit et de poser autant de questions que nécessaire à l’auteur de la traduction, ainsi que d’être plus sûr de lui dans ses suggestions : plus besoin de tergiverser de son côté quant à l’adéquation d’un certain terme, il n’a qu’à faire part de ses doutes au traducteur.

Une telle pratique a de nombreux avantages : plus les deux acteurs travaillent ensemble, plus la relecture sera efficace : le relecteur apprend des habitudes de traductions du traducteur, et le traducteur enregistre les remarques du relecteur. Une véritable collaboration se crée, et une « équipe » naît, qui s’entraide et qui se fait confiance.

La relecture croisée peut très bien se faire avec un relecteur chevronné, mais aussi avec un relecteur novice : le traducteur lui apprend les « ficelles » du métier et lui explique au fur et à mesure les choix à faire selon les problèmes rencontrés. Inversement, un relecteur (ou traducteur, qui ici endossera le rôle de relecteur) peut très bien s’associer à un traducteur novice, pour l’aider à parfaire sa traduction et lui expliquer comment éviter certaines erreurs.

Revision2Il est toujours possible d’appeler du renfort pour des expressions particulièrement coriaces.

 

Mais pourquoi vous confier une telle tâche, me demanderez-vous ? Eh bien, vous étiez peut-être la seule personne pouvant bien relire un document spécifique, que ce soit de par votre expertise en la matière dont le texte traite, ou bien vous étiez tout simplement la seule personne disponible dont la langue maternelle est celle du texte cible ou à même d’effectuer la relecture dans les délais.

Cela a été mon cas lorsque j’ai effectué mon tout premier stage de traduction dans une agence belge. Située dans la partie néerlandophone du pays, je ne m’attendais cependant pas à devoir relire des textes dans une langue source qui m’était totalement inconnue : le néerlandais. En effet, la plupart des commandes reçues consistaient à traduire des textes néerlandais vers le français, ce que j’étais par conséquent incapable de faire. Je me suis donc vu assigner le rôle de relectrice. Cependant, une fois la surprise initiale passée, et à l’aide d’une relecture croisée quasi systématique pratiquée avec mon maître de stage, tout s’est bien déroulé !

Voilà pourquoi il ne faut pas vous laisser impressionner par cette tâche sous le prétexte que la langue source vous est inconnue. Celui qui vous a confié cette tâche avait très certainement de bonnes raisons de vous l’attribuer, et vous êtes très certainement capable de l’effectuer sans problème ! À vos claviers.

Revision3Ça va mieux ?

 

La relecture croisée vous intéresse, et vous souhaitez en savoir plus à ce sujet ? Je vous invite à lire cet article de Jean-François Allain, publié en 2010 dans la revue en ligne Traduire, numéro 223.

La révision : un sac de nœuds ?

Article original en anglais Revision: a Can of Worms? rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Élisa Marcel, étudiante en M2, Master TSM à l’Université de Lille

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ?

Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ?

sac-de-noeuds

 

La révision est un sujet très épineux, comme je l’ai déjà mentionné dans mon premier billet sur le sujet. Elle peut engendrer beaucoup de sentiments négatifs si vous pensez que les changements apportés à votre travail n’étaient pas utiles et si l’opinion du réviseur pourrait vous faire perdre un client.

Mais et si le réviseur criait « c’est trop littéral ! » à tout bout de champ et modifiait vos phrases de façon si drastique que, d’une part, elles n’auraient plus rien à voir avec la traduction originale, et d’autre part, ne refléteraient plus les idées de l’auteur ?

C’est ce qui m’est arrivé récemment. L’auteur avait un style légèrement poétique et faisait apparaître des images dans les esprits pour brosser un tableau d’un lieu ou d’un évènement, ce que j’ai vraiment trouvé attrayant pour une fois, et c’est pour cette raison que j’ai conservé toutes ses idées originales. L’espagnol peut parfois se révéler terriblement fleuri et il faut supprimer beaucoup de fioritures avant de publier des textes qu’une audience anglophone soit capable de digérer. Mais dans ce cas, j’ai compris de quoi l’auteur parlait et j’ai pensé que ses mots parlaient d’eux-mêmes. Il n’était pas nécessaire de les changer, il fallait juste les formuler dans des phrases qui sonnaient anglaises et je pensais avoir assez bien réussi ce travail.

Le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées

Toutefois, le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées et a modifié absolument toutes ces images. Il a même changé une idée négative en idée positive, ce qui m’a horrifiée, consternée et totalement stupéfiée. Les mots de l’auteur avaient été retouchés pour créer une scène bien plus fade et paraphrasée en banalités qu’on peut trouver partout sur Internet. Je ne peux qu’assumer que cet autre traducteur a révisé le texte à la hâte, n’a pas beaucoup consulté la source, n’a pas vraiment compris le sujet du texte faute de recherches et manquait sérieusement d’imagination.

La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source

Quand on m’a renvoyé le texte, il avait été modifié presque au point d’être méconnaissable, plusieurs erreurs graves avaient été introduites et il avait déjà été publié. Parce-que personne n’a pensé à me demander mon avis. Le client final avait manifestement décidé de faire confiance au réviseur de façon implicite et moi pas du tout. Et comme je l’ai mentionné dans mon billet précédent, je pense que c’est une énorme erreur en général. La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source.

Je considère ma version comme étant fidèle à l’original et la version modifiée n’est selon moi pas vraiment une traduction. En effet, j’ai conservé les métaphores et les analogies de l’auteur étant donné que dans ce cas, je pensais qu’elles fonctionnaient bien en anglais. Bien sûr, le réviseur n’avait pas fait cela et ne le pensait pas. Bien entendu, si c’était ce que le client voulait (pas l’auteur dans ce cas), qui suis-je pour contester ? Mais comme c’était un article signé par un auteur, j’estimais qu’il était important de faire entendre sa voix, qu’il n’était pas convenable que le traducteur ou le réviseur arrivent et apposent leur tampon dessus en pensant qu’ils sont plus avisés.

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ? Quand les réviseurs font trop de zèle et, dans leur arrogance, croient que leur opinion est la seule qui compte. Quand ils montrent un manque total de respect pour le style de l’auteur et du traducteur. Quand tout ce qu’ils veulent faire, c’est couvrir une révision de rouge pour prouver qu’ils méritent leur prix et pour s’assurer que le client viendra vers eux la prochaine fois pour traduire ses textes.

Je me suis rendu compte que tout ceci est un vrai sac de nœuds. D’autres fois, je me suis fait taper les doigts par des auteurs parce-que je m’étais trop éloignée de leurs mots, parce-qu’en essayant de rendre leurs textes plus fluides en anglais, j’ai modifié des expressions et des structures de phrases d’une façon qu’ils n’appréciaient pas. Ce qui me ramène à l’autre question que j’ai posée au début de ce billet : Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ? C’est un problème auquel je réfléchis lorsque je travaille. Devrais-je traduire ce que l’auteur a dit ou devrais-je l’améliorer quand c’est possible ? Et si en améliorant le texte, ce n’est plus une traduction à proprement dire, est-ce que c’est vraiment important tant que celui qui paye est content ?

 

Il y a une discussion sur ce billet et les questions qu’il soulève dans le forum Proz.com sur LinkedIn, que vous pouvez trouver ici. Et si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions.

 

Ce billet a initialement été publié sur le blog de Nikki Graham le 06/03/2016.

La révision : un sujet épineux

Article original en anglais The Thorny Subject of Revisions rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Théo Dujardin, étudiant en M2, Master TSM à l’Université Lille3

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Personne n’aime récupérer une de ses traductions truffée de modifications et de commentaires, car cela indique surtout que le client n’est pas satisfait du travail fourni. Une erreur est une erreur ; il faut l’admettre et la corriger. C’est en apprenant de ses fautes que l’on s’améliore et que l’on apprend à ne plus retomber dans les mêmes pièges. Il faut aussi croiser les doigts que les conséquences ne soient pas trop graves et que la relation avec le client ne s’en trouve pas compromise.

Lorsqu’il n’y a, en revanche, aucun problème à signaler, et que le rouge ne met en évidence que des divergences d’opinions subjectives entre traducteur et réviseur, c’est une autre histoire. L’échange qui s’ensuit peut vite se transformer en une joute verbale pour déterminer qui a raison et qui a tort. Au final, comme dans un match de tennis de table, même si l’un des deux camps finit par remporter la victoire, chacun peut tout de même marquer des points au cours de l’échange.

Depuis longtemps, la révision a été un sujet délicat. C’est pour cela que les forums grouillent de messages de traducteurs mécontents qui grincent des dents après que leurs textes ont été édités sans raison valable et auxquels on a apporté des « modifications injustifiées ». J’ai souvent été amenée à travailler d’un côté comme de l’autre, et en tant que réviseur, des « modifications injustifiées », j’en ai faites un certain nombre, car mon but a été et sera toujours de fournir au client final le meilleur rendu possible de son texte. Pour ce faire, il est parfois nécessaire de modifier quelques éléments çà et là pour que le texte soit plus fluide.

La révision devrait être appréhendée comme un travail collaboratif

Il est infiniment préférable que ces modifications aient lieu dans un esprit de coopération. L’agence devrait envoyer une copie du texte révisé au traducteur original, qui serait libre d’approuver (ou non) les modifications avant d’envoyer la traduction au client final. Or de nos jours, nombreuses sont les agences à sauter entièrement cette étape ; elles se contentent de donner au traducteur une copie révisée à titre purement informatif, ou pour justifier qu’il sera moins payé après que le texte a été livré au client final et qu’il est trop tard pour donner son avis quant aux modifications apportées.

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Je peux comprendre pourquoi certaines agences ne laissent pas le traducteur donner son opinion quant à la révision. Parfois, il n’y a malheureusement pas le temps pour que traducteur et réviseur se renvoient la balle. Dans d’autres cas, la révision n’est qu’une étape que l’on sous-traite histoire de pouvoir cocher la case « contrôle qualité » d’une check-list, sans se préoccuper véritablement du résultat final. Autre possibilité : certaines agences sont peut-être lasses d’avoir affaire à des traducteurs grognons incapables d’accepter l’idée que le fruit de leur travail puisse être amélioré et qui estiment qu’ils doivent contester la moindre modification qu’apporte le réviseur afin de prouver leur valeur. Malheureusement, ce comportement est souvent la conséquence directe du fait que certaines agences vont les payer moins si une « erreur » est repérée dans un texte. C’est un cercle vicieux.

La langue est telle qu’une seule et même personne ne peut avoir toutes les réponses

Si une agence ne donne pas de droit de regard au traducteur quant aux modifications, elles placent toute leur confiance en une seule personne. Cependant, la langue est telle qu’une seule et même personne ne peut détenir toutes les réponses. Une erreur ou une phrase un peu bancale ne signifie pas pour autant que le texte entier soit mauvais, ni que l’avis du traducteur (qui a une bien meilleure connaissance du texte après le travail de recherche qu’il a dû effectuer pour pouvoir traduire) ne compte plus.

D’une part, lorsque je mets ma casquette de réviseur, j’indique souvent aux agences que j’estime que le traducteur a fait du bon travail, quand bien même j’y ai apporté des modifications. La principale raison est que je n’ai pas envie qu’elles aient une mauvaise impression sur cette personne et ne fassent plus appel à elle à l’avenir. D’autre part, lorsque je reçois une de mes traductions révisées, j’accepte généralement tous les changements sans chercher à me plaindre, sauf dans les cas où la qualité du texte s’en est retrouvée appauvrie. La vie est trop courte, il faut accepter que chacun a son propre style, que l’on affectionne particulièrement certaines phrases et expressions tandis que l’on évite coûte que coûte d’utiliser certaines autres ; en d’autres termes, que chacun dispose de ses propres critères qui déterminent qu’un texte sonne bien ou non.

L’objectif devrait être de satisfaire le client

L’objectif commun de tous les acteurs du projet, à savoir l’agence, le PM, le traducteur, le réviseur, le deuxième éditeur (le relecteur, s’il y en a un), le département de la DTP, etc., devrait être axé sur la satisfaction du client, ce qui implique généralement de fournir la meilleure traduction possible de leur texte dans la langue source. D’après moi, c’est uniquement en travaillant de concert qu’il est possible d’atteindre cet objectif ; en d’autres termes, être une équipe plutôt que des individus qui cherchent sur qui rejeter la faute dès que quelque chose tourne mal.

 

Si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions

Ce billet a initialement été publié sur un blog de Nikki Graham le 14/11/2013.

 

La révision d’une traduction : un jeu d’équilibriste

Par Cécile Dewez, étudiante M2

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À tou.te.s les étudiant.e.s d’hier et d’aujourd’hui : combien, parmi vous, ont déjà été déçu.e.s par la note attribuée à votre traduction ? Combien ont échoué à un test et n’ont obtenu aucune explication claire ?

Vous avez reçu votre texte, vous l’avez découvert, vous vous y êtes plongé.e et avez exploré tous les recoins d’Internet pour y dénicher des perles terminologiques. Bref, vous avez laissé une part de vous-même dans ce texte et, malgré tous vos efforts, cela n’a pas suffi et le verdict est sans appel : votre traduction est insatisfaisante. Les raisons invoquées : votre traduction n’est pas assez naturelle, vous êtes resté.e trop proche du texte source, vous vous en êtes trop éloigné.e, ou votre traduction est mauvaise pour plusieurs raisons obscures, cachées sous le terme « style ».

Oubliez les fautes d’orthographe, incohérences, contre-sens et autres espaces insécables manquantes. Ce sur quoi je souhaite mettre le doigt dans cet article, ce sont tous ces critères, à priori inclassables, auxquels on a recours pour évaluer la qualité d’un texte traduit.

Mon constat

Cette année, notre promotion a participé à un projet de grande envergure : la traduction du site Internet de la société Wordbee (ici l’article rédigé par notre professeur à ce sujet). La révision faisait partie des tâches à accomplir et, en tant que responsable de l’assurance qualité, j’ai pu constater que chacun.e avait révisé à sa manière, certain.e.s d’entre nous ayant parfois eu du mal à identifier l’origine de l’erreur dans la traduction.

La révision est la comparaison du texte source et de sa traduction, pour détecter les éventuelles erreurs. Dans le monde professionnel, pour réviser une traduction, on se réfère généralement à une grille de notation. Alors qu’on peut facilement y répertorier, entre autres, les erreurs de terminologie ou les fautes de grammaire, il est plus complexe de lister les erreurs qui nous intéressent ici. En définitive, c’est souvent le texte général qui sera jugé stylistiquement insuffisant.

Je me suis alors demandé s’il était possible de créer une nouvelle série de critères à vérifier, prenant également en compte ces points difficiles à identifier tels que le caractère naturel d’une traduction. Le but étant de faciliter le travail de correction et donner une explication claire avec des exemples précis, afin que les traducteurs.rices comprennent leurs erreurs et puissent les corriger.

Pour une traduction naturelle

Comme on nous l’a expliqué à plusieurs reprises au cours de notre Master, une traduction grammaticalement correcte ne suffit pas. Pour être acceptable, une traduction doit également être « naturelle ». Le caractère naturel d’une traduction dépend d’éléments tels que les collocations et les idiomes. Si le.a traducteur.rice a fait de mauvais choix, un.e réviseur.se aura le sentiment que la traduction n’est pas bonne sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Pour identifier ces éléments, il est possible de recourir aux corpus. L’étude de corpus de textes écrits dans la langue source comme dans la langue cible permet de cibler les structures à chercher dans le texte source et la traduction. (Pour un exemple original de l’utilisation des corpus, voire l’article de Théo) En théorie, il est donc possible d’identifier chacune des structures susceptibles de poser problème, d’évaluer les choix qui ont été faits et de répertorier les erreurs dans une grille de notation comprenant une colonne « collocation ».

Parcourez les fiches d’évaluation de traduction proposées par les agences de traduction et vous verrez que le terme « collocation » y apparait rarement. Pourtant, c’est souvent ce qui se cache derrière une traduction jugée stylistiquement insatisfaisante. Si les erreurs de ce type étaient clairement identifiées et marquées dans le texte, les traducteurs.rices sauraient directement où porter leurs efforts. Toutefois, même si ce critère était appliqué par chacun, une part de l’évaluation d’une traduction reste définitivement subjective.

Source ou cible ?

Revenons sur notre exemple de départ. Admettons que votre traduction ait été jugée insuffisante car trop éloignée du texte source (peut-être à juste titre, et je fais référence au sujet de la qualité des textes sources qu’Alice a habilement traité ici). La question de la distance par rapport au texte source a toujours été à l’origine de nombreux débats entre linguistes (cf théories cibliste et sourcière) et il semblerait qu’il n’y ait pas de réponse universelle. Peut-être la stratégie dépend-elle du domaine de spécialité. Ainsi, il est notamment déconseillé de s’éloigner d’un texte purement scientifique mais il est possible prendre plus de liberté pour un texte de type marketing qui nécessite d’être adapté à un nouveau marché. Les plus créatif.ve.s d’entre nous trouveront leur bonheur dans la transcréation, qui consiste en une réadaptation complète du texte à destination d’un public aux normes culturelles différentes.
Somme toute, cela reste souvent une question de sensibilité. Si on vous reproche de vous être trop éloigné.e du texte source, quelqu’un d’autre applaudira peut-être cette prise de risque. S’agirait-il donc pour le traducteur débutant de trouver les clients adaptés à son style ?

 

La révision d’une traduction est, à mon sens, un exercice plus compliqué que la traduction. C’est un réel jeu d’équilibriste, où il faut tâcher de rester impartial tout en étant intransigeant. Certain.e.s d’entre nous se verront certainement bientôt confier cette délicate mission, d’autres auront un choix difficile à faire : engager ou non ce traducteur en se basant sur un échantillon de son travail. Dans de telles situations, gardez en tête l’utilisation finale du texte cible et faites de votre mieux pour laisser les remarques subjectives de côté. Et si vous estimez que la traduction est effectivement insuffisante, rappelez-vous que votre traducteur.rice mérite une explication claire.