Skills Lab 2021 : Rétrospective

Par Morgan Delavalle, étudiant M1 TSM

Le Skills Lab, qu’est-ce que c’est ?

Si vous suivez ce blog, « Skills Lab » vous dit forcément quelque chose, et je ne peux que vous renvoyer humblement aux très bons billets de mes prédécesseurs, Baptiste Dargelly, Morgane Tonarelli, et Alessandro Circo, les prequels de l’édition actuelle. L’ambition du Master TSM, c’est d’être le plus exhaustif en termes de contenus et d’expériences pour faire de nous l’élite de la traduction spécialisée en plusieurs langues, le must have, le top tendance toutes années confondues.

Pour ce faire, il y a la formation théorique de la fac, nous avons deux stages, un chaque année, ainsi que le Skills Lab qui reprend le principe des serious games : une mise en situation pratique qui nous met à la place des professionnels de la traduction. Pour faire court, on réunit les étudiants de première et deuxième année du master dans une agence de traduction fictive qui va devoir gérer des projets divers et variés, comme on peut l’éprouver dans le grand bain professionnel.

Skills Lab 2020-2021 : origins story

Le terme Skills Lab, comme on me l’a fait remarquer, ça peut faire penser aux superhéros, comme les X-men ou les Avengers. Et donc avant de partir en mission, il faut passer par un casting, réunir les talents particuliers qui vont magnifiquement agir de concert pour sauver la journée.

L’aventure a commencé pour nous mi-décembre, les fiches de poste pour le Skills Lab nous offrent différents horizons : préparation de fichiers, traduction, révision, post-édition, gestion de projet, et enfin gestion de projet en chef. Les postes en gestion de projet ou en révision demandent un profil plus expérimenté, et n’étaient ouverts qu’aux étudiants de deuxièmes année, tout comme la post-édition. Les voies nous étaient ouvertes, il nous appartenait de nous y engager, un jury composé d’enseignants faisait la sélection.

L’équipe de choc réunie, il ne lui manquait plus qu’une mission digne de ce nom pour y décrire l’épopée du Skills Lab.

Le Skills Lab -hum- always find a way

À moins que vous ne soyez un archéologue du futur ou un ermite troglodyte coupé de la civilisation, un invité parasite est venu compliquer la situation : le coronavirus ! Avec la pandémie actuelle, l’ensemble des étudiants de master étaient en télétravail depuis début octobre. Exception faite des examens que nous avons dû passer en présidentiel, au moins pour une partie, nous étions derrière notre écran d’ordinateur pour participer aux cours depuis le début de l’année universitaire.

Mais c’était sans compter sans l’ingéniosité et la résilience des équipes du Skills Lab. Comme le dit le célèbre Docteur Ian Malcolm : « ce que l’histoire de l’évolution nous a appris, c’est que la vie ne peut pas être contenue, la vie prend le large, elle conquiert de nouveaux territoires, elle renverse toutes les barrières, c’est parfois pénible, parfois dangereux… mais hum… enfin c’est comme ça ».

Comme le Skills Lab est un dispositif particulier, nos enseignants nous ont d’abord demandé si nous souhaitions garder la possibilité d’être présents sur l’université, sans toutefois imposer à quiconque une venue en physique. Ceux qui le souhaitaient pouvaient donc venir : nos Project managers disposaient d’une salle au cinquième étage, tandis que le reste des équipes se partageait jusque trois salles informatiques au premier étage du bâtiment du campus de Roubaix. Le maintien de Skills Lab sur site était conditionné par un protocole sanitaire spécifique : nettoyage des postes de travail avant et après intervention, aération régulière des pièces et, bien entendu, port des masques à l’intérieur. Pour des raisons diverses, tout le monde ne pouvait être présent, l’une de nos Project managers et d’autres membres de notre équipe ont dû effectuer le Skills Lab en exil derrière leur ordinateur à bien des kilomètres du site.

« On a aussi dû composer avec le Covid, avec les protocoles sanitaires imposés. On devait faire attention à avoir assez de place pour tout le monde, à nous organiser avec le télétravail également, faire un point quand c’était nécessaire, » précise Marie, notre IPM quant à son rôle d’organisation du Skills Lab.

D-Day : le jour le plus court

Première journée sur place, j’arrive sur le site vers 11h30, nos PM sont déjà fort occupés, et pour cause, les premiers arrivent sur place à 13 heures. Les tâches d’organisation sont donc bien avancées en fonction des projets que nous allons devoir mener. Je vous en parle depuis le début, mais dans une équipe de traductions, ça sert à quoi un Project manager ? La réponse de notre grand manitou, Marie :

 « Mon rôle en tant que IPM ça été dès le début, dès le mercredi à neuf heures de réceptionner le mail pour les commandes et ensuite de le transmettre à mes PM afin de pouvoir évaluer ce qui devrait être fait, au niveau des tâches par exemple, est-ce qu’il faudra du faking, de la mise en page ? Et aussi d’évaluer les ressources nécessaires pour cela, puis de faire les devis et d’organiser les plannings. Il faut aussi savoir que c’était moi l’interlocutrice privilégiée entre mes équipes et le client, c’est-à-dire que dès lors qu’il y avait des questions, c’était à moi de poser aux clients.
Ensuite on devait veiller au bon déroulé des projets, savoir s’il y avait le moindre souci et si les délais allaient être respectés, mais aussi voir auprès des intervenants si c’était tenable psychologiquement, s’ils ne subissaient pas trop de stress. »

Plusieurs projets de traduction en anglais, en informatique, un dans le médical. Un projet de traduction en italien sur le tourisme, un autre en espagnol sur le sport. La présentation d’une école pour le projet chinois, un autre projet en suédois et en allemand… il y a fort à faire.

13 heures tapantes, les équipes de préparation de fichiers sont là pour leur petit briefing. Quelle est leur utilité ici encore ?  Ils vont pouvoir déminer le terrain terminologique. C’est-à-dire faire le maximum de recherches nécessaires pour faciliter le travail de traduction. Préparer les bases de données terminologiques par exemple. Entre effervescence et fébrilité, les cours reviennent en mémoire en tentant faire quelque chose de professionnel : « le projet en médical, on pourrait faire un corpus pour plus d’efficacité ! Comment on fait déjà ? ». Chacun utilise les super-pouvoirs qu’il a développés au cours de la formation. Mais le temps file. Vite. Trop vite ? La première journée vient déjà de s’écouler. Le gros du travail est accompli, on garde la matinée suivante pour perfectionner les glossaires sur les projets plus conséquents.

Le jour d’après

Le lendemain matin, les traducteurs s’attellent à la tâche et tirent profit de la préparation de fichiers. La grande nouveauté cette année, le Skills Lab va faire le test de la plate-forme SDL live. SDL Studio propose un outil de traduction assistée par ordinateur en ligne, nos équipes de choc vont voir ce que la bête a dans le ventre. Vu la disposition inhabituelle du Skills Lab du fait de la pandémie, les attentes sont nombreuses.

Comme les documents à traduire sont à répartir de façon relativement équitable entre les futurs professionnels de la traduction, on les découpe en différentes parties, les « batchs », mis à disposition de nos différents collaborateurs sur la plateforme. Premier souci avec cette plateforme en ligne, la connexion à la TB ne se fait pas. Deux solutions : soit ouvrir à côté de la plateforme en ligne l’outil de gestion de base terminologique, soit télécharger le fichier et travailler dessus en local.

En début d’après-midi, un bataillon arrive, en rangs pas si serrés que ça parce que mesures barrières, pour la traduction médicale. Comme pour les autres équipes, on lui explique tout, quel est le document à traduire, quels sont les impératifs à respecter avec le guide de style, et vu l’ampleur de la tâche globale, il y a même un corpus. Qu’elles soient arrivées dès le matin ou l’après-midi, les différentes équipes de traduction dévorent les batchs à toute vitesse.

Premier vendredi du Skills Lab, c’est au tour des réviseurs d’entrer dans l’arène, ce sont majoritairement des M2. Nous autres M1 sommes un petit peu les apprentis Jedi du transfert linguistique, nos aînés M2 sont quant à eux les chevaliers Jedi de la traduction. Ils ont su développer leur expérience et leur sensibilité de cette force mystérieuse, leur regard profond est capable de détecter les écarts stylistiques, les coquilles et les calques incongrus. Leur esprit clairvoyant peut transformer un copier-coller biscornu en une élégante phrase qui sonne naturellement, ils peuvent débloquer une traduction embourbée comme maître Yoda sort de la vase le X-wing de Luke Skywalker.

Et c’est pour cela qu’on dit que le batch fait la « navette » : le texte passe de la traduction à la révision, en cas de désaccord c’est le ou la PM qui tranche puisqu’il ou elle devra livrer le produit final. Tout ceci se passe dans la plus grande sympathie et la bienveillance ; s’il y a vraiment des soucis et que la personne n’est pas sur place, qu’à cela ne tienne, une petite visioconférence et le tout est réglé. Petit à petit, les documents demandés commencent à prendre forme.

Skills Lab épisode 4 : de nouveaux imprévus

Le lundi, je déjeune avec Gabriel, l’un de nos étudiants de M2. On fait le point sur les différents projets, il faut dire que nos équipes n’ont pas chômé et que tous les projets actuels ont avancé plutôt vite. « Il nous reste une semaine tout de même, à mon avis des clients vont se manifester et on va avoir de nouveaux projets qui vont arriver » suppose-t-il. 13h30 : Anaïs, notre PM, sonne l’alerte générale tout en majuscules sur notre serveur Slack. Deux nouveaux projets sont effectivement arrivés.

Cependant dans le monde du Skills Lab, les imprévus sont des créatures qui chassent en meute. Nous voyons dans nos salles plusieurs PM affairés avec nos équipes de traductions. La plateforme SDL fait des siennes, et nos différentes équipes cherchent la meilleure solution pour pallier ces différents problèmes.

« On a eu un certain nombre de difficultés, notamment avec la plateforme SDL. C’est un super outil pour l’instant pour voir l’avancée des différents projets, mais on a eu des soucis avec des fichiers qui revenaient corrompus, des TM qui ne se mettaient pas à jour, donc on a dû trouver des façons de contourner les difficultés » précise notre IPM. Pour tenir les délais en toute quiétude, nos PM vont décider d’utiliser un chevauchement plus agressif sur les tâches de traduction : la révision suit de très près la traduction. L’un dans l’autre, malgré ces imprévus, l’essentiel des tâches de traduction sur le texte en lui-même arrive à terme au plus tard au milieu de la 2e semaine.

La face cachée de la traduction

Mais alors, c’est tout ? Sur l’édition 2020-2021 il y avait une semaine et demie et après quelques jours tout était réglé ? Eh bien non, parce qu’une fois le texte proprement traduit restent les tâches de mise en forme, le QA linguistique et le DTP. Une promenade de santé ? Ce n’est pas ce que vous diriez si comme moi vous aviez vu, si comme moi vous aviez été là le jour où 1 PM et 3 réviseurs s’acharnaient sur la même page de texte, afin de s’assurer que le bon texte passe bien entre 2 illustrations, afin que le Skills Lab ne faillisse point en son devoir.

Et là, le document est finalisé, c’est terminé ? Eh bien pas encore, nos PM ont encore du travail. Il y a le bilan, et la livraison. Bilan tout d’abord puisqu’en fin de journée, nos différents PM devaient fournir un rapport sur l’avancée des différents projets, pour que notre IPM fasse une synthèse aux clients. Une fois nos projets menés à terme, il restait à livrer l’ensemble des produits et les ressources (bases terminologiques, mémoires de traduction et éventuellement corpus) au client, avec la facture. Et tout ceci en respectant une marge brute imposée, et avec une utilisation efficiente des ressources.

Pour conclure sur les PM et l’IPM, j’ai demandé à Marie si c’était ce qu’elle souhaitait devenir : «J’envisage de devenir IPM oui, mais à mon avis ce ne serait qu’après de nombreuses années en ayant été PM puisque cela implique de gérer de nombreux projets, de nombreuses équipes, donc il faut avoir l’expérience pour pouvoir voir venir ou gérer les différents problèmes possibles. Donc oui j’envisage de devenir IPM mais ce serait plus en fin de carrière quand j’aurai plus d’expérience. »

Clap de fin, et épilogue

La fabuleuse aventure du Skills Lab s’est déroulée sur une semaine et demie, soit un peu moins de huit jours ouvrés. C’est tout de même trois de plus que pour les années précédentes, et ce délai supplémentaire a permis une économie en termes de tension et de santé mentale. Ce qui ressort des années précédentes, outre les expériences et l’aventure humaine, c’est également le stress et la tension, et l’obsession de livrer coûte que coûte avant la deadline, qui a laissé quelques séquelles. Rien de bien grave, hormis quelques nuits de cauchemars enfiévrés. Sur cette année, le Skills Lab a été très bon au niveau des délais, et a même pu livrer avant la limite fixée. Comme le disait notre responsable de formation, on pourra dire que cette année a été celle du Skills Lab « cool », ce qui est tout de même plus sympathique que celui de la pandémie mondiale.

En cette année, je suis un humble M1, et le poste en communication m’a permis d’avoir un aperçu plus global à la fois du dispositif du Skills Lab, et de différents métiers dans le monde de la traduction. En tant que simple traducteur, c’est vrai, on était surpris et on aurait pu demander plus de travail, mais cela impliquait beaucoup plus de tension sur l’ensemble de la chaîne de traduction. Le Skills Lab, c’était aussi l’occasion de faire mieux connaissance entre eux les deux promos TSM. Eh oui, mesures sanitaires obligent, le contact humain entre étudiants a franchement manqué. Je repense au PM qui gérait le projet chinois, et qui était ému par la synergie avec laquelle son équipe avait pu mener à bien son projet, la réactivité et la bienveillance que chacun avait envers ses collègues. Ça a donc été l’occasion de se tester, d’être évalué par ce que l’on pourrait considérer comme nos pairs, en dehors d’une évaluation universitaire. On a pu se situer, voir où on en était sur la voie du traducteur, et avoir un aperçu, plutôt optimiste, de notre avenir à travers ce que les M2 nous donnaient à voir.

TSM Skills Lab 2019 – Teamwork Makes The Dreamwork

Par Morgane Tonarelli, étudiante M2 TSM

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On part au ski la semaine du 11 février, tu viens ?
Non, désolé, j’peux pas j’ai Skills Lab.

 

Ah le Skills Lab… LA Fashion Week de la traduction pour les étudiants du Master TSM de l’Université de Lille ; un exercice grandeur nature qui marque l’apogée de la formation universitaire des M2 et prépare les M1 à leur premier stage.

Le Skills Lab : kézako ?

« Skills Lab », un nom anglais plutôt sympa pour décrire un dispositif existant dans un certain nombre de formations en traduction et lancé en 2018 au sein du Master TSM, qui a alors rejoint l’International Network of Simulated Translation Bureaus (INSTB), réseau dont les universités membres s’engagent à intégrer à leurs programmes un module de placement des étudiants en simulation d’agence soumis à une validation de crédits ECTS.

À l’Université de Lille, une semaine à la fin du deuxième semestre est spécialement organisée pour permettre aux étudiants d’être aux manettes de leur propre agence de traduction virtuelle, et ce dans la plus grande autonomie. Une expérience unique et enrichissante pour des étudiants qui n’ont jamais mis les pieds dans une agence et pour d’autres qui s’apprêtent à tourner la page universitaire et entrer sur le marché du travail.

Je ne vais pas m’épancher sur cette définition du Skills Lab puisque Alessandro Circo, mon camarade de promo et chargé de communication de la première édition, avait publié l’année dernière un billet très complet sur le sujet à retrouver juste ici.

Trêve de bla-bla, suivez plutôt le guide, je vous emmène à la découverte de l’édition 2019 du TSM Skills Lab !

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Les nouveautés de cette deuxième édition

Une nouvelle ouverture de poste pour les étudiants de M1

Comme l’avait expliqué Alessandro dans son billet, tout Skills Lab qui se respecte commence par une étape de réponse aux offres d’emploi. Comme dans une vraie agence, les étudiants du Master TSM sont invités, deux mois avant le début du Skills Lab, à candidater à différents rôles en fonction de leur profil.

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L’année dernière, le manque de ressources en préparation dû à l’impossibilité des M1 à postuler aux postes de préparateurs avait eu quelques conséquences négatives sur le reste du process. C’est pour cette raison que pour cette édition 2019 du Skills Lab, les étudiants de première année ont pu candidater à ces nouveaux postes. Grâce à cette plus grande équipe de préparateurs, les traducteurs ont eu accès à des glossaires et corpus de taille plus importante que l’année dernière même si pour certains, leur contenu restait assez « lacunaire ».

Le but d’une expérience comme le Skills Lab est bien évidemment d’apprendre de ses erreurs et de s’améliorer d’année en année. Il faut donc prendre en compte ces remarques et les utiliser pour perfectionner cette étape du processus de traduction.

Des projets plus variés et plus complexes

Les projets traités lors de la première édition étaient principalement des projets de traduction sans tâches techniques complexes et dans une seule combinaison de langues (EN>FR) ; c’est donc sans surprise que les enseignants chargés de l’organisation du Skills Lab ont décidé cette année de mettre la barre un peu plus haut.

Nous avons donc eu le droit à des projets multilingues dans les cinq langues enseignées en Master TSM (anglais, espagnol, italien, allemand et suédois) et avec des étapes techniques complexes telles que la proposition de mise en page, la localisation d’illustrations ou encore des recherches d’équivalents dans le domaine du droit ; des difficultés auxquelles les équipes ont dû et ont su s’adapter.

L’accompagnement des « juniors » au cœur de la stratégie managériale

Une bonne gestion de projet c’est avant tout une bonne gestion des ressources et ça, les gestionnaires de projet de cette deuxième édition du Skills Lab, riches de leur premier stage, l’ont bien compris et ont décidé d’en faire le cœur de leur stratégie managériale.

Dès le mois de septembre et jusqu’au Skills Lab, les étudiants de M2 se sont appliqués à cultiver un réel esprit d’équipe avec les M1, à leur donner l’impression de faire partie d’un groupe dans lequel la distinction M1/M2 n’existe pas. Quelques semaines avant l’ouverture de l’agence, les gestionnaires de projets ont mis en ligne un document dans lequel les M1 pouvaient renseigner leurs langues de travail, mais aussi leurs préférences en matière de domaines de traduction. Ainsi, les PM pourraient faire en sorte d’attribuer les projets aux traducteurs en fonction de leurs préférences, dans la mesure du possible bien évidemment.

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En plus de la prise en compte des centres d’intérêt de chacun, l’équipe de gestion a mis un point d’honneur à accompagner et à rassurer les étudiants parfois inquiets à l’idée de ne pas faire les choses correctement ou de ne pas livrer dans les temps. Les fiches d’auto-évaluation demandées après la semaine de Skills Lab devraient nous dire si oui ou non cette stratégie s’est révélée concluante.

A hell of a week

Dimanche 10 février – Tu t’occupes du motto, je m’occupe du gâteau.

Une agence de traduction c’est d’abord une entreprise à part entière qui se doit d’avoir une identité de marque bien à elle. Aucun souci de ce côté-là, la promotion 2019 du Master TSM ne manque pas de créatifs. La veille de l’ouverture de l’agence, les messages fusaient sur le group chat Facebook Team PM Skills Lab. La mission du jour : trouver un bon slogan qui motiverait les troupes en cas de petite baisse de tension. Du gâteau pour Camille Bacha, gestionnaire de projet et meme addict, qui en deux trois clics nous a sorti une référence de la série américaine The Office : TEAMWORK MAKES THE DREAMWORK. Une évidence, un coup de génie, le Skills Lab 2019 était né. S’en est évidemment suivi un long débat sur l’utilité ou non d’une office plant, du calendrier des Dieux du Stade de Margaux Bochent (PM et Happiness Manager) ou encore du poster de Ryan Gosling de Camille. Personne ne semblait se mettre d’accord alors j’ai décidé de sortir la phrase magique : « Demain, j’apporte un gâteau ». Cela faisait à peine une demi-heure que l’on se comportait « comme des PM » que je savais déjà que cette équipe irait loin (et que le seul atout masculin du groupe aurait du pain sur la planche).

Teamwork_Dreamwork

Lundi 11 février — Motivés comme jamais

8 h 30 — les gestionnaires prennent tranquillement leurs marques dans leur nouveau bureau. On se sent déjà un peu comme à la maison, il y a du café, des bonbons et mon gâteau (un peu trop cuit). Le gestionnaire de projet en chef, Nicolas Baille, annonce le premier d’une longue (très longue) liste de « briefs ». L’équipe commence déjà à réfléchir au rôle de chacun et au process à mettre en place, car oui, l’énorme point fort du Skills Lab c’est que les étudiants sont en parfaite autonomie et restent libres de gérer leur agence comme bon leur semble. Seule déception jusqu’ici, j’ai oublié l’office plant et pas la moindre trace des Dieux du stade ni de Ryan Gosling…

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9 h — après une demi-heure à torturer la touche F5 de son clavier multicolore, Nicolas reçoit enfin le tout premier mail de notre client ; le Skills Lab 2019 ouvre officiellement ses portes !

Ni une ni deux, nous lançons le deuxième brief de la journée. Il est maintenant question d’assigner à chaque PM un ou plusieurs projets en fonction de leur taille et des étapes qu’ils impliquent, car cette année contrairement à l’année dernière le client a des besoins en localisation d’illustrations. Pour ce qui est de la gestion des fichiers et de l’organisation de l’arborescence, nous profitons des talents informatiques de Nicolas, en un tour de main il met en place un cloud qui permettra à toutes les équipes d’accéder facilement à tous les fichiers et de les livrer en un clin d’œil. Well done boss!

Nous décidons ensuite de nous attarder sur l’analyse minutieuse de chacun des fichiers sources envoyés par le client afin de lister les étapes nécessaires à la réalisation des projets et faire une première ébauche du devis. Étant donné que nous partons de zéro, nous sommes libres de fixer les tarifs qui nous semblent être les plus corrects pour permettre à notre client de rentrer dans ses frais, mais aussi à nous agence, de marger. Nous décidons donc de nous en remettre à la Bible des étudiants en traduction : Comment gérer vos projets de traduction, un must-have écrit par notre Project Management Expert et professeure Nancy Matis. L’incertitude règne, le devis est-il trop élevé ou au contraire trop bas ? Allons-nous réussir à rouler en berline allemande ou allons-nous finir par nous nourrir exclusivement de nouilles ? Pour nous rassurer, nous mettons à profit ce qui nous a été enseigné au cours de notre formation SFT : un bon devis, c’est un devis qui pousse à la négociation. Finalement, nous avons réussi à nous mettre d’accord et à proposer un prix à notre client.

Livre_Matis

Après avoir réglé l’administratif et le financier, il faut maintenant faire le planning et assigner les tâches, une mission facilitée par un sourcing fait en amont de l’ouverture de l’agence. Nous avons une idée des préférences de chacun, ne reste plus qu’à attribuer un projet à chaque préparateur de ressources, traducteur et réviseur.

planning_PM

En fin de matinée, les bases étaient posées et le cap défini, ne restait plus qu’à faire entrer dans l’arène notre première équipe, les préparateurs, qui nous ont rejoints dans l’après-midi. Création de glossaires, extractions terminologiques, recherches en tout genre, et compilations de corpus, ils n’ont pas chômé pour préparer au mieux la phase de traduction et faciliter un maximum la tâche des traducteurs.

Préparateurs_salle

C’est finalement aux alentours de 18 h 30 que nous avons décidé de fermer les portes de notre agence après une journée riche en émotions, en travail et en grignotage.

PM_J1

Mardi 12 février – À vos marques. Prêts. Traduisez !

La machine est déjà bien lancée ; les préparateurs ont fourni un travail conséquent et les PM se tiennent désormais prêts à accueillir l’équipe des traducteurs composée exclusivement d’étudiants de première année. Les débuts de la phase de traduction sont un peu compliqués surement à cause du stress qui envahit certains traducteurs soucieux de ne pas être à la hauteur et de vouloir trop bien faire, mais heureusement les gestionnaires sont là pour les rassurer et les accompagner au mieux. Après tout, nous étions à leur place l’année dernière…

Traducteurs_salle

En début d’après-midi, certains ont déjà terminé leur traduction tandis que sur le visage des autres on voit la panique s’installer. « J’ai peur de ne pas livrer à temps. », « Studio a planté, j’ai peur d’avoir tout perdu. », peut-on entendre dans les rangs. Il est temps de faire intervenir des réviseurs étudiants de M2 pour superviser les traducteurs les plus déboussolés et leur redonner confiance en eux. Mission accomplie, à la fin de la journée, une majorité des premiers jets sont livrés et pour ceux qui n’ont pas encore tout à fait terminé, il reste du temps demain matin pour apporter les touches finales.

Mercredi 13 février — Traducteurs vs Réviseurs : il y a de l’eau dans le gaz

Les traducteurs ont pu profiter de la matinée pour relire et perfectionner leurs chefs-d’œuvre, il est temps pour eux de profiter d’un déjeuner en ville et de laisser la place aux réviseurs, étudiants de M2, prêts à appliquer ce qu’ils ont appris au cours de leur module de révision. Pour certains, tout roule comme sur des roulettes, la terminologie et le guide de style ont été respectés, Antidote ne relève pas de fautes à en faire saigner les yeux et la plume est plutôt bonne. En revanche, pour d’autres, aïe aïe aïe caramba, les traductions manquent un peu (pour ne pas dire beaucoup) de relecture et de sérieux… La traduction machine c’est comme les antibiotiques… ce n’est pas automatique. Surement une erreur de débutant me direz-vous ; je vous l’accorde.

Réviseurs

Les PM décident donc de remettre les pendules à l’heure et de rappeler calmement, mais fermement les enjeux du Skills Lab : de vrais projets pour de vrais clients donc on se remet en selle et l’on donne tout ce que l’on a !

La journée se termine finalement sur la livraison des traductions révisées dont la validation finale reviendra aux traducteurs et sur une séance Photoshop pour la préparation par les PM des illustrations qui seront localisées par la suite. Jusque-là, tout s’est plutôt bien déroulé, est-ce que cela va durer ou est-ce que la journée suivante va nous réserver quelques surprises ? Nous rentrons chez nous avec le sentiment du travail bien fait et le ventre plein des crêpes préparées avec amour par notre chef pâtissière TSM préférée.

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Jeudi 14 février – De l’amour des mots à la haine de l’informatique

Ah la Saint-Valentin… fête des amoureux du cœur, mais aussi de ceux des mots. Les sourires sont sur tous les visages et il flotte un parfum de rose et de chocolat dans les couloirs de l’UFR LEA ; la journée s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Mais en amour, rien n’est jamais joué et ce qui devait arriver arriva : une histoire de fusionnement de fichiers qui tourne mal et le rythme paisible maintenu jusqu’ici s’interrompt. La panique gagne légèrement l’équipe des PM, puis c’est au tour de la colère, et enfin de l’apaisement. Telles de vraies Mary Poppins, ils finissent par trouver rapidement une solution certes loin d’être parfaite, mais qui permettra d’éviter la catastrophe.

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Tout rentre finalement dans l’ordre et en milieu d’après-midi, miracle, toutes les modifications ont été insérées par les traducteurs et les traductions ont été livrées. Commence alors l’étape d’assurance qualité (QA) afin de s’assurer une dernière fois que les traductions répondent aux exigences de qualité du client. La fatigue commence à gagner les PM qui enchainent de longues journées depuis le début et qui commencent à accuser le coup surtout que les QA leur réservent quelques surprises d’ordre typographique ou orthographique de quoi donner des sueurs froides à Nicolas, dit l’œil de lynx, dont le pauvre clavier boule à facettes commence à perdre de son éclat.

PM_renaissance

La journée se termine au son de Mac Demarco et avec un problème de mise à jour de mémoire de traduction…

Vendredi 15 février — Clap de fin

L’édition 2019 ouvre ses portes pour sa dernière journée. La dernière ligne droite tant attendue est déjà arrivée et la fatigue avec elle. La journée d’hier fut intense et la nuit aussi (rédaction de billet de blog quand tu me tiens…) ; des cernes de la taille du Pacifique ajoutent une jolie touche de couleur bleutée au regard de nos gestionnaires de projet. Mais pas le temps de niaiser, il y a toute une série de QA et une livraison finale dans l’après-midi qui nous attendent. Steffie, en bonne gestionnaire, a prévu son litre d’arabica tandis que le reste de l’équipe se rue vers le foyer étudiant pour un shot de caféine indispensable pour commencer cette journée bien chargée.

PM-Warriors

En ce début de journée, tout va pour le mieux jusqu’au moment où, Camille, en charge du QA suédois se rende compte que, non, passer ses weekends chez IKEA ne lui sera d’aucune utilité… (so cliché). Heureusement, l’entraide règne entre les PM, et des réviseurs venus en soutien finissent par lui donner un coup de main.

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15 h 30, il est temps de livrer les projets au client. Un petit sentiment de stress mêlé à de l’excitation s’empare des gestionnaires de projets. Dernières modifications, dernière lecture et relecture encore et encore ; tout le monde à l’impression de ne pas en avoir fait assez et de pouvoir faire beaucoup mieux. Tels des lions en cage, l’équipe fait les cent pas avant d’enfin se décider à envoyer l’email qui mettra un point final à cette expérience. L’email est envoyé et le tube de Queen, We Are The Champions, résonne dans le bureau, ne manquait plus que les confettis…

Une fois la livraison confirmée par le client, étudiants et enseignants ont eu l’opportunité de se rassembler pour un débriefing « à chaud » afin d’échanger sur l’expérience mémorable qu’ils viennent de vivre. Après quelques applaudissements est enfin venue l’heure de dire au revoir au Skills Lab et de se diriger vers le centre-ville lillois pour des rafraîchissements bien mérités !

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Avant de vous laisser vaquer à vos occupations, je tenais tout d’abord à remercier les enseignants d’avoir mis en place une expérience aussi enrichissante et de nous avoir laissé la liberté de gérer cette agence à notre manière. Je n’oublie pas non plus toutes les équipes : un grand bravo aux étudiants de M1 pour leur implication et leurs efforts et à nos chers camarades de M2 pour leur travail et surtout pour leur disponibilité et la bienveillance dont ils ont fait preuve auprès des juniors. Enfin, je tenais personnellement à remercier mes coéquipiers gestionnaires pour cette semaine mémorable et riche en émotions. Cœur sur vous et bon courage à ceux qui reprendront le flambeau, l’année prochaine, pour la troisième édition du Skills Lab !

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TEAMWORK MADE THE DREAMWORK!

 

L’innovation sur les bancs de la fac !

Par Céline Gherbi, étudiante M1 TSM

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Si vous pensez ne pouvoir suivre que des cours théoriques sur les bancs de la fac, vous vous trompez. La révolution digitale a apporté son lot de changements dans notre quotidien pourtant en matière d’enseignement, nous avons encore tendance à nous tourner vers d’anciens modèles d’apprentissage. Il est vrai que l’innovation inquiète parfois, car elle comporte une prise de risque et les changements qu’elle implique demandent un effort d’adaptation et souvent beaucoup de travail. Pourtant, cette année les étudiants du Master TSM, dont je fais partie, ont découvert une façon originale de s’exercer à leur futur métier. En effet, les enseignants se sont engagés dans une nouvelle forme d’apprentissage pour permettre à leurs étudiants de se confronter au monde du travail et de mettre en pratique leurs récents acquis en matière de traduction, d’outils informatiques et de gestion de projet au sein d’un cadre pédagogique sécurisant. L’idée, à la fois simple et complexe, qu’ils ont menée à bien, est celle de créer une agence virtuelle de traduction entièrement gérée par les étudiants et nommée Skills Lab.

 

Afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants d’un tel projet, M. Loock, responsable du parcours de master, a accepté de répondre à mes questions.

 

Pourquoi avoir intégré le Skills Lab au programme du Master TSM ? Quelles étaient vos attentes ?

L’objectif global était de placer les étudiants dans une situation de simulation vis-à-vis de projets de traductions réels à réceptionner et à livrer, le tout en quasi autonomie. Ceci relevait de la politique globale de la formation, qui met l’accent sur la professionnalisation en préparant les étudiants le plus possible à la vie professionnelle qui les attend.

Mais il y avait d’autres objectifs, comme la volonté de décloisonner les enseignements et de sortir du cadre des cours traditionnels. Les étudiants de master, notamment en M1, ont encore une vision des études qui est celle du secondaire et parfois de la licence en France : les enseignements sont considérés de façon individuelle, avec des évaluations distinctes, qu’il convient de valider. Avec le Skills Lab, il s’agit de mobiliser les compétences acquises lors de différents enseignements (gestion de projets, terminologie, traduction, TAO, outils de corpus, etc.) au service d’un ensemble de tâches, à savoir la gestion d’une série de projets de traduction réels. Un autre objectif était d’amener les étudiants de M1 et de M2 à travailler ensemble, ce qui jusqu’alors ne se faisait pas. Enfin, en plaçant les étudiants en autonomie, l’objectif était aussi de les amener à prendre du recul vis-à-vis de leur travail et de leurs compétences : par définition lorsque l’on est placé en autonomie, on commet des erreurs, mais c’est justement en commettant ces erreurs et en les corrigeant que l’on apprend, et surtout que l’on prend confiance en soi.

Avez-vous hésité avec d’autres formes d’apprentissage ?

Si l’on souhaite que les étudiants soient rapidement en lien direct avec le monde professionnel, il existe bien entendu les stages, qui ont été mis en place dès la création du master en 2004, mais il existe d’autres possibilités, comme par exemple le master en alternance, qui implique que chaque étudiant doive en début d’année universitaire trouver une agence/entreprise susceptible de les accueillir pour l’année. En traduction, ceci peut être difficile pour les étudiants, surtout s’il s’agit de trouver une agence/entreprise de la région, et cette possibilité n’est donc pas envisageable. En plus des stages, le cours « Projet de Traduction », où les étudiants travaillent sous la supervision de traducteurs professionnels, permet également ce lien avec le monde professionnel, mais le Skills Lab permet d’aller plus loin. Une autre possibilité, compatible avec le Skills Lab d’ailleurs, est la création d’une Junior Entreprise, mais la charge administrative pour la gestion d’une telle structure est lourde, et sa mise en place longue ; le passage de relais entre les étudiants, qui ne sont présents qu’entre mi-septembre et mars sur le campus, pourrait d’ailleurs être problématique.  A l’inverse, la mise en place d’un Skills Lab peut se faire d’une année sur l’autre, en réaménageant la structure des enseignements. C’est le choix qui a été fait pour compléter la mise en situation lors des stages obligatoires et dans le cadre des cours « Projet de Traduction ».

Avez-vous rencontré des obstacles lors de la mise en place ou l’aboutissement de ce projet ? Si oui, quelles ont été les solutions ?

Quel que soit le projet, il y a toujours des obstacles. Il a d’abord fallu convaincre les professionnels en charge des cours « Projet de Traduction » qu’une réorganisation permettant la mise en place d’un Skills Lab était nécessaire. Ceci redéfinit nécessairement le rôle des formateurs, qui doivent trouver une nouvelle place afin d’accompagner et d’évaluer les étudiants.

Il a également fallu trouver les « clients », ce qui a suscité des inquiétudes au départ, mais en fait cela ne fut pas si difficile malgré un calendrier compliqué pour eux (envoi des documents à traduire en novembre, pour une livraison en mai-juin, après évaluation). De même, l’organisation logistique n’a pas véritablement posé de problèmes : le calendrier universitaire a été réorganisé afin de libérer une semaine de tous les enseignements TSM. L’UFR LEA, qui soutient toujours les projets proposés, a facilité l’organisation matérielle : réservation de salles à la semaine, mise à disposition d’un badge, etc.

Enfin, l’éternelle question des moyens. Il s’agissait de mettre en place un nouveau dispositif à coût constant, même si pour la première année, nous avons bénéficié d’une petite enveloppe budgétaire puisque le dispositif a été reconnu projet pédagogique innovant par l’université. Il a donc fallu réorganiser les heures consacrées au cours « Projet de traduction » afin de maintenir le projet individuel tout en instaurant le projet collaboratif au sein du Skills Lab. Il a également fallu s’assurer de la présence volontaire des professionnels pour les simulations d’entretien qui ont eu lieu en décembre et ont été visiblement très appréciés des étudiants.

Êtes-vous satisfait de cette première édition ?

Oui, tout à fait. Les étudiants ont rempli leur contrat et se sont montrés globalement très enthousiastes. La lecture des rapports rédigés après le Skills Lab montre qu’ils en retirent beaucoup de choses positives, même si certaines difficultés sont apparues. Les projets de traduction ont été livrés et apportent satisfaction aux clients, ce qui est une très bonne chose. Les enseignants ayant supervisé le projet trouvent également que le dispositif a permis aux étudiants de gagner en autonomie et de prendre conscience de leurs compétences professionnelles. Les étudiants de M2 en particulier ont pu mesurer le chemin parcouru depuis le M1 et se sont montrés particulièrement habiles dans leur gestion des choses : les conseils qu’ils ont pu donner aux M1 pour la révision des textes étaient généralement très bien vus.

Bien entendu, il y a eu quelques difficultés : s’agissant d’une première édition, le dispositif était expérimental. Notamment, les étudiants de M1, qui pour la plupart n’avaient jamais effectué de stage en agence/entreprise, ont eu un peu de mal à trouver leur place au sein du dispositif. Il conviendra de mieux les guider l’an prochain, mais ils bénéficieront déjà de l’expérience des M2 qui en M1 auront connu le Skills Lab contrairement aux étudiants de cette année et seront donc plus à même de les guider et de créer les conditions propices à une collaboration rapprochée. Également, le rôle des préparateurs de ressources n’avait pas été suffisamment bien pensé (ils n’étaient notamment pas suffisamment nombreux), ce qui a posé des difficultés pour la traduction, et par ricochet, pour la révision. Le dispositif sera donc adapté.

Dans le cadre du Skills Lab et de l’INSTB dont le Master TSM fait partie, une étude scientifique de l’influence de tels dispositifs sur la façon dont les étudiants perçoivent leurs compétences est en cours. Les premiers résultats, qui ont été présentés au mois de juin à un colloque sur la didactique de la traduction à Barcelone (didtrad2018), montrent en effet une évolution (présentation disponible ici). Les 268 étudiants inscrits dans les formations européennes membres de l’INSTB ont répondu au même questionnaire avant et après le travail collaboratif au sein d’un Skills Lab ou d’un bureau virtuel de traduction, et les résultats, concernant pour le moment 4 universités dont l’Université de Lille, montrent que les étudiants estiment avoir davantage de compétences à l’issue d’un tel travail collaboratif, qu’il s’agisse de compétences techniques, liées à la gestion du temps, ou encore au travail en équipe (les fameuses soft skills). Ces résultats encourageants feront l’objet d’une publication scientifique.

Avez-vous décidé d’apporter des modifications à la seconde édition ?

Oui, puisque toute première édition est nécessairement expérimentale. La lecture des rapports rédigés à l’issue du Skills Lab a permis de comprendre certaines des difficultés rencontrées par les M1 notamment, mais aussi certains problèmes d’organisation relatifs à la préparation des ressources. Pour l’édition 2019, où les autres langues de travail seront intégrées, il y aura davantage de gestionnaires de projets et de préparateurs de ressources, et les étudiants de M1 ne seront plus limités à la traduction. Beaucoup d’étudiants pourront assurer deux rôles distincts, par exemple traduction/préparation de ressources ou encore révision/préparation de ressources. Un debriefing après le Skills Lab sera également programmé dès le vendredi soir, dernier jour du dispositif, car les étudiants de cette année auraient aimé que ce soit le cas. La facturation des projets pourrait également faire l’objet d’une attention accrue, même si celle-ci est fictive, les projets ne faisant pas l’objet d’une vraie rémunération.

En revanche, bien que cela soit une demande des étudiants, nous ne pouvons malheureusement pas étendre le Skills Lab et proposer une durée de deux semaines : les étudiants de M2 partent en stage très tôt et ont beaucoup de projets à remettre avant leur départ. Le Skills Lab 2019 sera en revanche légèrement décalé afin que les étudiants de M2 n’aient pas comme cette année à gérer de front tous ces projets et le Skills Lab, qui sera placé la toute dernière semaine avant leur départ, l’ensemble des autres projets ayant été rendus en amont.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Des « clients » se sont déjà manifestés pour la prochaine édition, ce qui est bon signe !

 

clients

Ci-dessus les premiers clients de notre agence.

 

En tant qu’étudiante, j’ai pour ma part beaucoup apprécié le Skills Lab pour ce qu’il m’a apporté en matière de compétences, mais au-delà de ça, j’ai beaucoup aimé participer à ce projet parce qu’il ne s’agissait plus d’étudier avec pour seule finalité l’obtention d’une note, cette fois, mon travail allait être utile à d’autres.

Je vous invite donc à cliquer ici pour lire le billet de blog d’Alessandro Circo qui vous emmènera au cœur de notre petite entreprise et ici afin d’en apprendre davantage sur notre formation et venir nous rejoindre.

 

Retour sur le TSM Skills Lab 2018

Par Alessandro Circo, étudiant M1 TSM

 

La semaine du Skills Lab vient de s’achever il y a quelques jours, les livraisons sont effectuées et l’heure est venue de prendre un peu de recul, non seulement sur cette semaine mais aussi sur le dispositif Skills Lab dans sa globalité.

Skills Lab, le point de départ

Le Skills Lab est un dispositif imaginé dans le cadre d’une collaboration entre plusieurs universités rassemblées au sein du réseau INSTB (International Network of Simulated Translation Bureaus), même s’il existe sous d’autres formes dans d’autres universités. Son objectif est de proposer aux étudiants du domaine de la traduction une expérience unique : celle d’une agence virtuelle de traduction composée uniquement des étudiants de la formation. Dans notre cas, le Master TSM.

Skills Lab, façon TSM

1 - Logo

Cette année est celle de la première participation de l’Université de Lille. Depuis le mois de septembre les étudiants du Master TSM sont prévenus, le Skills Lab fera partie des Unités d’Enseignement sur lesquels ils seront évalués pour l’obtention du Master.

Pour gagner sa place au sein de cette agence virtuelle, il n’est pas question de tirage au sort ou de répartition effectuée par les responsables du Master. Chaque étudiant devra répondre aux offres d’emploi mises en ligne en envoyant CV et lettre de motivation, tout comme il l’aurait fait pour décrocher un emploi dans une véritable agence. L’analogie ne s’arrête pas là, ils devront aussi participer à des entretiens d’embauche face à un responsable pédagogique et un professionnel du monde de la traduction. Ces entretiens passés, chaque participant obtient son affectation et les équipes prennent forme. Les regards se portent maintenant vers le lancement de la semaine du Skills Lab, le lundi 5 février 2018.

TSM Skills Lab, c’est parti !

2 - Clients

Nous voilà au début de cette semaine de simulation. Les gestionnaires de projet sont les premiers à faire leur entrée et reçoivent dès 9h ce lundi les documents, les instructions et les exigences de la part des quatre clients dont les textes couvrent des domaines variés que nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter. Après avoir découvert les textes, mesuré les volumes et découpé les documents, la priorité est donnée à la mise en place du planning et à la gestion des ressources humaines.

3 - Planning

La traduction devra donc commencer dès le lendemain, mais avant cette étape il est nécessaire de parcourir les textes pour traquer les difficultés lexicales et terminologiques qu’ils présentent dans le but d’améliorer la productivité des traducteurs. Ce travail est celui des préparateurs de fichiers. Pour les aider dans cette exploration, ils disposent de logiciels d’extraction terminologique et de la vaste étendue de ressources disponibles sur le web… ou à la bibliothèque. Après plusieurs heures passées à sonder les documents ils élaborent des glossaires et compilent des corpus qui passeront entre les mains des gestionnaires de projet pour terminer leur course sur les écrans des traducteurs.

4 - Capture d'écran

Mardi, 9h, briefing des traducteurs et distribution des documents à traduire puis des ressources associées via la plateforme Slack. Après une rapide résolution des problèmes de format ou de nom de fichiers l’équipe de traducteurs se lance. Elle dispose d’une journée et demie, malgré quelques remarques concernant la richesse des ressources préparées la veille, le travail avance vite et la majorité des traductions sont livrées avant la fin d’après-midi.

Le lendemain matin, alors que quelques traducteurs valident les derniers segments à traduire, les premiers réviseurs s’installent dans les salles réservées au Skills Lab. Au cours de la journée, ils réalisent que la révision risque de prendre plus de temps que prévu car les corrections à effectuer sont trop nombreuses et impliquent parfois de traduire à nouveau le segment. Peut-être que les ressources auraient dû être plus fournies, peut-être que les recherches pendant la traduction auraient dû être plus conséquentes, ou peut-être encore que la précipitation ou le manque d’expérience dans des domaines complexes sont à prendre en compte… Bref, l’objectif ici n’est pas de savoir à qui imputer la faute, mais plutôt de trouver comment surmonter ce genre de problème qui est loin d’être une première dans le monde de la traduction. Rappelons que le Skills Lab est censé préparer les étudiants comme aucun cours ne pourra jamais le faire. Quoi de mieux, donc, qu’un petit contretemps pour tester leurs capacités d’adaptation ? Comme par exemple l’envoi par un des clients d’un document supplémentaire à inclure dans le projet de traduction… Un défi relevé dans les règles de l’art !

5 - Jeudi

Finalement, les efforts fournis par les réviseurs et quelques heures supplémentaires ont permis de rattraper le temps perdu. Les traducteurs ont pu revenir comme prévu le jeudi pour corriger leurs traductions en tenant compte des commentaires laissés pendant la révision. Lors de cette avant-dernière journée et depuis le début de la semaine, les gestionnaires de projet ont dû assurer en permanence la communication avec les clients afin de répondre au plus vite et le plus précisément possible aux questions soulevées par les différents textes à traduire : typographie, mise en page, utilisation de l’écriture inclusive … La liste est loin d’être exhaustive, les gestionnaires de projet gardent un œil sur chaque problème et sont souvent à l’origine de sa solution. Ils ont d’ailleurs décidé, en réaction aux problèmes évoqués plus haut, de rajouter une étape de QA technique afin d’assurer une qualité qui ne trahira pas les exigences de formation du Master TSM.

TSM Skills Lab, le bilan

Très rapidement la fin de cette semaine est arrivée, au moment où je termine ce billet une partie des traductions a déjà été livrée et l’étape de QA suit son cours. Les préparateurs de fichiers sont revenus pour rassembler les mémoires de traduction par client et les mettre à jour. Les gestionnaires de projet ont ajouté à leur liste des tâches la DTP.

Au cours de cette semaine, les étudiants du Master TSM ont eu la chance de participer à la première édition lilloise de ce dispositif. Pour certains d’entre eux c’était un premier contact avec le fonctionnement d’une agence et pour d’autres c’était un moyen de se perfectionner, de questionner et de prendre ses marques avant la fin toute proche de plusieurs années d’études et le début d’une carrière professionnelle dans le monde de la traduction. Je conclurai de manière opportuniste avec cette phrase qui vient d’être prononcée par un de nos gestionnaires de projet, « le Skills Lab est une expérience ».

6 - Fin

 

Rendez-vous l’année prochaine, pour une nouvelle édition qui s’étendra à l’ensemble des langues B proposées dans le master.