Rakuten Viki : le sous-titrage amateur

Par Léa Bailleux, étudiante M1 TSM

Alors que, dans des billets de blog précédents, nous avons pu voir que le sous-titrage était un métier à part entière et que Netflix a soulevé la critique de par ses méthodes de traduction et sous-titrage, nous allons aujourd’hui nous pencher sur le cas du site Rakuten Viki.

Plus simplement appelée Viki, cette plateforme de streaming pourrait faire penser à Netflix : née en 2007 à Singapour, elle héberge principalement des films et séries asiatiques et les rend disponibles dans le monde entier.  

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, observons le cas de leurs séries les plus populaires : 김비서가 왜 그럴까, aussi appelée What’s Wrong With Secretary Kim, est sous-titrée dans 52 langues différentes et 힘쎈여자 도봉순, Strong Woman Do Bong Soon, est elle disponible dans 44 langues différentes. D’autres sont disponibles dans une dizaine ou bien une vingtaine de langues : en tout on peut retrouver des traductions dans près de 158 langues. On peut aussi s’apercevoir qu’en dessous des épisodes, un pourcentage se trouve à côté de la langue choisie pour les sous-titres.

Là, nous pouvons commencer à nous interroger : pourquoi certaines séries sont-elles plus traduites que d’autres ? À quoi peut bien correspondre le pourcentage ?

Tout d’abord il faut savoir que les vidéos sur Viki sont publiées en langue originale uniquement. Une fois publiées, des équipes de traducteurs/sous-titreurs sont alors formées pour commencer le travail. Une nouvelle question se pose alors : qui sont ces traducteurs/sous-titreurs ? La réponse est simple : des bénévoles non-professionnels. Le site Rakuten Viki repose sur sa communauté de fans passionnés et multilingues. On peut même trouver le site de la communauté de bénévoles Viki où les plus grands « contributeurs » (comprendre traducteurs/sous-titreurs) du mois sont affichés sur un tableau d’honneur.

Ces contributeurs sont répartis en 3 catégories : les QC Trainees, les Qualified Contributors, et les Gold QC, chacun ayant des avantages spécifiques sur le site. Ils sont répartis ainsi selon leur nombre de contribution : les premiers ont atteint les 1 000 contributions (une contribution étant un sous-titre ou un segment), les deuxièmes ont dépassé les 3 000 contributions, et les derniers ont dépassé les 20 000. Il n’y a donc pas de rémunération directe, seulement un accès spécial à certaines vidéos, ou un abonnement gratuit au site. Abonnement qui coûte normalement 2,99 $ par mois s’il est basique, ou 4,99 $ s’il est standard, sachant que le site est accessible gratuitement avec une qualité de vidéo moins élevée et des publicités. Nous faisons donc bel et bien face à des traducteurs/sous-titreurs bénévoles.

Bien qu’aucune ressource linguistique ne soit mise à disposition des contributeurs, ils ne sont tout de même pas lâchés dans la nature. Le site propose des ressources en ligne et des vidéos pour s’entraîner à segmenter et sous-titrer avant de se lancer. Pour rejoindre une équipe, il faut d’ailleurs compléter la Segmenting Academy, une série de tutoriels pour les volontaires désirant apprendre à segmenter. On peut aussi juger de l’expérience d’un contributeur grâce à son rang.

Parlons maintenant des équipes de traducteurs/sous-titreurs. Pour chaque série et chaque film, il y a une « chaîne » avec plusieurs onglets : un qui répertorie de nombreuses informations sur le synopsis ou les acteurs, un où sont listé les épisodes, un sur l’équipe de sous-titres, et un sur les avis et commentaires. Ces chaînes sont gérées par des Qualified Contributors ou des Gold QC qui, une fois sélectionnés, peuvent recruter leur équipe parmi tous les contributeurs ayant postulé. Ces équipes sont formées de modérateurs, monteurs, ségmenteurs, et sous-titreurs. À chaque parution d’un nouvel épisode, tout le monde se met au travail, et chaque segment validé apparait en temps réel, d’où le pourcentage présent sous chaque vidéo : pour les séries plus anciennes ou bien avec des équipes très réactives, tous les épisodes sont à 100% traduits et sous-titrés dans la langue sélectionnée, mais pour les séries où moins de volontaires sont disponibles, le pourcentage peut augmenter lentement voire stagner quelques jours.

Et la qualité des sous-titres dans tout ça ? Sans grande surprise : ça dépend. Ce ne sont pas des professionnels, et parfois ça se voit. Les sous-titres sont souvent trop longs pour être confortables à lire, ou passent parfois trop rapidement. On se retrouve aussi face à des traducteurs amateurs qui ne savent pas quel va être leur public : une partie des utilisateurs du site est très familière avec les cultures des différentes séries proposées, tandis qu’une autre partie est en découverte totale. Les choix de traduction sont donc difficiles à prendre, et on se retrouve parfois avec des résultats maladroits : on peut tomber sur des expressions idiomatiques traduites littéralement avec leur sens véritable entre parenthèse. Quant à la qualité de la restitution du sens original, il est difficile d’en juger sans maîtriser la langue source.

Viki nous propose un accès légal à des séries étrangères à moindre prix, ce qui semble attirant en premier lieu, mais le manque de professionnalisme dans les sous-titres et la traduction peut rebuter. La question est aussi morale : en soutenant ce genre de site, nous soutenons un système où les traducteurs/sous-titreurs sont bénévoles. Est-ce de l’exploitation ou du gain d’expérience pour ces volontaires ? La cible de ce site serait-elle prête à payer plus cher pour financer une traduction professionnelle de ces séries ? Ce sont des questions à se poser avant de consommer le contenu d’un site comme Viki.

Sources :

https://www.viki.com/

https://techcrunch.com/2010/12/08/viki-raises-4-3-million-from-vc-all-stars-to-translate-the-worlds-video/?icid=tc_marc-andreessen_art&tag=marc-andreessen&guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9lbi53aWtpcGVkaWEub3JnLw&guce_referrer_sig=AQAAADj3oVwoNt1GXYO4PvcPMV96hpB28CuWtlYEPqEBsiMHaxpr94sfu5tLFJPw9xCq6lyDI2CglM-aelmtnrJ_PBDn4WAoDQth7KrFW2eNCIz_gwUR4HsDAw_4lhFg00kxOu5QgWbyS8QLz3LuQ-meWH5EWvhQFyn-fUx9RimKLqlk

https://www.wsj.com/articles/BL-SEAB-139

https://contribute.viki.com/

https://en.wikipedia.org/wiki/Viki_(streaming_service)#cite_note-WSJ-1

https://unsplash.com/photos/EOQhsfFBhRk

VF ou VOST : entre confort audiovisuel et fidélité artistique

Par Matthieu Lozay, étudiant M1 TSM

 

Les débats houleux entre défenseurs et détracteurs de la version française dans le domaine de l’audiovisuel ne datent pas d’hier. Ils sont néanmoins toujours très présents, notamment dans la sphère linguistique. L’objectif de ce billet n’est pas de dire quel « camp » a raison ou tort, mais d’analyser les deux argumentaires et d’établir une conclusion la plus objective possible. Mais alors, d’où vient cette divergence ? La version française est-elle le côté obscur comme certains le prétendent ? Quelles sont les différences entre la traduction de doublage et de sous-titrage ? Here we go! / C’est parti !

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Au temps du noir et blanc

Le dilemme entre doublage et sous-titrage est apparu dès les débuts du cinéma parlant (ou plus précisément sonore), avec The Jazz Singer en 1927. Malgré ses quelque 300 mots, ce film a dès lors posé les bases du problème qui nous intéresse aujourd’hui : comment rendre accessible une œuvre audiovisuelle à un public qui ne parle pas (ou peu) la langue d’origine de celle-ci ? Les pratiques du doublage et du sous-titrage se sont rapidement distinguées. Il a toutefois été question de tourner chaque scène d’un film en différentes langues, mais l’idée n’a pas fait long feu : cela rendait le tournage beaucoup trop long et difficile à mettre en œuvre, et incombait aux acteurs et actrices de parler (ou d’imiter au mieux) un grand nombre de langues étrangères.

À l’époque, le doublage était complexe à réaliser sur le plan technique et matériel. La synchronisation labiale était bien souvent maladroite. C’est toutefois cette méthode qui a été rapidement privilégiée en France, au grand désarroi d’une majeure partie de la communauté cinéphile qui défendait le recours au sous-titrage. L’utilisation du doublage a même été favorisée par des lois nationales au cours des années 40, au détriment des versions sous-titrées. Cela explique (en partie) d’où vient cette préférence française pour le doublage.

La traduction de doublage et de sous-titrage : deux exercices diamétralement opposés

La tâche de traduction dans le cadre du doublage et du sous-titrage relève de contraintes très diverses et variées. La différence fondamentale tient à l’essence même de l’objectif du texte alors traduit : pour un doublage, le texte sera écouté par le public ; pour le sous-titrage, le texte sera lu par celui-ci. Cela suppose donc de faire des choix dans le processus de traduction vis-à-vis de ces contraintes imposées.

La principale contrainte du doublage est son caractère oral. Les mots devront donc être fluides et les tournures adaptées en conséquence. Le traducteur partira donc du principe que le texte sera lu par un comédien de doublage, et que la sonorité de la traduction entre particulièrement en jeu à cet égard. En outre, l’autre défi principal est la synchronisation labiale (mentionnée précédemment). Pour que le « trucage » que représente le doublage fonctionne sur le public qui visionne l’œuvre, les mots doivent être crédibles par rapport à l’image à l’écran. Une synchronisation ratée ou des dialogues qui ne semblent pas fluides lorsque joués par le ou la comédien.ne peuvent faire sortir le spectateur du film. Toutes ces contraintes font de la traduction destinée au doublage une tâche très complexe, et requiert une adaptabilité et une créativité permanentes pour que le subterfuge du doublage soit le plus invisible possible aux yeux et aux oreilles du spectateur.

Concernant la traduction destinée au sous-titrage, les contraintes sont très différentes. Le traducteur doit synthétiser au mieux les dialogues afin de ne pas rendre indigeste la lecture des sous-titres pour le spectateur, mais tout en conservant au mieux le sens et l’intention de l’œuvre originale. Il existe un nombre maximum de caractères défini au préalable notamment en fonction du support (télévision ou cinéma) dans lequel le texte doit être inséré. Cela contraint le traducteur à faire en permanence des choix, et l’oblige parfois à ôter une idée jugée moins pertinente à l’histoire si les restrictions de caractères l’exigent. Tout comme pour le cas du doublage, les sous-titres ne doivent pas être trop invasifs, au risque de sortir le spectateur de l’œuvre. En effet, l’un des défauts du sous-titrage (et nous y reviendrons plus tard dans ce billet) est de détourner le regard du spectateur, aussi brièvement que cela soit, de la mise en scène en elle-même. Il faut donc « résumer » au mieux les propos de l’œuvre source.

Mais alors, quels sont les principaux avantages et défauts des deux pratiques ? Le sous-titrage est-il si parfait ? Faut-il interdire le doublage (comme le proposent certaines pétitions) ?

Le sous-titrage, ou le souhait de respecter au mieux l’authenticité de l’œuvre originale

Le principal argument des défenseurs de la VOST est de mettre en avant l’aspect artistique de l’œuvre originale. Ainsi, le doublage « dénaturerait » la voix des comédien.ne.s d’origine. La réflexion est la suivante : si le réalisateur a choisi tel.le ou tel.le acteur ou actrice, c’est en partie pour sa voix (qui fait partie intégrante de son jeu d’acteur). Le processus de doublage nuirait donc à cette intention.

D’autre part, le principe même de synchronisation labiale dérange les partisans du sous-titrage. Il est en effet très rare, selon eux, que les mouvements de lèvres d’un anglophone, par exemple, correspondent sémantiquement et visuellement à la traduction jouée par un.e comédien.ne de doublage de manière crédible. Cela aurait pour conséquence de sortir indéniablement le spectateur du film.

Par ailleurs, il existe de nombreux cas d’œuvres où le fait que tous les personnages parlent français pose problème à la compréhension scénaristique. L’un des exemples les plus connus est celui de la version française de Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Dans ce film, de nombreuses langues sont utilisées, ainsi que divers accents très prononcés. En outre, certains personnages parlent déjà français dans le film original. Il était donc complexe de retransmettre ce jeu entre les différents langages dans la version doublée, problème qui ne se pose pas dans la version sous-titrée.

Enfin, il va de soi qu’écouter davantage d’œuvres audiovisuelles dans leurs langues originales (pas seulement l’anglais) aide à la maîtrise de la langue, notamment à la compréhension orale, mais aussi au vocabulaire, à la prononciation des mots, aux accents, etc. Toutefois, face à (presque) la totalité des autres arguments cités précédemment, les défenseurs de la version française ont un avis à faire valoir.

Le doublage, ou le choix du confort et d’une suspension d’incrédulité accrue

Face au premier argument des détracteurs du doublage, qui met en avant le caractère artistique d’une œuvre, les partisans de la version française avancent bien souvent une idée : là où le doublage d’un.e comédien.ne d’origine dénaturerait intrinsèquement sa voix originale et son jeu d’acteur, l’apparition à l’écran de textes de sous-titrage, qui ne sont pas (non plus) prévus initialement par le réalisateur, nuirait également à l’intention visuelle de celui-ci. Il s’agit là de répercussions soit sur le son et la voix (avec le doublage), soit sur l’image et la scénographie d’une œuvre (avec le sous-titrage). Et à ce jeu-là, difficile d’objectivement dire laquelle des deux méthodes est la moins invasive.

Par ailleurs, il n’est pas rare que des scènes d’un film ou d’une série soient elles-mêmes redoublées par la suite en studio, afin d’obtenir une prise son d’une qualité parfaite : c’est la post-synchronisation. Les émotions ne sont donc techniquement pas les mêmes entre la prise vidéo et l’audio qui y sera associé dans le produit final.

Bien qu’une grande majorité de la communauté cinéphile défende le sous-titrage, il existe quelques voix qui s’élèvent et argumentent en faveur du doublage. Ainsi, le réalisateur Alfred Hitchcock estimait que « quand un film circule dans le monde, il perd 15 % de sa force s’il est sous-titré et seulement 10 % s’il est bien doublé ». Son avis était donc que le visuel et la mise en scène d’une œuvre prennent une place plus importante que la voix originale (ou non) des acteurs et actrices. Cette prise de position est loin de faire l’unanimité ; Stanley Kubrick s’y opposait fermement par exemple.

Par ailleurs, le caractère restreint des sous-titres oblige parfois à omettre certains détails qui sont plus facilement transposables dans le processus de doublage. Georges Sadoul, critique et historien de cinéma du siècle dernier, déclarait que les sous-titres ne contiendraient « tout au plus que 60 % du texte dit par les acteurs ». Par ailleurs, il arrive que l’on se « gâche » un dialogue en finissant de lire les sous-titres avant que la chute ne se produise (les points de suspension en fin de sous-titres sont souvent synonymes de scène interrompue, cela pouvant indiquer au spectateur à l’avance que quelque chose va se passer à la fin de la ligne dialogue). Chose qui ne se produit pas avec le doublage.

En outre, un public très néophyte qui ne se tiendrait qu’aux sous-titres pourrait avoir des difficultés à comprendre certaines subtilités linguistiques, comme les accents ou certaines intentions (ironie, etc.). Le doublage lui permettrait de mieux comprendre ces effets. Aussi, pour les personnes malvoyantes, dyslexiques ou ayant des difficultés à lire des sous-titres parfois trop petits à leurs yeux (mais aussi les enfants et les adultes qui ne savent pas forcément lire), le doublage est une manière d’accéder tout de même à une œuvre dans une langue étrangère d’origine.

L’appréciation du doublage ne dépendra en réalité que d’une chose (outre la qualité de celui-ci) : la suspension d’incrédulité, c’est-à-dire la capacité à faire « comme si » les voix que l’on entend dans l’œuvre sont celles des comédien.ne.s d’origine (même si on sait pertinemment que ce n’est pas le cas). Le doublage est l’un des nombreux trucages de cinéma qui requièrent cette suspension d’incrédulité. Les doublages sont bien souvent qualitatifs de nos jours (surtout en France), et même s’il existe de nombreux exemples où la version française est ratée (voire pire…), il y a également des cas où la version doublée est aussi bien, sinon meilleure, que la version d’origine (Retour vers le futur est souvent cité en exemple à cet égard.). Mais alors, quelles conclusions pouvons-nous tirer de tout cela ?

Des modes de consommation différents

Comme précisé dans l’introduction de ce billet, l’objectif n’était pas de mettre en avant l’une ou l’autre de ces pratiques, mais plutôt de plaider une forme d’ouverture, de recul et d’esprit critique. Aucune méthode n’est parfaite, aucune méthode n’est à interdire. Toute la question réside dans la manière dont nous souhaitons consommer une œuvre audiovisuelle. Il en faut pour tout le monde, pour tous les publics.

Il ne faut toutefois pas nier le fait que les séances sous-titrées ne sont que trop rares dans la plupart des cinémas. Néanmoins, avec l’essor des plateformes de streaming (dont la mise à disposition des sous-titres est quasi-systématique), les pratiques évoluent et la version originale sous-titrée est de plus en plus convoitée, notamment par les jeunes. Peut-être que la divergence réside en fait davantage dans une question de générations. Les versions sous-titrées étant beaucoup moins accessibles par le passé, les générations précédentes n’ont majoritairement connu que la version française. De nombreuses personnes ont par la suite continué de suivre ce mode de consommation.

 

Sources :

https://doi.org/10.4000/decadrages.701

https://doi.org/10.4000/decadrages.695

https://doi.org/10.21992/T9GW8M

https://www.20minutes.fr/culture/1821263-20160505-profession-danger-veut-peau-doubleurs-francais

https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/2009-v54-n3-meta3474/038311ar/

https://beta.ataa.fr/revue/numéro-3/georges-sadoul-le-doublage-et-le-sous-titrage/la-traduction-des-films-sous-titrage-ou-doublage-les-lettres-françaises-n-1072-18-mars-1965

https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/revue-vacarme-1999-4-page-42.htm

http://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-le-doublage-suscite-le-trouble

https://www.erudit.org/fr/revues/cb/1989-v9-n1-cb1130779/34257ac/

Le sous-titrage, c’est un métier !

Par Aurélien Vache, étudiant M2 TSM

soustitrage

 

Le sujet de cet article m’a été inspiré par un exercice réalisé l’année dernière dans le cadre du cours de Nigel Palmer, « Techniques de traduction audio-visuelle ». L’objectif était de sous-titrer dans la langue de Molière une vidéo de quelques minutes, un travail qui paraît simple mais qui ne peut pas être confié à Monsieur ou Madame Tout-le-Monde.

Le sous-titrage, une profession à part entière

À l’instar de beaucoup de métiers, celui de sous-titreur ne s’improvise pas et nécessite des équipes professionnelles. Le fait est qu’il s’agit d’une profession relativement méconnue. Et pourtant, il ne faut pas oublier que c’est grâce aux sous-titreurs que nous pouvons regarder nos séries préférées en version originale sous-titrée (VOST), même si, comme nous le verrons dans ce billet de blog, les professionnels du secteur sont confrontés à une concurrence on ne peut plus déloyale.

À ne pas confondre avec le doublage, l’interprétariat ou la langue des signes, le sous-titrage est un travail de longue haleine, car les sous-titres ne doivent pas dépasser une certaine longueur, exprimée en nombre de caractères par ligne. C’est l’une des principales contraintes auxquelles doit faire face le sous-titreur, qui est donc obligé d’user de subterfuges pour tirer son épingle du jeu. Ainsi, la question Remember me? pourra être traduite par « Tu me remets ? » plutôt que par « Tu te souviens de moi ? ».

Par ailleurs, il va de soi que le style adopté doit être soigné et que le contenu traduit doit être adapté au public cible. Il n’est pas rare que les dialectes et les différents niveaux de langage donnent du fil à retordre aux traducteurs, comme en témoigne Blandine Ménard concernant la traduction des sous-titres de Game of Thrones.

 

Traduire des jeux de mots n’est pas non plus tâche aisée, surtout lorsqu’il n’y a pas d’équivalent dans la langue cible. Un exemple parlant est celui de cette blague, racontée par l’un des personnages principaux d’une série américaine diffusée il y a quelques années : You know what kind of fish you can find in a hospital? (Tu sais quel genre de poisson on peut trouver dans un hôpital ?). La réponse donnée est A sturgeon (calembour entre sturgeon, esturgeon, et surgeon, chirurgien), ce qui a été traduit dans les sous-titres français par « Un poisson-chirurgien ». La traduction proposée est valide en ce sens que ce poisson existe réellement (Dory en est la preuve), mais il n’en demeure pas moins qu’elle illustre une véritable difficulté de traduction.

Il n’existe pas de parcours type pour devenir sous-titreur, mais plusieurs universités offrent une formation préparant à ce métier. Par exemple, c’est le cas de l’Université de Lille avec le Master MéLexTra (Métiers du lexique et de la traduction). Les compétences recherchées sont, cela va sans dire, la maîtrise d’au moins une langue étrangère et de solides bases en traduction, mais aussi une certaine aisance avec l’image, le son et le rythme.

Tout comme le marché du doublage, celui du sous-titrage est actuellement en plein essor, grâce notamment à un engouement croissant pour les séries. Il est estimé que le doublage et le sous-titrage représentent cinq milliards de dollars à l’échelle mondiale, l’essentiel provenant du doublage. En France, le chiffre d’affaires de ces secteurs a atteint cent millions d’euros en 2017, soit une hausse de vingt pour cent en deux ans. Selon Nice Fellow, l’un des principaux laboratoires de sous-titrage français, l’Hexagone n’est autre que « le pays le plus exigeant sur la qualité du doublage et du sous-titrage ».

Cette affirmation nous amène au cœur même de la préoccupation première des professionnels. Ces derniers voient d’un mauvais œil la multiplication de ces sous-titreurs pirates qui leur portent ombrage en proposant des traductions souvent médiocres de séries américaines, en un temps record et à des tarifs défiant toute concurrence. En conséquence, les professionnels du sous-titrage se voient contraints de revoir leurs prix à la baisse. Juliette De La Cruz, ancienne présidente de l’ATAA (Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel), considère que « c’est impossible de travailler en dessous de quinze euros la minute » pour les traductions de séries. À en croire le magazine Télérama, un adaptateur sur deux jetterait l’éponge dans les cinq années suivant sa formation, cela en raison du phénomène de ce que l’on appelle les fansubbers (contraction de fan et de subtitle, sous-titrer).

 

Les fansubbers, ces pirates du sous-titrage

C’est donc ainsi que sont appelés ces aficionados de séries télévisées qui les traduisent à la chaîne et en parfaits amateurs, et ce dès leur diffusion outre-Atlantique. Pour ces traducteurs du dimanche, le sous-titrage est un passe-temps, pas un travail. Du côté des professionnels, on évalue à une semaine environ le temps nécessaire à la traduction d’un seul épisode, en fonction du nombre de répliques. À titre d’exemple, il faut en compter en moyenne quatre cents pour un épisode de The Walking Dead.

Toutefois, on observe depuis peu une tendance qui prend de plus en plus d’ampleur : depuis que certaines chaînes françaises offrent aux téléspectateurs la possibilité de regarder le nouvel épisode de leur série favorite le lendemain même de sa diffusion aux États-Unis, les délais peuvent être bien plus courts. Par conséquent, les traducteurs se retrouvent à devoir adapter les épisodes en un jour ou deux seulement, dans un stress palpable.

D’un autre côté, d’aucuns estiment que la traduction n’est pas une profession à proprement parler lorsqu’elle a trait aux films et aux séries. Force est de constater qu’un certain nombre de mordus de séries n’ont cure de la qualité des sous-titres proposés, du moment qu’ils n’ont pas à attendre pour connaître la suite des aventures de leurs personnages préférés. Le problème, c’est que de cette façon le travail effectué par les sous-titreurs professionnels ne peut pas être apprécié à sa juste valeur.

Cependant, une plus grande menace, venue tout droit de Californie, plane sur les professionnels du secteur. En effet, afin notamment de minimiser les coûts, plusieurs mastodontes de l’industrie cinématographique américaine font la part belle à SDI Media, un laboratoire colossal qui propose des tarifs imbattables. Il est composé de milliers de traducteurs, dont la plupart sont des étudiants mal formés et sous-payés qui traduisent en quatrième vitesse, sans même prêter attention aux images, parfois tout en parlant français comme des vaches espagnoles !

Pour en revenir au fansubbing, qui s’est développé au début des années 2000, il ne faut pas oublier qu’il représente une violation des droits d’auteur, au même titre que le téléchargement illégal.

Interrogée par Europe 1 en 2014, Dorothée, sous-titreuse au sein du collectif amateur La Fabrique, nous raconte comment sont réalisés les sous-titres d’une série comme Girls. Après avoir téléchargé un épisode, elle s’empare des sous-titres anglais utilisés pour les sourds et les malentendants. Elle y enlève tout ce qu’elle juge inutile, c’est-à-dire par exemple les répliques qui ne comportent que des indications destinées à ces téléspectateurs. Elle partage ensuite les lignes de sous-titres entre les différents membres de son équipe de sous-titreurs. Dans le cas de Girls, ceux-ci, au nombre de trois, sont chargés d’en traduire peu ou prou deux cents chacun en respectant des normes calquées sur celles des professionnels. Une fois leur traduction terminée, ils se relisent les uns les autres et font la chasse aux coquilles, tout en discutant des divers choix de traduction envisageables. Puis Dorothée procède à la relecture finale de l’ensemble des sous-titres, étape au cours de laquelle elle s’attache, entre autres, à éliminer les éventuelles fautes d’orthographe et à vérifier l’harmonisation d’un bout à l’autre de l’épisode. Elle compare enfin cette version définitive avec celle d’origine et, après avoir échangé avec les membres de l’équipe sur les modifications apportées, elle rend le fichier accessible à tous sur la Toile, et ce gratuitement.

Il arrive que ces escouades de sous-titreurs amateurs comptent jusqu’à dix membres dans leurs rangs. On est alors aux antipodes de la manière de faire des professionnels, qui font cavaliers seuls ou bien travaillent en binôme, considérant impossible de sous-titrer en vingt-quatre heures.

Face à la piètre qualité des sous-titres des fansubbers, certains choisissent purement et simplement de laisser tomber les sous-titres français au profit des originaux, ceux-ci comportant des références intéressantes. D’autres affirment franchement avoir les yeux qui saignent, un sentiment qui a également pu être ressenti devant des programmes diffusés par le géant Netflix il n’y a pas si longtemps.

Netflix et l’ubérisation du sous-titrage

Effectivement, la plateforme américaine de vidéo à la demande s’est récemment fait pointer du doigt par ses abonnés et les professionnels pour des sous-titres traduits de façon très approximative. En l’espèce, l’exemple qui vient tout de suite à l’esprit est celui de Roma, film qui a remporté plusieurs récompenses dont le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 2019.

En France, l’ATAA a soulevé non seulement des erreurs techniques telles que l’absence de guillemets ou encore le non-respect de la vitesse de lecture, mais aussi et surtout de nombreuses erreurs linguistiques. Fautes d’orthographe et de grammaire, barbarismes, phrases à la mords-moi-le-nœud, contresens… Il y en a pour tous les goûts !

Mais rassurez-vous, si vous peinez à faire votre choix, Sylvestre Meininger, ancien vice-président de l’ATAA, a sélectionné pour vous les meilleures perles offertes par Netflix, c’est un cadeau de la maison ! Parmi elles, on trouve en particulier « Je vais vous consulter » à la place de « Je vais vous ausculter », corto qui est traduit en français par « bande annonce » au lieu de « court-métrage », « Prends-ça », « Regarde la », « Cleo nous a sauvé » et j’en passe…

De plus, les registres et les niveaux de langue des dialogues originaux ne sont pas respectés, puisque dans les sous-titres les enfants s’expriment dans un langage tantôt soutenu, tantôt familier. Par ailleurs, certains des sous-titres sont soit trop longs, soit trop courts, tandis que d’autres apparaissent à l’écran alors que personne ne prend la parole.

Sylvestre Meininger s’est demandé à juste titre pourquoi toutes ces bévues n’avaient pas conduit à la révision de l’ensemble des sous-titres. Il a également émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’une traduction automatique brièvement retravaillée ou effectuée à partir de l’anglais et non de la langue originale, c’est-à-dire l’espagnol.

Mais alors, comment cela a-t-il pu se produire ? Pour y voir plus clair, nous pouvons nous intéresser un peu plus à la société qui a acheté et diffusé ce film, à savoir Netflix. Ce n’est un secret pour personne : en l’espace de quelques années seulement, Netflix s’est fait un nom parmi les leaders du cinéma mondial, ce qui pose la question de la place qu’occupe la traduction.

Devant le nombre pharaonique de programmes qu’il diffuse dans le monde entier, le géant du streaming avait lancé en mars 2017 la plateforme Hermes afin d’internaliser tout le processus de sous-titrage. Le but de cette démarche était d’engager « les meilleurs traducteurs » possible. Aucun diplôme n’était requis pour pouvoir candidater, l’essentiel était évidemment de comprendre la langue de Shakespeare. Ouvert à tous, le test auquel les candidats étaient soumis se composait d’une épreuve de sous-titrage et d’un QCM consistant à identifier des erreurs techniques et linguistiques et à retranscrire des expressions idiomatiques.

Certains traducteurs membres de l’ATAA avaient passé le test par simple curiosité et la majeure partie d’entre eux ne l’avaient pas trouvé si facile que cela. Les postulants ayant été reçus avec succès avaient affirmé que l’accent avait été mis sur la rapidité, étant donné que leur travail était chronométré et qu’ils n’avaient pas la possibilité de l’enregistrer. Cette pratique constituait néanmoins une aubaine pour les fansubbers.

D’après les professionnels, Netflix aurait en réalité utilisé la plateforme Hermes pour établir sa propre base de données de sous-titreurs. De cette manière, Netflix a donné naissance à ce que l’on pourrait appeler l’ubérisation du sous-titrage, puisque ses employés étaient payés entre six et vingt-sept dollars la minute (pour le japonais ou l’islandais), des prix jugés bas par la profession. Cette dernière estime avoir été précarisée par l’expérience Hermes, qui a pris fin un an après son lancement. Depuis, Netflix garantit avoir réalisé l’importance de confier le sous-titrage à ceux dont c’est vraiment le métier.

Un mot pour conclure…

Le sous-titrage est bel et bien la spécialité d’un certain nombre de traducteurs professionnels à travers le monde, ce qui contraste avec les idées reçues dont fait l’objet ce métier. Ainsi, il n’est pas rare que la traduction de sous-titres soit avant tout considérée comme bénévole, une tendance véhiculée notamment par le fansubbing. Les déboires récents de Netflix en matière de sous-titrage n’ont pas contribué à crédibiliser la profession de sous-titreur, bien que celle-ci ait accéléré sa croissance ces dernières années.

Si vous êtes arrivé jusqu’ici sans faire défiler la page à toute vitesse, je vous remercie beaucoup d’avoir pris le temps de lire mon article. J’espère que vous l’avez trouvé intéressant et qu’il vous a permis de mieux connaître le métier de sous-titreur.

La traduction touristique doit aussi être confiée à des professionnels, l’objectif étant naturellement de donner envie de partir à la découverte de nouveaux horizons. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous conseille vivement de lire le billet de Jeanne Delaunay paru il y a deux semaines.

 

Sources

https://www.telerama.fr/series-tv/leur-mission-traduire-les-series-en-24-heures-chrono,111161.php

https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/pourquoi-les-sous-titres-de-netflix-frisent-l-amateurisme-06-05-2019-2310985_2957.php

https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/television-les-doublages-et-sous-titrages-en-plein-essor-1023683

https://www.telerama.fr/cinema/netflix-invente-l-uberisation-du-sous-titrage,156558.php

https://www.europe1.fr/medias-tele/Les-fansubbers-ou-le-sous-titrage-low-cost-656496

https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma

https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/04/09/comment-netflix-tente-d-uberiser-le-sous-titrage-de-ses-series_5108368_4832693.html

https://www.terrafemina.com/emploi-a-carrieres/trouver-un-emploi/outils/1172-sous-titreur-un-metier-en-plein-boom-.html

Netflix et la traduction

Par Célia Wisniewski, étudiante M2 TSM

NetflixTraduction

 

Avec les réseaux sociaux et les autres moyens de communication, il est assez courant de reporter la moindre erreur, et malheureusement pour Netflix, ils n’ont pas échappé à cette nouvelle réalité. Les erreurs de traduction se sont multipliées, donnant parfois des résultats frôlant le ridicule. Un hashtag TraduisCommeNetflix, un classement Topito ou encore une page Tumblr ont vu le jour. Cette mauvaise publicité a vite fait prendre conscience à Netflix de la faiblesse de son processus de traduction. Quelles étaient les failles de ce processus ? Quelles améliorations ont été apportées ? C’est à ces questions que nous allons répondre. Netflix et la traduction, une histoire au passif mitigé, mais en voie d’amélioration.

En 1997, Netflix voit le jour. En 2010, la plateforme connaît un développement fulgurant grâce à l’accélération du débit internet rendant possible le visionnement en streaming de contenu vidéo. Aujourd’hui, Netflix est présent dans 190 pays pour un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros (2017) pour 158,33 millions de clients (2019). C’est un des leaders incontestés du marché. Ces performances s’expliquent avant tout grâce à la disponibilité de son contenu dans de nombreuses langues (sous-titres et/ou bande audio). Pour exemple, la série « Stranger Things », l’un des contenus originaux phares de Netflix propose 6 bandes audio différentes et 5 langues sont disponibles en sous-titre. Au total, cela permet de toucher sept langues différentes. Ces langues représentent la majeure partie de la cible Netflix (allemand, anglais, espagnol, français, portugais et arabe). Cela démontre bien que la croissance de Netflix est étroitement liée à sa capacité de traduction.

Dans un environnement concurrentiel comme celui du streaming vidéo où seule l’exclusivité de contenu permet de tirer son épingle du jeu, Netflix a fait le choix de produire et/ou de financer son propre contenu. En effet, le nombre de programmes originaux Netflix ne cesse de croître (Orange is the new black, 13 Reasons Why, Narcos, BoJack Horseman, etc.). Mais qui dit production vidéo dit également traduction. La variété de langues sources (anglais, français, coréen, portugais, espagnol, allemand, italien, etc.) et  le nombre de langues cibles rendaient les projets de traduction compliqués et avait comme conséquence finale un coût de traduction important.

Pour y remédier, Netflix a revu son processus de traduction et a lancé en 2017 une plateforme dédiée nommée Hermes. Pour être répertorié sur cette plateforme en tant que traducteur, il faut passer un QCM de 2 heures qui prend en compte la compréhension de l’anglais, mais surtout la rapidité. Ceux qui réussissent le test peuvent ensuite traduire les contenus que Neflix publie au fur et à mesure. Bien sûr, la cohérence entre les épisodes n’est pas respectée puisque les épisodes sortent petit à petit, et les traducteurs changent d’un épisode à un autre. Le salaire proposé est un salaire à la minute de contenu, et non à la minute traduite comme c’est souvent le cas pour la traduction de contenu audiovisuel. Cela signifie donc que le salaire touché peut passer du simple au double voire au triple en fonction du nombre de dialogues dans le film.

Mais les critiques ne se font pas attendre. En effet, contrairement au milieu professionnel de la traduction, les traducteurs Netflix ne sont pas des traducteurs reconnus. Le métier de la traduction admet aujourd’hui une diversité de formations et donc une diversité des profils. De ce fait, les contrats moins rémunérés à l’image de ceux de Netflix, sont choisis par des traducteurs n’ayant pas forcément les capacités de traduction nécessaires. Il en résulte donc une qualité de traduction discutable, surtout lorsque le contexte de la série n’est pas connu lors de la traduction. On trouve souvent dans ces sous-titres des abréviations, des fautes d’orthographe ou même des contresens. Netflix ferme finalement cette plateforme en 2018, prétendument à cause d’une base de données suffisamment étoffée.

Toutes ces problématiques ont contraint Netflix à abandonner cette plateforme afin de revenir à un processus plus traditionnel. Aujourd’hui, Netflix externalise sa fonction de traduction grâce à l’utilisation des partenaires locaux (appelés « Vendor »). Ces partenaires sont ensuite responsables de la qualité des traductions fournies et donc du choix des traducteurs. Côté traducteurs, le travail reste le même avec une méthode de paiement similaire. À titre d’exemple, une traduction de l’anglais vers le français est aujourd’hui rémunérée 7,2$ la minute (soit environ 6 euros) qu’importe le type de contenu traduit (le nombre de mots n’a aucune incidence). Cette traduction est toujours réalisée sur une plateforme développée par Netflix sur laquelle tous les traducteurs employés par Netflix travaillent. Cette plateforme fait également l’objet de vives critiques : chronométrage du temps de traduction, impossibilité d’enregistrer son travail, ou encore, envoi direct au partenaire Netflix sans vérification possible. La critique la plus dénoncée concerne la relecture des traductions. En effet, une relecture est censée être réalisée par une personne tierce physique et non un programme. C’est sur ce point que de nombreux doutes émergent. En effet, même si ce processus permet de réduire le nombre d’erreurs sur les traductions, les erreurs restantes pourraient être évitées par une relecture.

Il y a 5 ans, Netflix était le leader incontesté du streaming vidéo sur le marché. Depuis deux ans, le nombre d’acteurs s’est démultiplié (Amazon Prime, HBO, Canal +, etc.) et les politiques commerciales appliquées par ces derniers sont des plus agressives. De nombreuses séries sont retirées d’une plateforme pour repartir sur une autre et de ce fait, des contenus sont subitement supprimés de Netflix. Ce dernier point est l’autre problème de Netflix. Mais la remise en question de cette industrie pourrait avoir des conséquences sur la totalité des acteurs ayant un rôle à y jouer. Le rôle du traducteur est donc remis en cause. Il est donc normal de se demander si ce changement aura des conséquences sur la traduction de contenu multimédia.

 

Sources :

https://www.alltradis.com/sous-titrages-netflix/

http://www.slate.fr/story/169668/netflix-sous-titrage-traduction-recrutement-remuneration

https://www.assimil.com/blog/que-peut-on-dire-des-sous-titrages-des-programmes-netflix/

https://www.lesechos.fr/2017/04/netflix-a-la-recherche-de-traducteurs-pour-ameliorer-ses-sous-titres-165550

http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Les-mauvais-sous-titres-de-Netflix-enervent-les-professionnels

https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/pourquoi-les-sous-titres-de-netflix-frisent-l-amateurisme-06-05-2019-2310985_2957.php

http://www.topito.com/top-traduction-netflix

https://slator.com/demand-drivers/why-netflix-shut-down-its-translation-portal-hermes/

https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma