J’ai testé pour vous : la traduction dans le domaine de la mode

Par Blandine Demay, étudiante M2 TSM

Au cœur de l’économie française, l’industrie de la mode est un secteur qui brasse des milliards d’euros par an et qui, malgré un recul provoqué par la crise sanitaire et le manque de clientèle touristique étrangère, a su reprendre du poil de la bête notamment en privilégiant la vente en ligne, avec près de 60 % de la population présente sur le Web en 2020.

À première vue, on pourrait penser que traduire la mode ne semble pas si difficile, mais cela implique en réalité diverses notions que j’ai eu la chance de découvrir lors de mon stage de première année au sein de l’agence Ontranslation, et que je vais tenter de résumer dans cet article.

Traduire la mode : pour quoi faire ?

La mode est présente partout, et ce, depuis toujours. Elle est d’autant plus visible depuis l’apparition du Web et donc, du E-commerce, dans les années 1990. Depuis cette époque et à l’heure de l’internationalisation, les entreprises en plein essor se sont mises à la vente en ligne dans le but de faire fructifier leur activité et de conquérir des marchés étrangers. Grâce à un catalogue de produits proposé à une clientèle du monde entier, ces dernières ont la possibilité d’accroître leur visibilité et, in fine, d’augmenter leur chiffre d’affaires. Cependant, c’est sans compter sur la traduction du contenu de leurs sites alors indispensable pour toucher des publics de divers horizons et générer davantage de ventes.

Traduire la mode : comment faire ?

Malgré les apparences, la traduction de la mode est un domaine à part entière qui répond à des caractéristiques bien spécifiques et n’est pas donné à tout le monde. En effet, la plupart des contenus de ce type étant destinés à la vente à l’échelle internationale, il s’agit d’un domaine intrinsèquement lié au marketing et, par conséquent, à l’ensemble des caractéristiques qu’implique ce dernier. À l’instar de n’importe quel type de traduction, la traduction marketing requiert bien évidemment des connaissances linguistiques approfondies dans les deux langues, et un vocabulaire spécialisé, mais également des connaissances extralinguistiques. Outre la maîtrise de la grammaire, de l’orthographe, de la terminologie, etc., un minimum de connaissances dans les deux cultures est attendu pour réaliser une traduction de qualité. Toutefois, cette traduction va bien au-delà de la simple transposition linguistique. Elle implique l’utilisation de techniques commerciales, notamment utilisées dans le domaine de la publicité, car, même si son objectif premier reste la traduction d’un document, elle vise à correspondre aux attentes du marché cible et donc à attirer le client. Rien n’est laissé au hasard : les mots et tournures de phrases sont minutieusement sélectionnés afin de susciter l’intérêt du client potentiel et de lui donner envie d’aller plus loin que la simple lecture de l’annonce, de la fiche produit, ou du slogan. L’objectif est d’adopter une communication adaptée, cohérente, et bien évidemment en accord avec les valeurs de l’entreprise car il s’agit ici de lancer ou d’asseoir l’image de la marque.

Pour l’ensemble de ces raisons, il va donc de soi que tout le monde n’est pas capable de traduire ce genre de contenu, les entreprises souhaitant externaliser leur activité doivent faire appel à des traducteurs spécialisés dans le domaine.

En ce qui concerne les principes d’applications, on pense notamment à la notion de localisation, très présente à l’heure actuelle sur le marché, s’apparentant à l’adaptation d’un produit auprès d’une zone géographique définie en veillant au respect de la culture cible. Par adaptation, on entend tout changement ou toute modification nécessaire à la bonne compréhension du texte par l’audience ciblée. Il peut par exemple être question d’adaptation au niveau de la devise, dans un contexte de traduction d’un texte de l’anglais américain vers le français de France, une conversion des dollars en euros est attendue afin que le public cible, en l’occurrence francophone, se sente concerné par ce qu’il lit et que le contenu lui soit utile.

Plus que jamais d’actualité, le principe de transcréation, défini comme « un anglicisme provenant des deux mots anglais « translation » et « creation » et qui représente une démarche marketing visant à l’adaptation d’un message publicitaire à un pays ou une culture étrangère » s’ajoute à la liste. Par opposition à la traduction littérale, la transcréation, également appelée traduction créative, est un processus de traduction où la créativité a toute sa place et s’avère même être nécessaire. En effet, il ne s’agit pas de traduire mot à mot, ou phrase par phrase, mais plutôt d’effectuer un transfert du message dans son ensemble. L’un des objectifs principaux de ce processus repose sur la spécificité culturelle qui va bien au-delà du simple transfert linguistique. Il est essentiel pour une entreprise qui souhaite accroître ses ventes et vendre à l’international d’avoir recours à ce type de procédé,  afin d’instaurer un climat de confiance entre le client potentiel et la marque : le client se sent concerné, attiré, et souhaite acheter les produits de cette marque. Cette activité ne nécessite pas forcément de matériel complexe (outils de TAO entre autres) mais « juste » de la créativité. En bref, on privilégie le fond à la forme.

Mon expérience

Lors de mon stage, la majorité de mes tâches consistait en la traduction de contenu Web et de campagnes publicitaires pour de célèbres marques : du prêt-à-porter aux robes de mariée en passant par les incontournables tongs brésiliennes, j’ai eu le temps et la chance de m’essayer à la liberté qu’offre la transcréation et laisser parler ma créativité tout en palliant l’ensemble des difficultés qu’implique cette dernière. Autant vous dire que les dentelles, le mikado et le tulle n’ont plus de secret pour moi !

Tout d’abord, il faut avoir en tête que chaque marque est différente et possède sa propre identité censée être reflétée par le contenu de ses supports de communication. Mon objectif premier était donc de conserver cette identité en visant l’adaptation à la culture cible. Par exemple, lorsque je devais traduire des descriptions de robes de mariée, une belle plume était de mise de façon à faire rêver la cliente en « enrobant » quelque peu mon propos. Il s’agissait ici de faire appel aux émotions de la future mariée et de la convaincre d’essayer telle ou telle robe. Le problème qui se pose dans ce cas est souvent la limite de caractères imposée. Si vous êtes traducteurs, le taux de foisonnement très élevé de la langue française n’est certainement pas un secret pour vous. Prenons l’exemple d’une traduction de l’anglais vers le français, le texte cible atteindra un coefficient de foisonnement avoisinant les 20 % ! Il m’arrivait donc fréquemment de devoir reformuler voire supprimer des mots ou des morceaux de phrases pour que le texte ne dépasse pas cette limite.

Au-delà de ça, j’ai été confrontée à quelques difficultés telles que le système de tailles et de pointures qui varie selon les pays : une taille 36 en France équivaut à une taille 4 aux États-Unis par exemple. Malgré ces quelques particularités, l’emploi d’anglicismes vient faciliter en quelque sorte la traduction et apporte un côté cosmopolite. Je pense par exemple à la couleur « nude » provenant de l’anglais et qui est aujourd’hui utilisée en français, ou  encore à la coupe de robe de mariée « A-line » et aux jeans « boyfriend » que l’on retrouve souvent.

Bien évidemment, ce type de traduction étant nouveau pour moi, j’ai encore beaucoup de choses à voir et à apprendre, mais c’est un domaine qui m’intéresse particulièrement et dans lequel j’aimerais me spécialiser.

Tu es étudiant en traduction et tu ne sais toujours pas dans quel domaine te spécialiser ? Tu as un penchant pour le secteur du marketing et du E-commerce ? Alors lance-toi dans la traduction de la mode ! Comme l’a si bien expliqué William Brouilly dans son article, ce n’est pas le travail qui manque !

Bibliographie

https://journals.openedition.org/traduire/833.

https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/03/et-pourquoi-pas-traduire-la-mode/.

https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/07/04/la-creativite-en-traduction/.

https://transeo.io/agence-traduction/traduction-mode-pret-a-porter/.

https://www.at-languagesolutions.com/fr/atblog/traduccion-sector-moda/.

La traduction culinaire : pas aussi simple qu’on pourrait le croire !

Par Pauline Gonnet, étudiante M1 TSM

La traduction culinaire, quoi de plus simple ? pourrait-on penser. Quelle difficulté y a-t-il à traduire le nom d’un plat ou bien une recette ? En partant de ce postulat, la tentation est grande d’utiliser la traduction automatique. Pourtant, les traducteurs spécialisés dans ce domaine sont unanimes : le culinaire est une spécialisation comme une autre et comme toute spécialisation, elle a ses propres difficultés mais également ses propres stratégies de traduction. Mais avant de nous pencher sur cette question, reprenons depuis le début.

La traduction culinaire, qu’est-ce que c’est ?

La traduction culinaire est un domaine très vaste puisqu’elle englobe à la fois la traduction de menus et de sites Internet de restaurants, de livres de recettes, d’étiquettes de produits alimentaires et bien d’autres textes encore.

C’est une spécialisation qui a de beaux jours devant elle en raison de la mondialisation toujours galopante et de l’intérêt grandissant de la population pour la cuisine et la gastronomie, comme en témoigne le nombre croissant de programmes télévisés, de blogs de cuisine ou de nouveaux livres de recettes en vente en librairie ou sur Internet. La popularisation de différents régimes alimentaires tels que le végétarianisme, le véganisme ou encore le crudivorisme favorise également cet essor.

Une spécialisation pas si évidente

Maintenant que nous avons posé les bases voyons pourquoi la traduction culinaire est plus difficile qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, l’alimentation et la nourriture sont des éléments intimement liés à la culture d’un pays ou d’une région, tout autant que sa langue. Le traducteur culinaire doit donc être familiarisé avec les références culturelles des termes culinaires dans le texte source avant d’évaluer les possibilités de traduction dans la langue cible.

En outre, comme l’a très justement souligné Gwenaël Gillis dans son billet de blog, lorsqu’il s’agit de traduction de recettes, certains ingrédients ne sont pas disponibles dans le pays dans lequel la traduction est destinée à être publiée. Le traducteur culinaire aura donc pour mission de trouver le meilleur équivalent afin que la recette puisse être réalisée (et bien évidemment réussie !) par le lecteur.

De plus, dans le domaine de la traduction culinaire un pays présentera des spécificités propres que nous ne retrouverons pas chez d’autres nations. L’exemple le plus évident que l’on pourrait donner pour illustrer ce constat est l’utilisation des grammes et des litres issus du Système international de mesures à mettre en parallèle avec celle des onces, des livres et des onces liquides du Système d’unités impériales, encore en vigueur dans certains pays. Mais ceci s’applique aussi à l’utilisation d’ustensiles particuliers ou à la façon de découper la viande de bœuf, qui est différente en France et aux États-Unis par exemple.

Pour les recettes de cuisine et les menus notamment, le traducteur culinaire aura pour mission de rendre la description des plats attrayante. Si ce n’est pas le cas, la traduction risque de manquer sa cible : le cuisinier en herbe ne sera pas tenté d’acheter le livre de recettes ou le touriste en quête de nouvelles saveurs se rendra dans un autre restaurant où le menu le mettra plus en appétit.

Vient enfin la difficulté des plats typiques : comment traduire des noms de spécialités d’un pays tels que le cocido madrileño espagnol ou les Knödel autrichiens pour qu’ils soient compris par un lectorat étranger ?

Face à toutes ces difficultés nous allons donc voir les différentes astuces et stratégies dans le domaine de la traduction culinaire.

Comment bien traduire le culinaire ?

Comme peut l’être la traduction de jeux de société, la traduction culinaire est avant tout une histoire de passion. Le traducteur peut être amené à tester lui-même les recettes afin de trouver les meilleurs équivalents dans le cas d’un ingrédient qui ferait défaut dans le pays où le livre de recettes sera publié. Si passer du temps en cuisine à tester de nouvelles recettes ou regarder des émissions culinaires vous rebute, vous spécialiser dans ce domaine risque d’être compliqué.

Outre avoir la fibre culinaire, connaître la terminologie et les spécificités propres à ce domaine est indispensable. Comme n’importe quel autre domaine de spécialisation, il n’y a pas de secret : se former. Suivre des ateliers de cuisine, lire des magazines spécialisés et même échanger avec des artisans (boulanger, chocolatier, traiteur…) ou le chef du restaurant dont vous allez traduire le menu vous permettra d’engranger des connaissances et d’employer la terminologie exacte.

Enfin, il est nécessaire de connaître les différentes stratégies de traduction propres au domaine de la gastronomie et du culinaire et de savoir dans quelles circonstances les appliquer.

La première stratégie de traduction dans le domaine culinaire sera donc… l’absence de traduction, aussi appelée emprunt. En effet, lorsque le traducteur est confronté à un mot qui est devenu courant dans sa langue, telle que la pizza en France ou dans de nombreux autres pays, il n’aura pas à chercher la traduction bien loin !

La deuxième possibilité consistera en un emprunt (encore !) mais accompagné d’une explication du contenu du plat ou de la signification d’un ingrédient. C’est la stratégie qui est bien souvent adoptée pour les plats typiques afin, par exemple, qu’un touriste de langue anglaise qui passerait ses vacances du côté de Lille ou en Belgique et qui consulterait un guide touristique qui vante les spécialités locales ou encore un menu de restaurant sache ce qu’est un potjevleesch.

Vient ensuite la stratégie du calque qui consiste, quant à elle, en une adaptation mot à mot dans une autre langue. Celle-ci est, par exemple, utilisée pour le mot hot dog qui, en espagnol, se traduit par perrito caliente.

Enfin, la dernière option, et c’est là où les choses se compliquent pour le traducteur, sera la traduction par substitution. Comme nous l’avons vu précédemment, les recettes de cuisine font parfois appel à des ingrédients qui ne sont pas disponibles dans d’autres pays ou bien encore à des pièces de viande qui ne sont pas forcément identiques d’un pays à l’autre. À charge pour le traducteur de trouver la meilleure alternative à ces fameux ingrédients pour que la recette, une fois réalisée, soit aussi appétissante et savoureuse que l’originale.

Conclusion

Compte tenu de la multiplicité des types de textes pouvant être traduits et des différents destinataires, les difficultés inhérentes à la traduction culinaire sont bien plus nombreuses que ce que l’on pourrait imaginer. Pour cela, toute personne souhaitant se lancer dans ce domaine doit être vraiment intéressée par la gastronomie et acquérir une solide formation. Il lui est également indispensable de savoir quelle stratégie de traduction adopter en fonction du texte source mais aussi de la personne amenée à lire la traduction.

La traduction culinaire est donc une spécialisation très sérieuse, et quand on voit les ravages que peuvent provoquer la traduction automatique ou les personnes qui s’improvisent traducteurs culinaires, on comprend facilement pourquoi !

Bibliographie :

ARIFIN, Zainal, Translation Strategies of Specific-Culture Terms in the Tourism Text “Wisata Kuliner di Kota Batik”, ADJES (Ahmad Dahlan Journal of English Studies) [en ligne], 2019, Vol.6, No1, mis à jour le 22 mars 2019 (consulté le 12 juin 2021) pp. 37-44. <http://journal.uad.ac.id/index.php/ADJES/article/view/8676/pdf_23>

BUZÓN CARBAJO, José Antonio. “La traducción profesional en la gastronomía”. In Tatutrad. Site de Tatutrad Traductores. [en ligne]. Séville, Tatutrad S.L, mis à jour le 10 mars 2021 (consulté le 12 juin 2021) <https://tatutrad.net/la-traduccion-gastronomica/>

CHIARO, Delia, ROSSATO, Linda, Food and translation, translation and food. The Translator [en ligne], 2015, vol. 21(3), mis en ligne le 08 décembre 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 237-243. <https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13556509.2015.1110934>

GIOVANGRANDI, Anne-Charlotte. “A Tasty Introduction to Culinary Translation”. In Translatorial. Site de Translatorial, Journal of the Northern California Tranlators Association. [en ligne]. San Francisco, Northern California Tranlators Association, mis en ligne le 18 janvier 2021 (consulté le 12 juin 2021) <http://www.translorial.com/perspective/a-tasty-introduction-to-culinary-translation/>

GONZÁLEZ-VERA, Pilar. Food for Thought: the translation of culinary references in animation. Íkala, Revista de Lenguaje y Cultura [en ligne], 2015, vol. 20(2), mis à jour le 23 février 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 247-264. <http://www.scielo.org.co/pdf/ikala/v20n2/v20n2a7.pdf>

PETIT, Céline, Vivre avec un traducteur culinaire. Traduire [En ligne], 231 | 2014, mis en ligne le 01 décembre 2016 (consulté le 12 juin 2021). <http://journals.openedition.org/traduire/658>

La traduction des jeux de société : quand passion rime avec spécialisation

Par Éloïse Petitjean, étudiante M1 TSM

Dans ma famille, les jeux de société, c’est sacré. Tous les dimanches après manger, c’est la tradition. Jeux de cartes, jeux de plateau, jeux de stratégie, ou tout simplement un bon jeu d’ambiance. On ne s’en lasse pas ! Alors un jour, quand mon père m’a dit : « Dis, tu pourrais me traduire cette règle d’extension ? Elle est en anglais, et le jeu vient de sortir ! », j’ai décidé de me plonger dans ce domaine pour en apprendre davantage. Mais alors, concrètement, quelles sont les infos à connaitre avant de se lancer ?

Pour avoir des réponses à mes questions, j’ai décidé de mener mon enquête sur le sujet. Toutes les informations que je vais vous présenter dans ce billet proviennent directement des réponses fournies par des traducteurs ou traductrices spécialisés dans les jeux de société. Après tout, qui de mieux placé pour en parler ?

Je tiens donc à remercier Maïlys Lejosne-Le Calvez (FAE Traduction), Marie-Laure Faurite & Séverine George (Tradixit), Armelle Reinach (Akalita), Amélie Vergne (La Linguistiquerie), et David Simon (David Traduction), pour leur aide précieuse, et le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder !

Avant tout, quelles sont les spécificités de ce domaine de traduction ?

La traduction des jeux, aussi appelée traduction ludique, est un domaine plutôt vaste. En effet, on y trouve différents types de sous-domaines : jeux de plateau classiques, jeux éducatifs, jeux d’enquête, escape game à jouer chez soi, jeux stratégiques, livres de jeux de rôle, et bien d’autres encore… De plus, les thématiques sont très variées et diversifiées : fantastique, aventure, histoire, environnement… Chaque jeu a son histoire, et permet de découvrir un nouvel univers.

La première chose importante à prendre en compte avant de traduire est donc d’identifier le public auquel le jeu s’adresse. Est-il destiné à des enfants, une famille, des experts ? Le registre ne sera ainsi pas le même en fonction du public cible. Eh oui, un enfant de 3 ans ne joue pas de la même manière qu’un fan des Colons de Catane ! La terminologie doit être adaptée, pour pouvoir s’adresser de façon plus naturelle aux joueurs. En outre, il faut également prendre en compte le fait que le lectorat ne correspondra pas toujours aux personnes qui vont jouer au jeu. Par exemple, dans le cas d’un jeu adressé à des enfants, il est important de garder à l’esprit que ce sont les parents qui liront la boîte et les règles.

Par ailleurs, pour traduire dans ce domaine, on doit apprendre à jongler entre règles techniques et univers plus créatif. Comme le soulignent les traducteurs interrogés, l’écriture des règles est bien plus technique et codifiée que la traduction du jeu en lui-même. La traduction doit être concise, précise, et sans aucune ambiguïté : elle est similaire à un mode d’emploi. En revanche, traduire les autres éléments du jeu peut s’apparenter à de la traduction littéraire et artistique, voire à de la transcréation. Par exemple, c’est le cas pour les noms de personnages, où l’originalité et la créativité sont essentielles. Certains passages peuvent aussi être plus narratifs, avec des clins d’œil, des références humoristiques, des jeux de mots… Ce domaine de spécialisation allie donc précision et créativité. Ainsi, un bon traducteur de jeux de société fait preuve d’une grande rigueur.

En outre, il faut aussi prendre en compte les contraintes d’espace : les éléments du jeu ne s’adaptent pas à la traduction, mais la traduction s’adapte aux éléments du jeu ! Par exemple, pour traduire une carte, le texte doit être relativement court en fonction de l’espace disponible… Le lexique doit également être pris en compte pour garder une cohérence entre les règles et le jeu, et éviter de perdre le lecteur en cours de route (la lecture d’une règle de jeu n’est pas la chose la plus facile…). L’organisation est donc primordiale.

Bien entendu, avant de traduire un jeu, il est aussi nécessaire de se renseigner sur son univers. Existe-t-il d’autres jeux dans la même collection ? Des éditions précédentes ? Si d’autres jeux ou d’autres supports liés au projet ont déjà été traduits, la terminologie déjà présente doit être réutilisée (par exemple en récupérant le nom des cartes, personnages, termes sur le plateau…). Cela implique donc de poser de nombreuses questions aux auteurs ou éditeurs de jeux. La communication est essentielle tout au long du processus de localisation afin de comprendre les choix de traduction, se mettre d’accord sur la stratégie à adopter pour le public francophone, et le ton souhaité pour la traduction finale.

Quels sont les clients principaux ?

Il peut s’agir de clients directs (créateurs et auteurs de jeux) ou d’éditeurs de jeux (maisons d’édition, grandes ou petites). Citons par exemple les studios de jeux de rôle, ou les éditeurs de jeux pour enfants. Cependant, les créateurs passent très souvent par un éditeur : le travail de publication est un métier à part entière. Les distributeurs de jeux peuvent aussi s’occuper de la traduction, mais ces situations sont plus rares. En outre, les grandes maisons d’édition ont parfois un responsable de localisation, qui traduit directement en interne. Elles sont habituées au processus de traduction et de révision. Grâce au bouche-à-oreille, il est également possible de travailler avec des collègues qui n’ont pas les mêmes paires de langues, mais font aussi partie du monde du jeu. Enfin, certaines agences de traduction peuvent parfois proposer des projets de traductions ludiques (jeux en ligne, catalogues de jeux…).

Peut-on traduire uniquement dans ce domaine ?

Rien n’est impossible, mais c’est difficile ! Dans ce domaine lié au divertissement, la concurrence est rude, et le secteur est assez fermé. Par exemple, beaucoup de fans traduisent gratuitement sur les forums. Par conséquent, les tarifs sont plutôt faibles. Il est donc difficile de se faire une place et un nom, à moins d’être bien connu dans la communauté. Le domaine est en effet très relationnel, et basé sur les contacts. Il est important de connaitre les différents acteurs, de démarcher pendant les grands salons ou festivals, afin de tisser un réseau à part.

 Ainsi, il est conseillé de prévoir d’autres domaines de spécialisation, peut-être plus techniques (ou non… !), car la traduction ludique n’est souvent pas suffisante pour un traducteur. Cependant, tous s’accordent sur une chose : traduire dans le milieu du jeu représente une vraie bulle d’air au milieu des projets plus techniques. C’est un milieu amusant et créatif, plus fun, en particulier pour les passionnés de longue date.

Est-il nécessaire d’être joueur pour bien traduire ?

À cette question, les traducteurs et traductrices interrogés sont unanimes : c’est un grand oui ! En tout cas, être joueur permet de plus grandes facilités. Bien entendu, il est possible de traduire un jeu en se renseignant, mais la traduction sera plus difficile, plus longue, et risque d’être moins fluide. Il en va de même pour toute spécialité ! Ainsi, posséder des bases en jeux de société, ou connaitre un type de jeu spécifique, permet de gagner un temps considérable, mais aussi d’améliorer la qualité de la traduction finale. Connaitre le vocabulaire utilisé, les tournures de phrases ou le mécanisme d’un jeu est toujours un avantage. Par exemple, lorsque les contraintes d’espace sont importantes, il est plus facile de synthétiser ou reformuler de manière efficace sans perdre les éléments indispensables à une partie fluide. Un traducteur-joueur apporte donc une forte valeur ajoutée à un projet. Il sait repérer les points faibles d’un livret de règles grâce à son expérience (en effet, des règles mal traduites ou mal rédigées peuvent ruiner l’expérience de jeu…), et apporte un meilleur regard extérieur sur le jeu et sa traduction. Une forte expérience permet aussi de repérer à la lecture du texte source les passages qui risquent de poser problème. Les éditeurs sont donc plus rassurés de confier la traduction à un joueur expérimenté. Enfin, qui dit joueur confirmé, dit aussi ludothèque plus remplie ! Tous ces jeux représentent en quelque sorte un corpus de textes pour le traducteur. Autant de jeux qui permettent de s’inspirer, autant de règles à consulter pour pouvoir analyser la terminologie et la phraséologie utilisées.

Peut-on travailler en équipe sur la traduction d’un jeu ?

Un gros projet demande parfois un travail en équipe (traduction partagée, révision…). Tout repose donc sur la communication, pour savoir harmoniser le vocabulaire commun, à l’aide d’un tableur partagé, ou d’un glossaire. Cela permet d’avoir un accès direct à la terminologie et d’en discuter. La traduction peut parfois s’accompagner d’une relecture, effectuée par un collègue ou par la maison d’édition.

Est-il possible de contacter l’auteur du jeu si nécessaire ?

Tout dépend des projets ! Avec les petits éditeurs, il est possible de poser des questions et de recevoir une réponse rapide. Lors d’une traduction pour un créateur, il est beaucoup plus facile d’obtenir des réponses directement de la part de l’auteur. En revanche, avec les grandes maisons d’édition, l’interlocuteur privilégié sera le chef de projet, qui fera ensuite remonter les questions aux créateurs. Pour les gros projets, il sera donc beaucoup moins évident de contacter l’auteur.

Est-ce que le nom du traducteur apparait dans les règles du jeu ?

La plupart du temps, oui ! Lors de projets avec des éditeurs, les noms apparaissent souvent après les missions de traduction ou de révision. Avec des auteurs de jeux, il s’agit d’en faire la demande, qui est souvent acceptée.

Reçoit-on les jeux au moment de faire la traduction ?

Ce n’est pas toujours possible : avec les créateurs, les jeux sont généralement envoyés pour la traduction, mais avec les maisons d’édition, non. Cependant, les traducteurs peuvent parfois les recevoir a posteriori, une fois les jeux localisés. Et bien sûr, c’est une grande fierté de recevoir la boîte qu’ils ont eux-mêmes traduite et de découvrir le résultat final ! Le jeu n’est pas toujours nécessaire pour la traduction, si le client fournit suffisamment d’informations sur le contexte, accompagnées de photos ou de vidéos du produit. Néanmoins, voir le jeu est toujours d’une grande aide au moment de le traduire. Certains jeux doivent par exemple être testés pour pouvoir être bien localisés (en particulier, les jeux narratifs avec scénario).

Des projets, oui, mais sur quel format ?

De manière générale, les traducteurs travaillent à partir de fichiers .docx ou de .pdf. Il peut s’agir par exemple de tableaux Word fournis par le client avec différentes langues. Toutefois, certains peuvent aussi traduire à partir d’outils de TAO (comme Studio), notamment pour des projets plus importants. En outre, la maîtrise d’InDesign est un atout incontestable dans le milieu, car le logiciel permet aussi de s’occuper de la mise en page (et par la même occasion, d’avoir accès à tous les symboles qui n’apparaitront pas dans un outil de TAO…). En ce qui concerne les missions de révision, elles peuvent s’effectuer à partir de documents PDF, une fois mis en page par les graphistes. Il s’agit alors de vérifier que rien ne manque, et de repérer les éventuelles erreurs restantes. Enfin, certains clients possèdent leurs propres plateformes de localisation (par exemple, si le jeu est lié à une application mobile).

Quelques conseils pour terminer…

Le domaine des jeux de société est en constante évolution. Il faut savoir rester à l’affut des nouveautés francophones, mais aussi internationales : sorties de jeux, évènement dans le monde du jeu, actrices et acteurs du secteur, revues spécialisées… Pour travailler dans ce domaine, le conseil le plus évident est donc… de jouer ! Il est très important d’être soi-même « ludiste », et de jouer beaucoup pendant son temps libre. Cela permet ainsi de découvrir de nouveaux noms, de nouveaux éditeurs, et avant tout, de se perfectionner… tout en s’amusant ! Alors, à vos jeux !

Ce billet est un résumé des réponses fournies par les traducteurs et traductrices interrogés.

Traduire un mode de vie : le véganisme

Par Alice Colar, étudiante M1 TSM

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet controversé mais on ne peut plus d’actualité : le véganisme. A l’instar du marché de la traduction, notre mode de vie évolue. En effet, la traduction a été révolutionnée grâce aux nouvelles technologies et à la mondialisation. Nous, étudiants en traduction, apprenons de nouveaux métiers. De nouveaux sujets font leur apparition et les projets n’ont jamais été aussi nombreux. Nous sommes formés à l’utilisation d’outils dernier cri et à l’avenir, la liste s’agrandira. En parlant d’avenir, je ne vous apprendrai pas qu’en ce moment, l’environnement est une préoccupation majeure chez les citoyens. Nombreux sont ceux qui décident d’adopter un mode de vie responsable. Comme l’explique Sarah Bonningue dans son billet sur la traduction environnementale, le secteur est en plein essor et les besoins en traduction se multiplient. Alors oui, environnement et véganisme vont de pair mais ce mot est également lié à l’industrie de la mode, du divertissement, de l’alimentation, des cosmétiques et de la santé. Peut-être vous êtes-vous déjà dit que le véganisme était partout, que le sujet était trop abordé, ou même que ce n’était qu’une mode. Alors oui, le véganisme est partout et c’est ce que souhaite partager avec vous dans ce billet et non, ce n’est pas une mode, car au vu de la dimension que le mouvement a acquise dernièrement, il est peu probable qu’il s’essouffle.

Le lien est donc fait : le marché de la traduction en plein développement face à un mode de vie qui en fait de même, un nouveau domaine de spécialisation va-t-il naître ? Car nous le savons, en traduction, il y en a pour tous les goûts et les domaines de spécialisation sont parfois très spécifiques, voire étonnants. Le but de ce billet n’est pas de vous convaincre de changer de mode de vie, mais plutôt d’informer ceux qui le souhaitent et de montrer aux convertis que travailler en accord avec ses convictions est possible.

Petit point terminologique

Avant toute chose, il me semble nécessaire de définir le terme véganisme, afin de mieux comprendre ce qui en découlera. En linguistique, le terme a été enregistré de manière officielle en 2015, dans le dictionnaire français Le Petit Robert. C’est un anglicisme, adaptation du terme anglais vegan, syncope du mot vegetarian. Le véganisme est le mode de vie d’une personne végane, « personne qui exclut de son alimentation tout produit d’origine animale et adopte un mode de vie respectueux des animaux »[1]. Cette approche « vise à combattre le spécisme sous toutes ses formes, en s’opposant aux discriminations et violences faites aux animaux (esclavage et marchandisation par l’institution humaine). Ce refus s’exprime au quotidien, autant que faire se peut, par un choix alimentaire végétalien et un mode de vie végane ». [2]

En France, le terme végétalisme intégral est recommandé par la Commission d’enrichissement de la langue française depuis 2015, mais en langage parlé, ce terme n’est quasiment jamais employé et c’est l’influence de l’anglais qui l’emporte.

L’origine de ce concept, contrairement aux idées reçues, ne date pas d’hier : Pythagore, Léonard de Vinci, Gandhi ou encore Nietzsche y faisaient déjà allusion. Au fil du temps, d’autres néologismes sont nés : végétarien, végétalien, flexitarien, pescetarien… Autant de termes spécifiques à la langue française, qui font encore débat et qui peinent parfois à être compris. En effet, ils définissent de nouvelles réalités et il faut un certain temps pour que leur intégration soit totale. Ils ont souvent été traduits de l’anglais et sont proches des termes source. À titre d’exemple, les termes carnism (idéologie qui justifie la consommation de chair animale par les hommes) et specism (croyance humaine selon laquelle une espèce est plus importante qu’une autre) ont été traduits respectivement par carnisme et spécisme et sont régulièrement utilisés. La France doit donc s’adapter aux autres pays, dans lesquels le mouvement est plus important. Ainsi, je dois préciser à mes chères lectrices et à mes chers lecteurs, que tout au long de ce billet, il se peut que le terme vegan apparaisse plus fréquemment que le terme végane, car son nombre d’occurrences est nettement plus important dans les corpus.

Un développement planétaire rapide

La portée mondiale du mouvement est impressionnante. En 2010, les alternatives vegan étaient quasi inexistantes et peu variées dans les grandes surfaces. Dix ans après, ces dernières, ainsi que les magasins biologiques et diététiques, les fast-foods, les restaurants et même les cantines proposent leur gamme, qu’elle soit large ou standard, locale ou importée. Les magasins spécialisés ne sont plus rares dans les grandes villes (Végétal&Vous à Lille, par exemple) et les pays « vegan friendly » se multiplient. Une chose est sûre, des produits naissent tous les jours, dans le monde entier, et ils sont de plus en plus étonnants. En effet, chaque aliment (chorizo, saumon, foie gras, œuf, yaourt, pâtisserie, glace, etc.) et matériau (cuir, laine, etc.) a désormais son alternative. Au vu des entreprises vegan qui naissent et des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui changent de philosophie, la demande en traduction ne peut qu’augmenter. Les importations et exportations permettent à l’offre de s’élargir. Grâce aux nouvelles avancées, il est désormais possible de décliner les produits, d’élaborer de nombreux goûts et textures qui font la joie des curieux, mais surtout des soucieux du bien-être animal, de la protection de l’environnement ou de leur propre santé.

Les traducteurs souhaitant réaliser des projets pour les clients cités ci-dessus ne seront pas déçus. Les gestionnaires de projets ne le seront pas non plus. Je vous invite donc à découvrir quelques-uns des domaines pour lesquels les traducteurs, gestionnaires de projets, post-éditeurs ou réviseurs (et j’en passe !) vegan seront susceptibles d’être appelés.

Traduction culinaire et agroalimentaire

Comme je l’ai expliqué, il existe toujours une alternative, surtout dans l’industrie agroalimentaire. Livres de recettes, émissions et blogs culinaires, menus, sites internet de cuisine, documents HACCP des restaurants (système qui identifie, évalue et contrôle les dangers essentiels pour la sécurité alimentaire), ne sont que quelques exemples de ce que vous pourrez être amenés à traduire. De plus, qui dit nourriture, dit étiquetage. Ceux qui traduiront des étiquettes alimentaires devront être très vigilants. À l’instar de l’alimentation biologique, l’alimentation sans produits d’origine animale a ses spécificités et les consommateurs sont exigeants, surtout au sujet des allergènes. Les erreurs peuvent être fatales. En effet, ces denrées sont aussi consommées par les personnes intolérantes au lactose ou par certaines personnes souffrant d’allergies. C’est pour cette raison que de nombreux labels d’origines différentes ont été créés, afin de renforcer la transparence et de faciliter l’identification des produits aussi bien locaux qu’internationaux. Bien que la législation soit encore incomplète à ce sujet, les évolutions ne sont plus rares : le Standard Végane, une norme approuvée par la Commission européenne et les associations véganes du monde entier, a été établi afin d’offrir une garantie aux consommateurs. La certification Eve Vegan®, reconnue dans le monde entier, vise à satisfaire les demandes de la grande distribution, de plus en plus tournée vers ce type de produit. Ainsi, avec l’intensification des échanges de produits entre les pays, il est très probable que les documents à traduire deviennent de plus en plus variés.

Traduction cosmétique

En ce qui concerne les cosmétiques, un nombre croissant d’industriels se tournent vers les compositions vegan et cruelty free. D’ailleurs, la plupart des nouvelles marques sur le marché prônent le zéro déchet, le bio et le clean. Les consommateurs sont sensibles aux ingrédients et souhaitent connaître les compositions et la provenance des ingrédients. Vous pourrez donc être amenés à travailler pour des clients « vegan-friendly ».

Traduction pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique se tourne elle aussi vers les médicaments sans ingrédients d’origine animale. Bien qu’elle soit encore peu développée, une société française a récemment lancé les premiers médicaments certifiés vegan. Il faut un début à tout !

Traduction pour les associations et ONG

Les associations à but non lucratif et ONG qui ont pour but de promouvoir le véganisme et le respect de l’environnement sont nombreuses et très actives. Elles vous sont probablement familières : L214 éthique & animaux, Peta, The Vegan Society, Sea Shepherd, Greenpeace, Vegan France, Vegan Impact, SwissVeg… Leur portée est mondiale, européenne ou nationale. États-Unis, Royaume-Uni, Singapour, Italie, Bulgarie… la liste est longue. Vous vouliez du contenu ? Alors en voici, et il n’y a pas de quoi s’ennuyer : articles de presse, brochures, pétitions, rapports, guides pour novices, magazines, statistiques, études de marché, contenu web et boutiques en ligne, réseaux sociaux, etc. L’association L214 dispose même d’un site « éducation » destiné aux plus jeunes. En effet, les supports pédagogiques ne servent pas qu’aux adultes, ils sont aussi destinés aux enfants, afin de les sensibiliser dès leur plus jeune âge. Rien d’étonnant ici, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’engager. Les publics cibles peuvent donc être très variés, tout comme les clients. Prenons l’exemple de Climate Cardinals, une association à but non lucratif internationale, créée par Sophia Kianni, âgée de 18 ans. Cette association veille à informer sur la crise climatique dans plus de 100 langues. Pour cela, des étudiants en traduction bénévoles venant du monde entier alimentent les ressources documentaires, afin de diffuser des informations très précieuses auprès de populations souvent mal renseignées. En effet, dans les pays développés, la documentation est accessible et les citoyens sont sensibilisés aux évènements. Ils savent d’ailleurs comment agir. En revanche, dans les pays en développement, l’accès à ces informations est limité. Avec ce type de projet, chacun apporte sa pierre à l’édifice à des fins humanitaires. En tant que traducteur, notre rôle est d’informer, de diffuser du contenu et de le rendre accessible à une population donnée. Les projets bénévoles ne peuvent qu’être enrichissants. Ils peuvent aider les étudiants en traduction à développer leurs compétences, et surtout, à voir le projet sous un autre angle. Si aujourd’hui la société est plus réceptive au changement climatique, à l’écologie et à la protection de l’environnement, c’est que notre travail est utile.

Traduction marketing

Vous vous en doutez, aucun produit ou association n’existerait sans la traduction marketing, une spécialisation assez particulière qui allie transcréation, localisation et traduction. Comme expliqué ci-dessus, les étiquettes et le packaging doivent être des plus attirants et transparents, mais l’exercice reste délicat. En fonction du pays, la réglementation quant à la terminologie employée n’est pas la même et encore une fois, elle est en constante évolution. Les filières françaises de la viande et les lobbys, inquiets face à l’essor des produits vegan, ont obtenu l’adoption d’un projet de loi qui vise à interdire l’association de termes comme « steak » « bacon » ou « saucisse » à des produits qui ne sont pas composés de viande. Au niveau européen, les eurodéputés ont refusé l’amendement proposé et ont donc autorisé l’usage de ces termes, pour le moment. En effet, les États membres sont libres de prendre des mesures plus restrictives, choix effectué par la France, mais en réalité, la loi tarde à être appliquée. Ce débat et cette indécision confirment bien que la société est prête au changement mais que certains pays sont encore frileux. Pourtant, la promotion de ces produits va dans le sens de l’engagement écologique pris par la Commission européenne et par conséquent, de la France. Mais cette bataille terminologique est légitime car elle implique des éleveurs qui ont raison de protéger ce qui leur appartient. Si l’on inverse la situation, il est plus facile de comprendre les points de vue, et la communauté vegan serait également opposée à ce que leurs très chers termes soient utilisés pour de la viande ou des produits laitiers…

Alors, pour résoudre ce problème, les départements marketing du monde entier ont dû se creuser la tête : « faux-mage », « fake cheese », « fake meat », « substituts de viandes », « similis-carnés », « boisson végétale », etc. Finalement, les propositions terminologiques ne manquent pas et elles sont plutôt amusantes. Mais traduire ces termes n’est pas une mince affaire ! Voici quelques exemples concrets : l’entreprise allemande Wheaty, qui produit des alternatives végétales a traduit son produit « Vegankebab Gyros » par « Végé’poêlée à la Grecque ». L’entreprise allemande Lord Of Tofu a transformé son « Tofu-Ham » en « Alternative vegan au jambon ». On trouve aussi le « Pané « façon cordon bleu » végétalien ». Certes, les noms sont plus longs mais les solutions existent ! Il est donc impératif de travailler avec des traducteurs natifs, afin de respecter la culture et la réglementation du pays dans lequel le produit sera commercialisé.

Traduction d’applications mobiles

Comme ce billet le témoigne, les entreprises ont fait et doivent faire des prouesses. Elles doivent s’orienter vers de nouveaux consommateurs à l’aide de moyens de communication au goût du jour, comme les réseaux sociaux et les applications mobiles. Vous n’allez pas être surpris, les applications en lien avec la protection de l’environnement et le véganisme sont nombreuses : recettes, guides de restaurant, scan de produits ou d’additifs, applications anti gaspillage alimentaire, bénévolat, covoiturage, etc. Récemment, une nouvelle application conçue par le développeur Blue Pixl Ltd permet d’aider les végétaliens et végétariens à s’exprimer au restaurant lorsqu’ils sont à l’étranger, grâce à une série de phrases simples, traduites dans plus de 100 langues cibles, avec l’anglais comme langue source. Elle se nomme I Am Vegan. Les phrases expliquent les exigences alimentaires des utilisateurs en listant les produits qu’ils ne peuvent pas consommer. Il est également possible de partager des recettes et de trouver des informations sur les pays les plus « vegan-friendly » du monde. Des logos sont disponibles afin de communiquer plus facilement. J’ai analysé les traductions de mes langues de travail, l’anglais et l’espagnol, et de ma langue maternelle, le français. Pour une utilisation de ce type, elles sont très correctes. J’ai d’ailleurs pris contact avec les développeurs car j’étais curieuse de savoir s’ils avaient utilisé la traduction automatique et la post-édition ou s’ils avaient fait appel à des traducteurs humains. En réalité, ils ont eu recours à un processus hybride, un mélange de traduction automatique et humaine. Ainsi, même en localisation, les contenus sont nombreux et les besoins sont présents, qu’ils s’adressent au grand public ou aux experts !

Bilan

Vous avez désormais une idée plus claire des projets sur lesquels vous pourrez travailler en tant que traducteur soucieux du bien-être des animaux et de la planète. Faire appel à des personnes qui s’y connaissent est important. Les concepts et termes doivent être utilisés à bon escient. Aujourd’hui, les produits sont de plus en plus nombreux, et d’un point de vue logique, les projets de traduction le sont également. La traduction végane est encore peu développée mais elle fait partie d’un domaine de spécialisation plus vaste, la traduction environnementale. Le terme véganisme regroupe des valeurs et des combats aussi bien environnementaux et éthiques qu’humanitaires. Les entreprises changent de philosophie. Avec les nouvelles lois sur l’environnement (la traduction juridique est également une spécialisation liée), la transition ne sera plus une option, elle deviendra une norme. J’ai donc passé en revue certains domaines. Il y en a d’autres, mais je souhaitais montrer, à travers ce billet, que nous assistons à une multitude de changements et que certains sont liés. Il est difficile de prédire quels seront les nouveaux outils de TA et de TAO qui s’imposeront sur le marché. Tout comme il est difficile de prédire si les traducteurs, gestionnaires de projets, réviseurs, post-éditeurs « vegan » auront réussi à s’imposer d’ici dix ans. Peut-être que cette spécialisation sera une niche, car les spécialistes seront toujours peu nombreux. Mais une chose est sûre, les évènements de ces dix dernières années ne sont pas anodins. Si vous souhaitez vous informer sur le sujet, de nombreux documentaires et films expliquent très bien les choses et une plateforme les regroupe. Vous aurez donc compris que même en traduction audiovisuelle, le contenu ne manque pas.

Je tiens à remercier le développeur Blue Pixel Limited, qui m’a autorisé à utiliser les captures d’écran de l’application I Am Vegan.

N’hésitez pas à me suivre sur LinkedIn et Twitter !

Bibliographie

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Grégoire, Florence. « La traduction dans le secteur alimentaire ». BeTranslated, [En ligne], juin 2020, https://www.betranslated.fr/bt/traduction-secteur-alimentaire/. Consulté le 14 janvier 2021.

Jurafsky, Dan. The Language of Food: A Linguist Reads the Menu. W. W. Norton&Company, 2015. books.apple.com, https://books.apple.com/us/book/the-language-of-food-a-linguist-reads-the-menu/id848440931.

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« Une société française lance les premiers médicaments certifiés véganes ». VEGAN FRANCE, [En ligne], janvier 2020, https://www.vegan-france.fr/blog/une-societe-francaise-lance-les-premiers-medicaments-certifies-veganes/. Consulté le 14 janvier 2021.

« VegMovies – Watch Plant-Based and Animal-Friendly Movies. » VegMovies, [En ligne] https://www.vegmovies.com/. Consulté le 17 février 2021.

V-Label. « Présentation du V-Label ». V-Label, [En ligne], 2017, https://v-label.fr/v-label/. Consulté le 14 janvier 2021.

« Wheaty ». Wheaty, [En ligne] https://www.wheaty.fr/a-propos/. Consulté le 17 février 2021.


[1] Définition du Petit Robert

[2] Définition donnée par l’association Vegan France

Rencontre avec Orane Desnos : traductrice pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant

Par Sarah De Azevedo, étudiante M2 TSM

Allier passion et traduction ? C’est possible !

Quelle spécialisation choisir ? C’est sûrement la question que l’on se pose toutes et tous en cette (presque) fin de master. Il peut être judicieux de se tourner vers des domaines auxquels on n’aurait jamais pensé, et se demander : qu’ai-je réellement envie de traduire, quels sont mes centres d’intérêt, même sans diplômes, ai-je assez de connaissances pour me spécialiser ? Après tout, nous avons tous des activités et hobbies différents, qui pourraient constituer de bonnes pistes quant à une future spécialisation. Ce sont en tout cas des réflexions à creuser pour être certain de s’épanouir dans son travail, surtout sur le long terme.

Pour montrer qu’il est possible de sortir des sentiers battus en alliant ses passions à son métier, j’avais envie de vous partager une interview avec une jeune traductrice indépendante, Orane Desnos, qui a récemment monté sa microentreprise de traduction, Tradistica.

Aussi créative qu’adorable, elle a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse maintenant en compagnie sa compagnie !

Bonjour Orane ! Comme les lecteurs et lectrices de ce blog ne te connaissent pas, pourrais-tu nous résumer un peu ton parcours ?

Bonjour Sarah !

Bien sûr 😊

J’ai tout d’abord un riche parcours musical. J’ai commencé la flûte traversière à sept ans et le piano deux ans plus tard. Dès mes 11 ans, j’ai quitté le nid familial dans mes Côtes-d’Armor natales pour intégrer, pendant quatre ans (c’est-à-dire tout mon collège) et en internat, une classe horaire aménagée musique en collaboration avec le conservatoire de Rennes. J’ai poursuivi ma scolarité en lycée général et j’ai obtenu mon bac S en 2010.

J’ai ensuite entamé une licence de LEA spécialisation traduction à l’Université de Rennes 2 en parallèle de mes études au conservatoire. En juin 2010, j’ai obtenu mon DEM (diplôme d’études musicales) de flûte traversière, puis j’ai passé ma 3e année de licence en ERASMUS à Barcelone.

Après une année consacrée à la musique, j’ai suivi le master Métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia (MTLC2M), toujours à l’Université de Rennes 2, qui m’a conduit à passer cinq mois à Montréal dans le cadre d’un stage dans l’audiovisuel, puis je suis sortie diplômée de cette formation en octobre 2016.

Par la suite, j’ai travaillé deux ans au sein d’une importante agence de traduction parisienne en tant que traductrice, relectrice et cheffe de projet. Je me suis ensuite lancée dans l’aventure de l’indépendance et de l’entrepreneuriat à l’été 2018, puis de Tradistica (services linguistiques pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant) en 2020.

Était-ce une évidence pour toi de traduire pour la musique et le spectacle vivant lorsque tu as commencé tes études en traduction ?

Au départ non, mais cette idée a bien vite germé et ne m’a plus quittée. Je voulais pouvoir mettre au service des professionnels de ces secteurs tant mon expérience musicale que mes compétences en traduction.

Comment s’est passé le lancement de Tradistica ? Comment as-tu envisagé la transition entre un emploi stable pour une importante société de traduction et le travail en tant que free-lance ?

Je savais dès mes années de master que je souhaitais devenir traductrice indépendante, mais je ne me voyais pas me lancer au sortir des études. C’est pourquoi j’ai travaillé deux ans au sein d’une agence dans le but d’acquérir l’expérience nécessaire pour pouvoir me lancer avec plus de sérénité. Et dès que l’occasion s’est présentée, c’est ce que j’ai fait ! J’ai eu la chance de continuer à collaborer avec l’agence dans laquelle j’étais employée, ce qui m’a tout de suite assuré du travail et une transition plutôt douce.

Aujourd’hui, comment partages-tu ton temps entre les agences de traduction et tes clients ? Penses-tu bientôt pouvoir ne travailler que pour des clients directs ?

Pour le moment, je consacre 2/3 de mon temps aux agences de traduction et le dernier tiers au développement de Tradistica. Travailler presque exclusivement pour des clients directs dans les secteurs de la musique et du spectacle est d’ailleurs un de mes grands objectifs de l’année 2021. Je souhaite également poursuivre les collaborations avec les agences sur des projets concernant mes domaines de spécialité.

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? Comment se passe le démarchage ? Les stratégies à adopter sont-elles spécifiques au milieu artistique ? Faut-il être plus créatif, et davantage mettre en avant sa personnalité et ses passions que pour un autre domaine ?

Pour trouver ses premiers clients, il n’y a pas de recette magique, il faut aller à leur rencontre. J’utilise donc beaucoup les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram) dans ma stratégie de démarchage, ainsi que mon site Internet qui me sert de vitrine. Selon moi, l’important est de semer progressivement des graines, ce qui permet de développer à moyen et long terme son portefeuille de clients. Toute relation, qu’elle soit professionnelle ou non, repose sur la confiance, et il est primordial de consacrer du temps à construire ce lien privilégié.

Faut-il être plus créatif ! Sûrement, mais surtout être authentique en mettant en avant sa personnalité, son expertise et les solutions que l’on propose. Après, libre à chacun de partager ce qu’il souhaite avec sa communauté. Je pense que le plus important c’est de rester soi-même et d’être en adéquation avec ses valeurs et sa manière de fonctionner.

Peux-tu nous donner des exemples de projets que tu reçois ?

Oui. J’ai réalisé récemment le sous-titrage de l’anglais vers le français d’une vidéo YouTube d’une flûtiste de renommée internationale dans laquelle elle prodiguait ses conseils pour apprendre plus facilement par cœur un morceau. Je traduis également régulièrement des communiqués de presse pour des lancements de produits, comme des micros-casques.

Fais-tu parfois appel à des collègues pour tes projets de traduction ?

Je collabore avec d’autres traducteurs dans mes paires de langues (anglais et espagnol vers le français) pour des projets de relecture, sinon je redirige généralement mes clients vers d’autres traducteurs indépendants spécialisés lorsqu’il s’agit d’une autre paire de langues. La relation unique qui s’établit entre un client direct et son/ses traducteur(s) indépendant(s) est pour moi capitale.

Utilises-tu souvent des outils de TAO ? Si oui, sont-ils différents en fonction du projet ?

Oui. J’utilise principalement SDL Trados Studio 2019 pour les projets de traduction et Subtitle Edit pour les projets de sous-titrage.

Tu utilises notamment Instagram et Pinterest pour promouvoir ton activité : pourquoi avoir choisi ces réseaux disons, assez peu usités je crois, par la plupart des professionnels ? Sont-ils plus adaptés à tes domaines de spécialité ? Arrives-tu à poster régulièrement sur tous tes réseaux sociaux ?

Instagram et Pinterest sont des réseaux sociaux très utilisés dans la sphère artistique, et c’est donc la raison pour laquelle je les utilise aussi. Mais à dire vrai, au fil des mois, je teste plusieurs stratégies, et je vois ce qui marche. Je m’inspire notamment de blogueuses et entrepreneures telles qu’Aline Bartoli de TheBBoost et Safia Gourari de MyTrendyLifestyle. C’est difficile de poster régulièrement et il faut être organisé. J’essaie donc de planifier, par exemple consacrer 1 h le lundi matin pour programmer mes publications Instagram de la semaine. C’est vraiment efficace !

D’ailleurs, tu n’hésites pas à poster des vidéos où tu joues de ton instrument de prédilection, des photos un peu plus « persos », mais toujours en rapport avec la musique ! Cela attire-t-il de nouveaux clients ? Est-ce que cela est venu naturellement, ou bien as-tu hésité avant de poster du contenu parfois un peu humoristique ? En tout cas, c’est très rafraîchissant !

J’ai bien sûr hésité de nombreuses fois avant de publier certains contenus, mais j’essaie de mettre sans cesse en application de nouvelles choses, toujours avec le même fil conducteur : la musique. Et je me rends compte que plus j’ose des choses différentes, moins faire dans la nouveauté me fait peur. Je sais que ce chemin sera composé d’erreurs et de réussites, et je l’accepte. C’est à la fois difficile et tellement gratifiant !

Que conseillerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans des domaines de traduction tournés vers la culture et l’art ? Est-ce plus difficile d’y trouver du travail ? Y a-t-il beaucoup d’agences avec lesquelles collaborer dans ces domaines avant d’avoir assez de clients directs ? Quelles sont les qualités à avoir pour se démarquer ?

Mon conseil se résumerait en un seul mot : tentez ! Il n’y a pas de recette miracle et c’est à chacun de trouver sa voie. En tout cas, moi je tente, et j’adore ça !

J’espère que cette lecture vous inspirera, motivera, encouragera à suivre vos envies et à vous lancer ! Encore merci à Orane Desnos d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez la retrouver sur son site Internet https://www.tradistica.com et sur ses différents réseaux sociaux :

https://twitter.com/tradistica
https://www.facebook.com/tradistica/
https://www.linkedin.com/company/tradistica/
https://www.instagram.com/tradistica/

Traduction environnementale : la spécialisation de demain ?

Par Sarah Bonningue, étudiante M2 TSM

Les questions environnementales ne datent pas d’hier. Néanmoins, la prise de conscience n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, des reportages circulent sur le réchauffement climatique, la pollution, les émissions de gaz à effet de serre et autres catastrophes alarmantes. Nous sommes mis en garde depuis longtemps, mais il semblerait que nous venions tout juste de nous réveiller. Dorénavant, nous commençons à percevoir concrètement les effets de ce changement climatique et à chercher des solutions pour les contrecarrer.

L’environnement fait désormais partie des préoccupations majeures des Français. Le marché de l’environnement s’est diversifié au fil des années allant des entreprises qui proposent des produits « verts » aux ONG. En conséquence, il est nécessaire de faire appel à des traducteurs afin d’améliorer la communication, et ainsi, viser un public plus large. Étant intéressée par l’environnement comme future spécialisation, cet article me donne l’opportunité de me pencher sur ce secteur et de peut-être vous inciter à faire de même.

Je souhaite remercier Séverine George et Marie-Laure Faurite, traductrices spécialisées dans l’environnement, d’avoir bien voulu de me parler de leur activité et de ce domaine.

Un secteur en plein essor

Il a fallu du temps avant de prendre conscience des enjeux environnementaux, et ce, attendre les années 1970-1980. De nouveaux termes ont commencé à apparaître, comme « développement durable » qui a été inventé dans les années 1990. Selon moi, l’année marquante pour le climat reste 2019 : il y a eu en effet un changement des mentalités à l’échelle internationale. De nombreux évènements environnementaux se sont produits que ce soit d’ordre climatique ou politique : des feux de forêts en Australie, des records caniculaires, la forte mobilisation des jeunes avec la Marche pour le climat ou encore la vague verte aux élections européennes.

Le marché de l’environnement a évolué à une vitesse fulgurante ces cinquante dernières années, la mondialisation y a également contribué. De nombreux secteurs se sont adaptés afin de proposer davantage de produits ou technologies durables. On compte aussi nombre d’études ou de réglementations relatives à l’environnement.

En conséquence, la demande en traduction dans ce secteur est considérable. Cette spécialisation semble être prometteuse et le travail ne devrait pas manquer. Séverine George et Marie-Laure Faurite ont aussi remarqué que de plus en plus de personnes et d’entreprises s’intéressent à l’environnement : il y a beaucoup de demandes de communication, mais peut-être aussi un effet de mode (greenwashing).

Pourquoi choisir l’environnement comme spécialisation ?

Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait – Mère Teresa

Le choix d’une spécialisation est bien sûr propre à chacun. Pour certaines personnes, voir l’aboutissement ou l’impact de son travail est quelque chose de primordial. Cependant, en tant que traducteur nous n’en avons pas toujours l’opportunité. Si dans la vie de tous les jours vous considérez l’environnement comme une priorité, traduire du contenu pour ce secteur permettrait d’avoir un impact concret. L’objectif même de la traduction n’est-il pas d’améliorer la communication dans le monde entier ? En tant qu’individu, ce serait ainsi une contribution à petite échelle pour la création d’un monde plus vert et durable. Pour Séverine George et Marie-Laure Faurite, cette spécialisation s’est présentée comme une évidence en raison de leur engagement personnel pour la protection de l’environnement (zéro-déchet, consommation éthique…).

Les jeunes sont très sensibles aux questions environnementales, nous l’avons bien remarqué par leur forte présence aux élections européennes de 2019 et aux manifestations « Fridays for Future ». Nombreuses sont les personnes à changer leur façon de consommer, leur alimentation… En conséquence, il est probable qu’une vague de nouveaux traducteurs arrive sur le marché du travail, désireuse de changer les choses.

Au sein du domaine de l’environnement se trouve une multitude de sous-domaines, comme la pollution, le réchauffement climatique, les énergies renouvelables, la protection des océans ou forêts… Il y a donc suffisamment de besoins, il ne s’agit pas d’un secteur de niche.

Quels clients et documents de travail ?

Avec quels types de clients peut-on être amené à travailler ?

  • Agences de traduction
  • Organismes environnementaux
  • Fournisseurs de produits et de services

Exemples de types de documents à traduire

  • Directives du gouvernement
  • Certifications ISO
  • Rapports sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE)
  • Fiches de produits
  • Rapports d’études
  • Présentations de produits
  • Documents marketing
  • Bulletins d’information
  • Documentaires (traduction audiovisuelle)

Importance de la terminologie

Comme pour tout secteur, il faut s’adapter à la terminologie spécifique, mais on peut aussi être amené à faire de la localisation. En effet, certains concepts propres au secteur n’existent pas dans tous les pays. Abigail Dahlberg l’illustre très bien à l’aide d’un exemple dans son article de la revue Traduire : elle mentionne les différents systèmes de collecte des déchets selon les pays. En Allemagne, « une municipalité a envisagé la création d’une poubelle associant la poubelle grise (déchets résiduels) et la jaune (emballages légers) sous la forme d’une poubelle à rayures grises et jaunes (dite Zebratonne en allemand) ». Il est évident qu’une traduction littérale n’est pas pertinente ici, le concept n’étant pas connu en France. Le traducteur peut donc être confronté à de telles difficultés terminologiques. Il doit appliquer les bonnes stratégies pour pouvoir faire passer son message dans la langue cible et être compris par le lecteur.

Devenir un expert du secteur

Le traducteur issu d’une formation linguistique doit en apprendre plus sur ses domaines de spécialité afin d’être considéré comme un professionnel du secteur.

Contrairement à certains traducteurs qui ont étudié dans leur domaine de spécialisation, Séverine George et Marie-Laure Faurite ont toutes les deux fait un Master de traduction. Pour se spécialiser, il a donc fallu acquérir des connaissances en autonomie. Voici une petite liste des choses qu’elles ont faites pour se former, ainsi que des conseils.

  • Lire des revues spécialisées
  • S’abonner à des newsletters pour faire de la veille (et constituer un glossaire terminologique)
  • Formations de la SFT et cours en ligne (ex : MOOC)
  • Être curieux et lire/visionner du contenu dans ses langues de travail : articles, documentaires…
  • Assister à des conférences ou salons professionnels du secteur
  • Garder une trace de toutes les traductions effectuées dans ce domaine pour se constituer un portfolio (utile pour prospecter des agences ou clients directs)
  • Développer son réseau : entrer en contact avec des traducteurs spécialisés dans le domaine et adhérer à des associations de traducteurs.
  • Sur les réseaux professionnels se présenter comme « Traducteur/trice qui se spécialise dans le domaine… » et suivre des pages ou groupes du secteur.

Le petit conseil en plus : pourquoi ne pas faire du bénévolat auprès d’une ONG environnementale ? Cela permet de donner de son temps, se familiariser à la terminologie et se former par la même occasion.

L’essentiel reste de se tenir informé régulièrement du secteur étant donné sa constante évolution : de nouvelles inventions ou réglementations naissent chaque année. Même après sa formation initiale, le traducteur doit constamment continuer son apprentissage.

Être en adéquation avec ses valeurs

Dans cet article de la revue Traduire, Sévérine George et Marie-Laure Faurite, évoquent le concept d’écotraducteur. L’objectif est d’encourager le traducteur environnemental à être en accord avec ses valeurs dans son travail au quotidien en prenant des habitudes écoresponsables. Tout comme le zéro déchet ou sa consommation, le but n’est pas de culpabiliser le traducteur ou de l’obliger à remplir tous les critères de cette liste, mais de proposer des idées afin de réduire progressivement son empreinte carbone.

Bien souvent il est recommandé dans le monde du travail de faire attention à la consommation de papier ou de choisir des modes de transport plus propres. Ici cela ne pose pas trop de problèmes pour le traducteur indépendant qui travaille chez lui et n’a plus forcément besoin de dictionnaires papier ou d’imprimer ses documents. En revanche, on oublie souvent que, bien qu’il soit nécessaire de limiter sa consommation de papier, l’informatique consomme bien plus en dépenses énergétiques. Le tout premier outil du traducteur étant l’ordinateur, celui-ci va devoir réfléchir à des façons de limiter ou compenser les dépenses générées par ses recherches sur Internet. Je vous recommande donc la lecture de cet article si vous souhaitez avoir une vue d’ensemble des habitudes écoresponsables à adopter.

Maintenant, ça y est…on arrive enfin à s’installer comme traducteur environnemental, avoir des connaissances du domaine, trouver des clients, se faire une bonne réputation et à réduire son empreinte carbone.

Un nouveau projet de traduction arrive dans ma boîte mail : dossier pour la promotion des énergies fossiles. Aïe ! C’est pas du tout le genre de contenu que je voulais ! Quelle est la stratégie à adopter ?

Si le projet est à l’extrême opposé des valeurs de Séverine George et Marie-Laure Faurite (qui pose de réels problèmes d’éthique ou de véracité scientifique), elles le refuseront. Bien sûr, cela dépend des circonstances, ce n’est malheureusement pas toujours possible, surtout lorsque l’on débute sa carrière. Un jeune traducteur ne pourra pas forcément se permettre de refuser un projet ou de choisir quel contenu il préfère.

Conclusion

L’environnement, les énergies et le développement durable pourraient donc devenir des spécialisations très prisées dans le monde de la traduction. Même si ce n’est pas encore considéré comme un grand domaine d’activité comme le médical ou le juridique, il ne s’agit pas non plus d’un secteur de niche. Les besoins en traduction devraient être conséquents en raison de l’expansion des nouvelles technologies ou produits plus « propres ». Le secteur est en constante évolution, le traducteur devra pour cela s’adapter aux nouveaux besoins des clients.

Bibliographie

Dahlberg, Abigail. Going Green: Translating Environmental Texts. ATA Chronicle, juin 2008, p 10-13. https://www.ata-chronicle.online/wp-content/uploads/2008-June.pdf.

Dahlberg, Abigail. « Une spécialisation, le domaine de l’environnement ». Traduire. Revue française de la traduction, no 229, 229, Syndicat national des traducteurs professionnels, décembre 2013, p. 16‑25. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.578.

De Sèze, Cécile. « 2019, l’année de la prise de conscience climatique ». L’Express, 28 décembre 2019. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/2019-l-annee-de-la-prise-de-conscience-climatique_2112440.html.

George, Séverine, et Marie-Laure Faurite. « L’écotraduction, ou le traducteur en transition. Optimiser son environnement de travail pour réduire son empreinte écologique ». Traduire. Revue française de la traduction, no 242, 242, Syndicat national des traducteurs professionnels, juin 2020, p. 6‑22. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.1971.

Le Monde. « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte […] – Mère Teresa ». dicocitations.lemonde.fr, https://dicocitations.lemonde.fr/citations/citation-45499.php. Trésor-Éco https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/9b47a940-eed2-49a8-a1e6-75bdc936a299/files/b7dcd008-6fc8-4d39-a640-04ad70855736

Se spécialiser en tant que traducteur indépendant : Certains domaines de spécialisation requièrent-ils plus que d’autres une expérience préalable ?

Par Charlotte Goubet, étudiante M2 TSM

Voici une question qui me taraude depuis mon arrivée dans le Master TSM.

Pourtant, sauf erreur de ma part, c’est précisément pour cela que je suis ici : apprendre à faire comme si j’étais une spécialiste de tel ou tel domaine, sans avoir forcément d’expérience dans ledit domaine.

Oui mais… Lors de mes premiers pas dans le monde de la traduction, j’ai pu rencontrer un certain nombre de traducteurs spécialistes d’un domaine dans lequel ils avaient précisément travaillé pendant des années.

Qu’en est-il alors de la plus-value réelle d’un tel parcours ?

S’il est difficile de revendiquer, en deuxième année de Master, des domaines de « spécialisation », il est plus juste de parler de domaines de « prédilection », ou de « centres d’intérêts ».

Mais alors, en tant que traducteur indépendant débutant, comment se lancer dans un domaine qui nous intéresse, dans l’idée d’en faire un domaine de spécialisation, sans n’y avoir aucune expérience ?

Personnellement intéressée par le monde de l’agriculture, j’ai souhaité me pencher sur ce domaine-ci. J’ai eu l’idée (brillante) de taper dans un moteur de recherche quelconque « traducteur + indépendant + agriculture ». Et là, bingo. J’ai trouvé mon homme.

Ce dernier se nomme Toby Belither. Se présentant lui-même comme un « ancien agriculteur reconverti en traducteur indépendant », Toby Belither a étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester (anciennement Royal Agricultural College), en Angleterre. Il a par la suite accumulé une trentaine d’années d’expérience, au Royaume-Uni et en France, en travaillant dans différentes exploitations agricoles.

Vous l’aurez compris, la langue maternelle de Toby Belither est l’anglais. Il effectue uniquement des traductions dans la combinaison de langues FR>EN, dans le domaine de l’agriculture mais également dans d’autres domaines au besoin.

Quel est son avis sur la question ? Je vous laisse le découvrir.

Bonjour M. Belither ! Bien que j’aie déjà résumé votre parcours, pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes passé de la casquette d’agriculteur à celle de traducteur indépendant ?

Un jour, j’ai été contacté par un ancien collègue, formateur en management pour le service après-vente à l’international d’un fabriquant de tracteurs. Ce dernier a fait appel à mes services en tant qu’anglophone. Il avait besoin de quelqu’un pour traduire des formations à l’intention de concessionnaires du français vers l’anglais et il n’avait jusque-là trouvé personne qui puisse effectuer ce travail.

J’ai hésité au départ, car je n’ai jamais vraiment eu l’habitude de travailler sur un ordinateur et qu’il m’est difficile de rédiger efficacement sur un clavier.

J’ai finalement accepté, et je me suis adapté au mieux pour le travail demandé. J’ai d’abord téléchargé le logiciel de reconnaissance vocale « Dragon NaturallySpeaking » (page en anglais). Ce dernier, avec lequel je travaille toujours aujourd’hui, me permet de dicter au fur et à mesure ma traduction anglaise à mon ordinateur.

Bien sûr, ce logiciel ne produit pas de résultat « parfait » et il nécessite une post-édition, notamment au niveau de la ponctuation. Mais il est tout de même efficace car il apprend au fur et à mesure les mots que l’on lui dicte.

Avec les connaissances que je possédais dans le domaine de l’agriculture, ce travail ne m’a pas paru excessivement difficile. J’ai débuté en 2012. J’étais alors toujours agriculteur. Je traduisais le soir et les week-ends.

Plus tard, des soucis de santé m’ont amené à stopper mon activité agricole.

Avez-vous effectué une formation à la traduction ?

Non, je n’ai pas souhaité effectuer de formation en traduction. Les demandes de traduction que je recevais pour le domaine agricole étaient très aléatoires. Financièrement, je n’ai pas jugé rentable d’investir dans une formation alors que mes revenus n’étaient pas stables. Mes plus grandes rentrées d’argent provenaient de la traduction de sites internet, et les demandes de ce genre n’étaient pas assez fréquentes.

De plus, je n’avais pas vraiment de temps pour me former car je travaillais toujours en tant qu’agriculteur.

Que conseilleriez-vous à un jeune traducteur ou une jeune traductrice indépendant.e qui souhaiterait faire ses débuts dans le domaine de l’agriculture ?

Si la formation est de toute façon un plus, je pense que le problème peut résider dans l’absence de connaissances agricoles. J’effectue ce travail car je possède des connaissances solides dans ce domaine d’une part en anglais, car j’ai étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester, et d’autre part en français, car j’ai travaillé dans des exploitations agricoles pendant vingt-et-un ans.

Et encore une fois, le domaine agricole est très exigeant. Dans mon cas par exemple (traduction du français vers l’anglais), l’anglais américain et l’anglais du Royaume-Uni sont bien sûr différents, mais le vocabulaire varie même d’un état à un autre aux Etats-Unis. Il m’arrive parfois de refuser du travail pour ces raisons-là.

Quels sont les interlocuteurs avec lesquels vous travaillez aujourd’hui ? Sont-ils tous spécialisés dans le domaine agricole ? Y ont-ils tous travaillé à un moment donné ?

Je ne travaille qu’avec des clients directs, donc des sociétés spécialisées dans le domaine, et je ne connais personne qui fasse la même chose que moi. C’est un domaine vraiment pointu.

Soit je démarche moi-même les clients, soit ils prennent contact avec moi via mon site internet.

De quelle manière traitez-vous les demandes de traduction qui vous sont soumises dans des domaines autres que celui de l’agriculture ?

De façon générale, les autres projets que je traite se rapprochent du domaine agricole. Il m’arrive de travailler par exemple dans le domaine de la pisciculture, et le vocabulaire de ce dernier est assez proche de celui du domaine agricole. Je trouve ces projets plutôt faciles à comprendre.

Quand je ne me sens pas capable de traduire dans un certain domaine, je préfère toujours refuser le projet pour éviter de produire une mauvaise traduction.

Selon vous, est-il mieux voire indispensable de disposer d’une expérience dans le domaine de l’agriculture pour s’y spécialiser en tant que traducteur ?

Quels sont selon vous les avantages ou inconvénients à effectuer une formation en traduction ?

Pour ce qui est du domaine agricole, je pense que l’expérience est indispensable, car c’est un domaine très exigeant. Néanmoins, les formations universitaires sont intéressantes du point de vue de la formation aux outils qu’elles offrent, notamment les logiciels de traduction assistée par ordinateur.

Je ne me suis personnellement pas plié à toutes les exigences du marché. En effet, si j’ai souhaité à un moment donné traduire davantage et travailler pour des agences, je n’ai pas poursuivi dans cette voie.

Les conditions sont trop nombreuses (certains logiciels sont obligatoires pour travailler avec telle ou telle agence) et les pénalités en cas de corrections à apporter ou de débit considéré comme trop lent sont trop importantes.

Je travaille donc uniquement avec des clients directs que je démarche moi-même. Je possède désormais quelques clients réguliers pour lesquels je travaille depuis cinq ou six ans.

La traduction représente pour moi un complément de revenu.

Quels outils utilisez-vous en tant que traducteur ?

Je n’utilise pas réellement d’outils en dehors de « Dragon NaturallySpeaking ».

Je travaille directement dans les fichiers sources que je reçois (en gardant toujours une copie) par écrasement des données.

Il s’agit le plus souvent de fichiers Word et PDF. En ce qui concerne les documents au format PDF, j’ai investi dans une licence payante afin de pouvoir les modifier.

Des fichiers InDesign, Excel ou Powerpoint vont être plus longs à traiter et je fais varier mes tarifs en conséquence.

Effectuez-vous une seconde activité en plus de celle de traducteur indépendant ?

En effet. Mon activité principale est aujourd’hui la location de chambres d’hôtes. C’est une activité qui se « marie » bien avec celle de traducteur car je travaille depuis chez moi.

Pour le bon maintien de mon activité de traducteur, je me rends tous les ans dans des salons agricoles pour contacter de potentiels nouveaux clients. Mes clients se situent plutôt parmi des sociétés françaises de taille moyenne qui exportent à l’étranger. Il ne s’agit pas de multinationales, qui possèdent bien souvent leurs propres services de traduction.

Quelle part environ de votre revenu mensuel représente la traduction ?

Encore une fois, cela est très aléatoire selon les demandes que je reçois. Il peut arriver que la traduction représente un tiers voire la moitié de mon revenu mensuel (modifications de sites web, sortie de nouveaux engins agricoles, …).

Les années moins fastes, la traduction représente plutôt un quart de mes revenus.

Pourriez-vous indiquer une fourchette de vos tarifs ?

Je suis rémunéré au mot et il peut arriver que je varie mes tarifs selon que mes clients sont plus ou moins bons payeurs.

De façon générale, mon tarif au mot tourne autour de 11 à 14 centimes d’euros.

Pour ce qui est des sites web, je tarife aux nombre d’heure passées à traduire. Il s’agit le plus souvent de 40 euros par heure environ.

Par souci d’honnêteté, je tarife le plus souvent possible au nombre réel d’heures passées à travailler, même si le nombre évalué lors du devis était supérieur.

Au vu de mon entretien avec M. Belither, bien que la formation en traduction soit importante (voire indispensable pour qui souhaite intégrer le marché de la traduction dans son ensemble), il paraît indispensable pour un traducteur de bénéficier d’une expérience préalable dans le domaine de spécialisation dans lequel il souhaite exercer.

Et pour cause. Je me dois ici de faire allusion à la table ronde organisée par la SFT (Société française des traducteurs) en partenariat avec l’Université de Lille, le 2 octobre 2020, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Traduction.

Lors de cette table ronde, des traductrices indépendantes aux profils très différents présentaient leur parcours aux étudiants, professeurs et professionnels de la traduction présents.

J’ai ce jour-là compris que mon questionnement n’était pas illégitime, mais mal orienté.

En effet, pour reprendre le cas de M. Belither, ce dernier n’a pas reçu de formation professionnelle en traduction et son expérience seule a dirigé sa professionnalisation.

Nombreux sont d’ailleurs sur le marché les traducteurs dans le même cas que M. Belither et ils en font partie intégrante.

Mais qu’en est-il des traducteurs qui possèdent une formation en traduction sans posséder d’expérience préalable dans l’un de leurs domaines de spécialisation ? Et quid de ceux qui possèdent et l’expérience et le diplôme de traducteur ?

Parmi les traductrices rencontrées lors de la JMT, un grand nombre d’entre elles avaient auparavant travaillé dans le domaine qui était devenu leur spécialité. Contrairement à M. Belither, certaines avaient d’ailleurs par la suite suivi une formation continue en traduction.

En confrontant ces différents profils, j’ai compris que l’expérience dans un domaine de spécialisation est certes indispensable pour un traducteur, mais que cette dernière peut avoir lieu à n’importe quel moment de son parcours.

Lorsqu’elle n’est pas préalablement acquise, l’expérience s’acquiert au quotidien.

Les langues évoluent constamment et le traducteur se doit, pour coller au mieux à ses domaines de spécialisation, de s’y former continuellement. Magazines spécialisés, conférences, salons (comme l’indiquait M. Belither), formations, toutes les opportunités sont bonnes à prendre pour se former dans le domaine qui nous plaît en tant que traducteur.

Tout domaine de spécialisation requiert donc de l’expérience, et le métier de traducteur est résolument un métier de passionné.

Un grand merci à Toby Belither pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder, ainsi qu’aux traductrices de la SFT présentes à l’Université de Lille pour la JMT 2020.

Lien vers le site internet de M. Toby Belither, traducteur indépendant FR>EN spécialisé dans le domaine agricole : http://agri-traduction.com/

Quand traduire rime avec s’instruire

Justine Abd-el-Kader, étudiante M2 TSM

Lorsqu’on reçoit un texte à traduire sans être spécialisé dans le sujet dont il traite, on est obligé de se renseigner et de comprendre un minimum de son sens afin de pouvoir rendre les informations importantes sans faire d’erreur. Ainsi, à la fin de la traduction, on est un peu plus savant, du moins en termes de connaissances théoriques. On doit dès lors vraiment apprendre pour pouvoir ensuite traduire, et cette accumulation de connaissances élargit notre propre culture générale.

Pour les personnes qui, comme moi, ont toujours eu du mal à décider de leur domaine d’activité, je trouve que la traduction spécialisée est un bon compromis. Elle permet de s’intéresser à une vaste étendue de domaines différents, au gré des envies et des occasions. Je voudrais donc mettre en valeur cette interdisciplinarité du métier en présentant les processus de recherche d’informations et leurs effets sur le traducteur, ainsi qu’en évoquant la question de la spécialisation.

Il faut comprendre pour traduire

Mettons-nous en situation : vous recevez un texte qui traite d’un sujet qui vous est totalement inconnu. Vous devez pourtant le traduire, sans commettre d’erreur de sens car votre travail sera lu et peut-être même utilisé par des clients de l’entreprise qui vous a contacté. Quelle est votre réaction ? Panique, pleurs et dépression ? Ou dictionnaire, documentation et étude ? Heureusement pour la prospérité du métier, la plupart des traducteurs et traductrices choisissent la seconde option et tentent de comprendre de quoi il retourne afin de rendre la traduction attendue.

Nous voilà donc avec un texte sur le sélénium, les crypto-monnaies, le système judiciaire américain ou encore les propriétés techniques d’un nouveau modèle de voiture. On se lance dans la traduction, peut-être même avec un glossaire préétabli et, parfois, la confiance de ses expériences passées. Et là, c’est l’os : mais c’est quoi en fait le [insérer ici l’ovni qui vous sert de sujet]. C’est là que commence le travail complémentaire du traducteur, celui auquel ne pensent pas forcément ceux qui ne sont jamais vraiment entrés dans le monde de la traduction.

Alicia Martorell (2008), traductrice et membre de la Société Française des Traducteurs, insiste sur ce point : il est impossible pour un traducteur de traiter un texte sans en comprendre les références et les idées phares. Point de vue partagé par d’autres professionnels sur le terrain, comme dans ce billet de blog (en anglais). Un bon traducteur a besoin d’élargir son savoir avant de proposer une traduction.

Rechercher les informations puis les stocker pour les réutiliser

Chaque personne qui se lance dans une traduction a donc une étape d’enrichissement des connaissances à accomplir en plus d’un travail d’enrichissement purement linguistique. Elle doit faire des recherches sur ce qu’elle ne connaît pas, et maîtriser le sujet de manière suffisante pour pouvoir en parler naturellement. Pour l’aider à conserver toutes ces informations, de nombreux outils sont à sa disposition : mémoires de traduction, glossaires, bases de données linguistiques, etc.

Commence alors la recherche « par bonds » : on tape sa requête dans un moteur de recherche, on sélectionne les pages qui nous intéressent, qui elles-mêmes nous renvoient vers d’autres pistes de recherche. On tape alors une autre requête, on clique sur d’autres liens, qui font naître de nouvelles idées, et ainsi de suite.

Attention toutefois : on a vite tendance à se perdre dans les recherches. Bon nombre de traducteurs se sont au moins une fois laissés emporter par les possibilités de connaissances offertes. On peut partir d’une recherche sur la racine de réglisse et finir par regarder la vidéo entière du processus de fabrication des bonbons à la réglisse. Ou bien commencer par se documenter sur les polyphénols contenus dans le vin et se retrouver à en apprendre plus sur l’usage du vin comme médicament au cours des siècles. Tout peut aller très vite… et donc ralentir le travail.

C’est à cause de ce jeu de piste presque infini qu’il est crucial de stocker les informations pour pouvoir les réutiliser plus tard. Notre mémoire humaine est certes impressionnante, mais pas aussi étendue que celle de nos différents logiciels. Anne Condamines (1994) développe ce travail de recherche terminologique nécessaire au traducteur, et donne déjà il y a 25 ans les bases du stockage d’informations.

Petit à petit, on en sait plus sur tout

Avec l’expérience qui s’accumule, notre culture générale s’étend. Bien sûr, cela peut être le cas pour tout un chacun. La vie quotidienne nous apprend sans cesse de nouvelles choses et il suffit de lire le journal ou de regarder un documentaire pour s’instruire. Certes, mais on se cultive généralement plus volontiers sur ce qui nous intéresse personnellement, et pour la plupart des gens cela reste occasionnel. Pour un traducteur, ce travail est régulier et incontournable.

La communauté traductrice a affaire à un nombre de sujets très varié. Dans le même jour, on peut être amené à se documenter sur les différents types de colle ainsi que sur la pyrale du buis (c’est un papillon, si vous voulez tout savoir) et sur le fonctionnement d’une copropriété en Suède. C’est en élargissant cette culture générale que l’on réduit peu à peu le nombre de recherches à faire dans les domaines que l’on a déjà abordés. Le temps passé à comprendre le sujet et la façon dont il faut en parler peut alors être consacré au cœur du métier, à savoir la traduction pure et simple.

Ainsi, cette activité va bien au-delà d’un simple transfert linguistique : tout traducteur a besoin d’une certaine culture générale applicables aux textes qu’il traduit (Lavault, 2007).

Une spécialisation essentielle ?

Même si c’est loin d’être une obligation, un grand nombre de professionnels choisissent de se spécialiser dans un ou plusieurs domaines, voire sous-domaines. Ainsi, des traducteurs juridiques vont être spécialistes du droit des contrats, des traducteurs médicaux vont devenir experts en prothèses de genoux, etc. Ils deviennent alors des sortes de « traducteurs-spécialistes » dont les connaissances sur un certain sujet ne sont plus à remettre en question. Ils ont dépassé le stade de la recherche et de la documentation (même s’il y a toujours plus à apprendre, évidemment), et maîtrisent alors leur domaine de spécialité sur le bout des doigts.

Cela leur fait gagner un temps considérable, et leur permet parfois de trouver des niches dans lesquelles peu de traducteurs se sont risqués. Une chose en entraînant une autre, ils récoltent plus de clients et/ou plus d’argent. C’est pourquoi on nous conseille souvent de nous spécialiser. Il y a d’ailleurs une différence faite naturellement entre débutants et confirmés. Les premiers sont souvent généralistes, tandis que les seconds sont souvent ceux qui ont eu l’occasion de se spécialiser. Parfois, ce sont même des professionnels d’autres secteurs qui quittent leur métier pour devenir traducteur dans le domaine de leur formation d’origine. C’est le cas de Mark, traducteur pharmaceutique dont vous pourrez lire le témoignage ici. Selon lui, cela lui donne une compétence rare qui le met en valeur sur le marché de la traduction, et lui permet d’allier tous ses centres d’intérêts en un seul métier.

Comme dans beaucoup de cas en traduction, tout dépend du but de chacun. On peut très bien continuer à toucher à tout et faire des recherches pour chaque texte reçu, quitte à ce qu’ils ne soient pas extrêmement spécialisés. Ou bien on peut saisir les occasions qui se présentent et devenir expert dans un ou plusieurs sujets bien déterminés. Dans tous les cas, on aura enrichi notre propre culture générale et accumulé des connaissances dans des domaines que l’on n’expérimentera sûrement jamais au-delà du clavier et de l’écran.

En guise de mot de la fin, la traduction est un métier pluridisciplinaire, qui permet de ne jamais s’ennuyer et de toujours apprendre. Les exemples donnés dans ce billet (qui proviennent tous de textes donnés à traduire pendant l’année de M1) sont des sujets qui demandent des recherches préliminaires, mais parfois ce n’est qu’une seule phrase très spécialisée sur laquelle il faut passer des heures avant de la comprendre. Cela demande d’être passionné et patient, voire même de posséder des qualités d’enquêteur afin de suivre les bons indices qui nous mèneront à la bonne traduction.

Sources :

Condamines, A. (1994). Terminologie et représentation des connaissances. Didaskalia, 5. https://doi.org/10.4267/2042/23235

Desarthe, A. (2019, septembre 27). Traduire les yeux fermés [Conférence]. Journée mondiale de la traduction, Campus Pont de Bois.

Lavault, E. (2007). Culture générale et traduction. In Traduction spécialisée : Pratiques, théories, formations (p. 284). Peter Lang.

Ma vie de traducteur pharmaceutique professionnel. (2018, janvier 25). IPAC Traduction Médicale et Pharmaceutique. https://www.ipac-traductions.com/blog/vie-de-traducteur-pharmaceutique-professionnel/

Martorell, A. (2008). Les idées et les mots : La traduction en sciences humaines. Traduire. Revue française de la traduction, 217, 37‑51. https://doi.org/10.4000/traduire.961

The Importance of Subject Matter Expertise in Translation. (2016, février 8). Ulatus Translation Blog. https://www.ulatus.com/translation-blog/the-importance-of-subject-matter-expertise-in-translation/

Traducteur spécialisé : Quels avantages pour le client ? (2016, juillet 5). Tradonline. https://www.tradonline.fr/blog/traducteur-specialise-quels-avantages-pour-le-client/

Le traducteur médical, une spécialisation passée sous scalpel

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

medical

Aujourd’hui, les recherches et études cliniques se font multicentriques, les pandémies s’étendent internationalement (Coronavirus, si tu nous regardes…). Et c’est sans compter, bien évidemment, que les laboratoires pharmaceutiques sont pour la majeure partie des groupes internationaux, leurs sièges sociaux se trouvant dans un pays autre que leurs sites de production et de recherche pharmaceutique. Tous les acteurs du secteur de la santé se trouvent impliqués dans les progrès et avancées de ce dernier, et ce, à travers le monde. Avec une telle conjoncture mondiale, les besoins en traduction médicale, scientifique et pharmaceutique ont globalement explosé. Mais quels sont les tenants et les aboutissants en traduction médicale ? Autopsie de cette spécialisation du traducteur.

Que traduit le traducteur médical ?

Contrairement à ce que certains peuvent penser, il ne se contente pas simplement de traduire des ordonnances et des certificats médicaux à longueur de journée, un Vidal dans une main, une encyclopédie médicale dans l’autre. Non, bien sûr que non, ses missions de traduction sont bien plus variées. Le traducteur médical pourra être amené à traduire :

  • des études cliniques ;
  • des notices de médicaments ;
  • des comptes-rendus et communiqués de presse pour des organisations/organismes internationaux ;
  • des modes d’emploi de matériel médical ;
  • des protocoles de traitement patient ;
  • des questionnaires médicaux à délivrer aux patients ;
  • des communications pour des séminaires et colloques ;
  • des chapitres de livres ;
  • des rapports annuels ;
  • et bien d’autres types de documents en lien avec la médecine et la santé…

Quels prérequis pour le traducteur médical ?

D’aucuns vous ont certainement dit et redit que la traduction médicale, étant donné sa spécificité terminologique et phraséologique, ne pouvait être menée à bien que par des médecins et des membres du corps soignant. Si je ne nierai pas que cela constitue un avantage non négligeable pour la maîtrise de ces deux derniers points, mais aussi pour la connaissance préliminaire du thème du texte à traduire en lui-même, je peux toutefois vous assurer que ce n’est en aucun cas une condition sine qua non.

Sont en revanche requis pour un traducteur médical un jugement critique, une rigueur scientifique et une appétence pour les connaissances liées à ce domaine.

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon traducteur médical ?

Pour être bon en traduction médicale, une spécialité particulièrement technique, il vous faudra disposer d’un certain nombre de qualités. Vous devrez tout particulièrement respecter le style des textes écrits en langue originale sur le sujet, c’est-à-dire adopter la phraséologie de ce type de textes et employer les termes adaptés afin de masquer vos traces et vous fondre au mieux dans ces derniers. Comme bon nombre de mes professeurs encadrants pourraient le dire, « un traducteur, c’est comme tueur en série ; s’il laisse des traces, c’est que c’est un mauvais traducteur ! » Et un travail rigoureux est bien entendu de mise, de même qu’un esprit critique, cela va de soi !

Quelles ressources peut utiliser un traducteur médical ?

Vous attendiez leur retour avec impatience, les revoilà ! Le Vidal et l’encyclopédie médicale peuvent bien évidemment s’avérer d’une grande aide pour le traducteur médical qui pourra profiter de leur relative simplicité pour comprendre le sujet du document. Mais il y en a tant d’autres qui peuvent également être salutaires pour ce dernier. Vous vous demandez sûrement lesquelles. Sortez vos carnets et ouvrez bien grand vos oreilles. En voici quelques-unes :

  • le site officiel multilingue de l’OMS, Organisation mondiale de la santé, disponible en plusieurs langues, et tout autre site multilingue d’une organisation internationale de santé publique ;
  • il est également intéressant pour un traducteur médical d’effectuer une veille documentaire active en collectant des documents différents sur les différentes pathologies, qu’il s’agisse de journaux, de magazines spécialisés (Prescrire, Le Courrier du médecin, etc.), de rapports et articles de recherche, et de tout autre document pouvant vous permettre de mieux appréhender une thématique ;
  • et, et cela peut s’avérer particulièrement utile, profitez du savoir des experts du domaine dans vos connaissances pour aborder les points les plus techniques ;
  • mais également bon nombre d’autres ressources scientifiques.

N’oubliez surtout pas que tout est bon pour écrire comme un expert de la médecine.

Mais sachez toutefois qu’il ne suffit pas de disposer de ressources thématiques pour bien traduire la médecine. Pour ce qui est des ressources linguistiques, le traducteur médical pourra bien entendu trouver salutaires les ressources classiques telles que :

  • les corpus ;
  • les glossaires personnels et partagés ;
  • les dictionnaires de synonymes ;
  • les outils de correction grammaticale (Antidote, Cordial, etc.) ;
  • les ouvrages de référence en grammaire tels que le Grevisse ;
  • mais également toutes les autres…

Et quels outils ?

La traduction médicale étant une spécialisation très technique, les outils de TAO, de gestion terminologique et d’assurance qualité revêtent une importance toute particulière. Ils seront d’un grand secours et vous aideront à harmoniser votre traduction et donc à conserver une cohérence d’un bout à l’autre du document. En revanche, dans l’état actuel des choses, la traduction automatique (TA pour les intimes) risque de très vite éprouver ses limites. Surtout pour des textes de spécialité écrits par des experts pour des experts. Il est donc fortement conseillé, pour ce genre de documents, d’utiliser la TA avec parcimonie.

Quelle formation pour le traducteur médical ?

Un certain nombre de masters de traduction technique proposent une formation de base à la traduction médicale. Le master de Traduction Spécialisée Multilingue (Master TSM) de l’Université de Lille est l’un de ceux-ci. Master membre de l’AFFUMT (Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction) et du réseau EMT (European Masters in Translation, label qualité accordé aux masters de traduction qui répondent aux critères par la Commission européenne), ce master offre une formation complète et basée sur l’expérience. Toutefois, il est évident qu’une formation de master de deux années ne peut suffire à vous préparer aux moindres nuances et subtilités de la spécialisation de traducteur médical. Vous pourrez alors, pour compléter votre formation, suivre les formations proposées régulièrement par la SFT en matière de traduction médicale sur la page reprenant le programme de leurs formations (n’hésitez pas à aller y jeter un œil régulièrement !), celles de la CI3M (Centre de formation professionnelle et continue)… vous pouvez également, afin de développer vos compétences et connaissances médicales et scientifiques, vous inscrire à des MOOC, des formations en ligne ouvertes à tous.

Quelles expériences peut-on vivre ?

Vous vous dites sans doute, c’est très bien tout ça, mais nous on veut du croustillant, du vivant. Je vous comprends parfaitement, moi aussi le plan-plan m’ennuie.

Ça vous dirait un petit retour sur expérience pour une traduction médicale exigeante effectuée au sein de l’édition 2019 du Skills Lab (un dispositif de simulation d’entreprise de traduction au sein du master TSM de l’Université de Lille dont la dernière édition en date a été résumée avec brio et beaucoup d’humour par mon camarade Baptiste Dargelly, étudiant en M2 et bientôt traducteur diplômé. Je vous invite par ailleurs fortement à aller lire son billet.) ? Je m’en doutais. Alors voilà pour vous, en exclusivité, un retour sur expérience de mes premiers pas dans la jungle de la traduction médicale et de la satisfaction que j’en ai tirée :

« Comment pourrais-je faire autrement que de vous dire que oui, les difficultés sont nombreuses et fréquentes dans la traduction médicale (après tout, la médecine est une science dure et exacte), mais qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que d’avoir réussi à dompter la bête (aka le texte source), à la disséquer, l’étudier pour en rendre les moindres subtilités, en dégager les moindres nuances. Pour illustrer, je dirais que traduire le médical, c’est un peu comme faire la cuisine. Vous avez votre recette, vos ingrédients et vous faites tout pour que le résultat final soit conforme au plat final. Bien sûr, tous les ingrédients (ou textes sources) ne sont pas les mêmes et il faut parfois adapter la recette. Et tous les cuisiniers (ici les traducteurs) ne sont pas non plus identiques. Par conséquent, il faut savoir s’adapter, étape après étape, et résister au stress que cela peut engendrer, notamment lorsque vous vous attelez à traduire un document sur une maladie orpheline pour laquelle les ressources disponibles en français sont rares, ce qui ici était bien entendu le cas. Toutefois, goûter à l’euphorie du travail bien fait, une fois votre traduction terminée avec panache en vaut largement la peine. »

Bon, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet, j’ai un nombre conséquent de traductions sur le feu. Le(s) devoir(s) n’attend (ent) pas, que voulez-vous. J’espère avoir su répondre à toutes vos questions sur la traduction médicale et vous avoir donné l’envie de tenter l’aventure, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet à travers les commentaires et ne manquerai pas de vous répondre. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, quelques informations à donner sur la traduction médicale qui n’auraient, par souci de concision, pas été mentionnées dans mon billet. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Tous vos retours sont bienvenus. Au revoir et à très bientôt pour de nouvelles aventures ensemble et un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, traduisez !

La traduction touristique : comment transmettre le goût de l’évasion

Par Jeanne Delaunay, étudiante M2 TSM

traductiontourisme

 

Dans une société toujours plus connectée et ouverte sur le monde, le marché touristique n’a pas cessé de se développer et joue désormais un rôle majeur sur la scène internationale. Cet intérêt croissant pour la découverte de nouveaux horizons n’a pas été sans conséquence sur le marché de la traduction, cela va sans dire. En effet, ce dernier a enregistré des besoins accrus et provenant des quatre coins du globe, la demande étant de plus en plus multilingue.

Dans le secteur du tourisme, ce sont des supports divers et variés qui peuvent être traduits : sites internet, catalogues, brochures, programmes détaillés, guides de voyage, dépliants… Il y en a pour tous les goûts ! On pourrait aisément penser que la traduction touristique coule de source et constitue donc un choix facile de spécialisation, et pourtant… Bien que le style employé dans les textes touristiques soit relativement simple, il n’en demeure pas moins qu’une bonne plume est indispensable pour donner aux consommateurs le goût de l’évasion.

Alors, quel est le profil idéal d’un bon traducteur touristique ?

Une traduction adaptée au public cible

Les traductions de contenus touristiques doivent bien sûr être d’une qualité irréprochable, cela tombe sous le sens. Mais une bonne traduction touristique ne doit pas simplement être excellente linguistiquement parlant, il faut également qu’elle soit adaptée au public auquel elle s’adresse. À titre d’exemple, la ville de Trouville-sur-Mer en a payé les frais en publiant une traduction contenant un faux ami. En effet, l’expression « baptême de poney » a été traduite par pony baptism, sauf qu’en anglais le mot « baptême » ne désigne que le sacrement religieux. Il aurait fallu dire first-time pony riding pour parler d’une première expérience.

Par ailleurs, on trouve encore trop souvent des sites Web hôteliers traduits en un certain nombre de langues mais de façon très maladroite, ce qui, d’une part, n’inspire pas confiance et ne donne donc pas envie de consommer et qui, d’autre part, illustre bel et bien le besoin de traducteurs touristiques.

Pour vous donner une idée plus concrète des traductions touristiques de mauvaise qualité que l’on peut trouver sur la Toile, voici un exemple concernant la traduction en français du site Internet d’un hôtel de Madrid : « Hôtel de 3 étoiles au cœur de Madrid. (…) Fonctionnalité et dessine se rejoignent dans l’Hôtel xxx. (…) Ce n’est pas ni chic ni minimaliste, mais vous allez trouver à son intérieur un équipe humain prêt à travailler pour vous offrir un bon service et une soigné attention à la clientèle. » Pas très vendeur, n’est-ce pas ?

Malheureusement, des traductions de ce genre se trouvent encore trop fréquemment sur Internet… Qu’on se le dise, un tel résultat sort bien souvent tout droit d’un traducteur automatique. Cela peut aussi provenir d’un traducteur non natif, or il est communément admis qu’un traducteur ne traduit que vers sa langue maternelle étant donné qu’il en connaît toutes les subtilités.

Selon une étude réalisée par l’agence de traduction TextMaster, les erreurs de traduction sur des sites touristiques représentent plusieurs dizaines de millions d’euros de manque à gagner. Cela prouve que la qualité des traductions touristiques a un impact direct sur l’image de la société en question.

Les compétences d’un bon traducteur touristique

  • Avoir des connaissances dans diverses disciplines

Les documents touristiques (brochures, flyers…) requièrent souvent certaines connaissances en géographie, en gastronomie ou encore en histoire. En effet, en traduction touristique il est important de savoir ce qui distingue la culture source de la culture cible. En d’autres termes, les références culturelles ne seront pas les mêmes dans une traduction espagnole et dans une traduction chinoise.

  • Être précis

Le traducteur doit s’assurer que sa traduction sera correctement adaptée à la culture cible, de façon à restituer fidèlement le message contenu dans le texte source. En effet, si le traducteur n’a jamais mis les pieds dans les lieux mentionnés au cours de sa traduction, cela peut lui compliquer la tâche.

Si un texte mentionne un village perdu au fin fond des Alpes italiennes où le traducteur n’est jamais allé, des recherches s’imposent pour savoir s’il existe des équivalents de noms de villages dans la langue cible. Il est également important que le traducteur cherche des informations complémentaires sur cet endroit (dans des guides de voyage, par exemple), afin de coller un maximum à la réalité. Dans le cas où le texte source n’est lui-même pas clair, il est préférable de demander l’avis du client plutôt que de prendre le risque de dénaturer le message d’origine.

  • Être créatif

Comme vous l’aurez compris, la traduction touristique est un domaine qui demande de grandes qualités rédactionnelles. Elle doit être vectrice d’évasion, d’exotisme ou de rêve et doit donner le goût de l’aventure. La transmission du message de départ est jugée réussie si la phraséologie et le ton employé se prêtent bien à la culture cible.

Il est impératif de ne pas traduire littéralement mais bel et bien de faire preuve de créativité : le but, ce n’est pas de retranscrire le texte source mot pour mot, c’est de restituer fidèlement le message qu’il contient.

 

Pour conclure, nous pouvons affirmer que la traduction touristique constitue bien un domaine de spécialisation à proprement parler. En effet, comme beaucoup de spécialités, elle ne s’improvise pas et présente des spécificités qui lui sont propres. Elle doit donc être effectuée par des professionnels afin que le message d’origine soit restitué de la manière la plus fidèle possible. Quand on sait qu’une enquête réalisée en 2013 a révélé que 82 % des Britanniques réfléchissaient à deux fois avant de faire affaire avec une entreprise dont le site Web a été mal traduit en anglais, cela donne matière à réfléchir.

Des professionnels, il en faut également dans le secteur du sous-titrage. À ce sujet, je vous invite à jeter un œil au billet de blog d’Aurélien Vache à paraître dans deux semaines.

 

Sources :

  • « Traduction pour le tourisme : guide exclusif », BigTranslation, (2018)

https://blog.bigtranslation.com/fr/traduction-pour-le-tourisme-guide-exclusif/

  • « La traduction touristique : savoir traduire l’émotion culturelle des touristes », Sotratech Traduction, (2015)

https://www.sotratech.com/sotratech/blog/41-la-traduction-touristique-savoir-traduire-l-emotion-culturelle-des-touristes.html

  • « Le tourisme et la traduction », Hispafra (2015)

https://hispafra.wordpress.com/2015/02/10/le-tourisme-et-la-traduction/

  • « Les spécificités de la traduction dans le domaine du tourisme », EVS Translations (2012)

https://evs-translations.com/blog/fr/specificites-traduction-tourisme/

  • « Traductions pour le tourisme », Tradutec

https://tradutec.com/traductions-specialisees/traduction-pour-le-tourisme.html