J’ai testé pour vous : Faire son stage dans une agence de traduction suédoise

Par Justine Abdelkader, étudiante M2 TSM

L’année 2020, bien que chaotique, m’a tout de même permis de faire un stage d’un mois chez Språk&Co, une agence de traduction suédoise basée à Göteborg, sur la côte ouest de la Suède. À défaut d’avoir pu faire un rapport de stage sur cette très bonne expérience, je partage avec vous ce que j’y ai vécu et ce qui, je pense, ne serait arrivé qu’en Suède.

Manipuler une langue étrangère au travail

Malgré ma préparation sur le clavier Qwerty de mon téléphone, travailler avec un clavier suédois n’est pas de tout repos. Je n’arrête pas d’inverser le Q et le A en écrivant en suédois, et quand je passe au français, les accents me donnent du fil à retordre (mais où est donc passée cette cédille ?!). L’avantage, c’est que les caractères suédois, eux, sont très faciles d’accès. Plus besoin donc de recourir à toutes sortes de stratagèmes pour sortir un å (prononcez comme un o !).

Le ton des emails échangés est bien plus décontracté qu’en France. Pour dire bonjour, on dit Hej!, on s’appelle par son prénom et on tutoie même les inconnus. C’est la langue et la culture suédoises qui le veulent, et une agence de traduction ne déroge pas à la règle.

Être au cœur de la Scandinavie

En ce qui concerne la langue de communication, la situation est assez spéciale et je suis vite émerveillée par la façon dont toutes les langues scandinaves se mélangent. (Petit rappel : la Scandinavie désigne seulement trois pays, la Suède, la Norvège et le Danemark. À ceux-là s’ajoutent la Finlande et l’Islande quand on parle de « pays nordiques ».) Suédois, norvégien et danois se ressemblent beaucoup, notamment à l’écrit. Conséquence : communiquer devient très intéressant. Chacun utilise sa langue pour écrire des mails, voire parfois pour téléphoner, et pourtant, tout le monde se comprend. Je me suis ainsi retrouvée à lire des mails de traducteurs norvégiens ou danois… une expérience mémorable ! Je comprenais tout, même si parfois une deuxième lecture et une petite gymnastique de l’esprit étaient nécessaires, et pourtant je n’ai jamais étudié ces langues de toute ma vie.

L’agence est beaucoup sollicitée pour traduire en anglais, en allemand et dans les langues scandinaves. Mais ces dernières sont traitées un peu différemment. En effet, quand il s’agit d’obtenir une traduction norvégienne ou danoise pour un produit ou une liste d’ingrédients par exemple, on procède souvent à ce qu’ils appellent un « shampooinage ». Vous imaginez mon étonnement quand je commence mon stage et qu’on me parle de shampooing… En réalité, ce terme évoque la façon dont les trois langues sont mélangées pour donner une traduction quasi-unique valable dans les trois pays, mais élaborée à partir d’une des trois langues. C’est ainsi que vous verrez parfois, sur des emballages multilingues, l’inscription « SV/NO/DK », puis le texte où certains mots sont suivis d’un slash et d’une autre proposition. Par exemple : « Allergiinformation se forpakning. Må/får ikke/ej sælges/säljas stykvis/styckvis. » (en français, « Informations allergies : voir paquet. Ne pas vendre séparément. ») Les mots doublés voire triplés sont en fait des mots que les traducteurs norvégiens, danois et/ou suédois ont jugés trop difficiles à comprendre tels quels pour leurs compatriotes, ou pas assez naturels. Ils ont donc donné le mot adapté dans leur langue. Cela permet de gagner de la place sur les étiquettes en ne modifiant que certains mots. Ainsi, trois pays différents comprennent ce qui est inscrit. Il existe différents degrés de shampooinage, selon le souhait du client, l’espace disponible, la qualité attendue, etc. Bien évidemment, cette technique n’est pas utilisée systématiquement pour tous les textes, mais j’y ai beaucoup été confrontée pendant mon stage et j’ai trouvé ça fascinant de connaître les coulisses de ces inscriptions que l’on trouve sur certaines étiquettes et emballages de produits.

S’adapter à la vie professionnelle locale

L’agence se trouve dans un espace partagé où plusieurs entreprises différentes louent un bureau. En arrivant le matin, juchée sur mon vélo (quelle meilleure façon de s’intégrer dans un pays connu pour ses valeurs écologiques ?), je sais donc que je vais croiser des personnes qui exercent une activité tout à fait différente de la mienne. Ce fonctionnement est très intéressant, et la pause de midi donne l’occasion d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la traduction. Sans compter que plusieurs personnes amènent leur chien au travail, ce qui rend la pause d’autant plus divertissante… Quoiqu’il en soit, les espaces de coworking peuvent représenter la solution idéale pour celles et ceux qui voudraient s’installer à leur compte sans se passer de la présence d’autres êtres humains.

Dans mon cas, j’ai tout de même une collègue avec qui je peux échanger à ma guise. Avec une bienveillance infinie, elle a la patience de répondre à mes nombreuses questions tout au long du mois. Elle a entre autres l’occasion de me parler de son parcours universitaire, et de la façon dont les masters de traduction en Suède fonctionnent. D’après elle, ils ne préparent pas suffisamment les étudiants à la vie réelle d’un traducteur indépendant, ou même d’un gestionnaire de projets en agence. Les cours de traduction pure sont construits autour d’une discussion des propositions de traduction de chaque étudiant, ce qu’elle trouve enrichissant, mais aucun véritable cours technique avec manipulation d’outils n’est offert. Elle n’a eu accès qu’à une brève introduction à SDL Trados Studio par exemple. Elle a surtout appris sur le tas, en commençant à travailler comme stagiaire dans une agence, puis en étant employée là-bas, avant de se lancer en tant qu’indépendante et de finalement atterrir à Språk&Co. Le stage qu’elle a fait était d’ailleurs une démarche personnelle car sa formation n’en contenait pas.

La dernière semaine, pour finir le stage en beauté, la patronne de l’agence nous rend visite et nous apporte de quoi faire un petit fika. Véritable institution sociale là-bas, cette pause-café nous a permis de débriefer en toute tranquillité sur le mois qui s’était écoulé, et de voir ensemble quels aspects du milieu j’avais découverts ou démystifiés. Un stage à l’étranger qui m’aura donc beaucoup apporté, et c’est ainsi que je quitte l’agence le dernier jour, sans oublier mon vélo, heureuse d’avoir tant appris depuis le premier Hej jusqu’au dernier café.

Rendez-vous en terre inconnue : une semaine en immersion en agence de traduction néerlandaise

Par Baptiste Dargelly, étudiant M1 TSM

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Euro-com International B.V. est une agence de traduction néerlandaise, basée à Renkum, une commune de la province de Gueldre. Même si la société emploie une quarantaine de personnes sur trois bureaux différents (dont un au Caire), le bureau de Renkum est limité, tant par sa surface que par le nombre d’employés qui y travaillent au quotidien. C’est en son sein, en tant que traducteur et pour une durée de quatre mois, que j’effectue mon stage de première année de master TSM. Voici donc tout ce que vous avez toujours rêvé de découvrir sur le quotidien d’une agence de traduction !

Lundi : out of the way, it’s a busy day

Ici, le lundi, c’est jour de réunion. Tout le monde est présent au bureau, soit une dizaine de personnes, pour la plupart chefs de projet (Grace, Bart-Jan, Santiago, Anna…) mais aussi responsables administratifs (Lotte et Hanz), marketing (Yvonne), le directeur général (Eelco), son adjoint (Remco) et le stagiaire. La journée commence calmement, chacun arrive et s’installe à son poste de travail, les doux ronronnements de la machine à café se font entendre dans les couloirs. L’échelle réduite des locaux permet une très bonne entente entre collègues, qui travaillent souvent à quatre par pièce, et qui par conséquent échangent beaucoup durant la journée.

À dix heures, la réunion commence, animée par Misha, sales manager et happiness provider (en français : il s’occupe des contrats et fait beaucoup de blagues). Un large tableau blanc est accroché dans l’espace central, sur lequel chacun peut inscrire des remarques, questions, félicitations, pensées et autres nouvelles. Aujourd’hui, Misha nous présente deux nouveaux clients potentiels, ainsi que la possibilité d’une future collaboration avec une agence de traduction française. Les actualités de l’agence du Caire sont aussi exposées. Ces réunions durent rarement plus d’une demi-heure, et chacun retourne ensuite à son poste.

Aujourd’hui, je travaille sur la révision d’un projet de traduction pour un éditeur de jeux vidéo bien connu. Environ 10 000 mots ont été traduits par Bridget, traductrice, puis révisés par Stéphanie. Grace, la chef de projet, m’a confié la relecture de la révision : c’est inhabituel, mais c’est essentiellement parce que la suite du projet devrait arriver sous peu, et je pourrais me voir confier sa traduction. Un travail de préparation en quelque sorte. Il s’agit d’un projet SDL Studio, outil pour lequel nous avons été formés par notre professeure Nathalie Moulard en TSM, et avec lequel je suis par conséquent particulièrement à l’aise. La journée se termine à 17 h, mais la plupart des chefs de projet vont rester plus tard que ça.

Mardi : a song of ice and fire

La plupart d’entre nous, au bureau, suivent la célèbre série Game of Thrones, et nous avons décidé d’organiser un tournoi. Chacun pronostique qui, parmi les personnages principaux, va vivre ou mourir à la fin de la saison. Le gagnant se verra offrir un repas dans un restaurant proche de l’agence, j’utilise tous mes talents d’analyste pour remplir mon bulletin (la série est terminée à l’heure où je boucle ces lignes, j’ai gagné). C’est aussi ça, l’un des avantages de travailler dans une agence plutôt que depuis chez soi : les interactions sociales sont omniprésentes, ce qui n’est pas nécessairement le cas quand on travaille de chez soi. Bien sûr, cela va au-delà des discussions sur les séries : je bénéficie depuis le début du stage de l’aide précieuse de Grace notamment, qui ne rechigne jamais à répondre à mes questions (nombreuses au départ, de plus en plus rares maintenant) et à essayer de résoudre les problèmes que je rencontre. C’est l’un des autres avantages de travailler en agence, les personnes expérimentées qui m’entourent m’aident, et c’est réciproque : on m’appelle systématiquement quand il y a une incertitude ou un problème en rapport avec le français, et je suis ravi d’aider.

D’ailleurs, en parlant de « problème », le client du projet mentionné précédemment veut une nouvelle révision, en appliquant de nouvelles directives. Mais celles-ci sont floues, et le fichier à modifier que nous récupérons n’est plus compatible avec SDL. Pendant que Remco essaye d’en savoir plus, j’attaque la nouvelle révision, qui se révèle être assez fastidieuse, particulièrement de par le nouveau format du document, qui doit être modifié à l’aide de… Notepad. Je parviens à la moitié du document à midi, et juste avant de prendre une courte pause déjeuner (les Néerlandais n’accordent presque aucune importance à celle-ci : on travaille, on mange quand on a le temps, on débarrasse son assiette et on se remet au boulot), je reçois un e-mail de Remco. Il y a un problème avec le format du document, il faut recommencer la révision depuis le début. Calme et sérénité… La révision sera finalement bouclée juste avant la fin de la journée.

Mercredi-jeudi : I’m a legal alien

Être traducteur (stagiaire, en plus) chez Euro-Com dans les bureaux de Renkum, c’est un peu être un Englishman in New York (mais qui parlerait moins bien anglais, dans mon cas). Habituellement, aucun traducteur n’est présent dans les locaux, tous travaillent à distance. Cependant, aujourd’hui Brenda nous rend visite : elle est traductrice depuis plus de 20 ans, et travaille pour Euro-Com depuis près de 10 ans. Native des Pays-Bas, elle traduit de l’anglais vers le néerlandais. C’est l’occasion pour moi de récolter un maximum de conseils quant à mon futur métier, et Brenda semble ravie de pouvoir en discuter. Nous parlons notamment des tâches de révision de traduction automatique que nous devons souvent effectuer. Elle me confie que ce sont des projets de plus en plus courants, surtout avec les avancées récentes en matière de traduction automatique. Elle a dû, durant sa carrière, s’adapter aux changements technologiques : elle sourit en repensant à l’époque où elle traduisait avec l’aide d’un dictionnaire, sans aucun outil informatique. Elle s’est formée par elle-même à l’utilisation des CAT Tools (les outils de TAO, pour Traduction assistée par ordinateur). Aujourd’hui, elle aurait bien du mal à s’en passer.

En fin de matinée, je reçois un e-mail de la part de Wael, l’un des chefs de projet des bureaux du Caire. La nouvelle salve de fichiers à traduire pour l’éditeur de jeux vidéo est arrivée, et on m’en attribue la traduction. C’est une petite victoire, car il a été quelque peu difficile, au début, d’obtenir des projets. Il semble qu’après environ 1 mois de stage, je commence à bien être intégré dans la boîte : j’ai du travail au quotidien, alors qu’il y a eu quelques journées entières durant lesquelles j’étais désœuvré au début. La confiance s’installe !

Mais, en tant que traducteur, et français qui plus est, il faut bien râler un peu. Le projet est composé de plus de 30 000 nouveaux mots, et la deadline est prévue pour mercredi prochain. Même avec du café en perfusion, ça me paraît compliqué… Mais je ne veux pas que le projet m’échappe, je parlemente donc via e-mail avec Wael. Voilà autre chose que Grace m’a appris à faire : il faut négocier, ne pas hésiter à soulever les problèmes, avec l’art et la manière. Il revient vers moi peu de temps après avec une bonne nouvelle, la tâche a été partagée entre moi et Stéphanie, une autre traductrice anglais-français. Je m’attelle donc à la tâche avec enthousiasme, j’aurai du travail au moins pour les 5 prochains jours. La terminologie m’est maintenant familière, la traduction sera bouclée à temps. Le reste de la journée et le lendemain sont consacrés à cette tâche.

Un court projet pour une société leader du marché de l’audiovisuel m’est attribué dans la journée du jeudi, sur un outil que je ne connaissais pas encore : il s’agit de XTM, un logiciel de TAO. Le projet était si succinct que j’ai passé plus de temps à assimiler le fonctionnement du logiciel qu’à traduire.

Vendredi : Friday I’m in love

Un parfum de weekend flotte dans l’air. Le regain de motivation amène la plupart d’entre nous à travailler debout. En effet, ici chaque bureau est adaptable, c’est-à-dire que l’on peut y travailler debout ou assis, et Remco m’avait vanté les mérites du travail debout dès mes premiers jours à Euro-Com (j’étais cependant déjà au courant de ses bienfaits, puisque nous avons assisté plus tôt dans l’année à une conférence sur l’ergonomie, résumée ici par Jimmy Gabreau). Alors que je reprends la traduction du projet en cours, Marcia me demande un coup de main en urgence pour une révision d’un projet allemand-français. Mon allemand est aussi bien développé que mon néerlandais (je sais presque dire bonjour), mais Marcia m’explique qu’il s’agit essentiellement d’harmoniser la traduction française et de la modifier selon la base terminologique associée. Un jeu d’enfant, n’est-ce pas ? La progression est assez fastidieuse, mais les erreurs sont peu fréquentes. Certains mots posent problème en allemand, je sollicite alors mon équipe d’experts linguistiques germanistes, mes camarades de classe Julian et Jordan (vous pouvez retrouver le billet de Jordan portant sur le marché de la traduction en Allemagne ici), qui résolvent mes problèmes en un tour de main.

Il s’agit d’un client récent et très exigeant, on vérifie donc plusieurs fois que tout est en ordre. Des e-mails me parviennent une demi-heure plus tard, il faut apporter de nouveaux changements. Au moins 5 personnes travaillent en même temps sur ce même projet. Il sera finalement bouclé et envoyé en fin d’après-midi, après être repassé plusieurs fois entre mes mains. Malgré le nombre de participants, Marcia a réussi à maintenir le cap, à assurer la liaison entre le client et les traducteurs et à répartir les tâches tout au long de la journée sans jamais perdre le fil… Et tout ça en gardant le sourire. Le travail de chef de projet me semble parfois terriblement compliqué. La semaine s’achève avec un sentiment de travail accompli.

C’est la fin de cette semaine en immersion dans une agence de traduction néerlandaise, mais pas la fin de mon stage, qui a été jusqu’ici très riche d’enseignements. Je remercie chaleureusement toute l’équipe d’Euro-Com pour leur pédagogie et leur confiance, et je vous remercie de m’avoir lu ! Prettige dag verder !

Stage en traduction : petite ou grande agence ?

Par Alvina Veillon, étudiante M2 TSM

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Le choix d’une agence pour y faire son futur stage peut s’avérer très difficile, surtout pour un tout premier stage dans le secteur de la traduction, qui est encore inconnu un étudiant.

Faire son stage dans une très petite agence ou dans une multinationale est sensiblement différent. Les deux tailles d’entreprise comportent des avantages et des inconvénients qu’il faut bien garder à l’esprit en postulant. Voici les points positifs de chacune pour vous aider dans votre choix.

 

Avantages d’une petite agence

 

La place du stagiaire au sein de l’entreprise

C’est l’une des différences majeures entre une petite entreprise et une multinationale. Pour un premier stage, une grande agence internationale peut faire peur, tandis qu’une petite agence à taille humaine peut être plus rassurante pour faire ses premières armes dans le monde de la prestation de services linguistiques. Ainsi, il y a moins cette impression de n’être qu’un « maillon de la chaîne », la pièce d’un immense puzzle. Dans le cas d’une agence internationale, des employés de bureaux nationaux différents travaillent dans la même agence, sans jamais se connaître.

Le processus de recrutement plus rapide

Trouver un stage dans une petite structure est souvent plus simple et plus rapide. La principale raison à cela est sa hiérarchie réduite, et donc plus souple qu’une grande agence. Pour cette dernière, il faut d’abord trouver LE bon interlocuteur à qui envoyer votre candidature. Ensuite, votre CV et votre lettre de motivation passeront sans doute entre les mains de plusieurs personnes dans la hiérarchie avant d’aboutir à une éventuelle réponse, ce qui ralentit fortement le processus de recrutement.

La situation géographique des clients

Une petite agence de traduction située dans une petite ville est plus à même d’attirer des clients proches, voire très proches géographiquement. C’est notamment intéressant pour le domaine du tourisme, par exemple. En faisant traduire des brochures touristiques de la ville pour de futurs visiteurs étrangers, l’agence participe, à sa manière, à la promotion du territoire local. Cette notion de proximité, perdue en traduisant pour de gros clients au sein d’une agence multinationale, peut être assez séduisante pour un stagiaire.

Un seul chef de projets dédié à un projet

Dans une petite agence, chaque projet n’est géré que par un seul chef de projets. Il y a donc un interlocuteur unique qui suit le projet de A à Z ; le suivi est ainsi plus personnalisé. Dans une grande agence, à l’inverse, la gestion des nombreux projets simultanés a plus tendance à se faire « à la chaîne », les différentes étapes du projet étant traitées par le chef de projets qui est disponible sur le moment. Dans ce cas de figure, il arrive souvent au traducteur d’interagir avec plusieurs chefs de projets différents (certains chefs de projets n’ayant pas les mêmes horaires de travail, pour des raisons de fuseaux horaires, par exemple).

 

Avantages d’une grande agence

 

Plus d’outils et de ressources

Pour des raisons de coûts, une grande agence est plus susceptible d’avoir plus de ressources : outils de TAO, plateforme de gestion de projets, logiciels de PAO… C’est bien sûr un énorme avantage pour un stagiaire. En testant plusieurs logiciels de TAO, il peut avoir une meilleure idée de ce qui est proposé sur le marché, et de ce qui est le plus utilisé par les agences et les clients. Si le stagiaire souhaite ensuite devenir traducteur indépendant, il pourra mieux choisir l’outil de TAO avec lequel il comptera travailler.

Plus de domaines couverts, et des domaines plus spécialisés

En général, un étudiant en traduction n’est pas sûr à 100 % de ses futurs domaines de spécialité, et c’est justement le stage qui va s’avérer déterminant pour ce choix. Dans une grande agence, le stagiaire pourra découvrir des secteurs beaucoup plus variés ; automobile, mode, luxe, environnement, immobilier, aéronautique… il y a l’embarras du choix !

Travailler sur de (très) gros projets, pour de (très) gros clients

Une grande agence a plus de chances de compter parmi ses clients des leaders de leur secteur, notamment parce que ces clients ont souvent des projets avec des volumes importants et/ou réguliers qu’une petite agence ne pourrait pas absorber.

Pour un traducteur en herbe qui est encore sur les bancs de la fac, travailler pour de tels clients peut faire peur, mais c’est en réalité très formateur. Être traducteur, c’est aussi savoir gérer et respecter les instructions du client, et les « gros » clients sont typiquement ceux qui ont le plus d’exigences (outil de TAO imposé, guides de style de centaines de pages, accords de non-divulgation…).

Volumes suffisants pour occuper un stagiaire à temps plein

Les volumes de traduction plus importants d’une grande agence permettent d’occuper un stagiaire à temps plein, et surtout sur de vrais projets ; les traductions du stagiaire (après relecture, bien entendu !) seront utilisées par les clients. C’est beaucoup plus gratifiant que de traduire des documents d’anciens projets juste pour s’entraîner. Et puis… quelle fierté de retrouver ses traductions sur le site d’une grande marque !

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Voilà quelques pistes pour les futurs stagiaires qui sont un peu perdus. Une dernière petite astuce, pour ceux qui hésitent encore entre petite et grande agence : il est parfois possible de trouver un stage dans le bureau local d’une très grande agence internationale. En effet, les stages ne se réalisent pas toujours au siège de l’entreprise ; travailler dans l’un des autres bureaux de taille plus réduite peut permettre de bénéficier en partie des avantages d’une petite structure (bureau à taille humaine), tout en profitant des avantages d’une multinationale (gros clients, plus d’outils à disposition).

Le stage peut s’avérer très déterminant pour une future carrière dans le domaine de la traduction ; bien le choisir est donc crucial !

Comment bien se vendre pour trouver un stage dans le milieu de la traduction

Par Chloé Cantet, étudiante M2 TSM

 

En cette période de recherche de stages, nous souhaitons tous nous démarquer et nous vendre au mieux pour trouver un stage formateur et motivant.

En tant qu’étudiant.e, l’expérience professionnelle nous fait souvent défaut au moment de postuler à nos stages de master, en particulier pour celui de master 1. Cependant d’autres atouts peuvent être mis en avant afin d’attirer l’attention du recruteur.

Label EMT

Bien que cela puisse paraître évident, le fait même d’être en master est un plus, surtout si votre formation, comme le master TSM, porte le label EMT (European Master in Translation) octroyé par la DGT (Direction Générale de la Traduction). Ce label est un gage de qualité. En effet, le référentiel de compétences EMT, qui doit être respecté par les formations membres du réseau «  définit les compétences de base que les traducteurs doivent posséder pour travailler sur le marché actuel » (site de la Commission européenne).

Ce label est également un atout considérable si souhaitez réaliser un stage à la DGT ou dans une organisation de l’Union européenne en général.

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Parce que le master est une expérience

Pensez à valoriser les compétences et connaissances acquises au cours de la première année (voire du premier semestre !) de master. Parce que l’utilisation de la Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), la compilation de corpus et la gestion de projets sont essentielles aux yeux des agences et des professionnels du monde de la traduction, ce serait dommage de les omettre dans son CV. De plus, en tant qu’étudiant.e.s en cours de formation, nous sommes les mieux formés et les plus à jour en matière de nouvelles technologies, de logiciels et de nouveaux outils : un atout majeur sur un marché qui est en constante évolution et développement !

Pour ce qui est des outils de TAO, la certification de SDL pour traducteurs (niveau débutant pour les M1 et niveau intermédiaire pour les M2) est évidemment un plus qui permet d’attester de votre niveau de maîtrise de SDL Studio, actuellement leader sur le marché. Le fait de préciser la version avec laquelle vous travaillez, en l’occurrence 2019 cette année pour les étudiants du master TSM, montre au recruteur que vous êtes à l’aise avec les nouvelles fonctionnalités et que vous n’aurez pas de problème à travailler avec les versions antérieures.

De plus, le Skills Lab étant un atelier à part entière, il permet d’augmenter l’expérience sur votre CV. Votre poste dans cette agence de traduction virtuelle est bien réel et vous demande de mettre en pratique ce qui a été appris pendant les cours, et au-delà.

Attention aux fottes !

En traduction plus que dans n’importe quel autre secteur, la rédaction, la typographie, la grammaire et l’orthographe sont primordiales. Elles révèlent votre style et l’attention que vous portez à votre candidature. C’est pourquoi il est important de soigner la rédaction de son cv et de sa lettre de motivation. La moindre erreur pourrait vous « disqualifier » et faire douter de vos compétences. Pensez à les faire relire par un camarade, un proche… : on voit toujours mieux les erreurs des autres.

Étranger

Langues de travail et séjours à l’étranger

Les langues étudiées et parlées sont également un moyen de sortir du lot. Le fait d’avoir des connaissances dans une langue rare (russe, danois, serbe…) peut intéresser certaines agences et plus particulièrement les institutions européennes.

De plus, les expériences à l’étranger, que ce soit dans le cadre de stages, d’échanges universitaires, de formations, etc., sont une plus-value à ne pas négliger puisqu’elles permettent de développer des compétences linguistiques et culturelles et montrent une certaine ouverture d’esprit et curiosité. C’es séjours permettent généralement d’apprendre à gérer un budget, à gagner en autonomie, à mieux s’organiser… Tant de compétences à mettre en avant afin de se démarquer et retenir l’attention de qui lira votre CV.

Présence sur les réseaux sociaux

À l’ère du numérique, les employeurs recrutent régulièrement sur les réseaux sociaux. Il faut donc se créer des profils et les soigner (tant professionnels que personnels) pour mettre en avant ses atouts et ses compétences tout en évitant de rendre publics des informations trop personnelles ou compromettantes. Le milieu de la traduction est un petit milieu où tout le monde se connaît, il faut donc veiller à construire et entretenir sa réputation. Les profils LinkedIn et Viadeo par exemple doivent être professionnels et donner confiance. Ils font office de CV et permettent au futur employeur de connaître notre parcours et nos compétences. Il est important qu’ils soient complets et qu’ils contiennent tous les mêmes informations.

Afin d’être facilement reconnaissable d’un réseau à l’autre, il est conseillé d’utiliser le même nom, la même adresse mail et la même photo pour chaque profil. Il est judicieux de suivre les sociétés de traduction sur les réseaux sociaux puisque c’est là qu’elles publient (souvent en avant-première) leurs nouvelles offres de stage et d’emploi.

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Skills Lab – test ultime avant l’arrivée sur le marché

Les entreprises ne font jamais de retour sur notre cv, notre lettre de motivation ou encore notre présentation lors de l’entretien d’embauche. Notre candidature est acceptée ou refusée, sans que l’on sache ce qui a motivé le choix du recruteur. Cependant, grâce au Skills Lab les étudiants du master TSM ont la possibilité d’avoir l’avis de professeurs et de professionnels du monde de la traduction sur leur façon de postuler à une offre d’emploi en traduction. En effet, comme l’explique Alessandro Circo dans son article, les étudiants sont amenés à répondre à des annonces pour différents postes au sein du Skills Lab (traducteur, réviseur, préparateur de ressources ou gestionnaire de projet) et à passer des entretiens. Les commentaires constructifs réalisés par les professeurs et les professionnels sont essentiels puisqu’ils permettent d’améliorer considérablement son cv et sa façon de se présenter lors d’un entretien d’embauche. De plus, cela permet de se mettre dans la peau d’un professionnel du monde de la traduction (souvent pour la première fois) avant d’arriver réellement sur le marché.

 

J’espère que ces conseils auront été utiles et vous aideront à obtenir un (bon) stage de master dans le milieu de la traduction.

Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ?

Par Elise Guilbert, étudiante M1 TSM

illustration article blog - elise guilbert

L’expérience est un atout primordial pour tous les métiers. Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises demandent un certain nombre d’années d’expérience aux candidats qui souhaiteraient travailler pour elles. Les étudiant(e)s en traduction ne sont pas en reste, surtout dans un secteur aussi concurrentiel où expérience rime avec qualité.

Cependant, tout n’est pas perdu d’avance : il est possible d’acquérir de l’expérience de diverses façons avant d’arriver sur le marché du travail de diverses façons.

 

Les stages

Une étape désormais incontournable pour tous les étudiant(e)s de nos jours. Le stage en agence ou dans un service de traduction est une chance à ne surtout pas laisser passer.

La plupart des masters en traduction incluent un stage mais la durée et le nombre de ces derniers varient selon l’université.

Avec le Master Traduction Spécialisée de l’Université de Lille 3, les étudiant(e)s en traduction doivent effectuer deux stages obligatoires pour valider leurs années : un stage d’une durée de 2 mois minimum en M1, et un autre d’une durée de 6 mois en M2.

Bien évidemment, le choix de l’entreprise n’est pas à prendre à la légère puisque le niveau d’expérience acquis à l’issue de ce stage dépend de ce que l‘étudiant(e) apprendra et découvrira pendant celui-ci (pas question de gagner de l’expérience en tant que photocopieur professionnel donc).

Au cours du stage, il est important de poser autant de questions que nécessaire. Cela est primordial pour connaître les attentes du marché et/ou celle du client (traduction littérale ou plus libre par exemple), afin de savoir comment un traducteur expérimenté procède lorsqu’il traduit, quels changements grammaticaux sont à effectuer d’une langue à l’autre pour que le texte cible soit plus naturel ou encore pour utiliser au mieux les outils de traduction assistée par ordinateur.

 

Le bénévolat

Une autre possibilité pour gagner de l’expérience lorsque l’on est un étudiant(e) en traduction, c’est le bénévolat.

Rien de plus facile, il suffit tout simplement de proposer ses services gratuitement, le plus souvent auprès d’organisations à but non lucratif. Il existe de nombreuses associations qui ont besoin de traductions réalisées bénévolement, alors n’hésitez pas ! Si vous ne savez pas où commencer à chercher, voici une petite liste d’organisations à la recherche de traducteurs/traductrices bénévoles : https://www.nakedtranslations.com/fr/2007/traduction-et-bnvolat/

Certaines agences de traduction peuvent aussi avoir recours au bénévolat : c’est notamment le cas de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage de M1. Chez Anja Jones Translation, un programme de traduction bénévole (ou presque) existe : le traducteur/la traductrice est un(e) étudiant(e) et l’entreprise qui demande ce service ne sera facturé que pour la relecture, effectuée par un traducteur/une traductrice professionnel(le).

Toutefois, faites attention à ne pas vous faire exploiter avec des traductions à réaliser sous des délais très courts. Veillez aussi à ne pas traduire trop vite sous prétexte qu’il s’agit de bénévolat…

 

Le sous-titrage

Comme mentionné dans cet article écrit par Alexandre Moreau il y a quelques semaines sur le blog, Netflix, la célèbre entreprise qui permet de voir séries et films en streaming possède sa propre plateforme afin de recruter ses traducteurs/traductrices. Vous devrez cependant passer un test d’une durée d’une heure et trente minutes sur la plateforme Hermes avant d’avoir la possibilité de traduire. Inconvénient : tout le monde peut devenir traducteur/traductrice pour Netflix, sans parler des prix considérés comme étant trop bas pour des professionnels.

Si vous ne souhaitez pas forcément être rémunéré pour faire des sous-titres, il existe d’autres plateformes pour lesquelles vous pouvez effectuer ce travail. Le site internet TED par exemple, dont l’objectif est de diffuser des idées et savoirs sur divers sujets, vous propose de traduire des sous-titres pour les vidéos de conférences présentes sur son site. Ces dernières sont par ailleurs parfaitement adaptées pour des étudiant(e)s en traduction technique car les conférences peuvent porter, entre autres, sur des sujets médicaux, environnementaux, économiques, etc.

 

Wikipédia

Une façon plutôt intéressante d’acquérir de l’expérience. Tout le monde le sait, il est possible pour n’importe qui de créer une page Wikipédia. C’est bien de rédiger un article sur un monument, une ville ou un musicien mais pourquoi pas le traduire, pour que le plus grand nombre puisse le lire ?

Alors certes, tout le monde peut également traduire des articles Wikipédia, mais si vous êtes étudiant(e) en traduction, beaucoup de professionnels vous diront que l’expérience s’acquiert en traduisant : plus vous en faites, mieux c’est. C’est pour cela que traduire des articles Wikipédia est une bonne idée (en plus, vous apprendrez énormément sur divers sujets).

 

Devenir freelance

Vous pouvez aussi proposer vos services en tant que freelance sur différentes plateformes dédiées aux traducteurs/traductrices comme ProZ ou bien encore directement auprès d’agences (chez Anja Jones Translation, il y a aussi un Graduate Junior Translator Scheme : l’étudiant(e) ou le/la jeune diplômé(e) est alors payé(e) et bénéficie d’un retour sur ces traductions pour lui permettre de progresser plus rapidement). En choisissant cette option, vous n’avez plus droit à l’erreur, car vous vous présentez comme un professionnel. C’est donc plutôt recommandé vers la fin du Master pour commencer à remplir son carnet d’adresses.

 

Voilà donc quelques idées pour acquérir de l’expérience si vous êtes un étudiant(e) en traduction. Tout dépend de ce que vous recherchez mais plusieurs options s’offrent à vous. Le plus important est de traduire régulièrement et sérieusement et l’expérience viendra naturellement !

 

 

Sources :

https://www.nakedtranslations.com/fr/2007/traduction-et-bnvolat/

http://www.lesmotsnomades.com/traduire-benevolement-quelques-regles-dor/

http://www.anjajonestranslation.co.uk/translation-services/graduate-translator-support-scheme/

https://www.ted.com/participate/translate

https://tests.hermes.nflx.io/

 

 

Pourquoi accueillir un stagiaire dans son agence de traduction ? Un entretien convaincant

Par Lucie Lambert, étudiante M1

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Dans le monde de la traduction, le stage apparaît aujourd’hui comme une étape essentielle, voire déterminante pour les étudiants. Lors des recherches de stage, nombreuses sont les agences de traduction, petites ou grandes, qui déclarent ne pas être intéressées par un stagiaire. Mais alors pourquoi d’autres agences se lancent-elles dans cette aventure ?

Maura Bottazzi, associée-gérante de l’agence de traduction STUDIO TRE Traduzioni, a accepté de partager son point de vue.

[Interview retranscrite de l’italien]

 

L’agence a été fondée il y a 38 ans, depuis combien de temps accueille-t-elle des stagiaires ?

Cela fait maintenant de très nombreuses années, nous l’avons fait dès que cela a été possible. Nous avons débuté avec l’École Supérieure pour Interprètes et Traducteurs de Forlì [Université de Bologne, Ndr], avec laquelle nous collaborons par le biais d’une convention. De là, nous nous sommes rendus compte que les étudiants qui sortaient de cette école étaient très bien préparés au métier de traducteur/interprète. C’est grâce à cette convention que nous avons pu connaître des étudiants qui recherchaient un stage d’études.

 

Avez-vous de nombreuses conventions comme celle-ci ?

Nous avons par la suite débuté des collaborations avec d’autres universités en Italie, mais également à l’étranger. Je les ai contactées moi-même pour savoir si elles pouvaient être intéressées et nous envoyer des stagiaires. J’en voudrais encore plus mais malheureusement je n’ai pas eu beaucoup de réponses de l’étranger : nous avons par exemple reçu beaucoup de stagiaires français, un stagiaire allemand mais jamais de stagiaire britannique, et ce pour des raisons géographiques et financières que je peux comprendre. Je reçois également des dossiers directement des universités.

 

Est-ce que ces conventions rendent le processus d’accueil plus facile ?

Avec cette façon de fonctionner, nous savons de quelle université et de quelle formation viennent les stagiaires. Cela nous permet de faire un choix plus adapté et ciblé. Je peux demander des étudiants ayant des combinaisons particulières.

 

Quelles étaient les attentes et l’intérêt de l’agence dans un premier temps ?

Le premier objectif était de connaître des étudiants qui avaient fait un certain type d’études universitaires et qui pouvaient ensuite faire partie de nos futurs collaborateurs. Nous voulions également évaluer leurs compétences. Ces collaborations nous permettent de comprendre si les stagiaires qui viennent chez nous pourront ensuite faire partie de l’équipe. En plus des compétences qui sont fondamentales, nous portons une attention particulière aux valeurs humaines et au travail de groupe : l’accueil de stagiaires nous donne ainsi l’occasion de les connaître mieux en tant que personne mais également en tant que travailleur.

 

La période de stage profite-t-elle aussi bien au stagiaire qu’à l’agence ?

Les stagiaires viennent avec des compétences et des connaissances variées. C’est enrichissant pour l’agence. Une des choses importantes que nous souhaitons offrir aux stagiaires est la possibilité de voir concrètement comment le travail se fait, ou comment nous aimerions qu’il soit fait, en effectuant réellement les tâches d’une agence de traduction. En résumé, parler de ce que signifie travailler avec la précision, la vitesse, l’urgence, les délais, toutes ces caractéristiques qui font mieux comprendre le métier de traducteur/interprète.

Par exemple, à la fin de sa formation en interprétation, une employée n’avait pas assez d’expérience. Nous l’avons donc suivie dans son intégration professionnelle en lui offrant des occasions. J’ai maintenant entièrement confiance en elle car je sais précisément ce dont elle est capable. Il est évident que la formation des stagiaires doit exister afin de leur montrer le sérieux et la responsabilité dont nous avons besoin. Le stagiaire doit également demander, s’informer et essayer.

L’aspect humain est aussi fondamental pour nous : un bon traducteur qui ne partage pas nos valeurs ne pourra pas travailler correctement dans et pour notre agence. C’est pour cela que nous organisons des journées de formation et de réflexion pour nos employés sur le thème du travail de groupe.

 

L’agence a-t-elle des critères pour choisir ses stagiaires ?

Pour les universités avec lesquelles nous avons des conventions, nous donnons des caractéristiques : lorsque nous recevons une offre, nous avons accès au parcours, à la spécialisation et aux langues. En ce qui nous concerne, si aujourd’hui nous devons faire un choix entre un étudiant faisant anglais-espagnol et un autre faisant anglais-allemand, au vu de nos besoins, c’est celui qui fait allemand qui sera choisi. Le choix se limite d’abord à la langue car les autres caractéristiques se vérifient lorsque la personne vient en stage. Sur le curriculum vitae, les informations sont souvent trop génériques pour comprendre quel genre de personne se cache derrière.

 

Est-ce que l’utilisation des outils de TAO fait également partie de ces critères ?

C’est aujourd’hui fondamental pour nous. Autrement, cela devient difficile : durant la période de stage, le stagiaire utilise très souvent ces outils. S’il a déjà les bases, il réussit à travailler dans de meilleures conditions dès son arrivée.

 

Plutôt stagiaire en traduction ou en gestion de projet ?

Je dirais que pour le moment, ce n’est pas un élément de sélection. Lorsque nous échangeons avec les stagiaires, nous nous rendons compte d’une chose : c’est en étant au cœur du sujet qu’ils s’aperçoivent de comment fonctionne le monde du management et celui de la traduction, et se rendent forcément compte de leur préférence. La plupart du temps, les stagiaires n’ont aucune idée de ce que signifie être gestionnaire de projet dans une agence de traduction. Certains découvrent que ce n’est pas fait pour eux car ils n’arrivent pas gérer le stress et l’urgence ; ils préfèrent traduire dans une certaine tranquillité, le stress est moins important que celui d’un gestionnaire de projet. En revanche, d’autres découvrent un travail très différent et varié : ils mettent de côté la traduction pure pour gérer des projets en faisant des contrôles, des mises en pages et en prenant contact avec les traducteurs. C’est quelque chose qui se découvre grâce au stage.

 

Quelles sont les avantages et les inconvénients d’avoir des stagiaires en agence ?

Les avantages seraient la collaboration, le travail de groupe, et le fait de former nos potentiels futurs collaborateurs, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est comme dans le football : les futurs grands joueurs sont choisis dans les équipes composées de jeunes talents. C’est un peu la même chose avec nous : il s’agit de créer cette base dans laquelle nous viendrons choisir nos collaborateurs.

Un inconvénient serait le temps que je perds dans la gestion administrative. Avant de recevoir les stagiaires, il faut échanger, rassembler les documents et respecter certains délais. Durant le stage, je dirais que c’est le temps dédié à expliquer et à former. Ce n’est cependant pas vraiment un inconvénient puisque c’est du temps dédié utilement, de façon à se projeter dans l’avenir. Il s’agit d’un investissement. Cela fait partie de la construction de notre grand réseau de collaborateurs et c’est un choix que nous avons fait. Nous n’avons jamais considéré le stagiaire, comme le font de nombreuses agences et entreprises, comme un travailleur à bas coût. Ces agences n’ont pas l’objectif de les former en vue d’une future collaboration.

 

S’il y a une opportunité, est-il possible de décrocher un poste interne ?

S’il y a un poste de libre et que la personne correspond à nos exigences, alors oui nous pouvons y penser. Actuellement, trois anciennes stagiaires sont employées chez nous. Il est cependant plus facile de devenir un collaborateur freelance externe : c’est le cas de beaucoup de nos anciens stagiaires avec qui nous collaborons toujours.

 

Conseilleriez-vous aux autres agences de traduction d’avoir recours à des stagiaires ?

Oui, absolument. Je pense que ceux qui ont suivi une formation en traduction et un approfondissement linguistique ont besoin de comprendre davantage comment le travail fonctionne au sein d’une agence de traduction, surtout par rapport à une entreprise quelconque. C’est un moyen pour l’agence de s’assurer de bons collaborateurs pour la suite. Nous sommes très fiers d’accueillir des stagiaires, en espérant qu’ils soient également satisfaits de l’expérience vécue, tant au niveau professionnel qu’humain. Diffuser notre façon de penser et de travailler est l’un de nos objectifs pour continuer à avancer dans ce secteur.

 

Merci à Maura Bottazzi pour sa participation.

 

 

Le stage en agence, crucial pour l’étudiant en traduction

Par Brahim Ghoul, étudiant M2 TSM

Que vous soyez intéressé par des études de traduction ou que vous les ayez déjà débutées, il est d’une importance capitale pour vous de bien définir quels sont vos objectifs et priorités pour les stages obligatoires entrant dans votre formation (en agence ou auprès d’un traducteur indépendant).

Dans cet article, je me focaliserai sur les agences de traduction. Toutefois, je ne donnerai évidemment aucun nom d’étudiant, d’entreprise ou d’agence, car là n’est pas le but. Il s’agira plutôt de donner des pistes et des conseils de prudence que j’ai pu appliquer l’année dernière. Si les stages en entreprise en France sont très règlementés, il faut le plus souvent redoubler de vigilance en cas de stage à l’étranger.

Je me souviens de la discussion que j’ai pu avoir, il y a quelques mois, avec une étudiante de deuxième année du Master de Traduction Spécialisée Multilingue, à l’époque où j’étais étudiant de première année. Celle-ci m’avait raconté les mésaventures qu’elle avait vécues lors de sa période de stage. Elle avait effectué un stage qui s’était très mal passé, dans une agence de traduction anglaise. L’agence en question s’est révélée être une « usine à stagiaires », puisqu’on y comptait dix stagiaires pour seulement deux salariés. En outre, la convention de stage qui avait été signée était inexacte en ce qui concerne les tâches à effectuer : l’étudiante passait davantage de temps à répondre aux appels des clients qu’à traduire des documents spécialisés, alors que la traduction constituait la tâche principale inscrite sur la convention de stage ! On imagine donc que cette expérience n’a été bénéfique ni pour la stagiaire, qui n’a pas réellement amélioré les compétences visées par le Master, ni pour l’entreprise, qui a vu sa réputation en pâtir.

Quels sont les conseils que je pourrais donner aux futurs stagiaires en agence ? En me basant humblement sur mon vécu en ce qui concerne les stages de première année, trois points me paraissent importants :

  • La nature de votre stage : quelles compétences souhaitez-vous approfondir ? Ayez bien conscience que les tâches de traduction, de gestion de projet ou de localisation, bien que toutes liées au Master TSM, sont bel et bien différentes.
  • L’entreprise d’accueil : quelle est sa réputation, notamment sur les réseaux sociaux et professionnels ? Avez-vous précisément discuté des tâches à réaliser avec le recruteur ? Avec quel équipement informatique allez-vous travailler, cela concernant aussi bien les logiciels que les ordinateurs ? Combien de stagiaires l’entreprise a-t-elle l’habitude de recruter ? Selon la loi française, « Les entreprises de moins de 20 salariés peuvent accueillir 3 stagiaires maximum en même temps ».
  • La rémunération : la loi française oblige les employeurs à verser à leur stagiaire une gratification en cas de stage supérieur à deux mois. En effet, selon la loi, « Le taux horaire de la gratification est égal à 3,60 € par heure de stage». Cependant, en ce qui concerne les stages à l’étranger, la meilleure option consiste à se renseigner en amont, parce que le plus souvent il n’existe pas de règle.

 

Il est crucial pour vous de bien déterminer, à l’avance, ces trois points. Évidemment, il vous sera impossible de vous prémunir d’éventuels cas de force majeure qui pourraient impacter de manière négative votre stage, mais l’idée ici est de minimiser les risques et de permettre à l’agence de traduction comme à vous-même de sortir enrichi de cette aventure professionnelle.

Dans la capture d’écran qui suit, vous trouvez toute une liste d’informations susceptibles d’être pertinentes dans la sélection de votre stage. Le dernier encadré en rouge, dans le corps du courriel, est selon moi le plus important : dans quel sens allez-vous traduire ? Quels logiciels êtes-vous susceptible d’utiliser ? Quelles compétences allez-vous acquérir ? Pensez à éclaircir, avec le recruteur, tous ces détails.

De plus, petit aparté, n’hésitez pas à classer vos courriels en fonction des expéditeurs si vous souhaitez gagner en clarté et en organisation, dans le cadre de vos recherches de stage (voir le côté gauche de la capture d’écran).

brahimghoul

 

Malgré toutes vos précautions, votre stage reste susceptible de ne pas être à la hauteur de vos espérances, voire pire, de ne pas du tout correspondre à ce qui est exigé d’un stage en traduction spécialisée ou en gestion de projets. Dans ce cas, n’hésitez pas à agir et à rechercher toutes les solutions possibles pour rectifier le tir. Parlez-en à votre responsable de stage en entreprise ainsi qu’à votre tuteur de stage à l’Université.

Enfin, pensez à certains cas de figure peu réjouissants : et si, par exemple, l’agence dans laquelle vous effectuez un stage déposait tout simplement le bilan ? Dans ce cas, vous devrez réaliser un autre stage si vous souhaitez valider votre année. Même s’il est toujours possible d’envoyer des candidatures spontanées, n’hésitez pas, si vous devez absolument accélérer le processus, à faire jouer vos réseaux. Je pense notamment à un solide profil LinkedIn que vous alimenterez au fur et à mesure de votre progression dans le monde professionnel.

Tous ces conseils vous permettront, je l’espère, de rassembler un maximum d’informations sur votre futur stage en agence, et de gagner du temps au cas où une situation délicate se présenterait.

J’ai testé pour vous : la TPBox

Par Marie Surreau, étudiante M2 TSM

logo_tpbox

La TPBox est un système de gestion de projet conçu pour les agences de traduction. Il s’agit d’une plateforme en ligne, il n’y a donc rien à installer sur son ordinateur. L’interface est disponible en plusieurs langues : anglais, français, allemand, espagnol et néerlandais. J’ai eu l’occasion de tester cet outil lors de mon stage au sein d’une agence de traduction. Si au début l’interface m’a paru complexe, il m’a fallu très peu de temps pour savoir l’utiliser. La force de cet outil est de rassembler au même endroit tout ce dont une agence de traduction a besoin. On y trouve notamment les fiches clients et les fiches fournisseurs. Les projets peuvent être gérés de A à Z sur la TPBox : réception de la demande de traduction, création du devis, recherche de fournisseurs, bons de commande, échanges par mail avec les clients et les fournisseurs, partage des fichiers sources et des ressources, retour des fichiers cibles, livraison, facturation, etc. Quel que soit son rôle au sein de l’agence, chacun y trouve les outils adaptés. La page d’accueil de l’agence permet à tous les membres de suivre l’avancée des différents projets et d’accéder rapidement à sa boîte mail.

tpbox

Page d’accueil de l’interface agence

J’ai finalement trouvé cet outil assez ergonomique. Tout est accessible en un clic, ce qui permet de gagner en productivité. Le tableau de bord est personnalisable, chacun peut donc l’organiser selon ses besoins. Les projets peuvent, par exemple, être triés par chef de projet, par client, ou encore par date de livraison.

La TPBox facilite la communication entre les membres de l’équipe, mais aussi avec les clients et avec les fournisseurs. En effet, l’outil s’adresse également aux traducteurs et aux clients. Ils peuvent accéder à la TPBox depuis leur espace personnel. Quand on leur parle de la TPBox, ils se montrent rarement réticents. D’après moi, il est cependant nécessaire de bien leur expliquer son fonctionnement et de leur envoyer un petit mode d’emploi.

Les clients peuvent faire leur demande de devis directement depuis leur espace personnel. Ils envoient leurs fichiers à traduire et remplissent un formulaire (voir la capture* ci-dessous) dans lequel ils doivent spécifier la langue source, les langues cibles et les services souhaités. Une fois le devis accepté, les clients ont la possibilité de suivre la progression de leurs projets.

demandedevis

Les fournisseurs, quant à eux, ont l’accès à leur fiche fournisseur afin de modifier leurs données personnelles (langues, outils dont ils disposent, domaines de spécialisation, tarifs, etc.). Ils reçoivent ensuite les offres directement dans leur espace personnel (voir ci-dessous).

offre-traduction

Une fois l’offre acceptée, ils récupèrent les fichiers sources, ainsi que les ressources disponibles (guides de style, fichiers de référence, mémoire de traduction, etc.). Ils peuvent ensuite accéder à leur bon de commande et au forum d’entraide. La livraison se fait, elle aussi, depuis la TPBox. De plus, les fournisseurs ont accès au système de facturation pour créer leurs factures. Par le biais de leur espace personnel, les traducteurs ont aussi la possibilité d’informer l’agence des dates auxquelles ils ne sont pas disponibles.

J’ai récemment découvert que la TPBox propose un outil de TAO en ligne. Je trouve que c’est une très bonne idée, en particulier pour les traducteurs qui n’utilisent pas encore la TAO. Je n’ai pas eu la possibilité de le tester, donc à voir si l’outil est performant ou non.

Le système de gestion de projet propose de nombreuses fonctionnalités. Certaines d’entre elles peuvent paraître toutes simples, mais elles nous facilitent vraiment le travail ! Tout d’abord, les mails peuvent être attachés au projet correspondant, ce que j’ai trouvé très ingénieux. Plus besoin de chercher dans sa boîte mail ! C’est pratique, rapide et surtout c’est très utile quand un second chef de projet doit gérer le projet en l’absence du chef de projet habituel. Une autre fonctionnalité intéressante est le forum d’entraide. Il permet aux traducteurs travaillant sur un même projet d’échanger entre eux et d’échanger avec le chef de projet. Cela évite notamment au chef de projet de répondre dix fois à la même question !

Par contre, le choix limité des langues de l’interface peut poser problème. Les clients ne parlent pas forcément une des langues proposées. Ils ne sont donc pas tous à même d’utiliser la TPBox. Un éventail plus vaste serait donc appréciable.

Comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé travailler avec la TPBox durant mon stage. Selon moi, c’est un outil performant qui permet un gain de temps pour les chefs de projet.

 

 

*Toutes les captures d’écran proviennent du site internet de la TPBox. Merci à eux pour leur accord préalable.