Traduire le genre neutre en français

Par Loreen Lesaffre, étudiante M2 TSM

Lors de mon stage de M1, j’ai eu à réviser un texte où étaient utilisés les pronoms « they » en anglais et « ze » en néerlandais, tous deux neutres. La personne qui avait traduit le texte avait beaucoup hésité sur le pronom à utiliser en français, une langue basée sur la binarité du genre. Je me suis donc posé la question suivante : comment traduire le genre neutre en français ?

L’anglais, le français, et le genre

L’anglais, n’ayant pas de pronom singulier neutre, attribue ce rôle au pronom « they ». Il sert à désigner une personne dont on ne connaît pas le genre, ou dont il n’est pas utile de connaître le genre. Désormais, il est aussi utilisé pour désigner une personne non binaire.

Le « they » neutre étant de plus en plus présent dans le langage courant, par exemple sur les réseaux sociaux, des institutions comme Merriam-Webster ou l’Association américaine de psychologie (APA) l’ont adopté et conseillent son utilisation. Abandonné pendant les siècles derniers, on retrouve pourtant le « they » neutre dans la littérature dès le XIVe siècle.

Contrairement à l’anglais, qui est une langue avec laquelle il est facile de s’exprimer de manière neutre puisque le genre se limite aux pronoms personnels (he/she) et possessifs (his/her), le français, comme les autres langues romanes, est une langue basée sur la binarité du genre : chaque nom a un genre grammatical, que ce soit pour désigner un objet ou une personne. Il existe pourtant des noms neutres, que l’on appelle « épicènes ».

En ce qui concerne les pronoms, la langue française n’a pas encore intégré de pronom neutre. Comment peut-on donc désigner une personne non binaire ? Selon un sondage de La vie en queer, en 2017, les personnes non binaires utilisent, en plus des pronoms « il » et « elle », des néo-pronoms, majoritairement « iel », mais aussi « ael », « ol », « ille », « ul » ou encore « al ». Ces pronoms n’étant pas encore entrés dans la langue, il faut les utiliser avec beaucoup de précaution dans les traductions.

Solutions

Plusieurs solutions permettent de traduire le genre neutre vers le français. Bien que l’écriture inclusive ait une image très négative en France de par son aspect militant, certaines techniques peuvent être utilisées. En effet, l’écriture inclusive ne se limite pas qu’à l’utilisation du point médian, et peut passer inaperçue. Les solutions que je vais citer font partie de l’écriture épicène, c’est-à-dire qu’elles permettent d’inclure tout le monde, et qu’elles sont neutres (certaines techniques de l’écriture inclusive ne permettent d’inclure que les femmes).

Les épicènes

Les épicènes sont des noms, des adjectifs et des pronoms désignant une personne et qui ont la même forme au masculin et au féminin : ils sont donc neutres. De nombreux mots de ce type existent dans la langue française, bien qu’il soit parfois difficile de trouver un terme adéquat pour remplacer un mot genré. Le Dictionnaire des synonymes épicènes d’Isabelle Meurville recense ces mots en se basant sur leurs synonymes.

Exemples :

  • noms :

– spécialiste (expert.e.) ;

– adepte (amateur et amatrice, passionné.e, etc.) ;

– adelphe.

  • adjectifs :

– efficace ;

– enthousiaste ;

– athlétique.

  • pronoms :

– quiconque ;

– on.

  • anglicismes :

– designer ;

– coach.

Les collectifs

Les collectifs sont des mots ou groupes nominaux qui permettent de contourner les noms désignant les humains au féminin ou au masculin et d’utiliser leurs formes neutre et/ou globale.

Exemples :

            – le lectorat (plutôt que les « les lecteurs et lectrices ») ;

            – le personnel (plutôt que « les employé.e.s ») ;

            – le corps enseignant (plutôt que « les enseignant.e.s »).

Les collectifs sont à utiliser dans certains contextes où il est acceptable de ne pas désigner les personnes individuellement mais par le groupe auquel elles appartiennent. En effet, ils peuvent créer une distance entre le texte et le lectorat, ce qui est à prendre en compte dans le skopos d’un texte à traduire.

Les néologismes

Les néologismes sont, comme leur nom l’indique, des nouveaux mots dont l’utilisation est très récente. Au vu de leur nouveauté et du fait qu’ils n’aient pas encore été « officialisés », ils sont surtout utilisés dans le langage courant (sur les réseaux sociaux, à l’oral, etc.).

On compte parmi les néologismes les néo-pronoms, qui ont pour but de s’adresser à une personne de manière neutre, sans lui attribuer de genre binaire (c’est-à-dire exclusivement homme ou femme), et qui sont utilisés par certaines personnes non binaires. Bien que ces pronoms aient la même fonction que le « they » singulier en anglais, à savoir celle de pronom neutre, ils ne sont pas autant installés dans la langue française. Lors d’une traduction, il est donc préférable de les contourner. Si le texte concerne l’identité d’une personne, il peut être utile et même demandé d’utiliser un pronom neutre.

Exemples :

  • pronoms personnels et indéfinis :

– iel / ellui ;

– toustes ;

– celleux.

  • noms :

– acteurice ;

– copaine.

  • adjectifs :

– belleau ;

– créatifive.

Lors d’une traduction, il est important de demander l’avis du client sur l’utilisation des néologismes et des néo-pronoms. Si le client n’est pas francophone, c’est à nous de faire ce choix, en prenant en compte le public visé, le domaine dans lequel on traduit, etc.

Les tournures de phrase

Lorsqu’il est difficile d’utiliser les techniques précédentes, par absence d’autorisation d’un client ou parce qu’il n’existe pas de terme épicène adapté, il est possible de reformuler les phrases genrées. Il y a pour cela plusieurs manières de faire :

  • nominaliser : remplacer un adjectif genré par le nom correspondant permet d’effacer la marque du genre. Il faut parfois reformuler la phrase afin de créer une phrase cohérente autour du nom.

Exemples : Nous devons être patient.e.s > Nous devons faire preuve de patience

Ils sont patients > Leur patience est remarquable ;

  • passer de la voix passive à la voix active : il est préférable d’utiliser la voix active pour éviter toute marque du genre. Il faut cependant faire attention au sens de la phrase pour ne pas le modifier avec le changement de voix, car en français, la voix passive et la voix active ont un but différent.

Exemples : Vous êtes prié de… > Veuillez…

Ils sont supervisés par le responsable > La personne responsable les supervisera ;

  • utiliser l’ellipse ou la forme impersonnelle : celles-ci demandent une reformulation complète de la phrase. Comme pour les collectifs, elles mettent de la distance entre le lectorat et le texte.

Exemples : Vous êtes prié de… > Il est demandé de…

Tous les employés doivent être présents > La présence de l’ensemble du personnel est obligatoire

Il existe aussi des formulations épicènes, comme par exemple remplacer la formule de politesse « Cher/Chère [nom] » par « Bonjour [nom] » au début d’un e-mail. Celles-ci permettent de simplifier un texte tout en le rendant neutre.

Ces techniques demandent parfois plus de temps, car c’est un exercice de reformulation qui implique une réflexion. Il n’est donc pas toujours facile de les utiliser dans une traduction avec un court délai, surtout si le texte comporte beaucoup de phrases genrées. Certaines reformulations peuvent être mémorisées au fil du temps, mais il faudra toujours prendre en compte le contexte dans lequel elles se placent, car il peut amener à les modifier.

Conclusion

Le français étant une langue genrée, il peut être difficile de s’imaginer traduire le genre neutre. Pourtant, il existe bien des techniques pour contourner le genre, bien que celles-ci demandent plus de réflexion. Comme toutes les langues, le français évolue et c’est l’usage qui définira les règles de demain, qui seront peut-être plus inclusives, et qui accepteront peut-être un pronom neutre qui facilitera la traduction des langues non genrées.

Pour l’instant, il est important de prendre en compte l’avis de ses clients sur le langage neutre, l’utilisation des néologismes, des néo-pronoms, et des formulations épicènes.

Pour plus d’informations à ce sujet, je vous conseille de lire cet article de blog.

Bibliographie

Oxford English Dictionary, « A brief history of singular ‘they’ » 4 septembre 2018 . Lien (consulté le 06/11/2021) : https://public.oed.com/blog/a-brief-history-of-singular-they/

La vie en queer, Le langage dans la communauté non-binaire 2017, 26 juillet 2018. Lien (consulté le 06/11/2021) :  https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/07/26/le-langage-dans-la-communaute-non-binaire-2017/

Radio-télévision belge de la Communauté française, « Iel/ielle/ille » : pourquoi et comment utiliser ces pronoms « neutres » ?, 13 mai 2021. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_iel-ielles-illes-pourquoi-et-comment-utiliser-ces-pronoms-neutres?id=10761226

Merriam-Webster, Merriam-Webster’s Words of the Year 2019. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.merriam-webster.com/words-at-play/word-of-the-year-2019-they/quid-pro-quo

Hugues Peters, « Gender-inclusivity and gender-neutrality in foreign language teaching: The case of French », Australian Journal of Applied Linguistics, vol. 3, no 3,‎ 23 décembre 2020, p. 183–195 (ISSN 2209-0959). Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.castledown.com/journals/ajal/article/?reference=332

American Psychological Association, Singular “they”, Septembre 2019. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://apastyle.apa.org/style-grammar-guidelines/grammar/singular-they

LESAFFRE, Loreen, 2021. Rapport de stage Master 1 TSM, Université de Lille

Traduire les noms propres… Oui ? Non ? Peut-être ?

Par Marion Coupama, étudiante M1 TSM

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? Les noms propres ne se traduisent pas ! »

En êtes-vous certains ? Parce que je trouve que Christophe Colomb et Léonard de Vinci sont des noms aux sonorités très françaises… N’est-ce pas un peu étrange pour des personnalités d’origines italiennes ? Eh oui, vous l’aurez compris, certains noms propres ont bien fait office de traduction ! Christophe Colomb se nommait en réalité « Cristoforo Colombo », tout comme Léonard de Vinci portait le nom de« Leonardo da Vinci ». Cette tendance visant à traduire les noms propres remonte donc à très longtemps dans l’histoire, mais est-elle toujours d’actualité ? Dans quel cas peut-on songer à traduire des noms propres ? Les questions peuvent continuer à se multiplier sur le sujet tant il est vaste. Cet article visera à vous donner de nombreux exemples ainsi que des éléments de réflexion.

Avant de commencer, passons bien évidemment par la case habituelle, une petite définition.

 Qu’est-ce qu’un nom propre ?

Selon le grammairien Maurice Grévisse dans son ouvrage Le Bon Usage, un nom propre correspond à « celui qui ne peut s’appliquer qu’à un seul être ou objet, ou à une catégorie d’êtres ou d’objets pris en particulier ; il individualise l’être, l’objet ou la catégorie qu’il désigne ». Nous avons bien souvent tendance à l’oublier, mais le champ des noms propres est beaucoup plus vaste qu’il n’y paraît. Rappelons ainsi que les noms propres peuvent être classés selon six grands types :

  1. Les anthroponymes (noms de personnes, gentilés, organisations, etc.)
  2. Les toponymes (noms de lieux, édifices, etc.)
  3. Les ergonymes (noms d’objets et produits fabriqués, marques, titres d’œuvres)
  4. Les praxonymes (noms d’événements ou de fêtes)
  5. Les phénonymes (phénomènes environnementaux, comètes, astres, etc.)
  6. Les zoonymes (noms d’animaux)

Dans le cadre de cet article, je vais principalement m’intéresser aux deux premières catégories, à commencer par les anthroponymes : dans quel cas sont-ils traduits ?

Comme vous pouvez vous en douter, suite aux exemples mentionnés lors de mon  introduction, les noms propres peuvent se traduire lorsqu’il s’agit de personnages historiques. Voici donc quelques exemples intéressants dans diverses langues :

  • Le célèbre empereur romain « Caius Julius Caesar » devient « Jules César » en français et « Júlio César » en portugais ;
  • L’humaniste hollandais « Desiderius Erasmus » devient « Érasme » en français et « Erasmo » en espagnol ;
  • Le Pape polonais « Jan Paweł II » devient « Jean Paul II » en français et « John Paul II »en anglais.

Cette tendance à traduire les noms de personnages historiques ne se fait donc pas uniquement en français, de nombreuses autres langues adoptent cette pratique depuis plusieurs siècles. Mais alors, qu’en est-il d’aujourd’hui ?

Avons-nous cessé de traduire les noms et prénoms ?

Détrompez-vous, car mon prochain exemple ne date pas de très longtemps et je suis sûre que vous aurez la référence. Si je vous parle d’Harry Potter, peut-être que vous verrez où je veux en venir, car dans mon cas, je me rappelle très bien de la première fois où j’ai appris que Poudlard n’était pas le « vrai » nom de cette école de magie célèbre. En effet, dans la saga littéraire Harry Potter de JK Rowling, l’école de sorcellerie porte en réalité le nom de « Hogwarts » en anglais. Mais alors, pourquoi avoir effectué ce changement ? Pour répondre à cette question, je vous invite à regarder cette interview de Jean-François Ménard, le traducteur français de la saga.

Comme l’explique le journaliste dans cette vidéo, traduire un nom propre demande une interprétation de ce nom ainsi qu’une « re-création ». En ce qui concerne la traduction de « Hogwarts » en « Poudlard », le traducteur littéraire nous affirme que le changement devait s’opérer car le mot en langue source « signifie quelque chose ». En effet, « hog » en anglais signifie « cochon » que le traducteur transforme en « lard ». « Wart » signifie « verrue » qu’il décide de traduire par « poux ». Le tout nous a donné le très célèbre « Poudlard ». Jean-François Ménard ajoute par ailleurs que ce choix de traduction fut un triomphe, car non seulement ce nom signifiait quelque chose, mais de plus, il gardait « une sonorité un peu anglaise », ce qui a son importance. En effet, selon Michel Ballard, auteur de La traduction des noms propres, il est important de conserver les noms propres dans leur version originale afin de pouvoir préserver leur origine culturelle. Ainsi, en choisissant de traduire « Hogwarts » par un nom aux sonorités anglaises, Jean-François Ménard respectait ce principe.

Une histoire de choix ?

Bien sûr, n’oublions pas qu’en traduction, il s’agit toujours d’une histoire de choix ! En effet, le traducteur d’Harry Potter a choisi de traduire certains noms et pas d’autres, même si ces noms avaient un sens. Par exemple, le célèbre nom du professeur « Dumbledore » signifie « bumblebee », autrement dit, « bourdon » en français. Mais alors, pourquoi ne pas avoir choisi de traduire son nom par le professeur « Bourdon » ? Jean-François Ménard nous répond qu’il trouvait cela tout simplement ridicule ! Autre exemple du même genre, j’ai eu le plaisir de lire la préquelle d’une autre saga, celle d’Hunger Games, de Suzanne Collins, intitulée La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur. Dans ce roman nous suivons l’aventure d’un certain « Coriolanus Snow » et sa phrase fétiche est la suivante :

« La neige se pose toujours au sommet. »

Pour comprendre tout l’intérêt de cette phrase, il faut faire le lien entre le nom de famille du personnage et sa traduction. En effet, son nom de famille « Snow » se traduit en français par « neige », d’où cette fameuse phrase signifiant la montée de la famille Snow (neige) au pouvoir (sommet). Ainsi, sans une traduction du nom de famille, impossible de comprendre le jeu de langue. Mais alors pourquoi ne pas avoir traduit le nom de famille de Coriolanus Snow pour nous offrir un sublime « Coriolanus Neige » ? Seul Guillaume Fournier, traducteur de la saga, détient la réponse… Mais, j’imagine qu’encore une fois, il s’agit d’une histoire de choix.

Je traduis si je veux ?

La confusion règne grandement concernant la traduction des noms propres mais une seule chose est sûre, il n’existe pas de règle précise. Certains sont traduits et pas d’autres. Certains doivent être traduits et pas d’autres. Certains peuvent être traduits et pas d’autres. Dans le cas des personnages historiques, certaines pratiques sont automatiques. Par exemple, le nom du Pape est toujours traduit dans la langue cible, peu importe la langue. De la même façon, les noms des membres de la famille royale britannique sont toujours traduits en espagnol. On parle alors de la « Reina Isabel II » pour la reine Elizabeth II et du « príncipe Carlos » pour le prince Charles. Cette pratique peut paraître très étrange pour nous en France, vous imaginez si le prince William se transformait subitement en « prince Guillaume » ?

De même, j’imagine que pour les Britanniques, il est tout aussi étrange que nous nommions leur capitale par un très français « LonDRES » plutôt que par un simple « London » en version originale. Pourtant, de nombreux noms de villes étrangères possèdent des équivalents : Grenade en Espagne équivaut à « Granada », « Lisboa » se fait appeler Lisbonne, « München » devient Munich, sans oublier le très surprenant « Wales » qui devient le pays de Galles. Bref la liste est très longue. Néanmoins, cela n’explique toujours pas pourquoi Madrid est resté Madrid, ou pourquoi Budapest n’est pas devenu « Boudapest » ? Les mystères de la langue sont parfois bien difficiles à comprendre et je ne vous ai même pas encore parlé des enjeux de la translittération. Vous savez, cette méthode qui vous permet de comprendre que 北京 signifie « Pékin » en utilisant une transcription phonétique ? Elle présente elle aussi son lot de soucis. Les transcriptions ne respectent pas toujours la phonétique de la langue cible et les graphies varient d’une langue à l’autre. En effet, même si deux langues possèdent le même alphabet, les sons ne s’écrivent pas de la même façon. C’est donc pour cette raison que pour la capitale « Москва », vous verrez « Moscou » en français, mais « Moscow » en anglais !

Conclusion

S’il y a bien une chose à retenir c’est que les noms propres se traduisent bel et bien contrairement à ce que l’on pourrait penser si l’on ne creuse pas un peu. En revanche, il faut bien évidemment nuancer. Oui, les noms propres se traduisent, mais uniquement dans certains cas et selon le choix du traducteur. Sans oublier bien évidemment les automatismes de la langue et l’importance de l’usage. Pour comprendre plus profondément tout ce qu’implique la traduction des noms propres il faudrait faire un tour dans les profondeurs de l’histoire et de la linguistique. Cela pourrait notamment vous aider à comprendre comment nous sommes passés de «Londinium » en latin à « Londres » que l’on connaît aujourd’hui. Et puis d’ailleurs, il vient d’où ce -s à la fin ?

Bibliographie :

AGAFONOV, Claire, GRASS, Thierry, MAUREL, Denis, ROSSI-GENSANE, Nathalie et SAVARY, Agata, 2006. La traduction multilingue des noms propres dans PROLEX. Meta : journal des traducteurs / Meta: Translators’ Journal. 2006. Vol. 51, n° 4, pp. 622‑636. DOI 10.7202/014330ar.

ANDRE RACICOT, 2013. Traduire les noms de personnalités? André Racicot : Au cœur du français [en ligne]. 8 août 2013. [Consulté le 13 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://andreracicot.ca/traduire-les-noms-de-personnalites/

BALLARD MICHEL, 2001. Le nom propre en traduction: anglais-français / Michel Ballard. Gap : Ophrys. ISBN 978-2-7080-0990-5.

BIHAN, Guy le, 2006. Le nom propre : identification, appropriation, valorisation. Cahiers de sociolinguistique. 2006. Vol. n° 11, n° 1, pp. 9‑26.

DAILLE, Béatrice, FOUROUR, Nordine et MORIN, Emmanuel, 2000. Catégorisation des noms propres : une étude en corpus. . 2000. pp. 15.

GULLI, 2013. Harry Potter : à propos des traductions des noms propres [en ligne]. 10 octobre 2013. [Consulté le 14 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=qLp8FzHEMpw

JEANSON, Pierre, 2019. Traduire les prénoms. [en ligne]. 10 novembre 2019. [Consulté le 13 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.linkedin.com/pulse/traduire-les-pr%C3%A9noms-pierre-jeanson/

LECUIT, Emeline, MAUREL, Denis et VITAS, Duško, 2011. La traduction des noms propres : une étude en corpus. Corpus. 1 novembre 2011. N° 10, pp. 201‑218. DOI 10.4000/corpus.2086.

Bien traduire pour son public cible : entre règles et usage

Par Audrey Duchesne, étudiante M2 TSM

public cible

 

Dès le début des études en traduction, les enseignants habituent les étudiants à traduire pour un public cible précis. En effet, plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors de la traduction. Dans ce billet de blog, j’ai donc choisi de traiter les facteurs qu’il faut toujours garder à l’esprit lors du processus de traduction.

La culture

D’abord, il est nécessaire de prendre en compte la culture du pays auquel est destiné le texte cible. En effet, on ne traduit pas de la même façon pour un public cible qui connaît la culture du texte source ou qui emploie des mots de cette langue source, et pour un public cible qui ignore totalement quelle est la culture de ce pays. En France, par exemple, si l’on traduit un texte source qui fait référence à la culture britannique et que le public cible ne comprend pas un mot d’anglais ou ne connaît pas cette culture, il est nécessaire d’expliquer ou d’adapter les points que le public cible pourrait ne pas comprendre. Si, au contraire, le public cible comprend l’anglais ou connaît la culture britannique, nul besoin de traduire car cela serait perçu comme une mauvaise connaissance de ce public cible et de l’usage qu’il fait de cette langue. Le traducteur joue un rôle de lien entre le lecteur source et le lecteur cible : l’information présente dans le texte source doit être comprise par le lecteur du texte cible.

L’Histoire

Le traducteur doit s’adapter à l’Histoire du pays. Par exemple, le mot « nazi » utilisé dans un texte source en anglais américain n’aura pas le même impact en France ou en Allemagne. Il est beaucoup moins choquant aux États-Unis étant donné que les répercussions que ce mot implique n’ont pas été les mêmes aux États-Unis et en Europe. Les mots ne sont pas connotés de la même façon dans toutes les régions du monde. C’est pour cela qu’il est très important d’avoir une bonne connaissance de l’Histoire du pays auquel est destiné le texte cible. Dans ce cas précis, il convient d’utiliser un autre mot en Europe pour ne pas choquer le public cible. De plus, certains événements qui ont eu lieu dans un pays peuvent être complètement inconnus dans un autre pays parce qu’ils n’ont pas eu de répercussions mondiales, par exemple. Dans ce cas, le traducteur doit traduire de façon à ce que le public cible comprenne quel a été cet événement précis et encore une fois, s’adapter à son public cible afin que l’information présente dans le texte source soit comprise par le lecteur du texte cible.

Un mot peut en cacher un autre…

Certaines traductions prêtent également à sourire ou révoltent de par les mots employés. Certains mots dans une langue peuvent signifier autre chose dans une autre langue. Le traducteur doit donc être conscient de cette différence de sens s’il veut laisser le mot source tel quel. Il ne doit pas choquer son auditoire car cela peut avoir des répercussions internationales. Prenons l’exemple d’une voiture de General Motors. Celle-ci portait le nom de « No Va ». Or, en espagnol, cela signifie « ne fonctionne pas ». L’effet marketing est donc totalement raté puisque la publicité était destinée à vanter les performances de la voiture et non à faire sourire.

Traduire vers sa langue maternelle pour en connaître l’usage

Il est plus pertinent de traduire vers sa langue maternelle. En effet, il est possible de très bien connaître une langue, ses règles et sa grammaire sans pour autant savoir traduire. Des manuels ou des dictionnaires ne suffisent pas pour traduire vers une langue, il faut également connaître l’usage de celle-ci. Pour ce faire, il faut connaître les subtilités ou les images employées par cette langue. Il est possible de connaître une langue sans pour autant en connaître l’usage. Le traducteur doit s’adapter à l’usage de la langue vers laquelle il traduit. Les langues évoluent sans cesse et le traducteur doit en être conscient pour traduire de la meilleure façon.

L’âge du public cible

On ne traduit pas de la même façon lorsqu’on s’adresse à des enfants ou à des adultes. Il est d’usage, en France du moins, de tutoyer les enfants lorsqu’on s’adresse à eux alors qu’on vouvoie les adultes. En effet, il n’est pas convenable et concevable de tutoyer les adultes qu’on ne connaît pas. Ces derniers pourraient trouver cela irrespectueux. De même, vouvoyer un enfant paraîtrait étrange pour le public cible. De plus, le tutoiement marque la proximité, ce qui attire l’attention de l’enfant et donc exprime une certaine connivence avec le public cible. Le traducteur doit déterminer une stratégie de traduction en fonction de son public. Il doit s’adapter de la meilleure façon au lecteur visé : il ne doit pas utiliser un style plus compliqué que le style source par exemple. Il doit respecter les normes de la langue cible lors de la traduction.

Le niveau de connaissance du domaine par le public cible

Le traducteur ne traduira pas de la même façon si le public cible est un public spécialisé dans le domaine du texte source ou s’il s’agit d’un public qui n’a aucune connaissance dans ce domaine. Pour l’un, il ne faut surtout pas expliciter les termes, les rendre plus généraux alors que pour l’autre, il faut rendre les termes du texte source plus généraux afin qu’ils soient compréhensibles pour le public cible. Si le traducteur traduit de façon trop générale pour un public cible qui connaît le domaine, ce dernier ressentirait cette traduction comme un affront et mettrait en péril la crédibilité du texte cible. Si au contraire, le traducteur traduit de manière trop spécialisée pour un public cible qui ne connaît pas le domaine de spécialité, ce public pourrait ne pas comprendre le texte cible et le traducteur aurait donc manqué à sa tâche de transmission de l’information présente dans le texte source.

Conclusion

Comme nous l’avons vu dans ce billet, il ne suffit pas de parler deux langues pour bien traduire. Le traducteur doit suivre l’évolution de sa langue et s’adapter à son public cible pour être certain de faire passer l’information du texte source au texte cible. S’il perd de vue son objectif de traduire pour un public cible précis, alors sa traduction ne sera pas complète. Évidemment, la liste des facteurs à prendre en compte que j’ai effectuée n’est pas exhaustive. Cependant, ce sont, pour moi, les principaux facteurs à prendre en compte lorsqu’on traduit.

 

 

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