Retour d’expérience de mon stage : 7 bonnes pratiques à adopter en tant que traducteur indépendant

par Anna MAN, étudiante en M2 TSM.

Durant mon stage de M1 auprès de Mme Nathalie Moulard, traductrice indépendante et professeure de TAO à l’Université de Lille à Roubaix, j’ai appris beaucoup de choses et dans ce billet de blog, je vais vous partager 7 bonnes pratiques à adopter.

Ici, je ne vais pas parler de comment s’installer en tant que traducteur indépendant (mon camarade Antoine Deruy s’en charge très bien dans ce billet de blog), mais plutôt vous donner des petits tips que j’ai reçus et appliqués durant mon stage afin de mener à bien une traduction ou un projet de traduction. Car en effet, être traducteur indépendant n’est pas de tout repos, alors je vais essayer de vous partager tout cela à travers mon propre témoignage et ma propre expérience.

1. Créez votre propre check-list

Nous le savons tous, rester toute la journée devant son ordinateur, la tête plongée dans une même traduction ainsi que dans des recherches documentaires interminables crée une bulle dans laquelle nous ne voyons même plus les coquilles ou les erreurs de nos propres traductions. Mais pas de panique ! Une check-list peut vous aider à éclaircir tout cela.

Alors que mettre dans une check-list ? À mon sens, bien qu’il existe des check-lists toutes préparées, elles restent assez personnelles. Vous pouvez y mettre les consignes de base du client (par ex, ne pas utiliser d’anglicismes), les instructions provenant d’un guide de style (apostrophes courbes, guillemets chevrons, etc.), s’il n’y a pas de guide de style, les règles de typographie française de base (pas de majuscule après les deux-points, majuscules accentuées, etc.), les termes spécifiques récurrents afin de respecter le glossaire du client, etc.

Voici un exemple de check-list de base :

Source : Nancy Matis, Cours de gestion de projets, 2021

Pour ma part, j’ajouterai également les accords en genre et en nombre. Depuis toute petite, je nage entre la culture chinoise et la culture française. En français, les noms communs s’accordent en genre (féminin ou masculin) et en nombre (singulier ou pluriel), or ce n’est pas le cas en chinois, les noms communs en chinois n’ont pas de genre et sont quantifiés. De plus, quand j’étais petite et que j’apprenais les déterminants à l’école, je ne comprenais pas pourquoi on disait « une maison », « un couteau » ou même « une fourchette ». Pourquoi « la maison » serait-elle un nom féminin et « le couteau » serait-il un nom masculin ? En grandissant, cette « confusion » s’est accentuée, par exemple « chaussette » et « sec », si je dis « les chaussettes sont sèches », je dois effectuer tout le processus dans ma tête, c’est-à-dire que « chaussettes » est un nom féminin pluriel et par conséquent, que « sec » doit s’accorder au féminin pluriel, ce qui devient « sèches ». Tout ça pour dire que dans mes traductions, dès qu’il y a une histoire d’accord en genre et en nombre, je sais que je dois être vigilante sur ce point en particulier. Par ailleurs, les outils de TAO tels qu’Antidote ou même Cordial (correcteur d’orthographe et de grammaire) sont d’une grande aide dans la détection de coquilles et d’erreurs grammaticales qu’on aurait pu laisser passer dans notre traduction. 

2. Soyez assidu lors de la relecture

Au début de mon stage, j’avais tendance à bâcler la phase de relecture finale. Étant donné que mes yeux s’étaient habitués à ma propre traduction, lors de la relecture finale, je survolais mon texte en pensant livrer une qualité acceptable.

Petite astuce pour la relecture : relisez-vous à haute voix. En vous écoutant, en entendant vos phrases, vous saurez si une phrase sonne « bien » ou non, si elle sonne français ou non. La phase de relecture est importante, car elle permet de vérifier tous les points évoqués dans la check-list, n’hésitez pas à faire un QA check dans Xbench (si nécessaire) pour veiller à la cohérence de la traduction ou même à revoir les instructions du client, de faire une dernière vérification que ce soit orthographique, syntaxique, stylistique, typographique, etc. La qualité doit être au rendez-vous !

3. Posez des questions au client

Au début du stage, je n’osais pas poser de questions, par peur de ne pas paraître assez professionnelle, par peur de poser des questions idiotes ou par ego aussi, je voulais trouver la réponse par moi-même avec des recherches documentaires très chronophages et voilà, je voulais me débrouiller toute seule.

Il est très important de communiquer avec le client (ou le chef de projet) afin qu’il puisse savoir où vous en êtes dans le projet, il doit être en mesure d’anticiper toute éventualité de ne pas pouvoir mener le projet à bien, de peut-être même échafauder un plan B pour le bon déroulement du projet à terme.

En matière de questions à poser au client, n’envoyiez jamais votre fiche-questions un jour avant la livraison par exemple, essayez d’anticiper afin que le client puisse y répondre sans être pressé par le temps, de plus, la traduction doit être terminée pour le jour de livraison, nous ne pouvons donc pas laisser des questionnements dans la traduction ou même laisser le client se débrouiller avec une traduction qui n’est pas aboutie.

Quel genre de questions poser au client ? D’abord, rédigez toujours vos questions en anglais sur un ton poli. Ensuite, vous êtes traducteur professionnel donc vous êtes censé savoir traduire. Demander au client si « ma traduction est bonne », ce n’est pas l’idéal. En revanche, vous pouvez tout à fait proposer une traduction en justifiant votre choix de traduction (source, recherche documentaire, recherche terminologique, etc.) et en discuter avec le client. À moins que le client utilise une terminologie bien spécifique, le traducteur peut être confronté à faire des choix de traductions. Le traducteur tranche, si le client est d’accord, alors tout va bien, s’il ne l’est pas, alors le traducteur apporte ses explications au client ou alors, le client donne sa préférence.

Voici un exemple type de fiche-questions :

4. Ne pas se fier aux 99%

Bien que le client puisse fournir une mémoire de traduction (TM), il ne peut pas garantir la qualité de celle-ci. En tant que traducteur, nous nous devons de veiller à la qualité de la traduction que nous proposons au client, d’abord pour notre crédibilité en tant que professionnel de langues sortant d’un Master TSM, ensuite pour gagner la confiance du client.

Nous aurons plus à gagner en rapportant que la qualité de la TM était médiocre et en mettant à jour cette même TM qu’en suivant une TM de mauvaise qualité et donc en fournissant une traduction de mauvaise qualité. Par ailleurs, le cerveau est très facile à berner, il voit dans Trados Studio un 99%, il va automatiquement faire confiance à la TM et perdre en vigilance, le traducteur doit se forcer à bien relire le segment avant de le confirmer.

5. Relancer le client

Si le client ne répond pas dans les 2-3 jours qui suivent, il faut impérativement le relancer. Il se peut que votre email ait atterri dans ses courriers indésirables ou dans ses spams. Pendant mon stage avec Mme Moulard, il m’est arrivé de livrer un projet de traduction pour la fin de la semaine, de ne pas recevoir accuser de réception et qu’elle me dise lundi qu’elle a retrouvé ma livraison dans ses spams. Par conséquent, il est important de s’assurer que le client a bien reçu notre livraison, notre fiche-questions ou autre par un accusé de réception via retour de mail.

6. Toujours confirmer le projet proposé par mail

Cela peut paraître anodin, mais lorsque vous recevez un nouveau projet d’un client ou d’un chef de projets et que vous décidez de le prendre en charge, il est primordial de confirmer par retour de mail la prise en charge du projet en question afin que le client ou le chef de projet puisse le noter dans sa fiche de suivi ou son planning et qu’il n’ait pas besoin de chercher une autre ressource. Après acceptation de la prise en charge du projet, veillez à la bonne réception du projet dans sa globalité, à savoir la documentation à traduire, les fichiers sources, les documents de référence (TM, glossaire, guide de style, instructions du client, etc.), le bon de commande, et tout autre élément que peut contenir un projet de traduction.

7. Ne jamais faire confiance à une machine

Eh oui, l’erreur de débutant, ou même de feignant (il faut se le dire). Au cours de mon stage, j’ai appris à développer un œil critique sur mes propres traductions, sur la traduction automatique ainsi que sur les TM fournies par les clients.

Cette année, en cours de traduction automatique, nous avons appris que la machine produisait des phrases « grammaticalement correctes », elles commencent par une majuscule, avec sujet, verbe, complément et se termine par un point.

Par conséquent, quand je traduisais ou post-éditais, je faisais énormément confiance à la machine, pour ne pas dire aveuglément. Mon cerveau se faisait duper par le « grammaticalement correct ». Or un traducteur doit faire mieux que cela. Pour reprendre nos cours de M1 en traductologie, bien que l’équivalence absolue n’existe pas, la traduction ne doit surtout pas sentir la traduction, elle doit paraître fluide, naturelle et à l’instar du ninja, le traducteur doit demeurer invisible. Donc ayant toujours un œil critique sur la qualité du texte produit par la machine. Le traducteur doit rester vigilant lorsqu’il utilise la traduction automatique afin de produire une qualité de traduction la plus optimale.

Pour conclure, je tiens à préciser que ce billet de blog n’engage que moi et mon avis à travers ma propre expérience. Ce stage a été enrichissant en plus d’être formateur, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que le domaine technique, médical, marketing, économique, etc. J’ai également beaucoup appris sur moi, sur la manière de m’organiser, de travailler seule et de gérer la solitude également, etc. Je remercie grandement Madame Moulard de m’avoir formé, accompagné, conseillé pendant 2 mois et demi. Cette expérience aura été riche en apprentissages et en émotions.

Traducteur indépendant : 5 conseils pour vaincre la solitude

Par Marine Auguste, étudiante M2 TSM

Alors que de plus en plus de travailleurs osent s’installer en tant qu’auto-entrepreneurs, l’auto-entrepreneuriat semble s’imposer comme la situation la plus courante pour les professionnels de la traduction. Bien que cette situation présente de nombreux avantages, beaucoup d’indépendants se plaignent du caractère solitaire et de l’isolement découlant de leur situation professionnelle. Alors que ces caractéristiques peuvent paraître indissociables de notre métier et que de nombreux étudiants en traduction, jeunes indépendants ou même travailleurs aguerris s’en inquiètent, nombre de solutions bien trop peu connues existent. Je me suis donc intéressée à quelques-unes d’entre elles lorsque je réfléchissais à mon installation future et j’ai décidé de les partager dans ce billet afin d’aider tout indépendant ou futur indépendant en quête de conseils.

Réseauter

Réseauter vous permet de prendre conscience que d’autres personnes se trouvent dans la même situation que vous, mais surtout d’échanger, tant professionnellement que personnellement.

Il s’agit sans doute de la solution la plus « simple » parmi toutes celles auxquelles je me suis intéressée, et pourtant ce n’est pas forcément la première à laquelle on penserait. Même si en tant qu’indépendant vous ne travaillez pas toujours avec les mêmes personnes, bien souvent vous retrouvez des têtes familières, des paires traducteurs/réviseurs se forment, etc. Si vous parlez régulièrement à vos collègues habituels, au fur et à mesure de votre collaboration, vous apprendrez un peu plus à vous connaître, et il ne s’agira plus uniquement d’une adresse mail sans visage, mais vous prendrez pleinement conscience de la personne qui se trouve derrière son écran d’ordinateur. Que les discussions soient purement professionnelles, ou bien qu’une amitié se forme, communiquer avec ses co-traducteurs est extrêmement important pour ne pas avoir l’impression de travailler seul, ce qui est bien souvent faux.

Bien évidemment, communiquer avec les professionnels travaillant régulièrement avec vous ne constitue pas l’unique forme de réseautage : les réseaux sociaux sont également là pour vous. Qu’il s’agisse de Linkedin, Viadeo, Facebook, Twitter ou autre, restez à l’affût des publications et des profils des professionnels de la traduction. Enfin, vous pouvez également profiter des conférences et événements auxquels vous participez afin d’étendre votre réseau. De nouvelles communications, voire de nouvelles collaborations, pourraient ainsi voir le jour.

AVANTAGES

• Entraide et motivation
• Communications diverses possibles
• Nouvelles collaborations potentielles

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’aller vers les autres professionnels

Travailler en espace de coworking

Travailler dans un espace de coworking vous permet de sortir de chez vous et de rencontrer de nouvelles personnes appartenant à différents domaines professionnels.

Qui dit indépendant, dit bien souvent travailler depuis chez soi, ce qui ne convient pas à tous les professionnels. Afin de pallier le caractère solitaire du travail à la maison, vous pourriez envisager de rejoindre un espace de coworking. Il existe d’ailleurs autant d’espaces de coworking différents que de professionnels. S’il s’agit d’une option qui vous tente, vous trouverez sans aucun doute chaussure à votre pied parmi la myriade d’espaces proposés que ce soit en France ou à l’étranger.

Travailler en espace de coworking vous permettra de rencontrer de nouveaux professionnels dans différents domaines. Outre l’ambiance et la compagnie apportée par vos coworkers, cela peut donner naissance à des collaborations fort intéressantes. Imaginez que vous deviez traduire un texte spécialisé dans le domaine de l’informatique. Ne serait-ce pas opportun d’avoir un informaticien travaillant sur le bureau juste à côté du vôtre prêt à vous aider ?

AVANTAGES

• Motivation et entraide
• Réseautage et communauté
• Communication orale et relationnel

INCONVÉNIENTS

• Parfois bruyant
• Gêne/Dérangement
• Manque d’intimité
• Payant

Rejoindre la SFT

Rejoindre la SFT vous permet d’avoir accès à une panoplie d’événements et de formations, de faire partie d’un regroupement de professionnels de la traduction et de faire vivre notre secteur.

La SFT (Société Française des Traducteurs) est un syndicat professionnel qui regroupe de nombreux spécialistes de la traduction francophones travaillant en tant qu’indépendants. En plus de proposer une protection juridique et un annuaire répertoriant tous les membres, la SFT organise également des formations et divers événements à distance ou en présentiel par délégation. La SFT participe régulièrement aux différentes journées mondiales de la traduction organisées par les universités de France, afin de pouvoir échanger directement avec les étudiants.

Récemment, la SFT a également lancé un nouveau programme appelé « Boussole ». Il s’agit d’un programme de mentorat entre de jeunes professionnels de la traduction souhaitant se faire aiguiller par des spécialistes aguerris. Les binômes sont formés en fonction des besoins des mentorés, mais aussi de la localisation des deux professionnels. Entre entraide et nouvelles informations, les utilités du programme sont multiples et dépendent des besoins et envies de chaque binôme : comment prospecter, calculer ses tarifs ou être présent en ligne, quelles sont les bonnes pratiques, les actualités du marché, etc.

AVANTAGES

• Évènements et formations en présentiel ou distanciel
• Rencontres dans toute la France
• Partage et entraide
• Réseautage

INCONVÉNIENTS

• Cotisation annuelle

Participer au Discord des traducteurs

Participer au Discord des traducteurs vous permet de prendre part à une communauté virtuelle vivante, à des discussions en tout genre, tant professionnelles que personnelles, et de partager directement avec les professionnels du secteur.

Le Discord des traducteurs est un serveur privé créé en 2020 par Dorine Parmentier, traductrice indépendante française. Celui-ci compte aujourd’hui plus de 350 indépendants travaillant dans les métiers de la traduction qui se regroupent sur différents canaux. Les salons, oraux ou écrits, sont divers et variés, afin que chacun puisse s’y retrouver : des salons dédiés aux membres de la SFT (mentionnée ci-dessus), des salons pour discuter de tout et de rien, des espaces de coworking virtuels et de nombreux salons thématiques en rapport direct avec l’activité de traduction (localisation, sous-titrage, outils de TAO, traduction bénévole, etc.) ou non (comptabilité, prospection, épargne retraite, etc.). Différents événements sont également organisés, virtuels ou non, afin que les membres puissent se rencontrer, apprendre à se connaître, créer de nouvelles collaborations ou simplement réseauter.

Pour finir, j’aimerais citer la créatrice du serveur Discord : « Le serveur m’apporte de la bonne humeur, des visages sur mon écran de gauche qui permettent de diminuer le ressenti de solitude propre au métier, et surtout des réponses. »

AVANTAGES

• Échanges écrits et vocaux
• Entraide et motivation
• Réseautage
• Rencontres physiques
• Organisations d’événements

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’oser parler au milieu de tant de membres
• Fermé aux gestionnaires de projet
• Distraction potentielle

Créer un collectif

Créer un collectif vous permet de prendre part à un groupe d’intérêt professionnel et à une collaboration d’un nouveau genre, avec d’autres professionnels de la traduction, et notamment des personnes avec lesquelles vous entretenez des affinités personnelles.

Depuis quelques années, de nombreux collectifs voient le jour au sein du secteur de la traduction. Il s’agit d’un regroupement d’indépendants, qui travaillent séparément, facturent le plus souvent séparément, mais peuvent collaborer sur certains projets et notamment s’entraider. Parmi les collectifs de traducteurs et interprètes, nous pouvons citer La Linguistiquerie, ou encore Dream Team Translations. Chaque professionnel garde son indépendance tout en appartenant à un groupe, à un réseau direct.

Dans les collectifs, il est possible de proposer des services joints, comme un package traduction/révision, ou bien des traductions à plusieurs mains lors d’importants projets. Cela permet également de disposer d’un réseau très proche de professionnels spécialisés dans différents domaines et différentes langues, afin de pouvoir proposer les services les plus adéquats aux clients. Mais avant tout, le collectif permet de pouvoir discuter, tant professionnellement que personnellement, et de s’entraider. C’est autant une collaboration, qu’une confiance importante qui se forme parmi les membres d’un collectif.

AVANTAGES

• Échanges et communication
• Entraide et motivation
• Collaboration
• Services de traductions joints et harmonisation

INCONVÉNIENTS

• Obligations envers le collectif qui peuvent être contraignantes

La solitude et l’isolement sont bien loin d’être indissociables du statut d’indépendant, il suffit d’avoir les bonnes clés en main. J’espère que ces quelques conseils vous seront utiles. Il ne s’agit que d’une liste exhaustive des maintes solutions permettant de mieux vivre la situation d’indépendant, si vous souhaitez apporter d’autres conseils, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires.

Un grand merci aux traducteurs et traductrices qui ont accepté de répondre à mes questions : Dorine Parmentier, Baptiste Labey, Clément Brulé et Antoine Deruy. Un grand merci également aux membres de La Linguistiquerie, de Dream Team Translations et de la délégation Nord de la SFT qui ont participé à la journée mondiale de la traduction 2021 de Lille et ont inspiré la rédaction de ce billet de blog.

Bibliographie

Anonyme. « Coworking pour traducteurs indépendants : pour et contre. ». BeTranslated, 29 septembre 2020, https://www.betranslated.fr/bt/coworking-independants-pour-contre/.

Bonningue, Sarah. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs ». MasterTSM@Lille, 14 juin 2020, https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

Judéaux, Alice. « Traducteur, êtes-vous fait pour travailler dans un espace de coworking ? » Tradonline, 10 avril 2018, https://www.tradonline.fr/blog/traducteur-etes-vous-fait-pour-travailler-dans-un-espace-de-coworking/.

Lederlin, Fanny. « Télétravail : un travail à distance du monde ». Etudes, vol. Novembre, nᵒ 11, octobre 2020, p. 35‑45.

Tocaben, Chloé. « Les espaces de coworking ». Tradixit, 30 novembre 2020, https://www.tradixit.com/post/les-espaces-de-co-working.

Quel est le nombre de clients idéal pour un traducteur indépendant ?

Par Nicolas Cardinael, traducteur professionnel et intervenant au sein de la formation TSM

Le 24 septembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la traduction, se tenait sur le campus de Pont de Bois une table ronde organisée par la Société Française des Traducteurs (SFT). À l’issue de l’une des présentations, une étudiante présente dans l’assistance posait une question très intéressante : à partir de quel moment un traducteur indépendant peut-il arrêter son travail de prospection ? La réponse donnée par l’intervenante, qui fut aussitôt approuvée par les autres membres de la SFT présents à ses côtés, fut simple : jamais.

À défaut d’avoir réfléchi à cette question au préalable, je ne pouvais, sur le moment, qu’être d’accord avec cette vision du travail de prospection. La recherche perpétuelle de nouveaux clients semble en effet être synonyme d’évolution, de progression et de diversification des expériences, qui doivent logiquement mener à un plus grand épanouissement professionnel. Cependant, si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, cette logique n’a-t-elle pas une limite ? N’y a-t-il pas un nombre de clients au-delà duquel il devient difficile de travailler efficacement ? Un nombre de clients trop élevé ne peut-il pas comporter des inconvénients néfastes pour le traducteur indépendant ?

Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questions, je propose de nous intéresser au cas d’un traducteur indépendant qui travaillerait uniquement pour des agences, et non pour des clients directs, depuis un certain nombre d’années et dont le nombre de clients aurait fluctué tout au long de sa carrière. Puisque toute ressemblance avec un traducteur existant, qui serait également en charge de plusieurs cours de traduction DE-FR au sein du Master TSM, n’est absolument pas fortuite, j’utiliserai la première personne du singulier dans la suite de ce billet, où je tenterai d’identifier les avantages et les inconvénients liés aux différents nombres de clients pour lesquels j’ai été amené à travailler pendant différentes phases de mon activité.

Avant de s’intéresser au nombre de clients en lui-même, il me semble important de préciser pourquoi je travaille uniquement en tant que sous-traitant pour des agences et non pour des clients directs.

Tout d’abord, il est bien plus aisé pour un traducteur indépendant de prospecter auprès d’agences de traduction puisque ce type de démarchage s’apparente grandement à une recherche d’emploi classique. Un CV soigné et adapté, ainsi qu’une lettre de motivation personnalisée suffisent normalement à établir un premier contact avec la personne en charge de recruter des traducteurs externes au sein d’une agence. S’ensuit généralement un test de traduction qui, s’il est concluant, permet de démarrer rapidement une collaboration avec l’agence en question.

La prospection auprès de clients directs, en revanche, nécessite souvent une démarche commerciale bien plus aboutie, impliquant par exemple la création de supports de présentation, d’un site Internet, de profils sur les réseaux sociaux, etc. qui devront être attractifs et permettre de se démarquer de la concurrence, qui est d’ailleurs presque exclusivement constituée d’agences de traduction de plus ou moins grande taille, et qui disposent d’un service commercial spécialiste de la prospection. Une rude concurrence.

Par ailleurs, il est beaucoup plus facile de cerner les besoins précis (couples de langue, domaines de spécialisation, etc.) d’une agence avant de postuler en consultant son site Web, ses réseaux sociaux ou encore sa page LinkedIn, ce qui permet d’ajuster sa candidature et d’obtenir un taux de retour bien meilleur.

Enfin, la plupart du temps, les entreprises basées en France ont besoin de faire traduire des documents vers des langues étrangères, ce qui n’entre pas dans mon champ de compétences, puisque je travaille uniquement vers le français.

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que la structure du marché de la traduction est telle que nous la connaissons aujourd’hui, très largement basée sur le recours à des traducteurs indépendants.

Entrons désormais dans le vif du sujet et examinons une situation que j’ai expérimentée pendant quelques années et dont j’ai grandement apprécié les avantages : travailler pour un client unique.

Il convient de préciser que le client unique en question était la filiale française de l’un des géants mondiaux de la traduction. Le risque de retard ou de défaut de paiement des factures semblait très limité, tout comme le risque de chômage technique causé par une baisse d’activité soudaine ou une rupture brutale de la collaboration. Les risques économiques liés à cette relation de travail exclusive étaient donc assez limités.

Dans le cadre d’un accord informel trouvé avec la vendor manager de cette agence, j’avais donc accepté de réserver la totalité de mes disponibilités à l’équipe interne pour laquelle je travaillais (beaucoup) depuis quelques mois en échange d’un flux de travail continu et d’une optimisation de mon planning. Il s’agissait d’établir une relation de travail mutuellement bénéfique puisque le client pouvait compter de façon certaine sur mes disponibilités (les périodes d’absence étant signalées le plus longtemps possible en avance), et de mon côté, je tirais plusieurs avantages très intéressants de cet accord, qui se traduisaient par un grand confort de travail. 

Le fait de me voir proposer de façon régulière des projets dont le client savait qu’ils étaient compatibles avec mon emploi du temps, sans alterner les périodes de pic et de creux, a été un facteur très important dans la diminution du stress inhérent au statut d’indépendant, tant en termes de répartition du temps de travail (plus de travail le soir et le week-end pour compenser des périodes de creux) que de stabilité des revenus. Par ailleurs, les tâches administratives annexes à la traduction (facturation, suivi des projets, etc.) étaient beaucoup moins chronophages.

Ce type de collaboration offre également une meilleure visibilité sur le planning à l’année, ce qui permet de planifier plus sereinement les périodes de congés.

Enfin cette collaboration privilégiée favorise également une meilleure connaissance des interlocuteurs, et donc des relations professionnelles plus conviviales.

Pour résumer, je bénéficiais de quelques-uns des avantages du statut de salarié, tout en conservant une certaine liberté, principalement due à la possibilité de poser mes congés comme bon me semblait et de dégager du temps pour d’autres activités (l’enseignement par exemple) sans avoir à me justifier.

Bien sûr ce type de collaboration comporte également des inconvénients.

Nous pouvons notamment citer une plus faible diversité des projets et une spécialisation décidée par le client plutôt que par moi-même. En effet, en laissant à mon client la main sur mon planning, je n’avais qu’à confirmer ma disponibilité pour les projets proposés. Le développement de la spécialisation qui se fait naturellement au fil des projets pris en charge échappait donc en partie à mon contrôle. Bien sûr il était toujours possible de refuser un projet qui ne me convenait pas. Cependant, mes interlocuteurs me connaissant assez bien, ils me proposaient des projets qui correspondaient à mon profil et que je ne refusais donc presque jamais, même si j’aurais peut-être donné la priorité à d’autres projets si j’avais eu à trancher entre plusieurs propositions simultanées.

Par ailleurs, même si l’on considère que le client unique a les reins solides, cette collaboration exclusive génère forcément une dépendance économique totale à l’égard du client, ce qui constitue un risque en cas de rupture de la collaboration. Partir à la reconquête d’anciens clients pour lesquels je m’étais assez soudainement mis à refuser toutes les propositions de projets allait forcément prendre du temps, voire ne pas aboutir. Tout comme le démarchage de nouveaux clients.

Au moment de faire le bilan de ce type de collaboration, je dois admettre que les avantages l’emportent assez largement sur les inconvénients. La régularité du flux de travail et des horaires, ainsi que la stabilité des revenus sont des atouts particulièrement appréciables.

Cependant, après quelques années, la régularité du flux de travail s’est petit à petit dégradée et je sentais beaucoup moins chez mon interlocutrice le souci d’optimiser mon emploi du temps. Je n’ai jamais demandé d’explications à ce sujet, mais je peux supposer différentes raisons à cette évolution : une remise en cause en interne de ce type de relation avec les fournisseurs, le renouvellement assez fréquent du personnel et donc de mes interlocuteurs chez ce client menant à un « oubli » de l’accord informel passé quelques années auparavant, une baisse générale d’activité entraînant un recours prioritaire aux traducteurs internes, une diminution de la satisfaction donnée par mon travail ou encore le recrutement de traducteurs externes ayant négocié un tarif inférieur au mien. Toujours est-il que les projets qui m’étaient proposés n’étaient plus calibrés en fonction de ce que j’avais déjà au planning, et il me fallait de plus en plus souvent me manifester pour indiquer ma disponibilité. Il fallait donc me rendre à l’évidence : je devais revenir à une situation plus courante pour les traducteurs indépendants en augmentant mon nombre de clients.

Si mon désormais ex-client unique reste un client privilégié, qui occupe environ 75 % de mon temps, je peux également compter sur 3 clients plus occasionnels. Dans cette situation, j’apprécie la plus grande diversité des projets que je prends en charge. Par ailleurs, il reste assez facile de communiquer à ces clients mes indisponibilités et je parviens également à nouer des relations plutôt conviviales avec mes interlocuteurs.

Du côté des inconvénients, j’ai dû renoncer à l’optimisation de mon planning et à la régularité parfaite du flux de travail. Cependant, j’ai pu indiquer à mes clients occasionnels les volumes que je peux généralement prendre en charge et ils me proposent en priorité de petits projets que je peux intercaler entre ceux de mon principal client. Reste tout de même la tentation d’accepter des projets dont je sais qu’ils vont m’occasionner une surcharge de travail, mais qui me permettent d’entretenir ma relation avec chaque client. 

En résumé, avec cette nouvelle situation, j’ai gagné en diversité et en réduction de ma dépendance économique ce que j’ai perdu en confort de travail.

Reste à évoquer une situation que je n’ai jamais vraiment connue personnellement mais qui pourrait découler d’une prospection menée de façon continue : avoir de nombreux clients différents sans ordre de priorité. 

Il me semble que cette situation serait de nature à offrir une grande liberté dans l’acceptation ou non des projets proposés. Un grand nombre de clients doit logiquement déboucher sur un flux assez important de propositions, dans lesquelles le traducteur peut « piocher » selon le temps dont il dispose, son intérêt pour les domaines de spécialité, ou tout autre critère qu’il peut lui-même définir. Il en résulte donc certainement un meilleur contrôle sur la spécialisation qui se développe au fil des projets pris en charge. J’imagine également que le souci de répondre positivement de façon régulière à chaque client afin de soigner chaque relation commerciale passe au second plan, et qu’une rotation s’installe naturellement au fil du temps. Enfin la répartition de la dépendance économique entre les différents clients semble dans cette situation grandement limiter les risques en termes de diminution brutale des revenus.

En revanche, il semble plus difficile dans ce contexte de nouer des relations privilégiées avec les interlocuteurs internes des clients, ce qui vient renforcer le principal défaut du statut de traducteur indépendant : le sentiment de solitude. Cette situation rend également très difficile l’optimisation du planning et la régularité des horaires de travail, il semble donc impossible de ne pas alterner les périodes de pic et de creux, ce qui est source de stress et de fatigue. Enfin, la multiplication des clients va de paire avec une augmentation du temps consacré aux tâches administratives telles que la gestion des demandes, le suivi des projets, la facturation, etc.

Pour conclure ce billet, je dirais que mon expérience personnelle m’a montré que chaque situation comporte des avantages et des inconvénients. Si j’ai grandement apprécié le fait d’avoir un client unique, cela ne peut pas réellement être considéré comme une situation idéale et constitue tout de même un risque. Par contre, le fait de pouvoir compter sur un client privilégié, qui offre une certaine régularité dans le flux de travail et les horaires, ainsi que sur quelques autres clients occasionnels en complément représente certainement la situation qui offre le meilleur compromis entre diversité des projets, contrôle de la spécialisation et confort de travail.

Réussir son installation en tant que traducteur indépendant

Par Antoine Deruy, étudiant M2 TSM

Après l’obtention de leur diplôme, il faut en moyenne trois à quatre mois aux jeunes traducteurs rejoignant le marché pour terminer leur installation en tant qu’indépendant. Ces chiffres varient énormément, certains s’installant en moins d’un mois, et d’autres obtenant leur premier client après plusieurs mois de préparation.

Ce billet de blog est destiné principalement aux étudiants en traduction, mais également aux personnes en reconversion professionnelle souhaitant créer leur entreprise de traduction. Du haut de ma 5e année d’études post-baccalauréat, et trépignant d’impatience à l’idée de démarrer enfin mon activité professionnelle, c’est tout naturellement que j’ai mené quelques recherches afin de savoir comment réussir du mieux que possible son installation en tant qu’indépendant, pour pouvoir travailler le plus rapidement possible après l’obtention de mon diplôme.

Je vous propose donc aujourd’hui de vous faire part de mes découvertes.

Se renseigner sur la création d’entreprise

En premier lieu, il est important de prendre le temps de vous renseigner sur les différents types de statuts disponibles pour les traducteurs. Choisissez celui qui vous conviendra le plus. Par la suite, n’hésitez pas à vous intéresser à toutes les procédures à remplir pour pouvoir obtenir ledit statut. En général, la plupart des traducteurs indépendants optent pour une microentreprise.

Il s’agit d’une entreprise individuelle bénéficiant d’une régime micro-social simplifié. Pour ne citer que certaines de ses caractéristiques, elle permet de réaliser jusqu’à un maximum de 72 600 € de chiffre d’affaires hors taxes par an. Dans le cas de l’activité de traduction, les bénéfices issus de la prestation de services seront d’ailleurs considérés comme des bénéfices non commerciaux (BNC), et devront donner lieu à des charges sociales à hauteur de 22% du chiffre d’affaires.

L’avantage de ces charges sociales est qu’elles ne s’appliquent qu’en cas de chiffre d’affaires non nul. Pour faire simple, si vous ne faites pas de recettes, vous n’aurez pas à payer de charges sociales.

Il reste ensuite à choisir si vous souhaitez opter pour une imposition « classique », calculé par tranches, ou si vous préférez opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu à hauteur de 2,2% du chiffre d’affaires. Ce versement libératoire est plus intéressant à mesure que le chiffre d’affaires augmente, alors qu’il est plus intéressant d’opter pour le régime d’imposition par tranches dans le cas d’un faible chiffre d’affaires.

Cela dit, bien qu’il soit important de s’intéresser à la création de son entreprise dès maintenant, il vaut mieux éviter de la créer sans utilité directe : en effet, il existe un dispositif appelé aide à la création et à la reprise d’entreprise (ACRE) permettant d’être exonéré de ses cotisations sociales pendant les 12 premiers mois suivant la création de son entreprise, en fonction de ses revenus. Autant dire qu’il vaut mieux attendre d’avoir son premier client, ou au moins de se lancer sur le marché pour créer son entreprise, pour en bénéficier de manière optimale.

Il existe encore de nombreuses subtilités, avantages et inconvénients propres à la microentreprise que je ne listerai pas ici, ce n’est pas le but de cet article. De très bons billets existent déjà à ce sujet (comme celui de tradupreneurs). Je vous invite donc vivement à vous renseigner plus en détails sur ce sujet.

Mettre au point une stratégie

Il est important de commencer dès maintenant à mettre au point une stratégie. De nombreux traducteurs commencent par se lancer en tant qu’indépendant, et se posent toutes les questions ensuite.

Définir au préalable quelle approche marketing utiliser pour se faire connaître et ainsi obtenir des clients directs et/ou entrer dans les bases de données des agences de traduction est essentiel. Ainsi, il est primordial de se demander pour quel genre de clients nous souhaitons travailler, et de commencer à répertorier des noms d’entreprises à contacter dès le lancement de l’activité indépendante. De la même manière, il peut être judicieux de préparer une liste des agences avec qui l’on souhaite travailler, afin de pouvoir les démarcher directement après l’installation. Pour ce faire, on peut déjà préparer des CV dans nos principales langues de travail, pour parer à toute éventualité. Cette préparation en amont permet de maximiser sa rentabilité et de minimiser le temps de période creuse suivant généralement le lancement d’une activité indépendant.

Faire le point sur soi-même

Je vous propose ensuite une petite activité d’introspection. Afin d’aborder sereinement le lancement de votre activité, vous devez avoir une très bonne connaissance de vos points forts et de vos faiblesses. Cet exercice vous permettra non seulement de mieux vous connaître, mais également de définir ce que vous souhaitez faire avec votre entreprise. Avez-vous des compétences particulières en PAO (publication assistée par ordinateur) ? Dans ce cas, vous pouvez envisager de proposer à vos clients des services de mise en page. Avez-vous une formation particulière en sous-titrage ou en transcription ? N’hésitez pas à vous en servir. Un bon traducteur doit briller par son adaptabilité et sa polyvalence. N’ayez pas peur de faire feu de tout bois. Établissez une liste de vos connaissances et compétences et analysez celles dont vous pouvez vous servir pour votre activité professionnelle.

Réfléchir à une éventuelle spécialisation

Commencez également au plus vite à réfléchir à une ou plusieurs spécialisations éventuelles, et commencez pourquoi pas à vous former en amont ! C’est bien connu, on recommande à tous les traducteurs de se spécialiser, pour éviter de rester trop généraliste et ainsi n’avoir aucun profil de client cible à privilégier. En vous spécialisant, vous pourrez viser un marché plus précis, et vous démarquer des autres traducteurs en étant l’un des meilleurs sur un domaine de niche. Une fois de plus, n’hésitez pas à faire feu de tout bois ! On ne choisit pas une spécialisation par hasard. Si vous avez des connaissances spécifiques sur un domaine particulier, n’hésitez pas à en tirer parti ! De même, n’hésitez pas à vous spécialiser dans un domaine qui vous intéresse : Vous avez toujours aimé l’informatique, et connaissez les composants de votre ordinateur sur le bout des doigts ? Devenez traducteur spécialisé en informatique ! Il n’y a aucun mal à joindre l’utile à l’agréable, alors autant traduire des textes qui nous intéressent ! Enfin, vous pouvez également tirer parti des connaissances de votre entourage pour votre choix de spécialisation : si vos deux parents sont avocats, vous pourrez plus facilement vous spécialiser dans la traduction juridique.

Même s’il n’est pas essentiel de choisir une spécialisation lors de la création de son entreprise, en avoir déjà au moins une petite idée est un plus, puisque cela vous permettra de voir clairement où vous souhaitez vous diriger.

L’importance d’avoir un site web pour son activité de traduction professionnelle

À des fins de prospection, créer son site web pour son activité de traduction pendant sa dernière année d’études est selon moi une très bonne idée. Cela permet non seulement d’économiser un temps précieux au moment de l’installation, ou plus tard pendant sa carrière, mais également de gagner en visibilité. A la manière du vin, il faut longtemps aux sites internet pour gagner en maturité et donc en « réputation ». Un site web tout juste lancé ne sera pas bien référencé, il faut l’entretenir petit à petit et jouer de SEO (Search Engine Optimization, un processus visant à améliorer le référencement d’un site via des étapes techniques) pour avoir une chance d’apparaître en haut du classement des moteurs de recherche. Autrement dit, au plus tôt un site web est lancé, au plus tôt on peut en espérer en tirer parti. C’est pourquoi je vous recommande d’en créer un le plus rapidement possible.

De nos jours, créer un site web est vraiment bien plus simple qu’avant ! Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut maitriser sur le bout des doigts plusieurs langages complexes de programmation pour être en mesure de créer son site web. Si ce mythe était réalité il y a une dizaine d’années, il n’est plus du tout d’actualité aujourd’hui. Avec l’essor des CMS (Content Management System, ou système de gestion de contenu en français), plus besoin d’être un expert en informatique ! Ces plateformes telles que WordPress, dont je suis prêt à parier que vous avez déjà entendu parler avant aujourd’hui simplifient énormément la création d’un site web. Pour faire simple, elles vous permettent grâce à un affichage WYSIWYG (what you see is what you get) de « coder » votre site web à partir de thèmes et d’éléments assez visuels. Autrement dit, vous pouvez directement modifier votre site web visuellement, sans passer par des lignes de code barbantes.

Aujourd’hui, 42% des sites internet (comme ce blog par exemple) fonctionnent grâce à WordPress, et ce n’est pas pour rien !

De plus, ce CMS étant particulièrement populaire auprès de ses utilisateurs du fait de sa facilité à prendre en main, de nombreux tutos et autres cours sont disponibles sur le web, permettant à tous de se former intégralement.

Enfin, il faut savoir qu’un site web doit être hébergé sur un serveur pour pouvoir être maintenu en ligne. De nombreux hébergeurs sont prêts à héberger votre site en échange d’une contrepartie financière (sous la forme d’un abonnement mensuel). Cependant, si vous souhaitez commencer à vous former et à construire votre propre site web, je vous recommande le logiciel Local. Cet outil vous permet d’héberger vos propres sites en local (sur votre ordinateur), afin de pouvoir tester certaines fonctionnalités, de vous faire à l’architecture WordPress et de construire votre site à votre propre rythme. Une fois votre site prêt à être lancé, vous n’avez qu’à effectuer une copie de votre site grâce à un plugin, et à déposer cette copie chez l’hébergeur de votre choix.

Disposer d’un site web en tant que traducteur indépendant offre plusieurs avantages :

  • Il peut permettre d’obtenir de nouveaux clients
  • Au-delà du point de vue commercial, un site web vitrine peut faire office de carte de visite ou de CV en ligne. Cela peut vous permettre de gagner beaucoup de points et de paraître plus professionnel auprès d’agences par exemple.
  • Une fois créé et selon la stratégie choisie, un site web demande un investissement plus ou moins passif.

Justement, venons-en à cette notion de stratégie. Vous pouvez en effet créer votre site web à différentes fins, qui vous demanderont un investissement plus ou moins conséquent. Si vous souhaitez créer un site vitrine uniquement, et que le référencement ne vous intéresse pas, alors vous n’aurez plus grand-chose à faire une fois le site lancé. Cependant, si vous voulez vous faire repérer via votre site, obtenir un bon référencement est essentiel. Pour ce faire, vous aurez besoin d’opter pour une stratégie SEO : vous pouvez par exemple publier du nouveau contenu régulièrement, ou mettre à jour votre site en permanence afin qu’il soit le plus optimisé possible (Google adore les sites qui chargent rapidement). Cependant, le monde du référencement est un monde sans pitié, et se faire sa place est maintenant devenu très compliqué, même en étant le meilleur référenceur du monde ! Vous voilà maintenant prévenus. Si vous souhaitez tout de même vous lancer dans cette guerre sans pitié, sachez que de nombreuses ressources pour se former gratuitement sont trouvables sur internet.

Enquête menée auprès de traducteurs indépendants

Afin de pouvoir mesurer plus précisément l’impact que pouvait avoir un site web pour les indépendants, j’ai décidé en août 2021 de mener une petite enquête. J’ai donc posé certaines questions à un échantillon d’indépendants (que je remercie encore une fois de s’être prêtés au jeu) sur LinkedIn. J’ai pu recueillir un total de 35 témoignages, que je vous partage aujourd’hui.

Depuis combien de temps travaillez-vous en tant qu’indépendant ? (35 réponses)

J’ai commencé par sonder les répondants, pour connaître leur expérience et leur ancienneté en tant que traducteurs indépendants. J’ai eu la chance d’avoir un échantillon plutôt homogène, même si l’on remarque qu’environ 50% des répondants sont des « jeunes » traducteurs (travaillant depuis moins de 5 ans).

Avez-vous un site web pour votre activité de traduction ? (35 réponses)

Le constat ici est frappant. Malgré la mixité des répondants, plus de 70% d’entre eux possèdent un site web dédié à leur activité de traduction.

J’ai ensuite décidé de questionner ceux qui avaient fait le choix de ne pas avoir de sites web.

Si non, pour quelle(s) raison(s) ? (10 réponses)

Ces données prouvent une fois de plus que certaines personnes sont encore convaincues que créer un site web est plus compliqué que de gravir le mont Everest. Même si certains des répondants n’ont tout simplement pas de temps à consacrer à un site web, beaucoup d’autres évoquent un manque de connaissance les freinant dans ce processus. Ces données montrent bien que même si des CMS comme WordPress ou d’autres sont venus révolutionner le marché, ils ne sont peut-être pas encore assez connus du grand public. Mais revenons maintenant aux indépendants ayant fait le choix d’avoir un site web, et intéressons-nous au moment qu’ils ont choisi pour le mettre en place.

Si oui, au bout de combien de temps l’avez-vous créé après votre installation en tant qu’indépendant ? (25 réponses)

Une fois de plus, le constat est plutôt frappant : 64% des répondants ont créé leur site web soit avant même leur installation (par anticipation), soit dans les 6 premiers mois de leur activité. On voit donc qu’il s’agit d’une priorité absolue pour la plupart des indépendants.

Si oui, l’alimentez-vous régulièrement (mises à jour du contenu, blog, SEO) ? (25 réponses)

J’ai ici choisi de les questionner quant à la stratégie qu’ils avaient adoptée pour leur site web. C’était à prévoir, la plupart des indépendants se servent de leur site web uniquement comme une vitrine, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas spécialement d’intérêt à mettre en place des stratégies SEO supplémentaires, ou de temps à investir. Il semblerait donc qu’un site vitrine soit l’option préférée des indépendants.

Si vous avez un site web, considérez-vous qu’il vous permette d’obtenir de nouveaux clients ? (26 réponses)

Voici enfin la question que vous attendez-tous ! Cet « investissement » peut-il être rentable ? Je vous laisse regarder les chiffres par vous-même :

On peut constater qu’une assez grosse partie des traducteurs ne considère pas que leur site web leur permette d’obtenir de nouveaux clients. Ces chiffres, bien que décevants, peuvent en partie être expliqués par la question précédente. En effet, il est assez simple de déduire que les traducteurs ne trouvant pas que leur site leur rapporte des clients sont les mêmes que ceux qui ne font pas grand-chose pour rendre leur site « compétitif ». Ainsi, les 30% des traducteurs parvenant à obtenir des clients grâce à leur site sont certainement ceux qui y consacrent le plus de temps, à travers une stratégie plus compétitive. Intéressons-nous désormais à la proportion de « clients » que les traducteurs estiment obtenir grâce à leur site web

Si oui, quel pourcentage de votre clientèle ? (10 réponses)

Une fois n’est pas coutume, les réponses sont loin d’être unanimes. Cependant, on peut rapidement constater que 60% des traducteurs considérant que leur site web leur rapporte des clients pensent que ceux-ci ne représentent pas plus de 25% de leur clientèle, ce qui est plutôt peu.

Nous l’avons bien compris, il ne faut pas se créer un site web en espérant obtenir en un claquement de doigts une clientèle régulière et complète. Même si l’on peut espérer en tirer certains clients, il est un peu dangereux de tout miser dessus, surtout sans stratégie SEO solide. Il faut plutôt voir son site web comme un plus, un outil qui une fois mis en ligne peut nous rapporter quelques clients « bonus » de manière irrégulière. Afin de ne pas tomber de haut, il peut être intéressant de créer son site web avec pour objectif d’en faire une carte de visite professionnelle, plutôt que d’en espérer quoi que ce soit (en tous cas à court terme).

Tirer le plein parti de ses enseignements et des stages

Enfin, en tant que futur professionnel de la traduction, je pense qu’il vous faut tirer le plein parti de vos enseignements et de vos stages, quels qu’ils soient : même si une expérience ou un stage peut s’avérer rébarbative, il y aura toujours quelque chose à apprendre, même si ce n’est pas ce qu’on aurait préféré découvrir. Il faut profiter de toutes ces expériences pour accumuler un maximum de connaissances, car on ne sait jamais à l’avance ce que l’avenir nous réserve, et un thème que l’on ne trouvait pas intéressant peut en fait devenir notre spécialisation cinq ans plus tard.

Bibliographie

« Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) ». https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F11677.

Gagné, Gaëlle. « Créer un site web pour votre entreprise de traduction ». Tradupreneurs (blog), 17 décembre 2019. https://www.tradupreneurs.fr/creer-un-site-web-pour-votre-entreprise-de-traduction/.

Gagné, Gaëlle. « Devenir traducteur indépendant en microentreprise ». Tradupreneurs (blog), 18 août 2020. https://www.tradupreneurs.fr/devenir-traducteur-independant-en-microentreprise/.

« Imposition du micro-entrepreneur (régime micro-fiscal et social) ». https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23267.

Wisniewski, Anaïs. « Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité » MasterTSM@Lille (blog), 31 janvier 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/01/31/jeunes-traducteurs-independants-entre-attentes-et-realite/.

Deneufbourg, Guillaume | Translatologic. « La Traduction Spécialisée En Sept Questions », 13 juillet 2021. https://translatologic.com/2021/07/13/la-traduction-specialisee-en-sept-questions/.

« L’essentiel du statut – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil/sinformer-sur-le-statut/lessentiel-du-statut.html.

Rioux, Chantal. « Créer un site WordPress de développement en local ». La Plume WordPress (blog), 21 septembre 2018. https://laplumewordpress.com/creer-un-site-wordpress-de-developpement-en-local/.

« Statut Auto-Entrepreneur 2021 – Tout savoir en 1 seul clic ». https://www.portail-autoentrepreneur.fr/statut-auto-entrepreneur.

Agences de traduction et traducteurs indépendants : des relations compliquées ?

Par Steffie Danquigny, étudiante M1 TSM

Il y a un peu plus d’un an, j’envoyais mon dossier de candidature pour le Master TSM. Depuis, j’ai appris énormément sur le monde de la traduction, que ce soit l’utilisation des mémoires de traduction, l’intérêt des corpus, ou encore la façon dont une bonne (ou mauvaise) recherche terminologique peut affecter une traduction technique. Je me suis également rendu compte du grand nombre de traducteurs indépendants dans ce secteur, mais aussi de la réputation des agences de traduction, qui n’est pas aussi bonne qu’on pourrait le croire.

Pour les personnes extérieures au métier, ces agences sont tout simplement des entreprises employant des dizaines de traducteurs et d’interprètes. Pourtant, ce portrait est loin de la réalité : la plupart des agences sont en fait des petites entreprises qui ne comptent que peu de salariés, qui sont souvent des gestionnaires de projets. Il est peu fréquent que ces agences emploient des traducteurs « in-house » : elles ont alors recours à des traducteurs indépendants. Mais alors, pourquoi les freelances voient-ils parfois d’un mauvais œil ces agences, alors qu’elles leur donnent du travail ?

Agences de traduction : que leur reproche-t-on ?

Pour commencer, leurs tarifs. On se rend compte en parcourant les forums de traduction que les traducteurs qui ne travaillent qu’avec des clients directs, et jamais avec des agences, reprochent à ces dernières de les payer à des tarifs très bas (par exemple : moins de 8 centimes au mot) et donc de faire de gros bénéfices, alors que selon eux, elles ne font que « transférer un e-mail du client au traducteur ».

Il est vrai que, la plupart du temps, si une agence reçoit le CV d’un très bon traducteur mais que celui-ci demande un tarif au mot trop élevé, elle risque de ne pas lui proposer de collaboration. En général, lorsqu’elle cherche de nouveaux traducteurs, l’agence commence par définir le tarif maximal qu’elle est prête à payer, cherche un traducteur correspondant au tarif et à la spécialisation, et idéalement, lui fait passer un test de traduction. Si celui-ci correspond à ses attentes, l’entreprise l’engage, parfois sans chercher à savoir si de meilleurs traducteurs sont disponibles sur le marché (ce système de recrutement est par ailleurs en opposition avec celui des organisations internationales, qui elles, essayent de recruter le meilleur traducteur possible et lui offrent un très bon salaire.) Bien évidemment, ce n’est pas le cas de toutes les agences : certaines d’entre elles travaillent avec les meilleurs traducteurs dans leur spécialisation, peu importe le prix. Mais c’est ce qui arrive souvent aux petites agences, ou aux plus grandes, qui veulent augmenter leur marge. Ainsi, les traducteurs (notamment les jeunes diplômés) en viennent parfois à baisser leurs tarifs auprès des agences, voire à les « brader » afin de rester compétitifs.

Ensuite, les délais. « Nombre de mots : 7 000. Livraison : Demain matin ».

Un traducteur traduit en moyenne 2 500 mots par jour, voire 5 000 mots pour les plus rapides. Malheureusement, les agences de traduction ont tendance à oublier ce détail lorsqu’elles nous envoient un texte à traduire, ou alors considèrent qu’un traducteur freelance a des horaires flexibles et travaille donc de nuit sur demande. Alors, que faire ? Travailler jusqu’à 3 heures du matin pour rendre une traduction probablement bâclée dont on ne sera  pas pleinement satisfait, ou refuser ce travail au risque de ne plus recevoir de projets de la part de cette agence ? De plus, alors qu’elles veulent recevoir la traduction le plus vite possible, c’est parfois après plusieurs mois et relances que les agences paient leurs traducteurs.

 

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Les agences méritent-elles toutes ces critiques ?

Si les traducteurs continuent de travailler avec les agences malgré cette réputation, ce n’est pas sans raison. En effet, bien que certaines agences malintentionnées se permettent de faire plus de 50 % de bénéfices sur le dos des traducteurs, et que d’autres leur demandent l’impossible (livraison pour hier, « révision » d’une traduction automatique, etc), ce n’est évidemment pas le cas de toutes les agences, fort heureusement ! Voici quelques détails sur le travail effectué par les agences qui pourraient changer l’opinion que vous portez sur ces dernières.

Tout d’abord, intéressons-nous à la gestion de projets. Il faut savoir que la remarque disant que les gestionnaires de projets ne font que « transférer un e-mail » se révèle fausse dans la plupart des cas. Alors qu’un traducteur indépendant ne s’occupe que de sa paire de langue (voire de deux paires de langues), l’agence – peu importe sa taille – peut recevoir des demandes de traduction vers plusieurs, voire beaucoup de langues. Lors de mon stage dans une toute petite agence (composée de moins de 5 salariés), le plus gros projet dont j’ai m’occuper comportait 32 langues. De ce fait, une ou deux journées étaient nécessaires avant même le lancement du projet : préparation de fichiers, création du projet dans le logiciel de TAO, vérification des mémoires de traduction, création des rapports, écriture du devis client, sélection des traducteurs, vérification de leurs devis, création d’un planning précis comportant toutes les étapes du projet, etc. Tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Après réception des traductions, il faut également prévoir du temps pour la révision, la PAO, l’assurance qualité ainsi que la livraison.

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Ensuite, il ne faut pas oublier le marketing, qui occupe une place très importante dans le quotidien d’une agence de traduction. Être capable d’obtenir de nouveaux clients et de les garder est un élément crucial pour le bon fonctionnement d’une entreprise. Alors que certains traducteurs chanceux, après plusieurs années de service, reçoivent quotidiennement des projets de la part d’agences ou de clients directs et n’ont plus besoin de passer des heures à la recherche de nouveaux clients, une agence de traduction ne s’arrête jamais de prospecter, et emploie généralement une ou plusieurs personnes pour mener à bien cette mission. En plus de la recherche classique sur internet, à laquelle s’ajoutent des centaines d’appels, l’agence se doit de tenir un site web de qualité et régulièrement mis à jour, parfois agrémenté d’un blog et/ou d’une newsletter. Il lui arrive également de devoir se déplacer pour une réunion au cours de laquelle elle explique l’avantage de la TAO (avec démonstration en direct, par exemple), d’investir dans des dépliants et/ou emplacements publicitaires en ligne, de joindre des associations payantes, d’obtenir des certifications professionnelles, etc. Tout cela coûte du temps et de l’argent.

Enfin, l’agence de traduction doit avoir une e-réputation impeccable. Elle doit être présente sur les réseaux sociaux (notamment LinkedIn, Twitter, Facebook, …) et alimenter ces derniers quotidiennement, en prenant soin de proposer des contenus de qualité, qui intéressent à la fois ses clients, les clients potentiels ainsi que les traducteurs avec lesquels elle travaille. Il s’agit donc d’une présence virtuelle réfléchie, qui nécessite généralement l’emploi d’un spécialiste. Les réseaux sociaux sont un moyen pour l’entreprise d’acquérir de nouveaux clients, de garder ceux avec qui elle travaille déjà, de s’informer sur les traducteurs avec qui elle souhaite collaborer, et enfin, de se tenir informée de toutes les nouveautés de l’industrie de la traduction, et du secteur dans lequel elle se spécialise. La plupart des traducteurs indépendants sont eux aussi présents sur les réseaux sociaux, mais dans des proportions généralement moindres.

En résumé, il faut savoir que gérer une agence de traduction n’est pas une tâche aussi simple qu’on pourrait le croire. La gestion de projets, des réseaux sociaux et le marketing prennent une place très importante au sein de ce type d’entreprises, les bénéfices que font les agences ne vont donc pas directement dans leur poche puisque tout ce travail en interne doit être financé. De plus, il convient de préciser que les agences qui en demandent beaucoup aux traducteurs travaillent souvent elles-mêmes pour des clients très difficiles !

Sources :

« A Little Love for Agencies », Anthony Teixeira

« Les 5 mythes de l’agence de traduction », Translate Media

« Agences de traduction : le cauchemar des traducteurs », Cultures Connection

J’ai rencontré Merche García Lledó, traductrice indépendante espagnole et auteure du blog Traducir&Co

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M1 TSM

 

Âgée de 28 ans, Merche García Lledó a créé son blog Traducir&Co [blog rédigé en espagnol] en 2012 et est devenue traductrice indépendante en 2015. J’ai eu l’honneur de pouvoir lui poser quelques questions sur son parcours et sur sa vision du métier :

Merche

 ¡Hola Merche! Peux-tu te présenter en quelques mots, s’il te plaît ?

¡Hola! Eh bien, je m’appelle Merche, je suis née à Madrid mais j’ai vécu à Salamanque jusqu’en 2013, année où je suis retournée à Madrid pour travailler. J’ai ouvert mon blog Traducir&Co en 2012, durant ma troisième année d’études et, depuis, je n’ai pas cessé d’écrire des articles sur le monde de la traduction…

Quel a été ton parcours ?

J’ai d’abord commencé des études de philologie anglaise, que je n’ai pas terminées, avant de me lancer dans des études de traduction et d’interprétation à l’Université de Salamanque. En 2013, lorsque j’ai obtenu mon diplôme, je suis repartie vivre à Madrid pour travailler dans une entreprise spécialisée dans la localisation. J’y suis restée deux ans. Ensuite, je suis devenue traductrice indépendante et… je le suis toujours !

Quel bilan fais–tu de tes études ? Penses-tu que l’Université t’a bien préparée au marché du travail ou trouves-tu, au contraire, qu’il existe un décalage important entre ce qui y est enseigné et la réalité ?

J’ai adoré mes études de traduction. J’étais très heureuse d’être admise dans ce cursus, étant donné que j’avais eu beaucoup de difficultés à réussir l’examen d’entrée, que j’ai passé trois fois au total. Après l’avoir finalement réussi, j’ai voulu profiter de chaque journée dans ce cursus. J’ai suivi beaucoup de matières très différentes (traduction littéraire, juridique, audio-visuelle…), ce qui m’a permis de me rendre compte de ce qui me plaisait ou non. De plus, la dernière année, nous avons suivi une matière appelée « Déontologie », dans laquelle nous avons appris à rédiger des factures, à fixer des tarifs, à préparer des CV etc. L’Université de Salamanque avait par ailleurs organisé une rencontre avec d’anciens étudiants pour qu’ils puissent nous raconter leur entrée sur le marché du travail et les difficultés rencontrées.

Néanmoins, j’ai trouvé que l’Université ne nous avait pas suffisamment préparés à la maîtrise de l’informatique. Si certains aspects enseignés dans cette matière étaient très utiles, je trouve que certaines matières auraient pu être remplacées par des aspects de la profession plus actuels et plus importants.

Comment l’envie de devenir traductrice indépendante t’est-elle venue ? Quels en sont les avantages selon toi ?

J’ai toujours eu envie de devenir traductrice indépendante. Je voulais être mon propre patron, pouvoir gérer mon emploi du temps… Après avoir travaillé dans une entreprise, je sentais que j’avais besoin de pouvoir décider quel type de projets accepter ou non, et de pouvoir gérer moi-même les projets que j’acceptais. Les principaux avantages de ce choix de vie professionnelle sont justement les raisons qui m’ont encouragée à devenir traductrice indépendante.

Tu écris sur ton blog que tu adores voyager ! D’après toi, le statut de traducteur indépendant est-il une bonne alternative pour les traducteurs qui n’aiment pas rester enfermés dans le bureau d’une entreprise et qui souhaitent s’éloigner un peu du contexte professionnel « classique » (horaires de bureau, collègues…) ?

Évidemment, celui qui souhaite devenir traducteur indépendant doit s’attendre à se sentir un peu seul. Toutefois, je me suis rapidement rendu compte à mes débuts que le mythe du traducteur en pyjama, seul chez lui, dépendait uniquement du traducteur lui-même : nous disposons d’une liberté absolue en ce qui concerne les déplacements, ce qui nous permet de travailler où nous voulons, que ce soit chez soi, dans des cafés, ou notamment dans des espaces de coworking, où il est facile de rencontrer des personnes dans la même situation. On se trouve ainsi des « collègues », on sort de chez soi… C’est l’option idéale ! Même si, parfois, disposer de trop de liberté (en ce qui concerne notamment les horaires de travail, le lieu, la façon dont on travaille) peut nous faire perdre un peu le fil, le point positif réside selon moi dans le fait que c’est le traducteur lui-même qui décide de la routine qu’il souhaite s’imposer et de la façon dont il gère ses projets.

Comment gères-tu l’incertitude que connaissent parfois les traducteurs indépendants ?

C’est compliqué… Le plus important est de ne pas perdre confiance en soi, mais je pense personnellement que la peur est toujours plus ou moins présente, que l’on débute ou non… En effet, on ne peut jamais anticiper les périodes durant lesquelles nous ne recevrons pas de travail ou, au contraire, celles durant lesquelles nous recevrons une pile de demandes !

Parle-nous maintenant de ton blog, Traducir&Co! Pourquoi as-tu décidé de te lancer dans l’écriture en 2012 ?

L’écriture a toujours été une façon pour moi de mettre un peu d’ordre dans mes idées et mes pensées, et, à l’époque, j’avais également envie d’aider les futurs étudiants en traduction de l’Université de Salamanque qui recherchaient des informations sur l’examen d’entrée à la faculté de traduction. Lorsque je l’ai passé, j’ai eu du mal à trouver des informations sur le sujet et je souhaitais donc apporter ma pierre à l’édifice en créant mon blog ! Et, en effet, de tous mes articles, celui sur l’épreuve d’admission est le plus lu et le plus commenté.

Et que penses-tu de l’utilisation des réseaux sociaux pour un traducteur indépendant ? Est-ce indispensable ?

Je trouve que le fait d’être visible sur les réseaux sociaux permet d’avoir davantage de contacts, ce qui, plus tard, peut permettre aux traducteurs de se trouver davantage de clients. Néanmoins, je pense que si un traducteur préfère se déplacer, rencontrer d’autres personnes et sait comment s’y prendre, les réseaux sociaux ne sont pas forcément nécessaires.

Reçois-tu beaucoup de messages d’autres traducteurs qui lisent ton blog ?

Je reçois surtout des messages d’étudiants qui me posent des questions concernant leur cursus universitaire ou de jeunes diplômés qui ne savent pas vraiment comment se lancer sur le marché. 😊

Et que penses-tu de la situation des traducteurs indépendants en Espagne ?

En Espagne, la cotisation que doivent payer les traducteurs indépendants est très élevée, mais ces 276 euros (minimum) que nous payons chaque mois comprennent l’accès à un système de sécurité sociale que d’autres pays n’ont pas. Ailleurs, la cotisation est peut-être moins élevée mais le traducteur doit en contrepartie souscrire à une assurance santé très chère.

Tu parles également beaucoup de l’image que les gens ont généralement des traducteurs…

Oui, selon moi, et comme c’est le cas pour de nombreuses autres professions, peu de personnes savent exactement en quoi consiste notre travail. Beaucoup s’imaginent que nous traduisons tous des livres et ne pensent pas forcément que les messages qui sont lus au quotidien (qu’il s’agisse de publicité, de sites internet, de modes d’emploi ou de séries télévisées) peuvent être le fruit de notre travail. Ce n’est pas une critique, je pense que c’est à nous, traducteurs, d’expliquer en quoi notre travail consiste.

Je reviens d’un mois passé à Porto et d’un autre passé à Athènes et, lorsque je rencontrais des locaux et que je leur expliquais que j’étais traductrice et que je restais plusieurs semaines sur place, ils me regardaient, incrédules, se demandant comment je faisais pour vivre de ce « passe-temps » tout en prenant des « vacances » de plusieurs semaines. Je devais donc leur expliquer que, que je sois chez moi à Madrid ou à l’étranger, mon travail était exactement le même et que cette activité était bel et bien mon seul métier. Dès lors, je me réjouissais de les entendre me dire « Quel beau métier vous faites ! ».

Voudrais-tu continuer à travailler plus tard en tant que traductrice indépendante ? Quels sont tes projets ?

Je souhaite surtout faire mon possible pour continuer à m’épanouir dans mon travail. Actuellement je suis traductrice indépendante, c’était mon rêve et mon principal objectif, alors… mission accomplie. Qui sait quel autre objectif m’attend dans le futur ? 😉

 

Je remercie encore une fois Merche pour sa gentillesse et sa disponibilité ! N’hésitez pas à la contacter (en espagnol ou en anglais) si vous souhaitez en savoir plus sur son blog et sa carrière, elle adore les questions ! 😊

 

Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ?

Article original en anglais How much do freelance translators earn? Is it enough? rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction française de Rémy Proye, étudiant en M1 TSM à l’Université de Lille.

NB : L’article original date de 2011 ; les choses ont naturellement évolué depuis.

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Les traducteurs indépendants débutants veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) combien ils peuvent espérer gagner sur notre marché. Les traducteurs indépendants expérimentés, quant à eux, veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) s’ils touchent assez d’argent par rapport aux efforts qu’ils consacrent à leur travail. Alors, combien gagnent les traducteurs indépendants ?

 

  • L’American Translators Association (ATA) effectue une enquête sur les revenus tous les deux ou trois ans : vous pouvez acheter le rapport complet ici ou lire le résumé opérationnel gratuitement (liens en anglais). Les dates ici sont un peu confuses : les tableaux de données dans le résumé indiquent qu’ils datent de 2006, le fichier lui-même est nommé 2007 et le résumé opérationnel a paru dans l’ATA Chronicle en février 2008. Selon cette enquête, le traducteur indépendant moyen à temps plein touche un peu plus de 60 000 dollars ; mais les répondants américains ont fait état d’une grande disparité de revenus selon qu’ils sont ou non certifiés ATA (revenu moyen de 72 000 dollars pour les traducteurs agréés contre 53 000 dollars pour les non agréés).
  • Le Bureau of Labor Statistics (BLS) possède également des informations, et elles sont encore plus disparates. Le BLS rapporte qu’en mai 2008, le salaire moyen des traducteurs et interprètes était d’environ 38 000 dollars (brrr !), les 10 % les plus élevés percevant plus de 69 000 dollars et le spécialiste linguistique moyen du gouvernement fédéral touchant en moyenne 79 000 dollars.
  • PayScale.com (en anglais) possède quelques brèves informations sur les traducteurs et les interprètes, organisées par années d’expérience.

Je pense que le problème avec la plupart de ces enquêtes, c’est qu’elles ne sont pas assez spécifiques aux cas individuels. Par exemple, une personne qui travaille 35 heures par semaine et prend 6 semaines de vacances est-elle à temps plein ou à temps partiel ? Est-ce que quelqu’un qui travaille au bureau d’un client 2 jours par semaines et pour des clients indépendants 3 jours par semaine est à son compte ou à l’interne ? Faut-il tenir compte du volume de traduction ? Si vous avez touché 130 000 dollars l’an passé, mais que vous avez travaillé 70 heures par semaine sans vacances, votre revenu devrait-il être calculé au prorata à 40 heures par semaine de travail avec 4 semaines de congé ? Vous voyez le tableau !

Pour la petite anecdote, je pense que la plupart des enquêtes mentionnées ci-dessus sont orientées vers le bas de gamme du marché. En 2008, j’ai écrit un billet de blog sur Les secrets des traducteurs à six chiffres (en anglais), et depuis, j’ai parlé à de nombreux autres traducteurs indépendants qui ont déclaré ou fait savoir qu’ils touchent plus de 100 000 dollars par an. Je pense que si vous êtes très bon dans ce que vous faites et que vous vous vendez de manière plutôt convaincante, il y a suffisamment de travail pour gagner au moins 75 000 dollars par an en tant que traducteur freelance, même si vous travaillez en conjuguant agences et clients directs. Je dirais qu’à ce stade, tous les traducteurs que je connais, et qui travaillent exclusivement avec des clients directs, perçoivent au moins 100 000 dollars par an.

Mais la vraie question, lorsqu’il s’agit de revenu, est : est-ce suffisant ? Ce « est-ce suffisant » implique beaucoup de facteurs subjectifs, parce qu’il est lié à la question subsidiaire de savoir si vous feriez mieux si vous aviez un emploi différent. C’est là qu’intervient la subjectivité. Par exemple, dans mon cas :

  • Je suis plutôt satisfaite de mes revenus par rapport à la quantité de travail que je fournis. Je gagne plus que la moyenne de l’ATA et j’ai l’impression de travailler moins (peut-être même beaucoup moins) que la plupart des indépendants, en partie à cause de mes engagements familiaux et non professionnels et en partie parce que je pense être plus productive en travaillant une trentaine d’heures par semaine. Cependant, lorsque je regarde comment s’additionnent les avantages du travail à l’interne de mon mari (régime de retraite financé par l’entreprise, assurance, vacances payées, et ainsi de suite), c’est un rappel à la réalité. Si je déduis 15,3 % d’impôt sur le travail indépendant (que je ne paie que sur environ la moitié de mon revenu depuis que j’ai le statut de corporation S[1]), 4 à 6 semaines de vacances non payées et mon régime de retraite autofinancé par mes revenus, le résultat net est incontestablement différent.
  • Mais il y a également les facteurs subjectifs. J’adore l’endroit où nous vivons, et il y a très, très peu d’emplois à l’interne dans notre région pour ce que je fais. La seule option raisonnable, travailler pour un organisme gouvernemental, nécessiterait de conduire plus d’une heure à l’aller comme au retour, et impliquerait un emploi du temps relativement rigide. Il est très important pour moi d’avoir des horaires de travail qui s’harmonisent avec les horaires scolaires de ma fille, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour rester seule à la maison. En réalité, si je voulais un emploi en interne à proximité de chez moi et qui offrirait un niveau de flexibilité similaire à celui d’un freelance, je chercherais probablement à gagner moins de la moitié de ce que je perçois aujourd’hui.

« Assez » dépend également de l’endroit où vous vivez et de la façon dont vous vivez. 75 000 dollars, c’est une somme décente, mais si vous n’avez pas le statut de corporation et que vous payez donc des impôts sur ce montant total, si vous vivez dans un bel appartement dans une grande ville, si vous avez un prêt-auto, un prêt étudiant ou un paiement de carte de crédit et si vous financez votre propre assurance maladie et votre retraite, ce montant diminue rapidement. En revanche, si vous habitez dans une région assez rurale, que vous n’avez pas ou peu de dettes et que vous pratiquez la frugalité freelance (en anglais), vous pourriez probablement économiser 50 % de votre salaire net si vous touchez un salaire brut de 75 000 dollars ou plus.

Chers lecteurs, la parole est à vous. Quel est votre avis sur la question du salaire ?

[1] La corporation S, ou S-corp, est en fait une corporation générale qui obtient ensuite un statut fiscal spécial de l’Internal Revenue Service (IRS). https://www.corpomax.com/creation-societe-usa/types-societes-usa.php

J’ai lu pour vous : Marketing Cookbook for Translators

Par Tom Grimaud, étudiant M1 TSM

 

J’ai lu pour vous Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, de Tess Whitty.

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Durant les mois de mai et juin 2016, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en traduction avec Maéva Orsi, traductrice depuis 2010 et diplômée du Master TSM de l’Université de Lille 3. Si j’ai beaucoup appris à ses côtés, j’ai également eu la chance de recevoir un beau cadeau de sa part, le livre Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career.

Une fois le master en poche, nombreux sont les étudiants à vouloir sauter le pas et se lancer en tant que traducteur freelance. C’est la raison pour laquelle il m’a paru important d’axer mon billet sur cet ouvrage, au vu de l’aide qu’il peut apporter si l’on choisit de devenir indépendant. Le but n’est bien évidemment pas de vous en faire un résumé chapitre par chapitre, d’abord parce que cela serait beaucoup trop long et que mes propos ne vaudront jamais ceux de l’auteure (no spoil please!). L’objectif étant plutôt de savoir pourquoi j’en conseille la lecture et de répondre à la question suivante : en quoi ce livre est-il intéressant pour les traducteurs indépendants ?

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Au fur et à mesure de ma lecture j’en suis venu à la conclusion suivante : cet ouvrage est un outil indispensable pour chaque personne qui souhaite exercer le métier de traducteur freelance. Ce livre est une véritable pépite, avec tout ce qu’il y a à savoir pour devenir un traducteur indépendant totalement optimal. Tout au long de l’ouvrage, il donne des techniques intéressantes et délivre une réflexion très approfondie. L’avantage étant qu’il guide pas à pas du tout début (comme si l’on débutait l’apprentissage d’une langue) jusqu’à la fin, dans les moindres détails (à l’instar de cette langue totalement maîtrisée). D’autre part, il ne s’agit pas d’un livre fastidieux, devenant de plus en plus compliqué au fil de la lecture, au point de vouloir lâcher prise… pas du tout ! Tess Whitty sait très bien comment s’adresser à ses lecteurs, car elle fut dans la même situation qu’eux au départ. En effet, elle n’était pas destinée à faire carrière dans la traduction, ayant suivi des études de marketing. Ainsi, elle est parvenue à mettre ses compétences de marketing en tant qu’experte à profit, à son travail de traductrice indépendante. Traductrice, écrivain et maman comme elle aime le préciser sur son compte Twitter impressionnant, cette Suédoise possède plus d’une corde à son arc et est devenue au fil du temps une grande figure du monde de la traduction, à l’instar de Corinne McKay. Quoi de mieux donc que de suivre les conseils d’une personne qui sait parfaitement ce par quoi vous êtes en train de passer ?

 

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“My hope is that you are able to benefit from this knowledge and apply these simple marketing recipes to your own life and business.”

 

Afin de ne pas rendre cette lecture monotone, elle se sert d’une seule et même métaphore présente tout au long de son œuvre : la « cuisine ». Du garde-manger à l’entrée, en passant par l’accompagnement, pour finir au dessert. Tout ceci dans le but de faire le parallèle entre les outils essentiels pour mener une carrière florissante, en passant par un panorama des différents réseaux sociaux, pour finir sur comment construire son réseau et parvenir à une situation stable. C’est une très bonne méthode, car une œuvre bien structurée permettra toujours de garder l’attention du lecteur et de toujours vouloir poursuivre la lecture.

À propos de la lecture en soit, il ne s’agit pas d’un ouvrage très compliqué. Il contient les termes techniques relatifs au domaine du marketing qui, une fois assimilés, rendent la lecture aisée. De plus, si l’on peut souvent avoir l’impression que Tess se répète, ce n’est pas le cas. En effet, elle prend son temps lorsqu’il s’agit d’expliquer, en rentrant toujours plus dans les détails, nous délivrant le plus d’informations possible sur un même thème. Par exemple, faire un CV : ce qu’il faut y mettre, ce qu’il y a à éviter, les étapes, les conseils, la partie « pour aller plus loin » (en l’occurrence ici, il s’agit de savoir comment protéger son CV une fois ce dernier constitué) et enfin, la webographie afin de se renseigner davantage si besoin est. En effet, à chaque fin de partie, Tess mettra toujours à disposition les ressources et liens qu’elle a utilisée afin de rédiger son contenu : un bon moyen de toujours vouloir en savoir plus. C’est bien la preuve d’une œuvre maîtrisée de bout en bout, et que rien n’est laissé de côté.

 

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En résumé, la tâche ne s’annonce pas facile. Le processus est très long à se mettre en place si l’on veut voler de ses propres ailes et nombreux sont les obstacles à franchir si l’on veut réussir à devenir un traducteur freelance totalement optimal. Nombreux peuvent être les doutes et les craintes lorsque l’on se lance dans un tel projet : combien de temps met-on à avoir ses premiers clients ? À partir de quand notre situation devient-elle stable ? Suis-je capable de me lancer dans une telle aventure ? Toutes ces questions paraissent normales, puisqu’il faut être capable de se débrouiller en parfait autonomie : les résultats dépendront uniquement de votre investissement, car vous êtes le chef de votre propre restaurant. Mais comme le dit si bien Tess : si l’envie et la passion sont bel et bien présentes, alors rien ne pourra entraver votre objectif. Car si le livre met en garde et nous avertit de ne pas faire l’impasse sur telle ou telle partie, il rassure tout même beaucoup et donne toutes les cartes en main pour que son lecteur mène une carrière florissante.

“Good luck with cooking up the career and lifestyle you want as a freelance translator!”

 

 

Je tiens à remercier Maéva Orsi pour toute sa confiance et pour l’envoi de cet ouvrage.

Référence :
Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, Tess Whitty, CreateSpace Independent Publishing Platform, 27 novembre 2014, 280 pages.

Où sont nos étudiant.e.s stagiaires ?

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Chaque année, les étudiant.e.s du Master TSM effectuent un stage au sein d’une agence de traduction, d’une entreprise spécialisée dans les services linguistiques, d’une organisation publique, ou encore auprès d’un traducteur/d’une traductrice indépendant.e selon certaines conditions. Le stage est d’une durée de 2 mois minimum en M1 et d’une durée de 6 mois en M2. Il donne lieu à la rédaction d’un rapport de stage et à une soutenance. Une Charte des Stages précise définit le cahier des charges à respecter afin d’assurer l’adéquation entre le stage sur le terrain et le diplôme visé.

Le marché de la traduction étant un marché mondialisé, l’un des deux stages se fait à l’étranger, et les étudiant.e.s TSM en profitent : cette année, plus de la moitié d’entre eux a choisi un stage à l’étranger (Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Hong Kong).