Agences de traduction et traducteurs indépendants : des relations compliquées ?

Par Steffie Danquigny, étudiante M1 TSM

Il y a un peu plus d’un an, j’envoyais mon dossier de candidature pour le Master TSM. Depuis, j’ai appris énormément sur le monde de la traduction, que ce soit l’utilisation des mémoires de traduction, l’intérêt des corpus, ou encore la façon dont une bonne (ou mauvaise) recherche terminologique peut affecter une traduction technique. Je me suis également rendu compte du grand nombre de traducteurs indépendants dans ce secteur, mais aussi de la réputation des agences de traduction, qui n’est pas aussi bonne qu’on pourrait le croire.

Pour les personnes extérieures au métier, ces agences sont tout simplement des entreprises employant des dizaines de traducteurs et d’interprètes. Pourtant, ce portrait est loin de la réalité : la plupart des agences sont en fait des petites entreprises qui ne comptent que peu de salariés, qui sont souvent des gestionnaires de projets. Il est peu fréquent que ces agences emploient des traducteurs « in-house » : elles ont alors recours à des traducteurs indépendants. Mais alors, pourquoi les freelances voient-ils parfois d’un mauvais œil ces agences, alors qu’elles leur donnent du travail ?

Agences de traduction : que leur reproche-t-on ?

Pour commencer, leurs tarifs. On se rend compte en parcourant les forums de traduction que les traducteurs qui ne travaillent qu’avec des clients directs, et jamais avec des agences, reprochent à ces dernières de les payer à des tarifs très bas (par exemple : moins de 8 centimes au mot) et donc de faire de gros bénéfices, alors que selon eux, elles ne font que « transférer un e-mail du client au traducteur ».

Il est vrai que, la plupart du temps, si une agence reçoit le CV d’un très bon traducteur mais que celui-ci demande un tarif au mot trop élevé, elle risque de ne pas lui proposer de collaboration. En général, lorsqu’elle cherche de nouveaux traducteurs, l’agence commence par définir le tarif maximal qu’elle est prête à payer, cherche un traducteur correspondant au tarif et à la spécialisation, et idéalement, lui fait passer un test de traduction. Si celui-ci correspond à ses attentes, l’entreprise l’engage, parfois sans chercher à savoir si de meilleurs traducteurs sont disponibles sur le marché (ce système de recrutement est par ailleurs en opposition avec celui des organisations internationales, qui elles, essayent de recruter le meilleur traducteur possible et lui offrent un très bon salaire.) Bien évidemment, ce n’est pas le cas de toutes les agences : certaines d’entre elles travaillent avec les meilleurs traducteurs dans leur spécialisation, peu importe le prix. Mais c’est ce qui arrive souvent aux petites agences, ou aux plus grandes, qui veulent augmenter leur marge. Ainsi, les traducteurs (notamment les jeunes diplômés) en viennent parfois à baisser leurs tarifs auprès des agences, voire à les « brader » afin de rester compétitifs.

Ensuite, les délais. « Nombre de mots : 7 000. Livraison : Demain matin ».

Un traducteur traduit en moyenne 2 500 mots par jour, voire 5 000 mots pour les plus rapides. Malheureusement, les agences de traduction ont tendance à oublier ce détail lorsqu’elles nous envoient un texte à traduire, ou alors considèrent qu’un traducteur freelance a des horaires flexibles et travaille donc de nuit sur demande. Alors, que faire ? Travailler jusqu’à 3 heures du matin pour rendre une traduction probablement bâclée dont on ne sera  pas pleinement satisfait, ou refuser ce travail au risque de ne plus recevoir de projets de la part de cette agence ? De plus, alors qu’elles veulent recevoir la traduction le plus vite possible, c’est parfois après plusieurs mois et relances que les agences paient leurs traducteurs.

 

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Les agences méritent-elles toutes ces critiques ?

Si les traducteurs continuent de travailler avec les agences malgré cette réputation, ce n’est pas sans raison. En effet, bien que certaines agences malintentionnées se permettent de faire plus de 50 % de bénéfices sur le dos des traducteurs, et que d’autres leur demandent l’impossible (livraison pour hier, « révision » d’une traduction automatique, etc), ce n’est évidemment pas le cas de toutes les agences, fort heureusement ! Voici quelques détails sur le travail effectué par les agences qui pourraient changer l’opinion que vous portez sur ces dernières.

Tout d’abord, intéressons-nous à la gestion de projets. Il faut savoir que la remarque disant que les gestionnaires de projets ne font que « transférer un e-mail » se révèle fausse dans la plupart des cas. Alors qu’un traducteur indépendant ne s’occupe que de sa paire de langue (voire de deux paires de langues), l’agence – peu importe sa taille – peut recevoir des demandes de traduction vers plusieurs, voire beaucoup de langues. Lors de mon stage dans une toute petite agence (composée de moins de 5 salariés), le plus gros projet dont j’ai m’occuper comportait 32 langues. De ce fait, une ou deux journées étaient nécessaires avant même le lancement du projet : préparation de fichiers, création du projet dans le logiciel de TAO, vérification des mémoires de traduction, création des rapports, écriture du devis client, sélection des traducteurs, vérification de leurs devis, création d’un planning précis comportant toutes les étapes du projet, etc. Tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Après réception des traductions, il faut également prévoir du temps pour la révision, la PAO, l’assurance qualité ainsi que la livraison.

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Ensuite, il ne faut pas oublier le marketing, qui occupe une place très importante dans le quotidien d’une agence de traduction. Être capable d’obtenir de nouveaux clients et de les garder est un élément crucial pour le bon fonctionnement d’une entreprise. Alors que certains traducteurs chanceux, après plusieurs années de service, reçoivent quotidiennement des projets de la part d’agences ou de clients directs et n’ont plus besoin de passer des heures à la recherche de nouveaux clients, une agence de traduction ne s’arrête jamais de prospecter, et emploie généralement une ou plusieurs personnes pour mener à bien cette mission. En plus de la recherche classique sur internet, à laquelle s’ajoutent des centaines d’appels, l’agence se doit de tenir un site web de qualité et régulièrement mis à jour, parfois agrémenté d’un blog et/ou d’une newsletter. Il lui arrive également de devoir se déplacer pour une réunion au cours de laquelle elle explique l’avantage de la TAO (avec démonstration en direct, par exemple), d’investir dans des dépliants et/ou emplacements publicitaires en ligne, de joindre des associations payantes, d’obtenir des certifications professionnelles, etc. Tout cela coûte du temps et de l’argent.

Enfin, l’agence de traduction doit avoir une e-réputation impeccable. Elle doit être présente sur les réseaux sociaux (notamment LinkedIn, Twitter, Facebook, …) et alimenter ces derniers quotidiennement, en prenant soin de proposer des contenus de qualité, qui intéressent à la fois ses clients, les clients potentiels ainsi que les traducteurs avec lesquels elle travaille. Il s’agit donc d’une présence virtuelle réfléchie, qui nécessite généralement l’emploi d’un spécialiste. Les réseaux sociaux sont un moyen pour l’entreprise d’acquérir de nouveaux clients, de garder ceux avec qui elle travaille déjà, de s’informer sur les traducteurs avec qui elle souhaite collaborer, et enfin, de se tenir informée de toutes les nouveautés de l’industrie de la traduction, et du secteur dans lequel elle se spécialise. La plupart des traducteurs indépendants sont eux aussi présents sur les réseaux sociaux, mais dans des proportions généralement moindres.

En résumé, il faut savoir que gérer une agence de traduction n’est pas une tâche aussi simple qu’on pourrait le croire. La gestion de projets, des réseaux sociaux et le marketing prennent une place très importante au sein de ce type d’entreprises, les bénéfices que font les agences ne vont donc pas directement dans leur poche puisque tout ce travail en interne doit être financé. De plus, il convient de préciser que les agences qui en demandent beaucoup aux traducteurs travaillent souvent elles-mêmes pour des clients très difficiles !

Sources :

« A Little Love for Agencies », Anthony Teixeira

« Les 5 mythes de l’agence de traduction », Translate Media

« Agences de traduction : le cauchemar des traducteurs », Cultures Connection

J’ai rencontré Merche García Lledó, traductrice indépendante espagnole et auteure du blog Traducir&Co

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M1 TSM

 

Âgée de 28 ans, Merche García Lledó a créé son blog Traducir&Co [blog rédigé en espagnol] en 2012 et est devenue traductrice indépendante en 2015. J’ai eu l’honneur de pouvoir lui poser quelques questions sur son parcours et sur sa vision du métier :

Merche

 ¡Hola Merche! Peux-tu te présenter en quelques mots, s’il te plaît ?

¡Hola! Eh bien, je m’appelle Merche, je suis née à Madrid mais j’ai vécu à Salamanque jusqu’en 2013, année où je suis retournée à Madrid pour travailler. J’ai ouvert mon blog Traducir&Co en 2012, durant ma troisième année d’études et, depuis, je n’ai pas cessé d’écrire des articles sur le monde de la traduction…

Quel a été ton parcours ?

J’ai d’abord commencé des études de philologie anglaise, que je n’ai pas terminées, avant de me lancer dans des études de traduction et d’interprétation à l’Université de Salamanque. En 2013, lorsque j’ai obtenu mon diplôme, je suis repartie vivre à Madrid pour travailler dans une entreprise spécialisée dans la localisation. J’y suis restée deux ans. Ensuite, je suis devenue traductrice indépendante et… je le suis toujours !

Quel bilan fais–tu de tes études ? Penses-tu que l’Université t’a bien préparée au marché du travail ou trouves-tu, au contraire, qu’il existe un décalage important entre ce qui y est enseigné et la réalité ?

J’ai adoré mes études de traduction. J’étais très heureuse d’être admise dans ce cursus, étant donné que j’avais eu beaucoup de difficultés à réussir l’examen d’entrée, que j’ai passé trois fois au total. Après l’avoir finalement réussi, j’ai voulu profiter de chaque journée dans ce cursus. J’ai suivi beaucoup de matières très différentes (traduction littéraire, juridique, audio-visuelle…), ce qui m’a permis de me rendre compte de ce qui me plaisait ou non. De plus, la dernière année, nous avons suivi une matière appelée « Déontologie », dans laquelle nous avons appris à rédiger des factures, à fixer des tarifs, à préparer des CV etc. L’Université de Salamanque avait par ailleurs organisé une rencontre avec d’anciens étudiants pour qu’ils puissent nous raconter leur entrée sur le marché du travail et les difficultés rencontrées.

Néanmoins, j’ai trouvé que l’Université ne nous avait pas suffisamment préparés à la maîtrise de l’informatique. Si certains aspects enseignés dans cette matière étaient très utiles, je trouve que certaines matières auraient pu être remplacées par des aspects de la profession plus actuels et plus importants.

Comment l’envie de devenir traductrice indépendante t’est-elle venue ? Quels en sont les avantages selon toi ?

J’ai toujours eu envie de devenir traductrice indépendante. Je voulais être mon propre patron, pouvoir gérer mon emploi du temps… Après avoir travaillé dans une entreprise, je sentais que j’avais besoin de pouvoir décider quel type de projets accepter ou non, et de pouvoir gérer moi-même les projets que j’acceptais. Les principaux avantages de ce choix de vie professionnelle sont justement les raisons qui m’ont encouragée à devenir traductrice indépendante.

Tu écris sur ton blog que tu adores voyager ! D’après toi, le statut de traducteur indépendant est-il une bonne alternative pour les traducteurs qui n’aiment pas rester enfermés dans le bureau d’une entreprise et qui souhaitent s’éloigner un peu du contexte professionnel « classique » (horaires de bureau, collègues…) ?

Évidemment, celui qui souhaite devenir traducteur indépendant doit s’attendre à se sentir un peu seul. Toutefois, je me suis rapidement rendu compte à mes débuts que le mythe du traducteur en pyjama, seul chez lui, dépendait uniquement du traducteur lui-même : nous disposons d’une liberté absolue en ce qui concerne les déplacements, ce qui nous permet de travailler où nous voulons, que ce soit chez soi, dans des cafés, ou notamment dans des espaces de coworking, où il est facile de rencontrer des personnes dans la même situation. On se trouve ainsi des « collègues », on sort de chez soi… C’est l’option idéale ! Même si, parfois, disposer de trop de liberté (en ce qui concerne notamment les horaires de travail, le lieu, la façon dont on travaille) peut nous faire perdre un peu le fil, le point positif réside selon moi dans le fait que c’est le traducteur lui-même qui décide de la routine qu’il souhaite s’imposer et de la façon dont il gère ses projets.

Comment gères-tu l’incertitude que connaissent parfois les traducteurs indépendants ?

C’est compliqué… Le plus important est de ne pas perdre confiance en soi, mais je pense personnellement que la peur est toujours plus ou moins présente, que l’on débute ou non… En effet, on ne peut jamais anticiper les périodes durant lesquelles nous ne recevrons pas de travail ou, au contraire, celles durant lesquelles nous recevrons une pile de demandes !

Parle-nous maintenant de ton blog, Traducir&Co! Pourquoi as-tu décidé de te lancer dans l’écriture en 2012 ?

L’écriture a toujours été une façon pour moi de mettre un peu d’ordre dans mes idées et mes pensées, et, à l’époque, j’avais également envie d’aider les futurs étudiants en traduction de l’Université de Salamanque qui recherchaient des informations sur l’examen d’entrée à la faculté de traduction. Lorsque je l’ai passé, j’ai eu du mal à trouver des informations sur le sujet et je souhaitais donc apporter ma pierre à l’édifice en créant mon blog ! Et, en effet, de tous mes articles, celui sur l’épreuve d’admission est le plus lu et le plus commenté.

Et que penses-tu de l’utilisation des réseaux sociaux pour un traducteur indépendant ? Est-ce indispensable ?

Je trouve que le fait d’être visible sur les réseaux sociaux permet d’avoir davantage de contacts, ce qui, plus tard, peut permettre aux traducteurs de se trouver davantage de clients. Néanmoins, je pense que si un traducteur préfère se déplacer, rencontrer d’autres personnes et sait comment s’y prendre, les réseaux sociaux ne sont pas forcément nécessaires.

Reçois-tu beaucoup de messages d’autres traducteurs qui lisent ton blog ?

Je reçois surtout des messages d’étudiants qui me posent des questions concernant leur cursus universitaire ou de jeunes diplômés qui ne savent pas vraiment comment se lancer sur le marché. 😊

Et que penses-tu de la situation des traducteurs indépendants en Espagne ?

En Espagne, la cotisation que doivent payer les traducteurs indépendants est très élevée, mais ces 276 euros (minimum) que nous payons chaque mois comprennent l’accès à un système de sécurité sociale que d’autres pays n’ont pas. Ailleurs, la cotisation est peut-être moins élevée mais le traducteur doit en contrepartie souscrire à une assurance santé très chère.

Tu parles également beaucoup de l’image que les gens ont généralement des traducteurs…

Oui, selon moi, et comme c’est le cas pour de nombreuses autres professions, peu de personnes savent exactement en quoi consiste notre travail. Beaucoup s’imaginent que nous traduisons tous des livres et ne pensent pas forcément que les messages qui sont lus au quotidien (qu’il s’agisse de publicité, de sites internet, de modes d’emploi ou de séries télévisées) peuvent être le fruit de notre travail. Ce n’est pas une critique, je pense que c’est à nous, traducteurs, d’expliquer en quoi notre travail consiste.

Je reviens d’un mois passé à Porto et d’un autre passé à Athènes et, lorsque je rencontrais des locaux et que je leur expliquais que j’étais traductrice et que je restais plusieurs semaines sur place, ils me regardaient, incrédules, se demandant comment je faisais pour vivre de ce « passe-temps » tout en prenant des « vacances » de plusieurs semaines. Je devais donc leur expliquer que, que je sois chez moi à Madrid ou à l’étranger, mon travail était exactement le même et que cette activité était bel et bien mon seul métier. Dès lors, je me réjouissais de les entendre me dire « Quel beau métier vous faites ! ».

Voudrais-tu continuer à travailler plus tard en tant que traductrice indépendante ? Quels sont tes projets ?

Je souhaite surtout faire mon possible pour continuer à m’épanouir dans mon travail. Actuellement je suis traductrice indépendante, c’était mon rêve et mon principal objectif, alors… mission accomplie. Qui sait quel autre objectif m’attend dans le futur ? 😉

 

Je remercie encore une fois Merche pour sa gentillesse et sa disponibilité ! N’hésitez pas à la contacter (en espagnol ou en anglais) si vous souhaitez en savoir plus sur son blog et sa carrière, elle adore les questions ! 😊

 

Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ?

Article original en anglais How much do freelance translators earn? Is it enough? rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction française de Rémy Proye, étudiant en M1 TSM à l’Université de Lille.

NB : L’article original date de 2011 ; les choses ont naturellement évolué depuis.

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Les traducteurs indépendants débutants veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) combien ils peuvent espérer gagner sur notre marché. Les traducteurs indépendants expérimentés, quant à eux, veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) s’ils touchent assez d’argent par rapport aux efforts qu’ils consacrent à leur travail. Alors, combien gagnent les traducteurs indépendants ?

 

  • L’American Translators Association (ATA) effectue une enquête sur les revenus tous les deux ou trois ans : vous pouvez acheter le rapport complet ici ou lire le résumé opérationnel gratuitement (liens en anglais). Les dates ici sont un peu confuses : les tableaux de données dans le résumé indiquent qu’ils datent de 2006, le fichier lui-même est nommé 2007 et le résumé opérationnel a paru dans l’ATA Chronicle en février 2008. Selon cette enquête, le traducteur indépendant moyen à temps plein touche un peu plus de 60 000 dollars ; mais les répondants américains ont fait état d’une grande disparité de revenus selon qu’ils sont ou non certifiés ATA (revenu moyen de 72 000 dollars pour les traducteurs agréés contre 53 000 dollars pour les non agréés).
  • Le Bureau of Labor Statistics (BLS) possède également des informations, et elles sont encore plus disparates. Le BLS rapporte qu’en mai 2008, le salaire moyen des traducteurs et interprètes était d’environ 38 000 dollars (brrr !), les 10 % les plus élevés percevant plus de 69 000 dollars et le spécialiste linguistique moyen du gouvernement fédéral touchant en moyenne 79 000 dollars.
  • PayScale.com (en anglais) possède quelques brèves informations sur les traducteurs et les interprètes, organisées par années d’expérience.

Je pense que le problème avec la plupart de ces enquêtes, c’est qu’elles ne sont pas assez spécifiques aux cas individuels. Par exemple, une personne qui travaille 35 heures par semaine et prend 6 semaines de vacances est-elle à temps plein ou à temps partiel ? Est-ce que quelqu’un qui travaille au bureau d’un client 2 jours par semaines et pour des clients indépendants 3 jours par semaine est à son compte ou à l’interne ? Faut-il tenir compte du volume de traduction ? Si vous avez touché 130 000 dollars l’an passé, mais que vous avez travaillé 70 heures par semaine sans vacances, votre revenu devrait-il être calculé au prorata à 40 heures par semaine de travail avec 4 semaines de congé ? Vous voyez le tableau !

Pour la petite anecdote, je pense que la plupart des enquêtes mentionnées ci-dessus sont orientées vers le bas de gamme du marché. En 2008, j’ai écrit un billet de blog sur Les secrets des traducteurs à six chiffres (en anglais), et depuis, j’ai parlé à de nombreux autres traducteurs indépendants qui ont déclaré ou fait savoir qu’ils touchent plus de 100 000 dollars par an. Je pense que si vous êtes très bon dans ce que vous faites et que vous vous vendez de manière plutôt convaincante, il y a suffisamment de travail pour gagner au moins 75 000 dollars par an en tant que traducteur freelance, même si vous travaillez en conjuguant agences et clients directs. Je dirais qu’à ce stade, tous les traducteurs que je connais, et qui travaillent exclusivement avec des clients directs, perçoivent au moins 100 000 dollars par an.

Mais la vraie question, lorsqu’il s’agit de revenu, est : est-ce suffisant ? Ce « est-ce suffisant » implique beaucoup de facteurs subjectifs, parce qu’il est lié à la question subsidiaire de savoir si vous feriez mieux si vous aviez un emploi différent. C’est là qu’intervient la subjectivité. Par exemple, dans mon cas :

  • Je suis plutôt satisfaite de mes revenus par rapport à la quantité de travail que je fournis. Je gagne plus que la moyenne de l’ATA et j’ai l’impression de travailler moins (peut-être même beaucoup moins) que la plupart des indépendants, en partie à cause de mes engagements familiaux et non professionnels et en partie parce que je pense être plus productive en travaillant une trentaine d’heures par semaine. Cependant, lorsque je regarde comment s’additionnent les avantages du travail à l’interne de mon mari (régime de retraite financé par l’entreprise, assurance, vacances payées, et ainsi de suite), c’est un rappel à la réalité. Si je déduis 15,3 % d’impôt sur le travail indépendant (que je ne paie que sur environ la moitié de mon revenu depuis que j’ai le statut de corporation S[1]), 4 à 6 semaines de vacances non payées et mon régime de retraite autofinancé par mes revenus, le résultat net est incontestablement différent.
  • Mais il y a également les facteurs subjectifs. J’adore l’endroit où nous vivons, et il y a très, très peu d’emplois à l’interne dans notre région pour ce que je fais. La seule option raisonnable, travailler pour un organisme gouvernemental, nécessiterait de conduire plus d’une heure à l’aller comme au retour, et impliquerait un emploi du temps relativement rigide. Il est très important pour moi d’avoir des horaires de travail qui s’harmonisent avec les horaires scolaires de ma fille, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour rester seule à la maison. En réalité, si je voulais un emploi en interne à proximité de chez moi et qui offrirait un niveau de flexibilité similaire à celui d’un freelance, je chercherais probablement à gagner moins de la moitié de ce que je perçois aujourd’hui.

« Assez » dépend également de l’endroit où vous vivez et de la façon dont vous vivez. 75 000 dollars, c’est une somme décente, mais si vous n’avez pas le statut de corporation et que vous payez donc des impôts sur ce montant total, si vous vivez dans un bel appartement dans une grande ville, si vous avez un prêt-auto, un prêt étudiant ou un paiement de carte de crédit et si vous financez votre propre assurance maladie et votre retraite, ce montant diminue rapidement. En revanche, si vous habitez dans une région assez rurale, que vous n’avez pas ou peu de dettes et que vous pratiquez la frugalité freelance (en anglais), vous pourriez probablement économiser 50 % de votre salaire net si vous touchez un salaire brut de 75 000 dollars ou plus.

Chers lecteurs, la parole est à vous. Quel est votre avis sur la question du salaire ?

[1] La corporation S, ou S-corp, est en fait une corporation générale qui obtient ensuite un statut fiscal spécial de l’Internal Revenue Service (IRS). https://www.corpomax.com/creation-societe-usa/types-societes-usa.php

J’ai lu pour vous : Marketing Cookbook for Translators

Par Tom Grimaud, étudiant M1 TSM

 

J’ai lu pour vous Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, de Tess Whitty.

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Durant les mois de mai et juin 2016, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en traduction avec Maéva Orsi, traductrice depuis 2010 et diplômée du Master TSM de l’Université de Lille 3. Si j’ai beaucoup appris à ses côtés, j’ai également eu la chance de recevoir un beau cadeau de sa part, le livre Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career.

Une fois le master en poche, nombreux sont les étudiants à vouloir sauter le pas et se lancer en tant que traducteur freelance. C’est la raison pour laquelle il m’a paru important d’axer mon billet sur cet ouvrage, au vu de l’aide qu’il peut apporter si l’on choisit de devenir indépendant. Le but n’est bien évidemment pas de vous en faire un résumé chapitre par chapitre, d’abord parce que cela serait beaucoup trop long et que mes propos ne vaudront jamais ceux de l’auteure (no spoil please!). L’objectif étant plutôt de savoir pourquoi j’en conseille la lecture et de répondre à la question suivante : en quoi ce livre est-il intéressant pour les traducteurs indépendants ?

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Au fur et à mesure de ma lecture j’en suis venu à la conclusion suivante : cet ouvrage est un outil indispensable pour chaque personne qui souhaite exercer le métier de traducteur freelance. Ce livre est une véritable pépite, avec tout ce qu’il y a à savoir pour devenir un traducteur indépendant totalement optimal. Tout au long de l’ouvrage, il donne des techniques intéressantes et délivre une réflexion très approfondie. L’avantage étant qu’il guide pas à pas du tout début (comme si l’on débutait l’apprentissage d’une langue) jusqu’à la fin, dans les moindres détails (à l’instar de cette langue totalement maîtrisée). D’autre part, il ne s’agit pas d’un livre fastidieux, devenant de plus en plus compliqué au fil de la lecture, au point de vouloir lâcher prise… pas du tout ! Tess Whitty sait très bien comment s’adresser à ses lecteurs, car elle fut dans la même situation qu’eux au départ. En effet, elle n’était pas destinée à faire carrière dans la traduction, ayant suivi des études de marketing. Ainsi, elle est parvenue à mettre ses compétences de marketing en tant qu’experte à profit, à son travail de traductrice indépendante. Traductrice, écrivain et maman comme elle aime le préciser sur son compte Twitter impressionnant, cette Suédoise possède plus d’une corde à son arc et est devenue au fil du temps une grande figure du monde de la traduction, à l’instar de Corinne McKay. Quoi de mieux donc que de suivre les conseils d’une personne qui sait parfaitement ce par quoi vous êtes en train de passer ?

 

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“My hope is that you are able to benefit from this knowledge and apply these simple marketing recipes to your own life and business.”

 

Afin de ne pas rendre cette lecture monotone, elle se sert d’une seule et même métaphore présente tout au long de son œuvre : la « cuisine ». Du garde-manger à l’entrée, en passant par l’accompagnement, pour finir au dessert. Tout ceci dans le but de faire le parallèle entre les outils essentiels pour mener une carrière florissante, en passant par un panorama des différents réseaux sociaux, pour finir sur comment construire son réseau et parvenir à une situation stable. C’est une très bonne méthode, car une œuvre bien structurée permettra toujours de garder l’attention du lecteur et de toujours vouloir poursuivre la lecture.

À propos de la lecture en soit, il ne s’agit pas d’un ouvrage très compliqué. Il contient les termes techniques relatifs au domaine du marketing qui, une fois assimilés, rendent la lecture aisée. De plus, si l’on peut souvent avoir l’impression que Tess se répète, ce n’est pas le cas. En effet, elle prend son temps lorsqu’il s’agit d’expliquer, en rentrant toujours plus dans les détails, nous délivrant le plus d’informations possible sur un même thème. Par exemple, faire un CV : ce qu’il faut y mettre, ce qu’il y a à éviter, les étapes, les conseils, la partie « pour aller plus loin » (en l’occurrence ici, il s’agit de savoir comment protéger son CV une fois ce dernier constitué) et enfin, la webographie afin de se renseigner davantage si besoin est. En effet, à chaque fin de partie, Tess mettra toujours à disposition les ressources et liens qu’elle a utilisée afin de rédiger son contenu : un bon moyen de toujours vouloir en savoir plus. C’est bien la preuve d’une œuvre maîtrisée de bout en bout, et que rien n’est laissé de côté.

 

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En résumé, la tâche ne s’annonce pas facile. Le processus est très long à se mettre en place si l’on veut voler de ses propres ailes et nombreux sont les obstacles à franchir si l’on veut réussir à devenir un traducteur freelance totalement optimal. Nombreux peuvent être les doutes et les craintes lorsque l’on se lance dans un tel projet : combien de temps met-on à avoir ses premiers clients ? À partir de quand notre situation devient-elle stable ? Suis-je capable de me lancer dans une telle aventure ? Toutes ces questions paraissent normales, puisqu’il faut être capable de se débrouiller en parfait autonomie : les résultats dépendront uniquement de votre investissement, car vous êtes le chef de votre propre restaurant. Mais comme le dit si bien Tess : si l’envie et la passion sont bel et bien présentes, alors rien ne pourra entraver votre objectif. Car si le livre met en garde et nous avertit de ne pas faire l’impasse sur telle ou telle partie, il rassure tout même beaucoup et donne toutes les cartes en main pour que son lecteur mène une carrière florissante.

“Good luck with cooking up the career and lifestyle you want as a freelance translator!”

 

 

Je tiens à remercier Maéva Orsi pour toute sa confiance et pour l’envoi de cet ouvrage.

Référence :
Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, Tess Whitty, CreateSpace Independent Publishing Platform, 27 novembre 2014, 280 pages.

Où sont nos étudiant.e.s stagiaires ?

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Chaque année, les étudiant.e.s du Master TSM effectuent un stage au sein d’une agence de traduction, d’une entreprise spécialisée dans les services linguistiques, d’une organisation publique, ou encore auprès d’un traducteur/d’une traductrice indépendant.e selon certaines conditions. Le stage est d’une durée de 2 mois minimum en M1 et d’une durée de 6 mois en M2. Il donne lieu à la rédaction d’un rapport de stage et à une soutenance. Une Charte des Stages précise définit le cahier des charges à respecter afin d’assurer l’adéquation entre le stage sur le terrain et le diplôme visé.

Le marché de la traduction étant un marché mondialisé, l’un des deux stages se fait à l’étranger, et les étudiant.e.s TSM en profitent : cette année, plus de la moitié d’entre eux a choisi un stage à l’étranger (Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Hong Kong).