La traduction culinaire : pas aussi simple qu’on pourrait le croire !

Par Pauline Gonnet, étudiante M1 TSM

La traduction culinaire, quoi de plus simple ? pourrait-on penser. Quelle difficulté y a-t-il à traduire le nom d’un plat ou bien une recette ? En partant de ce postulat, la tentation est grande d’utiliser la traduction automatique. Pourtant, les traducteurs spécialisés dans ce domaine sont unanimes : le culinaire est une spécialisation comme une autre et comme toute spécialisation, elle a ses propres difficultés mais également ses propres stratégies de traduction. Mais avant de nous pencher sur cette question, reprenons depuis le début.

La traduction culinaire, qu’est-ce que c’est ?

La traduction culinaire est un domaine très vaste puisqu’elle englobe à la fois la traduction de menus et de sites Internet de restaurants, de livres de recettes, d’étiquettes de produits alimentaires et bien d’autres textes encore.

C’est une spécialisation qui a de beaux jours devant elle en raison de la mondialisation toujours galopante et de l’intérêt grandissant de la population pour la cuisine et la gastronomie, comme en témoigne le nombre croissant de programmes télévisés, de blogs de cuisine ou de nouveaux livres de recettes en vente en librairie ou sur Internet. La popularisation de différents régimes alimentaires tels que le végétarianisme, le véganisme ou encore le crudivorisme favorise également cet essor.

Une spécialisation pas si évidente

Maintenant que nous avons posé les bases voyons pourquoi la traduction culinaire est plus difficile qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, l’alimentation et la nourriture sont des éléments intimement liés à la culture d’un pays ou d’une région, tout autant que sa langue. Le traducteur culinaire doit donc être familiarisé avec les références culturelles des termes culinaires dans le texte source avant d’évaluer les possibilités de traduction dans la langue cible.

En outre, comme l’a très justement souligné Gwenaël Gillis dans son billet de blog, lorsqu’il s’agit de traduction de recettes, certains ingrédients ne sont pas disponibles dans le pays dans lequel la traduction est destinée à être publiée. Le traducteur culinaire aura donc pour mission de trouver le meilleur équivalent afin que la recette puisse être réalisée (et bien évidemment réussie !) par le lecteur.

De plus, dans le domaine de la traduction culinaire un pays présentera des spécificités propres que nous ne retrouverons pas chez d’autres nations. L’exemple le plus évident que l’on pourrait donner pour illustrer ce constat est l’utilisation des grammes et des litres issus du Système international de mesures à mettre en parallèle avec celle des onces, des livres et des onces liquides du Système d’unités impériales, encore en vigueur dans certains pays. Mais ceci s’applique aussi à l’utilisation d’ustensiles particuliers ou à la façon de découper la viande de bœuf, qui est différente en France et aux États-Unis par exemple.

Pour les recettes de cuisine et les menus notamment, le traducteur culinaire aura pour mission de rendre la description des plats attrayante. Si ce n’est pas le cas, la traduction risque de manquer sa cible : le cuisinier en herbe ne sera pas tenté d’acheter le livre de recettes ou le touriste en quête de nouvelles saveurs se rendra dans un autre restaurant où le menu le mettra plus en appétit.

Vient enfin la difficulté des plats typiques : comment traduire des noms de spécialités d’un pays tels que le cocido madrileño espagnol ou les Knödel autrichiens pour qu’ils soient compris par un lectorat étranger ?

Face à toutes ces difficultés nous allons donc voir les différentes astuces et stratégies dans le domaine de la traduction culinaire.

Comment bien traduire le culinaire ?

Comme peut l’être la traduction de jeux de société, la traduction culinaire est avant tout une histoire de passion. Le traducteur peut être amené à tester lui-même les recettes afin de trouver les meilleurs équivalents dans le cas d’un ingrédient qui ferait défaut dans le pays où le livre de recettes sera publié. Si passer du temps en cuisine à tester de nouvelles recettes ou regarder des émissions culinaires vous rebute, vous spécialiser dans ce domaine risque d’être compliqué.

Outre avoir la fibre culinaire, connaître la terminologie et les spécificités propres à ce domaine est indispensable. Comme n’importe quel autre domaine de spécialisation, il n’y a pas de secret : se former. Suivre des ateliers de cuisine, lire des magazines spécialisés et même échanger avec des artisans (boulanger, chocolatier, traiteur…) ou le chef du restaurant dont vous allez traduire le menu vous permettra d’engranger des connaissances et d’employer la terminologie exacte.

Enfin, il est nécessaire de connaître les différentes stratégies de traduction propres au domaine de la gastronomie et du culinaire et de savoir dans quelles circonstances les appliquer.

La première stratégie de traduction dans le domaine culinaire sera donc… l’absence de traduction, aussi appelée emprunt. En effet, lorsque le traducteur est confronté à un mot qui est devenu courant dans sa langue, telle que la pizza en France ou dans de nombreux autres pays, il n’aura pas à chercher la traduction bien loin !

La deuxième possibilité consistera en un emprunt (encore !) mais accompagné d’une explication du contenu du plat ou de la signification d’un ingrédient. C’est la stratégie qui est bien souvent adoptée pour les plats typiques afin, par exemple, qu’un touriste de langue anglaise qui passerait ses vacances du côté de Lille ou en Belgique et qui consulterait un guide touristique qui vante les spécialités locales ou encore un menu de restaurant sache ce qu’est un potjevleesch.

Vient ensuite la stratégie du calque qui consiste, quant à elle, en une adaptation mot à mot dans une autre langue. Celle-ci est, par exemple, utilisée pour le mot hot dog qui, en espagnol, se traduit par perrito caliente.

Enfin, la dernière option, et c’est là où les choses se compliquent pour le traducteur, sera la traduction par substitution. Comme nous l’avons vu précédemment, les recettes de cuisine font parfois appel à des ingrédients qui ne sont pas disponibles dans d’autres pays ou bien encore à des pièces de viande qui ne sont pas forcément identiques d’un pays à l’autre. À charge pour le traducteur de trouver la meilleure alternative à ces fameux ingrédients pour que la recette, une fois réalisée, soit aussi appétissante et savoureuse que l’originale.

Conclusion

Compte tenu de la multiplicité des types de textes pouvant être traduits et des différents destinataires, les difficultés inhérentes à la traduction culinaire sont bien plus nombreuses que ce que l’on pourrait imaginer. Pour cela, toute personne souhaitant se lancer dans ce domaine doit être vraiment intéressée par la gastronomie et acquérir une solide formation. Il lui est également indispensable de savoir quelle stratégie de traduction adopter en fonction du texte source mais aussi de la personne amenée à lire la traduction.

La traduction culinaire est donc une spécialisation très sérieuse, et quand on voit les ravages que peuvent provoquer la traduction automatique ou les personnes qui s’improvisent traducteurs culinaires, on comprend facilement pourquoi !

Bibliographie :

ARIFIN, Zainal, Translation Strategies of Specific-Culture Terms in the Tourism Text “Wisata Kuliner di Kota Batik”, ADJES (Ahmad Dahlan Journal of English Studies) [en ligne], 2019, Vol.6, No1, mis à jour le 22 mars 2019 (consulté le 12 juin 2021) pp. 37-44. <http://journal.uad.ac.id/index.php/ADJES/article/view/8676/pdf_23>

BUZÓN CARBAJO, José Antonio. “La traducción profesional en la gastronomía”. In Tatutrad. Site de Tatutrad Traductores. [en ligne]. Séville, Tatutrad S.L, mis à jour le 10 mars 2021 (consulté le 12 juin 2021) <https://tatutrad.net/la-traduccion-gastronomica/>

CHIARO, Delia, ROSSATO, Linda, Food and translation, translation and food. The Translator [en ligne], 2015, vol. 21(3), mis en ligne le 08 décembre 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 237-243. <https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13556509.2015.1110934>

GIOVANGRANDI, Anne-Charlotte. “A Tasty Introduction to Culinary Translation”. In Translatorial. Site de Translatorial, Journal of the Northern California Tranlators Association. [en ligne]. San Francisco, Northern California Tranlators Association, mis en ligne le 18 janvier 2021 (consulté le 12 juin 2021) <http://www.translorial.com/perspective/a-tasty-introduction-to-culinary-translation/>

GONZÁLEZ-VERA, Pilar. Food for Thought: the translation of culinary references in animation. Íkala, Revista de Lenguaje y Cultura [en ligne], 2015, vol. 20(2), mis à jour le 23 février 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 247-264. <http://www.scielo.org.co/pdf/ikala/v20n2/v20n2a7.pdf>

PETIT, Céline, Vivre avec un traducteur culinaire. Traduire [En ligne], 231 | 2014, mis en ligne le 01 décembre 2016 (consulté le 12 juin 2021). <http://journals.openedition.org/traduire/658>

Les défis de la localisation de jeux vidéo

Par Loreen Lesaffre, étudiante M1 TSM

Tout d’abord, la localisation, c’est adapter un texte source à une audience cible en modifiant ses aspects sociaux, culturels, linguistiques, juridiques, et bien d’autres : un concept qui est donc très important lors de la localisation d’un jeu vidéo, puisqu’il est primordial de transmettre le même niveau de divertissement d’une langue à une autre, d’une culture à une autre. L’équilibre entre une domestication totale du texte et une conservation de la culture d’origine varie selon les jeux, les genres, les approches des créateurs de jeux vidéos etc., bien que la plupart du temps, une domestication soit préférée pour mieux atteindre l’audience ciblée.

Le domaine de la localisation de jeux vidéo est assez récent, puisqu’il apparaît dans les années 90 avec la démocratisation et l’expansion de ce marché dans le monde : les jeux vidéo ont besoin d’une bonne localisation, et non plus d’une traduction amateur faite par les développeurs juste avant leur sortie. Le chemin vers cette bonne localisation est cependant semé d’embûches. En effet, il faut faire face à de nombreuses difficultés pour garantir aux joueurs la meilleure expérience de jeu possible. Quelles sont-elles ?

Technicité et créativité

La localisation de jeux vidéo, comme tout autre type de localisation, implique de nombreuses règles à respecter afin de transcrire le format numérique au mieux possible. Un nombre de caractères limité (voire très limité sur certains supports) pour que le texte ne dépasse pas des boites de dialogue, des balises à placer rigoureusement pour qu’elles affichent la bonne variable, une terminologie très spécifique… Ces principes techniques sont primordiaux pour assurer une expérience de jeu immersive : quel que soit l’univers vidéoludique dans lequel nous nous trouvons, il est difficile d’ignorer une phrase mal découpée ou des symboles qui ne devraient pas être là.

Si ces notions techniques sont importantes, la créativité l’est autant. En effet, le jeu vidéo est maintenant un média qui peut contenir des dialogues et des histoires dignes d’un film, et qui peut être considéré comme un art. Il faut donc respecter l’univers, les personnages etc. pour transmettre les mêmes émotions que celles du jeu en langue source. Pour cela, il faut faire appel à son imagination. Ce travail relève parfois de la transcréation, c’est-à-dire une réécriture totale du texte source par le traducteur. De nombreux aspects d’un jeu vidéo sont concernés, entre autres :

  • les noms : que ce soit des noms d’objets ou de lieux imaginaires, il faudra souvent les adapter à la langue cible. En effet, beaucoup de noms inventés sont en fait une composition de mots déjà existants dans une langue. Pour les noms et prénoms de personnages, c’est encore une autre histoire. Il peut être avisé de localiser certains noms, si ceux-ci sont des jeux de mots par exemple ;
  • l’humour : c’est bien connu, chaque culture a son propre humour et il est impossible de transcrire littéralement des blagues et des jeux de mots d’une langue à une autre. Il faudra faire preuve d’imagination pour trouver une autre blague qui correspondra au contexte ;
  • les dialectes et façons de parler : quand un personnage a un accent ou une façon de parler spécifique, il faudra parfois l’adapter si la situation géographique du jeu diffère entre les langues ;
  • les références culturelles : chaque pays a ses références culturelles, que ce soit en musique, en cinéma, en termes d’histoire, et même si certaines sont mondialement connues, il peut être utile de les adapter à l’audience cible pour qu’elle comprenne mieux et se sente incluse ;
  • la poésie et le chant : les univers vidéoludiques sont parfois si travaillés qu’ils ont leurs propres poèmes et chansons. À nous traducteurs de réveiller le poète qui est en nous et de retranscrire le même message et les mêmes émotions que les paroles d’origine, tout en conservant au mieux la forme et les rimes.

Une chose est sûre : il faut connaître le skopos de la localisation d’un jeu en particulier avant de se lancer. Selon le contexte dans lequel ce jeu se situe, il ne sera pas forcément obligatoire de localiser chaque nom ou aspect culturel.

Un manque de reconnaissance

La localisation de jeux vidéo est, malheureusement, un domaine peu reconnu. Contrairement à d’autres domaines où les lecteurs ne se rendent même pas compte qu’ils font face à un texte traduit, il est rare de ne voir aucune critique négative concernant la localisation d’un jeu vidéo, que ce soit pour une erreur dans le texte à cause d’un manque de contexte, ou une incompréhension de la stratégie de localisation par le grand public, qui souhaite souvent une version du jeu quasi identique à la version originale (ce qui va à l’encontre du concept même de la localisation).

L’audience a souvent du mal à prendre en compte le processus de localisation d’un jeu vidéo (qui peut parfois comprendre des millions de mots pour les plus gros titres), et les difficultés que celui-ci implique. Par exemple, avant la sortie d’un jeu, pour des questions de confidentialité ou autre, en plus d’être quasiment sûres de ne pas apparaître dans les crédits, les personnes en charge de la localisation ne recevront que peu, voire pas du tout de contexte. Il peut donc être difficile de comprendre où sera placé un texte, surtout lorsqu’il s’agit de simples mots présents dans les menus.

Conclusion

La localisation de jeux vidéo est un domaine bien spécifique, qui demande à la fois d’être rigoureux sur les aspects techniques et d’être assez créatif pour transcrire des jeux qui peuvent parfois s’apparenter à de réelles œuvres d’art. Bien que ce soit un domaine passionnant, il faut donc prendre son courage à deux mains et faire preuve de créativité pour faire face aux difficultés rencontrées. Il est important de prendre en compte les retours des joueurs, qu’ils soient négatifs ou positifs, et de respecter l’univers du jeu vidéo afin d’évaluer quelle stratégie adopter lors de la localisation : chaque jeu est unique en son genre, et comme pour toute traduction, la stratégie qui marchera à tous les coups n’existe pas !

Pour plus d’informations au sujet de la localisation de jeux vidéo, je vous conseille de lire ce billet de blog.

Bibliographie

O’HAGAN, Minako. Le plaisir avant tout : la localisation des jeux vidéo japonais. TTR: Traduction, terminologie, rédaction, 2009, 22 (1), p.147-165. ISSN: 0835-8443

MANGIRON, Carme. Found in Translation: Evolving Approaches for the Localization of Japanese Video Games. Arts (Basel), 2021, 10 (1), p.9. ISSN: 2076-0752

CHANDLER, Heather Maxwell, DEMING, Stephanie. The game localization handbook. Sudbury : Jones & Bartlett Learning, 2012. 369 p. ISBN : 978-0-7637-9593-1

ALPHATRAD. Tout savoir sur la traduction de jeux vidéo. ALPHATRAD FRANCE [en ligne]. 5 mai 2020. [Consulté le 01/06/2021]. Disponible à l’adresse : https://www.alphatrad.fr/actualites/traduction-jeux-videos-tout-savoir

BERNAL, Miguel. “On the Translation of Video Games.” The Journal of Specialised Translation. [en ligne]. Juin 2021, 6. [Consulté le 01/06/2021]. p.22-36. Disponible à l’adresse : https://www.jostrans.org/issue06/art_bernal.php

Traduction marketing et réseaux sociaux : le nouveau tandem de choc ?

Par Ilénia Agloboe, étudiante M1 TSM

La traduction dans le domaine du marketing, qui existe depuis déjà très longtemps, pourrait prendre un tout nouveau tournant. En effet, en tant qu’internaute assez active sur les réseaux sociaux, un élément m’a rapidement sauté aux yeux : et si tout cet engouement autour de la création de contenus, des réseaux sociaux et de la montée des créateurs et créatrices de contenus étaient la nouvelle direction de la traduction marketing ? Nous allons aborder cette perspective en plusieurs points.

Au commencement était le marketing 1.0

Si à ses débuts, le marketing reposait essentiellement sur le contenu diffusé sur les sites web, les affiches, les publicités télévisées, ou encore les flyers (contenus souvent traduits dans une démarche d’internationalisation de la part des entreprises), les choses ont énormément changé ces dernières années. En effet, l’arrivée des réseaux sociaux et cette nouvelle manière de créer du contenu ont changé la donne. Selon un article du blog Conversationnel, « Que ce soit Facebook, Instagram, Snapchat ou Twitter, on entend parler tous les jours de réseaux sociaux et stratégie social media. La raison ? Près de trois milliards de personnes en sont des utilisateurs actifs à travers le monde. Ces plateformes font désormais partie intégrante de la vie quotidienne des consommateurs. Avec eux sont apparus de nouveaux métiers, de nouvelles stratégies et de nouvelles pratiques de communication […] ».

D’autres plateformes telles que YouTube ou les blogs peuvent également être citées. Ce nouveau virage numérique a aussi entrainé le développement de nouvelles stratégies au sein des entreprises qui doivent aujourd’hui s’adapter aux nouveaux codes de consommation que sont : la proximité et l’interaction via les réseaux sociaux avec les consommateurs, la création de contenus engageants, courts, innovants et percutants, le storytelling, etc.

Ces changements impactent également le domaine de la traduction marketing, car les contenus traduits ne sont plus tout à fait les mêmes, mais offrent un nouveau champ des possibles aux acteurs de ce secteur.

Réseaux sociaux : la nouvelle donne

Instagram, le réseau social essentiellement porté sur l’image, a entrepris une démarche dans ce sens en ajoutant l’option traduction, qui pour le moment n’existe que dans quelques langues. En effet, selon le blog Frandroid « […] Instagram précise que toutes les langues ne seront pas disponibles pour la traduction et qu’il est possible que les anciens commentaires et légendes ne soient pas traduits. ». Ce nouveau terrain représente donc une opportunité pour les traducteurs, car après test personnel de cette fonction, une amélioration pourrait être apportée en termes de pertinence de la traduction automatique des contenus, d’efficacité de l’outil ainsi que l’introduction d’un plus grand nombre de langues.

Toujours dans le contenu écrit, les blogs axés sur le contenu marketing et la promotion de produits s’avèrent également être une piste non négligeable. En effet, selon tradutec.com « Avec les traductions pertinentes de vos articles de blog, vous touchez un public à l’international et vous gagnez en crédibilité auprès de lui. C’est donc un atout hautement concurrentiel. Le blog vous ouvre les portes d’un marché étranger, car la traduction de votre site web ne suffit pas. Avec un blog aux contenus régulièrement actualisés et travaillés pour répondre aux exigences du référence naturel (SEO), les clients potentiels de la langue traduite trouveront facilement votre entreprise sur le web. » Là encore, il s’agit d’une autre opportunité pour les traducteurs et traductrices spécialisés dans le marketing, ou alors pour ceux qui y pensent. Un service de plus à proposer, notamment aux clients directs issus de ce secteur.

Pour clôturer cette analyse, nous allons maintenant nous intéresser aux contenus vidéo, particulièrement à la création de contenus sur YouTube. D’après libcast.com « […] grâce à la transcription de la vidéo, votre audience sera en mesure de comprendre une vidéo sans mettre le son et ainsi assimiler le message principal de la vidéo. L’engagement de lecture sera donc meilleur sur la vidéo lorsqu’elle sera regardée sans son, mais avec des sous-titres. ». Piste déjà existante, elle pourrait prendre la forme d’une nouvelle proposition de services de la part d’un traducteur ou d’une traductrice audiovisuel auprès de créateurs ou créatrices de contenus sur YouTube qui font la promotion de produits ou services. Il s’agirait certes d’un investissement pour eux, mais d’un investissement qui constituerait une sorte d’USP (Unique Selling Point ou Argument de Vente Unique). Il s’agit donc d’un avantage concurrentiel par rapport aux autres acteurs de ce domaine. Le traducteur ou la traductrice en ressortirait également gagnant, car cela constituerait non seulement une belle expérience, mais aussi un bon point pour pouvoir proposer ce type de service à d’autres clients.

L’apport véritable de la traduction

Traduire ces contenus rentre en effet dans une nouvelle forme de stratégie d’internationalisation de la part d’une marque ou d’une entreprise, car elle permet de toucher plus de monde, et par conséquent, d’avoir plus de clients. La traduction donne également l’opportunité à une structure de transmettre dans une ou plusieurs langues étrangères son message, ses valeurs et de nouer ainsi une relation avec des consommateurs étrangers, mais qui font partie intégrante de sa niche. De plus, cette dernière fera vivre aux divers clients la même expérience en s’adressant directement à eux avec les codes linguistiques qui leurs sont familiers.

Pourquoi faire appel à un traducteur humain pour ce type de contenus ?

À cette question, la réponse est toute simple : une machine ne pourra jamais remplacer le cerveau humain. En effet, le domaine du marketing est un secteur qui nécessite une bonne dose de créativité. L’exercice s’intensifie encore plus lorsqu’il faut passer d’une langue à une autre, car un certain nombre de paramètres sont à prendre en considération, tout en veillant à véhiculer dans les diverses langues le message et les valeurs de la marque en question. Enfin, afin d’éviter des erreurs assez graves telles que les fautes de sens, il vaut mieux faire appel à un professionnel en la matière plutôt que de se fier entièrement à Google Translate par exemple. Quelques informations complémentaires sont données dans cet article.

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive, d’autres opportunités se créent de plus en plus, aussi bien dans le marketing, les domaines du numérique, que dans d’autres secteurs. Il est donc important pour les traducteurs et traductrices déjà en exercice et ceux en devenir de rester à l’affût des divers changements de notre ère afin de savoir sur quel point s’améliorer et quoi intégrer comme nouveauté à leur activité afin de booster leur compétitivité.

Bibliographie

conversationnel. social-media-change-maniere-marques-communiquent. https://www.conversationnel.fr/social-media/social-media-change-maniere-marques-communiquent.

frandroid. 365239_instagram-va-automatiquement-traduire-contenu-langue-etrangere. https://www.frandroid.com/android/applications/365239_instagram-va-automatiquement-traduire-contenu-langue-etrangere.

libcast. 4-raisons-pour-lesquelles-vous-devriez-sous-titrer-vos-videos. https://libcast.com/4-raisons-pour-lesquelles-vous-devriez-sous-titrer-vos-videos/#:~:text=sous%2Dtitr%C3%A9e%20!,avec%20des%20sous%2Dtitres.

Pénélope Girod. traduction-marketing-et-transcreation-remparts-contre-la-traduction-machine. https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/12/17/traduction-marketing-et-transcreation-remparts-contre-la-traduction-machine/.

tradutec. faut-il-faire-traduire-son-blog-dentreprise-explications-et-exemple-concret. https://tradutec.com/blog/faut-il-faire-traduire-son-blog-dentreprise-explications-et-exemple-concret/#:~:text=Avec%20les%20traductions%20pertinentes%20de,site%20web%20ne%20suffit%20pas.

La traduction des jeux de société : quand passion rime avec spécialisation

Par Éloïse Petitjean, étudiante M1 TSM

Dans ma famille, les jeux de société, c’est sacré. Tous les dimanches après manger, c’est la tradition. Jeux de cartes, jeux de plateau, jeux de stratégie, ou tout simplement un bon jeu d’ambiance. On ne s’en lasse pas ! Alors un jour, quand mon père m’a dit : « Dis, tu pourrais me traduire cette règle d’extension ? Elle est en anglais, et le jeu vient de sortir ! », j’ai décidé de me plonger dans ce domaine pour en apprendre davantage. Mais alors, concrètement, quelles sont les infos à connaitre avant de se lancer ?

Pour avoir des réponses à mes questions, j’ai décidé de mener mon enquête sur le sujet. Toutes les informations que je vais vous présenter dans ce billet proviennent directement des réponses fournies par des traducteurs ou traductrices spécialisés dans les jeux de société. Après tout, qui de mieux placé pour en parler ?

Je tiens donc à remercier Maïlys Lejosne-Le Calvez (FAE Traduction), Marie-Laure Faurite & Séverine George (Tradixit), Armelle Reinach (Akalita), Amélie Vergne (La Linguistiquerie), et David Simon (David Traduction), pour leur aide précieuse, et le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder !

Avant tout, quelles sont les spécificités de ce domaine de traduction ?

La traduction des jeux, aussi appelée traduction ludique, est un domaine plutôt vaste. En effet, on y trouve différents types de sous-domaines : jeux de plateau classiques, jeux éducatifs, jeux d’enquête, escape game à jouer chez soi, jeux stratégiques, livres de jeux de rôle, et bien d’autres encore… De plus, les thématiques sont très variées et diversifiées : fantastique, aventure, histoire, environnement… Chaque jeu a son histoire, et permet de découvrir un nouvel univers.

La première chose importante à prendre en compte avant de traduire est donc d’identifier le public auquel le jeu s’adresse. Est-il destiné à des enfants, une famille, des experts ? Le registre ne sera ainsi pas le même en fonction du public cible. Eh oui, un enfant de 3 ans ne joue pas de la même manière qu’un fan des Colons de Catane ! La terminologie doit être adaptée, pour pouvoir s’adresser de façon plus naturelle aux joueurs. En outre, il faut également prendre en compte le fait que le lectorat ne correspondra pas toujours aux personnes qui vont jouer au jeu. Par exemple, dans le cas d’un jeu adressé à des enfants, il est important de garder à l’esprit que ce sont les parents qui liront la boîte et les règles.

Par ailleurs, pour traduire dans ce domaine, on doit apprendre à jongler entre règles techniques et univers plus créatif. Comme le soulignent les traducteurs interrogés, l’écriture des règles est bien plus technique et codifiée que la traduction du jeu en lui-même. La traduction doit être concise, précise, et sans aucune ambiguïté : elle est similaire à un mode d’emploi. En revanche, traduire les autres éléments du jeu peut s’apparenter à de la traduction littéraire et artistique, voire à de la transcréation. Par exemple, c’est le cas pour les noms de personnages, où l’originalité et la créativité sont essentielles. Certains passages peuvent aussi être plus narratifs, avec des clins d’œil, des références humoristiques, des jeux de mots… Ce domaine de spécialisation allie donc précision et créativité. Ainsi, un bon traducteur de jeux de société fait preuve d’une grande rigueur.

En outre, il faut aussi prendre en compte les contraintes d’espace : les éléments du jeu ne s’adaptent pas à la traduction, mais la traduction s’adapte aux éléments du jeu ! Par exemple, pour traduire une carte, le texte doit être relativement court en fonction de l’espace disponible… Le lexique doit également être pris en compte pour garder une cohérence entre les règles et le jeu, et éviter de perdre le lecteur en cours de route (la lecture d’une règle de jeu n’est pas la chose la plus facile…). L’organisation est donc primordiale.

Bien entendu, avant de traduire un jeu, il est aussi nécessaire de se renseigner sur son univers. Existe-t-il d’autres jeux dans la même collection ? Des éditions précédentes ? Si d’autres jeux ou d’autres supports liés au projet ont déjà été traduits, la terminologie déjà présente doit être réutilisée (par exemple en récupérant le nom des cartes, personnages, termes sur le plateau…). Cela implique donc de poser de nombreuses questions aux auteurs ou éditeurs de jeux. La communication est essentielle tout au long du processus de localisation afin de comprendre les choix de traduction, se mettre d’accord sur la stratégie à adopter pour le public francophone, et le ton souhaité pour la traduction finale.

Quels sont les clients principaux ?

Il peut s’agir de clients directs (créateurs et auteurs de jeux) ou d’éditeurs de jeux (maisons d’édition, grandes ou petites). Citons par exemple les studios de jeux de rôle, ou les éditeurs de jeux pour enfants. Cependant, les créateurs passent très souvent par un éditeur : le travail de publication est un métier à part entière. Les distributeurs de jeux peuvent aussi s’occuper de la traduction, mais ces situations sont plus rares. En outre, les grandes maisons d’édition ont parfois un responsable de localisation, qui traduit directement en interne. Elles sont habituées au processus de traduction et de révision. Grâce au bouche-à-oreille, il est également possible de travailler avec des collègues qui n’ont pas les mêmes paires de langues, mais font aussi partie du monde du jeu. Enfin, certaines agences de traduction peuvent parfois proposer des projets de traductions ludiques (jeux en ligne, catalogues de jeux…).

Peut-on traduire uniquement dans ce domaine ?

Rien n’est impossible, mais c’est difficile ! Dans ce domaine lié au divertissement, la concurrence est rude, et le secteur est assez fermé. Par exemple, beaucoup de fans traduisent gratuitement sur les forums. Par conséquent, les tarifs sont plutôt faibles. Il est donc difficile de se faire une place et un nom, à moins d’être bien connu dans la communauté. Le domaine est en effet très relationnel, et basé sur les contacts. Il est important de connaitre les différents acteurs, de démarcher pendant les grands salons ou festivals, afin de tisser un réseau à part.

 Ainsi, il est conseillé de prévoir d’autres domaines de spécialisation, peut-être plus techniques (ou non… !), car la traduction ludique n’est souvent pas suffisante pour un traducteur. Cependant, tous s’accordent sur une chose : traduire dans le milieu du jeu représente une vraie bulle d’air au milieu des projets plus techniques. C’est un milieu amusant et créatif, plus fun, en particulier pour les passionnés de longue date.

Est-il nécessaire d’être joueur pour bien traduire ?

À cette question, les traducteurs et traductrices interrogés sont unanimes : c’est un grand oui ! En tout cas, être joueur permet de plus grandes facilités. Bien entendu, il est possible de traduire un jeu en se renseignant, mais la traduction sera plus difficile, plus longue, et risque d’être moins fluide. Il en va de même pour toute spécialité ! Ainsi, posséder des bases en jeux de société, ou connaitre un type de jeu spécifique, permet de gagner un temps considérable, mais aussi d’améliorer la qualité de la traduction finale. Connaitre le vocabulaire utilisé, les tournures de phrases ou le mécanisme d’un jeu est toujours un avantage. Par exemple, lorsque les contraintes d’espace sont importantes, il est plus facile de synthétiser ou reformuler de manière efficace sans perdre les éléments indispensables à une partie fluide. Un traducteur-joueur apporte donc une forte valeur ajoutée à un projet. Il sait repérer les points faibles d’un livret de règles grâce à son expérience (en effet, des règles mal traduites ou mal rédigées peuvent ruiner l’expérience de jeu…), et apporte un meilleur regard extérieur sur le jeu et sa traduction. Une forte expérience permet aussi de repérer à la lecture du texte source les passages qui risquent de poser problème. Les éditeurs sont donc plus rassurés de confier la traduction à un joueur expérimenté. Enfin, qui dit joueur confirmé, dit aussi ludothèque plus remplie ! Tous ces jeux représentent en quelque sorte un corpus de textes pour le traducteur. Autant de jeux qui permettent de s’inspirer, autant de règles à consulter pour pouvoir analyser la terminologie et la phraséologie utilisées.

Peut-on travailler en équipe sur la traduction d’un jeu ?

Un gros projet demande parfois un travail en équipe (traduction partagée, révision…). Tout repose donc sur la communication, pour savoir harmoniser le vocabulaire commun, à l’aide d’un tableur partagé, ou d’un glossaire. Cela permet d’avoir un accès direct à la terminologie et d’en discuter. La traduction peut parfois s’accompagner d’une relecture, effectuée par un collègue ou par la maison d’édition.

Est-il possible de contacter l’auteur du jeu si nécessaire ?

Tout dépend des projets ! Avec les petits éditeurs, il est possible de poser des questions et de recevoir une réponse rapide. Lors d’une traduction pour un créateur, il est beaucoup plus facile d’obtenir des réponses directement de la part de l’auteur. En revanche, avec les grandes maisons d’édition, l’interlocuteur privilégié sera le chef de projet, qui fera ensuite remonter les questions aux créateurs. Pour les gros projets, il sera donc beaucoup moins évident de contacter l’auteur.

Est-ce que le nom du traducteur apparait dans les règles du jeu ?

La plupart du temps, oui ! Lors de projets avec des éditeurs, les noms apparaissent souvent après les missions de traduction ou de révision. Avec des auteurs de jeux, il s’agit d’en faire la demande, qui est souvent acceptée.

Reçoit-on les jeux au moment de faire la traduction ?

Ce n’est pas toujours possible : avec les créateurs, les jeux sont généralement envoyés pour la traduction, mais avec les maisons d’édition, non. Cependant, les traducteurs peuvent parfois les recevoir a posteriori, une fois les jeux localisés. Et bien sûr, c’est une grande fierté de recevoir la boîte qu’ils ont eux-mêmes traduite et de découvrir le résultat final ! Le jeu n’est pas toujours nécessaire pour la traduction, si le client fournit suffisamment d’informations sur le contexte, accompagnées de photos ou de vidéos du produit. Néanmoins, voir le jeu est toujours d’une grande aide au moment de le traduire. Certains jeux doivent par exemple être testés pour pouvoir être bien localisés (en particulier, les jeux narratifs avec scénario).

Des projets, oui, mais sur quel format ?

De manière générale, les traducteurs travaillent à partir de fichiers .docx ou de .pdf. Il peut s’agir par exemple de tableaux Word fournis par le client avec différentes langues. Toutefois, certains peuvent aussi traduire à partir d’outils de TAO (comme Studio), notamment pour des projets plus importants. En outre, la maîtrise d’InDesign est un atout incontestable dans le milieu, car le logiciel permet aussi de s’occuper de la mise en page (et par la même occasion, d’avoir accès à tous les symboles qui n’apparaitront pas dans un outil de TAO…). En ce qui concerne les missions de révision, elles peuvent s’effectuer à partir de documents PDF, une fois mis en page par les graphistes. Il s’agit alors de vérifier que rien ne manque, et de repérer les éventuelles erreurs restantes. Enfin, certains clients possèdent leurs propres plateformes de localisation (par exemple, si le jeu est lié à une application mobile).

Quelques conseils pour terminer…

Le domaine des jeux de société est en constante évolution. Il faut savoir rester à l’affut des nouveautés francophones, mais aussi internationales : sorties de jeux, évènement dans le monde du jeu, actrices et acteurs du secteur, revues spécialisées… Pour travailler dans ce domaine, le conseil le plus évident est donc… de jouer ! Il est très important d’être soi-même « ludiste », et de jouer beaucoup pendant son temps libre. Cela permet ainsi de découvrir de nouveaux noms, de nouveaux éditeurs, et avant tout, de se perfectionner… tout en s’amusant ! Alors, à vos jeux !

Ce billet est un résumé des réponses fournies par les traducteurs et traductrices interrogés.

Traduire un mode de vie : le véganisme

Par Alice Colar, étudiante M1 TSM

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet controversé mais on ne peut plus d’actualité : le véganisme. A l’instar du marché de la traduction, notre mode de vie évolue. En effet, la traduction a été révolutionnée grâce aux nouvelles technologies et à la mondialisation. Nous, étudiants en traduction, apprenons de nouveaux métiers. De nouveaux sujets font leur apparition et les projets n’ont jamais été aussi nombreux. Nous sommes formés à l’utilisation d’outils dernier cri et à l’avenir, la liste s’agrandira. En parlant d’avenir, je ne vous apprendrai pas qu’en ce moment, l’environnement est une préoccupation majeure chez les citoyens. Nombreux sont ceux qui décident d’adopter un mode de vie responsable. Comme l’explique Sarah Bonningue dans son billet sur la traduction environnementale, le secteur est en plein essor et les besoins en traduction se multiplient. Alors oui, environnement et véganisme vont de pair mais ce mot est également lié à l’industrie de la mode, du divertissement, de l’alimentation, des cosmétiques et de la santé. Peut-être vous êtes-vous déjà dit que le véganisme était partout, que le sujet était trop abordé, ou même que ce n’était qu’une mode. Alors oui, le véganisme est partout et c’est ce que souhaite partager avec vous dans ce billet et non, ce n’est pas une mode, car au vu de la dimension que le mouvement a acquise dernièrement, il est peu probable qu’il s’essouffle.

Le lien est donc fait : le marché de la traduction en plein développement face à un mode de vie qui en fait de même, un nouveau domaine de spécialisation va-t-il naître ? Car nous le savons, en traduction, il y en a pour tous les goûts et les domaines de spécialisation sont parfois très spécifiques, voire étonnants. Le but de ce billet n’est pas de vous convaincre de changer de mode de vie, mais plutôt d’informer ceux qui le souhaitent et de montrer aux convertis que travailler en accord avec ses convictions est possible.

Petit point terminologique

Avant toute chose, il me semble nécessaire de définir le terme véganisme, afin de mieux comprendre ce qui en découlera. En linguistique, le terme a été enregistré de manière officielle en 2015, dans le dictionnaire français Le Petit Robert. C’est un anglicisme, adaptation du terme anglais vegan, syncope du mot vegetarian. Le véganisme est le mode de vie d’une personne végane, « personne qui exclut de son alimentation tout produit d’origine animale et adopte un mode de vie respectueux des animaux »[1]. Cette approche « vise à combattre le spécisme sous toutes ses formes, en s’opposant aux discriminations et violences faites aux animaux (esclavage et marchandisation par l’institution humaine). Ce refus s’exprime au quotidien, autant que faire se peut, par un choix alimentaire végétalien et un mode de vie végane ». [2]

En France, le terme végétalisme intégral est recommandé par la Commission d’enrichissement de la langue française depuis 2015, mais en langage parlé, ce terme n’est quasiment jamais employé et c’est l’influence de l’anglais qui l’emporte.

L’origine de ce concept, contrairement aux idées reçues, ne date pas d’hier : Pythagore, Léonard de Vinci, Gandhi ou encore Nietzsche y faisaient déjà allusion. Au fil du temps, d’autres néologismes sont nés : végétarien, végétalien, flexitarien, pescetarien… Autant de termes spécifiques à la langue française, qui font encore débat et qui peinent parfois à être compris. En effet, ils définissent de nouvelles réalités et il faut un certain temps pour que leur intégration soit totale. Ils ont souvent été traduits de l’anglais et sont proches des termes source. À titre d’exemple, les termes carnism (idéologie qui justifie la consommation de chair animale par les hommes) et specism (croyance humaine selon laquelle une espèce est plus importante qu’une autre) ont été traduits respectivement par carnisme et spécisme et sont régulièrement utilisés. La France doit donc s’adapter aux autres pays, dans lesquels le mouvement est plus important. Ainsi, je dois préciser à mes chères lectrices et à mes chers lecteurs, que tout au long de ce billet, il se peut que le terme vegan apparaisse plus fréquemment que le terme végane, car son nombre d’occurrences est nettement plus important dans les corpus.

Un développement planétaire rapide

La portée mondiale du mouvement est impressionnante. En 2010, les alternatives vegan étaient quasi inexistantes et peu variées dans les grandes surfaces. Dix ans après, ces dernières, ainsi que les magasins biologiques et diététiques, les fast-foods, les restaurants et même les cantines proposent leur gamme, qu’elle soit large ou standard, locale ou importée. Les magasins spécialisés ne sont plus rares dans les grandes villes (Végétal&Vous à Lille, par exemple) et les pays « vegan friendly » se multiplient. Une chose est sûre, des produits naissent tous les jours, dans le monde entier, et ils sont de plus en plus étonnants. En effet, chaque aliment (chorizo, saumon, foie gras, œuf, yaourt, pâtisserie, glace, etc.) et matériau (cuir, laine, etc.) a désormais son alternative. Au vu des entreprises vegan qui naissent et des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui changent de philosophie, la demande en traduction ne peut qu’augmenter. Les importations et exportations permettent à l’offre de s’élargir. Grâce aux nouvelles avancées, il est désormais possible de décliner les produits, d’élaborer de nombreux goûts et textures qui font la joie des curieux, mais surtout des soucieux du bien-être animal, de la protection de l’environnement ou de leur propre santé.

Les traducteurs souhaitant réaliser des projets pour les clients cités ci-dessus ne seront pas déçus. Les gestionnaires de projets ne le seront pas non plus. Je vous invite donc à découvrir quelques-uns des domaines pour lesquels les traducteurs, gestionnaires de projets, post-éditeurs ou réviseurs (et j’en passe !) vegan seront susceptibles d’être appelés.

Traduction culinaire et agroalimentaire

Comme je l’ai expliqué, il existe toujours une alternative, surtout dans l’industrie agroalimentaire. Livres de recettes, émissions et blogs culinaires, menus, sites internet de cuisine, documents HACCP des restaurants (système qui identifie, évalue et contrôle les dangers essentiels pour la sécurité alimentaire), ne sont que quelques exemples de ce que vous pourrez être amenés à traduire. De plus, qui dit nourriture, dit étiquetage. Ceux qui traduiront des étiquettes alimentaires devront être très vigilants. À l’instar de l’alimentation biologique, l’alimentation sans produits d’origine animale a ses spécificités et les consommateurs sont exigeants, surtout au sujet des allergènes. Les erreurs peuvent être fatales. En effet, ces denrées sont aussi consommées par les personnes intolérantes au lactose ou par certaines personnes souffrant d’allergies. C’est pour cette raison que de nombreux labels d’origines différentes ont été créés, afin de renforcer la transparence et de faciliter l’identification des produits aussi bien locaux qu’internationaux. Bien que la législation soit encore incomplète à ce sujet, les évolutions ne sont plus rares : le Standard Végane, une norme approuvée par la Commission européenne et les associations véganes du monde entier, a été établi afin d’offrir une garantie aux consommateurs. La certification Eve Vegan®, reconnue dans le monde entier, vise à satisfaire les demandes de la grande distribution, de plus en plus tournée vers ce type de produit. Ainsi, avec l’intensification des échanges de produits entre les pays, il est très probable que les documents à traduire deviennent de plus en plus variés.

Traduction cosmétique

En ce qui concerne les cosmétiques, un nombre croissant d’industriels se tournent vers les compositions vegan et cruelty free. D’ailleurs, la plupart des nouvelles marques sur le marché prônent le zéro déchet, le bio et le clean. Les consommateurs sont sensibles aux ingrédients et souhaitent connaître les compositions et la provenance des ingrédients. Vous pourrez donc être amenés à travailler pour des clients « vegan-friendly ».

Traduction pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique se tourne elle aussi vers les médicaments sans ingrédients d’origine animale. Bien qu’elle soit encore peu développée, une société française a récemment lancé les premiers médicaments certifiés vegan. Il faut un début à tout !

Traduction pour les associations et ONG

Les associations à but non lucratif et ONG qui ont pour but de promouvoir le véganisme et le respect de l’environnement sont nombreuses et très actives. Elles vous sont probablement familières : L214 éthique & animaux, Peta, The Vegan Society, Sea Shepherd, Greenpeace, Vegan France, Vegan Impact, SwissVeg… Leur portée est mondiale, européenne ou nationale. États-Unis, Royaume-Uni, Singapour, Italie, Bulgarie… la liste est longue. Vous vouliez du contenu ? Alors en voici, et il n’y a pas de quoi s’ennuyer : articles de presse, brochures, pétitions, rapports, guides pour novices, magazines, statistiques, études de marché, contenu web et boutiques en ligne, réseaux sociaux, etc. L’association L214 dispose même d’un site « éducation » destiné aux plus jeunes. En effet, les supports pédagogiques ne servent pas qu’aux adultes, ils sont aussi destinés aux enfants, afin de les sensibiliser dès leur plus jeune âge. Rien d’étonnant ici, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’engager. Les publics cibles peuvent donc être très variés, tout comme les clients. Prenons l’exemple de Climate Cardinals, une association à but non lucratif internationale, créée par Sophia Kianni, âgée de 18 ans. Cette association veille à informer sur la crise climatique dans plus de 100 langues. Pour cela, des étudiants en traduction bénévoles venant du monde entier alimentent les ressources documentaires, afin de diffuser des informations très précieuses auprès de populations souvent mal renseignées. En effet, dans les pays développés, la documentation est accessible et les citoyens sont sensibilisés aux évènements. Ils savent d’ailleurs comment agir. En revanche, dans les pays en développement, l’accès à ces informations est limité. Avec ce type de projet, chacun apporte sa pierre à l’édifice à des fins humanitaires. En tant que traducteur, notre rôle est d’informer, de diffuser du contenu et de le rendre accessible à une population donnée. Les projets bénévoles ne peuvent qu’être enrichissants. Ils peuvent aider les étudiants en traduction à développer leurs compétences, et surtout, à voir le projet sous un autre angle. Si aujourd’hui la société est plus réceptive au changement climatique, à l’écologie et à la protection de l’environnement, c’est que notre travail est utile.

Traduction marketing

Vous vous en doutez, aucun produit ou association n’existerait sans la traduction marketing, une spécialisation assez particulière qui allie transcréation, localisation et traduction. Comme expliqué ci-dessus, les étiquettes et le packaging doivent être des plus attirants et transparents, mais l’exercice reste délicat. En fonction du pays, la réglementation quant à la terminologie employée n’est pas la même et encore une fois, elle est en constante évolution. Les filières françaises de la viande et les lobbys, inquiets face à l’essor des produits vegan, ont obtenu l’adoption d’un projet de loi qui vise à interdire l’association de termes comme « steak » « bacon » ou « saucisse » à des produits qui ne sont pas composés de viande. Au niveau européen, les eurodéputés ont refusé l’amendement proposé et ont donc autorisé l’usage de ces termes, pour le moment. En effet, les États membres sont libres de prendre des mesures plus restrictives, choix effectué par la France, mais en réalité, la loi tarde à être appliquée. Ce débat et cette indécision confirment bien que la société est prête au changement mais que certains pays sont encore frileux. Pourtant, la promotion de ces produits va dans le sens de l’engagement écologique pris par la Commission européenne et par conséquent, de la France. Mais cette bataille terminologique est légitime car elle implique des éleveurs qui ont raison de protéger ce qui leur appartient. Si l’on inverse la situation, il est plus facile de comprendre les points de vue, et la communauté vegan serait également opposée à ce que leurs très chers termes soient utilisés pour de la viande ou des produits laitiers…

Alors, pour résoudre ce problème, les départements marketing du monde entier ont dû se creuser la tête : « faux-mage », « fake cheese », « fake meat », « substituts de viandes », « similis-carnés », « boisson végétale », etc. Finalement, les propositions terminologiques ne manquent pas et elles sont plutôt amusantes. Mais traduire ces termes n’est pas une mince affaire ! Voici quelques exemples concrets : l’entreprise allemande Wheaty, qui produit des alternatives végétales a traduit son produit « Vegankebab Gyros » par « Végé’poêlée à la Grecque ». L’entreprise allemande Lord Of Tofu a transformé son « Tofu-Ham » en « Alternative vegan au jambon ». On trouve aussi le « Pané « façon cordon bleu » végétalien ». Certes, les noms sont plus longs mais les solutions existent ! Il est donc impératif de travailler avec des traducteurs natifs, afin de respecter la culture et la réglementation du pays dans lequel le produit sera commercialisé.

Traduction d’applications mobiles

Comme ce billet le témoigne, les entreprises ont fait et doivent faire des prouesses. Elles doivent s’orienter vers de nouveaux consommateurs à l’aide de moyens de communication au goût du jour, comme les réseaux sociaux et les applications mobiles. Vous n’allez pas être surpris, les applications en lien avec la protection de l’environnement et le véganisme sont nombreuses : recettes, guides de restaurant, scan de produits ou d’additifs, applications anti gaspillage alimentaire, bénévolat, covoiturage, etc. Récemment, une nouvelle application conçue par le développeur Blue Pixl Ltd permet d’aider les végétaliens et végétariens à s’exprimer au restaurant lorsqu’ils sont à l’étranger, grâce à une série de phrases simples, traduites dans plus de 100 langues cibles, avec l’anglais comme langue source. Elle se nomme I Am Vegan. Les phrases expliquent les exigences alimentaires des utilisateurs en listant les produits qu’ils ne peuvent pas consommer. Il est également possible de partager des recettes et de trouver des informations sur les pays les plus « vegan-friendly » du monde. Des logos sont disponibles afin de communiquer plus facilement. J’ai analysé les traductions de mes langues de travail, l’anglais et l’espagnol, et de ma langue maternelle, le français. Pour une utilisation de ce type, elles sont très correctes. J’ai d’ailleurs pris contact avec les développeurs car j’étais curieuse de savoir s’ils avaient utilisé la traduction automatique et la post-édition ou s’ils avaient fait appel à des traducteurs humains. En réalité, ils ont eu recours à un processus hybride, un mélange de traduction automatique et humaine. Ainsi, même en localisation, les contenus sont nombreux et les besoins sont présents, qu’ils s’adressent au grand public ou aux experts !

Bilan

Vous avez désormais une idée plus claire des projets sur lesquels vous pourrez travailler en tant que traducteur soucieux du bien-être des animaux et de la planète. Faire appel à des personnes qui s’y connaissent est important. Les concepts et termes doivent être utilisés à bon escient. Aujourd’hui, les produits sont de plus en plus nombreux, et d’un point de vue logique, les projets de traduction le sont également. La traduction végane est encore peu développée mais elle fait partie d’un domaine de spécialisation plus vaste, la traduction environnementale. Le terme véganisme regroupe des valeurs et des combats aussi bien environnementaux et éthiques qu’humanitaires. Les entreprises changent de philosophie. Avec les nouvelles lois sur l’environnement (la traduction juridique est également une spécialisation liée), la transition ne sera plus une option, elle deviendra une norme. J’ai donc passé en revue certains domaines. Il y en a d’autres, mais je souhaitais montrer, à travers ce billet, que nous assistons à une multitude de changements et que certains sont liés. Il est difficile de prédire quels seront les nouveaux outils de TA et de TAO qui s’imposeront sur le marché. Tout comme il est difficile de prédire si les traducteurs, gestionnaires de projets, réviseurs, post-éditeurs « vegan » auront réussi à s’imposer d’ici dix ans. Peut-être que cette spécialisation sera une niche, car les spécialistes seront toujours peu nombreux. Mais une chose est sûre, les évènements de ces dix dernières années ne sont pas anodins. Si vous souhaitez vous informer sur le sujet, de nombreux documentaires et films expliquent très bien les choses et une plateforme les regroupe. Vous aurez donc compris que même en traduction audiovisuelle, le contenu ne manque pas.

Je tiens à remercier le développeur Blue Pixel Limited, qui m’a autorisé à utiliser les captures d’écran de l’application I Am Vegan.

N’hésitez pas à me suivre sur LinkedIn et Twitter !

Bibliographie

Association Vegan France. « Le Standard Végane, la norme approuvée pour l’étiquetage des produits véganes ». VEGAN FRANCE, [En ligne], novembre 2020, https://www.vegan-france.fr/blog/le-standard-vegane-la-norme-approuvee-pour-letiquetage-des-produits-veganes/. Consulté le 14 janvier 2021.

Association Vegan Impact. « Devenir vegan ». Association Vegan Impact, [En ligne], 2020, https://www.veganimpact.com/pourquoi-etre-vegan. Consulté le 14 janvier 2021.

Aum. Collection of environmental friendly typography vectors. https://www.rawpixel.com/image/472643/free-illustration-vector-bio-all-natural-clean. Consulté le 17 février 2021.

Brandwatch. « Viande 2.0 : Comprendre les priorités des consommateurs ». Brandwatch, [En ligne], 2019, https://www.brandwatch.com/fr/case-studies/good-food-institute/view/. Consulté le 28 janvier 2021.

Cardinal, Anne-Sophie. Translating New Realities: Animal Ethics and Veganism by Anne-Sophie Cardinal (Miscellaneous) – ProZ.com translation articles. 2020, [En ligne], https://www.proz.com/translation-articles/articles/4108/1/Translating-New-Realities%3A-Animal-Ethics-and-Veganism. Consulté le 14 janvier 2021.

Expertise Vegan Europe. « Certification Vegan ». [En ligne], 2019, https://www.certification-vegan.org/fr/label-eve-vegan/. Consulté le 14 janvier 2021.

Chiaro, Delia, et Linda Rossato. « Food and Translation, Translation and Food ». The Translator, vol. 21, no 3, [En ligne], septembre 2015, p. 237‑43. Taylor and Francis+NEJM,https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13556509.2015.1110934. Consulté le 14 janvier 2021.

« Climate Cardinals ». Climate Cardinals, [en ligne], 2021, https://www.climatecardinals.org.

Cross, Christine. « Le développement durable en traduction ». Traduire. Revue française de la traduction, no 229, Syndicat national des traducteurs professionnels, [En ligne], décembre 2013, p. 12‑15. journals.openedition.org, https://journals-openedition-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/traduire/577. Consulté le 14 janvier 2021.

« Définition du véganisme ». VEGAN FRANCE, [En ligne], août 2017, https://www.vegan-france.fr/blog/definitions-du-veganisme/. Consulté le 14 janvier 2021.

« Dictionnaire Le Robert ». Le Robert, [en ligne], 2020, https://www.lerobert.com/.

Giroux, Valéry, et Renan Larue. Le véganisme. Que sais-je ? [En ligne], 2019. www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr, http://www.cairn.info/le-veganisme–9782130817000.htm.

Grégoire, Florence. « La traduction dans le secteur alimentaire ». BeTranslated, [En ligne], juin 2020, https://www.betranslated.fr/bt/traduction-secteur-alimentaire/. Consulté le 14 janvier 2021.

Jurafsky, Dan. The Language of Food: A Linguist Reads the Menu. W. W. Norton&Company, 2015. books.apple.com, https://books.apple.com/us/book/the-language-of-food-a-linguist-reads-the-menu/id848440931.

Nationale, Assemblée. « Proposition de loi no 2709 ». Assemblée nationale, [En ligne], février 2020, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b2709_proposition-loi. Consulté le 28 janvier 2021.

Statista Research Department. « Vegan Market: Statistics and Facts ». Statista, [En ligne], 2020, http://www.statista.com/topics/3377/vegan-market/. Consulté le 14 janvier 2021.

« Une société française lance les premiers médicaments certifiés véganes ». VEGAN FRANCE, [En ligne], janvier 2020, https://www.vegan-france.fr/blog/une-societe-francaise-lance-les-premiers-medicaments-certifies-veganes/. Consulté le 14 janvier 2021.

« VegMovies – Watch Plant-Based and Animal-Friendly Movies. » VegMovies, [En ligne] https://www.vegmovies.com/. Consulté le 17 février 2021.

V-Label. « Présentation du V-Label ». V-Label, [En ligne], 2017, https://v-label.fr/v-label/. Consulté le 14 janvier 2021.

« Wheaty ». Wheaty, [En ligne] https://www.wheaty.fr/a-propos/. Consulté le 17 février 2021.


[1] Définition du Petit Robert

[2] Définition donnée par l’association Vegan France

Les neuf grands commandements pour une localisation de site Web efficace

Par Manon Gladieux, étudiante M2 TSM

Au vu de la conjoncture actuelle, il est plus que jamais important pour les entreprises à rayonnement international de soigner leur présence sur le World Wide Web, encore plus si celles-ci s’en servent pour commercialiser leurs produits et services. Il est donc souvent nécessaire pour elles de publier leurs contenus en plusieurs langues afin de répondre aux attentes de leurs clients, notamment internationaux. Saviez-vous que seuls 18 % des Européens effectueraient un achat de biens et de services sur un site internet en langue étrangère ? Saviez-vous également que 55 % des consommateurs achètent uniquement sur des sites (étrangers ou non) si les contenus sont rédigés dans leur langue maternelle ? L’e-commerce est depuis longtemps un secteur en plein essor qui connaît une croissance rapide. Et la pandémie de coronavirus a déclenché une véritable flambée en 2020 : les ventes ont augmenté de 27,6 % dans le monde entier. Les achats hors frontières du pays ont également augmenté dans une proportion impressionnante de 21 %. Les magasins allemands, par exemple, réalisent déjà en moyenne plus de 30 % de leurs ventes à l’étranger. Mais il faut savoir que 52,7 % des utilisateurs seront plus susceptibles d’acheter un produit si la description de celui-ci est écrite dans leur langue natale, peu importe le prix. Pouvoir lire la description de ce qu’il envisage d’acheter dans une langue qu’il comprend et qui lui est chère a beaucoup plus d’importance pour un consommateur que n’en a le prix à payer pour ce produit ou ce service. De même, 72,1 % des internautes resteront plus longtemps sur un site s’ils peuvent le consulter dans leur langue maternelle. Pour finir, dans une optique purement économique, chaque euro investi dans la localisation d’une page Web générera en moyenne un retour sur investissement qui avoisine les 20 euros. Aussi, la traduction-localisation de site Web est devenue un défi majeur que toute entreprise désirant s’ouvrir réellement à l’international doit être capable de relever. Dans un premier temps, l’investissement en temps et en argent pourra certes sembler conséquent pour certaines personnes (et pour leur budget), mais les répercussions, notamment l’accroissement du taux de conversion pour leur site, sauront sans doute convaincre les plus réticents de consentir à franchir le pas. Maintenant, quelles sont les différentes possibilités en matière de localisation de site Web ? Et quels sont les points essentiels auxquels vous devrez faire attention en tant que traducteur-localisateur ? Le point tout de suite.

Un point rapide sur les différents types de localisation

La localisation de sites Web peut être effectuée de manière partielle ou complète, cela dépend des langues et marchés ciblés et des besoins de l’entreprise cliente. D’autres paramètres décisifs pourront également peser dans la balance et influer sur le choix final : il pourra s’agir entre autres des contraintes budgétaires, des délais (potentiellement serrés) et de l’importance pour l’entreprise du marché local ciblé. Aussi, on dénombre cinq grands niveaux de localisation en matière de sites internet :

  • On pourra en premier lieu standardiser un site Web. Le contenu sera alors le même pour tous les utilisateurs, indépendamment de leur pays et de leur langue. Il va alors s’agir du plus bas niveau de localisation de site, qui s’apparentera en quelque sorte à de la traduction classique.
  • Ensuite, votre site pourra faire l’objet d’une localisation partielle : c’est-à-dire que seule la page de contact sera localisée pour les différents pays. Ainsi, le travail de localisation reste restreint.
  • Viendra après un niveau un peu plus élevé de localisation : on aura ici localisé la majeure partie du contenu et des pages du site, mais la structure et les fonctionnalités seront les mêmes que pour le site d’origine. Cela veut donc dire que l’on comptera une traduction par pays, mais que l’URL sera identique pour les versions de chaque pays.
  • On pourra également choisir de localiser ce site Web de manière encore plus complète : le contenu aura alors été adapté dans son ensemble et la structure aura été adaptée au pays. L’URL sera spécifique à un pays (et dans l’idéal adaptée au standard en vigueur dans ce dernier) et le contenu sera différent selon les pays.
  • Pour finir, on pourra choisir de partir sur un site culturellement adapté : l’intégralité du site Web (et donc tous les contenus et fonctionnalités de ce dernier) aura été localisée et celui-ci permettra au visiteur de s’immerger complètement dans la culture cible. Ce niveau de localisation résultera en un site Web qui respectera les perceptions, le symbolisme, et les spécificités propres au pays concerné. Cependant, il est rare de trouver des sites localisés à ce point, car ce degré de localisation requiert un investissement important, aussi bien au niveau du temps que d’un point de vue financier. Il s’adaptera plus particulièrement aux firmes multinationales.

Premier commandement : une localisation qui ne se limite pas aux contenus « visibles »

Si le plus évident sur un site Web à localiser est bien le texte qui s’affiche sur les différentes pages de celui-ci, il convient de penser que d’autres éléments devront passer entre les mains expertes du traducteur-localisateur. Il ne faudra donc pas oublier de « localiser » les URLs, les méta-descriptions, les textes alternatifs, etc.

Vous vous dites peut-être : « Méta-descriptions, URLs, textes alternatifs, tout ça, tout ça, c’est bien beau de me dire d’y penser, mais je ne sais pas ce que c’est moi !! »

Eh bien, comme je ne veux perdre personne, faisons un bref rappel sur ces différents éléments pour ceux qui peinent à suivre.

Les textes alternatifs, cela correspond à la description d’une image ou d’un contenu visuel (voire de son utilité et de sa symbolique) qui permettra d’informer les personnes qui, pour quelque raison que ce soit, ne verront pas apparaître le contenu. Ces textes alternatifs seront par exemple utiles aux personnes déficientes visuelles, aux personnes dont la localisation géographique altère la vitesse de connexion, mais aussi, vous vous en doutez sûrement, aux moteurs de recherche pour le référencement naturel de votre site Web (ou plus exactement de celui de votre client). Pour toutes ces raisons, et principalement pour permettre aux déficients visuels de profiter d’une expérience utilisateur aussi complète que possible, les textes alternatifs auront une importance capitale ! Ils ont même tant d’importance que le W3C (ou World Wide Web Consortium) en réclame l’usage dans les directives d’accessibilité aux contenus Web (WCAG), faisant état de l’extrême nécessité que tout contenu destiné au grand public soit consultable et/ou compréhensible par tous, y compris par les personnes en situation de handicap.

Une URL (soit Uniform Resource Locator) est un format universel qui va servir à désigner une ressource sur le World Wide Web et à aiguiller l’utilisateur et les moteurs de recherche vers celle-ci. Elle va également influer sur le référencement naturel, en particulier si le mot-clé utilisé pour la requête moteur (c’est-à-dire la recherche effectuée grâce au moteur de recherche) est présent dans l’URL. La page sera donc jugée comme pertinente par les moteurs de recherche selon ce critère. Cette URL va pouvoir se décomposer en plusieurs éléments, parmi lesquels quatre éléments essentiels :

  • Le nom du protocole à utiliser : c’est-à-dire en quelque sorte la « langue informatique » que vous allez utiliser pour communiquer sur le réseau. La majeure partie du temps, c’est le protocole HTTP (ou HyperText Transfer Protocol), un protocole permettant d’échanger des pages Web au format HTML, qui sera utilisé. De nombreux autres protocoles existent néanmoins (FTP, News, Mailto, Gopher…).
  • L’identifiant et le mot de passe (notez bien que ces éléments seront facultatifs) : cela permet de faire apparaître les paramètres d’accès à un serveur sécurisé. Il est toutefois déconseillé de faire apparaître ces éléments dans l’URL, le mot de passe se retrouvant alors au vu et au su de tous dans l’URL, ce qui en compromet inévitablement la confidentialité.
  • Le nom donné au serveur : c’est le nom de domaine du matériel informatique hébergeant la ressource en question. Notez qu’il est possible d’utiliser l’adresse IP du serveur, mais il faut savoir que l’URL sera dans ce cas moins facile à déchiffrer.
  • Le numéro de port : soit le numéro associé à un service qui donne au serveur la possibilité de comprendre le type de ressource demandée. Par défaut, le port qui sera lié au protocole HTTP sera le port numéro 80, tandis que celui qui sera lié au protocole HTTPS sera le port numéro 443. Notez que si ce numéro de port est en effet le numéro de port par défaut, celui-ci devient juste facultatif.
  • Le chemin d’accès à la ressource : Ce dernier élément d’URL permet au serveur de connaître l’emplacement auquel la ressource est située sur le matériel informatique dans lequel elle est stockée, c’est-à-dire de manière générale l’emplacement (répertoire) et le nom du fichier demandé.


Une URL sera de fait structurée ainsi :

Nom de protocoleID et mot de passe (facultatif)Nom donné au serveurNuméro de port (facultatif si 80)Chemin d’accès sur serveur
https://manon:123456@ www . gladieux-traductions . com:80/services/traduction-localisation-web.php

La balise méta-description pour sa part n’impacte pas de façon directe le référencement du site et de ses contenus sur la page. En revanche, si elle a été rédigée soigneusement, elle augmentera le taux de clic, c’est-à-dire le nombre d’internautes qui vont visiter le site. Il faudra que cette méta-description décrive brièvement le contenu de la page et donne envie de cliquer aux internautes. On conseille aussi d’y ajouter le mot-clé stratégique, celui sur lequel vous voulez vous positionner et sur lequel vous misez le plus pour attirer la clientèle sur le site, ou une variante de ce mot-clé stratégique. Cela rassurera le robot du moteur de recherche aussi bien que l’utilisateur quant à la possibilité de trouver sur le site du contenu qui répond à sa requête. On conseille en général de rédiger une méta-description qui comporte dans les 140 à 160 caractères pour que celle-ci apparaisse en entier sur la page de résultat. Soyez toutefois conscient qu’il se peut que Google décide parfois lui-même de « réécrire » la méta-description, c’est-à-dire qu’il choisisse de renseigner un extrait du contenu présent sur le site, en fonction de la requête formulée par l’utilisateur.

En ce qui concerne le site de la Fnac par exemple, on peut observer qu’entre les versions belges (néerlandophone et francophone) et la version française, l’URL est complètement différente. De même, les fenêtres « pop-up » contextuelles et textes alternatifs diffèrent selon la version, ce qui est également le cas pour les méta-descriptions.

Deuxième commandement : des contenus visuels compréhensibles et non choquants

Maintenant, avoir des contenus textuels compréhensibles (même s’ils ne sont pas à proprement parler dans les pages du site), c’est bien. Mais s’assurer que tous les contenus, même les contenus médias, puissent bien être compris par le public cible du site localisé, c’est encore mieux. Il sera donc plus que recommandé de remplacer les références culturelles et blagues éventuelles présentes sur le site d’origine par des références culturelles ou blagues similaires (ou approchantes) dans la culture cible, mais aussi de doubler ou de sous-titrer les vidéos apparaissant dans les pages du site à localiser, et éventuellement, si besoin, retravailler les images et animations à l’aide d’un logiciel pour les adapter au public cible…

Un autre point qui sera important, ce sera de faire bien attention au contenu des images qui ne doit rien contenir d’offensant pour le public cible, comme vous le faites pour bien d’autres domaines de spécialisation en traduction. Par exemple, on pourra citer la publicité pour un aménagement de salle de bain qui était conçue par le magasin IKEA et sa version localisée pour l’Arabie saoudite. La femme a totalement disparu dans la version adaptée destinée à ce pays, la présence d’une femme sur une image étant considérée comme gênante dans la culture saoudienne. De la même manière, la femme présente sur l’affiche publicitaire d’une chaîne de magasins faisant la promotion d’une piscine publiée au moment du ramadan en Arabie saoudite a été supprimée, remplacée par un ballon gonflable Winnie l’ourson, et les enfants et le père de famille qui se trouvaient également dans la piscine ont été « rhabillés », ce qui est somme toute assez curieux, si l’on garde à l’esprit que peu de personnes prennent la décision d’aller se baigner tout habillé. Et ce n’est pas tout : les exemples d’images et média adaptés en raison d’un contenu potentiellement choquant pour le public cible ne manquent pas. Essayez donc de taper « pub Web censure » dans votre moteur de recherche et vous vous en rendrez très vite compte.

Troisième commandement : un système adapté au système du pays cible

Mais il ne s’agira pas de s’arrêter aux contenus visuels et textuels lors de la localisation d’un site Web. De nombreux autres aspects du site pourront poser problème au visiteur. Il s’agira notamment d’adapter les mesures et devises au système d’unités dans le pays, en prenant en compte le fait que le contenu ne sera pas forcément très accessible aux internautes du pays cible sinon. Il est également très important de se renseigner sur les équivalents au RGPD français dans le pays auquel est destiné la traduction-localisation, c’est à dire les lois de protections des données en vigueur dans le pays cible et s’assurer que le site localisé y réponde bien. Enfin, il faudrait évidemment penser à vérifier, ou à faire vérifier par quelqu’un qui en a la compétence, que tout le contenu du site est licite et que rien ne pourra porter atteinte au demandeur de la traduction-localisation et à son image (ainsi qu’à l’image de sa marque). Pour s’assurer du caractère licite du contenu du site localisé en revanche, il pourra être intéressant de faire appel à un expert juridique pour le pays ciblé.

Quatrième commandement : une attention particulière à l’allongement du texte selon les langues

Toutes les langues ne vont pas prendre autant d’espace pour dire la même chose. Un même texte n’aura donc pas la même longueur et ne prendra pas le même espace selon les langues dans lesquelles il sera traduit. Traduire de l’anglais vers le français entraîne par exemple un foisonnement d’environ 20 %. Une traduction de l’allemand vers le français entraînera quant à elle un foisonnement qui avoisinera les 30 %. Et traduire de l’allemand vers l’anglais sera au contraire à l’origine d’un foisonnement négatif d’environ -15 à -20 %. Il sera alors essentiel de penser à contrôler le coefficient de foisonnement lors de la traduction-localisation du contenu afin de limiter l’augmentation au maximum, faute de quoi l’augmentation conséquente du volume textuel pourra entraîner de gros problèmes de mise en page (aussi connu sous le terme de conception Web) et donc des problèmes au moment de la consultation du site par les visiteurs et clients potentiels de celui-ci. Il est également nécessaire pour le traducteur-localisateur de réfléchir au sens de lecture et d’écriture pour la langue cible (en raison de l’existence de langues dites Right-to-Left comme l’arabe, l’hébreu…) lors de la conception ou l’adaptation de la maquette du site localisé. Dans ce genre de cas et si vous collaborez avec des développeurs et des graphistes Web sur le projet, il faudra nouer un lien étroit avec ces derniers et leur expliquer l’importance de vous impliquer aussi dans la réflexion de ces étapes pour obtenir un rendu optimal.

Cinquième commandement : une préparation de la localisation en amont

Mais avant d’attaquer une mission de localisation de site(s) Web quelconque, vous auriez tout intérêt à entreprendre un audit SEO du site actuel pour lequel la localisation sera effectuée pour chaque langue et/ou chaque pays à cibler. Je serai prête à parier que vous serez éberlués par vos découvertes, notamment lorsque vous rendrez compte que, pour chercher un seul et même produit (ou un seul et même service), votre public international n’emploie pas tout à fait les mêmes mots-clés que vous. Les Français, par exemple, utiliseront volontiers le terme « portable » sur les moteurs de recherche pour trouver un nouveau smartphone tandis que les Belges auront plutôt tendance à renseigner le mot « GSM » sur Google, Bing ou Mozilla pour chercher exactement le même appareil. De même, un Québécois cherchera plutôt un appareil qui lui permettra de « clavarder » quand un Français cherchera un smartphone avec la fonction « chat ». Les langues sont très proches, mais certains termes spécifiques sont radicalement différents et il est fondamental d’en tenir compte lors de la traduction-localisation.

Le référencement naturel est amené à constamment évoluer et il devrait donc, dans l’idéal, être suivi en permanence et la version localisée du site corrigée régulièrement en vue d’en améliorer le positionnement. Voici trois outils qui vous seront d’une grande aide pour gérer au mieux le référencement international d’un site Web :

  • I search from ;
  • Google Search Console ;
  • SEM Rush (ce dernier est payant, mais dispose de fonctionnalités très intéressantes).

En outre, si un professionnel compétent y prend part, un audit SEO vous permettra d’améliorer la visibilité du site sur lequel vous travaillez, et ce, d’un point de vue aussi bien linguistique que technique (détection et suppression des liens morts, des pages dites zombies, repérage des pages absentes de la structure du site…).

Sixième commandement : un visuel adapté aux spécificités linguistiques

S’il est vrai que l’aspect transfert de sens est important en traduction-localisation, vous ne pourrez tout simplement pas vous limiter à ce seul point lors de votre mission. En tant qu’expert linguistique, vous devrez également penser à l’adaptation de la taille des boutons et onglets du site pour éviter toute troncature du contenu dans le cas des langues avec un coefficient de foisonnement élevé, voire à un changement radical de la structure du site à localiser lorsque la localisation s’effectue vers une langue qui se lira de droite à gauche. Aussi, vous devrez être en mesure de prévoir bon nombre des modifications structurelles requises pour le site avant même d’en avoir entamé la localisation. Cela vous permettra de procéder aux changements en amont si vous travaillez seul, ou d’informer la ou les personne(s) en charge de la structure de ce qu’il convient de faire pour s’adapter à la langue cible. Il faudra bien sûr encore une fois collaborer étroitement avec les équipes qui travaillent sur ce projet avec vous pour un rendu optimal et un gain de temps substantiel.

Septième commandement : des facteurs extérieurs devant eux aussi être pris en compte

Sachez cependant que la dimension structurelle n’est pas l’unique aspect auquel vous devrez faire attention pour une localisation de site Web efficace. D’autres facteurs extérieurs auront également une influence sur les habitudes du public cible en matière de requêtes moteur. Parmi ces facteurs auxquels il vous faudra faire aussi attention, on pourra citer :

  • les moteurs de recherche autorisés et censurés dans le pays du public cible, on peut notamment parler de Google qui fait l’objet de censure en Chine, en Corée du Nord, en Russie et des alternatives à Google en Russie (Yandex) et en Chine (Baidu) ;
  • les éventuels contrôles et restrictions par les autorités compétentes sur les recherches des internautes : essayez donc par exemple d’entrer la requête « dictature » dans un des moteurs de recherche accessibles sur place lors d’un séjour en Chine (comme Baidu), il y a fort à parier que vous vous retrouviez sous les barreaux ou invité à « boire le thé » (le terme utilisé pour indiquer une convocation au poste de police local afin de vous faire taire) avant même d’avoir pu dire « censure » ;
  • la qualité du débit : il est probable que les internautes d’un pays dans lequel les données internet circulent lentement cherchent alors des sites plus légers en données, il sera donc intéressant de diminuer le « poids » des sites localisés pour ces pays ;
  • etc.

Des caractéristiques techniques pourront aussi influer sur le processus de traduction et devront être prises en compte pendant la traduction-localisation. Ce sera le cas du Content Management System (ou CMS) sur lequel le site à localiser a été conçu comme Drupal, Joomla ou WordPress dans le cas d’un site créé de manière indépendante, par exemple. Sinon, il serait bienvenu d’entrer en contact avec la/le webdesigner à l’origine du site Web de votre client afin de vous entretenir avec à ce sujet.

Huitième commandement : des informations de contact accessibles à tous

Dernier point, mais non des moindres, vous devrez vous assurer de donner les coordonnées de façon claire et compréhensible pour le public cible, mais aussi pour les personnels des services postaux et pour les centrales d’appel, afin que les courriers et appels des clients potentiels de votre donneur d’ordre puissent aboutir. Le cas échéant, il pourra d’ailleurs être mieux de donner en premier lieu l’adresse de la filiale qui est localisée dans le pays où habite la population ciblée. En effet, l’adresse de la maison mère ou du siège social localisé dans un autre pays aura peu d’intérêt pour un client qui sera incapable de communiquer avec les personnels qui travaillent au sein de cette dernière. Il conviendra alors plutôt de mettre le client potentiel en relation avec une antenne à qui il pourra s’adresser en cas de soucis ou d’interrogations en lui fournissant l’adresse de cette dernière et seulement ensuite, de manière indicative, de lui donner les coordonnées du siège social ou de la maison mère.

Neuvième commandement : Vous pensez avoir fini ? Pas tout à fait

En effet, une fois la phase de localisation « vraisemblablement terminée », je ne saurais que vous recommander de réaliser une phase test du site Web ainsi obtenu afin de vérifier que tout est fonctionnel et bien en place et que tout est compréhensible, c’est-à-dire que la traduction-localisation n’a pas entraîné de bugs et que la localisation a bien été effectuée partout. Vous pourrez, selon les ressources temporelles et financières dont vous disposerez, procéder vous-même à cette phase test ou en confier la mise en œuvre à un natif du pays cible ayant des connaissances techniques en informatique. Dans les faits cependant, c’est bien souvent le traducteur-localisateur qui s’occupe de cela.

En outre, il pourrait être très intéressant pour votre donneur d’ordre d’un point de vue marketing que vous recouriez à une phase d’A/B Testing, c’est-à-dire que vous soumettiez deux versions localisées différentes du même site Web à un panel d’utilisateurs limité, afin de déterminer laquelle des deux versions remplit le mieux sa mission. C’est alors cette version, la plus efficace, qui sera implémentée sur la toile.

En conclusion, la traduction-localisation de site Web demande une attention toute particulière à bon nombre de points essentiels pour un résultat optimal et le traducteur-localisateur doit être bien plus qu’un professionnel de la traduction. Il doit en effet également être un bon technicien informatique ou, tout au moins, savoir s’entourer de bons techniciens informatiques pour ses missions. Mais assez parlé, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet. J’espère avoir su répondre à toutes vos interrogations par rapport à la traduction-localisation de site Web, un des nombreux domaines qui me passionne, comme tout ce qui est informatique (Geek un jour, geek toujours, que voulez-vous !! *rire*). J’espère aussi vous avoir donné l’envie de vous lancer, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet et ne manquerai pas d’y répondre. Je meurs d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, des informations à donner sur la traduction-localisation qui n’auraient, par souci de concision, pas été abordées ici. Si tel est le cas, faites-le moi savoir. Tous vos retours sont les bienvenus. Au revoir et à très bientôt sur le marché de la traduction pour de nouvelles aventures ensemble.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, localisez !!

Sources :

Traduction environnementale : la spécialisation de demain ?

Par Sarah Bonningue, étudiante M2 TSM

Les questions environnementales ne datent pas d’hier. Néanmoins, la prise de conscience n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, des reportages circulent sur le réchauffement climatique, la pollution, les émissions de gaz à effet de serre et autres catastrophes alarmantes. Nous sommes mis en garde depuis longtemps, mais il semblerait que nous venions tout juste de nous réveiller. Dorénavant, nous commençons à percevoir concrètement les effets de ce changement climatique et à chercher des solutions pour les contrecarrer.

L’environnement fait désormais partie des préoccupations majeures des Français. Le marché de l’environnement s’est diversifié au fil des années allant des entreprises qui proposent des produits « verts » aux ONG. En conséquence, il est nécessaire de faire appel à des traducteurs afin d’améliorer la communication, et ainsi, viser un public plus large. Étant intéressée par l’environnement comme future spécialisation, cet article me donne l’opportunité de me pencher sur ce secteur et de peut-être vous inciter à faire de même.

Je souhaite remercier Séverine George et Marie-Laure Faurite, traductrices spécialisées dans l’environnement, d’avoir bien voulu de me parler de leur activité et de ce domaine.

Un secteur en plein essor

Il a fallu du temps avant de prendre conscience des enjeux environnementaux, et ce, attendre les années 1970-1980. De nouveaux termes ont commencé à apparaître, comme « développement durable » qui a été inventé dans les années 1990. Selon moi, l’année marquante pour le climat reste 2019 : il y a eu en effet un changement des mentalités à l’échelle internationale. De nombreux évènements environnementaux se sont produits que ce soit d’ordre climatique ou politique : des feux de forêts en Australie, des records caniculaires, la forte mobilisation des jeunes avec la Marche pour le climat ou encore la vague verte aux élections européennes.

Le marché de l’environnement a évolué à une vitesse fulgurante ces cinquante dernières années, la mondialisation y a également contribué. De nombreux secteurs se sont adaptés afin de proposer davantage de produits ou technologies durables. On compte aussi nombre d’études ou de réglementations relatives à l’environnement.

En conséquence, la demande en traduction dans ce secteur est considérable. Cette spécialisation semble être prometteuse et le travail ne devrait pas manquer. Séverine George et Marie-Laure Faurite ont aussi remarqué que de plus en plus de personnes et d’entreprises s’intéressent à l’environnement : il y a beaucoup de demandes de communication, mais peut-être aussi un effet de mode (greenwashing).

Pourquoi choisir l’environnement comme spécialisation ?

Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait – Mère Teresa

Le choix d’une spécialisation est bien sûr propre à chacun. Pour certaines personnes, voir l’aboutissement ou l’impact de son travail est quelque chose de primordial. Cependant, en tant que traducteur nous n’en avons pas toujours l’opportunité. Si dans la vie de tous les jours vous considérez l’environnement comme une priorité, traduire du contenu pour ce secteur permettrait d’avoir un impact concret. L’objectif même de la traduction n’est-il pas d’améliorer la communication dans le monde entier ? En tant qu’individu, ce serait ainsi une contribution à petite échelle pour la création d’un monde plus vert et durable. Pour Séverine George et Marie-Laure Faurite, cette spécialisation s’est présentée comme une évidence en raison de leur engagement personnel pour la protection de l’environnement (zéro-déchet, consommation éthique…).

Les jeunes sont très sensibles aux questions environnementales, nous l’avons bien remarqué par leur forte présence aux élections européennes de 2019 et aux manifestations « Fridays for Future ». Nombreuses sont les personnes à changer leur façon de consommer, leur alimentation… En conséquence, il est probable qu’une vague de nouveaux traducteurs arrive sur le marché du travail, désireuse de changer les choses.

Au sein du domaine de l’environnement se trouve une multitude de sous-domaines, comme la pollution, le réchauffement climatique, les énergies renouvelables, la protection des océans ou forêts… Il y a donc suffisamment de besoins, il ne s’agit pas d’un secteur de niche.

Quels clients et documents de travail ?

Avec quels types de clients peut-on être amené à travailler ?

  • Agences de traduction
  • Organismes environnementaux
  • Fournisseurs de produits et de services

Exemples de types de documents à traduire

  • Directives du gouvernement
  • Certifications ISO
  • Rapports sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE)
  • Fiches de produits
  • Rapports d’études
  • Présentations de produits
  • Documents marketing
  • Bulletins d’information
  • Documentaires (traduction audiovisuelle)

Importance de la terminologie

Comme pour tout secteur, il faut s’adapter à la terminologie spécifique, mais on peut aussi être amené à faire de la localisation. En effet, certains concepts propres au secteur n’existent pas dans tous les pays. Abigail Dahlberg l’illustre très bien à l’aide d’un exemple dans son article de la revue Traduire : elle mentionne les différents systèmes de collecte des déchets selon les pays. En Allemagne, « une municipalité a envisagé la création d’une poubelle associant la poubelle grise (déchets résiduels) et la jaune (emballages légers) sous la forme d’une poubelle à rayures grises et jaunes (dite Zebratonne en allemand) ». Il est évident qu’une traduction littérale n’est pas pertinente ici, le concept n’étant pas connu en France. Le traducteur peut donc être confronté à de telles difficultés terminologiques. Il doit appliquer les bonnes stratégies pour pouvoir faire passer son message dans la langue cible et être compris par le lecteur.

Devenir un expert du secteur

Le traducteur issu d’une formation linguistique doit en apprendre plus sur ses domaines de spécialité afin d’être considéré comme un professionnel du secteur.

Contrairement à certains traducteurs qui ont étudié dans leur domaine de spécialisation, Séverine George et Marie-Laure Faurite ont toutes les deux fait un Master de traduction. Pour se spécialiser, il a donc fallu acquérir des connaissances en autonomie. Voici une petite liste des choses qu’elles ont faites pour se former, ainsi que des conseils.

  • Lire des revues spécialisées
  • S’abonner à des newsletters pour faire de la veille (et constituer un glossaire terminologique)
  • Formations de la SFT et cours en ligne (ex : MOOC)
  • Être curieux et lire/visionner du contenu dans ses langues de travail : articles, documentaires…
  • Assister à des conférences ou salons professionnels du secteur
  • Garder une trace de toutes les traductions effectuées dans ce domaine pour se constituer un portfolio (utile pour prospecter des agences ou clients directs)
  • Développer son réseau : entrer en contact avec des traducteurs spécialisés dans le domaine et adhérer à des associations de traducteurs.
  • Sur les réseaux professionnels se présenter comme « Traducteur/trice qui se spécialise dans le domaine… » et suivre des pages ou groupes du secteur.

Le petit conseil en plus : pourquoi ne pas faire du bénévolat auprès d’une ONG environnementale ? Cela permet de donner de son temps, se familiariser à la terminologie et se former par la même occasion.

L’essentiel reste de se tenir informé régulièrement du secteur étant donné sa constante évolution : de nouvelles inventions ou réglementations naissent chaque année. Même après sa formation initiale, le traducteur doit constamment continuer son apprentissage.

Être en adéquation avec ses valeurs

Dans cet article de la revue Traduire, Sévérine George et Marie-Laure Faurite, évoquent le concept d’écotraducteur. L’objectif est d’encourager le traducteur environnemental à être en accord avec ses valeurs dans son travail au quotidien en prenant des habitudes écoresponsables. Tout comme le zéro déchet ou sa consommation, le but n’est pas de culpabiliser le traducteur ou de l’obliger à remplir tous les critères de cette liste, mais de proposer des idées afin de réduire progressivement son empreinte carbone.

Bien souvent il est recommandé dans le monde du travail de faire attention à la consommation de papier ou de choisir des modes de transport plus propres. Ici cela ne pose pas trop de problèmes pour le traducteur indépendant qui travaille chez lui et n’a plus forcément besoin de dictionnaires papier ou d’imprimer ses documents. En revanche, on oublie souvent que, bien qu’il soit nécessaire de limiter sa consommation de papier, l’informatique consomme bien plus en dépenses énergétiques. Le tout premier outil du traducteur étant l’ordinateur, celui-ci va devoir réfléchir à des façons de limiter ou compenser les dépenses générées par ses recherches sur Internet. Je vous recommande donc la lecture de cet article si vous souhaitez avoir une vue d’ensemble des habitudes écoresponsables à adopter.

Maintenant, ça y est…on arrive enfin à s’installer comme traducteur environnemental, avoir des connaissances du domaine, trouver des clients, se faire une bonne réputation et à réduire son empreinte carbone.

Un nouveau projet de traduction arrive dans ma boîte mail : dossier pour la promotion des énergies fossiles. Aïe ! C’est pas du tout le genre de contenu que je voulais ! Quelle est la stratégie à adopter ?

Si le projet est à l’extrême opposé des valeurs de Séverine George et Marie-Laure Faurite (qui pose de réels problèmes d’éthique ou de véracité scientifique), elles le refuseront. Bien sûr, cela dépend des circonstances, ce n’est malheureusement pas toujours possible, surtout lorsque l’on débute sa carrière. Un jeune traducteur ne pourra pas forcément se permettre de refuser un projet ou de choisir quel contenu il préfère.

Conclusion

L’environnement, les énergies et le développement durable pourraient donc devenir des spécialisations très prisées dans le monde de la traduction. Même si ce n’est pas encore considéré comme un grand domaine d’activité comme le médical ou le juridique, il ne s’agit pas non plus d’un secteur de niche. Les besoins en traduction devraient être conséquents en raison de l’expansion des nouvelles technologies ou produits plus « propres ». Le secteur est en constante évolution, le traducteur devra pour cela s’adapter aux nouveaux besoins des clients.

Bibliographie

Dahlberg, Abigail. Going Green: Translating Environmental Texts. ATA Chronicle, juin 2008, p 10-13. https://www.ata-chronicle.online/wp-content/uploads/2008-June.pdf.

Dahlberg, Abigail. « Une spécialisation, le domaine de l’environnement ». Traduire. Revue française de la traduction, no 229, 229, Syndicat national des traducteurs professionnels, décembre 2013, p. 16‑25. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.578.

De Sèze, Cécile. « 2019, l’année de la prise de conscience climatique ». L’Express, 28 décembre 2019. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/2019-l-annee-de-la-prise-de-conscience-climatique_2112440.html.

George, Séverine, et Marie-Laure Faurite. « L’écotraduction, ou le traducteur en transition. Optimiser son environnement de travail pour réduire son empreinte écologique ». Traduire. Revue française de la traduction, no 242, 242, Syndicat national des traducteurs professionnels, juin 2020, p. 6‑22. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.1971.

Le Monde. « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte […] – Mère Teresa ». dicocitations.lemonde.fr, https://dicocitations.lemonde.fr/citations/citation-45499.php. Trésor-Éco https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/9b47a940-eed2-49a8-a1e6-75bdc936a299/files/b7dcd008-6fc8-4d39-a640-04ad70855736

Se spécialiser en tant que traducteur indépendant : Certains domaines de spécialisation requièrent-ils plus que d’autres une expérience préalable ?

Par Charlotte Goubet, étudiante M2 TSM

Voici une question qui me taraude depuis mon arrivée dans le Master TSM.

Pourtant, sauf erreur de ma part, c’est précisément pour cela que je suis ici : apprendre à faire comme si j’étais une spécialiste de tel ou tel domaine, sans avoir forcément d’expérience dans ledit domaine.

Oui mais… Lors de mes premiers pas dans le monde de la traduction, j’ai pu rencontrer un certain nombre de traducteurs spécialistes d’un domaine dans lequel ils avaient précisément travaillé pendant des années.

Qu’en est-il alors de la plus-value réelle d’un tel parcours ?

S’il est difficile de revendiquer, en deuxième année de Master, des domaines de « spécialisation », il est plus juste de parler de domaines de « prédilection », ou de « centres d’intérêts ».

Mais alors, en tant que traducteur indépendant débutant, comment se lancer dans un domaine qui nous intéresse, dans l’idée d’en faire un domaine de spécialisation, sans n’y avoir aucune expérience ?

Personnellement intéressée par le monde de l’agriculture, j’ai souhaité me pencher sur ce domaine-ci. J’ai eu l’idée (brillante) de taper dans un moteur de recherche quelconque « traducteur + indépendant + agriculture ». Et là, bingo. J’ai trouvé mon homme.

Ce dernier se nomme Toby Belither. Se présentant lui-même comme un « ancien agriculteur reconverti en traducteur indépendant », Toby Belither a étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester (anciennement Royal Agricultural College), en Angleterre. Il a par la suite accumulé une trentaine d’années d’expérience, au Royaume-Uni et en France, en travaillant dans différentes exploitations agricoles.

Vous l’aurez compris, la langue maternelle de Toby Belither est l’anglais. Il effectue uniquement des traductions dans la combinaison de langues FR>EN, dans le domaine de l’agriculture mais également dans d’autres domaines au besoin.

Quel est son avis sur la question ? Je vous laisse le découvrir.

Bonjour M. Belither ! Bien que j’aie déjà résumé votre parcours, pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes passé de la casquette d’agriculteur à celle de traducteur indépendant ?

Un jour, j’ai été contacté par un ancien collègue, formateur en management pour le service après-vente à l’international d’un fabriquant de tracteurs. Ce dernier a fait appel à mes services en tant qu’anglophone. Il avait besoin de quelqu’un pour traduire des formations à l’intention de concessionnaires du français vers l’anglais et il n’avait jusque-là trouvé personne qui puisse effectuer ce travail.

J’ai hésité au départ, car je n’ai jamais vraiment eu l’habitude de travailler sur un ordinateur et qu’il m’est difficile de rédiger efficacement sur un clavier.

J’ai finalement accepté, et je me suis adapté au mieux pour le travail demandé. J’ai d’abord téléchargé le logiciel de reconnaissance vocale « Dragon NaturallySpeaking » (page en anglais). Ce dernier, avec lequel je travaille toujours aujourd’hui, me permet de dicter au fur et à mesure ma traduction anglaise à mon ordinateur.

Bien sûr, ce logiciel ne produit pas de résultat « parfait » et il nécessite une post-édition, notamment au niveau de la ponctuation. Mais il est tout de même efficace car il apprend au fur et à mesure les mots que l’on lui dicte.

Avec les connaissances que je possédais dans le domaine de l’agriculture, ce travail ne m’a pas paru excessivement difficile. J’ai débuté en 2012. J’étais alors toujours agriculteur. Je traduisais le soir et les week-ends.

Plus tard, des soucis de santé m’ont amené à stopper mon activité agricole.

Avez-vous effectué une formation à la traduction ?

Non, je n’ai pas souhaité effectuer de formation en traduction. Les demandes de traduction que je recevais pour le domaine agricole étaient très aléatoires. Financièrement, je n’ai pas jugé rentable d’investir dans une formation alors que mes revenus n’étaient pas stables. Mes plus grandes rentrées d’argent provenaient de la traduction de sites internet, et les demandes de ce genre n’étaient pas assez fréquentes.

De plus, je n’avais pas vraiment de temps pour me former car je travaillais toujours en tant qu’agriculteur.

Que conseilleriez-vous à un jeune traducteur ou une jeune traductrice indépendant.e qui souhaiterait faire ses débuts dans le domaine de l’agriculture ?

Si la formation est de toute façon un plus, je pense que le problème peut résider dans l’absence de connaissances agricoles. J’effectue ce travail car je possède des connaissances solides dans ce domaine d’une part en anglais, car j’ai étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester, et d’autre part en français, car j’ai travaillé dans des exploitations agricoles pendant vingt-et-un ans.

Et encore une fois, le domaine agricole est très exigeant. Dans mon cas par exemple (traduction du français vers l’anglais), l’anglais américain et l’anglais du Royaume-Uni sont bien sûr différents, mais le vocabulaire varie même d’un état à un autre aux Etats-Unis. Il m’arrive parfois de refuser du travail pour ces raisons-là.

Quels sont les interlocuteurs avec lesquels vous travaillez aujourd’hui ? Sont-ils tous spécialisés dans le domaine agricole ? Y ont-ils tous travaillé à un moment donné ?

Je ne travaille qu’avec des clients directs, donc des sociétés spécialisées dans le domaine, et je ne connais personne qui fasse la même chose que moi. C’est un domaine vraiment pointu.

Soit je démarche moi-même les clients, soit ils prennent contact avec moi via mon site internet.

De quelle manière traitez-vous les demandes de traduction qui vous sont soumises dans des domaines autres que celui de l’agriculture ?

De façon générale, les autres projets que je traite se rapprochent du domaine agricole. Il m’arrive de travailler par exemple dans le domaine de la pisciculture, et le vocabulaire de ce dernier est assez proche de celui du domaine agricole. Je trouve ces projets plutôt faciles à comprendre.

Quand je ne me sens pas capable de traduire dans un certain domaine, je préfère toujours refuser le projet pour éviter de produire une mauvaise traduction.

Selon vous, est-il mieux voire indispensable de disposer d’une expérience dans le domaine de l’agriculture pour s’y spécialiser en tant que traducteur ?

Quels sont selon vous les avantages ou inconvénients à effectuer une formation en traduction ?

Pour ce qui est du domaine agricole, je pense que l’expérience est indispensable, car c’est un domaine très exigeant. Néanmoins, les formations universitaires sont intéressantes du point de vue de la formation aux outils qu’elles offrent, notamment les logiciels de traduction assistée par ordinateur.

Je ne me suis personnellement pas plié à toutes les exigences du marché. En effet, si j’ai souhaité à un moment donné traduire davantage et travailler pour des agences, je n’ai pas poursuivi dans cette voie.

Les conditions sont trop nombreuses (certains logiciels sont obligatoires pour travailler avec telle ou telle agence) et les pénalités en cas de corrections à apporter ou de débit considéré comme trop lent sont trop importantes.

Je travaille donc uniquement avec des clients directs que je démarche moi-même. Je possède désormais quelques clients réguliers pour lesquels je travaille depuis cinq ou six ans.

La traduction représente pour moi un complément de revenu.

Quels outils utilisez-vous en tant que traducteur ?

Je n’utilise pas réellement d’outils en dehors de « Dragon NaturallySpeaking ».

Je travaille directement dans les fichiers sources que je reçois (en gardant toujours une copie) par écrasement des données.

Il s’agit le plus souvent de fichiers Word et PDF. En ce qui concerne les documents au format PDF, j’ai investi dans une licence payante afin de pouvoir les modifier.

Des fichiers InDesign, Excel ou Powerpoint vont être plus longs à traiter et je fais varier mes tarifs en conséquence.

Effectuez-vous une seconde activité en plus de celle de traducteur indépendant ?

En effet. Mon activité principale est aujourd’hui la location de chambres d’hôtes. C’est une activité qui se « marie » bien avec celle de traducteur car je travaille depuis chez moi.

Pour le bon maintien de mon activité de traducteur, je me rends tous les ans dans des salons agricoles pour contacter de potentiels nouveaux clients. Mes clients se situent plutôt parmi des sociétés françaises de taille moyenne qui exportent à l’étranger. Il ne s’agit pas de multinationales, qui possèdent bien souvent leurs propres services de traduction.

Quelle part environ de votre revenu mensuel représente la traduction ?

Encore une fois, cela est très aléatoire selon les demandes que je reçois. Il peut arriver que la traduction représente un tiers voire la moitié de mon revenu mensuel (modifications de sites web, sortie de nouveaux engins agricoles, …).

Les années moins fastes, la traduction représente plutôt un quart de mes revenus.

Pourriez-vous indiquer une fourchette de vos tarifs ?

Je suis rémunéré au mot et il peut arriver que je varie mes tarifs selon que mes clients sont plus ou moins bons payeurs.

De façon générale, mon tarif au mot tourne autour de 11 à 14 centimes d’euros.

Pour ce qui est des sites web, je tarife aux nombre d’heure passées à traduire. Il s’agit le plus souvent de 40 euros par heure environ.

Par souci d’honnêteté, je tarife le plus souvent possible au nombre réel d’heures passées à travailler, même si le nombre évalué lors du devis était supérieur.

Au vu de mon entretien avec M. Belither, bien que la formation en traduction soit importante (voire indispensable pour qui souhaite intégrer le marché de la traduction dans son ensemble), il paraît indispensable pour un traducteur de bénéficier d’une expérience préalable dans le domaine de spécialisation dans lequel il souhaite exercer.

Et pour cause. Je me dois ici de faire allusion à la table ronde organisée par la SFT (Société française des traducteurs) en partenariat avec l’Université de Lille, le 2 octobre 2020, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Traduction.

Lors de cette table ronde, des traductrices indépendantes aux profils très différents présentaient leur parcours aux étudiants, professeurs et professionnels de la traduction présents.

J’ai ce jour-là compris que mon questionnement n’était pas illégitime, mais mal orienté.

En effet, pour reprendre le cas de M. Belither, ce dernier n’a pas reçu de formation professionnelle en traduction et son expérience seule a dirigé sa professionnalisation.

Nombreux sont d’ailleurs sur le marché les traducteurs dans le même cas que M. Belither et ils en font partie intégrante.

Mais qu’en est-il des traducteurs qui possèdent une formation en traduction sans posséder d’expérience préalable dans l’un de leurs domaines de spécialisation ? Et quid de ceux qui possèdent et l’expérience et le diplôme de traducteur ?

Parmi les traductrices rencontrées lors de la JMT, un grand nombre d’entre elles avaient auparavant travaillé dans le domaine qui était devenu leur spécialité. Contrairement à M. Belither, certaines avaient d’ailleurs par la suite suivi une formation continue en traduction.

En confrontant ces différents profils, j’ai compris que l’expérience dans un domaine de spécialisation est certes indispensable pour un traducteur, mais que cette dernière peut avoir lieu à n’importe quel moment de son parcours.

Lorsqu’elle n’est pas préalablement acquise, l’expérience s’acquiert au quotidien.

Les langues évoluent constamment et le traducteur se doit, pour coller au mieux à ses domaines de spécialisation, de s’y former continuellement. Magazines spécialisés, conférences, salons (comme l’indiquait M. Belither), formations, toutes les opportunités sont bonnes à prendre pour se former dans le domaine qui nous plaît en tant que traducteur.

Tout domaine de spécialisation requiert donc de l’expérience, et le métier de traducteur est résolument un métier de passionné.

Un grand merci à Toby Belither pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder, ainsi qu’aux traductrices de la SFT présentes à l’Université de Lille pour la JMT 2020.

Lien vers le site internet de M. Toby Belither, traducteur indépendant FR>EN spécialisé dans le domaine agricole : http://agri-traduction.com/

Le traducteur médical, une spécialisation passée sous scalpel

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

medical

Aujourd’hui, les recherches et études cliniques se font multicentriques, les pandémies s’étendent internationalement (Coronavirus, si tu nous regardes…). Et c’est sans compter, bien évidemment, que les laboratoires pharmaceutiques sont pour la majeure partie des groupes internationaux, leurs sièges sociaux se trouvant dans un pays autre que leurs sites de production et de recherche pharmaceutique. Tous les acteurs du secteur de la santé se trouvent impliqués dans les progrès et avancées de ce dernier, et ce, à travers le monde. Avec une telle conjoncture mondiale, les besoins en traduction médicale, scientifique et pharmaceutique ont globalement explosé. Mais quels sont les tenants et les aboutissants en traduction médicale ? Autopsie de cette spécialisation du traducteur.

Que traduit le traducteur médical ?

Contrairement à ce que certains peuvent penser, il ne se contente pas simplement de traduire des ordonnances et des certificats médicaux à longueur de journée, un Vidal dans une main, une encyclopédie médicale dans l’autre. Non, bien sûr que non, ses missions de traduction sont bien plus variées. Le traducteur médical pourra être amené à traduire :

  • des études cliniques ;
  • des notices de médicaments ;
  • des comptes-rendus et communiqués de presse pour des organisations/organismes internationaux ;
  • des modes d’emploi de matériel médical ;
  • des protocoles de traitement patient ;
  • des questionnaires médicaux à délivrer aux patients ;
  • des communications pour des séminaires et colloques ;
  • des chapitres de livres ;
  • des rapports annuels ;
  • et bien d’autres types de documents en lien avec la médecine et la santé…

Quels prérequis pour le traducteur médical ?

D’aucuns vous ont certainement dit et redit que la traduction médicale, étant donné sa spécificité terminologique et phraséologique, ne pouvait être menée à bien que par des médecins et des membres du corps soignant. Si je ne nierai pas que cela constitue un avantage non négligeable pour la maîtrise de ces deux derniers points, mais aussi pour la connaissance préliminaire du thème du texte à traduire en lui-même, je peux toutefois vous assurer que ce n’est en aucun cas une condition sine qua non.

Sont en revanche requis pour un traducteur médical un jugement critique, une rigueur scientifique et une appétence pour les connaissances liées à ce domaine.

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon traducteur médical ?

Pour être bon en traduction médicale, une spécialité particulièrement technique, il vous faudra disposer d’un certain nombre de qualités. Vous devrez tout particulièrement respecter le style des textes écrits en langue originale sur le sujet, c’est-à-dire adopter la phraséologie de ce type de textes et employer les termes adaptés afin de masquer vos traces et vous fondre au mieux dans ces derniers. Comme bon nombre de mes professeurs encadrants pourraient le dire, « un traducteur, c’est comme tueur en série ; s’il laisse des traces, c’est que c’est un mauvais traducteur ! » Et un travail rigoureux est bien entendu de mise, de même qu’un esprit critique, cela va de soi !

Quelles ressources peut utiliser un traducteur médical ?

Vous attendiez leur retour avec impatience, les revoilà ! Le Vidal et l’encyclopédie médicale peuvent bien évidemment s’avérer d’une grande aide pour le traducteur médical qui pourra profiter de leur relative simplicité pour comprendre le sujet du document. Mais il y en a tant d’autres qui peuvent également être salutaires pour ce dernier. Vous vous demandez sûrement lesquelles. Sortez vos carnets et ouvrez bien grand vos oreilles. En voici quelques-unes :

  • le site officiel multilingue de l’OMS, Organisation mondiale de la santé, disponible en plusieurs langues, et tout autre site multilingue d’une organisation internationale de santé publique ;
  • il est également intéressant pour un traducteur médical d’effectuer une veille documentaire active en collectant des documents différents sur les différentes pathologies, qu’il s’agisse de journaux, de magazines spécialisés (Prescrire, Le Courrier du médecin, etc.), de rapports et articles de recherche, et de tout autre document pouvant vous permettre de mieux appréhender une thématique ;
  • et, et cela peut s’avérer particulièrement utile, profitez du savoir des experts du domaine dans vos connaissances pour aborder les points les plus techniques ;
  • mais également bon nombre d’autres ressources scientifiques.

N’oubliez surtout pas que tout est bon pour écrire comme un expert de la médecine.

Mais sachez toutefois qu’il ne suffit pas de disposer de ressources thématiques pour bien traduire la médecine. Pour ce qui est des ressources linguistiques, le traducteur médical pourra bien entendu trouver salutaires les ressources classiques telles que :

  • les corpus ;
  • les glossaires personnels et partagés ;
  • les dictionnaires de synonymes ;
  • les outils de correction grammaticale (Antidote, Cordial, etc.) ;
  • les ouvrages de référence en grammaire tels que le Grevisse ;
  • mais également toutes les autres…

Et quels outils ?

La traduction médicale étant une spécialisation très technique, les outils de TAO, de gestion terminologique et d’assurance qualité revêtent une importance toute particulière. Ils seront d’un grand secours et vous aideront à harmoniser votre traduction et donc à conserver une cohérence d’un bout à l’autre du document. En revanche, dans l’état actuel des choses, la traduction automatique (TA pour les intimes) risque de très vite éprouver ses limites. Surtout pour des textes de spécialité écrits par des experts pour des experts. Il est donc fortement conseillé, pour ce genre de documents, d’utiliser la TA avec parcimonie.

Quelle formation pour le traducteur médical ?

Un certain nombre de masters de traduction technique proposent une formation de base à la traduction médicale. Le master de Traduction Spécialisée Multilingue (Master TSM) de l’Université de Lille est l’un de ceux-ci. Master membre de l’AFFUMT (Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction) et du réseau EMT (European Masters in Translation, label qualité accordé aux masters de traduction qui répondent aux critères par la Commission européenne), ce master offre une formation complète et basée sur l’expérience. Toutefois, il est évident qu’une formation de master de deux années ne peut suffire à vous préparer aux moindres nuances et subtilités de la spécialisation de traducteur médical. Vous pourrez alors, pour compléter votre formation, suivre les formations proposées régulièrement par la SFT en matière de traduction médicale sur la page reprenant le programme de leurs formations (n’hésitez pas à aller y jeter un œil régulièrement !), celles de la CI3M (Centre de formation professionnelle et continue)… vous pouvez également, afin de développer vos compétences et connaissances médicales et scientifiques, vous inscrire à des MOOC, des formations en ligne ouvertes à tous.

Quelles expériences peut-on vivre ?

Vous vous dites sans doute, c’est très bien tout ça, mais nous on veut du croustillant, du vivant. Je vous comprends parfaitement, moi aussi le plan-plan m’ennuie.

Ça vous dirait un petit retour sur expérience pour une traduction médicale exigeante effectuée au sein de l’édition 2019 du Skills Lab (un dispositif de simulation d’entreprise de traduction au sein du master TSM de l’Université de Lille dont la dernière édition en date a été résumée avec brio et beaucoup d’humour par mon camarade Baptiste Dargelly, étudiant en M2 et bientôt traducteur diplômé. Je vous invite par ailleurs fortement à aller lire son billet.) ? Je m’en doutais. Alors voilà pour vous, en exclusivité, un retour sur expérience de mes premiers pas dans la jungle de la traduction médicale et de la satisfaction que j’en ai tirée :

« Comment pourrais-je faire autrement que de vous dire que oui, les difficultés sont nombreuses et fréquentes dans la traduction médicale (après tout, la médecine est une science dure et exacte), mais qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que d’avoir réussi à dompter la bête (aka le texte source), à la disséquer, l’étudier pour en rendre les moindres subtilités, en dégager les moindres nuances. Pour illustrer, je dirais que traduire le médical, c’est un peu comme faire la cuisine. Vous avez votre recette, vos ingrédients et vous faites tout pour que le résultat final soit conforme au plat final. Bien sûr, tous les ingrédients (ou textes sources) ne sont pas les mêmes et il faut parfois adapter la recette. Et tous les cuisiniers (ici les traducteurs) ne sont pas non plus identiques. Par conséquent, il faut savoir s’adapter, étape après étape, et résister au stress que cela peut engendrer, notamment lorsque vous vous attelez à traduire un document sur une maladie orpheline pour laquelle les ressources disponibles en français sont rares, ce qui ici était bien entendu le cas. Toutefois, goûter à l’euphorie du travail bien fait, une fois votre traduction terminée avec panache en vaut largement la peine. »

Bon, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet, j’ai un nombre conséquent de traductions sur le feu. Le(s) devoir(s) n’attend (ent) pas, que voulez-vous. J’espère avoir su répondre à toutes vos questions sur la traduction médicale et vous avoir donné l’envie de tenter l’aventure, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet à travers les commentaires et ne manquerai pas de vous répondre. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, quelques informations à donner sur la traduction médicale qui n’auraient, par souci de concision, pas été mentionnées dans mon billet. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Tous vos retours sont bienvenus. Au revoir et à très bientôt pour de nouvelles aventures ensemble et un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, traduisez !

Et pourquoi pas traduire la mode ?

Par William Brouilly, étudiant M2 TSM

traduirelamode

Il est difficile d’évaluer avec précision la valeur du secteur de la mode et du luxe dans le monde. Cependant, en France et d’après les statistiques établies par le gouvernement, ce dernier représente 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, soit plus que les secteurs de l’aéronautique et de la construction automobile réunis. Avec de tels chiffres, inutile de dire qu’il y a du travail, y compris pour les traducteurs. Dans ce billet de blog, je vais donc essayer de vous convaincre de traduire pour ce secteur riche en opportunités.

La mode : de nombreuses possibilités

Comme je l’ai déjà mentionné, le secteur de la mode est un marché très important qui se compose de nombreuses branches différentes. Cela signifie qu’il y a alors une large variété de sous-domaines, et donc de documents à traduire. Dans un article publié sur le blog de l’agence britannique Creative Translation, trois femmes nous expliquent qu’elles travaillent dans le domaine de l’édition et de la traduction spécialisée dans la mode, et que leurs métiers sont très variés. En effet, la première est auteure et traductrice pour l’édition chinoise du magazine ELLE, la deuxième est traductrice spécialisée dans les secteurs de la mode, du luxe et des cosmétiques, tandis que la dernière traduit dans le domaine du marketing de mode. Lucy Williams, traductrice pour Translator’s Studio, liste dans un article publié sur le site de l’agence les différents types de documents qu’il est possible de traduire. Bien que certains ne semblent pas toucher directement à l’univers de la mode (rapports annuels, contrats…), d’autres sont bel et bien en lien avec le secteur, comme par exemple les descriptions de produits, les articles de presse, les biographies et interviews ou encore les contenus marketing et publicitaires. Une chose est donc sûre, ce n’est pas le travail qui manque.

Comme l’explique Lucy Williams, la mode est un cycle. En effet, l’industrie de la mode est basée non pas sur quatre mais sur deux saisons : automne-hiver et printemps-été. Pour les femmes, les collections automne-hiver sont présentées en février/mars tandis que les collections printemps-été sont présentées en septembre/octobre. Cependant, les collections Homme et Haute Couture sont présentées à des dates différentes. Autrement dit, le secteur de la mode est une machine bien huilée qui ne cesse jamais de tourner. Et à chaque saison, les besoins de traduction se font ressentir : brochures de défilés, descriptions de produits, supports publicitaires, la liste est longue. Le secteur de la mode n’est donc pas simplement un secteur qui offre de l’emploi, il s’accompagne également d’une certaine stabilité.

La mode : un art ?

La mode au sens large du terme est considérée par tous les professionnels du secteur comme un art à part entière. Nos vêtements reflètent notre personnalité et certaines pièces crées par les grands couturiers sont de véritables chefs-d’œuvre qui sont plus destinés à être exposés dans des musées qu’à être portés. Dans un article publié dans la revue Traduire, la traductrice néerlandaise Percy Balemans nous raconte comment elle a traduit les textes d’une exposition dédiée au créateur Jean-Paul Gaultier. Au-delà du fait que cela lui a permis de découvrir de nombreuses choses sur le couturier, elle nous explique que ce projet a été « l’un des […] plus intéressants et les plus difficiles [qu’elle a] eu à mener à bien », elle qui était habituée à traduire des articles de blog ou des contenus marketing et web. Ce nouveau type de projets impliquait également de nouvelles contraintes, comme l’absence de supports visuels par exemple. En effet, comment traduire la description d’une pièce lorsque l’on ne sait pas à quoi elle ressemble (et que celle-ci se trouve dans un autre pays) ? Heureusement pour elle, Internet regorge de documentation sur Jean-Paul Gaultier, ce qui lui a permis de pallier le manque de supports visuels.

La mode est donc un art, et il convient de retransmettre ce côté artistique dans les textes qui en parlent, qu’il s’agisse de textes originaux ou de traductions. En fonction du type de document, une belle plume est exigée, et tandis que la description d’un produit sur le site internet d’une marque ne laisse pas toujours place aux envolées lyriques, la traduction d’un article de magazine ou d’un billet de blog, par exemple, nécessite une certaine prose. Dans son article, Lucy Williams révèle qu’elle a traduit la biographie d’un homme à la tête d’une entreprise fabriquant des vêtements de sport. Elle a donc dû adopter un ton plus littéraire, ton qui n’est pas toujours courant selon les domaines, voire même proscrit pour certains.

Toujours concernant l’aspect créatif de la traduction de mode, j’aimerais désormais parler d’une tâche parfois méconnue dans le domaine de traduction : la transcréation. Bien que les besoins en transcréations existent dans de nombreux domaines, elle est particulièrement demandée dans le secteur de la mode, notamment pour les contenus marketing et publicitaires. Comme l’a expliqué Pénélope Girod dans ce billet de blog, la créativité et l’imagination sont essentielles car il s’agit ici de vendre un produit, et une traduction littérale ne suffira pas. Il faut également localiser et adapter le message à la culture du marché cible, donnée qu’il est impératif de prendre en considération lors de la traduction de contenu marketing relatif à la mode car celle-ci se définit différemment d’un pays à l’autre.

La mode : un univers à part entière

Comme chaque industrie, le secteur de la mode possède ses propres spécificités. On pense notamment à la terminologie (comme le précise Percy Balemans avec le mot « caban »), une terminologie souvent truffée d’anglicismes. Alors que certains traducteurs les ont en horreur et font tout pour les éviter, il faut admettre qu’il peut s’avérer difficile de traduire une phrase dans laquelle un mot sur deux ne se traduit pas. Que faire donc lorsqu’il est question de traduire la description d’une tenue composée d’un crop top en jersey, un leggings en tweed et des escarpins nude (cascade vestimentaire donnée à titre d’exemple, ne pas reproduire chez soi) ? Eh bien, chers lecteurs, je vous annonce que le franglais sera ici de rigueur, ces termes ayant été conservés en anglais dans le vocabulaire de la mode. Si cela peut vous consoler, sachez que de nombreux mots français, tels que « maison », « atelier » ou encore « bustier », sont utilisés tels quels en anglais dans le jargon de la mode.

Une autre spécificité dont il faut tenir compte est la différence interculturelle. Il faudra donc adapter si besoin est à la culture du marché cible, comme cela a déjà été mentionné, mais pas seulement. Prenons un exemple au hasard : vous êtes un.e Américain.e en visite à Paris et souhaitez acheter un jean. Vous repérez un modèle qui vous plaît et demandez votre taille : 26. Mais pourquoi le vendeur vous regarde-t-il d’un air ébahi ? C’est parce que les tailles ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre, et la taille américaine 26 correspond à une taille 34 en France. Ces différences n’existent pas uniquement pour les jeans mais bien pour tous les types de vêtements ainsi que pour les chaussures. Et comme si cela ne suffisait pas, pour certains types de vêtements, la conversion n’est pas la même entre un modèle femme et un modèle homme. Par ailleurs, certaines marques ne souhaitent pas convertir les tailles. Il faut alors demander au client s’il souhaite localiser les tailles en fonction du marché cible ou non.

 

Pour conclure, le secteur de la mode est un secteur riche en opportunités qui touche de nombreux domaines liés de loin comme de près à l’univers qui s’y rattache. J’espère vous avoir convaincu (ou au moins intéressé) et si la mode n’est pas votre tasse de thé mais que vous avez tout de même un penchant pour l’art, je vous invite à lire le billet de blog d’Angel Bouzeret qui sera publié d’ici deux semaines.

 

Bibliographie