Les neuf grands commandements pour une localisation de site Web efficace

Par Manon Gladieux, étudiante M2 TSM

Au vu de la conjoncture actuelle, il est plus que jamais important pour les entreprises à rayonnement international de soigner leur présence sur le World Wide Web, encore plus si celles-ci s’en servent pour commercialiser leurs produits et services. Il est donc souvent nécessaire pour elles de publier leurs contenus en plusieurs langues afin de répondre aux attentes de leurs clients, notamment internationaux. Saviez-vous que seuls 18 % des Européens effectueraient un achat de biens et de services sur un site internet en langue étrangère ? Saviez-vous également que 55 % des consommateurs achètent uniquement sur des sites (étrangers ou non) si les contenus sont rédigés dans leur langue maternelle ? L’e-commerce est depuis longtemps un secteur en plein essor qui connaît une croissance rapide. Et la pandémie de coronavirus a déclenché une véritable flambée en 2020 : les ventes ont augmenté de 27,6 % dans le monde entier. Les achats hors frontières du pays ont également augmenté dans une proportion impressionnante de 21 %. Les magasins allemands, par exemple, réalisent déjà en moyenne plus de 30 % de leurs ventes à l’étranger. Mais il faut savoir que 52,7 % des utilisateurs seront plus susceptibles d’acheter un produit si la description de celui-ci est écrite dans leur langue natale, peu importe le prix. Pouvoir lire la description de ce qu’il envisage d’acheter dans une langue qu’il comprend et qui lui est chère a beaucoup plus d’importance pour un consommateur que n’en a le prix à payer pour ce produit ou ce service. De même, 72,1 % des internautes resteront plus longtemps sur un site s’ils peuvent le consulter dans leur langue maternelle. Pour finir, dans une optique purement économique, chaque euro investi dans la localisation d’une page Web générera en moyenne un retour sur investissement qui avoisine les 20 euros. Aussi, la traduction-localisation de site Web est devenue un défi majeur que toute entreprise désirant s’ouvrir réellement à l’international doit être capable de relever. Dans un premier temps, l’investissement en temps et en argent pourra certes sembler conséquent pour certaines personnes (et pour leur budget), mais les répercussions, notamment l’accroissement du taux de conversion pour leur site, sauront sans doute convaincre les plus réticents de consentir à franchir le pas. Maintenant, quelles sont les différentes possibilités en matière de localisation de site Web ? Et quels sont les points essentiels auxquels vous devrez faire attention en tant que traducteur-localisateur ? Le point tout de suite.

Un point rapide sur les différents types de localisation

La localisation de sites Web peut être effectuée de manière partielle ou complète, cela dépend des langues et marchés ciblés et des besoins de l’entreprise cliente. D’autres paramètres décisifs pourront également peser dans la balance et influer sur le choix final : il pourra s’agir entre autres des contraintes budgétaires, des délais (potentiellement serrés) et de l’importance pour l’entreprise du marché local ciblé. Aussi, on dénombre cinq grands niveaux de localisation en matière de sites internet :

  • On pourra en premier lieu standardiser un site Web. Le contenu sera alors le même pour tous les utilisateurs, indépendamment de leur pays et de leur langue. Il va alors s’agir du plus bas niveau de localisation de site, qui s’apparentera en quelque sorte à de la traduction classique.
  • Ensuite, votre site pourra faire l’objet d’une localisation partielle : c’est-à-dire que seule la page de contact sera localisée pour les différents pays. Ainsi, le travail de localisation reste restreint.
  • Viendra après un niveau un peu plus élevé de localisation : on aura ici localisé la majeure partie du contenu et des pages du site, mais la structure et les fonctionnalités seront les mêmes que pour le site d’origine. Cela veut donc dire que l’on comptera une traduction par pays, mais que l’URL sera identique pour les versions de chaque pays.
  • On pourra également choisir de localiser ce site Web de manière encore plus complète : le contenu aura alors été adapté dans son ensemble et la structure aura été adaptée au pays. L’URL sera spécifique à un pays (et dans l’idéal adaptée au standard en vigueur dans ce dernier) et le contenu sera différent selon les pays.
  • Pour finir, on pourra choisir de partir sur un site culturellement adapté : l’intégralité du site Web (et donc tous les contenus et fonctionnalités de ce dernier) aura été localisée et celui-ci permettra au visiteur de s’immerger complètement dans la culture cible. Ce niveau de localisation résultera en un site Web qui respectera les perceptions, le symbolisme, et les spécificités propres au pays concerné. Cependant, il est rare de trouver des sites localisés à ce point, car ce degré de localisation requiert un investissement important, aussi bien au niveau du temps que d’un point de vue financier. Il s’adaptera plus particulièrement aux firmes multinationales.

Premier commandement : une localisation qui ne se limite pas aux contenus « visibles »

Si le plus évident sur un site Web à localiser est bien le texte qui s’affiche sur les différentes pages de celui-ci, il convient de penser que d’autres éléments devront passer entre les mains expertes du traducteur-localisateur. Il ne faudra donc pas oublier de « localiser » les URLs, les méta-descriptions, les textes alternatifs, etc.

Vous vous dites peut-être : « Méta-descriptions, URLs, textes alternatifs, tout ça, tout ça, c’est bien beau de me dire d’y penser, mais je ne sais pas ce que c’est moi !! »

Eh bien, comme je ne veux perdre personne, faisons un bref rappel sur ces différents éléments pour ceux qui peinent à suivre.

Les textes alternatifs, cela correspond à la description d’une image ou d’un contenu visuel (voire de son utilité et de sa symbolique) qui permettra d’informer les personnes qui, pour quelque raison que ce soit, ne verront pas apparaître le contenu. Ces textes alternatifs seront par exemple utiles aux personnes déficientes visuelles, aux personnes dont la localisation géographique altère la vitesse de connexion, mais aussi, vous vous en doutez sûrement, aux moteurs de recherche pour le référencement naturel de votre site Web (ou plus exactement de celui de votre client). Pour toutes ces raisons, et principalement pour permettre aux déficients visuels de profiter d’une expérience utilisateur aussi complète que possible, les textes alternatifs auront une importance capitale ! Ils ont même tant d’importance que le W3C (ou World Wide Web Consortium) en réclame l’usage dans les directives d’accessibilité aux contenus Web (WCAG), faisant état de l’extrême nécessité que tout contenu destiné au grand public soit consultable et/ou compréhensible par tous, y compris par les personnes en situation de handicap.

Une URL (soit Uniform Resource Locator) est un format universel qui va servir à désigner une ressource sur le World Wide Web et à aiguiller l’utilisateur et les moteurs de recherche vers celle-ci. Elle va également influer sur le référencement naturel, en particulier si le mot-clé utilisé pour la requête moteur (c’est-à-dire la recherche effectuée grâce au moteur de recherche) est présent dans l’URL. La page sera donc jugée comme pertinente par les moteurs de recherche selon ce critère. Cette URL va pouvoir se décomposer en plusieurs éléments, parmi lesquels quatre éléments essentiels :

  • Le nom du protocole à utiliser : c’est-à-dire en quelque sorte la « langue informatique » que vous allez utiliser pour communiquer sur le réseau. La majeure partie du temps, c’est le protocole HTTP (ou HyperText Transfer Protocol), un protocole permettant d’échanger des pages Web au format HTML, qui sera utilisé. De nombreux autres protocoles existent néanmoins (FTP, News, Mailto, Gopher…).
  • L’identifiant et le mot de passe (notez bien que ces éléments seront facultatifs) : cela permet de faire apparaître les paramètres d’accès à un serveur sécurisé. Il est toutefois déconseillé de faire apparaître ces éléments dans l’URL, le mot de passe se retrouvant alors au vu et au su de tous dans l’URL, ce qui en compromet inévitablement la confidentialité.
  • Le nom donné au serveur : c’est le nom de domaine du matériel informatique hébergeant la ressource en question. Notez qu’il est possible d’utiliser l’adresse IP du serveur, mais il faut savoir que l’URL sera dans ce cas moins facile à déchiffrer.
  • Le numéro de port : soit le numéro associé à un service qui donne au serveur la possibilité de comprendre le type de ressource demandée. Par défaut, le port qui sera lié au protocole HTTP sera le port numéro 80, tandis que celui qui sera lié au protocole HTTPS sera le port numéro 443. Notez que si ce numéro de port est en effet le numéro de port par défaut, celui-ci devient juste facultatif.
  • Le chemin d’accès à la ressource : Ce dernier élément d’URL permet au serveur de connaître l’emplacement auquel la ressource est située sur le matériel informatique dans lequel elle est stockée, c’est-à-dire de manière générale l’emplacement (répertoire) et le nom du fichier demandé.


Une URL sera de fait structurée ainsi :

Nom de protocoleID et mot de passe (facultatif)Nom donné au serveurNuméro de port (facultatif si 80)Chemin d’accès sur serveur
https://manon:123456@ www . gladieux-traductions . com:80/services/traduction-localisation-web.php

La balise méta-description pour sa part n’impacte pas de façon directe le référencement du site et de ses contenus sur la page. En revanche, si elle a été rédigée soigneusement, elle augmentera le taux de clic, c’est-à-dire le nombre d’internautes qui vont visiter le site. Il faudra que cette méta-description décrive brièvement le contenu de la page et donne envie de cliquer aux internautes. On conseille aussi d’y ajouter le mot-clé stratégique, celui sur lequel vous voulez vous positionner et sur lequel vous misez le plus pour attirer la clientèle sur le site, ou une variante de ce mot-clé stratégique. Cela rassurera le robot du moteur de recherche aussi bien que l’utilisateur quant à la possibilité de trouver sur le site du contenu qui répond à sa requête. On conseille en général de rédiger une méta-description qui comporte dans les 140 à 160 caractères pour que celle-ci apparaisse en entier sur la page de résultat. Soyez toutefois conscient qu’il se peut que Google décide parfois lui-même de « réécrire » la méta-description, c’est-à-dire qu’il choisisse de renseigner un extrait du contenu présent sur le site, en fonction de la requête formulée par l’utilisateur.

En ce qui concerne le site de la Fnac par exemple, on peut observer qu’entre les versions belges (néerlandophone et francophone) et la version française, l’URL est complètement différente. De même, les fenêtres « pop-up » contextuelles et textes alternatifs diffèrent selon la version, ce qui est également le cas pour les méta-descriptions.

Deuxième commandement : des contenus visuels compréhensibles et non choquants

Maintenant, avoir des contenus textuels compréhensibles (même s’ils ne sont pas à proprement parler dans les pages du site), c’est bien. Mais s’assurer que tous les contenus, même les contenus médias, puissent bien être compris par le public cible du site localisé, c’est encore mieux. Il sera donc plus que recommandé de remplacer les références culturelles et blagues éventuelles présentes sur le site d’origine par des références culturelles ou blagues similaires (ou approchantes) dans la culture cible, mais aussi de doubler ou de sous-titrer les vidéos apparaissant dans les pages du site à localiser, et éventuellement, si besoin, retravailler les images et animations à l’aide d’un logiciel pour les adapter au public cible…

Un autre point qui sera important, ce sera de faire bien attention au contenu des images qui ne doit rien contenir d’offensant pour le public cible, comme vous le faites pour bien d’autres domaines de spécialisation en traduction. Par exemple, on pourra citer la publicité pour un aménagement de salle de bain qui était conçue par le magasin IKEA et sa version localisée pour l’Arabie saoudite. La femme a totalement disparu dans la version adaptée destinée à ce pays, la présence d’une femme sur une image étant considérée comme gênante dans la culture saoudienne. De la même manière, la femme présente sur l’affiche publicitaire d’une chaîne de magasins faisant la promotion d’une piscine publiée au moment du ramadan en Arabie saoudite a été supprimée, remplacée par un ballon gonflable Winnie l’ourson, et les enfants et le père de famille qui se trouvaient également dans la piscine ont été « rhabillés », ce qui est somme toute assez curieux, si l’on garde à l’esprit que peu de personnes prennent la décision d’aller se baigner tout habillé. Et ce n’est pas tout : les exemples d’images et média adaptés en raison d’un contenu potentiellement choquant pour le public cible ne manquent pas. Essayez donc de taper « pub Web censure » dans votre moteur de recherche et vous vous en rendrez très vite compte.

Troisième commandement : un système adapté au système du pays cible

Mais il ne s’agira pas de s’arrêter aux contenus visuels et textuels lors de la localisation d’un site Web. De nombreux autres aspects du site pourront poser problème au visiteur. Il s’agira notamment d’adapter les mesures et devises au système d’unités dans le pays, en prenant en compte le fait que le contenu ne sera pas forcément très accessible aux internautes du pays cible sinon. Il est également très important de se renseigner sur les équivalents au RGPD français dans le pays auquel est destiné la traduction-localisation, c’est à dire les lois de protections des données en vigueur dans le pays cible et s’assurer que le site localisé y réponde bien. Enfin, il faudrait évidemment penser à vérifier, ou à faire vérifier par quelqu’un qui en a la compétence, que tout le contenu du site est licite et que rien ne pourra porter atteinte au demandeur de la traduction-localisation et à son image (ainsi qu’à l’image de sa marque). Pour s’assurer du caractère licite du contenu du site localisé en revanche, il pourra être intéressant de faire appel à un expert juridique pour le pays ciblé.

Quatrième commandement : une attention particulière à l’allongement du texte selon les langues

Toutes les langues ne vont pas prendre autant d’espace pour dire la même chose. Un même texte n’aura donc pas la même longueur et ne prendra pas le même espace selon les langues dans lesquelles il sera traduit. Traduire de l’anglais vers le français entraîne par exemple un foisonnement d’environ 20 %. Une traduction de l’allemand vers le français entraînera quant à elle un foisonnement qui avoisinera les 30 %. Et traduire de l’allemand vers l’anglais sera au contraire à l’origine d’un foisonnement négatif d’environ -15 à -20 %. Il sera alors essentiel de penser à contrôler le coefficient de foisonnement lors de la traduction-localisation du contenu afin de limiter l’augmentation au maximum, faute de quoi l’augmentation conséquente du volume textuel pourra entraîner de gros problèmes de mise en page (aussi connu sous le terme de conception Web) et donc des problèmes au moment de la consultation du site par les visiteurs et clients potentiels de celui-ci. Il est également nécessaire pour le traducteur-localisateur de réfléchir au sens de lecture et d’écriture pour la langue cible (en raison de l’existence de langues dites Right-to-Left comme l’arabe, l’hébreu…) lors de la conception ou l’adaptation de la maquette du site localisé. Dans ce genre de cas et si vous collaborez avec des développeurs et des graphistes Web sur le projet, il faudra nouer un lien étroit avec ces derniers et leur expliquer l’importance de vous impliquer aussi dans la réflexion de ces étapes pour obtenir un rendu optimal.

Cinquième commandement : une préparation de la localisation en amont

Mais avant d’attaquer une mission de localisation de site(s) Web quelconque, vous auriez tout intérêt à entreprendre un audit SEO du site actuel pour lequel la localisation sera effectuée pour chaque langue et/ou chaque pays à cibler. Je serai prête à parier que vous serez éberlués par vos découvertes, notamment lorsque vous rendrez compte que, pour chercher un seul et même produit (ou un seul et même service), votre public international n’emploie pas tout à fait les mêmes mots-clés que vous. Les Français, par exemple, utiliseront volontiers le terme « portable » sur les moteurs de recherche pour trouver un nouveau smartphone tandis que les Belges auront plutôt tendance à renseigner le mot « GSM » sur Google, Bing ou Mozilla pour chercher exactement le même appareil. De même, un Québécois cherchera plutôt un appareil qui lui permettra de « clavarder » quand un Français cherchera un smartphone avec la fonction « chat ». Les langues sont très proches, mais certains termes spécifiques sont radicalement différents et il est fondamental d’en tenir compte lors de la traduction-localisation.

Le référencement naturel est amené à constamment évoluer et il devrait donc, dans l’idéal, être suivi en permanence et la version localisée du site corrigée régulièrement en vue d’en améliorer le positionnement. Voici trois outils qui vous seront d’une grande aide pour gérer au mieux le référencement international d’un site Web :

  • I search from ;
  • Google Search Console ;
  • SEM Rush (ce dernier est payant, mais dispose de fonctionnalités très intéressantes).

En outre, si un professionnel compétent y prend part, un audit SEO vous permettra d’améliorer la visibilité du site sur lequel vous travaillez, et ce, d’un point de vue aussi bien linguistique que technique (détection et suppression des liens morts, des pages dites zombies, repérage des pages absentes de la structure du site…).

Sixième commandement : un visuel adapté aux spécificités linguistiques

S’il est vrai que l’aspect transfert de sens est important en traduction-localisation, vous ne pourrez tout simplement pas vous limiter à ce seul point lors de votre mission. En tant qu’expert linguistique, vous devrez également penser à l’adaptation de la taille des boutons et onglets du site pour éviter toute troncature du contenu dans le cas des langues avec un coefficient de foisonnement élevé, voire à un changement radical de la structure du site à localiser lorsque la localisation s’effectue vers une langue qui se lira de droite à gauche. Aussi, vous devrez être en mesure de prévoir bon nombre des modifications structurelles requises pour le site avant même d’en avoir entamé la localisation. Cela vous permettra de procéder aux changements en amont si vous travaillez seul, ou d’informer la ou les personne(s) en charge de la structure de ce qu’il convient de faire pour s’adapter à la langue cible. Il faudra bien sûr encore une fois collaborer étroitement avec les équipes qui travaillent sur ce projet avec vous pour un rendu optimal et un gain de temps substantiel.

Septième commandement : des facteurs extérieurs devant eux aussi être pris en compte

Sachez cependant que la dimension structurelle n’est pas l’unique aspect auquel vous devrez faire attention pour une localisation de site Web efficace. D’autres facteurs extérieurs auront également une influence sur les habitudes du public cible en matière de requêtes moteur. Parmi ces facteurs auxquels il vous faudra faire aussi attention, on pourra citer :

  • les moteurs de recherche autorisés et censurés dans le pays du public cible, on peut notamment parler de Google qui fait l’objet de censure en Chine, en Corée du Nord, en Russie et des alternatives à Google en Russie (Yandex) et en Chine (Baidu) ;
  • les éventuels contrôles et restrictions par les autorités compétentes sur les recherches des internautes : essayez donc par exemple d’entrer la requête « dictature » dans un des moteurs de recherche accessibles sur place lors d’un séjour en Chine (comme Baidu), il y a fort à parier que vous vous retrouviez sous les barreaux ou invité à « boire le thé » (le terme utilisé pour indiquer une convocation au poste de police local afin de vous faire taire) avant même d’avoir pu dire « censure » ;
  • la qualité du débit : il est probable que les internautes d’un pays dans lequel les données internet circulent lentement cherchent alors des sites plus légers en données, il sera donc intéressant de diminuer le « poids » des sites localisés pour ces pays ;
  • etc.

Des caractéristiques techniques pourront aussi influer sur le processus de traduction et devront être prises en compte pendant la traduction-localisation. Ce sera le cas du Content Management System (ou CMS) sur lequel le site à localiser a été conçu comme Drupal, Joomla ou WordPress dans le cas d’un site créé de manière indépendante, par exemple. Sinon, il serait bienvenu d’entrer en contact avec la/le webdesigner à l’origine du site Web de votre client afin de vous entretenir avec à ce sujet.

Huitième commandement : des informations de contact accessibles à tous

Dernier point, mais non des moindres, vous devrez vous assurer de donner les coordonnées de façon claire et compréhensible pour le public cible, mais aussi pour les personnels des services postaux et pour les centrales d’appel, afin que les courriers et appels des clients potentiels de votre donneur d’ordre puissent aboutir. Le cas échéant, il pourra d’ailleurs être mieux de donner en premier lieu l’adresse de la filiale qui est localisée dans le pays où habite la population ciblée. En effet, l’adresse de la maison mère ou du siège social localisé dans un autre pays aura peu d’intérêt pour un client qui sera incapable de communiquer avec les personnels qui travaillent au sein de cette dernière. Il conviendra alors plutôt de mettre le client potentiel en relation avec une antenne à qui il pourra s’adresser en cas de soucis ou d’interrogations en lui fournissant l’adresse de cette dernière et seulement ensuite, de manière indicative, de lui donner les coordonnées du siège social ou de la maison mère.

Neuvième commandement : Vous pensez avoir fini ? Pas tout à fait

En effet, une fois la phase de localisation « vraisemblablement terminée », je ne saurais que vous recommander de réaliser une phase test du site Web ainsi obtenu afin de vérifier que tout est fonctionnel et bien en place et que tout est compréhensible, c’est-à-dire que la traduction-localisation n’a pas entraîné de bugs et que la localisation a bien été effectuée partout. Vous pourrez, selon les ressources temporelles et financières dont vous disposerez, procéder vous-même à cette phase test ou en confier la mise en œuvre à un natif du pays cible ayant des connaissances techniques en informatique. Dans les faits cependant, c’est bien souvent le traducteur-localisateur qui s’occupe de cela.

En outre, il pourrait être très intéressant pour votre donneur d’ordre d’un point de vue marketing que vous recouriez à une phase d’A/B Testing, c’est-à-dire que vous soumettiez deux versions localisées différentes du même site Web à un panel d’utilisateurs limité, afin de déterminer laquelle des deux versions remplit le mieux sa mission. C’est alors cette version, la plus efficace, qui sera implémentée sur la toile.

En conclusion, la traduction-localisation de site Web demande une attention toute particulière à bon nombre de points essentiels pour un résultat optimal et le traducteur-localisateur doit être bien plus qu’un professionnel de la traduction. Il doit en effet également être un bon technicien informatique ou, tout au moins, savoir s’entourer de bons techniciens informatiques pour ses missions. Mais assez parlé, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet. J’espère avoir su répondre à toutes vos interrogations par rapport à la traduction-localisation de site Web, un des nombreux domaines qui me passionne, comme tout ce qui est informatique (Geek un jour, geek toujours, que voulez-vous !! *rire*). J’espère aussi vous avoir donné l’envie de vous lancer, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet et ne manquerai pas d’y répondre. Je meurs d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, des informations à donner sur la traduction-localisation qui n’auraient, par souci de concision, pas été abordées ici. Si tel est le cas, faites-le moi savoir. Tous vos retours sont les bienvenus. Au revoir et à très bientôt sur le marché de la traduction pour de nouvelles aventures ensemble.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, localisez !!

Sources :

Traduction environnementale : la spécialisation de demain ?

Par Sarah Bonningue, étudiante M2 TSM

Les questions environnementales ne datent pas d’hier. Néanmoins, la prise de conscience n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, des reportages circulent sur le réchauffement climatique, la pollution, les émissions de gaz à effet de serre et autres catastrophes alarmantes. Nous sommes mis en garde depuis longtemps, mais il semblerait que nous venions tout juste de nous réveiller. Dorénavant, nous commençons à percevoir concrètement les effets de ce changement climatique et à chercher des solutions pour les contrecarrer.

L’environnement fait désormais partie des préoccupations majeures des Français. Le marché de l’environnement s’est diversifié au fil des années allant des entreprises qui proposent des produits « verts » aux ONG. En conséquence, il est nécessaire de faire appel à des traducteurs afin d’améliorer la communication, et ainsi, viser un public plus large. Étant intéressée par l’environnement comme future spécialisation, cet article me donne l’opportunité de me pencher sur ce secteur et de peut-être vous inciter à faire de même.

Je souhaite remercier Séverine George et Marie-Laure Faurite, traductrices spécialisées dans l’environnement, d’avoir bien voulu de me parler de leur activité et de ce domaine.

Un secteur en plein essor

Il a fallu du temps avant de prendre conscience des enjeux environnementaux, et ce, attendre les années 1970-1980. De nouveaux termes ont commencé à apparaître, comme « développement durable » qui a été inventé dans les années 1990. Selon moi, l’année marquante pour le climat reste 2019 : il y a eu en effet un changement des mentalités à l’échelle internationale. De nombreux évènements environnementaux se sont produits que ce soit d’ordre climatique ou politique : des feux de forêts en Australie, des records caniculaires, la forte mobilisation des jeunes avec la Marche pour le climat ou encore la vague verte aux élections européennes.

Le marché de l’environnement a évolué à une vitesse fulgurante ces cinquante dernières années, la mondialisation y a également contribué. De nombreux secteurs se sont adaptés afin de proposer davantage de produits ou technologies durables. On compte aussi nombre d’études ou de réglementations relatives à l’environnement.

En conséquence, la demande en traduction dans ce secteur est considérable. Cette spécialisation semble être prometteuse et le travail ne devrait pas manquer. Séverine George et Marie-Laure Faurite ont aussi remarqué que de plus en plus de personnes et d’entreprises s’intéressent à l’environnement : il y a beaucoup de demandes de communication, mais peut-être aussi un effet de mode (greenwashing).

Pourquoi choisir l’environnement comme spécialisation ?

Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait – Mère Teresa

Le choix d’une spécialisation est bien sûr propre à chacun. Pour certaines personnes, voir l’aboutissement ou l’impact de son travail est quelque chose de primordial. Cependant, en tant que traducteur nous n’en avons pas toujours l’opportunité. Si dans la vie de tous les jours vous considérez l’environnement comme une priorité, traduire du contenu pour ce secteur permettrait d’avoir un impact concret. L’objectif même de la traduction n’est-il pas d’améliorer la communication dans le monde entier ? En tant qu’individu, ce serait ainsi une contribution à petite échelle pour la création d’un monde plus vert et durable. Pour Séverine George et Marie-Laure Faurite, cette spécialisation s’est présentée comme une évidence en raison de leur engagement personnel pour la protection de l’environnement (zéro-déchet, consommation éthique…).

Les jeunes sont très sensibles aux questions environnementales, nous l’avons bien remarqué par leur forte présence aux élections européennes de 2019 et aux manifestations « Fridays for Future ». Nombreuses sont les personnes à changer leur façon de consommer, leur alimentation… En conséquence, il est probable qu’une vague de nouveaux traducteurs arrive sur le marché du travail, désireuse de changer les choses.

Au sein du domaine de l’environnement se trouve une multitude de sous-domaines, comme la pollution, le réchauffement climatique, les énergies renouvelables, la protection des océans ou forêts… Il y a donc suffisamment de besoins, il ne s’agit pas d’un secteur de niche.

Quels clients et documents de travail ?

Avec quels types de clients peut-on être amené à travailler ?

  • Agences de traduction
  • Organismes environnementaux
  • Fournisseurs de produits et de services

Exemples de types de documents à traduire

  • Directives du gouvernement
  • Certifications ISO
  • Rapports sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE)
  • Fiches de produits
  • Rapports d’études
  • Présentations de produits
  • Documents marketing
  • Bulletins d’information
  • Documentaires (traduction audiovisuelle)

Importance de la terminologie

Comme pour tout secteur, il faut s’adapter à la terminologie spécifique, mais on peut aussi être amené à faire de la localisation. En effet, certains concepts propres au secteur n’existent pas dans tous les pays. Abigail Dahlberg l’illustre très bien à l’aide d’un exemple dans son article de la revue Traduire : elle mentionne les différents systèmes de collecte des déchets selon les pays. En Allemagne, « une municipalité a envisagé la création d’une poubelle associant la poubelle grise (déchets résiduels) et la jaune (emballages légers) sous la forme d’une poubelle à rayures grises et jaunes (dite Zebratonne en allemand) ». Il est évident qu’une traduction littérale n’est pas pertinente ici, le concept n’étant pas connu en France. Le traducteur peut donc être confronté à de telles difficultés terminologiques. Il doit appliquer les bonnes stratégies pour pouvoir faire passer son message dans la langue cible et être compris par le lecteur.

Devenir un expert du secteur

Le traducteur issu d’une formation linguistique doit en apprendre plus sur ses domaines de spécialité afin d’être considéré comme un professionnel du secteur.

Contrairement à certains traducteurs qui ont étudié dans leur domaine de spécialisation, Séverine George et Marie-Laure Faurite ont toutes les deux fait un Master de traduction. Pour se spécialiser, il a donc fallu acquérir des connaissances en autonomie. Voici une petite liste des choses qu’elles ont faites pour se former, ainsi que des conseils.

  • Lire des revues spécialisées
  • S’abonner à des newsletters pour faire de la veille (et constituer un glossaire terminologique)
  • Formations de la SFT et cours en ligne (ex : MOOC)
  • Être curieux et lire/visionner du contenu dans ses langues de travail : articles, documentaires…
  • Assister à des conférences ou salons professionnels du secteur
  • Garder une trace de toutes les traductions effectuées dans ce domaine pour se constituer un portfolio (utile pour prospecter des agences ou clients directs)
  • Développer son réseau : entrer en contact avec des traducteurs spécialisés dans le domaine et adhérer à des associations de traducteurs.
  • Sur les réseaux professionnels se présenter comme « Traducteur/trice qui se spécialise dans le domaine… » et suivre des pages ou groupes du secteur.

Le petit conseil en plus : pourquoi ne pas faire du bénévolat auprès d’une ONG environnementale ? Cela permet de donner de son temps, se familiariser à la terminologie et se former par la même occasion.

L’essentiel reste de se tenir informé régulièrement du secteur étant donné sa constante évolution : de nouvelles inventions ou réglementations naissent chaque année. Même après sa formation initiale, le traducteur doit constamment continuer son apprentissage.

Être en adéquation avec ses valeurs

Dans cet article de la revue Traduire, Sévérine George et Marie-Laure Faurite, évoquent le concept d’écotraducteur. L’objectif est d’encourager le traducteur environnemental à être en accord avec ses valeurs dans son travail au quotidien en prenant des habitudes écoresponsables. Tout comme le zéro déchet ou sa consommation, le but n’est pas de culpabiliser le traducteur ou de l’obliger à remplir tous les critères de cette liste, mais de proposer des idées afin de réduire progressivement son empreinte carbone.

Bien souvent il est recommandé dans le monde du travail de faire attention à la consommation de papier ou de choisir des modes de transport plus propres. Ici cela ne pose pas trop de problèmes pour le traducteur indépendant qui travaille chez lui et n’a plus forcément besoin de dictionnaires papier ou d’imprimer ses documents. En revanche, on oublie souvent que, bien qu’il soit nécessaire de limiter sa consommation de papier, l’informatique consomme bien plus en dépenses énergétiques. Le tout premier outil du traducteur étant l’ordinateur, celui-ci va devoir réfléchir à des façons de limiter ou compenser les dépenses générées par ses recherches sur Internet. Je vous recommande donc la lecture de cet article si vous souhaitez avoir une vue d’ensemble des habitudes écoresponsables à adopter.

Maintenant, ça y est…on arrive enfin à s’installer comme traducteur environnemental, avoir des connaissances du domaine, trouver des clients, se faire une bonne réputation et à réduire son empreinte carbone.

Un nouveau projet de traduction arrive dans ma boîte mail : dossier pour la promotion des énergies fossiles. Aïe ! C’est pas du tout le genre de contenu que je voulais ! Quelle est la stratégie à adopter ?

Si le projet est à l’extrême opposé des valeurs de Séverine George et Marie-Laure Faurite (qui pose de réels problèmes d’éthique ou de véracité scientifique), elles le refuseront. Bien sûr, cela dépend des circonstances, ce n’est malheureusement pas toujours possible, surtout lorsque l’on débute sa carrière. Un jeune traducteur ne pourra pas forcément se permettre de refuser un projet ou de choisir quel contenu il préfère.

Conclusion

L’environnement, les énergies et le développement durable pourraient donc devenir des spécialisations très prisées dans le monde de la traduction. Même si ce n’est pas encore considéré comme un grand domaine d’activité comme le médical ou le juridique, il ne s’agit pas non plus d’un secteur de niche. Les besoins en traduction devraient être conséquents en raison de l’expansion des nouvelles technologies ou produits plus « propres ». Le secteur est en constante évolution, le traducteur devra pour cela s’adapter aux nouveaux besoins des clients.

Bibliographie

Dahlberg, Abigail. Going Green: Translating Environmental Texts. ATA Chronicle, juin 2008, p 10-13. https://www.ata-chronicle.online/wp-content/uploads/2008-June.pdf.

Dahlberg, Abigail. « Une spécialisation, le domaine de l’environnement ». Traduire. Revue française de la traduction, no 229, 229, Syndicat national des traducteurs professionnels, décembre 2013, p. 16‑25. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.578.

De Sèze, Cécile. « 2019, l’année de la prise de conscience climatique ». L’Express, 28 décembre 2019. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/2019-l-annee-de-la-prise-de-conscience-climatique_2112440.html.

George, Séverine, et Marie-Laure Faurite. « L’écotraduction, ou le traducteur en transition. Optimiser son environnement de travail pour réduire son empreinte écologique ». Traduire. Revue française de la traduction, no 242, 242, Syndicat national des traducteurs professionnels, juin 2020, p. 6‑22. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.1971.

Le Monde. « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte […] – Mère Teresa ». dicocitations.lemonde.fr, https://dicocitations.lemonde.fr/citations/citation-45499.php. Trésor-Éco https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/9b47a940-eed2-49a8-a1e6-75bdc936a299/files/b7dcd008-6fc8-4d39-a640-04ad70855736

Se spécialiser en tant que traducteur indépendant : Certains domaines de spécialisation requièrent-ils plus que d’autres une expérience préalable ?

Par Charlotte Goubet, étudiante M2 TSM

Voici une question qui me taraude depuis mon arrivée dans le Master TSM.

Pourtant, sauf erreur de ma part, c’est précisément pour cela que je suis ici : apprendre à faire comme si j’étais une spécialiste de tel ou tel domaine, sans avoir forcément d’expérience dans ledit domaine.

Oui mais… Lors de mes premiers pas dans le monde de la traduction, j’ai pu rencontrer un certain nombre de traducteurs spécialistes d’un domaine dans lequel ils avaient précisément travaillé pendant des années.

Qu’en est-il alors de la plus-value réelle d’un tel parcours ?

S’il est difficile de revendiquer, en deuxième année de Master, des domaines de « spécialisation », il est plus juste de parler de domaines de « prédilection », ou de « centres d’intérêts ».

Mais alors, en tant que traducteur indépendant débutant, comment se lancer dans un domaine qui nous intéresse, dans l’idée d’en faire un domaine de spécialisation, sans n’y avoir aucune expérience ?

Personnellement intéressée par le monde de l’agriculture, j’ai souhaité me pencher sur ce domaine-ci. J’ai eu l’idée (brillante) de taper dans un moteur de recherche quelconque « traducteur + indépendant + agriculture ». Et là, bingo. J’ai trouvé mon homme.

Ce dernier se nomme Toby Belither. Se présentant lui-même comme un « ancien agriculteur reconverti en traducteur indépendant », Toby Belither a étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester (anciennement Royal Agricultural College), en Angleterre. Il a par la suite accumulé une trentaine d’années d’expérience, au Royaume-Uni et en France, en travaillant dans différentes exploitations agricoles.

Vous l’aurez compris, la langue maternelle de Toby Belither est l’anglais. Il effectue uniquement des traductions dans la combinaison de langues FR>EN, dans le domaine de l’agriculture mais également dans d’autres domaines au besoin.

Quel est son avis sur la question ? Je vous laisse le découvrir.

Bonjour M. Belither ! Bien que j’aie déjà résumé votre parcours, pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes passé de la casquette d’agriculteur à celle de traducteur indépendant ?

Un jour, j’ai été contacté par un ancien collègue, formateur en management pour le service après-vente à l’international d’un fabriquant de tracteurs. Ce dernier a fait appel à mes services en tant qu’anglophone. Il avait besoin de quelqu’un pour traduire des formations à l’intention de concessionnaires du français vers l’anglais et il n’avait jusque-là trouvé personne qui puisse effectuer ce travail.

J’ai hésité au départ, car je n’ai jamais vraiment eu l’habitude de travailler sur un ordinateur et qu’il m’est difficile de rédiger efficacement sur un clavier.

J’ai finalement accepté, et je me suis adapté au mieux pour le travail demandé. J’ai d’abord téléchargé le logiciel de reconnaissance vocale « Dragon NaturallySpeaking » (page en anglais). Ce dernier, avec lequel je travaille toujours aujourd’hui, me permet de dicter au fur et à mesure ma traduction anglaise à mon ordinateur.

Bien sûr, ce logiciel ne produit pas de résultat « parfait » et il nécessite une post-édition, notamment au niveau de la ponctuation. Mais il est tout de même efficace car il apprend au fur et à mesure les mots que l’on lui dicte.

Avec les connaissances que je possédais dans le domaine de l’agriculture, ce travail ne m’a pas paru excessivement difficile. J’ai débuté en 2012. J’étais alors toujours agriculteur. Je traduisais le soir et les week-ends.

Plus tard, des soucis de santé m’ont amené à stopper mon activité agricole.

Avez-vous effectué une formation à la traduction ?

Non, je n’ai pas souhaité effectuer de formation en traduction. Les demandes de traduction que je recevais pour le domaine agricole étaient très aléatoires. Financièrement, je n’ai pas jugé rentable d’investir dans une formation alors que mes revenus n’étaient pas stables. Mes plus grandes rentrées d’argent provenaient de la traduction de sites internet, et les demandes de ce genre n’étaient pas assez fréquentes.

De plus, je n’avais pas vraiment de temps pour me former car je travaillais toujours en tant qu’agriculteur.

Que conseilleriez-vous à un jeune traducteur ou une jeune traductrice indépendant.e qui souhaiterait faire ses débuts dans le domaine de l’agriculture ?

Si la formation est de toute façon un plus, je pense que le problème peut résider dans l’absence de connaissances agricoles. J’effectue ce travail car je possède des connaissances solides dans ce domaine d’une part en anglais, car j’ai étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester, et d’autre part en français, car j’ai travaillé dans des exploitations agricoles pendant vingt-et-un ans.

Et encore une fois, le domaine agricole est très exigeant. Dans mon cas par exemple (traduction du français vers l’anglais), l’anglais américain et l’anglais du Royaume-Uni sont bien sûr différents, mais le vocabulaire varie même d’un état à un autre aux Etats-Unis. Il m’arrive parfois de refuser du travail pour ces raisons-là.

Quels sont les interlocuteurs avec lesquels vous travaillez aujourd’hui ? Sont-ils tous spécialisés dans le domaine agricole ? Y ont-ils tous travaillé à un moment donné ?

Je ne travaille qu’avec des clients directs, donc des sociétés spécialisées dans le domaine, et je ne connais personne qui fasse la même chose que moi. C’est un domaine vraiment pointu.

Soit je démarche moi-même les clients, soit ils prennent contact avec moi via mon site internet.

De quelle manière traitez-vous les demandes de traduction qui vous sont soumises dans des domaines autres que celui de l’agriculture ?

De façon générale, les autres projets que je traite se rapprochent du domaine agricole. Il m’arrive de travailler par exemple dans le domaine de la pisciculture, et le vocabulaire de ce dernier est assez proche de celui du domaine agricole. Je trouve ces projets plutôt faciles à comprendre.

Quand je ne me sens pas capable de traduire dans un certain domaine, je préfère toujours refuser le projet pour éviter de produire une mauvaise traduction.

Selon vous, est-il mieux voire indispensable de disposer d’une expérience dans le domaine de l’agriculture pour s’y spécialiser en tant que traducteur ?

Quels sont selon vous les avantages ou inconvénients à effectuer une formation en traduction ?

Pour ce qui est du domaine agricole, je pense que l’expérience est indispensable, car c’est un domaine très exigeant. Néanmoins, les formations universitaires sont intéressantes du point de vue de la formation aux outils qu’elles offrent, notamment les logiciels de traduction assistée par ordinateur.

Je ne me suis personnellement pas plié à toutes les exigences du marché. En effet, si j’ai souhaité à un moment donné traduire davantage et travailler pour des agences, je n’ai pas poursuivi dans cette voie.

Les conditions sont trop nombreuses (certains logiciels sont obligatoires pour travailler avec telle ou telle agence) et les pénalités en cas de corrections à apporter ou de débit considéré comme trop lent sont trop importantes.

Je travaille donc uniquement avec des clients directs que je démarche moi-même. Je possède désormais quelques clients réguliers pour lesquels je travaille depuis cinq ou six ans.

La traduction représente pour moi un complément de revenu.

Quels outils utilisez-vous en tant que traducteur ?

Je n’utilise pas réellement d’outils en dehors de « Dragon NaturallySpeaking ».

Je travaille directement dans les fichiers sources que je reçois (en gardant toujours une copie) par écrasement des données.

Il s’agit le plus souvent de fichiers Word et PDF. En ce qui concerne les documents au format PDF, j’ai investi dans une licence payante afin de pouvoir les modifier.

Des fichiers InDesign, Excel ou Powerpoint vont être plus longs à traiter et je fais varier mes tarifs en conséquence.

Effectuez-vous une seconde activité en plus de celle de traducteur indépendant ?

En effet. Mon activité principale est aujourd’hui la location de chambres d’hôtes. C’est une activité qui se « marie » bien avec celle de traducteur car je travaille depuis chez moi.

Pour le bon maintien de mon activité de traducteur, je me rends tous les ans dans des salons agricoles pour contacter de potentiels nouveaux clients. Mes clients se situent plutôt parmi des sociétés françaises de taille moyenne qui exportent à l’étranger. Il ne s’agit pas de multinationales, qui possèdent bien souvent leurs propres services de traduction.

Quelle part environ de votre revenu mensuel représente la traduction ?

Encore une fois, cela est très aléatoire selon les demandes que je reçois. Il peut arriver que la traduction représente un tiers voire la moitié de mon revenu mensuel (modifications de sites web, sortie de nouveaux engins agricoles, …).

Les années moins fastes, la traduction représente plutôt un quart de mes revenus.

Pourriez-vous indiquer une fourchette de vos tarifs ?

Je suis rémunéré au mot et il peut arriver que je varie mes tarifs selon que mes clients sont plus ou moins bons payeurs.

De façon générale, mon tarif au mot tourne autour de 11 à 14 centimes d’euros.

Pour ce qui est des sites web, je tarife aux nombre d’heure passées à traduire. Il s’agit le plus souvent de 40 euros par heure environ.

Par souci d’honnêteté, je tarife le plus souvent possible au nombre réel d’heures passées à travailler, même si le nombre évalué lors du devis était supérieur.

Au vu de mon entretien avec M. Belither, bien que la formation en traduction soit importante (voire indispensable pour qui souhaite intégrer le marché de la traduction dans son ensemble), il paraît indispensable pour un traducteur de bénéficier d’une expérience préalable dans le domaine de spécialisation dans lequel il souhaite exercer.

Et pour cause. Je me dois ici de faire allusion à la table ronde organisée par la SFT (Société française des traducteurs) en partenariat avec l’Université de Lille, le 2 octobre 2020, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Traduction.

Lors de cette table ronde, des traductrices indépendantes aux profils très différents présentaient leur parcours aux étudiants, professeurs et professionnels de la traduction présents.

J’ai ce jour-là compris que mon questionnement n’était pas illégitime, mais mal orienté.

En effet, pour reprendre le cas de M. Belither, ce dernier n’a pas reçu de formation professionnelle en traduction et son expérience seule a dirigé sa professionnalisation.

Nombreux sont d’ailleurs sur le marché les traducteurs dans le même cas que M. Belither et ils en font partie intégrante.

Mais qu’en est-il des traducteurs qui possèdent une formation en traduction sans posséder d’expérience préalable dans l’un de leurs domaines de spécialisation ? Et quid de ceux qui possèdent et l’expérience et le diplôme de traducteur ?

Parmi les traductrices rencontrées lors de la JMT, un grand nombre d’entre elles avaient auparavant travaillé dans le domaine qui était devenu leur spécialité. Contrairement à M. Belither, certaines avaient d’ailleurs par la suite suivi une formation continue en traduction.

En confrontant ces différents profils, j’ai compris que l’expérience dans un domaine de spécialisation est certes indispensable pour un traducteur, mais que cette dernière peut avoir lieu à n’importe quel moment de son parcours.

Lorsqu’elle n’est pas préalablement acquise, l’expérience s’acquiert au quotidien.

Les langues évoluent constamment et le traducteur se doit, pour coller au mieux à ses domaines de spécialisation, de s’y former continuellement. Magazines spécialisés, conférences, salons (comme l’indiquait M. Belither), formations, toutes les opportunités sont bonnes à prendre pour se former dans le domaine qui nous plaît en tant que traducteur.

Tout domaine de spécialisation requiert donc de l’expérience, et le métier de traducteur est résolument un métier de passionné.

Un grand merci à Toby Belither pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder, ainsi qu’aux traductrices de la SFT présentes à l’Université de Lille pour la JMT 2020.

Lien vers le site internet de M. Toby Belither, traducteur indépendant FR>EN spécialisé dans le domaine agricole : http://agri-traduction.com/

Le traducteur médical, une spécialisation passée sous scalpel

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

medical

Aujourd’hui, les recherches et études cliniques se font multicentriques, les pandémies s’étendent internationalement (Coronavirus, si tu nous regardes…). Et c’est sans compter, bien évidemment, que les laboratoires pharmaceutiques sont pour la majeure partie des groupes internationaux, leurs sièges sociaux se trouvant dans un pays autre que leurs sites de production et de recherche pharmaceutique. Tous les acteurs du secteur de la santé se trouvent impliqués dans les progrès et avancées de ce dernier, et ce, à travers le monde. Avec une telle conjoncture mondiale, les besoins en traduction médicale, scientifique et pharmaceutique ont globalement explosé. Mais quels sont les tenants et les aboutissants en traduction médicale ? Autopsie de cette spécialisation du traducteur.

Que traduit le traducteur médical ?

Contrairement à ce que certains peuvent penser, il ne se contente pas simplement de traduire des ordonnances et des certificats médicaux à longueur de journée, un Vidal dans une main, une encyclopédie médicale dans l’autre. Non, bien sûr que non, ses missions de traduction sont bien plus variées. Le traducteur médical pourra être amené à traduire :

  • des études cliniques ;
  • des notices de médicaments ;
  • des comptes-rendus et communiqués de presse pour des organisations/organismes internationaux ;
  • des modes d’emploi de matériel médical ;
  • des protocoles de traitement patient ;
  • des questionnaires médicaux à délivrer aux patients ;
  • des communications pour des séminaires et colloques ;
  • des chapitres de livres ;
  • des rapports annuels ;
  • et bien d’autres types de documents en lien avec la médecine et la santé…

Quels prérequis pour le traducteur médical ?

D’aucuns vous ont certainement dit et redit que la traduction médicale, étant donné sa spécificité terminologique et phraséologique, ne pouvait être menée à bien que par des médecins et des membres du corps soignant. Si je ne nierai pas que cela constitue un avantage non négligeable pour la maîtrise de ces deux derniers points, mais aussi pour la connaissance préliminaire du thème du texte à traduire en lui-même, je peux toutefois vous assurer que ce n’est en aucun cas une condition sine qua non.

Sont en revanche requis pour un traducteur médical un jugement critique, une rigueur scientifique et une appétence pour les connaissances liées à ce domaine.

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon traducteur médical ?

Pour être bon en traduction médicale, une spécialité particulièrement technique, il vous faudra disposer d’un certain nombre de qualités. Vous devrez tout particulièrement respecter le style des textes écrits en langue originale sur le sujet, c’est-à-dire adopter la phraséologie de ce type de textes et employer les termes adaptés afin de masquer vos traces et vous fondre au mieux dans ces derniers. Comme bon nombre de mes professeurs encadrants pourraient le dire, « un traducteur, c’est comme tueur en série ; s’il laisse des traces, c’est que c’est un mauvais traducteur ! » Et un travail rigoureux est bien entendu de mise, de même qu’un esprit critique, cela va de soi !

Quelles ressources peut utiliser un traducteur médical ?

Vous attendiez leur retour avec impatience, les revoilà ! Le Vidal et l’encyclopédie médicale peuvent bien évidemment s’avérer d’une grande aide pour le traducteur médical qui pourra profiter de leur relative simplicité pour comprendre le sujet du document. Mais il y en a tant d’autres qui peuvent également être salutaires pour ce dernier. Vous vous demandez sûrement lesquelles. Sortez vos carnets et ouvrez bien grand vos oreilles. En voici quelques-unes :

  • le site officiel multilingue de l’OMS, Organisation mondiale de la santé, disponible en plusieurs langues, et tout autre site multilingue d’une organisation internationale de santé publique ;
  • il est également intéressant pour un traducteur médical d’effectuer une veille documentaire active en collectant des documents différents sur les différentes pathologies, qu’il s’agisse de journaux, de magazines spécialisés (Prescrire, Le Courrier du médecin, etc.), de rapports et articles de recherche, et de tout autre document pouvant vous permettre de mieux appréhender une thématique ;
  • et, et cela peut s’avérer particulièrement utile, profitez du savoir des experts du domaine dans vos connaissances pour aborder les points les plus techniques ;
  • mais également bon nombre d’autres ressources scientifiques.

N’oubliez surtout pas que tout est bon pour écrire comme un expert de la médecine.

Mais sachez toutefois qu’il ne suffit pas de disposer de ressources thématiques pour bien traduire la médecine. Pour ce qui est des ressources linguistiques, le traducteur médical pourra bien entendu trouver salutaires les ressources classiques telles que :

  • les corpus ;
  • les glossaires personnels et partagés ;
  • les dictionnaires de synonymes ;
  • les outils de correction grammaticale (Antidote, Cordial, etc.) ;
  • les ouvrages de référence en grammaire tels que le Grevisse ;
  • mais également toutes les autres…

Et quels outils ?

La traduction médicale étant une spécialisation très technique, les outils de TAO, de gestion terminologique et d’assurance qualité revêtent une importance toute particulière. Ils seront d’un grand secours et vous aideront à harmoniser votre traduction et donc à conserver une cohérence d’un bout à l’autre du document. En revanche, dans l’état actuel des choses, la traduction automatique (TA pour les intimes) risque de très vite éprouver ses limites. Surtout pour des textes de spécialité écrits par des experts pour des experts. Il est donc fortement conseillé, pour ce genre de documents, d’utiliser la TA avec parcimonie.

Quelle formation pour le traducteur médical ?

Un certain nombre de masters de traduction technique proposent une formation de base à la traduction médicale. Le master de Traduction Spécialisée Multilingue (Master TSM) de l’Université de Lille est l’un de ceux-ci. Master membre de l’AFFUMT (Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction) et du réseau EMT (European Masters in Translation, label qualité accordé aux masters de traduction qui répondent aux critères par la Commission européenne), ce master offre une formation complète et basée sur l’expérience. Toutefois, il est évident qu’une formation de master de deux années ne peut suffire à vous préparer aux moindres nuances et subtilités de la spécialisation de traducteur médical. Vous pourrez alors, pour compléter votre formation, suivre les formations proposées régulièrement par la SFT en matière de traduction médicale sur la page reprenant le programme de leurs formations (n’hésitez pas à aller y jeter un œil régulièrement !), celles de la CI3M (Centre de formation professionnelle et continue)… vous pouvez également, afin de développer vos compétences et connaissances médicales et scientifiques, vous inscrire à des MOOC, des formations en ligne ouvertes à tous.

Quelles expériences peut-on vivre ?

Vous vous dites sans doute, c’est très bien tout ça, mais nous on veut du croustillant, du vivant. Je vous comprends parfaitement, moi aussi le plan-plan m’ennuie.

Ça vous dirait un petit retour sur expérience pour une traduction médicale exigeante effectuée au sein de l’édition 2019 du Skills Lab (un dispositif de simulation d’entreprise de traduction au sein du master TSM de l’Université de Lille dont la dernière édition en date a été résumée avec brio et beaucoup d’humour par mon camarade Baptiste Dargelly, étudiant en M2 et bientôt traducteur diplômé. Je vous invite par ailleurs fortement à aller lire son billet.) ? Je m’en doutais. Alors voilà pour vous, en exclusivité, un retour sur expérience de mes premiers pas dans la jungle de la traduction médicale et de la satisfaction que j’en ai tirée :

« Comment pourrais-je faire autrement que de vous dire que oui, les difficultés sont nombreuses et fréquentes dans la traduction médicale (après tout, la médecine est une science dure et exacte), mais qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que d’avoir réussi à dompter la bête (aka le texte source), à la disséquer, l’étudier pour en rendre les moindres subtilités, en dégager les moindres nuances. Pour illustrer, je dirais que traduire le médical, c’est un peu comme faire la cuisine. Vous avez votre recette, vos ingrédients et vous faites tout pour que le résultat final soit conforme au plat final. Bien sûr, tous les ingrédients (ou textes sources) ne sont pas les mêmes et il faut parfois adapter la recette. Et tous les cuisiniers (ici les traducteurs) ne sont pas non plus identiques. Par conséquent, il faut savoir s’adapter, étape après étape, et résister au stress que cela peut engendrer, notamment lorsque vous vous attelez à traduire un document sur une maladie orpheline pour laquelle les ressources disponibles en français sont rares, ce qui ici était bien entendu le cas. Toutefois, goûter à l’euphorie du travail bien fait, une fois votre traduction terminée avec panache en vaut largement la peine. »

Bon, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet, j’ai un nombre conséquent de traductions sur le feu. Le(s) devoir(s) n’attend (ent) pas, que voulez-vous. J’espère avoir su répondre à toutes vos questions sur la traduction médicale et vous avoir donné l’envie de tenter l’aventure, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet à travers les commentaires et ne manquerai pas de vous répondre. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, quelques informations à donner sur la traduction médicale qui n’auraient, par souci de concision, pas été mentionnées dans mon billet. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Tous vos retours sont bienvenus. Au revoir et à très bientôt pour de nouvelles aventures ensemble et un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, traduisez !

Et pourquoi pas traduire la mode ?

Par William Brouilly, étudiant M2 TSM

traduirelamode

Il est difficile d’évaluer avec précision la valeur du secteur de la mode et du luxe dans le monde. Cependant, en France et d’après les statistiques établies par le gouvernement, ce dernier représente 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, soit plus que les secteurs de l’aéronautique et de la construction automobile réunis. Avec de tels chiffres, inutile de dire qu’il y a du travail, y compris pour les traducteurs. Dans ce billet de blog, je vais donc essayer de vous convaincre de traduire pour ce secteur riche en opportunités.

La mode : de nombreuses possibilités

Comme je l’ai déjà mentionné, le secteur de la mode est un marché très important qui se compose de nombreuses branches différentes. Cela signifie qu’il y a alors une large variété de sous-domaines, et donc de documents à traduire. Dans un article publié sur le blog de l’agence britannique Creative Translation, trois femmes nous expliquent qu’elles travaillent dans le domaine de l’édition et de la traduction spécialisée dans la mode, et que leurs métiers sont très variés. En effet, la première est auteure et traductrice pour l’édition chinoise du magazine ELLE, la deuxième est traductrice spécialisée dans les secteurs de la mode, du luxe et des cosmétiques, tandis que la dernière traduit dans le domaine du marketing de mode. Lucy Williams, traductrice pour Translator’s Studio, liste dans un article publié sur le site de l’agence les différents types de documents qu’il est possible de traduire. Bien que certains ne semblent pas toucher directement à l’univers de la mode (rapports annuels, contrats…), d’autres sont bel et bien en lien avec le secteur, comme par exemple les descriptions de produits, les articles de presse, les biographies et interviews ou encore les contenus marketing et publicitaires. Une chose est donc sûre, ce n’est pas le travail qui manque.

Comme l’explique Lucy Williams, la mode est un cycle. En effet, l’industrie de la mode est basée non pas sur quatre mais sur deux saisons : automne-hiver et printemps-été. Pour les femmes, les collections automne-hiver sont présentées en février/mars tandis que les collections printemps-été sont présentées en septembre/octobre. Cependant, les collections Homme et Haute Couture sont présentées à des dates différentes. Autrement dit, le secteur de la mode est une machine bien huilée qui ne cesse jamais de tourner. Et à chaque saison, les besoins de traduction se font ressentir : brochures de défilés, descriptions de produits, supports publicitaires, la liste est longue. Le secteur de la mode n’est donc pas simplement un secteur qui offre de l’emploi, il s’accompagne également d’une certaine stabilité.

La mode : un art ?

La mode au sens large du terme est considérée par tous les professionnels du secteur comme un art à part entière. Nos vêtements reflètent notre personnalité et certaines pièces crées par les grands couturiers sont de véritables chefs-d’œuvre qui sont plus destinés à être exposés dans des musées qu’à être portés. Dans un article publié dans la revue Traduire, la traductrice néerlandaise Percy Balemans nous raconte comment elle a traduit les textes d’une exposition dédiée au créateur Jean-Paul Gaultier. Au-delà du fait que cela lui a permis de découvrir de nombreuses choses sur le couturier, elle nous explique que ce projet a été « l’un des […] plus intéressants et les plus difficiles [qu’elle a] eu à mener à bien », elle qui était habituée à traduire des articles de blog ou des contenus marketing et web. Ce nouveau type de projets impliquait également de nouvelles contraintes, comme l’absence de supports visuels par exemple. En effet, comment traduire la description d’une pièce lorsque l’on ne sait pas à quoi elle ressemble (et que celle-ci se trouve dans un autre pays) ? Heureusement pour elle, Internet regorge de documentation sur Jean-Paul Gaultier, ce qui lui a permis de pallier le manque de supports visuels.

La mode est donc un art, et il convient de retransmettre ce côté artistique dans les textes qui en parlent, qu’il s’agisse de textes originaux ou de traductions. En fonction du type de document, une belle plume est exigée, et tandis que la description d’un produit sur le site internet d’une marque ne laisse pas toujours place aux envolées lyriques, la traduction d’un article de magazine ou d’un billet de blog, par exemple, nécessite une certaine prose. Dans son article, Lucy Williams révèle qu’elle a traduit la biographie d’un homme à la tête d’une entreprise fabriquant des vêtements de sport. Elle a donc dû adopter un ton plus littéraire, ton qui n’est pas toujours courant selon les domaines, voire même proscrit pour certains.

Toujours concernant l’aspect créatif de la traduction de mode, j’aimerais désormais parler d’une tâche parfois méconnue dans le domaine de traduction : la transcréation. Bien que les besoins en transcréations existent dans de nombreux domaines, elle est particulièrement demandée dans le secteur de la mode, notamment pour les contenus marketing et publicitaires. Comme l’a expliqué Pénélope Girod dans ce billet de blog, la créativité et l’imagination sont essentielles car il s’agit ici de vendre un produit, et une traduction littérale ne suffira pas. Il faut également localiser et adapter le message à la culture du marché cible, donnée qu’il est impératif de prendre en considération lors de la traduction de contenu marketing relatif à la mode car celle-ci se définit différemment d’un pays à l’autre.

La mode : un univers à part entière

Comme chaque industrie, le secteur de la mode possède ses propres spécificités. On pense notamment à la terminologie (comme le précise Percy Balemans avec le mot « caban »), une terminologie souvent truffée d’anglicismes. Alors que certains traducteurs les ont en horreur et font tout pour les éviter, il faut admettre qu’il peut s’avérer difficile de traduire une phrase dans laquelle un mot sur deux ne se traduit pas. Que faire donc lorsqu’il est question de traduire la description d’une tenue composée d’un crop top en jersey, un leggings en tweed et des escarpins nude (cascade vestimentaire donnée à titre d’exemple, ne pas reproduire chez soi) ? Eh bien, chers lecteurs, je vous annonce que le franglais sera ici de rigueur, ces termes ayant été conservés en anglais dans le vocabulaire de la mode. Si cela peut vous consoler, sachez que de nombreux mots français, tels que « maison », « atelier » ou encore « bustier », sont utilisés tels quels en anglais dans le jargon de la mode.

Une autre spécificité dont il faut tenir compte est la différence interculturelle. Il faudra donc adapter si besoin est à la culture du marché cible, comme cela a déjà été mentionné, mais pas seulement. Prenons un exemple au hasard : vous êtes un.e Américain.e en visite à Paris et souhaitez acheter un jean. Vous repérez un modèle qui vous plaît et demandez votre taille : 26. Mais pourquoi le vendeur vous regarde-t-il d’un air ébahi ? C’est parce que les tailles ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre, et la taille américaine 26 correspond à une taille 34 en France. Ces différences n’existent pas uniquement pour les jeans mais bien pour tous les types de vêtements ainsi que pour les chaussures. Et comme si cela ne suffisait pas, pour certains types de vêtements, la conversion n’est pas la même entre un modèle femme et un modèle homme. Par ailleurs, certaines marques ne souhaitent pas convertir les tailles. Il faut alors demander au client s’il souhaite localiser les tailles en fonction du marché cible ou non.

 

Pour conclure, le secteur de la mode est un secteur riche en opportunités qui touche de nombreux domaines liés de loin comme de près à l’univers qui s’y rattache. J’espère vous avoir convaincu (ou au moins intéressé) et si la mode n’est pas votre tasse de thé mais que vous avez tout de même un penchant pour l’art, je vous invite à lire le billet de blog d’Angel Bouzeret qui sera publié d’ici deux semaines.

 

Bibliographie

La Traduction juridique – À la croisée des cultures juridiques et linguistiques

Par Raphaël Bourdon, étudiant M1 TSM

« L’arbre des mots […] cache la forêt des concepts »[1]

Jean-Claude Gémar, 2015

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Introduction

La traduction juridique peut se concevoir comme la transposition d’une langue juridique A vers une langue juridique B. Dans la mesure où la langue reflète la culture d’un peuple,[2] la langue juridique reflète par extension la culture juridique d’un peuple.[3] Sous ce postulat, la traduction juridique se concevrait comme la transposition d’une culture juridique A vers une culture juridique B. Néanmoins, en raison de l’assise que trouve la langue juridique dans la langue courante, cette transposition devrait également prendre en considération les cultures linguistiques des langues A et B. En conséquence, la traduction juridique se trouverait à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. Cet article s’efforce de démontrer la véracité de cette hypothèse et d’en tirer les conséquences pour la traduction juridique. À ces égards, en raison de sa singularité, la langue juridique amplifie les problématiques d’asymétrie culturelle inhérentes à la traduction.

La singularité de la langue juridique

La singularité de la langue juridique appert de deux éléments. D’une part, la langue juridique est une langue spéciale, distincte de la langue courante. D’autre part, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique.

La spécialité de la langue juridique

Nonobstant la diversité de ses réceptacles (contrats ; décisions de justice ; normes…), la langue juridique fait montre d’une structure syntaxique particulière. Toutefois, là ne réside pas la pierre angulaire de sa spécialité. La spécialité de la langue juridique appert fondamentalement de la terminologie juridique, qui se distingue de la langue courante à trois égards.

En premier lieu, la polysémie des termes juridiques implique l’existence de faux-amis. En guise d’illustration, peut être mentionné le vocable « fruit ». Le profane penserait bien raisonnablement à tout un éventail de végétaux comestibles : abricot ; banane ; poire ; pomme ; tomate… Le juriste penserait également aux loyers (fruits civils), voire au croît des animaux (fruits naturels).

En deuxième lieu, la polysémie des termes juridiques provoque parfois des ruptures de sens avec la langue courante. Si l’huissier de justice réalise des exploits en portant les grosses au tribunal, sa force physique ne fait en aucun cas l’objet d’éloges. En droit, la grosse n’est pas une personne d’un certain gabarit ; c’est la copie d’un jugement revêtue de l’exequatur. À cet égard, le vocable « exequatur » ouvre la voie vers le troisième aspect rendant la langue juridique spéciale.

En troisième lieu, la langue juridique est riche de termes étrangers à la langue courante. Certes, cela peut paraître paradoxal, car la langue juridique trouve fondamentalement son assise dans la langue courante. Toutefois, il convient de souligner que ces termes strictement juridiques sont fréquemment des concepts juridiques, id est des concepts davantage notionnels que linguistiques. Parmi ces termes juridiques étrangers à la langue courante, figurent notamment la common law, la dation en paiement, l’emphytéose, l’estoppel, l’exequatur (formule exécutoire), ou encore le pétitoire.

Somme toute, en raison des faux-amis, des ruptures de sens, ainsi que de ses termes exclusifs, la langue juridique s’avère être une langue de spécialité. Dès lors, comme tout traducteur technique, le traducteur juridique avisé fera preuve de prudence. Néanmoins, cette prudence doit être double. Car en sus d’être spéciale, la langue juridique est culturellement exclusive d’un système juridique.

L’exclusivité culturelle d’un système juridique

La langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique. En effet, la comparaison de deux systèmes juridiques distincts, partageant toutefois une même langue courante, met en lumière des variations linguistiques d’ordre juridique. Ces variations se rencontrent à deux niveaux. En premier lieu, elles peuvent se concentrer au niveau de la dénomination. Au demeurant, ce sont les variations linguistiques d’ordre juridique les moins complexes à appréhender lors de la traduction juridique, car il suffit de connaître l’équivalent sémantique du système juridique cible pour éluder la difficulté.

En guise d’illustration, le Garde des sceaux français correspond au ministre de la Justice belge. Fondamentalement, ces expressions désignent la même entité. Toutefois, l’expression « Garde des sceaux » n’est ancrée que dans le patrimoine culturel (historique et linguistique) français, car elle provient du titre « Garde des sceaux de France » anciennement attribué au Chancelier de France sous l’Ancien Régime. Autres exemples, les « passing off » et « statement of claim » du droit anglais correspondent dorénavant, et respectivement, aux « palming off » et « complaint » du droit états-unien.[4]

En second lieu, les variations linguistiques d’ordre juridique susmentionnées peuvent impacter la substance même d’un concept juridique. Contrairement aux variations se concentrant au niveau de la dénomination, les variations au niveau de la substance du concept juridique s’avèrent particulièrement complexes à appréhender lors de la traduction juridique. Surmonter les obstacles qu’elles dressent suppose effectivement de solides connaissances sur ledit concept, tel que consacré par les systèmes juridiques à l’étude.

À titre d’exemple, le vocable « corporation » recouvre dorénavant des réalités juridiques distinctes en droit anglais et en droit nord-américain.[5] En droit anglais, le terme « corporation » se réfère désormais bien plus volontiers à des organismes publics, tels que le gouvernement britannique, tandis qu’en droit nord-américain, il continue de désigner des entreprises. A contrario, le droit anglais use dorénavant d’un autre terme pour désigner les entreprises : « company ».

En somme, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique, car elle varie selon le système juridique, et ce, même lorsque les langues courantes sont, dans leur globalité, identiques. Conjuguée à la spécialité, l’exclusivité culturelle de la langue juridique dresse des obstacles pour le traducteur juridique, même lorsque la langue (courante) de départ demeure. Quid lorsque le bijuridisme s’accompagne d’un bilinguisme ? Dans cette hypothèse, les problématiques liées à l’asymétrie culturelle se voient amplifiées.

L’amplification des problématiques d’asymétrie culturelle

« Là où ils s’accompagnent, le bilinguisme et le bijuridisme portent au paroxysme la complexité »,[6] car ils amplifient le phénomène de l’asymétrie culturelle. Toutefois, bien que « complexité » rime avec « intraduisibilité », les termes ne sont pas synonymes. Il existe en effet des techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle, même amplifiée.

Le phénomène d’amplification de l’asymétrie culturelle

L’asymétrie culturelle peut se définir comme « le fossé qui sépare culturellement deux termes et les notions qu’ils véhiculent ».[7] En raison de la spécialité et de l’exclusivité culturelle de la langue juridique, le traducteur juridique est par essence confronté à une certaine asymétrie culturelle. Toutefois, lorsque le bijuridisme et le bilinguisme entrent en jeu, cette asymétrie culturelle se voit amplifiée ; elle ne situe plus uniquement au niveau conceptuel ou linguistique, mais à ces deux niveaux concomitamment. Les concepts juridiques pouvant faire l’objet d’une traduction juridique à double niveau peuvent être regroupés en deux catégories. D’une part, les concepts juridiques existant linguistiquement, mais sous une autre forme, dans la langue cible. D’autre part, les concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles.

En premier lieu, bien que certains concepts juridiques existent linguistiquement dans la langue cible, leur portée juridique peut varier selon le système juridique à l’étude. En guise d’illustration, en droit allemand, le concept juridique de « Sachen » implique la corporalité. En droit français, son équivalent linguistique « biens » recouvre tant la corporalité que l’incorporalité. Autre exemple, en droit anglais, existe le concept juridique de « chattels real ». L’équivalent linguistique de « chattels » est classiquement « biens meubles » en droit français.[8] Toutefois, en droit anglais, « real » suppose une nature immobilière. Traduire « chattels real » par « biens meubles immeubles » serait un non-sens mettant en lumière le fossé conceptuel entre les droits anglais et français.

En second lieu, il existe des concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles. Ces concepts juridiques peuvent relever du droit matériel, mais également de l’ordre institutionnel. S’agissant d’une part des concepts de droit matériel, peuvent être mentionnés la « consideration » et l’« estoppel », purs produits des Pays de Common Law. Concernant d’autre part les concepts d’ordre institutionnel, l’huissier de justice français en est une très bonne illustration. En France, l’huissier de justice fait la police de l’audience. Il est également agent d’exécution, agent significateur, ou encore mandataire judiciaire. Toutes ces fonctions sont regroupées en une seule institution. Tel n’est pas le cas en droit allemand, où le « Gerichtsvollzieher » n’est qu’agent d’exécution et agent significateur.

En somme, l’asymétrie culturelle se voit potentiellement amplifiée en matière de traduction juridique, en ce qu’elle peut se situer tant au niveau linguistique qu’au niveau conceptuel. Néanmoins, il convient de souligner que malgré cette amplification de l’asymétrie culturelle, la traduction juridique n’en demeure pas moins possible. Il existe en effet des techniques de traduction juridique adaptées aux cas d’asymétrie culturelle.

 Les techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle

Nonobstant toute asymétrie culturelle, amplifiée ou non, il existe des techniques de traduction permettant de surmonter les obstacles inhérents à la traduction juridique. Parmi celles-ci figurent l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques prennent en considération le « degré d’intraduisibilité »[9] des termes juridiques. Elles font ci-dessous l’objet d’une étude prenant relativement en compte l’impératif de fidélité au droit source.

En premier lieu, l’équivalence sémantique vise à remplacer le terme juridique à traduire par son équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle est relativement insignifiante. Toutefois, il convient de souligner que l’équivalence, même sémantique, ne suppose pas nécessairement une parfaite identité. En guise d’illustration d’une équivalence sémantique, peuvent être mentionnés l’« offre » en droit français, l’« offer » en droit anglais et l’« Angebot » en droit allemand.

En deuxième lieu, l’équivalence fonctionnelle vise à remplacer le terme juridique à traduire par un équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle étant relativement plus contraignante que dans le cadre d’une équivalence sémantique, il appartient au traducteur juridique de ruser pour éviter toute perte de sens tout en préservant le naturel de la traduction. Par exemple, en droit anglais, les « mortgages » sont des hypothèques de nature mobilière ou immobilière. En droit français, les hypothèques ne peuvent être que de nature immobilière. Dès lors, il appartient au traducteur juridique, dans l’hypothèse d’une « mortgage » mobilière, d’insérer une béquille et d’ainsi expliciter la nature de l’hypothèque : « hypothèque mobilière ».

En troisième lieu, l’emprunt consiste à reprendre verbum pro verbo l’expression étrangère consacrée. La technique de l’emprunt est fréquemment employée lorsque l’asymétrie culturelle est extrêmement importante, id est lorsque le degré d’intraduisibilité est très élevé. Common law, equity, estoppel sont des concepts juridiques systématiquement (ou presque) empruntés lorsqu’ils surviennent. Parfois, en raison d’un impératif de fidélité, il se peut que l’emprunt s’accompagne d’un descriptif du concept juridique. Cela peut s’avérer salvateur, voire indispensable, notamment dans le cadre de traductions juridiques à destination de juridictions.

Conclusion

La traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. En raison de sa spécialité et de son exclusivité culturelle, la langue juridique dresse par essence des obstacles d’ordre juridique et linguistique. Si le bijuridisme se conjugue au bilinguisme, l’asymétrie culturelle est amplifiée et les obstacles à surmonter sont renforcés. Néanmoins, il existe des techniques de traduction qui permettent de vaincre les difficultés inhérentes à la traduction juridique, à savoir l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques combinent les aspects juridique et linguistique de la terminologie juridique.

Au demeurant, précisément parce que la traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques, il convient de se demander s’il faut être juriste pour traduire le juridique. Bien que la question fût d’ores et déjà traitée, son intérêt demeure.[10] En effet, la réponse ne peut pas être binaire. Tout dépend du skopos, id est de la fonction que remplira la traduction juridique. Si c’est une traduction juridique pour des juridictions, une grande fidélité est requise, peut-être également un descriptif du concept juridique étranger. Si c’est une traduction juridique pour un comparatiste, tant l’emprunt que l’équivalence fonctionnelle pourraient être nécessaires. Dans ces hypothèses, une solide formation juridique, a minima dans les domaines concernés par la traduction, semble requise. Si la traduction juridique ne sollicite aucun concept juridique particulier, ou des concepts présentant tous des équivalences sémantiques, une formation juridique ne paraîtrait point indispensable stricto sensu.

 

Bibliographie

Articles

Bélanger, Christiane, Sandra Douyon-de Azevedo, Nicole Michaud, et Claire Vallée. « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004): 457. https://doi.org/10.7202/009370ar.

Gémar, Jean-Claude. « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence ». Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015): 476. https://doi.org/10.7202/1036139ar.

Harvey, Malcolm. « What’s so Special about Legal Translation? » Meta: Journal Des Traducteurs 47, no 2 (2002): 177. https://doi.org/10.7202/008007ar.

Lavoie, Judith. « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003): 393. https://doi.org/10.7202/007599ar.

Terral, Florence. « L’empreinte culturelle des termes juridiques ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004): 876. https://doi.org/10.7202/009787ar.

Dictionnaires

Nicholson, Kate, Anna Stevenson, Nadia Cornuau, et Georges Pilard, éd. Harrapś Dictionnaire Juridique =: Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French. Paris: Dalloz, 2004.

Livres

Cao, Deborah. Translating law. Topics in translation 33. Clevedon ; Buffalo: Multilingual Matters, 2007.

Cornu, Gérard. Linguistique juridique. 3. éd. Domat droit privé. Paris: Montchrestien, 2005.

Livres – Contributions

Engberg, Jan. « Comparative Law for Translation : The Key to successful Mediation between Legal Systems ». Dans Borja Albi, Anabel, et Fernando Prieto Ramos, éd. Legal translation in context: professional issues and prospects. New trends in translation studies, volume 4, 9-25. Bern: Peter Lang, 2013.

Gémar, Jean-Claude. « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence ». Dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau. Thèmes & commentaires. Actes. Paris: Dalloz, 2011.

Lois

Code civil français dans sa rédaction du 01er octobre 2018

Deutsches Bürgerliches Gesetzbuch (Code civil allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

Deutsche Zivilprozessordnung (Code de procédure civile allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

 

Notes

[1]     Jean-Claude Gémar, « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence », Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015) : 476, 491, https://doi.org/10.7202/1036139ar.

[2]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011).

[3]     Deborah Cao, Translating law (Buffalo: Multilingual Matters, 2007), 33.

[4]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 880, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[5]     Nicholas Foster, (2000) : « Company Law Theory in Comparative Perspective : England and France », The American Journal of Comparative Law, 48-4 (2000) : 573, cité dans Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[6]     Gérard Cornu, « Synthèse », dans O. Snow et J. Vanderlinden (dic.), Français juridique et science du droit, Bruxelles, Bruylant, 1995, 13, cité dans Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[7]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[8]     Kate Nicholson, Harrapś Dictionnaire Juridique : Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French, (Paris : Dalloz, 2004).

[9]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 883, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[10]   Judith Lavoie, « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? », Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003) : 393, https://doi.org/10.7202/007599ar ; Christiane Bélanger et al., « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat », Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004) : 457, https://doi.org/10.7202/009370ar.

La localisation de jeux vidéo, une traduction technique ou littéraire ?

Par Jonathan Sobalak, étudiant M1 TSM

traduction jeux video

La localisation de jeux vidéo, c’est un domaine qui de premier abord semble peu s’éloigner des domaines de traduction plus courants comme la traduction dans le secteur du marketing et de la promotion. Après tout, il s’agit de traduire les éléments d’un produit, le packaging, la promotion qui l’accompagne, le produit étant dans ce cas un jeu vidéo. Concernant par exemple son manuel d’utilisation (dont la version physique a presque entièrement disparu), il va de soi que la localisation se devra d’être claire et précise puisqu’il contient les conditions générales d’utilisation, sans parler du contenu légal qui se doit d’être mentionné conformément à la loi. Pourtant, lorsqu’on en vient au contenu plus profond du jeu vidéo en lui-même, ce n’est pas toujours une traduction technique ou spécialisée qui sera nécessaire, je fais référence ici aux textes, dialogues et autres éléments qui dans le principe en appellent plus à l’imagination du traducteur. Ainsi, en se basant sur la nature d’un produit de ce type, il est une question que l’on peut bel et bien se poser : la localisation d’un jeu vidéo sera davantage concernée par une traduction technique, relevant d’un domaine spécialisé, ou bien peut-on la considérer comme une traduction littéraire ?

Avec des balises, des pourcentages et des interfaces, on s’éloigne d’une œuvre de Victor Hugo

S’il est un élément que l’on retrouve fréquemment pour la prestation de services de localisation de jeu vidéo, c’est bien la feuille de calcul Excel. En effet, lorsqu’il est question de milliers de lignes de dialogues ou de description d’objets, elle se révèle pratique pour la lisibilité. Mais ce support peu attirant nous catapulte directement dans un aspect plus technique, bien que le contenu puisse demander au traducteur de développer sa plume.

Arrive le problème des balises, ces éléments de textes représentant des variables, dont les références sont présentes ailleurs, et dont l’utilité est d’éviter de créer plusieurs textes différents lorsque seul un élément de texte ou chiffre doit varier (très courantes dans les jeux de type jeu de rôle). Ces balises ont tendance à amener un aspect technique aux traductions à effectuer, car elles appartiennent à un langage de programmation.

Des interfaces qui nous empêchent d’être inventifs

Le cas concerne aussi la traduction des interfaces de jeu, car ces mots ou petits éléments de texte sont des notions qui varient peu entre chaque jeu vidéo : « Menu Principal », « Nouvelle Partie », « Sauvegarder », « Points de vie ».
Ces concepts sont tellement courants dans ce domaine que parfois une traduction différente de celle qui est le plus souvent adoptée pourra paraître étrange au joueur qui sera habitué à des éléments de texte précis depuis des années. Ainsi, on est en droit de se demander s’il reste une place à l’imagination lorsqu’il est question des traductions d’interface de jeu.

Le domaine de la traduction littéraire ne concerne donc pas la localisation de jeu vidéo ?

Et pourtant si, mais c’est dans le reste du contenu qu’il faudra la trouver.

Les dialogues, les noms d’objets et de personnages, les descriptions des quêtes ; c’est pour tous ces éléments que le localisateur va pouvoir faire travailler son imagination.
Prenons l’exemple d’un jeu vidéo de type jeu de rôle en ligne massivement multijoueur (MMORPG) : pour un jeu possédant un contenu aussi colossale que ceux-là, il va de soi que ce qui va être le plus important pour un localisateur, ce sera bien son imagination, et sa capacité à traduire des centaines de textes tirés de quêtes prévues pour immerger le joueur dans l’œuvre vidéo ludique et son univers. Son but sera de les rendre convainquant et agréables à lire, car en effet ces textes fictionnels peuvent être tout à fait comparés à ce que l’on trouvera dans un roman fantastique, par exemple.

Inventer des noms pour faire passer des messages

Mais les éléments de textes isolés comme les noms de personnages ou d’objets ne sont pas non plus en reste. Ils vont demander un travail de localisation qui lui aussi nécessitera de la part du localisateur toute son inventivité. En prenant l’exemple d’un des MMORPG les plus connus au monde, World Of Warcraft, les noms de centaines de personnages ont nécessité de trouver des adaptations dans la langue française, car ces noms donnent des informations sur les personnages et le message contenu dans le nom anglais se devait d’être retranscrit (bien que ce choix ne fut pas pris pour son prédécesseur, Warcraft III). Ainsi, pour prendre comme exemple un des personnages principaux du jeu, Jaina Proudmoore (proud = fier, moored = amarré), le choix a été fait de la nommer en français : Jaina Portvaillant, car une traduction sans réécrire le nom n’aura pas été convaincante, ou dans le meilleur des cas, la portée et la signification véhiculées par le nom original n’auraient pas atteint tous les joueurs de l’hexagone.

Difficile de tout dire lorsqu’on n’a pas assez de place

Faire preuve d’imagination pour le localisateur de jeu vidéo peut d’ailleurs s’avérer être un challenge. Lorsqu’un client donne pour ses besoins en traduction des limites de caractère très précises pour des éléments du jeu vidéo (dû à la taille de l’écran, ou à la police de caractères qui est rarement déterminé par le localisateur), c’est réellement de l’adresse et de l’inventivité pour la rédaction qui vont alors être nécessaires. À ce sujet, je vous incite à lire l’excellent billet de blog rédigé par Léa Gonzalvez sur les Grands commandements de la localisation de jeu vidéo.

Vous l’avez compris, la localisation d’un jeu vidéo, ce n’est pas une seule méthode qui s’applique à tout un contenu. L’inventivité est souvent requise pour la rédaction, comme pour la traduction littéraire d’une œuvre de fiction, alors qu’un manuel d’utilisation demandera une certaine austérité. L’essentiel est de faire preuve d’imagination lorsque cela est possible, et de rigueur méthodologique quand il est nécessaire ; et c’est peut-être cette variété dans le travail qui rend la localisation de jeux vidéo si attirante pour certains.

 

Sources :

« Les grands commandements de la localisation de jeu vidéo », MasterTSM@Lille, 10 septembre 2017

Best_Practices_for_Game_Translation_FR_1.1.pdf 

« Jeux vidéo et littérature », [s.l.] : [s.n.], [s.d.]

La localisation des jeux vidéo,Veille CFTTR

« La traduction des jeux vidéo, traduction ou localisation ? », [s.l.] : [s.n.], [s.d.]

 

La traduction et la localisation au service des entreprises

Par Elise Guilbert, étudiante M2 TSM

 

La semaine dernière était placée sous le signe de la localisation pour les M2 TSM.

La localisation, c’est le processus permettant d’adapter du contenu tel qu’un logiciel, un site Internet ou encore un jeu vidéo (si vous souhaitez en savoir plus sur la localisation de ce type de contenu, lisez cet article écrit par Léa Gonzalvez) aux spécificités linguistiques, culturelles et techniques d’un marché cible. Elle consiste à traduire du contenu en convertissant certaines données comme les adresses ou le format des heures pour que ces derniers correspondent à ceux utilisés dans le pays cible.

Dans cet article, l’accent sera plutôt mis sur les raisons pour lesquelles les entreprises décident de faire traduire et/ou de localiser leur contenu et quels en sont les bénéfices.

 

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Pourquoi traduire et/ou localiser du contenu ?

Aujourd’hui, avec la mondialisation, nous pourrions penser que la traduction est un passage obligé pour les entreprises. Mais ce n’est pas vraiment le cas : 57 % des sites Internet sont uniquement rédigés en anglais (alors que l’anglais est la langue maternelle de seulement 30 % des internautes) et 10 % sont traduits.

Pourtant, comme cela a été démontré dans le rapport « Can’t Read, Won’t Buy : Why language matters on Global Websites » publié en 2006 par Common Sense Advisory, localiser du contenu Internet s’avère être un atout pour les entreprises :

  • Les utilisateurs privilégient les sites Internet rédigés dans leur langue maternelle (52,7 % d’entre eux) pour effectuer des achats et s’ils ne parlent aucune des langues proposées sur le site, il y a six fois moins de chance qu’ils concrétisent leur visite par un achat.
  • Les internautes passent deux fois plus de temps sur un site rédigé dans leur langue maternelle. Plus un visiteur reste longtemps, plus il y a de chances qu’il finisse par acheter un produit ou un service et plus une entreprise propose de langues sur son site, plus son public cible sera large et ses ventes potentiellement plus importantes. 85 % des personnes interrogées indiquent même qu’elles n’achèteront pas sur un site qui n’est pas traduit dans leur langue.
  • À produit similaire, 72 % des clients choisissent celui pour lequel la description est rédigée dans leur langue maternelle. Si le produit en question est plus cher, 57 % des clients préféreront quand même acheter le produit accompagné d’une description dans leur langue.

Toujours dans ce rapport, on découvre que le potentiel économique de l’Internet s’élève à 54,9 milliards de dollars et que l’anglais représente 36,5 milliards de cette somme. Une raison de plus pour recourir à la traduction et/ou à la localisation si l’on souhaite se développer à l’étranger.

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Localisation : quels paramètres à prendre en compte ?

Au moment de localiser du contenu, il est très important de prendre en compte les préférences culturelles du public cible en plus de sa langue maternelle.

De nombreux éléments d’un site peuvent faire l’objet d’une localisation : c’est notamment le cas pour les images. Si une entreprise souhaite vendre ses produits sur un marché asiatique, il faudra par exemple que les personnes figurant sur les photographies soient asiatiques, si elle souhaite s’adresser à un public musulman, il faudra éviter les photos de femmes habillées de façon occidentale, etc.

Selon le public cible, les couleurs, arborées par un site Internet par exemple, devront aussi être modifiées. En effet, certaines couleurs n’ont pas la même signification d’un pays à un autre et pourraient choquer l’audience : c’est notamment le cas avec le rouge qui représente le danger, voire le mal dans la région du Moyen-Orient alors qu’en Chine, cette couleur symbolise la chance et le bonheur.

Le format des heures doit aussi faire l’objet d’une localisation : c’est le cas entre le format français et celui des pays anglophones. En Grande-Bretagne ou aux États-Unis, la journée est divisée en deux fois 12 heures alors qu’en France, on utilise un format de 24 heures.

La même chose s’applique pour les dates : en France, le format utilisé est jour/mois/année, le même qu’Outre-Manche alors qu’aux États-Unis, autre pays anglophone, les dates sont présentées de la façon suivante : mois/jour/année.

Enfin, au moment d’effectuer une commande, il est important pour le client de pouvoir payer ses achats avec une carte bancaire qui fonctionne dans son pays et qu’il puisse saisir sans problème son adresse.

 

Les bénéfices de la traduction et de la localisation

Les entreprises ont recours à la traduction et la localisation de leur contenu pour plusieurs raisons : reprendre des parts de marché à un concurrent, respecter les lois en vigueur dans un pays, faciliter les partenariats économiques, ou bien tout simplement augmenter leur chiffre d’affaires.

D’après le rapport « Translation at Fortune 500 companies » de Common Sense Advisory, seul 1 % du chiffre d’affaires des 500 plus grandes entreprises internationales est dédié à la traduction. Cette part du budget est comprise entre 0,25 et 2,5 % chez les entreprises ne faisant pas partie de ce classement. Les dépenses de traduction, et par conséquent de localisation, ne représentent donc qu’une infime partie du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises.

Toujours d’après le rapport, les entreprises peuvent considérablement réduire leur budget, comme celui dédié au service d’assistance, grâce à la localisation, notamment pour leur site Internet.

Pour vous faire une petite idée des économies en jeu, voici une liste des coûts des divers moyens mis en place par les entreprises pour les services d’assistance :

  • Assistance téléphonique = 162 dollars par client,
  • Assistance par email = 77 dollars par client,
  • Assistance via une communauté (pages d’aide ou foires aux questions) = 0,06 dollar par client.

En plus de réduire leur budget assistance, la traduction et la localisation ont un impact sur le chiffre d’affaires des entreprises. En effet, celles qui augmentent leur budget traduction ont 2,5 fois plus de chances de voir leur profit croître d’une année à l’autre.

Il est même annoncé que, pour chaque dollar investit dans la localisation, une entreprise en gagnera 25.

 

Conclusion

Même s’il est difficile de trouver des données concernant l’impact de la localisation et de la traduction sur le chiffre d’affaires des entreprises, les informations recueillies montrent bien qu’elles ont un effet positif.

Toutefois, la traduction et la localisation ne sont pas une évidence pour tous. 60 % des firmes multinationales ont une stratégie de localisation et près de la moitié de ces entreprises ne localisent que vers 5 langues maximum.

 

 

Sources non introduites en hyperlien :

http://content.lionbridge.com/infographic-language-impacts-customer-experience-bottom-line/

http://content.lionbridge.com/infographic-website-localization/

http://www.sdltrados.com/fr/solutions/software-localization/

https://www.commonsenseadvisory.com/portals/_default/knowledgebase/articleimages/060926_r_global_consumer_preview.pdf

https://www.sajan.com/cost-opportunity-increase-translation-services-return-investment/

 

La terminologie technique : comment s’en sortir ?

Par Eduardo Sosa, étudiant M2 TSM

La terminologie est sans nul doute l’un des éléments clés de la traduction technique. Souvent précis et pointu, et d’une réelle richesse, le langage technique peut parfois susciter une sorte de « respect sacré » en raison de diverses difficultés qui lui sont propres. On peut ainsi imaginer les lourdes conséquences qu’un mauvais choix terminologique pourrait entraîner chez le lecteur d’un manuel d’utilisation d’une pelleteuse. Par contre, la terminologie représente entre 5 et 10 % du volume d’un texte technique.

Comment faire face aux obstacles liés à la terminologie des textes spécialisés ? Je tenterai de proposer des astuces pour y parvenir. Mais d’abord, il convient d’analyser ses caractéristiques pour l’aborder plus efficacement.

Caractéristiques du vocabulaire technique

Polysémie

Les cas de polysémie sont fréquents dans le langage technique. En général, la signification des termes peut varier selon deux critères :

La technologie ou le champ d’application : Un terme peut avoir divers équivalents selon son domaine (mécanique, électrotechnique, médical…) et selon la technologie particulière dont le terme fait partie (système de transmission d’un véhicule, circuits pneumatiques, tuyauterie…).

Exemple :

FR EN ?

carter

crankcase
case
casing
housing

Les collocations du terme :

Exemples :

FR EN
Moteur thermique Diesel engine
Moteur électrique Electric motor
ES EN
Pozo de decantación settling basin
Pozo de cateo Test pit/well

Manque d’uniformisation

Contrairement à ce que l’on peut croire, le vocabulaire technique ne fait pas toujours preuve d’univocité, même avec les efforts de normalisation effectués par certaines institutions comme la BSI ou l’AFNOR.

Par exemple, « diesel exhaust fluid » peut avoir comme traduction « fluide d’échappement diesel » et « liquide d’échappement diesel », même si le premier est un terme normalisé. Cette situation est encore plus fréquente dans les cas des matériaux à usage moins répandu pour lesquels on ne constate pas d’efforts d’uniformisation.

De plus, les termes peuvent varier selon le registre et le dialecte :

FR ES Remarque
Chariot élévateur Carretilla elevadora ES d’Espagne
Grúa horquilla ES de Chili
Montacargas ES de Pérou
Toro Registre moins soutenu

Inexactitudes dans le texte source

Synonymes : Il se peut que l’auteur ait utilisé par négligence plusieurs désignations pour un même référent, ce qui peut créer une confusion chez le traducteur.

Exemple : « pupitre de commandes » et « boîtier de commandes » dans une liste d’accessoires d’une machine qui font référence au même objet.

Mauvais choix de termes : Une terminologie incorrecte ou inexacte peut ralentir le travail du traducteur. En effet, il devra d’abord trouver le terme correct en langue source avant de trouver la traduction correcte.

Exemple : « cale de stabilité » au lieu de plaque de calage ou patin de calage (manuel d’utilisation d’une remorque)

Termes « coupés » : L’unité terminologique peut être abrégée soit dans un souci d’économie de langue soit parce que l’auteur peut supposer que le lecteur connaît le concept.

Exemple :

plataforma elevadora móvil de personal
plataforma elevadora de personal
plataforma móvil / elevadora
plataforma

Dans l’exemple ci-dessus, le terme « plataforma elevadora móvil de personal » (plateforme ou nacelle élévatrice de personnel) (normalisé d’ailleurs par la norme UNE EN 280:2014) a été coupé jusqu’à arriver au terme « plataforma ». Le défi pour le traducteur serait de savoir à quel type de « plataforma » ce terme renvoie s’il apparaît complètement isolé dans le document. En effet, en espagnol le mot « plataforma » peut designer aussi bien le panier d’une nacelle élévatrice que la machine elle-même. Et si le texte aborde encore plusieurs champs thématiques ou technologies, « plataforma » devient encore plus flou.

Termes maison

Les entreprises peuvent parfois employer leur propre terminologie, y compris des sigles ou des abréviations. Ces mots peuvent constituer une sorte de néologismes utilisés uniquement au sein d’un cercle restreint.

Maintenant que nous avons balayé certaines caractéristiques du lexique spécialisé, quelles stratégies pourrions-nous mettre en œuvre pour traduire correctement le vocabulaire technique ?

sosa

 

Astuces pour mener à bien une recherche terminologique

Recherche thématique

Le traducteur devrait d’abord faire une recherche documentaire ponctuelle en langue source par rapport aux notions clés du document, identifiées au préalable lors de la première lecture. Cette action lui permettra d’identifier la nature du texte (registre, différences culturelles…), son intention, et de résoudre les problèmes de compréhension.

Exploiter les pistes du texte (diagrammes, bibliographie, glossaires…)

Je me souviens de la traduction d’un long document dont certains termes me posaient des problèmes… pour trouver plus tard un petit glossaire bilingue à la fin du même document expliquant ces termes !

Morale de l’histoire : avoir le bon réflexe de lire rapidement l’intégralité du document, et les documents connexes faisant partie du même projet, afin de retrouver la bibliographie, les glossaires et les diagrammes, s’il y en a. C’est là que l’on doit regarder d’abord, car ces ressources locales peuvent nous renvoyer aux mots-clés et nous aider à avoir une idée claire d’un concept ou d’une technologie.

Une autre stratégie pour arriver au même objectif consiste à traduire d’abord les parties descriptives (par exemple, la section expliquant le fonctionnement d’une machine ou les effets d’une technologie) ou le glossaire du document. Cette démarche nous aidera aussi à identifier le lexique clé (et à ne pas divaguer dans les termes techniques secondaires).

Circonscrire le domaine et la technologie englobant le terme 

Avant de lancer la recherche terminologique, il est important de bien cerner le champ sémantique du terme afin de mieux cibler la recherche, notamment pour réduire le nombre d’alternatives que nous pourrions trouver dans les ressources externes, et pour savoir quel type de ressource consulter (dictionnaire du génie civil, de l’électrotechnique…).

Recherche terminologique ponctuelle

Le premier réflexe chez beaucoup de traducteurs est de consulter les dictionnaires ou les glossaires bilingues comme point de départ. Quelquefois, cette démarche peut être la plus rapide et la plus efficace pour certains types de termes (on pourrait penser aux termes ayant une acception technique rigide, du type copper – cuivre) et si l’on a juste besoin de confirmer un terme dans un champ que l’on connaît. Par contre, nous devons procéder avec précaution, surtout si l’on n’est pas familiarisé avec l’emploi des acceptions proposés par le dictionnaire.

Dans la majorité de cas, il est essentiel de compléter cette démarche par une vérification du terme dans des encyclopédies ou des articles spécialisés monolingues en langue source et en langue d’arrivée (cela permet aussi de connaître le statut du terme ainsi que la fréquence d’usage ou la connotation…). Il est recommandable aussi de relever au préalable tous les termes problématiques afin de ne pas rechercher un terme à la fois. Par ailleurs, ce billet du blog offre de bonnes pistes de sites à consulter.

Dans certains cas, il se peut que nous ne trouvions pas le terme recherché dans une ressource spécialisé, ou que nous le retrouvions « partialement ». Par exemple, si nous recherchons « pre-stripping » (activité minière), mais que l’on trouve uniquement « stripping », nous pourrions faire la recherche avec ce dernier terme dans les domaines ou documents voisins qui peuvent partager des analogies en matière de fonction ou de forme.

Corriger les inexactitudes du texte source 

Comme nous l’avons vu ci-dessus, le texte source pourrait contenir des inexactitudes concernant la terminologie, comme un mauvais choix de termes ou des synonymes inutiles. Il est important d’en prendre conscience afin de trouver la traduction correcte, mais aussi pour ne pas induire en erreur le public cible de notre traduction. En effet, maintenir des synonymes désignant un seul terme pourrait faire penser le lecteur qu’il s’agit de composants différents.

Consulter le client ou le spécialiste 

Si nous ne parvenons pas à comprendre un terme ou un concept, en raison de l’absence de sources documentaires et de contexte, ou d’un possible erreur ou ambiguïté dans le document, il est recommandable de consulter le client, soit par téléphone, soit par courrier sous forme de navette de questions ou en tant que commentaire dans un outil de TAO. Si c’est une navette, elle doit contenir des champs pertinents (nom du fichier, numéro de page, contexte, question, réponse client…) afin de faire gagner du temps au client.

Il faut se rappeler que cet échange devrait aller au-delà d’une simple recherche d’équivalents (du type : « Monsieur le client, comment traduiriez-vous ce mot en français ? ») Cet échange doit être plutôt enrichissant sur le plan de la compréhension technique. Il faut donc étudier au préalable le sujet pour poser des questions pertinentes, démontrer que nous avons une connaissance générale du sujet, et savoir écouter ou lire attentivement sa réponse.

Valider et documenter les équivalents trouvés

Ah, le sentiment que nous éprouvons lorsque nous trouvons l’équivalent correct !  Mais la mémoire est faible. Il convient de documenter les termes sous forme de glossaire ou d’une entrée dans un logiciel TAO. Ces entrées devraient contenir des champs pertinents comme la définition, le champ, le contexte, des images, des notes techniques ou linguistiques pour encore plus de précisions, ou la source. Mais pas n’importe quelle source. La source doit être fiable (un spécialiste, des encyclopédies thématiques, des sites pertinents rédigés en langue source, des documents de normalisation, etc.). Pas d’« Alibaba », par exemple. Petite prévention : mettre le lien toujours « en cache » si jamais le site auquel il renvoie est mis hors ligne.

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Exemple d’entrée terminologique

 

Conclusion

La recherche terminologique peut parfois nous faire rappeler le travail d’un détective. Toutefois, n’oublions pas la valeur communicative du vocabulaire technique. Il faut donc ne pas se perdre dans le mot sans oublier pour autant le message du texte. Dans ce billet, j’ai essayé de donner quelques pistes non exhaustives pour mener à bien une recherche terminologique. Mais au fur et à mesure que l’on traduit un certain type de textes, ayant un type de terminologie récurrente, notre bagage augmentera et le travail de recherche sera plus efficace et moins chronophage. Ce qui nous rappelle l’importance pour les traducteurs de se spécialiser.

Sources :

NEWMARK, Peter. Manual de Traducción. Ediciones Cátedra, 2010. ISBN : 978-84-376-1091-7
BÉDARD, Claude. La Traduction technique : principes et pratique. Linguatech, 1986. ISBN : 2-920342-17-7
DURIEUX, Christine. Fondement didactique de la traduction technique. La maison du dictionnaire, 2010. ISBN : 9782856082324

[Projet de traduction] Collaboration avec le blog Insula

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L’an dernier, le responsable de la Bibliothèque des Sciences de l’Antiquité (BSA) de l’Université de Lille 3-SHS proposait aux formateurs TSM un nouveau partenariat en donnant aux étudiant.e.s du Master TSM la possibilité de traduire des articles consacrés aux sciences de l’antiquité à paraître sur Insula, le blog de la bibliothèque. La première traduction, « Du besoin humain de philosopher », réalisée par Théo Dujardin, Alice Fournier et Marie Serra, a été publiée ce matin. Il s’agit de la traduction d’un texte italien d’Ermelinda Valentina Di Lascio, « Il bisogno umano di fare filosofia » publié en août 2013 sur le site Il manifesto di Bologna.

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Les autres traductions sont en phase de relecture et seront publiées régulièrement sur le blog.


La possibilité de traduire des articles pour le blog Insula a représenté pour les étudiant.e.s un triple avantage :
(i) travailler pour un véritable client, et donc gérer un projet de traduction concret, sous la supervision d’un traducteur/d’une traductrice professionnel.le dans le cadre de l’enseignement « Projet de Traduction »,
(ii) traduire des textes à la terminologie, phraséologie, et organisation discursives spécialisées, et donc développer leur capacité à traduire des textes techniques pour un public spécifique sur des thématiques avec lesquelles ils ne sont pas toujours familiarisés,
(iii) voir le fruit de leur travail être publié officiellement en ayant la possibilité de signer celui-ci, ce qui reste malheureusement si rare.

Merci donc à Christophe Hugot d’avoir offert cette opportunité aux étudiant.e.s de la formation. Merci également aux traducteurs/traductrices professionnel.le.s qui ont supervisé leur travail (Antonia Debove, Guillaume Deneufbourg, Cindy Mittelette, Nathalie Moulard).