Traduire les noms propres… Oui ? Non ? Peut-être ?

Par Marion Coupama, étudiante M1 TSM

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? Les noms propres ne se traduisent pas ! »

En êtes-vous certains ? Parce que je trouve que Christophe Colomb et Léonard de Vinci sont des noms aux sonorités très françaises… N’est-ce pas un peu étrange pour des personnalités d’origines italiennes ? Eh oui, vous l’aurez compris, certains noms propres ont bien fait office de traduction ! Christophe Colomb se nommait en réalité « Cristoforo Colombo », tout comme Léonard de Vinci portait le nom de« Leonardo da Vinci ». Cette tendance visant à traduire les noms propres remonte donc à très longtemps dans l’histoire, mais est-elle toujours d’actualité ? Dans quel cas peut-on songer à traduire des noms propres ? Les questions peuvent continuer à se multiplier sur le sujet tant il est vaste. Cet article visera à vous donner de nombreux exemples ainsi que des éléments de réflexion.

Avant de commencer, passons bien évidemment par la case habituelle, une petite définition.

 Qu’est-ce qu’un nom propre ?

Selon le grammairien Maurice Grévisse dans son ouvrage Le Bon Usage, un nom propre correspond à « celui qui ne peut s’appliquer qu’à un seul être ou objet, ou à une catégorie d’êtres ou d’objets pris en particulier ; il individualise l’être, l’objet ou la catégorie qu’il désigne ». Nous avons bien souvent tendance à l’oublier, mais le champ des noms propres est beaucoup plus vaste qu’il n’y paraît. Rappelons ainsi que les noms propres peuvent être classés selon six grands types :

  1. Les anthroponymes (noms de personnes, gentilés, organisations, etc.)
  2. Les toponymes (noms de lieux, édifices, etc.)
  3. Les ergonymes (noms d’objets et produits fabriqués, marques, titres d’œuvres)
  4. Les praxonymes (noms d’événements ou de fêtes)
  5. Les phénonymes (phénomènes environnementaux, comètes, astres, etc.)
  6. Les zoonymes (noms d’animaux)

Dans le cadre de cet article, je vais principalement m’intéresser aux deux premières catégories, à commencer par les anthroponymes : dans quel cas sont-ils traduits ?

Comme vous pouvez vous en douter, suite aux exemples mentionnés lors de mon  introduction, les noms propres peuvent se traduire lorsqu’il s’agit de personnages historiques. Voici donc quelques exemples intéressants dans diverses langues :

  • Le célèbre empereur romain « Caius Julius Caesar » devient « Jules César » en français et « Júlio César » en portugais ;
  • L’humaniste hollandais « Desiderius Erasmus » devient « Érasme » en français et « Erasmo » en espagnol ;
  • Le Pape polonais « Jan Paweł II » devient « Jean Paul II » en français et « John Paul II »en anglais.

Cette tendance à traduire les noms de personnages historiques ne se fait donc pas uniquement en français, de nombreuses autres langues adoptent cette pratique depuis plusieurs siècles. Mais alors, qu’en est-il d’aujourd’hui ?

Avons-nous cessé de traduire les noms et prénoms ?

Détrompez-vous, car mon prochain exemple ne date pas de très longtemps et je suis sûre que vous aurez la référence. Si je vous parle d’Harry Potter, peut-être que vous verrez où je veux en venir, car dans mon cas, je me rappelle très bien de la première fois où j’ai appris que Poudlard n’était pas le « vrai » nom de cette école de magie célèbre. En effet, dans la saga littéraire Harry Potter de JK Rowling, l’école de sorcellerie porte en réalité le nom de « Hogwarts » en anglais. Mais alors, pourquoi avoir effectué ce changement ? Pour répondre à cette question, je vous invite à regarder cette interview de Jean-François Ménard, le traducteur français de la saga.

Comme l’explique le journaliste dans cette vidéo, traduire un nom propre demande une interprétation de ce nom ainsi qu’une « re-création ». En ce qui concerne la traduction de « Hogwarts » en « Poudlard », le traducteur littéraire nous affirme que le changement devait s’opérer car le mot en langue source « signifie quelque chose ». En effet, « hog » en anglais signifie « cochon » que le traducteur transforme en « lard ». « Wart » signifie « verrue » qu’il décide de traduire par « poux ». Le tout nous a donné le très célèbre « Poudlard ». Jean-François Ménard ajoute par ailleurs que ce choix de traduction fut un triomphe, car non seulement ce nom signifiait quelque chose, mais de plus, il gardait « une sonorité un peu anglaise », ce qui a son importance. En effet, selon Michel Ballard, auteur de La traduction des noms propres, il est important de conserver les noms propres dans leur version originale afin de pouvoir préserver leur origine culturelle. Ainsi, en choisissant de traduire « Hogwarts » par un nom aux sonorités anglaises, Jean-François Ménard respectait ce principe.

Une histoire de choix ?

Bien sûr, n’oublions pas qu’en traduction, il s’agit toujours d’une histoire de choix ! En effet, le traducteur d’Harry Potter a choisi de traduire certains noms et pas d’autres, même si ces noms avaient un sens. Par exemple, le célèbre nom du professeur « Dumbledore » signifie « bumblebee », autrement dit, « bourdon » en français. Mais alors, pourquoi ne pas avoir choisi de traduire son nom par le professeur « Bourdon » ? Jean-François Ménard nous répond qu’il trouvait cela tout simplement ridicule ! Autre exemple du même genre, j’ai eu le plaisir de lire la préquelle d’une autre saga, celle d’Hunger Games, de Suzanne Collins, intitulée La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur. Dans ce roman nous suivons l’aventure d’un certain « Coriolanus Snow » et sa phrase fétiche est la suivante :

« La neige se pose toujours au sommet. »

Pour comprendre tout l’intérêt de cette phrase, il faut faire le lien entre le nom de famille du personnage et sa traduction. En effet, son nom de famille « Snow » se traduit en français par « neige », d’où cette fameuse phrase signifiant la montée de la famille Snow (neige) au pouvoir (sommet). Ainsi, sans une traduction du nom de famille, impossible de comprendre le jeu de langue. Mais alors pourquoi ne pas avoir traduit le nom de famille de Coriolanus Snow pour nous offrir un sublime « Coriolanus Neige » ? Seul Guillaume Fournier, traducteur de la saga, détient la réponse… Mais, j’imagine qu’encore une fois, il s’agit d’une histoire de choix.

Je traduis si je veux ?

La confusion règne grandement concernant la traduction des noms propres mais une seule chose est sûre, il n’existe pas de règle précise. Certains sont traduits et pas d’autres. Certains doivent être traduits et pas d’autres. Certains peuvent être traduits et pas d’autres. Dans le cas des personnages historiques, certaines pratiques sont automatiques. Par exemple, le nom du Pape est toujours traduit dans la langue cible, peu importe la langue. De la même façon, les noms des membres de la famille royale britannique sont toujours traduits en espagnol. On parle alors de la « Reina Isabel II » pour la reine Elizabeth II et du « príncipe Carlos » pour le prince Charles. Cette pratique peut paraître très étrange pour nous en France, vous imaginez si le prince William se transformait subitement en « prince Guillaume » ?

De même, j’imagine que pour les Britanniques, il est tout aussi étrange que nous nommions leur capitale par un très français « LonDRES » plutôt que par un simple « London » en version originale. Pourtant, de nombreux noms de villes étrangères possèdent des équivalents : Grenade en Espagne équivaut à « Granada », « Lisboa » se fait appeler Lisbonne, « München » devient Munich, sans oublier le très surprenant « Wales » qui devient le pays de Galles. Bref la liste est très longue. Néanmoins, cela n’explique toujours pas pourquoi Madrid est resté Madrid, ou pourquoi Budapest n’est pas devenu « Boudapest » ? Les mystères de la langue sont parfois bien difficiles à comprendre et je ne vous ai même pas encore parlé des enjeux de la translittération. Vous savez, cette méthode qui vous permet de comprendre que 北京 signifie « Pékin » en utilisant une transcription phonétique ? Elle présente elle aussi son lot de soucis. Les transcriptions ne respectent pas toujours la phonétique de la langue cible et les graphies varient d’une langue à l’autre. En effet, même si deux langues possèdent le même alphabet, les sons ne s’écrivent pas de la même façon. C’est donc pour cette raison que pour la capitale « Москва », vous verrez « Moscou » en français, mais « Moscow » en anglais !

Conclusion

S’il y a bien une chose à retenir c’est que les noms propres se traduisent bel et bien contrairement à ce que l’on pourrait penser si l’on ne creuse pas un peu. En revanche, il faut bien évidemment nuancer. Oui, les noms propres se traduisent, mais uniquement dans certains cas et selon le choix du traducteur. Sans oublier bien évidemment les automatismes de la langue et l’importance de l’usage. Pour comprendre plus profondément tout ce qu’implique la traduction des noms propres il faudrait faire un tour dans les profondeurs de l’histoire et de la linguistique. Cela pourrait notamment vous aider à comprendre comment nous sommes passés de «Londinium » en latin à « Londres » que l’on connaît aujourd’hui. Et puis d’ailleurs, il vient d’où ce -s à la fin ?

Bibliographie :

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ANDRE RACICOT, 2013. Traduire les noms de personnalités? André Racicot : Au cœur du français [en ligne]. 8 août 2013. [Consulté le 13 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://andreracicot.ca/traduire-les-noms-de-personnalites/

BALLARD MICHEL, 2001. Le nom propre en traduction: anglais-français / Michel Ballard. Gap : Ophrys. ISBN 978-2-7080-0990-5.

BIHAN, Guy le, 2006. Le nom propre : identification, appropriation, valorisation. Cahiers de sociolinguistique. 2006. Vol. n° 11, n° 1, pp. 9‑26.

DAILLE, Béatrice, FOUROUR, Nordine et MORIN, Emmanuel, 2000. Catégorisation des noms propres : une étude en corpus. . 2000. pp. 15.

GULLI, 2013. Harry Potter : à propos des traductions des noms propres [en ligne]. 10 octobre 2013. [Consulté le 14 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=qLp8FzHEMpw

JEANSON, Pierre, 2019. Traduire les prénoms. [en ligne]. 10 novembre 2019. [Consulté le 13 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.linkedin.com/pulse/traduire-les-pr%C3%A9noms-pierre-jeanson/

LECUIT, Emeline, MAUREL, Denis et VITAS, Duško, 2011. La traduction des noms propres : une étude en corpus. Corpus. 1 novembre 2011. N° 10, pp. 201‑218. DOI 10.4000/corpus.2086.

Les enjeux derrière les expressions idiomatiques

Par Antoine Deruy, étudiant M1 TSM

Ce n’est un secret pour personne, la traduction est une discipline complexe nécessitant une formation poussée et un maximum d’expérience. En effet, les traducteurs professionnels se heurtent sans cesse à des difficultés de tous types, qu’elles soient linguistiques, terminologiques, ou encore syntaxiques. Au cours de ma formation au sein du master de traduction spécialisée multilingue, j’ai été marqué par l’un de ces défis en particulier : les expressions idiomatiques. Voyons un peu de quoi il s’agit.

Les expressions idiomatiques, kézako ?

Pour dire simplement, il s’agit d’expressions particulières à une langue, généralement imagées ou métaphoriques. Elles font souvent référence à un fait culturel ou historique. Par ailleurs, elles sont généralement compliquées à traduire, car il existe très rarement des équivalents littéraux pour ces expressions. Il n’est cependant pas rare de retrouver dans deux langues différentes deux expressions renvoyant le même sens. Dans ces cas-là, on considère que les deux expressions sont équivalentes et doivent être traduites impérativement de la sorte. A mon sens, et dans un contexte de traduction, on peut distinguer plusieurs types d’expressions idiomatiques.

Les expressions idiomatiques « simples »

Ces expressions sont du pain béni pour les traducteurs. Ils n’ont même pas besoin de se rendre compte qu’ils ont affaire à une expression idiomatique, puisque leur traduction est transparente. Une traduction littérale permet d’obtenir le bon équivalent dans la langue cible. Par exemple, « put all your eggs in one basket » se traduit en français par « mettre tous les œufs dans le même panier ». Le risque de se tromper lors de la traduction est donc vraiment minime.

Les expressions idiomatiques « dont la mauvaise traduction est tolérable »

Catégorie nommée de manière assez folklorique, je vous l’accorde, j’y regroupe en fait toutes les expressions dont le meilleur équivalent dans une autre langue n’est pas une traduction littérale, mais une autre solution. Cependant, une traduction littérale de ces expressions ne s’avère jamais vraiment problématique, puisque qu’elle transmet tout de même la même idée. Si cette catégorie est encore un peu floue pour vous, je vous propose de l’illustrer avec un exemple connu de tous : l’expression en anglais « when pigs fly ». La traduction littérale de cette expression est « quand les cochons voleront ». Pourtant, en français, il existe une expression bien plus répandue renvoyant exactement la même idée. Ça y est, vous l’avez ? Et oui, en français, on utilise « quand les poules auront des dents ». Cet exemple illustre parfaitement le concept d’équivalence dynamique dont nous parlait Nida : il s’agit d’un principe de traduction visant à traduire le sens plutôt que les mots. Cette approche de la traduction est d’ailleurs devenue plus ou moins la norme aujourd’hui, remplaçant petit à petit le principe d’équivalence formelle, visant à traduire les mots plutôt que le sens.

Photo d’une poule ayant des dents

Les expressions idiomatiques « difficiles »

J’ai regroupé dans cette catégorie les expressions dont la traduction littérale change complètement le sens, et dont l’erreur de traduction constitue généralement une faute grave. En effet, un traducteur se doit d’effectuer des recherches et d’assurer l’entière qualité de sa traduction. Prenons l’exemple de l’expression « to be as thick as a brick » : elle ne doit jamais être traduite littéralement « être aussi épais qu’une brique » ! L’expression, au sens figuré en langue source, est utilisée pour constater la bêtise ou la simplicité d’esprit d’une personne. Une bonne traduction française serait « être bête comme ses pieds ».

Les expressions « impossibles »

Si jusque-là vous pensiez que traduire des expressions idiomatiques était assez compliqué, attendez de découvrir celles-ci. Pour ces expressions, que l’on rencontre tout de même assez régulièrement, il n’existe littéralement aucun équivalent pour transmettre le sens. Le traducteur doit donc s’adapter et pourquoi pas utiliser une glose (une annotation visant à expliciter une partie d’un texte, ou un terme en particulier) pour transmettre le plus fidèlement possible l’idée source. Par exemple, « c’est abusé » n’a pas d’équivalent direct en anglais. On peut cependant le traduire « that’s ridiculous », ou encore « what the hell », ou bien « come on ». L’idée est toujours de garantir une traduction la plus idiomatique possible, en utilisant au maximum les codes de la culture pour laquelle on traduit.

Comment s’améliorer et les distinguer ?

Tout d’abord, il n’y a que l’expérience et l’approfondissement de la connaissance d’une langue qui permettent de distinguer les expressions idiomatiques. Vous pouvez être aussi bon en grammaire, en conjugaison, ou en vocabulaire que vous le voulez sans pour autant connaître les expressions idiomatiques de cette langue : on ne les apprend jamais à l’école. A mon sens, le meilleur moyen d’apprendre et d’assimiler des expressions idiomatiques est de se plonger dans la culture du pays qui vous intéresse. Si vous avez l’occasion de vous rendre dans le pays, profitez-en, et discutez avec un maximum de natifs, vous apprendrez beaucoup d’expressions de ce genre de manière passive. Cependant, si vous n’avez pas la possibilité de voyager, et que vous n’avez aucun contact avec qui vous pouvez vous entrainer, vous pouvez tout aussi bien regarder vos films et vos séries en version originale : là aussi, vous entendez un paquet d’expressions ! Vous pouvez aussi choisir de lire vos livres en version originale.

Toutefois, et comme il est presque impossible de connaître toutes les expressions idiomatiques sur le bout des doigts, voici quelques astuces pour les repérer :

  • Observez la manière dont la phrase est construite : Quand vous ne connaissez pas une structure, analysez-là. Il est assez simple de repérer les expressions idiomatiques car elles se ressemblent toutes, et sont généralement très imagées.
  • Analysez le contexte : ces expressions étant très imagées, elles contrastent souvent avec le reste du texte que vous êtes en train de traduire. Leur traduction littérale doit d’ailleurs vous paraître étrange, surtout si vous ne l’avez jamais entendue.
  • Faites des recherches : au moindre doute, n’hésitez pas, et tapez au moins la structure sur internet ; dans la majeure partie des cas, vous trouverez qu’il s’agit d’une expression, et internet vous aidera à la comprendre pour que vous puissiez trouver la solution la plus adaptée. Et au pire, vous aurez perdu quoi, 10 secondes ?

Parfois, que ce soit pour des expressions idiomatiques ou même pour des mots, il arrive qu’il n’existe pas d’équivalent direct dans une autre langue (Tirkkonen-Condit), comme c’est le cas pour les expressions « impossibles » mentionnées ci-dessus. Dans ces cas-là, on parle d’items uniques. Ce concept d’item unique est extrêmement important en traduction, car même s’il peut venir poser problème lorsqu’il n’existe pas de correspondance dans votre langue cible pour un terme source, il peut également vous permettre d’améliorer la qualité de vos traductions en les rendant plus idiomatiques dans le cas contraire. Alors, lorsque vous pensez à une expression ou à un mot qui s’éloigne un peu de la traduction littérale, mais qui retransmet le même sens, n’hésitez pas à l’utiliser dans vos traductions, leur qualité et votre transparence n’en sera qu’amplifiée.

Bibliographie

Gambier, Yves, Miriam Shlesinger, et Radegundis Stolze. Doubts and Directions in Translation Studies: Selected Contributions from the EST Congress, Lisbon 2004. John Benjamins Publishing, 2007.

Hattouti, Jamila, Sandrine Gil, et Virginie Laval. « Le développement de la compréhension des expressions idiomatiques : une revue de littérature ». LAnnee psychologique Vol. 116, no 1 (2016): 105‑36.

 « Expressions françaises et leur traduction en anglais ». MosaLingua, 21 août 2019. http://www.mosalingua.com/blog/2019/08/21/expressions-francaises-et-traduction-en-anglais/.

 « Les 70 expressions idiomatiques à connaître en anglais ». Consulté le 12 mars 2021. https://www.ispeakspokespoken.com/expressions-idiomatiques-anglais/.

Tirkkonen-Condit, Sonja. « Translationese – A myth or an empirical fact?: A study into the linguistic identifiability of translated language ». Target 14 (31 décembre 2002): 207‑20. https://doi.org/10.1075/target.14.2.02tir.

 « Unique items — over- or under-represented in translated language? », 177‑84, 2004. https://doi.org/10.1075/btl.48.14tir.

« Idioms anglais à connaître pour parler de façon plus naturelle ! » MosaLingua, 28 janvier 2015. http://www.mosalingua.com/blog/2015/01/28/20-idioms-anglais-a-connaitre/.

Kenny, Dorothy, et Mali Satthachai. « Explicitation, Unique Items and the Translation of English Passives in Thai Legal Texts ». Meta : Journal Des Traducteurs / Meta: Translators’ Journal 63, no 3 (2018): 604‑26. https://doi.org/10.7202/1060165ar.

Le coréen : impossible à traduire ?

Par Marine Auguste, étudiante M1 TSM

Le coréen : une langue empreinte de la culture, de l’histoire et des traditions coréennes, une langue en plein essor en France. La traduction du coréen vers le français commence à se développer, c’est pour cela qu’aujourd’hui je voulais aborder une question qui me semble importante : est-il vraiment possible de traduire dans son intégralité une langue tant influencée par la culture d’un pays vers une langue dont la culture est aux antipodes de celle-ci ?

Statue du Grand Roi Sejeong. Il est à l’origine de la création de l’alphabet coréen, le 한글 (« hangŭl »).

Origines de ces interrogations

En 2020, alors que je visionnais le film #Jesuislà, une question m’a traversé l’esprit : « Et si le coréen était impossible à traduire dans son intégralité ? » Loin de moi l’idée d’abandonner la tâche qui m’incombe, mais il me semble intéressant de soulever cette question alors que la demande en traduction du coréen vers le français se développe. La culture coréenne est à l’opposé de la culture française et le coréen, en tant que langue, reflète cette culture, ainsi que des traditions ou des concepts historiques qui nous sont étrangers en France. À de nombreuses reprises je me suis trouvée face à des concepts culturels coréens tels que le 눈치 (« nunch’i ») ou le 한 (« han ») et je me suis toujours demandé comment faire pour traduire ces termes si je venais à les rencontrer dans un texte.

Mais revenons un instant au film #Jesuislà et donc à l’origine de mon questionnement. Il s’agit d’un film franco-belge qui se déroule principalement en Corée du Sud. Nous y suivons la rencontre peu ordinaire d’un Français et d’une Coréenne. L’histoire est centrée sur le concept du 눈치 (« nunch’i »), un concept purement coréen qui se fonde sur les non-dits. En visionnant ce film, je me suis demandé si la traduction de la culture coréenne, si différente des cultures belge et française, aurait pu aider les deux protagonistes à se comprendre. J’y ai longtemps réfléchi, et cet article me permet d’avancer dans cette réflexion car je n’ai toujours pas trouvé la réponse.

De manière générale, comment faire pour traduire ces concepts ? Pour y répondre, je vais m’intéresser à différentes techniques de traduction : l’équivalence, la glose et l’explicitation, ainsi que l’absence de traduction. Mais pour vous donner un bref aperçu, la réponse est aussi simple qu’elle est complexe : cela dépend. En effet, face à ces concepts traditionnels s’ajoute le concept fondamental de la traduction : le concept du « ça dépend ».

Présentation de quelques concepts

Avant de discuter des techniques de traduction qui peuvent être mises en place, il me semble fondamental de vous expliquer la signification des quelques concepts que je vais mentionner dans la suite de ce billet. En effet, avant de chercher à traduire quoi que ce soit (quelles que soient les langues, les domaines, etc.), il faut comprendre ce que l’on est en train de lire afin d’être en mesure de le traduire de la meilleure façon possible. J’ai choisi de vous présenter aujourd’hui quatre des concepts coréens les plus importants.

눈치 (« nunch’i »)

J’ai déjà commencé à vous expliquer ce qu’est le 눈치 (« nunch’i ») dans mon introduction, mais laissez-moi le faire ici plus en détail. L’institut national de la langue coréenne donne la définition suivante : « Capacité de connaître et de comprendre la pensée ou la situation de son interlocuteur bien que ce dernier n’en parle pas. » En France, il est courant de parler de ses sentiments, ses problèmes, ses difficultés, etc. Mais en Corée cela se fait très peu, il faut malgré tout être en mesure de comprendre la situation de son interlocuteur afin d’éviter toute maladresse. Parfois même, ils vous diront ou feront l’inverse de ce qu’ils pensent et le 눈치 (« nunch’i ») consiste donc à comprendre ce qu’ils attendent réellement. C’est un concept que l’on retrouve souvent dans les contenus coréens, comme par exemple dans le film #Jesuislà que j’ai mentionné plus tôt, mais qui est très compliqué à comprendre, voire à accepter, pour des étrangers.

한 (« han »)

En ce qui concerne le 한 (« han »), l’institut national de la langue coréenne le définit ainsi : « Cœur peiné et mécontent à cause d’une chose injuste ou dépitante. » Le 한 (« han ») correspond à une émotion compliquée qui survient suite à l’accumulation de sentiments négatifs tels que la colère, la rancœur, le chagrin, la haine ou le ressentiment. C’est une sorte d’amertume, de souffrance et de fatalité négative qui s’abat très fort sur les Coréens et qui ne peut, bien souvent, pas être guéri. J’ai toujours associé le 한 (« han ») au spleen baudelairien bien que cela ne soit pas tout à fait la même chose. Le 한 (« han ») possède une dimension historique et peut ainsi être vu comme le mal-être du peuple coréen.

엄친아 (« ŏmch’ina »)

엄친아 (« ŏmch’ina ») est l’abréviation de 엄마의 친구 아들 (« ŏmmaŭi ch’ingu adŭl ») ce qui signifie littéralement « le fils de l’amie de maman ». Il existe aussi 엄친딸 (« ŏmch’inttal ») pour les filles, bien que cela soit moins souvent entendu. En Corée du Sud, la scolarité est à prendre très au sérieux. Le système éducatif est réputé pour être l’un des meilleurs, mais aussi l’un des plus durs et compétitifs. Il faut être le meilleur à l’école afin de pouvoir réussir dans la vie. C’est un concept très ancré dans la culture coréenne bien que les mœurs tendent à changer, mais ce n’est pas le sujet de ce billet. À l’origine, les mères coréennes se dédiaient corps et âme à l’éducation de leurs enfants afin que ceux-ci aient toutes les clés en main pour réussir sans n’avoir à se préoccuper de rien d’autre que leurs études. Même de nos jours elles ont souvent tendance à comparer la réussite de leurs enfants respectifs. Et bien souvent, elles vont rentrer à la maison et parler à leurs enfants du fils ou de la fille d’une autre mère qui a de meilleurs résultats qu’eux en leur donnant pour objectif de les surpasser. Les termes 엄친아 (« ŏmch’ina ») et 엄친딸 (« ŏmch’inttal ») font donc références à ces étudiants qui ont de très bons résultats académiques et qui seront souvent pris pour références par les parents d’autres étudiants afin de les pousser à se surpasser et à les battre.

밥을 먹었어요? (« pabŭl mŏgŏssŏyo? »)

Pour terminer, je voulais parler d’une question que vous entendrez très souvent en Corée, ou même dans les séries et films tournés dans la péninsule : 밥을 먹었어요? (« pabŭl mŏgŏssŏyo? ») Cela signifie littéralement « Avez-vous mangé du riz ? » En réalité, lorsque l’on se concentre sur le sens de cette expression, cela revient plutôt à demander si l’interlocuteur est en bonne santé. Derrière cette phrase à l’apparence si simple se cache toute une importance culturelle : l’importance du riz dans la culture coréenne. Si vous avez pu manger du riz aujourd’hui cela veut dire que vous avez assez d’argent pour vous en acheter et donc que, par extension, vous avez les moyens d’être en bonne santé.

La plupart de ces concepts n’ont pas d’équivalence directe en français et même lorsqu’une équivalence directe existe cela ne signifie pas qu’elle est correcte. Voyons donc dès à présent les différentes possibilités qui s’offrent à nous en matière de traduction.

Équivalence dans la culture cible

D’après Eugene Nida, il n’existe pas d’équivalence totale entre deux langues. En effet, même lorsqu’une équivalence directe existe, le terme utilisé en langue source ne produira pas nécessairement le même effet sur le lecteur cible que sur le lecteur source. Selon le linguiste, il est impossible de lier parfaitement équivalence formelle, dont le principe est de retransmettre le message le plus littéralement possible, et équivalence dynamique, dont le principe est de tenir un discours qui paraît naturel dans la langue cible. Nous pouvons ainsi nous demander, dans le cadre de la traduction de concepts culturels du coréen vers le français, s’il est judicieux d’utiliser le procédé d’équivalence. Et si tel est le cas, quelle équivalence faut-il utiliser ?

Regardons tout d’abord ce qu’il se passe avec la phrase 밥을 먹었어요? (« pabŭl mŏgŏssŏyo? »). Une traduction littérale, équivalence directe donc, existe : « Avez-vous mangé du riz ? » et la question obtenue veut dire quelque chose en français. En revanche, cette traduction serait de l’ordre de la traduction mot à mot. En effet, l’équivalence ne traduit pas le sens de la question et le lecteur français ne pourra donc pas comprendre la portée du message. Au contraire, si nous traduisons cette question par « Est-ce que vous allez bien ? », nous obtenons alors une équivalence dynamique qui fait sens en français. Le sens « caché » de la question coréenne est alors retransmis, le lecteur français comprend de quoi il s’agit mais l’aspect culturel coréen est malgré tout perdu. C’est en ce sens qu’il faut être très prudent lorsque l’on choisit d’utiliser l’équivalence. Cela peut être utile, mais dans certaines situations cela fait perdre tout un aspect culturel riche et parfois recherché.

En ce qui concerne le 한 (« han »), bien qu’il n’existe pas d’équivalence directe, ce concept s’apparente au spleen, concept relativement connu en France. Bien que les deux sentiments ne soient pas exactement les mêmes, le sens reste suffisamment proche pour pouvoir utiliser cette équivalence. Cela pourrait notamment faire partie d’un travail de localisation, afin d’inscrire réellement le terme traduit dans la culture française en se détachant de la culture source. Il s’agirait donc ici d’une équivalence dynamique et même d’un comportement cibliste car on ferme, en quelque sorte, les yeux sur la source.

Il n’existe ni traduction officielle, ni équivalence dans la culture française du concept du 눈치 (« nunch’i »). L’institut national de la langue coréenne propose comme traduction « sens », ou encore « intuition ». Prenons la phrase suivante : 눈치가 없다 (« nunch’iga ŏpta »). En utilisant ces propositions de traduction, cela donnerait « Vous n’avez aucun sens. » ce qui ne fait pas référence à la même chose en français, ou encore « Vous n’avez aucune intuition. » Cette dernière proposition pourrait fonctionner selon le contexte, bien que l’intuition et le 눈치 (« nunch’i ») ne représentent pas exactement le même concept. La traduction est faite, mais nous perdons alors toute référence à l’interlocuteur, à ses sentiments et sa situation, et il n’est alors plus fait mention de cette compréhension mutuelle implicite qu’exige le 눈치 (« nunch’i »).

La recherche d’équivalence, et notamment d’équivalence dynamique, est souvent critiquée dans la traduction de concepts culturels car elle tend à invisibiliser le texte source et ainsi la langue et la culture source, ce qui n’est pas toujours l’effet recherché. Cela dépendra du skopos de la traduction. Par exemple si l’objectif est de localiser le contenu ou d’impliquer pleinement le lecteur cible, l’utilisation d’une équivalence semble être la technique la plus adaptée. En revanche, s’il s’agit de montrer l’existence de cette culture cible, d’autres techniques seront plus appropriées.

Glose et explicitation

La glose permet de conserver le terme d’origine puis de l’expliciter entre parenthèses, dans la marge ou encore en note de bas de page. Puisque les équivalences directes n’existent pas, il pourrait sembler correct d’expliciter chaque concept. C’est d’ailleurs le procédé le plus fréquemment utilisé dans les livres coréens traduits en français. Cela pourrait donner par exemple :

  • 눈치가 없다. (« nunch’iga ŏpta. ») : Vous n’avez pas de nunch’i (capacité à comprendre les sentiments de son interlocuteur sans qu’il n’en parle).
  • 삼이 엄친아다. (« sami ŏmch’inada. ») : Sam est un ŏmch’ina (étudiant qui a de très bons résultats avec lequel une mère coréenne compare ses propres enfants).
  • 한이 맺히다. (« hani maechida. ») : Le han (sorte de ressentiment et de fatalité négative qui s’abat sur les coréens) se développe.

Cela représente en effet une solution parmi d’autres. En revanche, dans certaines situations cela risque de paraître étrange en français :

  • 밥을 먹었어요? (« pabŭl mŏgŏssŏyo? ») : Avez-vous mangé du riz ? (En Corée il est typique de demander à son interlocuteur s’il a mangé du riz pour savoir s’il est en bonne santé.)

Dans ce cas, certes le terme est explicité et le lecteur comprendra de quoi il s’agit, mais cela risque de le rendre confus puisque la question est peu usuelle d’un point de vue français. De plus, il ne semble pas possible de laisser la phrase dans son intégralité en coréen alors que le cotexte serait lui traduit. En revanche, remplacer la question par « Est-ce que vous allez bien ? », comme mentionné dans la partie sur l’équivalence, et faire un appel de note pour donner plus d’informations sur les pratiques coréennes traditionnelles, bien que celles-ci ne soient pas retranscrites dans la traduction, peut constituer une autre solution. Cet exemple nous montre qu’il est tout à fait possible de conjuguer les différentes techniques de traduction afin d’obtenir le rendu souhaité.

Bien que la glose soit courante dans la traduction du coréen vers le français, celle-ci est aussi particulièrement critiquée, et il me semblait important d’en parler. Une critique qui revient souvent serait que l’explicitation (qu’elle soit au milieu du texte ou en note de bas de page) sort le lecteur de son expérience littéraire, ce qui n’est pas l’effet recherché par une traduction. Marianne Lederer va même jusqu’à parler des « explicitations superflues », celles qui, selon elle, n’apportent rien de plus au texte et ne font que distraire le lecteur. C’est en effet quelque chose auquel il faut faire attention lorsque l’on choisit de faire une glose dans un texte, car parfois ce n’est pas nécessaire pour la compréhension. Cela dépend bien entendu du contexte, mais aussi des demandes des clients et du public qui est visé par la traduction. De plus, pour qu’une explicitation soit efficace, il faut qu’elle soit la plus courte possible, qu’elle ne fasse pas plusieurs lignes, ce qui découragerait alors le lecteur. Mais réduire l’explicitation est parfois bien compliqué. Par exemple, pour les concepts que j’ai traduits plus haut, j’ai été obligée de faire un choix et de ne pas expliquer le concept dans son intégralité, tout en restant compréhensible, afin que l’explicitation ne soit pas trop longue.

Absence de traduction

Une solution pour pallier ces problèmes est de ne pas toucher au concept : ne pas le traduire et ne pas l’expliciter. Ce choix a été fait dans diverses traductions pour trois raisons différentes. Premièrement, il arrive que le terme ait été expliqué plus tôt dans l’ouvrage et il est donc inutile de l’expliquer ou de le traduire lors des occurrences suivantes. Deuxièmement, il arrive que le client demande expressément que ces concepts soient laissés tels quels. Et, dernièrement, ce choix est lié au contexte et au public cible : si nous traduisons un livre d’histoire à destination d’un public spécialisé dans la culture coréenne, il n’est pas utile de traduire ou d’expliciter ces concepts car les spécialistes sont censés les connaître. De même, certains auteurs font le choix de laisser le terme tel quel car le contexte aide à comprendre grossièrement de quoi il s’agit et, si le lecteur est curieux de connaître la signification exacte, il pourra aller faire des recherches de son côté.

Conclusion

Pour conclure, cela dépend. Chacune de ces techniques est correcte, il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de traduire ces concepts. Il faut réussir à trouver la méthode la plus adaptée au public cible et au contexte, celle qui semble alors la plus juste. La traduction ressemble fortement à la musique : il faut l’écouter attentivement pour vérifier que chaque note sonne juste et que le tout soit harmonieux avant de l’offrir au monde. Et tout comme une musique qui peut être interprétée de bien des façons, la traduction unique et correcte d’un mot, segment ou texte n’existe pas. Différentes possibilités s’offrent aux traducteurs et il faut savoir les mettre en œuvre dans le contexte qui leur convient le mieux afin de pouvoir les mettre en valeur mais aussi afin de les faire s’aligner avec le reste du texte.

Je n’ai donc pas de réponse précise à vous fournir car la réponse juste n’existe pas en traduction. Il faut savoir réfléchir, cerner le texte source et le public cible et savoir s’adapter au skopos afin de produire une traduction qui corresponde aux attentes et aux exigences du client mais aussi du lectorat cible.

J’espère que cette lecture vous aura intéressés et vous aura permis d’entrevoir les difficultés rencontrées lors de la traduction de concepts culturels, que ce soit du coréen vers le français ou d’une autre langue source vers une langue cible culturellement opposée.

Bibliographie

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Courrier international. 2018. [Archive] Les mots des autres – Nunch’i, nos désirs anticipés… et silencieux. https://www.youtube.com/watch?v=xc5euInKgZM. [visionnée le 07/03/2021]

Grondin, Andreia. 2009. « La famille coréenne ». Keulmadang (blog). https://keulmadang.com/2009/07/19/archives/essais/la-famille-coreenne/. [consulté le 23/03/2021]

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Jung, Wunrei (Maya). 2019. « 5 mots coréens intraduisibles en français ». Le Coréen avec une Coréenne ! (blog). https://apprendrelecoreen.fr/5-mots-coreens-intraduisibles/. [consulté le 07/03/82021]

Lartigau, Eric. 2020. #JeSuisLà. Comédie, Romance. [visionné le 11/02/2020]

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Yoo, Irene. 2019. « The Surprisingly Little-Known History of White Rice in Korea ». Food52. https://food52.com/blog/23925-history-of-white-rice-in-korea. [consulté le 07/03/2021]

Traduction vs Interprétation !

Par Anna MAN, étudiante M1 TSM

« Ah tu fais de la traduction ? Comment tu traduirais … ? », « traducteur = bilingue, voire trilingue, voire… », « traducteur = interprète à l’ONU ». Alors non ! Bien que la traduction et l’interprétation soient intimement liées, ce sont deux métiers à part entière. En effet, ils visent tous deux à transposer un message, un texte, un document d’une langue source vers une langue cible. Cependant, traduire n’est pas interpréter et interpréter n’est pas traduire.

Avant toutes choses, commençons par poser les bases. La traduction s’effectue de manière écrite, tandis que l’interprétation se fait à l’oral. Demander à un traducteur de vous traduire en direct une phrase ou un document à l’oral sans lui laisser de contexte ni même le temps d’y réfléchir est tout bonnement inenvisageable. Dire qu’un traducteur est forcément bilingue, trilingue voire plus, n’est pas vrai non plus. Le traducteur travaille principalement à l’écrit et vers sa langue maternelle, dans notre cas, le français en l’occurrence. Un très bon traducteur n’est pas forcément bon orateur.

Voici quelques points fondamentaux à savoir sur ces deux métiers.

Le Délai

Qu’entendons-nous par délai ? Eh bien, c’est le temps accordé pour livrer une prestation au client. Dans le cas de la traduction, les traducteurs disposent de bien plus de temps pour exploiter les ressources technologiques et documents de référence en vue de produire des traductions d’excellente qualité. Les interprètes doivent, quant à eux, fournir une prestation en temps réel que ce soit en personne, par téléphone ou par visioconférence.

La Recherche Documentaire

Pour l’interprète, la recherche documentaire se fait en amont, il doit rassembler le maximum d’informations concernant les personnes avec qui il rencontrera et parlera, les contextes et situations qui se présenteront à lui, mais également la terminologie utilisée afin d’offrir la prestation la plus optimale. Le traducteur, quant à lui, peut consacrer tout le temps qu’il estime nécessaire pour ses recherches (dans la limite du raisonnable et du délai prévu). Dans les deux cas, le client peut fournir ou non des documents de références (glossaires, mémoire de traduction, etc.)

La précision

Le niveau de précision est très exigeant en traduction, mais l’est un peu moins en interprétation. Tous deux visent la perfection même si elle est difficilement atteignable. Le traducteur dispose de plus de temps pour la relecture et la correction de son texte pour s’assurer une précision optimale. Quant à l’interprète, son travail demande une recherche physique et mentale instantanée, il se peut qu’il soit amené à périphraser (ex : le roi-soleil pour Louis XIV, le septième art pour le cinéma, etc.), changer la tournure des phrases, ce qui peut donc diminuer la précision. En d’autres termes, le traducteur tape sur son clavier derrière un ordinateur et retranscrit le message ; sa traduction est fluide, compréhensible, ne doit pas sentir la traduction, elle doit être conforme aux consignes et exigences du client. Tandis que l’interprète écoute puis retranscrit le message ; son écoute est neutre (sans porter de jugement à ce qui est dit), bienveillante (il écoute tout ce qui est dit) et active (analyse de ce qu’il entend, compréhension du sens en utilisant toutes ses connaissances).

La Formation

Pour l’interprétation, il ne s’agit pas seulement de suivre une formation linguistique. Cette dernière doit se faire et être acquise en amont. L’interprétariat est un métier qui s’expertise en communication en plus de l’enrichissement linguistique. Écoute et restitution du sens de discours simples au début puis de plus en plus compliqués. Il suffit d’un cerveau et des oreilles pour interpréter. La langue maternelle est donc capitale pour faire passer le sens du message et non des mots bien que l’interprète ait besoin des mots pour le dire.

L’importance de la langue maternelle

Contrairement à l’interprète qui doit à la fois maîtriser à la perfection les langues cible et source (que ce soit sa langue maternelle ou non) mais aussi être capable de traduire instantanément dans les deux sens, le traducteur travaille généralement dans une seule langue, c’est-à-dire depuis une langue étrangère vers sa propre langue maternelle. L’importance de la langue maternelle réside dans le style rédactionnel, il doit être compréhensible, clair et fluide. Le texte traduit ne doit pas sentir la traduction.

Les voyages d’affaires

En effet, l’interprète peut être amené à offrir ses services lors de réunions, conférences, témoignages dans un tribunal ou même au cours d’entrevues entre chefs d’État et ce, dans d’autres pays. Il doit donc garantir sa disponibilité envers ses clients. Ainsi, cela lui offre l’opportunité de voyager, de visiter d’autres pays, de découvrir d’autres cultures et de goûter à la cuisine locale par la même occasion. Le traducteur, quant à lui, pratique son métier à domicile, il se peut que pour un projet de traduction par exemple, il soit amené se rendre sur place pour voir un produit ou le fonctionnement d’une machine dans le but de s’imprégner de l’atmosphère ou de la terminologie mais cela reste rare. Le métier de traducteur est davantage un métier sédentaire et casanier.

En conclusion, les métiers d’interprète et de traducteur sont très proches mais restent bien distincts. Malgré un service similaire que ce soit à l’écrit ou à l’oral, la performance reste très différente. De ce fait, voici les qualités à acquérir pour être traducteur et/ou interprète.

Qualités d’un traducteur

  • Curiosité
  • Organisation
  • Rigueur
  • Humilité
  • Maitrise des langues de travail ainsi que des outils informatiques (CAT Tools)
  • Souci du client

Qualités d’un Interprète

  • Ponctualité
  • Excellente mémoire
  • Bonne concentration
  • Bonne intuition
  • Connaissance approfondie des langues et de leur culture
  • Outils à sa disposition (ordinateur, bloc-notes…)

Sources :

Petrica.BARAGAN. « Trois Ou Quatre Choses Que Vous Ne Saviez Peut Être Pas Sur l’interprétation ». Text. Speech Repository – European Commission, 21 août 2014. https://webgate.ec.europa.eu/sr/speech/trois-ou-quatre-choses-que-vous-ne-saviez-peut-%C3%AAtre-pas-sur-linterpr%C3%A9tation

Driesen, Christiane J. « L’interprétation juridique : surmonter une apparente complexité ». Revue francaise de linguistique appliquee Vol. XXI, no 1 (1 juin 2016): 91‑110.

Gile, Daniel. La traduction. La comprendre, l’apprendre. Presses Universitaires de France, 2005. https://doi.org/10.3917/puf.gile.2005.01.

GUILLEMIN-FLESCHER, Jacqueline. « TRADUCTION ». Encyclopædia Universalis. Consulté le 16 février 2021. http://www.universalis-edu.com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/encyclopedie/traduction/.

Lionbridge. « 5 différences clés entre interprétation et traduction ». Consulté le 13 février 2021. https://www.lionbridge.com/fr/blog/translation-localization/5-major-differences-interpretation-translation/

Oustinoff, Michaël. « Traduction et interprétation ». Que sais-je? 5e éd. (29 mai 2015): 87‑104.

Ticca, Anna Claudia, et Véronique Traverso. « Interprétation, traduction orale et formes de médiation dans les situations sociales Introduction ». Langage et societe N° 153, no 3 (7 août 2015): 7‑30.

« Traducteur – interprète : connaissez-vous la différence ? » Consulté le 13 février 2021. https://www.global-translations.ch/fr/interpretation/difference-interprete-traducteur.

Portrait de Sarah Van der Vorst : une femme d’affaires à la triple casquette !

Par Marie Fiquet, étudiante M2 TSM

Bien souvent, nous retrouvons des portraits et des points de vue de traducteurs ou encore de gestionnaires de projets, mais qu’en est-il des fondateurs d’agence ? J’ai interviewé pour vous Sarah Van der Vorst, à la fois professeure de Traduction Automatique pour le Master TSM à l’Université de Lille, fondatrice de TransFigure8 et Operation Manager pour TWIS LTD. Une femme aux multiples casquettes.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs notamment ton parcours scolaire puis professionnel ?

« À la base, je n’étais pas censée étudier les langues, j’ai fait l’équivalent en Belgique d’un baccalauréat scientifique. J’ai ensuite fait mon post-bac à l’ISTI (école de traduction et d’interprétation à Bruxelles) en anglais et italien. À l’époque, le cursus était de 4 ans et non de 5 ans, comme aujourd’hui. Je me suis lancée dans la spécialisation qui s’appelait « Industrie de la langue », l’équivalent du Master TSM. Je me destinais à une carrière de traductrice, jusqu’au jour où j’ai croisé la route de Nancy Matis[1] qui était ma professeure en TAO et en Localisation gestion de projets. Arrivée en DESS, j’avais déjà en tête ce projet d’ouvrir une agence et de me diriger vers ce marché. Dans le cadre de mes études, j’ai effectué un stage à mi-temps de deux mois chez Nancy Matis et chez Valérie Étienne[2]. Selon moi, j’ai eu les meilleures mentors qu’on puisse avoir. Un stage de deux mois était pour moi bien trop court, ce qui a été très frustrant. J’ai terminé assez rapidement mon DESS en passant mes examens, toutefois sans rendre mon travail de fin d’études, car je m’étais engagée chez LionBridge anciennement Bowne Global Solution, et je n’ai pas eu le temps de terminer mon année de manière effective parce que j’étais très impatiente d’entrer dans le monde du travail. Je suis restée environ 8 semaines chez eux, bien que cela se soit avéré être une expérience très formatrice, je suis rendu compte qu’être employée n’était pas fait pour moi et que le format ne me correspondait pas.

Je me suis installée en tant qu’indépendante en octobre 2005, et j’ai beaucoup traduit notamment dans le domaine technique allant de la traduction d’un cahier des charges pour la construction d’une usine de vaccin en Algérie, à des traductions techniques pour la SNCB traitants de petites pièces, de rails jusqu’à de l’ingénierie civile. Je n’étais pas du tout une traductrice marketing. Puis, j’ai commencé la gestion de projets et la mise en page trois ou quatre mois après, et j’ai complètement mordu à l’hameçon.

Au fur et à mesure du temps, je n’ai fait que de la gestion de projets. Mon ancien partenaire et moi avons créé l’agence en 2011.

En 2013 ou 2014, j’ai commencé à enseigner à l’Université de Lille dans le cours de Traduction Automatique pour le Master TSM et je me suis rendu compte que j’adorais transmettre mon savoir. Cependant, je n’étais pas « rassasiée » avec ces cours donc j’ai décidé de prendre des élèves en stage pour continuer à transmettre ce que j’avais appris. C’est dans l’enseignement que je m’épanouis le plus. J’ai beaucoup reçu de mes mentors, cette continuité, elle est là, on m’a beaucoup transmis, je transmets aussi. »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde de la traduction ?

« À la base, je voulais faire un master en chimie/physique, mais mon papa m’a dit : « Il est hors de question que tu fasses ce que j’ai fait » (rires). Au-delà de cela, au lycée, j’ai eu une professeure d’anglais extraordinaire qui n’enseignait pas comme les autres. Ses méthodes font d’ailleurs partie de ma manière d’enseigner, je pioche chez les personnes qui m’ont appris et c’est parti de cette personne-là. Elle avait un côté très linguiste et pas seulement professeure. Je pense que c’est ça qui a fait que je me suis dirigée vers les langues, j’avais plusieurs choix qui s’offraient à moi et j’ai choisi celui où on m’avait le plus inspiré. »

Que préfères-tu dans ton métier ?

« Former les gens. Et un aspect du métier qui est totalement fortement négligé à l’heure actuelle, c’est le contact client. C’est les deux pans du métier, les plus agréables pour moi. »

Présente-nous ton agence. Comment fonctionne-t-elle ? Quel est ton business plan ?

« Mon agence, il ne faut pas la voir comme telle, ce que j’ai créé, c’est un réseau. Il y a le réseau que j’avais d’avant, celui qu’on a créé en prenant contact avec d’autres personnes et le réseau qui vient du master TSM. Il faut le voir comme une immense toile d’araignée avec la core team composée de Baptiste, Oriane, Angel, Chloé, Nicolas, Marine, Quentin, Célia, Céline, Marie (anciens TSM) et moi au milieu, mais je ne me mets pas totalement au centre. Il est vrai que je tire certaines ficelles, puisqu’on a besoin d’une personne qui « dirige » et qui a une vue d’ensemble de tout ce qu’il se passe. Cependant, même ceux qui entrent sur le réseau et qui sont au bout de la toile, si ça vibre au milieu, ils le sentent aussi.

J’ai monté un partenariat avec Jonathan Denys (fondateur et general manager de TWIS LDT), qui a fait ses études avec moi. Ensemble, nous avons monté ce réseau. TWIS (chez qui je suis operation manager également) et Transfigure8 sont deux sociétés qui fonctionnent en partenariat très étroit, la différence entre nos deux sociétés est faible même si chacun a ses propres clients.

L’idée, c’était d’être certaine que dans ce réseau, personne ne manquerait de travail, c’est ça mon business plan à moi, c’est avoir un réseau étendu où tout le monde est épanoui, fait ce qui lui plaît et est en mesure de se développer dans ce qu’il aime. Je ne suis basée que sur l’humain, alors la société et donc le réseau évoluent en fonction des personnes qui le composent. Au départ, je n’ai jamais rien chiffré car je n’ai pas été formée comme cela, mes mentors étaient fortement ancrées dans l’humain et ça fait totalement partie de ma personnalité. Le but est que chacun prenne la charge de travail dont il a envie / besoin. Par exemple, j’ai des traductrices qui n’ont pas besoin de travailler 50 ou 60 heures par semaine et qui travaillent 15 heures par semaine parce qu’elles sont en pause-carrière, elles ont des enfants ou autres. J’en ai d’autres qui doivent travailler 80 heures par semaine, car elles en ont besoin. Nous avons des profils très différents. Par exemple, lors de la crise de la Covid-19, nous avons récupéré différents traducteurs qui n’avaient plus de travail pendant le confinement et maintenant, nous travaillons toujours avec eux. C’est cette idée-là de l’humain que j’ai et je n’en ai aucune autre notion, car sinon on ne gère que des fichiers et des mots et ça, ça ne m’intéresse pas. Mon rôle c’est de gérer le côté client, de développer suffisamment pour que tout le réseau ait du travail. Si quelqu’un entre dans le réseau et est passionné par la cosmétique alors on va essayer d’avoir des projets en cosmétique. On a développé le réseau comme cela. »

Dans quoi est spécialisé ton réseau ? Que proposez-vous comme services ?

« Il y a différents piliers, en tant que TransFigure8, je propose de la gestion de portefeuilles clients, des agences de traduction me confient leur portefeuille et nous les gérons. D’un autre côté, nous avons des équipes de traduction en place donc si on nous confie des portefeuilles de client, on monte cela et on fait grossir les comptes, etc. On traduit principalement de l’anglais vers le français et français canadien. Après, il y a le côté avec les clients directs et là, on traduira plus vers le néerlandais et vers l’anglais. Mais si un client a besoin d’une autre langue, on peut l’avoir, mais ça n’est pas la base de notre business. La société propose également de la mise en page, du créatif si besoin. En raison de l’étendue de notre réseau, il y a des choses que nous savons faire puisqu’on fait appel aux bonnes personnes.

À quel point la traduction automatique est-elle intégrée dans ton réseau ? Quelle moyenne pour les projets ?

« Ça ne fait qu’augmenter, la traduction machine fait partie intégrante de la vie du traducteur, c’est comme les CAT tools. Tout dépend, si tu fais de la haute couture et du sur mesure, les clients dans le domaine du luxe, du haut de gamme ne veulent pas forcément en entendre parler et il n’est pas question de l’utiliser. Pour le reste, on est à 90 % des projets où on parle de traduction machine, mais ce n’est pas pour cela qu’on l’appliquera nécessairement. C’est à la personne en charge, de faire un travail d’analyse et de savoir si oui, non ou peut-être il est envisageable de l’utiliser. C’est un métier à part entière, il faut que les gens s’y mettent, car ils n’ont plus le choix.

En tant que jeune femme dans une société fortement dominée par les hommes, n’as-tu pas eu des craintes quant à la création de ta société, de ton réseau ?

« Quand tu as les mentors que j’ai eues, tu n’as pas de craintes concernant ce genre de choses. J’ai eu cette grande chance de croiser leur route et j’ai longtemps été chapeautée. J’avais une sécurité de travail en tant qu’indépendante grâce à ce qu’on me donnait chez les clients que j’avais décrochés, et grâce à Nancy Matis et Valérie Étienne qui faisaient, elles aussi, partie de mes clientes. Elles m’ont laissé développer ce que j’avais envie de développer à côté. Ce réseau s’est développé très naturellement. Une fois que tu as le savoir, à chaque fois qu’il y a de nouvelles demandes, tu lances tes campagnes de recrutement et tout va assez vite. 

Si tu n’as pas peur, ça se passe plutôt bien. »

Quelles principales difficultés as-tu rencontrées lors de ta carrière ?

« Le plus dur est de faire la part des choses entre sa vie professionnelle et personnelle, car on ne compte pas forcément les heures de travail ».

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’une agence ou d’un réseau ? Quelle est la clé de la réussite selon toi ?

« Comme je vous le dis souvent en cours, il faut avoir du culot, et en France plus qu’ailleurs, car j’ai appris à connaître ce pays, il faut de la persévérance et je pense que le reste vient avec la maturité. Si on est jeune et qu’on a du culot et de la persévérance, il est possible d’aller très loin. »

Tu es à la fois à la tête de ta société, tu es Operation manager chez TWIS et enfin tu enseignes des cours de traduction automatique pour le master TSM à l’Université de Lille, n’est-il pas difficile de jongler entre tout cela ?

« Pour moi, TWIS et TF8 c’est le même métier, je n’ai pas besoin de jongler. Enseigner, c’est mon hobby, donc je m’y plais beaucoup. Mais jongler ça s’apprend, et oui, en toute honnêteté, il y a des moments où on est dépassé, mais d’une manière générale, c’est un peu le « woman power » qui prend le dessus et le tempérament que tu as. »

Pourrais-tu me décrire une journée type dans ta vie ?

« Dans ma famille, nous nous levons assez tôt, entre 6h et 7h, week-ends inclus car mon mari est agriculteur. Dès 9h, j’ai déjà traité quelques mails et géré quelques situations. Une fois les enfants déposées, je commence à travailler. J’ai quelques projets où je fais encore de la gestion de projets, mais sinon, je gère mes équipes, mes PMs, je regarde ce qu’il se passe et je traite les situations par priorité. Ici, à midi, tout le monde s’arrête, de midi à 14h, il n’y a pas d’écrans. Ce temps est réservé à la famille et à mon couple, c’est un temps pour se poser et discuter. Ensuite, je me remets au travail un peu avant 14h, et cela jusqu’à 18h en général, mais bien évidemment quand il faut se reconnecter le soir après le coucher des enfants, je me reconnecte au besoin. »

D’autres projets pour l’avenir ?

« J’en ai eu beaucoup, mais à l’heure actuelle, je m’éclate énormément dans ce que je fais.

Mais dans le métier, j’ai des projets de développement, j’ai envie de développer le réseau différemment, et de prendre peut-être des directions un peu différentes. On verra comment ça se passe et on s’adaptera à la situation mondiale, à l’actualité, la demande du marché, c’est délicat de prédire dans quel sens ça va aller. Je ne partirai pas dans quelque chose de totalement différent de mon métier actuel, j’aime trop ce que je fais pour faire autre chose. »

Transcription d’une entrevue.
Un grand merci à Sarah Van der Vorst d’avoir pris le temps de répondre à mes différentes questions.


[1] Professeure de gestion de projet à KU Leuven, à l’ULB et pour le master TSM à l’Université de Lille. Elle possède également sa société de localisation « Nancy Matis SPRL ». Auteure de différents articles traitants de la gestion de projet et d’un livre intitulé : « How to manage your translation projects »

[2] Professeure de localisation pour le Master TSM à l’Université de Lille et directrice de Sanloo SPRL.

Rencontre avec Orane Desnos : traductrice pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant

Par Sarah De Azevedo, étudiante M2 TSM

Allier passion et traduction ? C’est possible !

Quelle spécialisation choisir ? C’est sûrement la question que l’on se pose toutes et tous en cette (presque) fin de master. Il peut être judicieux de se tourner vers des domaines auxquels on n’aurait jamais pensé, et se demander : qu’ai-je réellement envie de traduire, quels sont mes centres d’intérêt, même sans diplômes, ai-je assez de connaissances pour me spécialiser ? Après tout, nous avons tous des activités et hobbies différents, qui pourraient constituer de bonnes pistes quant à une future spécialisation. Ce sont en tout cas des réflexions à creuser pour être certain de s’épanouir dans son travail, surtout sur le long terme.

Pour montrer qu’il est possible de sortir des sentiers battus en alliant ses passions à son métier, j’avais envie de vous partager une interview avec une jeune traductrice indépendante, Orane Desnos, qui a récemment monté sa microentreprise de traduction, Tradistica.

Aussi créative qu’adorable, elle a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse maintenant en compagnie sa compagnie !

Bonjour Orane ! Comme les lecteurs et lectrices de ce blog ne te connaissent pas, pourrais-tu nous résumer un peu ton parcours ?

Bonjour Sarah !

Bien sûr 😊

J’ai tout d’abord un riche parcours musical. J’ai commencé la flûte traversière à sept ans et le piano deux ans plus tard. Dès mes 11 ans, j’ai quitté le nid familial dans mes Côtes-d’Armor natales pour intégrer, pendant quatre ans (c’est-à-dire tout mon collège) et en internat, une classe horaire aménagée musique en collaboration avec le conservatoire de Rennes. J’ai poursuivi ma scolarité en lycée général et j’ai obtenu mon bac S en 2010.

J’ai ensuite entamé une licence de LEA spécialisation traduction à l’Université de Rennes 2 en parallèle de mes études au conservatoire. En juin 2010, j’ai obtenu mon DEM (diplôme d’études musicales) de flûte traversière, puis j’ai passé ma 3e année de licence en ERASMUS à Barcelone.

Après une année consacrée à la musique, j’ai suivi le master Métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia (MTLC2M), toujours à l’Université de Rennes 2, qui m’a conduit à passer cinq mois à Montréal dans le cadre d’un stage dans l’audiovisuel, puis je suis sortie diplômée de cette formation en octobre 2016.

Par la suite, j’ai travaillé deux ans au sein d’une importante agence de traduction parisienne en tant que traductrice, relectrice et cheffe de projet. Je me suis ensuite lancée dans l’aventure de l’indépendance et de l’entrepreneuriat à l’été 2018, puis de Tradistica (services linguistiques pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant) en 2020.

Était-ce une évidence pour toi de traduire pour la musique et le spectacle vivant lorsque tu as commencé tes études en traduction ?

Au départ non, mais cette idée a bien vite germé et ne m’a plus quittée. Je voulais pouvoir mettre au service des professionnels de ces secteurs tant mon expérience musicale que mes compétences en traduction.

Comment s’est passé le lancement de Tradistica ? Comment as-tu envisagé la transition entre un emploi stable pour une importante société de traduction et le travail en tant que free-lance ?

Je savais dès mes années de master que je souhaitais devenir traductrice indépendante, mais je ne me voyais pas me lancer au sortir des études. C’est pourquoi j’ai travaillé deux ans au sein d’une agence dans le but d’acquérir l’expérience nécessaire pour pouvoir me lancer avec plus de sérénité. Et dès que l’occasion s’est présentée, c’est ce que j’ai fait ! J’ai eu la chance de continuer à collaborer avec l’agence dans laquelle j’étais employée, ce qui m’a tout de suite assuré du travail et une transition plutôt douce.

Aujourd’hui, comment partages-tu ton temps entre les agences de traduction et tes clients ? Penses-tu bientôt pouvoir ne travailler que pour des clients directs ?

Pour le moment, je consacre 2/3 de mon temps aux agences de traduction et le dernier tiers au développement de Tradistica. Travailler presque exclusivement pour des clients directs dans les secteurs de la musique et du spectacle est d’ailleurs un de mes grands objectifs de l’année 2021. Je souhaite également poursuivre les collaborations avec les agences sur des projets concernant mes domaines de spécialité.

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? Comment se passe le démarchage ? Les stratégies à adopter sont-elles spécifiques au milieu artistique ? Faut-il être plus créatif, et davantage mettre en avant sa personnalité et ses passions que pour un autre domaine ?

Pour trouver ses premiers clients, il n’y a pas de recette magique, il faut aller à leur rencontre. J’utilise donc beaucoup les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram) dans ma stratégie de démarchage, ainsi que mon site Internet qui me sert de vitrine. Selon moi, l’important est de semer progressivement des graines, ce qui permet de développer à moyen et long terme son portefeuille de clients. Toute relation, qu’elle soit professionnelle ou non, repose sur la confiance, et il est primordial de consacrer du temps à construire ce lien privilégié.

Faut-il être plus créatif ! Sûrement, mais surtout être authentique en mettant en avant sa personnalité, son expertise et les solutions que l’on propose. Après, libre à chacun de partager ce qu’il souhaite avec sa communauté. Je pense que le plus important c’est de rester soi-même et d’être en adéquation avec ses valeurs et sa manière de fonctionner.

Peux-tu nous donner des exemples de projets que tu reçois ?

Oui. J’ai réalisé récemment le sous-titrage de l’anglais vers le français d’une vidéo YouTube d’une flûtiste de renommée internationale dans laquelle elle prodiguait ses conseils pour apprendre plus facilement par cœur un morceau. Je traduis également régulièrement des communiqués de presse pour des lancements de produits, comme des micros-casques.

Fais-tu parfois appel à des collègues pour tes projets de traduction ?

Je collabore avec d’autres traducteurs dans mes paires de langues (anglais et espagnol vers le français) pour des projets de relecture, sinon je redirige généralement mes clients vers d’autres traducteurs indépendants spécialisés lorsqu’il s’agit d’une autre paire de langues. La relation unique qui s’établit entre un client direct et son/ses traducteur(s) indépendant(s) est pour moi capitale.

Utilises-tu souvent des outils de TAO ? Si oui, sont-ils différents en fonction du projet ?

Oui. J’utilise principalement SDL Trados Studio 2019 pour les projets de traduction et Subtitle Edit pour les projets de sous-titrage.

Tu utilises notamment Instagram et Pinterest pour promouvoir ton activité : pourquoi avoir choisi ces réseaux disons, assez peu usités je crois, par la plupart des professionnels ? Sont-ils plus adaptés à tes domaines de spécialité ? Arrives-tu à poster régulièrement sur tous tes réseaux sociaux ?

Instagram et Pinterest sont des réseaux sociaux très utilisés dans la sphère artistique, et c’est donc la raison pour laquelle je les utilise aussi. Mais à dire vrai, au fil des mois, je teste plusieurs stratégies, et je vois ce qui marche. Je m’inspire notamment de blogueuses et entrepreneures telles qu’Aline Bartoli de TheBBoost et Safia Gourari de MyTrendyLifestyle. C’est difficile de poster régulièrement et il faut être organisé. J’essaie donc de planifier, par exemple consacrer 1 h le lundi matin pour programmer mes publications Instagram de la semaine. C’est vraiment efficace !

D’ailleurs, tu n’hésites pas à poster des vidéos où tu joues de ton instrument de prédilection, des photos un peu plus « persos », mais toujours en rapport avec la musique ! Cela attire-t-il de nouveaux clients ? Est-ce que cela est venu naturellement, ou bien as-tu hésité avant de poster du contenu parfois un peu humoristique ? En tout cas, c’est très rafraîchissant !

J’ai bien sûr hésité de nombreuses fois avant de publier certains contenus, mais j’essaie de mettre sans cesse en application de nouvelles choses, toujours avec le même fil conducteur : la musique. Et je me rends compte que plus j’ose des choses différentes, moins faire dans la nouveauté me fait peur. Je sais que ce chemin sera composé d’erreurs et de réussites, et je l’accepte. C’est à la fois difficile et tellement gratifiant !

Que conseillerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans des domaines de traduction tournés vers la culture et l’art ? Est-ce plus difficile d’y trouver du travail ? Y a-t-il beaucoup d’agences avec lesquelles collaborer dans ces domaines avant d’avoir assez de clients directs ? Quelles sont les qualités à avoir pour se démarquer ?

Mon conseil se résumerait en un seul mot : tentez ! Il n’y a pas de recette miracle et c’est à chacun de trouver sa voie. En tout cas, moi je tente, et j’adore ça !

J’espère que cette lecture vous inspirera, motivera, encouragera à suivre vos envies et à vous lancer ! Encore merci à Orane Desnos d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez la retrouver sur son site Internet https://www.tradistica.com et sur ses différents réseaux sociaux :

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Portrait de Jenny Ollars : traductrice au Parlement européen

Par Mathilde Motte, étudiante M2 TSM

Peux-tu nous parler un peu de toi et de ton parcours, aussi bien universitaire que professionnel ?

Je m’appelle Jenny Ollars, j’ai 36 ans, je suis suédoise et je vis à l’étranger depuis 2007. J’ai vécu en Irlande, en France et au Luxembourg. En Suède, j’ai fait des études d’histoire contemporaine et de français. J’ai travaillé quelques années dans des domaines plutôt administratifs et linguistiques.

Je me suis intéressée à la traduction assez tôt. Ayant déjà fait des études de langues, je voulais trouver un domaine qui me permettrait d’exploiter ces connaissances linguistiques.

En 2012, j’ai eu l’occasion, lorsque j’habitais à Lyon, de postuler pour un stage au Parlement européen. À l’époque, je travaillais comme relectrice en anglais, j’ai donc pris un congé sans solde pour faire ce stage de 3 mois qui m’a beaucoup plu. Tout devenait plus concret, je me suis rendu compte que c’était une chose de bien connaître les langues mais c’en était une autre de savoir traduire et d’avoir une approche plus structurée.

J’ai donc quitté mon travail de relectrice, puis, par le hasard des choses, j’ai déménagé en Alsace, où j’ai postulé pour un Master de traduction à Strasbourg, mais la formation ne s’est pas ouverte, faute d’étudiants en suédois. Je me suis donc rabattue sur un Master de relations internationales et gestion de projets de l’Union européenne. J’ai toujours été un peu intéressée par tout ce qui était en rapport avec les institutions européennes. Cela m’a également permis de continuer mon apprentissage de l’allemand, et de commencer une autre langue : le polonais, seule autre langue européenne disponible.

Lorsque j’étais relectrice, j’avais déjà la possibilité de suivre des cours de langue. J’ai travaillé à Interpol pendant 3 ans et l’une des langues officielles était l’espagnol. Ainsi, j’ai pu cumuler les langues petit à petit.

Après ce Master, je me suis retrouvée à Lille, j’ai donc cherché du travail à Lille et à Bruxelles.
Pendant que je cherchais du travail, j’ai également postulé pour une formation à distance en traduction, à Linnéuniversitetet à Växjö. Mon but était de renforcer mes connaissances techniques avant de postuler dans des institutions européennes dans le domaine de la traduction. En parallèle de cette formation, j’ai travaillé au secrétariat de l’unité de traduction suédoise de la Commission européenne à Bruxelles pendant 4 mois, puis j’ai enseigné le suédois à l’Université de Lille pendant 1 an. C’était vraiment pas mal car je pouvais finir ma formation de traduction à distance en parallèle.

Après cela, j’ai fait de la traduction en freelance pendant 6 mois, la plupart du temps pour des agences, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de me constituer un vrai réseau.

Pendant cette période, j’ai tenté quelques concours de l’Union européenne. J’ai réussi un concours pour être contractuelle, ce que l’on appelle aujourd’hui « CAST Permanent », soit la procédure de sélection d’agents contractuels. J’étais donc sur une sorte de liste à partir de laquelle on pouvait être recruté. Après avoir fini mes formations, j’ai contacté tou·te·s les chef·fe·s des unités suédoises dans les institutions européennes. Un chef d’unité du Parlement m’a recontactée un mois plus tard pour me proposer un poste de contractuelle. Après de nombreuses étapes, j’ai pu commencer à travailler quatre mois plus tard.

Voilà maintenant 2 ans et demi que je travaille au sein de la Direction générale de la traduction. Depuis cet été, je suis dans une unité appelée « Citizens’ language » (Langage des citoyens) dont le but est de s’adresser plus particulièrement aux citoyens européens. L’idée est de séparer les textes législatifs du contenu plus créatif et destiné à la communication. Les textes sont ainsi plus faciles à lire et à comprendre pour un citoyen lambda.

Si je comprends bien, cela s’inscrit dans cette volonté qu’a le Parlement européen de rendre les informations plus accessibles pour les citoyens européens ?

Le Parlement européen est l’institution européenne qui représente les citoyens. Si les citoyens ne comprennent pas ce qu’il s’y passe, il y a manifestement un problème. C’est donc effectivement l’idée de ces nouvelles unités.

À titre d’exemple, cette année, les services du Parlement européen sont chargés de sous-titrer les films nommés pour le prix Lux (lumière en latin) discerné tous les ans, c’est un projet pilote.
On sous-titre donc les trois films qui seront ensuite diffusés dans les « Europa cinemas », réseau de cinémas d’art et essai en Europe.

C’est donc un projet totalement différent de ce que tu fais habituellement ?

C’est effectivement une approche et une logique totalement différentes. D’habitude, pour les textes du Parlement, on traduit tout. Mais lorsque l’on fait du sous-titrage, il faut comprimer un maximum. On a forcément eu besoin d’une formation pour ce type de projet, avec des formateurs internes et externes au Parlement européen, mais aussi des formations pour chaque langue.
La préparation a donc été assez conséquente et on a vraiment hâte de voir le résultat de tous ces efforts.

Utilisez-vous une langue pivot pour un projet d’une telle envergure ?

Étant donné qu’il y a 23 traductions à produire pour que le film soit accessible dans toutes les langues européennes et que toutes les combinaisons linguistiques ne sont pas disponibles, un modèle a été préparé en anglais. On a donc accès au scénario dans la langue source mais aussi à une traduction anglaise très fidèle à l’original de manière à ce que tout le monde puisse exploiter son contenu.

As-tu souvent dû faire de nouvelles formations au fur et à mesure des nouveaux types de projets que propose le Parlement ?

Avec la création de ces nouvelles unités, qui nous demandent de beaucoup nous diversifier, ça arrive de plus en plus. Nous avons eu des cours sur comment utiliser notre voix quand on enregistre divers podcasts ou encore des « flash news », soit de petits enregistrements journaliers sur ce que fait le Parlement européen. Le but reste de faciliter l’accès aux informations. Nous avons aussi des formations pour apprendre à mieux écrire un texte qui sera écouté, ou encore des formations sur le sous-titrage…

Avais-tu des craintes/appréhensions avant de commencer à travailler au Parlement européen ?

Pas vraiment, j’avais déjà fait un stage donc je savais un peu où je mettais les pieds. Je dirais quand même qu’il faut un peu de temps pour avoir vraiment confiance en soi dans ce que l’on fait, surtout lorsqu’on est amené à traduire des types de textes très variés. La maîtrise vient petit à petit et on apprend continuellement. Mais lorsqu’on est bien accompagné, dans une bonne ambiance et avec beaucoup de soutien de la part des autres collègues, ce qui a été mon cas, on se sent vite à l’aise.

Tu traduis donc vers le suédois, mais de quelles langues traduis-tu ?

80 % des textes que je traduis sont depuis l’anglais, il y a quand même pas mal de contenu en français malgré tout. J’ai parfois de l’espagnol, notamment des amendements que les députés écrivent dans leurs langues maternelles.
Il m’est également arrivé de traduire quelques textes bien spécifiques du polonais vers le suédois.

Continues-tu à apprendre d’autres langues ?

Oui, je continue mon apprentissage du polonais. Le Parlement européen a un système de 12 niveaux, on passe un niveau par semestre et il est possible de prendre des cours intensifs pendant l’été. Sinon, une demi-journée de cours de langue par semaine est prévue. Depuis l’automne 2019, je fais du polonais au Parlement. Je suis arrivée au niveau 7, et à partir du niveau 6 (B1), on peut partir à l’étranger pour assister à un cours de langue intensif, financé en partie par le Parlement.
Normalement, on commence à traduire depuis la langue en question à partir du niveau 7.
Donc, officiellement, j’ai le droit de traduire depuis le polonais.

Peux-tu nous en dire plus sur l’organisation et la gestion des projets ?

Dans mon ancienne unité de traduction suédoise, un·e chef·fe d’unité distribue le travail et on peut également récupérer des projets, en fonction de nos disponibilités et de nos envies, sur une plateforme en self-service.

Concernant l’organisation de la nouvelle entité dans laquelle je travaille, il y a 4 unités avec un·e chef·fe d’unité pour 6 langues. Le suédois se trouve dans la même unité que le polonais, le portugais, le roumain, le slovène et le slovaque, constituant ainsi une petite communauté plurilingue. On a un peu plus de contact avec les collègues des autres langues que dans un service où il y a 40 personnes.
Dans les nouvelles unités, c’est une équipe restreinte de deux traducteur·rice·s par langue et un·e relecteur·rice. Il est donc beaucoup plus facile de se mettre d’accord entre nous. On reçoit les demandes de traduction et on s’arrange directement, l’organisation est très simplifiée.

Vous vous révisez donc entre vous ?

Généralement, oui. Notre collègue relectrice effectue les vérifications finales et envoie les fichiers finis. Elle peut aussi revenir vers nous en cas de doutes, mais ce sont les traducteur·rice·s qui choisissent d’accepter ou non la modification suggérée. Un vrai travail d’équipe donc.

À quoi ressemble une journée type pour toi ?

Tout d’abord, on se met d’accord sur ce que l’on va faire pendant la journée. On a aussi régulièrement des réunions avec notre unité, aussi bien pour l’aspect pratique que pour le côté convivial et pour s’assurer que tout va bien en télétravail.

En ce qui concerne les types de documents à traiter, c’est très varié. En ce moment, je sous-titre une petite vidéo d’information. C’est une vidéo produite par le service de recherches documentaires. Il peut également y avoir des textes plus longs, comme ceux prévus pour les expositions ou pour les campagnes d’information. Par exemple, pendant la pandémie, nous avons eu des textes sur la façon dont les pays européens géraient la crise, mais aussi sur les initiatives citoyennes d’entraide. On peut également avoir des affiches, de petits articles et du contenu pour les réseaux sociaux. Ce sont généralement des textes assez courts, mais certains contenus sont beaucoup plus longs, comme les communiqués de presse, plutôt destinés aux journalistes.

Utilises-tu toujours le même logiciel ?

Oui, on utilise Trados Studio. Et pour le sous-titrage on utilise le logiciel Plint, qui est développé en Suède, à Göteborg.


Utilises-tu parfois un outil de traduction automatique entraîné avec les mémoires de traduction du Parlement ?

C’est une bonne question. On a toujours des mémoires de traduction classiques, souvent préparées par une unité en charge des « pré-traductions ». Cette équipe prépare quels documents doivent faire partie des mémoires de traduction pour que les résultats soient vraiment optimaux. On peut également chercher dans la base de données linguistiques regroupant tous les documents ou presque.
Il nous est également possible d’activer ou non l’outil de traduction automatique.
Je trouve cet outil très utile, car il propose des formulations complètes, surtout pour les textes très procéduriers : il prévoit presque tout ce que l’on doit écrire. Mais pour d’autres types de texte, les résultats ne sont pas très intéressants, notamment pour les textes plus créatifs. Tout dépend du type de texte, mais cet outil nous permet souvent de gagner du temps.

L’outil de traduction automatique exploite donc les documents du Parlement européen ?

Oui, l’algorithme est entraîné sur le corpus du Parlement européen. Les résultats sont généralement très intéressants. Mais il y a évidemment des pièges : si le temps presse et que l’on souhaite gagner du temps avec cet outil, il faut rester très vigilant car les erreurs de traduction tiennent parfois à peu de choses.

Quels sont, selon toi, les profils/parcours intéressants pour le Parlement européen ?

Je dirais que, dans l’absolu, toute personne ayant une licence et de bonnes connaissances dans deux langues européennes en plus de sa langue maternelle peut postuler pour un stage en traduction dans une institution européenne. Un domaine d’expertise différent, comme un cursus en droit ou en économie, sera forcément un plus, car beaucoup de personnes sont « linguistes classiques ».
Tout dépend aussi des générations, les plus ancien·ne·s dans l’équipe de suédois n’ont pas eu l’occasion d’avoir une formation en traduction, il·elle·s ont donc appris sur le tas. Mais la plupart des plus jeunes ont une formation en traduction. Il est surtout très important de maîtriser parfaitement sa langue maternelle. On peut très bien cumuler une multitude de langues, mais si nos connaissances ne sont pas assez solides dans notre langue maternelle, cela ne suffit pas. Il est également toujours utile d’avoir une bonne culture générale, de s’intéresser à ce qu’il se passe dans le monde, de lire beaucoup et de s’intéresser aux institutions.

Aurais-tu des conseils à donner aux personnes intéressées par un stage en traduction au Parlement européen ?

Tout d’abord, postuler. Il faut également se renseigner sur les périodes de recrutement. Généralement, les périodes sont fixes dans l’année, il ne faut donc pas les rater. La lettre de motivation doit évidemment être soignée, très réfléchie et personnalisée. Il faut exprimer clairement ses motivations et peut-être montrer que l’on s’est renseigné sur le Parlement et les autres institutions.

Mon stage au Parlement était, en quelque sorte, mon vrai Erasmus. Lorsque j’ai fait mon premier échange Erasmus en France, je voulais parler français à tout prix. Mais pendant ce stage, j’ai pu parler à beaucoup de personnes venues de toute l’Europe. Les gens étaient très ouverts.
Un programme de formation et des ateliers sont prévus pour les stagiaires : on noue des contacts très précieux pour l’avenir. Peu importe si l’on veut travailler dans ces institutions plus tard, cette expérience reste très enrichissante car il n’existe pas de service de traduction aussi massif ailleurs, avec 24 langues dans un même bâtiment, des milliers de gens qui travaillent dans ces unités, et des informaticiens qui développent de nouveaux outils. Il s’agit là d’une coopération supranationale : on produit beaucoup de textes qui impactent directement la vie des citoyens européens. Pour toutes ces raisons, rien que pour l’expérience, c’est très intéressant. Faire un stage dans une infrastructure aussi bien doté en moyen est extrêmement formateur.

Transcription d’une entrevue d’une heure. Je remercie chaleureusement Jenny Ollars d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions.

Portrait de Nikki Graham : parcours, évolution et conseils d’une traductrice de plus de 20 ans de métier

Par Fanny Buffel, étudiante M2 TSM

21 ans de carrière, 6895 abonnés sur Twitter, auteure du blog à succès My Words for a change créé en 2013, ISO 17100:2015 Qualified, membre de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) depuis 2015, membre de la MET (Mediterranean Editors and Translators) et de ProCopywriters, 10 publications de livres à son actif et bien plus d’articles : oui, nous parlons bien ici de Nikki Graham, traductrice, réviseuse et éditrice de l’espagnol vers l’anglais, spécialisée dans la traduction de documents dans le secteur des loisirs et du tourisme, des documents universitaires, de l’environnement, de la nature et de la conservation, et la localisation de l’anglais américain à l’anglais britannique. La traductrice avait déjà été remarquée par d’autres étudiants les années précédentes, qui avaient traduit en français certains de ses articles comme « Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition » ou « La révision : un sac à nœuds ? ». Je voulais donc me pencher aujourd’hui sur cette traductrice dont on entend souvent parler sans pour autant savoir exactement qui elle est.

Vous avez été enseignante pendant 13 ans, d’où vous est venue l’envie de devenir traductrice ?

C’est une bonne question car lorsque j’étudiais les langues à l’université, je n’aimais pas vraiment la partie sur la traduction et je n’étais pas particulièrement douée dans cette matière. Je me suis tournée vers la traduction car l’enseignement de l’anglais en tant que langue étrangère commençait à m’ennuyer mais aussi car j’avais besoin d’argent. Ce sont mes étudiants et des amies qui m’ont permis d’obtenir mes premiers projets de traduction. Je me suis rendu compte que j’aimais bien ça car c’était intellectuellement stimulant et ça me permettait d’en tirer un revenu décent.

D’où vient votre devise « Words are my business and I want to make them work for you » et votre nom « Tranix Translation and Editing Services » ?

C’est ma devise depuis si longtemps que je ne me souviens plus vraiment d’où elle vient. Au départ, c’était juste « words are my business », que j’utilisais d’ailleurs sur les réseaux sociaux avant de créer mon site. C’est par la suite que j’ai ajouté « and I want to make them work for you » afin de me démarquer des autres personnes utilisant « words are my business » pour faire connaître leurs services. « Tranix » est un mélange du diminutif de mon nom (Nix) et les premières lettres de « translation ».

Utilisez-vous des outils spécifiques (outils de TAO ou autre) ?

Oui, j’utilise memoQ, que j’aime bien. Je pense aussi que son prix est raisonnable et l’assistance est plutôt compétente. J’ai également utilisé Dragon Naturally Speaking pour dicter mes traductions et j’utilise Perfectlt pour faire des dernières vérifications dans Word.

À quoi ressemble une de vos journées types ?

D’habitude, je me lève assez tôt pour travailler pendant une heure ou deux avant de préparer le petit-déjeuner de ma fille et l’emmener à l’école. En général, je retourne à mon bureau vers 8 h 30, sauf si je décide d’aller courir au parc, si je n’ai pas de traduction urgente à rendre. Ensuite, je travaille jusqu’à 15 h 30 puis je vais chercher ma fille à l’école. Il m’arrive de travailler quelques heures supplémentaires avant d’aller préparer le dîner.

Vos domaines de spécialité sont le tourisme et les loisirs, les documents universitaires, l’environnement, la nature et la conservation, ainsi que la localisation de l’anglais américain vers l’anglais britannique. Comment avez-vous réussi à vous spécialiser dans ces domaines ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans ces domaines ? Avez-vous des conseils sur la manière de se spécialiser ?

Lorsque j’ai commencé à traduire pour des agences en Espagne, il y a 20 ans de ça, la plupart d’entre elles s’attendaient à ce que vous puissiez tout traduire, ce qui peut bien évidemment vous causer de nombreux problèmes si vous faites mal les choses en plus de ne pas être très épanouissant. Au fur et à mesure des années, je suis devenue plus exigeante et j’ai appris à dire « non », souvent malgré la pression des gestionnaires de projet vous suppliant d’accepter le texte qu’ils vous proposent. À un moment donné, je me suis spécialisée dans la traduction technique, notamment la construction, mais je me suis rapidement rendu compte que la terminologie était bien trop compliquée pour moi, je me suis donc remise en question. C’est à ce moment-là que je me suis tournée vers les loisirs et le tourisme puis que je me suis concentrée sur mon style d’écriture en suivant des cours.

 Je traduis des documents universitaires depuis quasiment le début mais au fur et à mesure des années, je me suis concentrée sur les domaines des sciences humaines et sociales en particulier.

En ce qui concerne l’environnement, la nature et la conservation, ils découlent d’un intérêt personnel pour ces sujets puisque je suis une écolo végan qui croit que le changement climatique, la dégradation environnementale et l’extinction des espèces représentent la plus grosse menace que l’humain ait jamais affronté.

Je pense qu’il est essentiel de se spécialiser aujourd’hui. Il serait bien entendu fantastique de se spécialiser dans un domaine qui vous intéresse mais s’il n’y a pas assez de travail, ça risque de ne pas être rentable. Certains de mes collègues se sont spécialisés dans des domaines qui payent bien et/ou qui regorgent de travail, deux raisons valides. D’autres se spécialisent dans le domaine dans lequel ils travaillaient avant de devenir traducteur ou obtiennent un nouveau diplôme pour devenir spécialiste du sujet. Le domaine dans lequel vous vous spécialisez va donc dépendre de plusieurs facteurs. Je pense qu’il est également important de garder à l’esprit que vous serez peut-être obligé de changer de spécialisation s’il n’y a plus de travail disponible ou si vous vous en lassez.

Le marché de la traduction a évolué depuis que vous avez commencé, comment avez-vous réussi à rester à jour ?

Lorsque j’ai commencé à traduire, Internet était quelque chose de relativement nouveau et ne contenait pas autant d’informations qu’aujourd’hui. Je recevais quelques traductions par fax. J’ai été obligée d’apprendre à utiliser de nombreux outils et logiciels. Je me rappelle être plutôt opposée aux outils de TAO au départ mais je ne pourrais évidemment pas travailler sans aujourd’hui ! En plus de lire les magazines, les billets de blog de certaines associations, de participer à des conférences et des webinars, etc., je pense que le meilleur moyen de savoir ce qu’il se passe dans notre profession et en savoir plus sur les nouveaux outils est de parler avec d’autres personnes. C’est l’aspect qui manque dans les conférences virtuelles : l’interaction avec des collègues.

Qu’est-ce que ça fait d’être traductrice pendant la crise de la Covid-19 ?

Étant donné que 50 % de mon travail avant l’arrivée de la Covid-19 était de la traduction touristique, j’ai constaté une forte baisse de mes revenus, ce qui m’a plutôt inquiétée. Heureusement, la situation s’améliorera d’ici le printemps quand il sera possible de se faire vacciner.

Autre grande différence : tout devient virtuel. Dans un sens, ça m’a arrangée puisque avant la pandémie, je ne pouvais, la plupart du temps, pas me rendre à des conférences ou des ateliers pour des raisons de garde d’enfant. J’ai donc été en mesure d’assister à certains évènements auxquels je n’aurais pas pu assister en personne.

Ça nous a également donné l’occasion et une bonne excuse pour organiser des pauses-cafés virtuelles deux fois par semaine afin de se soutenir mutuellement via des groupes de chat de traduction.

Vous êtes membre qualifiée de l’Institute of Translation and Interpreting, recommandez-vous de rejoindre un syndicat professionnel ? Pourquoi ?

Oui, je pense que tout le monde devrait devenir membre d’un syndicat de traducteurs car ils donnent de nombreux conseils utiles, apportent leur soutien et organisent des évènements intéressants, grâce auxquels vous pouvez rester au courant de ce qu’il se passe.

J’ai décidé de devenir membre qualifiée car je n’avais pas fait de master en traduction et je voulais obtenir une qualification qui permettrait à mes collègues et mes clients de me prendre plus au sérieux.

Parlons maintenant de votre blog : vous rédigez et partagez de nombreux conseils et articles sur votre blog, quand et pourquoi avez-vous décidé de commencer ?

J’ai commencé mon premier blog sur la plateforme Blogger il y a sept ans (octobre 2013). À cette époque, de nombreux collègues nous vantaient les avantages d’avoir un blog (beaucoup disent le contraire aujourd’hui). C’était assez stressant de se lancer et mon premier billet de blog était une critique de la première conférence de traduction à laquelle j’ai assisté.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Il est assez facile de trouver de l’inspiration, le plus difficile est de trouver le temps d’écrire tous les billets de blog auxquels je pense. J’écris sur mon expérience, les outils de TAO, les livres que j’ai lus, les évènements auxquels j’ai assisté et je développe certains points de grammaire et de style qui peuvent ne pas être clairs. J’ai créé la section « Links & Tips for New Translators » lorsqu’on m’a demandé des conseils. Je me suis dit qu’il serait judicieux de mettre ma réponse sur mon site pour aider d’autres personnes, la section ne cesse de grossir.

Mettez-vous souvent à jour vos listes ? (livres, mots, abréviations)

Oui, et ça me prend du temps. Généralement, dès que je découvre quelque chose de nouveau, je l’ajoute à la liste. La plupart de ces pages permanentes indiquent quand elles ont été mises à jour pour la dernière fois.

Votre blog est une mine d’or, combien de temps est-ce que ça vous a pris pour publier tout ce contenu ?

Merci ! Je suis contente que vous l’appréciez. Ça fait maintenant sept ans que je tiens mon blog. Je suis passée de Blogger à WordPress en 2015 et j’ai décidé de toute republier sur WordPress afin que l’ensemble de mes billets de blog et pages soient à la même place. Ça m’a pris du temps, mais ça valait le coup finalement. Je n’ai pas de créneau horaire réservé à la publication de billets/pages, j’écris lorsque j’ai le temps et que j’en ai envie.

Avez-vous des conseils généraux à donner aux futurs traducteurs freelances ? Un mot pour la fin ?

On peut trouver beaucoup de conseils à destination des traducteurs en herbe et certains d’entre eux sont contradictoires. Je pense que le plus important en tant que traducteur est de se connaître, savoir ce que l’on veut et être fidèle à soi-même. Vous ne devriez pas vous forcer à faire n’importe quoi ou être quelqu’un que vous n’êtes pas. Vous n’êtes pas obligé d’avoir un blog, par exemple. Vous n’êtes même pas obligé d’avoir un site. Vous n’êtes pas obligé de travailler avec des clients directs si vous préférez laisser les agences trouver des clients et échanger avec eux. Chaque personne et chaque situation est différente. Trouvez ce qui vous convient le mieux, ce qui vous rend heureux et ne vous sentez pas obligé de faire quelque chose qui ne vous convienne pas.

Un grand merci à Nikki Graham d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir accepté de partager son expérience et ses conseils.

Traduire la publicité

Par Matthieu Lozay, étudiant M2 TSM

La publicité représente une branche très particulière du secteur de la traduction. Elle mêle différentes compétences spécifiques, comme la créativité, une capacité d’adaptation et de localisation ou encore des connaissances en marketing et en communication. La traduction littérale est ici la plupart du temps proscrite, car une formulation propre à une langue n’aura certainement pas le même impact dans une autre. L’effet produit chez le consommateur « source » doit être au mieux similaire chez le consommateur « cible ». À cet égard, il est certain que la balance penche beaucoup plus vers la fluidité que vers la fidélité pure. Toutefois, l’objectif initial doit tout de même être respecté, d’où la complexité de la tâche.

Comme le résume Mathieu Guidère dans la revue Meta, dans ce secteur, « ce qui est à traduire, c’est la persuasion qu’exerce le texte sur le destinataire ». Il définit par ailleurs la localisation publicitaire comme étant l’adaptation d’une « communication commerciale à un locus (province, pays, région, continent) en prenant en charge la totalité du processus d’adaptation textuelle et iconographique. Cela signifie que le traducteur est maître d’œuvre pour l’intégralité du message et qu’il est responsable à la fois de la traduction du texte, des retouches éventuelles des images qui l’accompagnent, mais également de la mise en forme finale de la communication publicitaire : ajustements éventuels du texte et de l’image, choix des couleurs, adaptation des symboles, etc. ». On distingue quatre évolutions majeures dans ce secteur :

Les premiers cas de traduction publicitaire restaient très proches du texte source, et les traducteurs misaient beaucoup sur la fidélité (au détriment de la fluidité). Puis, avec l’évolution du secteur ainsi que de nos modes de consommation qui nous a mené à l’omniprésence croissante de la publicité dans nos vies, les traducteurs se sont davantage penchés sur la question et ont réalisé que la fidélité n’était que secondaire dans ce domaine. C’est ici qu’est née l’adaptation dans le milieu de la traduction publicitaire.

Puis, les traducteurs ont été amenés à s’interroger sur l’objectif de ce type de travail. Ils se sont petit à petit mis à la place de la cible de leur traduction, et ont cherché des formulations et des styles qui suscitent un effet chez le consommateur cible. Le point de vue s’est ainsi déplacé de la source à la cible. C’est en quelque sorte la naissance de la localisation dans ce secteur spécifique de la traduction.

Par la suite, les publicitaires ont commencé à transmettre aux traducteurs les visuels sur lesquels les traductions apparaitraient. Cela a également grandement amélioré la qualité des traductions, afin d’encore une fois se mettre à la place de la cible. L’objectif est par ailleurs de se rendre compte de l’impact visuel procuré par les effets stylistiques cités dans le deuxième point. Tous ces éléments ont pour finalité d’accroître l’efficacité des contenus publicitaires traduits.

Enfin, les progrès technologiques et informatiques ont également chamboulé ce domaine, avec entre autres les logiciels de retouche d’image qui ont permis d’encore mieux se rendre compte du visuel des publicités traduites. Les outils d’aide à la traduction ont de même grandement participé à l’amélioration et à l’optimisation du milieu. Les traducteurs pouvaient ainsi vendre non seulement leurs compétences de traduction et d’adaptation, mais aussi leurs savoir-faire techniques, c’est-à-dire la maitrise des outils précédemment mentionnés.

Les agences spécialisées dans la traduction publicitaire réalisent des tâches très diverses et variées. Mathieu Guidère en cite un certain nombre dans son article : « l’adaptation des argumentaires de vente, des manuels d’identité visuelle, des chartes graphiques et des styles rédactionnels, des brochures internes à l’entreprise, des communiqués de presse et de relations publiques, des dossiers de presse, des annonces et des courriers publicitaires, des campagnes de lancements de produits, des prospectus de présentation des services, des slogans de marque et de produit, des affiches publicitaires, des textes de promotion sur les sites web, des spots publicitaires pour la télévision et la radio, des emballages et des étiquettes destinés à l’export. » Cette grande diversité de tâches fait de la traduction publicitaire un secteur à la fois complexe et intéressant, qui plus est en perpétuelle évolution.

Comme je l’ai cité précédemment, il est évident que l’aspect communication et marketing est intrinsèque à cette branche de la traduction. Les objectifs sont les mêmes que la publicité initiale : vendre un produit ou un service, mettre en avant la marque, etc.

Pour ce qui est de l’adaptation et de la localisation, l’invisibilité de la traduction doit être parfaite dans ce domaine : il ne faut pas se rendre compte qu’il s’agit d’une traduction. Il est par ailleurs nécessaire de trouver des expressions de la langue qui semblent le plus naturel possible, et d’adapter bien souvent le message à la cible du produit. En outre, le travail d’adaptation du texte à la population à laquelle on s’adresse (que ce soient les références, les différences culturelles, géographiques, etc.) est indispensable.

Il est également nécessaire que la traduction soit cohérente avec la communication de la marque, ainsi qu’avec son style rédactionnel et de relation-client. Par ailleurs, il faut prendre en compte la grande diversité des supports publicitaires existants : affiches, spots à la télévision, à la radio ou sur Internet, communiqués, prospectus, courriers, brochures, etc. La traduction doit être « agréable » à lire ou à entendre et aisément insérable dans un encart publicitaire par exemple. Cela explique pourquoi les traducteurs dans ce domaine ont bien souvent accès au potentiel visuel afin de se rendre compte du champ de leurs possibilités.

Par ailleurs, à notre époque, la publicité est partout autour de nous : que ce soit sur Internet, dans les transports, dans notre boîte aux lettres, dans la rue, en regardant la télévision, en écoutant la radio, etc. La mondialisation est à l’origine de ce phénomène. Nous n’y faisons presque même plus attention : selon certaines études, nous voyons près de 1200 publicités par jour (parfois sans y prêter garde).  Il s’agit là d’un défi supplémentaire à relever pour un traducteur spécialisé dans la publicité : il faut que son travail se démarque et interpelle les cibles de la publicité en question. En fonction du secteur d’activité de la marque, la concurrence peut être parfois très rude. Il faut donc respecter l’identité de la marque tout en se détachant des concurrents.

Certains traducteurs créent par ailleurs une frontière au sein même de la traduction dans le secteur de la publicité. Ainsi, ne seraient « publicitaires » seulement les messages ayant pour but d’inciter à l’achat. Les slogans en sont le meilleur exemple. C’est pour ce genre de textes que la créativité est la plus mise à profit. Il existe à contrario d’autres activités dans ce secteur qui n’ont pas pour but intrinsèque de pousser à l’achat, mais qui sont tout de même rattachées à la branche principale.

La traduction publicitaire se situe donc entre trois branches pourtant très diverses : la traduction spécialisée ; la traduction littéraire ; la communication/rédaction.

L’adaptation consistera ainsi à écrire sur la trame suggérée par l’annonce originale un nouveau texte répondant aux exigences que nous avons citées. Là, il ne sera pas question de respecter scrupuleusement la pensée de l’auteur, ni même son style. Il s’agira plutôt d’atteindre le but recherché avec l’annonce originale, et la voie pour rejoindre ce but pourra s’écarter sensiblement de celle suivie par le concepteur. L’adaptateur pourra donc présenter sans rougir une de ces belles infidèles tant décriées dans d’autres domaines. Ainsi libéré, il aura la partie facile, pensera-t-on. Pas tellement car, plus qu’une belle infidèle, son adaptation devra être une belle efficace. – Robert Boivineau, 1972

Sources :

https://www.erudit.org/fr/revues/meta/2009-v54-n3-meta3474/038306ar/

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/les-techniques-publicitaires-sont-beaucoup-plus-agressives-et-intrusives-quauparavant

https://www.9h05.com/defis-lies-a-traduction-publicitaire/

https://www.persee.fr/doc/equiv_0751-9532_1972_num_3_1_922

https://journals.openedition.org/traduire/875

https://www.scienceshumaines.com/publicite-et-traduction_fr_1286.html

https://www.matthieu-tranvan.fr/publicite/traduction-publicite-international.html

https://idem.ca/decouvrez-les-techniques-de-traduction-publicitaire-les-plus-utilisees/

https://www.paralleles.unige.ch/files/6115/2839/0410/Paralleles_27-2_2015_comitre.pdf

Traduire pour le théâtre : le surtitrage

Par Sarah De Azevedo, étudiante M2 TSM

Le théâtre est un art millénaire, dont les premières traces remontent à la préhistoire ! Mais pas de panique, il ne s’agit pas ici de retracer toute l’histoire du théâtre, mais plutôt de donner un bref aperçu d’un procédé devenu indispensable dans ce milieu, à savoir, le surtitrage. Similarités avec le sous-titrage ? Contraintes ? Le rôle du surtitreur ? Laissez-moi vous raconter et venez avec moi découvrir les coulisses de cette pratique.

Qu’est-ce que le surtitrage ?

Il s’agit généralement d’une projection au-dessus de la scène, de la traduction/adaptation du texte de la représentation. Le texte est souvent projeté sur un drap blanc ou tout autre support pouvant convenir. Mais la technologie fait des merveilles et il est maintenant courant d’utiliser des panneaux de surtitrage fonctionnant avec des LED. C’est en apparence aussi simple que cela, et c’est un dispositif qui est de plus en plus répandu.

On retrouve deux types de surtitrages, les surtitrages extras-scéniques et les surtitrages intras-scéniques. Les premiers sont ceux que l’on retrouve le plus fréquemment, notamment à l’opéra. Ils sont installés hors de l’aire de jeu, souvent au-dessus ou sur le côté de la scène. Les seconds sont l’exact inverse, et même s’ils sont bien moins répandus, ce sont ceux qui offrent le meilleur confort visuel aux spectateurs. Ils peuvent être installés sur un élément du décor ou au fond de la scène. Maintenant que vous en savez un peu plus, je vous propose de passer à une introduction express relatant les débuts et les déboires du surtitrage.

Il était une fois…

Selon la légende, les prémices du surtitrage firent leur apparition en 1949 en Allemagne dans la zone d’occupation française. La compagnie Jean-Marie Serreau décida de monter un spectacle bilingue : une pièce française surtitrée en allemand et une pièce allemande surtitrée en français. À cette époque, le procédé était très sommaire et ne permettait pas vraiment d’améliorer la compréhension des pièces présentées. Le dispositif de surtitrage était composé de deux tableaux noirs où s’affichait des parties très brèves de dialogues. Ces deux tableaux étaient installés de chaque côté de la scène. Mais les « surtitres » n’étant pas du tout synchronisés avec le débit de parole des acteurs, pas facile de comprendre la pièce ! On assistera en 1960 à l’apparition dans les salles de théâtre de casques permettant une « traduction instantanée » de la représentation scénique. Je vous laisse imaginer la difficulté du procédé, aussi bien au niveau du matériel que pour les « comédiens-interprètes ». Cette technique persistera jusqu’au début des années 70 dans certains théâtres. Il ne s’agit bien évidemment pas de surtitrage, mais cela montre bien qu’il était déjà nécessaire de pouvoir rendre accessible à un public plus diversifié, des pièces aussi bien françaises qu’étrangères. Et c’est finalement en s’inspirant des sous-titrages au cinéma que dans les années 80, le surtitrage comme nous le connaissons aujourd’hui prendra véritablement forme. Et voilà pour la petite histoire ! Il est temps d’entrer dans le vif du sujet en commençant par identifier les similarités et les différences entre surtitrage et sous-titrage.

Parenté avec le sous-titrage ?

Il est vrai que le sous-titrage et le surtitrage sont des pratiques qui paraissent similaires, puisque la pratique du surtitrage est largement inspiré du cinéma et ses sous-titres. Dans les deux cas, il y aura un travail d’adaptation entre l’oral et l’écrit. Il faudra veiller à donner un maximum d’informations, conserver le niveau de langue et les grandes lignes de l’intrigue tout en respectant des contraintes spatiales et temporelles : il faudra limiter le nombre de caractères affichés tout en laissant assez de temps aux spectateurs pour lire confortablement les sous-titres. On favorisera une police de caractère sans empattements. Il sera aussi préférable de ne pas dépasser deux lignes par sous-titre tout en faisant attention à la séparation des unités grammaticales. Vous l’aurez compris, les contraintes « basiques » sont plus ou moins les mêmes. Cependant, nous allons voir qu’une plus grande flexibilité peut être accordée lorsqu’il s’agit de surtitrer.

D’ailleurs, Bruno Péran, directeur de cabinet à l’Université de Toulouse-Jean Jaurès et surtitreur pour le théâtre et l’opéra précise :

Dans le sous-titrage, des normes ont été adoptées en réponse à ces contraintes : en principe un sous-titre n’excédera pas deux lignes de 35 à 40 caractères chacune, et restera généralement affiché pendant 3 ou 4 secondes. Pour les surtitres, ces paramètres ne sont pas normalisés, chaque surtitreur optant ainsi pour le format de surtitres qui lui semble le mieux adapté.

Dans « Le surtitrage et son con-texte source : vers une approche intégrative du surtitrage théâtral », il montre bien que les surtitres peuvent tout à fait être intégrés à la mise en scène, qu’ils peuvent avoir une forme « artistique » venant appuyer une ambiance, le caractère d’un personnage, etc. On peut très bien imaginer, comme l’a fait Bruno Péran, des surtitres à l’esthétique inspirée des intertitres des films muets. Cela ne saurait être réalisable dans le cas de sous-titres ! Il est même possible de totalement occulter certaines parties du texte déclamé afin de commenter ce qu’il se passe sur scène, lorsque ce texte se révèle trop difficile à surtitrer (un personnage qui bafouille, se lance dans des explications confuses, etc.). La pratique du surtitrage est donc évolutive : j’irai même jusqu’à dire qu’il existe autant de manières de surtitrer que de surtitreurs. Attention : il est impératif de collaborer avec les différents intervenants, notamment le metteur en scène qui doit impérativement approuver les propositions du surtitreur.

Pour s’initier au surtitrage, sachez qu’il existe un guide du surtitrage qui répondra à toutes vos questions sur les pratiques de surtitrage, les formations qui existent, l’économie du surtitrage et bien d’autres choses encore ! Il est proposé par la Maison Antoine Vitez, une association de linguistes et gens de théâtre qui souhaitent promouvoir la traduction théâtrale, et faire découvrir le théâtre du monde entier dans un registre contemporain. Afin de bien illustrer les spécificités du surtitrage, je souhaite maintenant vous présenter différentes contraintes auxquelles les surtitreurs peuvent être confrontés.

Contraintes de traduction

N’oublions pas que le théâtre est avant tout un art vivant. C’est pourquoi, selon Bruno Péran, le surtitrage va encore plus loin que la traduction dite « classique » d’une œuvre traduite destinée à la scène. Le texte source se retrouve sur scène, c’est le texte de la mise en scène, provenant du texte écrit qui sera l’objet du travail du surtitreur.

Si l’on s’accorde à considérer que l’objectif premier du surtitrage est de donner accès au sens du texte, on peut donc dire que le surtitrage ne doit pas traduire le texte destiné à la mise en scène, mais plutôt le texte issu de la mise en scène, résultat des interprétations combinées des différents agents de la création que sont le metteur en scène et les comédiens.

Un surtitre doit donc rendre compte autant que possible de ce qui est dit, mais comme expliqué précédemment, dans une limite d’espace et de temps. En premier lieu, le traducteur/surtitreur se pose la question de la fidélité au texte source. Si l’enjeu du surtitrage est effectivement l’accessibilité du sens au public, alors il s’agira surtout de ne garder que les informations principales et d’évincer les détails. À ce niveau, le procédé de traduction à proprement parler peut être assimilé à celui du sous-titrage. Le texte est découpé en fonction des scènes, l’oral est adapté à une forme écrite, la longueur du texte doit être adapté à la vitesse de lecture du spectateur. Cependant, la traduction pour du surtitrage est loin de se limiter à une traduction mécanique et sans âme. En effet, le texte prend vie au gré des représentations dont il est dépendant. Il est éphémère par nature, au service de la mise en scène et du spectateur.

D’ailleurs, n’oublions pas que la mise en scène et le jeu des acteurs vient appuyer et guider le spectateur dans sa compréhension du spectacle. C’est là que l’analyse proposée par Bruno Péran est intéressante : pour faire simple, si on oppose la vision sourcière à la vision cibliste de la traduction, alors il faudra probablement se ranger du côté des sourciers. Il n’exclut pas qu’une traduction cibliste soit possible, mais explique plutôt que pour des raisons spécifiques au surtitrage, une vision sourcière est souvent plus adaptée. Par exemple, adapter des noms et prénoms à la langue cible n’est pas forcément une bonne idée, car cela peut réduire la compréhension de la pièce. En effet, il n’est pas forcément évident pour le spectateur de suivre et se concentrer si les noms affichés dans les surtitres ne sont pas les mêmes que ceux entendus. Attention donc à bien prendre en compte le fait qu’un spectateur ne fait pas que lire, mais qu’il regarde et écoute ce qu’il se passe sur scène. L’approche lors de la traduction ne peut donc pas être la même que lorsqu’on traduit un texte destiné à être lu uniquement.

Contraintes techniques…et artistiques.

Il est important de savoir que n’importe quel spectacle doit être adapté à la salle dans laquelle il sera joué. Le décor, les lumières, le son et la vidéo (lorsqu’il y en a) changent donc en fonction du lieu de la représentation. Il en va de même pour le support des surtitres, ces derniers devant être parfaitement visibles, sans pour autant gêner le regard du spectateur. Au regard de la taille ou de la disposition d’une salle, cet aspect peut parfois se révéler plus compliqué que prévu à respecter, surtout que les surtitres peuvent être intégrés ou non à la mise en scène. Il est important de garder en tête cette idée d’adaptation.

N’oublions pas que, théâtre oblige, des problèmes peuvent survenir lors d’une représentation publique. Mais il est impossible de modifier ou de traduire des surtitres en direct. C’est d’ailleurs LA plus grande différence entre le surtitrage et le sous-titrage. Mais alors que faire lorsqu’un des comédiens oublie son texte ? Eh bien, il faut savoir s’adapter. Je n’ai pas de réponse précise à vous donner, car c’est le surtitreur qui devra décider sur le moment de la marche à suivre.

Une autre contrainte, aussi bien technique qu’artistique se pose lorsqu’arrive la question de la mise en scène. Prenons l’exemple donné par  Hervé Péjaudier, écrivain et aussi traducteur depuis le coréen. Il nous relate son expérience de surtitrage pour un spectacle mis en scène par Lee Jong-il, un metteur en scène coréen. D’abord présenté au célèbre festival d’Avignon, le spectacle a ensuite été repris à Paris. Hervé Péjaudier avait proposé de surtitrer le spectacle, car il trouvait dommage que le public français n’y comprenne rien. Le metteur en scène s’est montré réticent puisque le dispositif de surtitrage venait perturber la mise en scène d’un spectacle qui se voulait être une immersion totale dans l’univers et la culture coréenne.

Comment alors intégrer un dispositif de surtitrage tout en respectant la volonté artistique du metteur en scène et la nécessité de surtitrer ? Hervé Péjaudier nous donne quelques pistes : tout d’abord, il est nécessaire d’intégrer au mieux l’écran de surtitrage au spectacle afin de ne pas obliger le spectateur à « sortir » de la pièce. Le maître-mot est l’adaptation ! Il est aussi vivement recommandé que la personne en charge des surtitres pendant le spectacle soit parfaitement intégré à l’équipe des régisseurs. Elle doit donc pouvoir assister aux répétitions autant que faire se peut afin de pouvoir être synchronisée avec le rythme des comédiens, mais aussi des régisseurs lumières, sons et vidéos. Le résultat n’en sera que plus fluide et agréable pour le spectateur, qui ne verra pas les surtitres comme un élément perturbateur.

Je trouve que l’expérience de Hervé Péjaudier est intéressante dans le sens où elle illustre bien la confrontation entre culture source et culture cible, notion centrale en traduction et localisation. Ce qui est également intéressant de noter est que cette question s’étend au-delà du texte cible dans le cas du surtitrage puisque des contraintes spécifiques liées à la mise en scène et à la salle de spectacle peuvent intervenir.


Les logiciels utilisés

Il existe évidemment des logiciels dédiés (ou pas) à la pratique du surtitrage. Selon le guide de la Maison Antoine-Vitez, les plus couramment utilisés de nos jours sont : Impress, Keynote (pour Macintosh), PowerPoint et Torticoli™. Il apparaît que PowerPoint est extrêmement utilisé, mais puisqu’il n’est pas dédié, le logiciel ne laisse pas vraiment de marge de manœuvre. Par exemple, pour modifier la taille de la police, il faut refaire TOUTES les diapositives et un surtitre contient en moyenne 2.000 cartons…

L’avantage du logiciel Torticoli™ est qu’il est plus flexible et ergonomique puisqu’il est dédié spécialement au surtitrage. Pour plus d’informations je ne peux que vous inviter encore une fois à vous référer au guide du surtitrage.

Pour conclure…

Finalement, le surtitrage est un type de traduction qui est par essence éphémère, qui évolue au gré des représentations et des contraintes artistiques et temporelles. C’est un type de traduction à mi-chemin entre la traduction littéraire et audiovisuelle, mais qui garde des spécificités liées au spectacle vivant. N’oublions pas que le surtitrage est également un procédé qui sert à œuvrer pour l’égalité. En plus de rendre accessible à tous des pièces étrangères dont la langue nous est inconnue, la mise en place du surtitrage pour des pièces aussi bien françaises qu’étrangères permet aux personnes sourdes et malentendantes de profiter de n’importe quel spectacle ! C’est notamment ce que propose l’association Accès Culture en offrant des services de surtitrages ainsi que des adaptations en langue des signes française. 

Sources :

André Degaine, « Histoire du théâtre dessinée », 2000

Bruno Péran, « Le surtitrage et son con-texte source : vers une approche intégrative du surtitrage théâtral », La main de Thôt [En ligne], n° 4 – Traduire ensemble pour le théâtre, Varia, mis à jour le : 09/03/2018. http://revues.univ-tlse2.fr/lamaindethot/index.php?id=651.

Bruno Péran. « Éléments d’analyse de la stratégie de traduction mise en œuvre dans le surtitrage ». Traduire, 2010. https://journals.openedition.org/traduire/288.

Hervé Péjaudier, « Surtitrer, vous êtes surs ? ». Traduire , 2010. https://journals.openedition.org/traduire/446?lang=fr

Michel Bataillon, Laurent Muhleisen et Pierre-Yves Diez. « Guide du sur-titrage au théâtre. » Maison Antoine-Vitez, 2016.

http://classes.bnf.fr/echo/traduction/

https://www.europe1.fr/culture/les-sous-titres-debarquent-au-theatre-1349372

https://raccords.org/sous-titrage-3ca950dd17b0