Le traducteur healthy

Article original en anglais The Healthy Translator rédigé par Alison Tunley Nikki Graham et publié sur le site de Rosetta Translation Services.

Traduit de l’anglais par Hadjar Boukhelifa, étudiante M1 TSM ; révision par Estelle Peuvion

 

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Comme beaucoup d’autres professions aujourd’hui, être traducteur consiste essentiellement à pianoter comme un fou sur un clavier. Si vous faites du télétravail, il est fort possible que vous n’ayez aucune interaction humaine, sauf par email. L’article de cette semaine portera sur quelques idées pour contrer l’impact qu’a une existence sédentaire, passée devant un écran, sur votre corps

La traduction est un travail particulièrement intensif au niveau intellectuel. En réalité, on ne peut travailler intensément que pendant de courtes périodes de temps. Je l’associe souvent au travail académique :  si vous n’arrivez pas à prendre des petites pauses régulières, cela va se refléter sur la qualité de votre travail ainsi que sur votre productivité. J’avoue que lorsqu’une échéance approche, on peut faire des choses incroyables, mais en général j’essaie de limiter mes sessions de traduction à une heure. Un des bonheurs du travail à la maison, c’est la flexibilité que ça nous apporte, et quelque chose d’aussi simple que de vider le lave-vaisselle ou de plier son linge pendant dix minutes peut réinitialiser votre cerveau et vous êtes reparti pour une nouvelle heure de traduction, votre concentration au maximum.

Ce mode de travail se prête aussi parfaitement aux pauses sportives pour compenser votre travail sédentaire. J’aime planifier ma journée de travail avec un nombre d’heures précis chaque jour et me laisser une heure pour des activités physiques. Cela peut être un rapide tour à vélo, nager, courir ou même un cours de fitness. De toute façon, je ne fais plus le trajet jusqu’au travail, donc je trouve cela justifié de prendre le temps pour bouger un peu de quelque manière que ce soit. Et je suis sûre que je travaille deux fois plus vite après ma pause.

Mon autre innovation récente en matière de santé a été de réduire le temps passé assise en utilisant un bureau réglable en hauteur. Pour être honnête, j’ai été longtemps repoussée par cette idée, simplement parce que ces bureaux sont devenus à la mode. Mais c’est alors que mes hanches, constamment attachées à une chaise, se sont bloquées, ce qui a fragilisé mes genoux et m’a empêchée d’aller courir comme j’aimais le faire. J’ai donc surmonté ces préjugés et j’ai fait l’acquisition d’un dispositif qui se pose sur mon bureau et peut être abaissé ou relevé à l’aide de simples poignées latérales. C’était beaucoup moins cher que la plupart de ces standing desks, mais il est superbement conçu et fonctionne parfaitement. Au début, la position debout peut sembler fatigante, mais vous vous adaptez rapidement, et le fait d’alterner entre les positions assises et debout rythme la journée. Je suis maintenant une vraie fanatique du assis-debout !

Une autre recommandation que je peux vous faire, c’est d’apprendre à utiliser la souris avec les deux mains. Les tensions dues aux mouvements excessifs de la souris sont fréquentes parce que, même avec une installation de bureau parfaite, il n’est pas idéal d’avoir à déplacer constamment le même bras à cet angle particulier. Utiliser l’autre main va vous paraitre lent au début, mais pouvoir partager cet effort en deux vaut largement le coup. Encore mieux pour minimiser l’utilisation de la souris, l’apprentissage des raccourcis clavier est une bonne idée.

Cela nous ramène à mon dernier conseil : choisissez vos outils de TAO avec soin ! J’ai récemment pris en charge une mission nécessitant l’utilisation d’un outil en ligne (que je ne nommerai pas) avec l’interface la plus malhabile qui soit : de nombreuses opérations répétitives avec la souris et des saisies redondantes, y compris pour les tâches de modification les plus simples. C’était un bon rappel de la joie ergonomique que nous apportent les outils de TAO mieux conçus.

 

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J’ai testé pour vous… être traductrice bénévole pour TED

Par Estelle Peuvion, étudiante M1 TSM

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Il y a quelques mois, je me baladais sur le blog du Master TSM à la recherche d’inspiration pour mon billet. C’est alors qu’un article a attiré mon attention : « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? », rédigé en 2017 par Élise Guilbert. En lisant cet article, j’ai découvert que les conférences TED faisaient appel à des bénévoles pour la transcription, la traduction et la relecture des vidéos de leurs conférences. Je me suis alors dit : pourquoi pas essayer ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons rapidement ce que sont les conférences TED (Technology, Entertainment and Design). Elles ont été créées en 1984 aux États-Unis par Richard Saul Wurman et Harry Marques et appartiennent à la Fondation Sapling, organisme à but non lucratif.

Le principe ? Un orateur ou une oratrice prend la parole sur un sujet, devant un public, pendant une quinzaine de minutes. Les conférences peuvent concerner n’importe quel domaine : la biologie, la politique, l’économie, les réseaux sociaux, la psychologie…

Le slogan du programme ? « Diffuser des idées qui en valent la peine. »

 

La traduction chez TED

Maintenant, parlons de ce qui nous intéresse le plus : la traduction.

TED fait appel à des bénévoles pour la transcription, la traduction et la relecture de son contenu. Il n’est pas nécessaire d’être traducteur professionnel pour effectuer ces tâches. 116 langues sont traitées, même si la demande (ou la disponibilité de traducteurs ?) est évidemment plus importante pour certaines que pour d’autres : par exemple, seulement trois conférences ont été sous-titrées en lao, contre 3016 en français. 34 061 traducteurs sont recensés et un blog leur est dédié, où vous pourrez retrouver des interviews, des portraits, les comptes-rendus des rencontres entre traducteurs…

Les traducteurs se réunissent également en communauté, notamment à travers un groupe Facebook, où il est possible de demander à nos « collègues » de transcrire une vidéo que l’on aimerait traduire, ou de réviser une de nos traductions, ou même tout simplement de partager ou de demander des conseils.

 

En ce qui concerne les prérequis des traducteurs, ils sont simples à retenir.

Le traducteur doit évidemment maîtriser la langue source et la langue cible du document. Le transcripteur quant à lui ne doit maîtriser que la langue source. Si vous ne vous sentez pas assez à l’aise dans une autre langue que votre langue maternelle, vous pouvez toujours vous rendre utile en transcrivant les vidéos ! C’est une tâche qui peut paraître dérisoire, mais elle est essentielle à tout le processus de traduction : sans transcription, pas de traduction.

Les traducteurs et les transcripteurs doivent connaître les règles de base du sous-titrage. Si vous avez suivi l’option de traduction audiovisuelle du Master TSM, vous savez de quoi je parle ! Sinon, pas d’inquiétude : il existe toute une série de tutoriels dédiés à ce sujet, et la plateforme de traduction, que nous découvrirons un peu plus tard, nous facilite grandement la tâche.

Maintenant, j’imagine que vous vous demandez comment procéder pour devenir traducteur pour TED. Ça tombe bien, c’est ce dont j’allais parler.

Comment devenir traducteur pour TED ?

Le processus de candidature est très simple. Avant toute chose, il vous faut vous créer un compte TED. Ensuite, rendez-vous sur Amara, qui est la plateforme de traduction en ligne que nous allons utiliser. Cette vidéo vous sera utile pour comprendre plus en détail le processus de candidature.

Vous devrez préciser les langues que vous maîtrisez, et répondre à quelques questions sur votre niveau dans ces langues, et évidemment, expliquer pourquoi vous souhaitez être TED Translator.

Après avoir envoyé votre candidature, il ne vous reste qu’à attendre : cinq jours en moyenne d’après le site officiel TED, une dizaine d’heures seulement dans mon cas.

Une fois que vous êtes officiellement TED Translator, les choses sérieuses peuvent commencer.

Le processus de traduction

Première chose à savoir : tout se déroule sur la plateforme Amara.

Pour obtenir une tâche de traduction, rendez-vous sur la page All available tasks, et vous pourrez afficher toutes les tâches disponibles en fonction de la langue que vous recherchez. Lorsque vous avez trouvé un sujet qui vous plait, cliquez sur Perform task, puis sur Start now, et vous serez redirigé vers l’outil de traduction.

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Si vous connaissez déjà certains outils de TAO, vous ne serez pas dépaysés : la partie gauche de l’écran contient le texte source, et la partie centrale votre traduction. Sur la droite, vous aurez des indications sur le nombre de caractères par segment et par seconde. Comme vous pouvez le constater, le texte source est divisé en différents segments. Avant de procéder à la fusion ou au découpage de ces segments et de synchroniser les sous-titres avec la vidéo, il vous faut traduire l’intégralité du document.

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En traduisant, vous remarquerez que parfois, un point d’exclamation rouge ainsi qu’un message, rouge également, s’affichent dans le segment et sur la droite : ce sont des messages indiquant que la ligne est trop longue ou que le nombre de caractères par minute est trop élevé. (Une ligne ne doit pas dépasser 42 caractères, et le nombre de caractères par seconde ne doit pas dépasser 21)

Je vous conseille de finir de traduire la transcription avant de vous préoccuper de ces messages. Vous serez plus à même de trouver de bonnes solutions de réduction du texte en ayant l’intégralité de la vidéo en tête.

Pour supprimer un segment, ou en rajouter un, utilisez la petite clé à molette située entre le segment source et le segment cible.

Attention, n’oubliez pas de traduire le titre et la description de la vidéo, tout en haut de la page !

Après l’étape de traduction, c’est au tour de la synchronisation des sous-titres.

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Il vous faut utiliser la barre chronologique qui se trouve entre les segments et la vidéo. Chaque rectangle gris représente un segment. Pour réduire ou augmenter la durée d’apparition d’un segment à l’écran, rien de plus simple : il vous suffit de tirer les barres verte et grise, situées à chaque extrémité du segment. Vous pouvez également déplacer les segments sur la barre elle-même, à l’aide de votre souris. La fine barre verticale rouge indique votre position dans la chronologie de la vidéo.

Une fois que tout ceci est terminé… eh bien, vous pouvez rendre la traduction ! Vous avez un délai de quatre semaines pour chaque vidéo.

Lorsque vous rendrez votre traduction, elle sera relue par un réviseur TED. Pour être réviseur, il faut avoir traduit au moins 90 minutes de contenu. Malheureusement, je n’ai pas encore traduit assez de contenu pour être réviseuse, je ne pourrai donc pas vous parler de cette étape.

Après la révision, votre traduction passera entre les mains d’un coordinateur linguistique (language coordinator) pour la phase d’approbation.

Et enfin, elle sera publiée, et vous serez crédités !

Si vous avez encore des doutes ou qu’un point ne vous semble pas clair, cette page pourra vous aider.

 

Conclusion

Je vais conclure en donnant mon point de vue sur cette expérience.

Tout d’abord, je trouve que la plateforme Amara est vraiment très facile à comprendre et à utiliser. L’interface est claire et précise, et un tutoriel apparaît à chaque ouverture. De plus, les tâches sont simples : traduire et synchroniser. L’étape de synchronisation me faisait un peu peur, mais je n’ai pas eu de mal à la réaliser.

Le plus dur est de respecter la limite de caractères. En tant que future traductrice spécialisée, une de mes plus grandes préoccupations est de conserver le sens du texte, au détail près. Mais dans la traduction audiovisuelle, il faut parfois sacrifier quelques détails pour respecter cette limite de caractères !

Par ailleurs, le fait de m’entraîner à la traduction audiovisuelle (que j’avais déjà étudiée en option du second semestre) me permet d’avoir une vision différente de la traduction, et pourra peut-être même m’aider dans de futurs projets.

Les vidéos traitant de sujets différents et spécialisés, cela permet également d’enrichir son vocabulaire, voire de découvrir de nouveaux intérêts, qui pourraient même devenir des domaines de spécialité.

Je n’ai donc qu’une seule chose à vous dire : si vous voulez vous entraîner à la traduction, tout en apprenant des choses et en découvrant de nouvelles techniques, n’hésitez pas ! Mais attention, n’oubliez pas que c’est un travail bénévole

J’espère que cet article vous a plu et que mes explications étaient claires, à bientôt !

 

Sources :

Guilbert, E. « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? ». Juin 2017. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/06/18/comment-gagner-en-experience-lorsque-lon-est-etudiante-en-traduction/comment-page-1/

Site officiel TED. Disponible sur : https://www.ted.com/

Les captures d’écran proviennent de la plateforme Amara. Disponible sur : https://amara.org/fr/

Idées reçues : Pourquoi les jeux vidéo sont-ils mal traduits ?

Par Logan Pienne, étudiant M1 TSM

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Tout d’abord, avant même de commencer ce billet de blog, je vous passe le bonjour et vous souhaite une agréable journée !

Ceci étant dit, laissez-moi vous parler aujourd’hui de la localisation de jeux vidéo. Si j’ai choisi ce thème, c’est parce que j’ai une véritable passion pour celle-ci. Je dirai même que c’est une histoire d’amour, et je pourrai vous en parler pendant des heures autour d’une bonne… menthe au lait !

Enfin bref, passons ! Nous avons tous joué au moins une fois dans notre vie à un jeu vidéo, qu’importe la plateforme (mobile, console, pc…), et pourtant, peu de personnes savent comment fonctionne ce domaine.

Dans ce billet de blog, je vais tenter d’élucider le mystère qui rôde autour de la localisation de jeux vidéo : pourquoi diable sont-ils mal traduits (enfin quelques-uns quand même, pas tous !) ? Ou plutôt, pourquoi les choix des localisateurs sont-ils si controversés par les joueurs ?

De plus, étant moi-même en stage dans la traduction de jeux vidéo, je sais de quoi je parle ! (enfin je crois…)

Avant de commencer : Comment ça fonctionne, la traduction de jeux vidéo ?

Bien que cela soit un domaine particulier, la traduction de jeux vidéo suit les codes du monde de la traduction. C’est-à-dire des délais très courts à respecter, un environnement sous pression, des recherches terminologiques à effectuer…

En plus de cela, étant donné qu’une grande partie des jeux vidéo provient des pays asiatiques (Japon, Corée…), le texte peut être potentiellement préalablement traduit du japonais vers l’anglais. Cela peut engendrer des problèmes de qualité de texte source lorsque l’on veut passer de l’anglais vers une autre langue. Ajoutez à cela les menus, les boîtes de dialogue, l’interface du jeu, les messages d’erreur, d’aide et d’information, et pour certains jeux vidéo les sous-titres de dialogues, et vous obtiendrez la base de la localisation de jeux vidéo.

Ces textes et boîtes de dialogue qui vont apparaître sur l’écran devront être courts et concis, car la taille de l’écran des joueurs varie (les joueurs sur pc portable, par exemple, disposent d’un écran plus petit que les joueurs sur tour fixe qui peuvent disposer d’écrans bien plus grands). Il faut aussi prendre en compte la plateforme sur laquelle le jeu vidéo va être publié. Va-t-il être publié sur la Switch, la ps4 ou bien sur smartphone ?

En addition à tout cela, plusieurs problèmes subsistent : qui dit texte court dit manque de contexte et bien souvent restriction de caractères. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle ! C’est un réel problème dont le traducteur doit faire face tous les jours. Alors il doit user de tours de passe-passe afin de contourner ces problèmes. (Dans certains cas,  raccourcir les passages voire l’usage des abréviations sont des incontournables)

D’accord, et ensuite ?

Comme si tout cela n’était pas suffisant, vous devrez absolument faire attention aux variables du jeu. « Mais dis-moi Jamy, c’est quoi une variable ? » Eh bien, si l’on en croit le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), une variable, c’est ça : « Qui peut prendre plusieurs valeurs distinctes selon les circonstances.»

« Ah oui, mais ça ne m’aide pas beaucoup à comprendre ça ! » Bon d’accord, je vais vous expliquer. Un exemple sera bien plus parlant. Imaginons la phrase suivante à traduire :

« Oh, it’s you, %player%! It’s been a long time, my dear friend! »

En effet, %player% est bien une variable. C’est-à-dire que cette variable va être remplacée par le nom du joueur en jeu. « Ah d’accord ! Mais en quoi une variable peut être un problème ? » Ça devient un problème lorsqu’il faut traduire la phrase. Proposons une traduction afin de constater le problème ! Imaginons que notre personnage s’appelle Arnold :

« Oh, c’est vous, Arnold ! Ça fait longtemps, mon cher ami ! »

« Trop facile ! » Ah, vous croyez ? Maintenant, remplacez le nom de notre personnage par un prénom féminin.

« Oh, c’est vous, Brigitte ! Ça fait longtemps, mon cher ami ! »

Même si cela reste assez drôle de tomber sur ce genre de dialogue en jeu, un traducteur ne peut pas se permettre ce type d’erreur.

Et ce n’est pas tout !

Il y a bien d’autres problèmes auxquels le traducteur fait face (adaptation des dialogues, des noms des personnages, des jeux de mot, des fêtes culturelles…). Il doit prendre en compte tous ces paramètres (et restrictions) afin de rendre le texte cible le plus fidèle possible au texte source.

En effet, le traducteur doit aussi savoir ce qui est accepté ou non dans son pays d’origine, et doit en avertir le client si certains termes ou certaines expressions feront potentiellement scandale. (Références sexuelles, culturelles, religieuses…)

Une fois que la traduction ait été révisée, il faut la passer dans la machine de l’assurance qualité linguistique ! (LQA pour les anglophones)

Comment procède-t-on à une « LQA » dans le domaine du jeu vidéo ?

Il va falloir tester le jeu vidéo afin de répertorier tous les problèmes qui peuvent surgir, tels que les problèmes de non localisation, de chevauchement ou même de débordement de texte. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela arrive bien plus souvent que prévu et, pour en avoir fait, je dirai même qu’ils surviennent de manière inattendue ! Les problèmes qui ne sont pas liés à la langue ne sont cependant pas pris en compte, car cela nécessite d’autres connaissances que le traducteur ne possède pas. (Je parle ici du métier de testeur de jeux vidéo. En d’autres termes, si votre personnage passe à travers les murs, ce n’est pas votre problème !)

Pour conclure…

Beaucoup de joueurs prennent la traduction de jeux vidéo pour acquis et ne prennent pas conscience que les dialogues et tous les textes qu’ils voient en jeu sont le produit d’un travail réfléchi, soigné et rigoureux. Le manque de contexte et tous les problèmes qui gravitent autour poussent le traducteur à faire des choix, discutables ou non.

En d’autres termes, ce n’est pas forcément de la faute du traducteur si le jeu comporte des erreurs ou s’il a été « mal traduit ». Je pense sincèrement que chacun fait de son mieux avec les moyens qui lui ont été confiés.

Voilà, je pense avoir dit tout ce que je pensais. J’espère que cette lecture n’était pas trop fastidieuse et qu’elle vous aura plu !

 

Bibliographie

Mars, auteur de l’article « Chronique : Pourquoi les jeux vidéo sont-ils mal traduits ? » https://www.journaldugeek.com/2012/08/29/chronique-traduction-jeux-video/

Tradonline, « Dans les coulisses de la traduction de jeux vidéo » https://www.tradonline.fr/dans-les-coulisses-de-la-localisation-dun-jeu-video/

« Traduire un jeu vidéo : nos conseils » https://www.versioninternationale.com/details-pas+si+facile+de+bien+faire+localiser+traduire+son+jeu+video-223.html

Jonathan Sobalak « La localisation de jeux vidéo, une traduction technique ou littéraire ?» https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/07/01/la-localisation-de-jeux-video/

Définition du mot « variable » à l’aide du site CNRTL : https://www.cnrtl.fr/definition/variable

Parlons du réviseur-relecteur

Par Elena Valevska, étudiante M1 TSM

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De nos jours, cela ne fait plus aucun doute qu’un bon traducteur doit savoir se rendre invisible. Il doit être capable de ne pas faire sentir sa présence et de donner au lecteur l’impression qu’il est en train de lire un texte original et non pas une traduction. C’est là que le réviseur-relecteur entre en jeu : il veille à ce que le produit final soit propre, cohérent et sans oublis, tout en conservant le sens de l’original. Chaque agence de traduction qui respecte ses clients va faire appel à des réviseurs afin de pouvoir assurer la qualité de la traduction. Bien que l’on ne parle pas souvent du réviseur, son rôle n’est pas moins important : en 2006, le Comité européen de normalisation a publié la norme européenne EN-15038 sur les services de traduction, plus tard remplacée par la norme internationale ISO 17100 en 2015, les deux stipulant qu’une traduction doit être révisée afin de garantir sa qualité[i][ii].

Vous aurez remarqué qu’en parlant de « réviseur-relecteur » je regroupe deux concepts sous un même toit : la révision et la relecture. De manière générale, la révision prend pour but l’amélioration du texte dans son entièreté, contrairement à la relecture qui consiste à vérifier l’orthographe, la typographie et la grammaire. Pendant l’étape de révision d’un document, le réviseur va par exemple vérifier et valider la terminologie utilisée par le traducteur, reformuler des phrases longues ou complexes et s’occuper des formulations lourdes. Certaines agences séparent les deux étapes, avec une personne qui se chargera de la révision et, ensuite, une autre de la relecture, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans l’agence de traduction qui m’a accueillie, le plus souvent une personne se chargera de la révision et de la relecture à la fois, alors qu’une autre personne fera le dernier contrôle sur papier. Durant cette « deuxième relecture », le relecteur va vérifier si les noms sont épelés correctement, si les dates et les chiffres ne sont pas erronés, si la typographie est en ligne avec les normes de la langue cible (l’utilisation d’un tiret long, les espaces insécables, le point-virgule), pour donner quelques exemples.

Or, qu’est-ce que le métier de reviseur-relecteur, alors ? Pendant mon stage, la révision était l’une de mes missions principales, et j’ai également eu l’occasion d’entretenir avec les autres réviseurs. Voici ce que j’ai appris.

L’humilité. Le but n’est pas d’imposer son propre style ni de démontrer sa virtuosité linguistique, mais d’essayer d’améliorer le résultat final en respectant les choix faits par le traducteur.

La subjectivité. La ligne de démarcation entre une correction de préférence et une amélioration du style est fine. En règle générale, sauf dans le cas d’un contre-sens, la plupart du temps il vaut mieux laisser tel quel. Sinon, on risque de casser le « rythme » de l’original, mais chaque traducteur a des tournures préférées et un style défini, il a fait des choix précis qui ne sont pas toujours évidents.

Les consignes des clients. Certains donnent des consignes très claires, d’autres n’en donnent pas du tout. Parfois ils disent une chose, pour changer d’avis plus tard. Il faut être proactif, soulever des questions en cas de doute et s’attaquer aux problèmes dès qu’ils surviennent si l’on souhaite éviter du travail supplémentaire.

Le temps investi. Certains clients ont tendance à envoyer des documents mal traduits parce que la révision coûte moins cher, et certains traducteurs envoient du travail fait à moitié parce qu’ils enchaînent les délais. Dans les deux cas, cela signifie beaucoup de travail supplémentaire pour le réviseur.

La responsabilité. Comme le réviseur est la dernière personne à juger la qualité d’un texte, il lui incombe beaucoup de responsabilité. Tout comme le traducteur, le réviseur reste invisible sauf s’il y a un problème.

L’interférence linguistique. Trait qu’il a probablement en commun avec le traducteur, le réviseur passe tellement de temps entre plusieurs langues, analysant tous les détails, que des moments brefs de confusion peuvent se produire, où la langue étrangère commence à influencer la langue maternelle.

 

[i] Comité européen de normalisation. 2006. Norme européenne EN 15038:2006. Services de traduction, exigences requises pour la prestation du service. Bruxelles, Institut belge de normalisation.

[ii] ISO 17100:2015 Translation Services-Requirements for Translation Services. Technical Committee ISO/TC37, 2015.

 

Petit plaidoyer pour l’allemand

Par Julian Turnheim, étudiant M1 TSM

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Voilà un sujet qui me tient à cœur !

Étant franco-autrichien, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu bilingue, un milieu dans lequel j’ai pu apprendre les deux plus belles langues du monde. Oui, je suis très objectif ! J’ai été imprégné des deux cultures.

Vous êtes donc très certainement en train de vous dire : « Un franco-autrichien ? Mais c’est un homme parfait ! » Eh bien, j’ai envie de vous répondre oui. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Bien qu’une très grande majorité des personnes voie dans la maîtrise de l’allemand un avantage évident, cette majorité semble avoir également un petit « problème » avec la langue allemande en elle-même. Ce billet de blog est pour moi l’occasion de démontrer que cette langue représente plus qu’un petit avantage. Je voudrais ainsi prouver aux Français qu’il s’agit de LA langue qu’il faut apprendre et cela aussi quand on veut devenir traducteur !

 

L’allemand, c’est quoi ?

Pour débuter, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de commencer par définir ce qu’est l’allemand.

Je ne vous apprends rien en disant que c’est une langue, une des langues indo-européennes appartenant à la branche des langues germaniques. Elle est la langue officielle en Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique mais également dans la région italienne du Tyrol du Sud. On retrouve aussi des communautés allemandes dans les pays frontaliers, dans les pays de l’Est de l’Europe mais également dans les anciennes colonies allemandes datant d’avant 14-18. Il existe même une communauté assez connue aux États-Unis dont le dialecte vient du bas allemand (Spoiler : ce sont les Amish). Vous voyez, ils sont vraiment partout ces Allemands !

Elle se compose d’un très très grand nombre de dialectes. Le Schwitzerdütsch par exemple, qui est parlé en Suisse. Bien que, pour être tout à fait franc, on ne dirait même plus de l’allemand.

Guten Tag, Moin, Hallo, Servus, Griaß di, Grüss Gott, Grüezi, Grüessech, Hoi, Moien, … Voilà quelques façons de dire bonjour dans les pays germanophones. C’est beaucoup, n’est-ce pas ? Pour que tous ces germanophones se comprennent, ils utilisent le Hochdeustch, aussi appelé le Standarddeutsch (allemand standard en français). Lorsque je ferai référence à la langue allemande dans ce billet de blog, je ferai bien évidemment référence au Hochdeutsch.

Traduire la langue maternelle la plus parlée d’Europe

L’allemand est l’une des langues les plus influentes dans le monde. Étant la langue officielle de 6 pays, une des 24 langues officielles de l’Union européenne et comptant près de 100 millions de locuteurs, elle a tous les prérequis pour occuper une grande place dans le monde de la traduction. C’est particulièrement vrai pour la France. L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France. Les sociétés allemandes sont, au coude à coude avec les sociétés nous venant des États-Unis, celles qui emploient le plus en France. Par conséquent, on retrouve beaucoup d’entreprises françaises et allemandes qui échangent entre elles, qui communiquent, qui vendent dans le pays de l’autre. Ces entreprises auront besoin de traductions pour leurs sites, pour les textes sur les emballages de leurs produits, pour la notice de ces mêmes produits ou encore pour des documents officiels. Pour ces traductions on aura bel et bien besoin de traducteurs.

Pour analyser la situation de l’allemand sur le marché de la traduction en France, je vais me permettre de comparer l’allemand à l’espagnol. Ce sont les deux grands géants après l’anglais même si le terme « géant » définit finalement assez mal l’allemand. Surtout au regard de son enseignement en France mais nous en parlerons plus loin. Dans cette partie je vais me concentrer exclusivement sur les tarifs pratiqués sur le marché de la traduction.

Avant de commencer cette partie, je me suis posé ces questions : pour devenir traducteur, quelle est la langue la plus adaptée ? Quelle est la langue qui permet le meilleur équilibre entre la difficulté de l’apprentissage, la demande en termes de traduction et le revenu ? Est-ce l’allemand ? Pour la France, c’est très certainement une réponse possible.

Analysons l’enquête de 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction menée par la SFT (Syndicat national des traducteurs professionnels). Ce qui nous intéresse tout particulièrement est la partie concernant les statistiques sur les prix par langue. Nous pourrons comparer les tarifs appliqués en 2008 et en 2015.

Tout d’abord, intéressons-nous aux tarifs des traducteurs pour leurs clients directs. En 2015, le prix moyen au mot pour la paire de langue DE>FR était de 0,17 € et en 2008 de 0,16 €. Ce qui représente donc une évolution de 6,25 %. Pour la paire de langues ES>FR, le prix moyen au mot était de 0,13 € en 2015 comme en 2008.

En ce qui concerne les prix appliqués par les agences, la situation reste similaire. Pour la paire de langue DE>FR, le prix moyen par mot était de 0,12 € en 2015 comme 2008. Pour ES>FR, ce prix était de 0,09 € en 2015 et de 0,10 € en 2008. On observe donc également une baisse pour l’espagnol.

On remarque globalement un écart de 0,02 € à 0,03 € entre l’allemand et l’espagnol. Par ailleurs, on retrouve ce même écart dans la traduction d’édition. La dynamique actuelle est donc simple : les tarifs de l’espagnol sont en baisse et ceux de l’allemand en hausse avec un écart qui se creuse petit à petit. Le traducteur germaniste est mieux payé que le traducteur hispaniste. Il faudra néanmoins attendre la prochaine étude de la SFT pour confirmer cette tendance. Je serais pourtant prêt à parier qu’elle va belle et bien se confirmer. Puisque c’est la loi de l’offre et de la demande qui est déterminante, il suffit de regarder l’enseignement de l’allemand en France.

Crise de l’enseignement de l’allemand

Un traducteur ça ne pousse pas comme ça au milieu des champs. Ce n’est pas une graine que l’on plante et qu’il suffit d’arroser pour en faire une fleur. Quoique … Un traducteur il faut bien le former. Cet apprentissage commence dès la jeunesse, au collège. C’est là que commence l’apprentissage des langues pour la très grande majorité des petits Français. C’est aussi à ce moment-là que beaucoup, à mon avis, font le mauvais choix : ils choisissent l’espagnol.

Seulement 15,4 % des élèves de l’école secondaire font le choix d’apprendre l’allemand contre 39,7 % pour l’espagnol.

Ils font ce choix parce que l’espagnol est plus attractif, plus facile, plus « caliente ». À côté de ça, la langue de Goethe est réputée difficile et souffre d’une très mauvaise image. Thérèse Ouchet, professeure d’allemand le résume bien dans le Figaro, le 21 janvier 2013 : « L’espagnol est réputé facile, l’allemand difficile. Les nombreux films sur la Seconde Guerre mondiale ont un impact. On entend beaucoup de bêtises sur le temps toujours gris en Allemagne versus le soleil espagnol !»

Ce qui en résulte : une crise. Les enquêtes de l’ADEAF, l’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France, démontrent bien qu’il y a une véritable crise de l’allemand en France : baisse des heures d’allemand au collège, situation catastrophique des enseignants d’allemand, mauvaise qualité de l’enseignement, manque de professeurs compétents (en 2017, au CAPES d’allemand, seulement 125 candidats ont été admis pour 345 postes), … Les inquiétudes concernant la rentrée 2019 persistent.

 

L’allemand est bel et bien en crise. C’est ce que nous confirme Iris Böhle, traductrice assermentée au Tribunal de Grande Instance de Douai et directrice de sa propre école de langue. Ce sujet est donc sa tasse de thé. Interview ! (Traduit de l’allemand) 

Bonjour Iris, peux-tu te présenter, nous parler de ta carrière ?

Je m’appelle Iris Böhle, j’ai étudié en Allemagne, à Sarrebruck. En Allemagne, nous faisions déjà la distinction entre la traduction et l’interprétariat. Mon choix était clair : j’ai choisi la traduction. À cette époque, il n’y avait pas encore de Master, on parlait encore d’études « Magistra », études dont la durée était de quatre ans. Après avoir complété ce cursus, j’ai dû choisir une spécialisation. En Allemagne, on avait le choix entre l’économie, le droit ou les technologies. À l’époque, j’ai choisi les technologies avec une expertise dans l’industrie automobile.

Et ensuite ? Tu es venue en France ?

Exactement ! Je suis venue en France pour des raisons personnelles. J’ai d’abord postulé à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes pour commencer à travailler. Au départ, je voulais juste obtenir une liste de toutes les entreprises exportatrices de Valenciennes, Douai et Lille. On m’a finalement proposé un poste pour devenir professeure d’allemand, ce que j’ai accepté. Je jongle depuis juillet 1984 entre l’enseignement, la traduction et l’interprétariat. Ce qui m’a surprise au début, c’est que je travaillais davantage comme interprète que comme traductrice. Je n’avais pas la formation requise mais ce n’était pas un problème, ça m’amusait. Néanmoins, je ne le fais plus autant qu’avant, parce que ça demande énormément de concentration. Je gère ma propre entreprise depuis 2002, je n’ai donc plus le temps pour ce genre de requêtes. Parfois, il m’arrive de travailler comme interprète lors de visites d’entreprises. Cela permet d’entretenir le contact avec les gens. Tu n’as pas ça avec la traduction « écrite » : tu es chez toi, ce qui peut sembler tentant, mais parfois tu es seul, tu dois être très rigoureux, respecter les délais et j’en passe. Ce n’est pas toujours simple.

Comment en es-tu arrivée à la traduction assermentée ?

Je suis traductrice et interprète assermentée depuis décembre 1999. L’idée m’est venue lorsque j’ai commencé à obtenir de plus en plus de contrats à traduire, ce que tu ne peux faire, que si tu es assermenté, naturellement. J’ai donc déposé ma demande auprès du Tribunal de Grande Instance de Dunkerque. Aujourd’hui, 90% des demandes que je reçois sont des traductions assermentées.

Par curiosité, quel type de documents traduis-tu ?

En ce qui concerne la traduction assermentée, je traduis, entre autres, des contrats de location, des contrats de travail, des documents bancaires et des documents sur des affaires pénales, toutes sortes de choses.

Passons maintenant au sujet central : que penses-tu de l’allemand ? Comment trouves-tu cette langue qui est ta langue maternelle ?

 Ce n’est certainement pas une langue mélodique. L’italien c’est mélodique, c’est de la musique.

On dit souvent que l’allemand est une langue militaire, que c’est une langue parfaite pour donner des ordres, mais cela dépend aussi de la voix de la personne. On dit aussi que les langues slaves sont dures, mais ce n’est pas vrai. Quand j’entends de temps à autre des Français parler allemand, il m’arrive de me dire que ce n’est finalement pas une belle langue.

Comment perçois-tu la situation de la langue allemande en France ?

Pour moi, la situation est plutôt critique. Au collège, je dirais que le rapport national entre l’allemand et l’espagnol en France est probablement d’environ 85% d’hispanistes pour 15% de germanistes, ce qui est totalement absurde. Beaucoup de Français négligent l’allemand. Un collégien n’est souvent pas conscient de l’importance que peut avoir l’allemand. J’en veux aux enseignants d’espagnol pour cela. Ils se battent tous pour leur matière au lieu de penser à l’avenir des enfants. Pendant trois mois, j’ai comparé les offres d’emploi dans le secteur de l’industrie et du commerce en France et environ 90% des emplois avaient l’allemand comme deuxième langue étrangère recherchée. Mes enfants ont toujours trouvé un job d’été grâce à l’allemand.

Comment vois-tu l’avenir de l’allemand ? Penses-tu que la situation va s’améliorer ?

Je ne pense pas que les choses s’amélioreront dans les écoles. En revanche, pour ceux qui ont appris l’allemand et qui le maîtrisent bien, l’avenir est assuré, parce que les relations économiques entre la France et l’Allemagne existeront toujours. D’ailleurs, là où il y a beaucoup d’entreprises, il y a aussi beaucoup à traduire (à bon entendeur).

Que dirais-tu à un collégien qui doit choisir entre les deux langues ?

Je lui dirais que la meilleure garantie pour trouver un emploi est de savoir parler et écrire en allemand. Je peux le dire d’après ma propre expérience. On disait autrefois que l’allemand n’était réservé qu’à une élite. C’est évidemment la plus grande des absurdités. Aujourd’hui, tout le monde a la chance de pouvoir apprendre l’allemand.

J’ai déjà tenu des conférences sur le sujet dans les écoles ici. J’ai toujours insisté auprès des parents pour qu’ils incitent leurs enfants à choisir l’allemand au lieu de l’espagnol en deuxième langue étrangère. L’espagnol et l’italien sont des langues pour les vacances. Les Chinois l’ont compris, ils apprennent tous l’allemand depuis une dizaine d’années. Alors choisissez l’allemand !

Conclusion

Il est vrai que comparé à l’espagnol, l’allemand est plus difficile à apprendre pour un francophone. Cette difficulté persiste également lors de la traduction. L’allemand est une langue beaucoup plus directe, moins abstraite qui n’aime pas laisser place à l’interprétation. Sa structure syntaxique est bien évidemment très différente du français et, lors de la traduction, la reformulation est presque incontournable. Ce ne sont pour autant pas des raisons pour ne pas apprendre l’allemand. N’oubliez pas, toute crise est porteuse d’opportunité !

Il y a énormément de raison d’aimer l’allemand, des raisons qui ne sont pas que financières ou professionnelles. Derrière cette langue se cache une grande histoire, une culture riche.

Certes, je n’y suis pas allé de main morte avec l’espagnol. Une langue aussi magnifique qui mérite totalement son succès. C’est plutôt la souffrance de l’allemand que je voulais mettre en exergue.

Je vous remercie d’avoir lu mon billet de blog und wünsche Ihnen einen schönen Tag !

 

SOURCES :

Riegler-Poyet, M. (22/10/2018). L’allemand, un atout pour l’insertion professionnelle – ADEAF.

Clerc T., Goldmann K., Hombach-Bouchet B., Bouchet J.-A., Bey C. (30/10/2017). ADEAF Enquête Nationale rentrée 2017.

Dalmas M. (09/10/2017). Intervention dans le cadre du « Notre rapport à la langue – Cultures linguistiques en France et en Allemagne : Différences, contacts, passages ». Sptg.de.

Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse (2019). Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, édition 2009. Statistiques des langues enseignées dans le système éducatif français.

SFT, la Société française des traducteurs (2016). Enquête 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction

Marie-Estelle Pech, Patrick Saint-Paul, Mathieu de Taillac (21/01/2013) L’allemand ne séduit guère les élèves français… et vice-versa. Le Figaro

Conflits et traduction

Par Célia Wisniewski, étudiante M1 TSM

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La traduction est un élément qui est souvent oublié dans les récits de guerres et de conflits, or elle est une composante importante de ces périodes, car la rencontre ou l’affrontement de différents peuples pousse les différents camps à utiliser la langue comme une arme et à communiquer ensemble, malgré des langues différentes. Les traducteurs jouent un rôle autant pratique et politique, qu’artistique et engagé pendant ces périodes. À travers les exemples suivants, je souhaite mettre en avant l’importance et l’influence de la traduction avant, pendant et après les périodes de conflit.

Bien que la traduction soit importante dans la vie quotidienne lors des conflits (nécessité de comprendre la langue de l’ennemi, voire de l’occupant pour certaines guerres), sa portée est également très importante dans le monde littéraire. Dans ce cas, elle n’est en réalité pas si futile ou légère, car elle peut incarner un sentiment d’unité ou un soutien envers son camp.

C’est ce qu’illustre les Éditions de la NRF. En lien avec La Nouvelle Revue Française, cette maison d’édition publie pendant la Grande Guerre des traductions telles que La Barbarie de Berlin, écrit par l’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton et traduit par Isabelle Rivière. Le choix des traductions n’est pas fait au hasard : ce sont des ouvrages qui glorifient la France, qui valorisent l’unité avec les Alliés ou qui critiquent les ennemis, ce qui est le cas ici avec La Barbarie de Berlin. À l’inverse, les éditions de la NRF ne publient aucune traduction allemande pendant la période de la guerre, alors que la langue allemande avait de l’importance pour les fondateurs de la revue, on peut citer par exemple André Gide qui avait étudié l’allemand, à l’inverse de l’anglais qu’il apprit plus tardivement. Les fondateurs des éditions de la NRF se servent de la traduction afin de véhiculer leurs idées et de propager leur soutien au camp des Alliés. La traduction est un moyen d’enrichir le nombre d’œuvres existant dans une langue et c’est une manière ici d’entériner la présence du français dans un monde chaotique.

Il en va de même pour la revue suisse Lettres. Cette revue a été créée en 1943 pour y publier des poèmes engagés que l’on ne pouvait pas publier dans la France occupée. Elle a mis en avant énormément de traductions de poèmes, par exemple l’un des numéros de l’année 1944 compte pas moins de 12 poèmes d’auteurs britanniques. A contrario, on ne trouve quasiment pas de traductions d’auteurs allemands, sauf celles de Kafka ou de Hofmannstahl, ces auteurs étant vus comme des victimes de l’oppression allemande. D’ailleurs, les œuvres de Kafka ne sont plus disponibles à la vente en France pendant l’occupation, puisque le nom de l’auteur se trouve sur l’une des listes Otto (liste recensant les auteurs interdits de diffusion en France).

Pour être totalement en accord avec ses idées, certains traducteurs ont même supprimé des passages qui se trouvaient dans l’œuvre originale. Dans le contexte de la guerre d’indépendance espagnole qui opposa au début du XIXe siècle l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni à la France de Napoléon, le médecin de la grande armée Dominique-Jean Larray écrit pendant la guerre en 1812 les Mémoires de chirurgie militaire et campagnes. Après avoir été traduit une première fois par Willmott Hall en 1814 ; qui en supprimera certains passages ; l’anglais John Augustin Waller proposa à son tour une traduction des mémoires du médecin napoléonien. Dans la préface, le traducteur dit du livre qu’il comporte “a tolerable proportion of disgusting egotism and vaunting” (ce que l’on pourrait traduire par « une proportion tolérable d’égoïsme dégoutant et de vantardise ») et critique vivement l’auteur qui s’adonnait à des descriptions de paysages et de scènes militaires. Il décida d’en faire un ouvrage dont la portée serait uniquement scientifique et raccourcit le livre, le faisant passer de trois à deux volumes, ce qui lui donna un caractère tout à fait différent de l’original. En réalité, la cause de cet appauvrissement est plutôt la rancœur encore bien présente chez le traducteur pour le camp français. Par ailleurs, la troisième personne qui se prête à la traduction de cet ouvrage en 1832 y laissa tous les détails et les descriptions de l’auteur. L’absence de ressentiment de la part du traducteur permit une traduction plus objective et fidèle au texte d’origine.

La traduction peut également être le moyen de propager le savoir et les connaissances et ainsi de donner une meilleure visibilité aux faits historiques. Ce fut le cas pour le livre « Les voisins : 10 juillet 1941. Un massacre de Juifs en Pologne » écrit par Jan Tomasz Gross. Il a d’abord été écrit en polonais en 2000, puis a été publié en anglais l’année suivante. La parution de ce livre en anglais lui donna un rayonnement international, la traduction permit de faire connaître l’histoire de près de 1000 Juifs polonais qui ont été massacré par d’autres polonais en 1941 dans le village de Jedwabne. Jusque dans les années 2000, la responsabilité de ce massacre était attribuée aux nazis, et c’est la traduction du livre en anglais qui a permis de rétablir la vérité sur cette sombre période de conflit.

Même si une traduction de qualité n’est pas visible par le public, elle joue un rôle d’une grande importance, et participe à la vie politique, mais aussi au devoir de mémoire. Elle a joué un rôle non-négligeable dans les confits, changeant parfois le déroulement des faits ou la perception que l’on peut avoir de certaines périodes de conflits.

 

Sources :

Amélie Auzoux, « André Gide et Valery Larbaud : deux traducteurs en guerre (1914-1918) », Traducteurs dans l’histoire, traducteurs en guerre, Christine Lombez (dir.), Atlantide, n°5, 2016, p. 33-42, http://atlantide.univ-nantes.fr

Stefanie Braendli, « Traduire depuis la Suisse en 1943. Le cas de la revue genevoise Lettres », 1943 en traductions dans l’espace francophone européen, Christine Lombez (dir.), Atlantide, n° 8, 2018, p. 6-27, http://atlantide.univ-nantes.fr

Greig Matilda, « Traduire la guerre au xixe siècle. Réinventions et circulations des mémoires militaires de la guerre d’Espagne, 1808-1914 », Hypothèses, 2017/1 (20), p. 347-356. DOI : 10.3917/hyp.161.0347. URL : https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2017-1-page-347.htm

Dominique Jean Larray (traduction de John Augustin Waller), Memoirs of Military Surgery, 1814

Lynne Franjié, Guerre et traduction, Lille, L’harmattan, 2016

Salama-Carr, Translating and Interpreting Conflict, Amsterdam : Rodopi, 2007

Bowen, D. & Bowen, M. (1985). The Nuremberg Trials : communication through translation. Meta, 30, (1), 74–77. https://doi.org/10.7202/002131ar

 

Être traducteur en Allemagne : et pourquoi pas ?

Par Jordan Raoul, étudiant M1 TSM

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Fer de lance de l’Union européenne et industrie de pointe, l’Allemagne est le premier partenaire économique de la France. C’est donc une destination privilégiée pour les courageux, entre autres, qui se sont orientés vers l’apprentissage de l’allemand à partir du collège. Je suis moi-même, très intéressé par ce pays. La langue ainsi que les rencontres et les voyages que j’y ai faits m’ont poussé à envisager de m’y installer. N’étant pas encore traducteur, je n’ai pas la prétention d’être capable de comparer les deux pays. Néanmoins, j’ai pu, au cours des mois passés, interroger des traducteurs installés en Allemagne et recueillir des informations sur le marché allemand et la carrière que les traducteurs y mènent. Également en période de stage à Hamburg (pardonnez mon goût pour la non-traduction des noms de villes et de régions allemandes), j’ai l’occasion d’observer quotidiennement les relations entre les traducteurs, les clients et les gestionnaires de projets qui font le lien entre les deux.

 

Commençons par une petite présentation de nos protagonistes :

Charles Minnick est un traducteur américain installé à Brauschweig, dans le centre de l’Allemagne, depuis plus de 10 ans. Il travaille pour l’Établissement fédéral de technique physique (Physikalisch-Technische Bundesanstlat) où il fait principalement de la révision de textes traduits vers l’anglais.

Stephanie James vient d’intégrer le marché de la traduction. Elle vient de Nouvelle-Zélande mais son goût pour l’allemand l’a poussée à s’installer à Karlsruhe. Elle a été gestionnaire de projet pendant plusieurs mois avant de devenir traductrice à part entière. Bien que fraichement débarquée, son activité rencontre déjà beaucoup de succès.

Jess Schewel est une traductrice britannique installée, comme Charles, à Braunschweig. Après une formation qui s’apparente à la formation TSM et deux stages en Allemagne, elle a réalisé qu’elle était faite pour y rester. Elle traduit depuis 10 ans, elle est indépendante et travaille tant avec des agences qu’avec des clients directs.

Max Grauert GmbH est l’agence de traduction dans laquelle je suis actuellement stagiaire. Elle est située à Reinbek, près de Hamburg. Elle regroupe une petite équipe d’une quinzaine de personnes constituée essentiellement des gestionnaires de projets, mais emploie également des traducteurs à travers le monde, à distance, afin d’assurer le plus grand nombre de combinaisons de langues possible.

 

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Charles Minnick (à gauche), traducteur-réviseur à l’Établissement fédéral de technique-physique. Photo : Yuzhe Jia

 

« Alles, was einen Stempel hat, ist wertvoll ». En français, « Tout ce qui a un cachet officiel est précieux ». Ces paroles, que j’ai entendues plusieurs fois de la part d’acteurs du monde de la traduction allemand, font avant tout référence à une certification dont Charles me parlait déjà en novembre dernier. Il s’agit d’une sorte de diplôme d’État visant à faire certifier ses capacités de traducteurs et / ou d’interprète. Il s’agit d’un équivalent, si l’on veut, des certifications de niveau de langue, en cela qu’il n’est pas nécessaire de l’obtenir pour être traducteur en Allemagne. Charles Minnick ne l’a obtenue que récemment, Stephanie James compte s’y essayer à la prochaine session, tandis que d’autres se sont jetés dessus, comme les employés britanniques de l’agence de traduction Max Grauert GmbH, peut-être par crainte du Brexit. L’Allemagne étant un pays fédéral, chaque Land propose ses sessions et ne certifie pas nécessairement dans les mêmes langues que son voisin. Le Hessen certifie par exemple dans 30 langues, tandis que Bremen ne propose que le français, l’anglais et l’espagnol. Les épreuves ne sont pas non plus égales. Celle que souhaite passer Stephanie James est constituée de traductions de textes juridiques, tandis qu’une employée de Max Grauert GmbH n’a eu qu’à se rendre à un séminaire durant un après-midi pour obtenir sa certification.

À présent, que vous soyez ou pas en possession de cette certification, il vous faut être dans la légalité pour travailler. Beaucoup de traducteurs travaillent en tant qu’indépendants, même lorsqu’ils travaillent uniquement pour une seule et même agence de traduction. Cela leur permet d’être libres de vivre et de travailler à leur manière. Si Charles est salarié d’un institut, Stephanie et Jess sont, quant à elles, traductrices freelance. Le régime que l’on appelle Kleinunternehmer, s’apparente à celui des micro-entrepreneurs en France. La procédure est généralement simplifiée, mais elle nécessite un compte en Allemagne. Être Kleinunternehmer vous permettra d’obtenir ce que l’on appelle un Steur-ID et un Steuernummer, qui vous permettront d’établir vos factures. Dans le cas de Jess, ce régime lui a permis d’être exemptée de TVA durant ses deux premières années.

En tant que traducteur indépendant, plus particulièrement, il est important de pouvoir se faire connaître sur les réseaux sociaux. À ce sujet, ce qui est vrai en France reste vrai en Allemagne. Toutefois, il existe un réseau social bien allemand, Xing, qui se veut être le LinkedIn du marché germanophone (et donc suisse, autrichien et liechtensteinois, également). Il est important de savoir gérer son e-réputation tant sur Xing que sur LinkedIn, car tous deux représentent une grande part des échanges entre traducteurs et clients.

Et puisque je vous parlais à l’instant de marché germanophone, sachez qu’être traducteur francophone en Allemagne vous rapproche de clients autrichiens et suisses. Les Suisses ont d’importants besoins de traduction vers le français. Il ne faut pas avoir peur de ne pas être capable de maîtriser les variantes suisses du français et de l’allemand, car les textes à traduire sont souvent techniques et le vocabulaire est davantage influencé par la terminologie propre au domaine que par quelque dialecte qui soit. Il vous faudra toutefois apprendre à connaître les sources institutionnelles suisses, car on peut facilement confondre une source suisse avec une source française ou allemande.

Bien que l’Allemagne soit connue pour être un pays où règnent la rigueur et le professionnalisme, vous ne serez jamais à l’abri de tomber sur des clients peu organisés, louches, voire de mauvaise foi. Selon Stephanie James, qui a déjà fait de mauvaises rencontres, il faut éviter les agences de traductions qui transmettent des documents sans avoir pris vraiment contact ou qui ne font pas signer de clause de confidentialité. Jess Schewel brosse ainsi le portrait d’un client comme on en trouve beaucoup en Allemagne : « Certains clients préfèrent s’entretenir au téléphone et discuter du projet avant de le transmettre. La communication avec les Allemands est davantage formelle au début, mais, après quelques projets satisfaisants, devient décontractée (« vous » se transforme en « tu » et l’emploi du prénom se généralise, par exemple). Les réponses rapides sont de rigueur, surtout lorsqu’il s’agit d’une agence. ». Elle poursuit ensuite sur la question des salaires. Ses clients payent généralement au mot et le salaire varie entre 0,10 € et 0,20 € par unité. Certains clients, plus particulièrement les Suisses, préfèrent payer au segment. Ce type de paiement est quelque chose que j’ai observé personnellement lors de mon stage. J’ai questionné Stephanie James à ce sujet et sa réponse fut plutôt intéressante : « As-tu vu combien les mots allemands sont plus longs que ceux de beaucoup d’autres langues ? ». Cela fait sens : quand ce qui est en français une phrase devient en allemand un mot…

 

Ainsi, en vous parlant du marché allemand de la traduction, j’espère vous avoir présenté un marché qui, certes, ne se distingue pas radicalement du marché français, mais qui aura su vous rendre curieux et qui vous invitera à vous informer davantage sur ce beau pays et ses perspectives en matière de traduction.

 

Quelques sources et liens utiles :

https://bdue.de/de/der-beruf/wege-zum-beruf/staatliche-pruefung/

https://www.steuererklaerung.de/ratgeber-steuern/steuer-id-steuernummer

https://scheweltranslation.de/

https://www.linkedin.com/in/stephanie-james-0794b6142/

https://www.linkedin.com/in/jordan-raoul-a94a36175/