Relire un texte sans connaître la langue source : mission impossible ?

Par Célia Jankowski, étudiante M2 TSM

 

Relire un texte, tout bon traducteur le sait, n’est pas une tâche anodine. La relecture est une étape indispensable du processus traductif, et ne doit en aucun cas être prise à la légère. Peu d’agences ou de traducteurs renvoient à leurs clients des textes non relus.

Or, imaginez cette situation : vous êtes traducteur, et on vous demande de relire un texte, afin de corriger les éventuelles erreurs et coquilles oubliées par le traducteur. Pas de problème, vous répondez. Vous recevez le document, l’ouvrez dans votre outil de TAO préféré, et là, horreur : le texte source est dans une langue que vous ne maîtrisez pas du tout ! Vous n’en comprenez pas un mot. Vous demandez confirmation auprès de celui ou celle qui vous a demandé d’effectuer cette tâche : non non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon document.

Un traducteur, confronté pour la première fois à ce genre de situation, peut être déconcerté. Est-ce normal de recevoir une telle demande ? Est-ce seulement possible ?

Pas de panique, c’est tout à fait faisable. Mais un peu différemment.

Revision1Ne vous inquiétez pas, ça va aller !

 

Lorsque vous révisez un texte, en général, le but est bien sûr de relever et corriger les fautes d’accord, de frappe, de ponctuation, ainsi qu’améliorer la syntaxe si nécessaire. Mais il faut aussi aller un peu plus loin et comparer la traduction à l’original, vérifiant ainsi que tout les éléments présents dans la source sont bien retranscrits dans la cible, et ce de manière correcte. Bien évidemment, ce dernier point est impossible sans comprendre la langue du texte source ; dans notre cas, il faudra donc faire l’impasse sur ce point. Qu’à cela ne tienne ! L’agence ou la personne qui vous a confié cette tâche fait manifestement confiance à son traducteur, il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Commencez par déterminer le skopos du texte : à qui est-il destiné ? Pourquoi a-t-il été rédigé ? N’hésitez pas à poser ces questions à celui qui vous a confié la relecture si vous ne parvenez pas à déterminer cela seul : les réponses à ces questions sont primordiales pour une bonne relecture.

Ensuite, comme dans une relecture traditionnelle, il reste à corriger les fautes de frappe, d’accord, d’orthographe éventuelles, améliorer la syntaxe si vous le jugez nécessaire… Et puis vous tombez sur un mot, une expression qui vous semble étrange et peu adaptée au contexte. Oui, mais voilà : comme expliqué précédemment, pas moyen de vérifier dans le texte source si c’est vraiment le bon terme. Et pas question de passer au traducteur automatique pour tenter de trouver une réponse vous-même ! La seule solution : marquer le mot ou expression posant problème, et le signaler lorsque vous renverrez le texte relu.

Votre relecture est terminée. N’oubliez pas de résumer les problèmes au moment de renvoyer le fruit de votre labeur, et votre rôle s’arrête (normalement) là. Ouf, ce n’était pas si compliqué au final, quoiqu’un peu fastidieux et étrange. Mais n’existe-t-il pas une meilleure façon de réaliser une telle relecture ?

Eh bien, si ! Il est possible d’effectuer ce que l’on appelle une « relecture croisée », qui fait collaborer le relecteur et le traducteur. Le relecteur relit à voix haute la traduction, pendant que le traducteur relit silencieusement l’original, en vérifiant qu’il a bien retranscrit le sens dans sa traduction. Il peut à ce moment-là demander confirmation à son relecteur, lui précisant le sens de l’expression ou du terme dont il n’est pas sûr et lui demandant si l’idée est bien retranscrite. Cela permet un véritable échange entre le traducteur et le relecteur, qui peuvent ainsi se poser des questions et se faire des remarques en direct, et modifier la traduction immédiatement, sans que le relecteur ait besoin d’annoter les termes lui posant problème, problème que parfois le traducteur ne comprend pas forcément.

Du point de vue du traducteur, cela lui permet d’économiser du temps : en effectuant les modifications nécessaires au fur et à mesure de la relecture, pas besoin de rouvrir une nouvelle fois le texte à la fin de celle-ci pour retrouver les anomalies détectées par le relecteur. Du point de vue du relecteur, cela lui permet d’en apprendre plus sur le texte source, de mieux comprendre ce qu’il relit et de poser autant de questions que nécessaire à l’auteur de la traduction, ainsi que d’être plus sûr de lui dans ses suggestions : plus besoin de tergiverser de son côté quant à l’adéquation d’un certain terme, il n’a qu’à faire part de ses doutes au traducteur.

Une telle pratique a de nombreux avantages : plus les deux acteurs travaillent ensemble, plus la relecture sera efficace : le relecteur apprend des habitudes de traductions du traducteur, et le traducteur enregistre les remarques du relecteur. Une véritable collaboration se crée, et une « équipe » naît, qui s’entraide et qui se fait confiance.

La relecture croisée peut très bien se faire avec un relecteur chevronné, mais aussi avec un relecteur novice : le traducteur lui apprend les « ficelles » du métier et lui explique au fur et à mesure les choix à faire selon les problèmes rencontrés. Inversement, un relecteur (ou traducteur, qui ici endossera le rôle de relecteur) peut très bien s’associer à un traducteur novice, pour l’aider à parfaire sa traduction et lui expliquer comment éviter certaines erreurs.

Revision2Il est toujours possible d’appeler du renfort pour des expressions particulièrement coriaces.

 

Mais pourquoi vous confier une telle tâche, me demanderez-vous ? Eh bien, vous étiez peut-être la seule personne pouvant bien relire un document spécifique, que ce soit de par votre expertise en la matière dont le texte traite, ou bien vous étiez tout simplement la seule personne disponible dont la langue maternelle est celle du texte cible ou à même d’effectuer la relecture dans les délais.

Cela a été mon cas lorsque j’ai effectué mon tout premier stage de traduction dans une agence belge. Située dans la partie néerlandophone du pays, je ne m’attendais cependant pas à devoir relire des textes dans une langue source qui m’était totalement inconnue : le néerlandais. En effet, la plupart des commandes reçues consistaient à traduire des textes néerlandais vers le français, ce que j’étais par conséquent incapable de faire. Je me suis donc vu assigner le rôle de relectrice. Cependant, une fois la surprise initiale passée, et à l’aide d’une relecture croisée quasi systématique pratiquée avec mon maître de stage, tout s’est bien déroulé !

Voilà pourquoi il ne faut pas vous laisser impressionner par cette tâche sous le prétexte que la langue source vous est inconnue. Celui qui vous a confié cette tâche avait très certainement de bonnes raisons de vous l’attribuer, et vous êtes très certainement capable de l’effectuer sans problème ! À vos claviers.

Revision3Ça va mieux ?

 

La relecture croisée vous intéresse, et vous souhaitez en savoir plus à ce sujet ? Je vous invite à lire cet article de Jean-François Allain, publié en 2010 dans la revue en ligne Traduire, numéro 223.

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Comment améliorer vos traductions si vous êtes étudiant ou bien débutant

Article original en espagnol Cómo mejorar tus traducciones si eres estudiante o estás empezando, écrit par Pablo Muñoz Sánchez et publié le 12.02.2014 sur son blog.

Traduction française de Marie Castel, étudiante M1 TSM.

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Un étudiant du METAV m’a demandé quelque chose qui m’a donné une idée pour cet article : comment puis-je améliorer mes traductions en plus des corrections du professeur ? Répondre à cette question n’est pas une tâche facile, car s’il y avait une formule magique, il n’y aurait pas autant de formations dans le domaine de la traduction. Cependant, d’après mon expérience, je pense qu’il y a un certain nombre de choses que vous pouvez faire si vous êtes encore en formation et que vous avez beaucoup de motivation.

Traduisez tout ce que vous pouvez

Évidemment, plus vous traduisez, plus la traduction sera bonne. Je me souviens quand, dans mes premières traductions de mon parcours, je traduisais plus lentement qu’une tortue parce que je n’étais jamais sûr de quoi que ce soit et que je doutais de tout, tout comme je changeais une phrase encore et encore jusqu’à ce qu’elle « sonne bien ». C’est comme aller à la salle de spor: il est probablement difficile de soulever la barre sans poids au début, mais vous augmenterez au fur et à mesure la quantité de poids que vous pouvez soulever.

Ça a l’air sympa, mais dans tout cela, qui vous corrige ? Il est clair qu’un stage en traduction serait le complément parfait pour votre troisième ou quatrième année, car vous en apprendrez sur les processus, les outils et la qualité de la traduction à une vitesse incroyable. Cependant, il n’y a pas toujours des stages pour tout le monde. Que faire dans ce cas-là ?

Trouvez un partenaire pour vous corriger

Comme vous l’avez compris : trouvez un camarade de classe ou un traducteur débutant motivé grâce à Internet (sur Twitter, les groupes Facebook, etc.) qui veut vous aider en échange de la relecture de leurs traductions. Je sais que cela peut ressembler à une blague parce que certaines personnes peuvent penser que vous êtes étrange parce que vous êtes « trop motivé », mais je peux vous assurer qu’il y a des gens comme vous qui sont prêts à apprendre des autres.

Évidemment, cela ne vous amènera peut-être pas à apprendre aussi rapidement que si vous étiez sous la tutelle d’un professionnel expérimenté ou d’un enseignant, mais je suis sûr que vous en apprendrez encore. Rien qu’en traduisant, vous apprendrez une nouvelle terminologie ou encore des expressions linguistiques, donc si la correction d’un partenaire peut aider un peu plus, vous aurez déjà accompli quelque chose.

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« Motivez-vous »

Motivez-vous avec des textes qui vous plaisent

L’avantage de chercher du travail supplémentaire, c’est que vous n’avez pas à faire un manuel technique horrible que vous détestez, mais vous pouvez prendre le texte que vous aimez le plus. À l’âge de 12 ans (oui, vous avez bien lu), j’ai passé plusieurs après-midi à traduire le manuel d’un jeu vidéo de rôle que j’aimais, appelé Might and Magic II (à ne pas confondre avec les Heroes of Might and Magic, dont les personnages viennent des précédents Might and Magic). C’était quand il n’y avait pas Internet, donc ma seule aide était le dictionnaire. Plus tard, j’ai commencé à traduire des jeux vidéo classiques comme Secret of Mana ou Zelda de Super Nintendo en tant que traducteur amateur et c’est ainsi que je suis passé à l’une de mes spécialités actuelles.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver des textes cool qui ne sont pas déjà traduits, mais cela n’a pas d’importance : essayez de regarder la version anglaise du site Web d’Apple ou les pages marketing de certains produits Google et commencez à traduire. Si vous pouvez télécharger la page actuelle et la traduire dans un programme comme Trados ou OmegaT et voir ensuite le résultat, c’est d’autant mieux. Vous pouvez également essayer des applications qui ne sont pas traduites (faites un brouillon, même s’il s’agit d’un document Word).

Cherchez même les sites Web qui ne sont pas traduits et essayez de les envoyer à leur auteur si vous êtes satisfait de votre travail. Traduisez les paroles des chansons si vous aimez la musique. Traduisez des sous-titres d’un court métrage ou un film que vous aimez beaucoup et que vous n’avez pas vu dans sa version originale. Quoi qu’il en soit, amusez-vous et traduisez ! Il est vrai que vous devrez peut-être traduire des textes plus ennuyeux plus tard, mais vous aurez beaucoup de travail à faire. D’ailleurs, si vous essayez quelque chose et que vous aimez ça, vous savez où vous devriez aller avec tous vos efforts, parce que tout le monde ne sait pas ce qu’ils veulent faire. Cela vous aide également à identifier les domaines possibles que vous n’aimez pas.

Essayez de gagner de l’expérience pour la mettre dans votre CV

C’est quelque chose dont j’ai déjà parlé dans Certaines façons d’acquérir de l’expérience en traduction : en l’absence d’expérience professionnelle à démontrer dans le CV, vous pouvez mettre en avant les documents que vous aimez traduire dans votre CV et gagner de cette expérience. Je vous assure que ce serait mieux que de simplement mettre « Diplôme de traduction et d’interprétation de l’Université». Bien sûr, vous devrez travailler dur pour obtenir quelque chose de vraiment valable qui peut être prouvé, mais chaque effort a ses récompenses. Je vous recommande également de consulter l’article du traducteur inexpérimenté du TraXmuN, car il est très détaillé.

Rappelez-vous que le temps passe, alors aujourd’hui je ne peux pas m’arrêter de recommander que vous fassiez quelque chose qui vous distinguera des autres avant que je finisse l’université. Je l’ai déjà dit dans une vidéo que j’ai préparée sur les conseils pour les étudiants en traduction : bougez-vous avant la fin de vos études !

Rappelez-vous que la vie est plus qu’une simple traduction

Vous pensez peut-être que tout cela n’est qu’un problème, puisque la vie est faite pour vous (surtout en tant qu’étudiant). Et vous avez raison, mais croyez-moi, prendre le temps de traduire ce que vous aimez revient au même que de sortir avec des amis, de faire du sport et bien d’autres activités amusantes. Regardez Fernando Rodríguez, qui a créé le groupe de traduction de jeux vidéo AELiON alors qu’il était étudiant. Ou regardez l’Association espagnole des traducteurs et interprètes en formation (AETI en espagnol) : il y a des étudiants en traduction et interprétation qui s’occupent non seulement de leur avenir, mais aussi de celui des autres. Parfois, il faut faire des sacrifices, mais je pense qu’ils en valent la peine.

Je sais que beaucoup d’étudiants ne sont peut-être pas assez motivés pour faire toutes ces choses que je propose, mais comme chacun est comme qu’il est, j’espère que cette article vous a servi pour certaines réflexions. La pratique fait l’enseignant.

La Fédération de Russie : richesse linguistique et marché de la traduction

Par Brandon Dauvé, étudiant M1 TSM

Dans un contexte de Coupe du Monde de football en Russie, il est d’actualité de parler du plus vaste pays de la planète. Avec une population estimée à 146,88 millions d’habitants au 1er janvier 2018, la Fédération de Russie a un statut à part en termes de subdivisions et de langues. En effet, cet état regorge d’ethnies et de peuples différents qui, en plus du russe, parlent une autre langue qui descend de leurs origines ou de leur emplacement. Cette diversité est la source de la richesse culturelle et linguistique de la Fédération de Russie, qui doit réussir à gérer les contrastes ainsi que cette forme de multilinguisme. Ces différentes langues ont-elles un impact sur le marché de la traduction en Russie ?

La Fédération de Russie

La Russie est constituée de 85 sujets :
– 22 Républiques autonomes
– 9 kraïs
– 46 oblasts
– 3 villes d’importance fédérale (Moscou, St Pétersbourg et Sébastopol)
– 1 oblast autonome
– 4 districts autonomes

Chacun de ces sujets dispose d’un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire avec des degrés d’autonomie variables.

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[Source]

Lorsque l’on parle de l’état russe et de ses citoyens, il est important de parler de « Fédération de Russie » car cet état regroupe une multitude de peuples différents. En français, nous utilisons le mot « russe » pour désigner les individus qui vivent dans cet État alors qu’en russe, on fait la distinction entre « русский » [russkiy] (russe de langue et d’ethnicité) et « российский » [rossiyskiy] (russe de citoyenneté, en faisant abstraction des ethnies et peuples de Russie).

Ici, les sujets qui nous intéressent sont les Républiques autonomes puisqu’elles possèdent un statut particulier en matière de langues officielles.

Les Républiques autonomes de Russie

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1. Adyguée, 2. Altaï, 3. Bachkirie, 4. Bouriatie, 5. Kalmoukie, 6. Carélie, 7 Daghestan, 8. Ingouchie, 9. Kabardino-Balkarie, 10. Karatchaïévo-Tcherkessie, 11. Khakassie, 12. République des Komis, 13. République des Maris, 14. Mordovie, 15. Ossétie-du-Nord-Alanie, 16. République de Sakha, 17. Tatarstan, 18. Touva, 19. Tchétchénie, 20. Tchouvachie, 21. Oudmourtie (+ Crimée absente sur la carte). [Source]

Ces sujets ont obtenu ce statut particulier grâce aux revendications indépendantistes de la plupart des ethnies et peuples de Russie au moment de la dislocation de l’URSS. La Fédération de Russie a préféré leur accorder une plus grande autonomie afin de garder ces peuples au sein de l’État russe.

Les 22 Républiques autonomes de Russie possèdent leur propre Constitution, leur permettant notamment d’établir leurs langues officielles (langue d’État) sous certaines conditions, dont 2 importantes : la langue doit être écrite et utiliser l’alphabet cyrillique.
Par exemple, ces règles empêchent la Carélie (République autonome à la frontière finlandaise) d’attribuer le statut de langue officielle au carélien, car cette langue s’écrit avec l’alphabet latin.

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Graphique réalisé par mes soins en calquant les données de ce graphique

La reconnaissance d’une langue en tant que langue officielle au même niveau que la langue russe est un signe de reconnaissance de la culture d’un peuple et va au-delà de la simple pratique linguistique, c’est un véritable acte de nationalisme ethnique.

Près de 80 % des citoyens de Russie sont des Russes et 98 % s’expriment en russe. Avec plus de 100 langues et dialectes parlés en Russie, la richesse culturelle disparaît petit à petit au profit de la langue russe qui est enseignée uniquement ou principalement à 97 % dans les écoles publiques de Russie. Le statut de langue officielle permet donc aux Républiques autonomes de préserver leur patrimoine culturel et linguistique afin d’éviter une disparition plus ou moins lente.

La population urbaine parle majoritairement le russe en ayant une certaine connaissance plus ou moins développée de la langue du peuple autochtone, tandis que la population rurale parle plus souvent la langue du groupe ethnique avec, parfois, une connaissance du russe limitée. Cette situation devient de plus en plus rare car l’apprentissage du russe est obligatoire dans tout le pays. Malgré certaines lois au Bachkortostan, au Tatarstan et en Yakoutie qui obligent les élèves et étudiants de ces Républiques autonomes à étudier, en plus du russe, respectivement le bachkir, le tatar et le yakut au cours de leur scolarité, les langues et dialectes de Russie sont en danger et certains sont en voie de disparition.

Certaines Républiques autonomes soutiennent davantage la pratique de la langue régionale que certaines autres Républiques. En général, cette implication est corrélée avec les envies d’indépendance d’un peuple ou les données démographiques.

Le cas du tatar

Après les Russes, les Tatars représentent le deuxième groupe ethnique de Russie avec plus de 5,3 millions d’individus (environ 4 % de la population de la Fédération de Russie). Cette ethnie, qui peuple majoritairement le Tatarstan, parle le tatar (langue reconnue comme langue d’État au même titre que le russe au Tatarstan).

Par ailleurs, le tatar est la deuxième langue en matière de tirages de journaux dans la Fédération de Russie : 7,6 millions de tirages en russe par jour contre 65 090 tirages en tatar par jour. En 2010, 99 % des livres et journaux ont été imprimés en langue russe. Le fossé est immense et représente bien l’écart entre la langue officielle de l’État et celle de la République autonome.

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Alphabet tatare cyrillique [Source]

Cette langue appartenant au groupe des langues turques s’écrivait avec un alphabet arabe mais l’URSS avait imposé l’écriture cyrillique en 1939. Cette transformation a nécessité l’ajout de nouvelles lettres dans l’alphabet cyrillique afin de transcrire la prononciation de certains phonèmes employés dans la langue tatare.

Le marché de la traduction en Russie

À l’image de la pratique en baisse des langues et dialectes de Russie, les langues officielles des Républiques autonomes de Russie ne font pas l’objet d’une demande importante. En effet, la quasi-totalité des citoyens de Russie parlent le russe et la traduction dans les langues des groupes ethniques n’est pas si nécessaire. Même si certaines Républiques, comme la Tchouvachie, tiennent à ce que les sites officiels des infrastructures parlementaires et gouvernementales soient disponibles en russe et dans leur langue officielle.

N’ayant pas trouvé de données sur le statut de ces langues sur le marché de la traduction, j’ai décidé de rechercher des traducteurs qui proposaient les langues officielles sur ProZ et TranslatorsCafé. La recherche n’est pas représentative, mais donne déjà un aperçu de la place de ces langues sur le marché mondial de la traduction. Et le résultat est sans appel :
Parmi les 29 langues d’État en Russie, seules 9 langues ont donné des résultats. La langue la plus proposée est le tatar (avec 22 résultats cumulés) et le tchétchène arrive en deuxième place avec seulement 6 résultats cumulés.

En me renseignant un peu plus sur les profils de ces traducteurs, je me suis rendu compte d’un fait : toutes les traductrices et tous les traducteurs proposent les paires de langues suivantes : langue d’État <> russe. Ce constat, bien que peu représentatif, nous permet d’établir une tendance en termes de traduction. En effet, nous pouvons imaginer que le but d’une traduction du russe vers le bashkir sera utile à la Bachkirie, voire à la Russie, mais certainement pas au reste du monde. A contrario, un client qui souhaite faire traduire un texte afin de cibler une certaine tranche de population de Russie ne va pas chercher à payer plus cher pour avoir une traduction dans une langue spécifique à une infime part de la Russie et va donc demander une traduction en russe que la grande majorité des citoyens comprend dans la Fédération de Russie.

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Pourcentage de russes par subdivision [Source]

En réalité, ce constat suit la tendance du marché de la traduction en Russie qui n’est pas assez mature à cause du manque de reconnaissance du métier de traducteur dans le domaine professionnel. Depuis peu, les universités russes ouvrent des formations de traducteur avec un diplôme valable et reconnu, alors que quelques années plus tôt, des spécialistes pouvaient recevoir des diplômes de traducteur au titre de « bonus » à leur formation principale.

De plus, l’absence de réglementation des services de traduction a pour conséquence le fait que bon nombre d’agences russes ne porte aucune responsabilité juridique sur la qualité du travail fourni. En alliant mauvaise qualité et manque de connaissance, nous obtenons des prix 3 voire 4 fois moins chers qu’en Europe occidentale.

C’est pourquoi les agences russes cherchent à se rattacher au marché européen en proposant des traductions à partir des langues occidentales ou en ouvrant des agences en Europe ou en Extrême-Orient, au détriment des langues de Russie.

L’intérêt porté au marché de la traduction russe est très limité. Très peu d’agences étrangères viennent s’installer en Russie. La plupart d’entre elles préfèrent sous-traiter les traductions russes à des agences russes ou sollicitent des traducteurs freelances russophones en Europe de l’Est.

En 2016, seuls 7 500 LSPs (Language Service Providers, en français : prestataires de services linguistiques) russes avaient le statut d’auto-entrepreneur pour 140 millions d’habitants. À titre de comparaison, la France compte 18 000 auto-entrepreneurs dans le secteur de la traduction pour 66 millions d’habitants. La plupart des grandes agences de traduction russes comptent beaucoup de traducteurs employés (50 à 100 employés, voire plus), et cela demande un paiement de différentes charges, dont les charges patronales, alors que travailler avec un traducteur qui n’a pas ce statut peut faire monter le coût final de prestation de service à 130 % du prix de base. Les mentalités sont différentes et, par conséquent, la croissance du marché de la traduction russe est ralentie.

Finalement, la Russie est un pays qui regorge de richesses et merveilles culturelles et linguistiques, mais dont le marché de la traduction n’est pas assez développé et cherche à s’orienter vers l’Europe, et qui n’accorde ainsi pas une place importante aux langues et dialectes de cet État.

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[Source]

 

Sources :

https://www.memsource.com/blog/2016/07/12/russian-translation-market-2016/

https://www.ideatranslate.ru/en/about/inrussia

http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/russie-2demo.htm

https://ru.wikipedia.org/wiki/Языковая_политика_в_России

https://ru.wikipedia.org/wiki/Государственные_и_официальные_языки_в_субъектах_Российской_Федерации

Les impératifs d’une bonne traduction : Pourquoi les traducteurs posent-ils tant de questions ?

Par Alessandro Circo, étudiant M1 TSM

 

Depuis leurs origines, les traducteurs s’interrogent sur la qualité des traductions. De nombreuses théories ont vu le jour, une bonne traduction doit-elle privilégier la fidélité à la fluidité, doit-elle faire abstraction des éléments propres à la culture de la langue source ou les mettre en avant, les questions posées à ce sujet sont nombreuses. Aujourd’hui, je ne m’intéresserai pas au travail de traduction en lui-même, mais plutôt aux éléments qui le conditionnent, tout ce qui peut contribuer au bon travail du traducteur et que j’ai pu découvrir lors de mon premier stage en tant que traducteur en herbe. Même si le métier de traducteur peut apparaître comme solitaire, nous verrons que le traducteur du XXIe siècle est loin d’être seul face à son écran. Il peut (la plupart du temps) compter sur l’appui de nombreuses ressources, de ses compères et de ses clients.

Un texte source…

La première et la plus importante « ressource » du traducteur est, sans grande surprise, le texte original. À ce sujet il convient de distinguer deux choses, le texte brut et le document formaté. Aujourd’hui, il arrive encore que le traducteur ne reçoive que le texte brut, ce qui peut poser quelques problèmes. Parfois, il ne reçoit qu’un fichier à ouvrir directement avec les divers outils de TAO qu’il utilise. Certains de ces outils peuvent vous indiquer si le segment est un titre, un élément d’une liste ou le corps du texte. Une aide précieuse lorsque le document est formaté de manière classique (Titre, sous titres, corps de texte, etc.) mais si c’est un logiciel que vous traduisez, un Powerpoint ou encore un site Web, un test, un questionnaire, alors ces informations ne vous seront pas d’une grande utilité et vous rencontrerez de nombreux segments sans aucun contexte, parfois même composés d’un seul mot. Il est donc primordial pour le traducteur d’avoir (d’exiger) un accès au document original formaté, au site Web, au logiciel qu’il traduit et ce n’est malheureusement pas toujours possible.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

…de qualité

Un autre point important à propos du texte source et qui influe grandement sur la traduction finale : sa qualité. L’utilisation d’une langue pivot est très répandue aujourd’hui dans le milieu de la traduction. Il est plus facile (et moins onéreux) pour une entreprise dont la langue est peu représentée de faire traduire une première fois le texte vers une langue très représentée (à tout hasard, l’anglais) puis d’effectuer le reste des traductions depuis cette langue qui est maîtrisée par de nombreux traducteurs dans tous les pays du monde. Seulement, un problème se pose, si la première traduction est réalisée à la hâte, par exemple via un traducteur automatique sans post-édition, alors le texte cible sera d’une piètre qualité et c’est ce texte qui servira de base à toutes les autres traductions. Le problème reste léger si le texte est plutôt rédactionnel et que le traducteur est en mesure d’en saisir tout le sens en dépit des bizarreries qu’il contient. Cependant, lorsqu’un traducteur se retrouve face à un texte très technique bancal, comment peut-il produire une traduction de qualité, comment peut-il rechercher la terminologie lorsqu’il n’est même pas sûr que le terme source est le terme réellement en usage. La solution ? S’armer de patience et naviguer sur le Web, tenter de trouver des textes similaires en langue cible (traduite ou originale) afin de repérer les termes utilisés et pourquoi pas demander le texte original, même lorsqu’on ne connaît pas la langue, pour se faire une idée de la voie à suivre à l’aide de la traduction automatique (pour les utilisateurs avertis).

 

Les références

N’allez pas croire que les traducteurs sont systématiquement des experts dans le domaine du texte qu’ils traduisent. Vous avez dit tricheurs ? Non, les traducteurs s’inspirent. Cette inspiration provient tantôt de traductions qui ont déjà fait leur preuve (TM), tantôt de glossaires rédigés par les réels experts ou encore de textes de référence, le tout fourni et validé par le client. La traduction est un réel plaisir lorsque ces trois éléments sont rassemblés, le traducteur peut alors piocher dans l’une ou l’autre des ressources, il peut recouper les informations afin de vérifier (encore et encore) que le terme qu’il a choisi est le bon, que la tournure correspond aux standards du domaine, que la typographie est celle qui est attendue, etc. Mais ce genre de scénario relève encore de l’utopie, les traducteurs doivent régulièrement s’attaquer à des textes techniques avec très peu d’appuis. Pas de panique, là encore le Web regorge d’informations qu’il faudra bien évidemment trier, mais le traducteur est un adepte du tri sélectif et certains sites font un travail exceptionnel. Vous n’avez pas de glossaire ? L’Union européenne et l’Office de la langue française au Québec en proposent (pour n’en citer que deux). Vous n’avez pas de texte de référence ? Consultez les corpus en ligne ou compilez-en un par vous-même. Vous n’avez pas de TM ? Vous n’avez pas de TM. Malheureusement, parfois le Web ne suffit pas à fournir toute l’aide dont le traducteur a besoin. Dans ces situations extrêmes, une seule solution se présente à lui : poser des questions.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

La communication

Oui, le traducteur ne travaille pas en autarcie, alors pourquoi se priver ? La communication est une ressource qu’il doit maîtriser. Par exemple, lorsqu’il travaille sur un projet partagé avec plusieurs collègues, la seule façon de garantir la cohérence du texte traduit est de discuter avec eux des différentes options de traduction, en face à face, via une plateforme de collaboration, par mail ou téléphone, tous les moyens sont bons pour éviter de faire fausse route sur un projet commun. De plus, la mise en commun des idées ne peut être que bénéfique à la qualité de la traduction, profiter d’un point de vue extérieur sur une phrase qui nous pose problème peut rapidement débloquer la situation. Bien entendu, parfois, ni les ressources à notre disposition, ni le Web, ni même nos très chers collègues ne peuvent nous venir en aide. À cet instant, il ne reste qu’une personne vers laquelle se tourner, une seule personne dont les réponses pourront nous éclairer : le client. Si le traducteur constate que les ressources qui lui ont été fournies sont incomplètes, il se doit d’en faire la demande au client. Idem s’il a un doute concernant un terme ou sur le ton à employer. Les communications avec le client peuvent parfois se montrer laborieuses, via un fichier Excel, via les gestionnaires de projet, mais lorsque les réponses arrivent, elles sont généralement sans appel et permettent au traducteur de lever bon nombre de doutes. Car si un traducteur pose tant de questions, c’est avant tout pour offrir la meilleure qualité possible à son client.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

Les strips sont l’œuvre d’Alejandro Moreno-Ramos, un traducteur/auteur/dessinateur qui raconte avec humour les péripéties de Mox, un jeune traducteur freelance. Ses aventures ont donné naissance à un blog et trois livres de bande-dessinée. Je tiens à remercier l’auteur pour son travail dans lequel j’ai pu trouver une parfaite illustration de mes propos.

Il est facile d’être objectif en temps de paix, beaucoup, moins lorsque des contraintes apparaissent

Par Oriane Bourdin, étudiante M1 TSM

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En temps de guerre, comprendre son ennemi est primordial. Cela permet de le connaître, d’anticiper ses actions. Il est de la mission du traducteur de rendre compréhensible l’information. Plus qu’un intermédiaire, il est une clef de voûte d’un conflit. Il est un pont, un moyen de communication indispensable entre des nations.

L’histoire, récente ou non, nous a prouvé à quel point son exercice est périlleux. Que cela soit volontaire ou involontaire, la neutralité déontologique du traducteur a été ou est remise en question. Revenons ensemble sur quelques conflits l’illustrant.

 

« Le linguiste est victime de sa propre culture. »

L’Etat d’Israël est né en 1948, d’une décision de l’ONU suite aux événements de la seconde guerre mondiale. Dès ses premières années, il rentre en conflit avec ses voisins qui voient d’un mauvais œil l’attribution d’une terre à un nouvel état. Une guerre éclate, et la situation est telle que les combats se déroulent suivant le modèle dit « de guerilla », dont les sabotages sont une composante.

Ainsi, les israéliens utilisent différentes qualifications pour les saboteurs. S’ils sont juifs, et qu’ils sabotent des installations britanniques, ils sont appelés ‘habelim (ceux qui blessent). S’ils sont arabes et qu’ils sabotent des installations juives, ils sont appelés feddayin – dérivé du mot arabe fida’yi (prêt à se sacrifier). Ainsi, les deux terminologies évitent aux traducteurs de confondre les combattants, les distinguant parfaitement selon leur camp. A noter toutefois que depuis la création du Fata’h (1964), la terminologie hébraïque est la même lorsque l’on parle en hébreu d’un acte de sabotage juif ou arabe : Maassé ‘habala (מעשה חבלה).

 

« Le traducteur n’est pas une machine, il est un être humain avec des convictions. »

Plus de 40 ans après l’indépendance d’Israël, une guerre éclate dans les Balkans. La chute du Maréchal Tito, président de Yougoslavie, réveille des passions nationalistes.  Des revendications d’autonomie entraînent un conflit entre voisins de plus de 10 ans.

Dans ces Balkans déchirés, la Communauté européenne tente d’assurer son rôle diplomatique et de calmer les velléités destructrices. Elle met alors en place une mission d’observation (ECMM), qui a notamment eu pour rôle de recueillir des témoignages de serbes ou de croates ayant subi la guerre.

Les traducteurs volontaires de cette ECMM – Mission d’observation de la Communauté européenne – étaient pour une partie des croates. Certains de ces croates, certes missionnés par la communauté européenne et certes tenus par l’obligation déontologique d’objectivité, se sont mis à se comporter davantage en « ambassadeurs » d’une cause – la leur – qu’en intermédiaires techniques. Certains de ces linguistes se permettaient même de répondre à la place des témoins interrogés. Ces déviances comportementales ont d’ailleurs entraîné des sanctions disciplinaires, à l’époque, allant jusqu’à l’expulsion.

 

Bien plus tôt, et dans une autre mesure, dans les années 40, un gros pays de l’est fait parler de lui. Il se fait appeler Union des Républiques socialistes soviétiques.

Parmi les dirigeants de ce pays, un célèbre Staline – « l’homme d’acier». Probablement un peu soupe au lait – on lui attribue entre 4 et 10 millions de victimes – il fut suivi successivement par cinq interprètes. Sur ces cinq, quatre ont péri aux mains de la NKVD, la police politique soviétique. Le dernier dû son salut à l’influent M. Molotov (dont le nom inspira les fameux cocktails).

Les traducteurs étaient ici en première ligne, en proie aux dangers politiques et aux susceptibilités personnelles des dirigeants soviétiques. Interrogés par la police politique, ils n’étaient plus vus comme des « outils » de communication mais comme des relais de propagande ennemie.

 

En 2007, en Afghanistan, une journaliste italienne est enlevée. Il s’agit de Daniele Mastrogiacomo. Avec son interprète, Ajmal Naqshabandi, ils sont détenus pendant deux semaines par les talibans, après être tombé dans un de leurs pièges. Le gouvernement italien finit par céder aux exigences des ravisseurs et organise un échange. Daniele Mastrogiacomo est sauvée, elle peut rentrer chez elle. Son compagnon d’infortune, lui, n’a pas la même « valeur » : il est décapité un mois plus tard.

Enfin, il paraît assez évident que la difficulté que revêt le périlleux métier de traducteur, tant techniquement que physiquement, n’est pas assez récompensée. Tiraillé, entre autre, entre une déformation culturelle, du politiquement correct, et le danger lié aux zones de conflits, le respect de la pure traduction sereine et objective.

 

Relativisons tout de même : le traducteur est moins sollicité dans certains conflits modernes. La rapidité des moyens d’information et de communication, l’émergence des réseaux sociaux qui y sont liés ainsi que l’appauvrissement de la langue permettent parfois d’effacer certaines barrières linguistiques. On pourrait ici mentionner, si nous étions mauvaise langue, certains tweets et discours présidentiels dont la complexité du vocabulaire est similaire à celle d’un jeune écolier…

 

Sources :

KAUFMANN F. « La terminologie idéologique du terrorisme dans le conflit du Proche-Orient sous le regard de l’interprète et du traducteur ». Topique [En ligne]. 2003. n°83, p. 87‑109. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/top.083.0087

« Traducteurs dans l’histoire, traducteurs en guerre – Atlantide ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < http://atlantide.univ-nantes.fr/-Traducteurs-dans-l-histoire– > (consulté le 7 juin 2018)

« Pour les traducteurs, Trump est un casse-tête inédit et désolant | Slate.fr ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < http://www.slate.fr/story/131087/traduire-trump-mourir-un-peu > (consulté le 7 juin 2018)

« Les interprètes dans les conflits : les limites de la neutralité ». In : aiic.net [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2007. Disponible sur https://aiic.net/page/2693 (consulté le 7 juin 2018)

« Israël-Palestine: la guerre des mots ». In : Slate.fr [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2011. Disponible sur :  http://www.slate.fr/story/46595/israel-palestine-guerre-mots-colonie-implantation (consulté le 7 juin 2018)

« Good, bad, sad… Le langage de Trump est pauvre, mais redoutablement efficace – L’Express ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/good-bad-sad-le-langage-de-trump-est-pauvre-mais-redoutablement-efficace_1870753.html (consulté le 7 juin 2018)

« Donald Trump, un vocabulaire pauvre et simple compris par le plus grand nombre ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : http://geopolis.francetvinfo.fr/donald-trump-un-vocabulaire-pauvre-et-simple-compris-par-le-plus-grand-nombre-124947 (consulté le 7 juin 2018)

https://www.academia.edu/6542292/War_Translation_Transnationalism._Interpreters_In_and_Of_the_War_Croatia_1991-1992_

http://www.paulbogdanor.com/left/soviet/rosefielde.pdf

 

J’ai rencontré Merche García Lledó, traductrice indépendante espagnole et auteure du blog Traducir&Co

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M1 TSM

 

Âgée de 28 ans, Merche García Lledó a créé son blog Traducir&Co [blog rédigé en espagnol] en 2012 et est devenue traductrice indépendante en 2015. J’ai eu l’honneur de pouvoir lui poser quelques questions sur son parcours et sur sa vision du métier :

Merche

 ¡Hola Merche! Peux-tu te présenter en quelques mots, s’il te plaît ?

¡Hola! Eh bien, je m’appelle Merche, je suis née à Madrid mais j’ai vécu à Salamanque jusqu’en 2013, année où je suis retournée à Madrid pour travailler. J’ai ouvert mon blog Traducir&Co en 2012, durant ma troisième année d’études et, depuis, je n’ai pas cessé d’écrire des articles sur le monde de la traduction…

Quel a été ton parcours ?

J’ai d’abord commencé des études de philologie anglaise, que je n’ai pas terminées, avant de me lancer dans des études de traduction et d’interprétation à l’Université de Salamanque. En 2013, lorsque j’ai obtenu mon diplôme, je suis repartie vivre à Madrid pour travailler dans une entreprise spécialisée dans la localisation. J’y suis restée deux ans. Ensuite, je suis devenue traductrice indépendante et… je le suis toujours !

Quel bilan fais–tu de tes études ? Penses-tu que l’Université t’a bien préparée au marché du travail ou trouves-tu, au contraire, qu’il existe un décalage important entre ce qui y est enseigné et la réalité ?

J’ai adoré mes études de traduction. J’étais très heureuse d’être admise dans ce cursus, étant donné que j’avais eu beaucoup de difficultés à réussir l’examen d’entrée, que j’ai passé trois fois au total. Après l’avoir finalement réussi, j’ai voulu profiter de chaque journée dans ce cursus. J’ai suivi beaucoup de matières très différentes (traduction littéraire, juridique, audio-visuelle…), ce qui m’a permis de me rendre compte de ce qui me plaisait ou non. De plus, la dernière année, nous avons suivi une matière appelée « Déontologie », dans laquelle nous avons appris à rédiger des factures, à fixer des tarifs, à préparer des CV etc. L’Université de Salamanque avait par ailleurs organisé une rencontre avec d’anciens étudiants pour qu’ils puissent nous raconter leur entrée sur le marché du travail et les difficultés rencontrées.

Néanmoins, j’ai trouvé que l’Université ne nous avait pas suffisamment préparés à la maîtrise de l’informatique. Si certains aspects enseignés dans cette matière étaient très utiles, je trouve que certaines matières auraient pu être remplacées par des aspects de la profession plus actuels et plus importants.

Comment l’envie de devenir traductrice indépendante t’est-elle venue ? Quels en sont les avantages selon toi ?

J’ai toujours eu envie de devenir traductrice indépendante. Je voulais être mon propre patron, pouvoir gérer mon emploi du temps… Après avoir travaillé dans une entreprise, je sentais que j’avais besoin de pouvoir décider quel type de projets accepter ou non, et de pouvoir gérer moi-même les projets que j’acceptais. Les principaux avantages de ce choix de vie professionnelle sont justement les raisons qui m’ont encouragée à devenir traductrice indépendante.

Tu écris sur ton blog que tu adores voyager ! D’après toi, le statut de traducteur indépendant est-il une bonne alternative pour les traducteurs qui n’aiment pas rester enfermés dans le bureau d’une entreprise et qui souhaitent s’éloigner un peu du contexte professionnel « classique » (horaires de bureau, collègues…) ?

Évidemment, celui qui souhaite devenir traducteur indépendant doit s’attendre à se sentir un peu seul. Toutefois, je me suis rapidement rendu compte à mes débuts que le mythe du traducteur en pyjama, seul chez lui, dépendait uniquement du traducteur lui-même : nous disposons d’une liberté absolue en ce qui concerne les déplacements, ce qui nous permet de travailler où nous voulons, que ce soit chez soi, dans des cafés, ou notamment dans des espaces de coworking, où il est facile de rencontrer des personnes dans la même situation. On se trouve ainsi des « collègues », on sort de chez soi… C’est l’option idéale ! Même si, parfois, disposer de trop de liberté (en ce qui concerne notamment les horaires de travail, le lieu, la façon dont on travaille) peut nous faire perdre un peu le fil, le point positif réside selon moi dans le fait que c’est le traducteur lui-même qui décide de la routine qu’il souhaite s’imposer et de la façon dont il gère ses projets.

Comment gères-tu l’incertitude que connaissent parfois les traducteurs indépendants ?

C’est compliqué… Le plus important est de ne pas perdre confiance en soi, mais je pense personnellement que la peur est toujours plus ou moins présente, que l’on débute ou non… En effet, on ne peut jamais anticiper les périodes durant lesquelles nous ne recevrons pas de travail ou, au contraire, celles durant lesquelles nous recevrons une pile de demandes !

Parle-nous maintenant de ton blog, Traducir&Co! Pourquoi as-tu décidé de te lancer dans l’écriture en 2012 ?

L’écriture a toujours été une façon pour moi de mettre un peu d’ordre dans mes idées et mes pensées, et, à l’époque, j’avais également envie d’aider les futurs étudiants en traduction de l’Université de Salamanque qui recherchaient des informations sur l’examen d’entrée à la faculté de traduction. Lorsque je l’ai passé, j’ai eu du mal à trouver des informations sur le sujet et je souhaitais donc apporter ma pierre à l’édifice en créant mon blog ! Et, en effet, de tous mes articles, celui sur l’épreuve d’admission est le plus lu et le plus commenté.

Et que penses-tu de l’utilisation des réseaux sociaux pour un traducteur indépendant ? Est-ce indispensable ?

Je trouve que le fait d’être visible sur les réseaux sociaux permet d’avoir davantage de contacts, ce qui, plus tard, peut permettre aux traducteurs de se trouver davantage de clients. Néanmoins, je pense que si un traducteur préfère se déplacer, rencontrer d’autres personnes et sait comment s’y prendre, les réseaux sociaux ne sont pas forcément nécessaires.

Reçois-tu beaucoup de messages d’autres traducteurs qui lisent ton blog ?

Je reçois surtout des messages d’étudiants qui me posent des questions concernant leur cursus universitaire ou de jeunes diplômés qui ne savent pas vraiment comment se lancer sur le marché. 😊

Et que penses-tu de la situation des traducteurs indépendants en Espagne ?

En Espagne, la cotisation que doivent payer les traducteurs indépendants est très élevée, mais ces 276 euros (minimum) que nous payons chaque mois comprennent l’accès à un système de sécurité sociale que d’autres pays n’ont pas. Ailleurs, la cotisation est peut-être moins élevée mais le traducteur doit en contrepartie souscrire à une assurance santé très chère.

Tu parles également beaucoup de l’image que les gens ont généralement des traducteurs…

Oui, selon moi, et comme c’est le cas pour de nombreuses autres professions, peu de personnes savent exactement en quoi consiste notre travail. Beaucoup s’imaginent que nous traduisons tous des livres et ne pensent pas forcément que les messages qui sont lus au quotidien (qu’il s’agisse de publicité, de sites internet, de modes d’emploi ou de séries télévisées) peuvent être le fruit de notre travail. Ce n’est pas une critique, je pense que c’est à nous, traducteurs, d’expliquer en quoi notre travail consiste.

Je reviens d’un mois passé à Porto et d’un autre passé à Athènes et, lorsque je rencontrais des locaux et que je leur expliquais que j’étais traductrice et que je restais plusieurs semaines sur place, ils me regardaient, incrédules, se demandant comment je faisais pour vivre de ce « passe-temps » tout en prenant des « vacances » de plusieurs semaines. Je devais donc leur expliquer que, que je sois chez moi à Madrid ou à l’étranger, mon travail était exactement le même et que cette activité était bel et bien mon seul métier. Dès lors, je me réjouissais de les entendre me dire « Quel beau métier vous faites ! ».

Voudrais-tu continuer à travailler plus tard en tant que traductrice indépendante ? Quels sont tes projets ?

Je souhaite surtout faire mon possible pour continuer à m’épanouir dans mon travail. Actuellement je suis traductrice indépendante, c’était mon rêve et mon principal objectif, alors… mission accomplie. Qui sait quel autre objectif m’attend dans le futur ? 😉

 

Je remercie encore une fois Merche pour sa gentillesse et sa disponibilité ! N’hésitez pas à la contacter (en espagnol ou en anglais) si vous souhaitez en savoir plus sur son blog et sa carrière, elle adore les questions ! 😊

 

La traduction, c’est ma passion

Par Célia Jankowski, étudiante M1 TSM

 

Traducteur, un métier déprécié s’il en est un. Travailleur de l’ombre par excellence, il est rarement reconnu à sa juste valeur. Tout traducteur a déjà entendu au moins une fois cette phrase, prononcée d’un ton moqueur, parfois même incrédule, lorsqu’il annonce son office : « Traducteur ?! Mais, c’est pas à ça que ça sert, Google Traduction ?? Hahahaha. ». Eh bien non, messieurs-dames ! Le métier de traducteur existe toujours, il résiste aux assauts répétés de la traduction automatique. Malgré les progrès de cette dernière, ce n’est pas demain la veille que les traducteurs deviendront une espèce en voie de disparition.

Mais nous ne parlerons pas de cela aujourd’hui. Non, aujourd’hui je vais plutôt vous parler de ce que le métier de traducteur apporte à celui qui l’exerce, et pourquoi se tourner vers cette voie, qui, malgré ce que pensent certains, ne se résume pas à copier-coller un texte dans DeepL (même si cet outil peut parfois nous sauver la mise).

 

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Comme pour tout athlète, l’échauffement est primordial pour le traducteur.

 

Vous êtes un traducteur en puissance si vous avez…

1/ L’amour du vocabulaire

Qualité indispensable ! Attention, ce n’est pas parce que vous êtes un lecteur assidu et que vous dévorez trois romans par semaine que vous ferez un bon traducteur, mais il est évident qu’un minimum de vocabulaire, ça aide. Pareil pour la grammaire.

 

2/ La curiosité

Au fil des recherches menées lors de la traduction, le traducteur en apprend davantage sur le sujet de son texte. Bien sûr, cela dépend du sujet en question (les indices boursiers américains ? Ugh.), mais en général, plus vous lirez, plus vous aurez envie d’en savoir plus, toujours plus, et voilà, vous êtes un expert en chirurgie robotique/en aviation/en fromages français ! (Oui, enfin… Presque.) Et cela vous donnera certainement des idées de spécialisation. (La spécialisation, quézako ? Rendez-vous ici pour en savoir plus.)

 

3/ Le souci du détail

L’une des premières choses que j’ai apprises durant mon cursus. Être attentif aux détails, c’est repérer immédiatement la moindre nuance, la moindre petite faute qui fait tache et gâche une excellente traduction. Même si, soyons honnêtes, dès que la fin d’un texte long et éprouvant est en vue, nous n’avons qu’une envie, c’est de finir le plus vite possible et de ne plus jamais en entendre parler (soyons honnêtes, j’ai dit !), il faut vérifier, revérifier, re-revérifier, re-re-re… Bref, vous avez compris.

 

4/ La maîtrise des nouvelles technologies

Révolue l’époque où la traduction se faisait au crayon à papier, à gratter sur une feuille, au milieu d’énormes dictionnaires ! Grâce à Internet, tout se trouve en un clic. Attention, tout veut aussi dire n’importe quoi. Il est important de savoir sélectionner ses sources, savoir où chercher et surtout quoi chercher. De plus, maîtriser Word, c’est bien, mais maîtriser au moins un outil de TAO, c’est un plus non négligeable. Enfin, cela dépend des traducteurs : certain ne peuvent s’en passer, d’autres font très bien sans.

 

Vous possédez toutes ces qualités, et je vous vois déjà devant votre écran, trépignant d’impatience à l’idée de vous lancer dans une traduction de dizaines de milliers de mots ! Bien ! Passons donc à l’étape suivante,

 

Comment être un bon traducteur ?

1/ Avoir confiance en soi et en ses capacités

Ça y est, vous avez décroché votre premier client ! Et là… L’angoisse. « Vais-je y arriver ? Et si le client n’est pas satisfait ? Et si je n’étais pas à la hauteur ? » Du calme ! Ayez confiance en vous. Vous avez suivi des études (que vous avez réussies haut la main, j’en suis sûre) qui vous ont préparé à ce moment, non ? Vos idées sont bonnes, vos remarques pertinentes, vous avez votre place dans le réseau ! Ne vous dévalorisez pas et soyez au top pour chacune de vos traductions. Soyez prêt à défendre vos choix auprès d’un client pas toujours très compréhensif, et plus important encore, soyez ouvert aux suggestions et autres compromis (eh bien oui, parfois, ce qui vous semble évident ne l’est pas forcément pour tout le monde, et vice versa).

 

2/ Savoir suivre son instinct… ou pas

Parfois il vaut mieux rester sur sa première idée. Et puis, après plusieurs relectures… Un autre terme ne correspondrait-il pas mieux ? Mais à force de douter, de remettre ses choix en question, on peut finir par ne plus savoir quoi faire. Ce qui nous amène à notre troisième point…

 

3/ Prendre du recul, toujours plus de recul !

La meilleure chose à faire (si l’on en a le temps, bien sûr), c’est, une fois la traduction achevée, la laisser « reposer » pendant quelques heures, voire une journée, s’aérer l’esprit, passer à autre chose, et ensuite y revenir. Ainsi sont décelées des erreurs passées inaperçues, des incohérences pourtant flagrantes mais qui ont échappé au traducteur : notre « radar » est alors plus efficace.

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Alors, vous sentez-vous l’âme d’un traducteur ? Êtes-vous prêt à vous lancer dans ce métier difficile, stressant, mais ô combien excitant et passionnant ? Eh bien, sautez le pas ! Quant à ceux qui sont déjà traducteurs professionnels et qui sont peut-être un peu blasés, ou ceux qui sont empêtrés dans la traduction d’un texte qui semble interminable… J’espère que je vous aurai rappelé à quel point votre métier est formidable.

 

Et vous, chers traducteurs, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le domaine de la traduction ? Racontez-nous !

 

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