La méthode Pareto en agence de traduction

Par BrandonDauvé, étudiant en M2 TSM.

Qu’est-ce que le principe de Pareto ?

Le concept doit son nom au sociologue et économiste italien de la fin du XIXe/début du XXe siècle, Vilfredo Pareto qui a analysé les données fiscales de plusieurs pays européens (France, Angleterre,Prusse, Russie…) et, suite à cette analyse, il a remarqué un phénomène similaire : en général, 80 % des richesses étaient détenues par 20 %de la population.


Vilfredo Pareto

Au fil du temps, ce concept a été réutilisé dans plusieurs domaines, notamment dans le management, pour signifier que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes.

Cette idée est devenue universelle car elle peut s’appliquer à n’importe quelle situation. Par exemple, 20 % des clients d’une entreprise représentent 80 % du chiffre d’affaires. Ouencore, 20 % des produits d’un supermarché vont représenter 80 % des ventes, etc.

Le principe de Pareto dans le monde professionnel

Outre la relation 20/80, il faut surtout retenir à travers ce principe, qu’une petite cause peut représenter la majorité des conséquences/effets.

En suivant ce concept, des entreprises peuvent axer leur réflexion sur leurs activités et sur leurs tâches afin de déceler celle qui est susceptible de provoquer le plus gros résultat ou atteindre au mieux l’objectif de l’entreprise ou d’un projet.

Afin d’y arriver, il faut faire un état des lieux de l’entreprise, prendre du recul en se posant ces questions :

Que faisons-nous, quelles sont nos activités ?
Quel est le produit que nous recevons avant la transformation et quelles sont les consignes ?
Quel est l’objectif de cette transformation ?
Quelles sont les tâches à effectuer afin de transformer le produit reçu en un produit fini qui va satisfaire au mieux notre client ?
Quelle tâche correspond le plus à l’objectif fixé par le client ?

Ces questions permettent de dresser un bilan de l’entreprise qui peut changer le fonctionnement en interne ou même déboucher sur une nouvelle stratégie adaptée pour un client/marché bien spécifique au même titre qu’une analyse SWOT par exemple (analyse des forces/faiblesses et des risques/opportunités avant d’envisager le lancement d’un projet).

En effet, on peut découvrir qu’une tâche qui était jusqu’alors peu prise au sérieux, peut avoir un rôle bien plus important dans le but de satisfaire l’objectif final.

Le principe de Pareto dans une agence de traduction

On peut appliquer ce principe à la gestion de projets dans une agence de traduction.

Le produit reçu correspond à une demande detraduction effectuée par un client.
Le produit reçu contient 1 ou plusieurs fichiers sources ainsi que desinstructions.
Prenons un exemple : une traduction d’un document marketing d’un lieu touristique de l’anglais vers l’allemand, de 1 500 mots en 2 jours ouvrés, avec la consigne de ne pas traduire certains passages surlignés et de traduire des passages non-éditables sur des images sur un fichier Word à part.

Quel est l’objectif de ce projet ?
Il faut bien sûr satisfaire le client qui a fixé une deadline de 2 jours ouvrés (le délai), établi des consignes (faire le travail demandé) et qui attend un travail de qualité (choix du bon traducteur : généralement le traducteur a l’habitude de traduire pour ce client) en sachant que ce projet s’adressera à un public germanophone qui souhaite visiter une région bien précise (adopter le bon style avec les bonnes tournures). Ces 4 objectifs forment ce que l’on appelle la satisfaction client.

Les tâches à effectuer pour le PM sont les suivantes :

  • Ouvrir le fichier source etmasquer les passages qu’il ne faut pas traduire
  • Recopier les phrases présentessur les images non-éditables sur un autre fichier Word.
  • Créer le projet sur l’outil deTMS (Translation Management System)
  • Effectuer l’analyse
  • Confirmer la commande
  • Proposer le job à un traducteur(délai de 1 h avant la réponse) et créer les postes
  • Vérifier que le traducteur alivré en respectant la deadline imposée par le client
  • Relire le texte en gardant lesconsignes (marketing/tourisme/public germanophone) en tête
  • Démasquer les passages à ne pastraduire afin de rendre le fichier dans l’état escompté par le client
  • Procéder à la livraison des2 documents cibles (le fichier source traduit ainsi que le fichier Wordqui contient le texte des images non-éditables)
  • Être disponible pour tout retour positif ou négatif du client
  • Trouver des solutions en cas demécontentement de la part du client (Identifier la source du problème etnégocier avec le client)

Quelles tâches sont les plus susceptibles de satisfaire le client par rapport à ce projet ?

Pour ce projet, la satisfaction client c’est : le délai, le respect des consignes, la qualité et l’adaptation au public cible. Mais il faut trouver LA composante de la satisfaction client la plus importante.


– Le délai peut toujours être négociable avec ce client et ce n’est pas un projet urgent.
– Le respect des consignes est important, mais si les passages ont quand mêmeété traduits, le client pourra toujours récupérer le passage source.
– La qualité est importante, mais si le texte n’est pas adapté au public cible,cela n’a pas de sens.
– Ici, l’objectif principal est le public cible.

Il faut donc trouver la tâche de gestion de projets qui permettra d’atteindre au mieux le public cible.

Parmi cet ensemble de tâche, il faut seconcentrer sur une seule.
Pour ce projet, on peut estimer que la tâche primordiale afin d’atteindre le public cible est : l’attribution de la traduction au traducteur allemand adapté pour ce genre de demande (le choix du traducteur).

Avant de lancer ce projet, le PM doit donc cerner l’objectif principal de cette demande dans le but de satisfaire au mieux le client, et trouver la tâche qui sera primordiale afin d’atteindre l’objectif.

Pour reprendre la formule de Pareto, 20 % des tâches (l’assignation de la traduction au bon traducteur) va représenter 80 % de la satisfaction client (une traduction adaptée au public cible).

Pour citer un autre exemple : lorsque ce même client fait une demande urgente, le critère optimal de satisfaction sera le délai. La tâche principale sera la livraison rapide du projet,quitte à ce que la qualité soit un peu moins bonne que dans un projet non urgent.

Le principe de Pareto permet donc de prendre du recul sur un projet afin de bien définir l’objectif principal et,suite à cela, de trouver la tâche qui aura le plus de chance de satisfaire l’objectif principal, dans la théorie de la relation 20/80.

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Comment améliorer son niveau en langue maternelle ?

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M2 TSM

Tous les étudiants en traduction ont déjà entendu au moins une fois au cours de leurs études la fameuse phrase « un bon traducteur se doit de maîtriser parfaitement ses langues de travail ». Bien sûr, comment traduire correctement un texte si on ne comprend pas la langue dans laquelle il a été rédigé ? Néanmoins, il arrive très souvent que l’on ne comprenne uniquement par « ses langues de travail » les langues étrangères à partir desquelles le traducteur traduit, excluant ainsi le travail à effectuer sur la langue maternelle.

J’ai pu remarquer au cours de mes études que, bien que la fluidité et la qualité de la langue cible (dans la plupart des cas, la langue maternelle du traducteur) soient très souvent les « fenêtres » à travers lesquelles le traducteur est jugé, nous avons tendance à nous focaliser davantage sur nos éventuelles failles en langue étrangère plutôt que sur nos lacunes en langue maternelle. J’ai donc répertorié ci-dessous quelques conseils qui m’ont été donnés tout au long de mes études, en espérant que ceux-ci puissent aider tout autant des traducteurs professionnels désireux d’améliorer leur expression, que des étudiants se destinant aux métiers du secteur de la traduction 😊

Se (re)plonger dans les classiques

Lorsque je préparais les tests d’admission en Master de traduction, l’une de mes enseignantes de licence m’a donné un conseil qui m’a paru surprenant, étant donné que je ne me destinais pas à des études de traduction littéraire, mais qui s’est avéré très utile : lire des classiques de la littérature française.

En effet, elle ne m’a pas donné ce conseil pour que je puisse me distraire avec les aventures de Candide de Voltaire, mais plutôt pour me sensibiliser aux différences de prose et de rythme, aux différentes possibilités de constructions syntaxiques qu’offre la langue française, dans le but de m’aider à enrichir mes compétences rédactionnelles. C’est ainsi que j’ai ressorti mes livres de mes années lycée et que je me suis replongée dans la littérature classique, en m’attardant sur les différentes tournures de phrase utilisées par Victor Hugo, Molière et Marivaux et sur l’enchaînement des mots.

Si j’étais quelque peu sceptique, j’ai rapidement pu constater des évolutions dans ma façon de rédiger. J’étais en effet plus audacieuse et créative dans mes choix linguistiques et je prenais réellement plaisir à écrire et à jouer avec les possibilités offertes par la langue française. Cet exercice m’a aidée à améliorer la qualité de mes productions, mes capacités de rédaction en langue française et à enrichir, de ce fait, mon expression écrite.

Lire, lire et lire

On nous le répète depuis l’école primaire : la lecture a d’énormes bénéfices sur le cerveau humain. Qu’il s’agisse d’accroître son vocabulaire, d’améliorer sa mémoire ou de se cultiver, nombreux sont les avantages qu’offre la lecture. Mais, outre ces bénéfices déjà très connus et ceux abordés dans le point précédent, quel peut être l’intérêt de la lecture pour le traducteur professionnel ? Selon moi, la réponse à cette question est très simple : une lecture régulière et variée améliore considérablement la créativité et la capacité d’adaptation du traducteur, qualités très importantes dans le secteur.

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Effectivement, la lecture régulière de différents types d’écrits ou de thèmes différents nous permet de nous familiariser avec de nouveaux concepts, de nouvelles expressions, de nouvelles idées qui apparaissent presque quotidiennement. Elle nous invite à découvrir des réalités que nous ne connaissons pas forcément et améliore ainsi notre niveau de compréhension, tout en nous permettant de nous familiariser avec de nouveaux termes ou domaines. Le traducteur peut ainsi développer ses connaissances, sa capacité d’adaptation et enrichir son vocabulaire et sa connaissance des nouveaux phénomènes linguistiques.

Écrire, écrire et écrire

Je ne vous apprends rien en vous disant qu’il est très rare qu’une personne s’exprime exactement de la même façon à l’oral et à l’écrit. En effet, la parole implique de la spontanéité et de la rapidité de la part du locuteur, qui peut recourir à des périphrases, des mimiques, des intonations différentes pour faire passer son message et contourner les difficultés d’ordre linguistique. L’écrit, toutefois, implique une réflexion plus approfondie sur l’organisation syntaxique, le vocabulaire, le registre, la logique… Par conséquent, il est parfaitement normal que l’écriture requière davantage d’efforts intellectuels. L’écriture nous permet donc de réfléchir aux diverses possibilités linguistiques qui s’offrent à nous et aux raisons qui nous incitent à choisir telle ou telle option.

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Pour vous aider à améliorer votre expression et votre capacité d’adaptation, je vous conseillerais donc de faire l’effort d’écrire régulièrement, en rédigeant des emails, des cours, des comptes-rendus… Le résumé d’articles de presse, par exemple, me semble être un exercice très efficace. Lorsque je préparais les épreuves d’entrée en Master de traduction, je me suis entraînée à rédiger des résumés d’articles de presse, en relevant dans un premier temps les informations les plus importantes du texte, en établissant une hiérarchie parmi ces informations puis en les reformulant plusieurs fois. Je jouais ainsi avec la syntaxe ou avec le vocabulaire en cherchant des synonymes des termes utilisés dans l’article, par exemple. Je faisais ensuite relire le résumé de l’article par des proches, des camarades ou des professeurs. Cet exercice m’a permis de tester plusieurs formulations possibles d’une même phrase de départ et de réfléchir à l’option qui convenait le mieux. J’ai pu, ainsi, développer mon expression et ma créativité rédactionnelle.

De même, relire les écrits de tierces personnes est un bon exercice. Dans le secteur de la traduction, la révision fait partie d’une des étapes clés d’un projet. Cette étape exige énormément de concentration de la part du réviseur, qui doit analyser des choix linguistiques qui ne sont pas les siens. Pour cette raison, je trouve qu’il s’agit d’un excellent exercice pour améliorer ses capacités d’expression : en effet, cela nous permet de nous interroger sur les différents procédés pouvant être employés et de remettre en question nos propres choix. Il m’est souvent arrivé, par exemple, de faire relire mes traductions par des collègues de Master, et le même scénario se répétait à chaque fois : nous faisons tous des choix différents, nous préférons une tournure à une autre, un terme à un autre etc. Je trouve que pouvoir discuter de nos choix de traduction avec des collègues est très enrichissant, puisque cela nous permet de porter un regard plus critique sur nos propres productions et d’améliorer ainsi nos compétences à l’écrit.

Lutter contre les interférences

Il n’est pas rare que, sans le vouloir, nous incluions parfois quelques barbarismes ou calques dus à des interférences avec la langue source dans nos traductions. Parfois, il peut même s’agir d’une technique volontaire de traduction ! Mais quand ce n’est pas le cas, le traducteur doit souvent fournir un effort plus ou moins important pour prendre de la distance par rapport à la langue source et produire ainsi un texte qui semblerait avoir été rédigé dans la langue cible.

Si vous avez déjà effectué des séjours longs à l’étranger et que vous n’avez pas eu souvent l’occasion de parler votre langue maternelle, vous avez peut-être constaté que vous commenciez à douter de telle ou telle construction syntaxique, de l’orthographe de tel ou tel mot qui auparavant ne vous posaient aucun problème, et la qualité de vos productions écrites en a peut-être fait les frais !

En effet, lorsque nous parlons ou entendons une langue étrangère tous les jours, nous nous concentrons sur notre compréhension ou sur notre expression dans ladite langue, afin de pouvoir communiquer avec les natifs. Néanmoins, ces efforts sont tels qu’il arrive parfois qu’en reparlant notre langue maternelle, que nous parlons de façon intuitive et spontanée, nous créions des mots « hybrides », sans en avoir toujours conscience, ou que nous produisions une phrase syntaxiquement incorrecte. Cela tient du fait que parler une langue étrangère nous demande davantage d’efforts et de concentration, et de ce fait, nous avons parfois tendance à « oublier » certains aspects linguistiques de notre langue maternelle, sur laquelle nous nous interrogeons et nous concentrons rarement avec une telle vigilance.

Comment faire, donc, pour contourner cette difficulté ? Selon moi, il est important de faire le même effort de vigilance lorsque nous parlons notre langue maternelle que lorsque nous parlons une langue étrangère, car le fait que parlions notre langue maternelle de façon spontanée et intuitive fait que nous ne nous attardons pas naturellement sur certains aspects linguistiques. La curiosité et la rigueur de l’expression sont donc des qualités qu’un traducteur doit avoir s’il veut maîtriser parfaitement sa langue maternelle. Il doit ainsi faire l’effort de dissocier ses langues de travail et de prendre suffisamment de recul par rapport au texte source lorsqu’il traduit pour éviter toute interférence entre les différentes langues.

Last but not least: attention à la grammaire et l’orthographe !

Chaque langue a ses propres règles grammaticales et orthographiques. Si votre langue maternelle est le français, vous savez que les règles de grammaire et d’orthographe sont loin d’être faciles à maîtriser parfaitement. Néanmoins, il est fondamental pour un traducteur d’en maîtriser le maximum possible, et d’avoir toujours à sa portée un moyen de vérifier les règles grammaticales et orthographiques.

Même si nous estimons intuitivement que nous maîtrisons notre langue maternelle, il est fort probable que certaines règles nous échappent encore et il est nécessaire d’avoir la curiosité et la rigueur de s’interroger dès le moindre doute. Il arrive par exemple que certaines tournures fréquemment utilisées dans la vie quotidienne soient grammaticalement incorrectes (« après que » + subjonctif par exemple), mais que nous n’en ayons pas toujours conscience.

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N’hésitez donc pas à vérifier une règle grammaticale dès le moindre doute, à consulter un dictionnaire, à tester votre niveau sur des sites tels que https://www.projet-voltaire.fr/ et à veiller à vérifier le moindre accord qui vous poserait problème ! Peu à peu, en faisant cet effort de vigilance, vous améliorerez votre niveau et vos productions écrites n’en seront que meilleures.

J’espère avoir pu aider de nombreux (futurs) étudiants ou professionnels de la traduction grâce à ces conseils ! 😊

 

Christine and the Queens : à la croisée des chemins, entre traduction et création

Par Camille Bacha, étudiante M2 TSM

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Crédits photo : pochette de l’album Chris de Christine and the Queens. Because Music.

Christine and the Queens, sujet peu conventionnel, me direz-vous, pour parler de traduction. Je vous l’accorde, si un jour on m’avait dit que sa musique me servirait d’inspiration pour écrire un article sur la traduction, croyez-moi, je n’aurais jamais parié 5 dols là-dessus ! N’empêche qu’elle m’a donné pas mal de grain à moudre.

Christine and the Queens : quand traduction et création ne font qu’un

Il y a quelques jours, de beau matin et encore à moitié endormie, j’ai mis par pur hasard, en musique de fond, le dernier album de Christine and the Queens, Chris. L’album tournait maintenant depuis plusieurs dizaines de minutes lorsque soudain une chanson m’extirpa du brouillard matinal. « Tiens, cette chanson me dit quelque chose… » J’avais cette étrange impression de l’avoir déjà entendue quelque part, sauf que quelque chose était différent… La musique ? Non… La voix ? Non plus… Les paroles ? Oui… Oui c’est bien ça : la voix, le rythme, les accords étaient les mêmes, mais les paroles avaient changé !

Il s’agissait de « The Walker », version anglaise de « La marcheuse », troisième titre de l’album. J’avais donc reconnu ET découvert son alter-ego anglais.

En fait, Christine, qu’il faut désormais appeler Chris, a choisi de mettre ses chansons en français et leur équivalent en anglais au sein d’un même album. Voici, ci-dessous, un extrait de cette chanson et de son équivalent anglais. D’ailleurs, j’insiste sur le terme d’équivalence et non pas de traduction, car pour moi ces deux chansons sont deux œuvres à part entière comme vous pourrez le voir :

« La marcheuse »

« The Walker »
 

J’vais marcher très longtemps
Et je m’en vais trouver les poings qui redessinent
J’vais chercher éhontément
Les coups portés sur moi, la violence facile

J’vais marcher tout le temps
Et je m’en vais forcer les regards agressifs
J’vais toujours au-devant
Il me tarde de trouver la violence facile,

 

 

I am out for a walk
And I will not be back ’til they’re staining my skin
This is how I chose to talk
With some violent hits, violent blossoms akin

Every night I do walk
And if they’re looking down I’m offering my chin
This is how I chose to talk
With some violent hits, violent blossoms akin

Le premier vers est plutôt proche puisqu’on garde l’idée de marche avec le verbe « walk ». À partir du second vers, cela devient plus intéressant :

« Je m’en vais forcer les regards agressifs » : agressif réapparait dans la version anglaise avec « looking down » qui reprend l’idée de mépris, d’hostilité ; « offering my chin » reprend l’idée exprimée par l’adverbe « éhontément » qui souligne l’attitude désinvolte du narrateur, et aussi l’idée de confrontation présente dans tout le refrain. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’image est quelque peu différente mais qu’elle reste aussi efficace et facile à visualiser que le français.

« This is how I chose to talk » : encore une fois, par la structure péremptoire « This is how » (c’est ainsi) et le verbe « chose » (choisir), une attitude volontairement très frontale voire brutale, et un sentiment de témérité et de liberté ressortent de ce vers. Sentiments que l’on retrouve d’ailleurs dans la version française : « J’vais chercher », « il me tarde de trouver », « je m’en vais forcer », « j’vais toujours au devant ».

« With some violent hits, violent blossoms akin » s’éloigne un peu plus de la structure de la version française. On retrouve clairement l’idée de violence, de brutalité et de frontalité avec « violent » répété deux fois et « violent hits » (coups violents).

En outre, l’artiste reproduit également les rimes présentes dans l’original avec : « walk/talk », « skin/akin », « chin/akin » ; autre élément qui permet de conserver le rythme et l’harmonie de l’original.

Vous remarquez d’ailleurs que si l’on prend les mots un par un, il est difficile de trouver une véritable symétrie entre l’anglais et le français, et pourtant les sentiments et les images qui se dégagent des deux textes sont les mêmes. On voit donc la prouesse d’écriture de l’artiste francophone à la fois en anglais et en français.

Dans cet exemple, traduction et création se confondent. Néanmoins, je pense que cet exercice de traduction/création est excellent car l’artiste a réussi à exprimer les mêmes sentiments en jouant avec les codes et les contraintes de chaque langue. Finalement, Christine and the Queens s’écarte de son texte original en français pour d’autant plus lui être fidèle, en donnant forme à son équivalent et véritable alter-ego anglais.

Adapter par fidélité

Cette fois-ci, pour s’éloigner de la pop culture et atterrir sur le terrain un peu plus sérieux et assuré de la « grande » littérature, je prendrais l’exemple de Shakespeare.

Depuis toujours, de par l’ampleur et la qualité de son œuvre ainsi que l’universalité des thèmes abordés dans ses œuvres comme l’amour et le pouvoir, Shakespeare a suscité l’intérêt de traducteurs, metteurs en scène et autres réalisateurs.

Vous avez toujours rêvé d’un Shakespeare québécois ? Ils l’ont fait, et notamment Michel Garneau, dramaturge québécois. Il a notamment « tradapté » Macbeth, La Tempête ou encore Coriolan. Le but : se réapproprier la langue de Shakespeare en y alliant la phonétique, les structures et le vocabulaire québécois. Il y a là un moyen de rendre la pièce plus actuelle, de parler des jeux de pouvoir dans le royaume de Macbeth pour encore mieux parler du Québec au XXè siècle.

Au cinéma, les adaptations de Shakespeare ne se comptent plus. Du splendide Romeo + Juliet de Baz Luhrman, au plus ou moins convaincant She’s the man d’Andy Fickman, en passant par le tendre 10 things I hate about you (et la liste est encore longue) ; chaque film a choisi de prendre ses distances avec l’aspect, à première vue, poussiéreux d’œuvres écrites il y a plusieurs siècles et qui pourrait faire fuir le public.

Avec Baz Luhrman, c’en est fini des familles rivales qui s’écharpent en collants. Ici, Dicaprio, alias Roméo, arbore la chemise hawaïenne et traîne sa mélancolie sur la plage de Venice Beach. Les armes à feu ont remplacé les épées, et les réceptions se transforment en soirées drag-queen. On pourrait croire que cette adaptation se moque de l’œuvre de Shakespeare et n’en fait qu’à sa tête. Au contraire ! C’est justement là le génie de Baz Luhrman : parler au public en utilisant ses codes. On s’identifie d’autant plus à l’histoire de Roméo et Juliette parce que leur réalité semble plus proche de la nôtre. En trahissant, en surface, l’œuvre originale, Baz Luhrman sert toute la densité et l’universalité de l’œuvre shakespearienne.

Bien entendu l’équilibre est toujours instable et difficile à définir entre trahir une œuvre pour mieux la servir, et tout simplement la dénaturer, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle.

Traduction et création : une frontière artificielle

Comme j’ai essayé de le démontrer tout au long de cet article, une traduction ne sera jamais la parfaite et pâle copie du texte original. Et c’est justement cette « imperfection » qui en fait un produit à part entière, capable d’égaler l’original. Au final, tout acte de traduction est aussi un acte de création à part entière.

D’ailleurs, j’ose penser que Marina Fribourg-Blanc, traductrice à la DGT de la Commission européenne, ne me contredirait pas à ce sujet. Dans le cadre du programme Visiting Translator Scheme, partenariat entre la Commission et notre université, Mme Fribourg-Blanc nous a fait l’honneur de nous rejoindre pendant deux semaines pour partager son expérience et en apprendre davantage sur notre formation.

Lors de ses interventions, un point a particulièrement résonné en moi. Bien qu’elle soit spécialisée dans les questions liées à la pêche en Union européenne, domaine donc très technique, Marina Fribourg-Blanc a insisté sur l’importance pour elle de « s’approprier émotionnellement » le texte source, et d’en donner son interprétation en tant que traductrice. J’en venais à m’imaginer qu’un texte sur une directive concernant la pêche en Écosse avait peut-être lui aussi une « âme »…

Elle m’a en tout cas convaincue d’une chose : tout acte de traduction est, d’une façon ou d’une autre, un acte de création. À partir d’une matière première, le traducteur doit pouvoir donner forme, certes selon des besoins et des critères spécifiques, à une nouvelle matière, à un nouveau produit.

Par conséquent, peu importe le domaine de traduction, je pense qu’une fois son travail achevé, chaque traducteur devrait pouvoir le dire haut et fort, comme un certain Frank Sinatra, en s’inspirant de la célèbre chanson de Claude François : « I did it my way ! ».

Et comme je ne peux pas résister au plaisir de partager ce chef-d’œuvre qu’on ne se lassera jamais d’entendre, je clos cet article par la voix suave de ce cher Mr. Sinatra :

 

Traduire l’intraduisible : euh, what ?

Par Gwenaël Gillis, étudiante M2 TSM

what

Bon, pour être tout à fait honnête avec vous, mon titre ne reflète pas entièrement la réalité. Mais pour attirer du monde, il faut un titre accrocheur. Alors le voilà !

Je ne dis pas non plus que ce titre est totalement faux mais il aurait simplement pu annoncer certaines difficultés que l’on peut rencontrer en traduction, mais ça aurait été moins drôle et je n’aime pas ce qui est moins drôle, alors allons-y.

Dans la vie, il y a plusieurs choses qui m’intéressent. La cuisine et la musique font partie de ces choses. Ce sont deux domaines qui me passionnent et, en tant que future professionnelle de la traduction, leur aspect linguistique m’intéresse tout autant. Et je sais ce que vous allez dire : « Oui mais tu sais Gwenaël, les chansons et les recettes de cuisine se traduisent, sinon comment aurions-nous connu les burritos, le cheesecake et la pizza ? ». J’avoue que ces exemples ne sont pas vraiment révélateurs mais c’est toute l’inspiration que j’avais sur le moment alors veuillez m’en excuser.

Pour en revenir à ce qui nous intéresse, je suis tout à fait d’accord avec vous. Des personnes très courageuses et créatives se sont déjà penchées sur ce sujet et y ont trouvé des solutions plus qu’appropriées. Mais avant de trouver ces solutions, elles ont dû elles aussi se heurter au problème présent qui est le suivant : comment rendre fidèlement ce que cette chanson, cette recette, dégageait à la base ?

C’est pourquoi je vous invite avec moi à vous pencher sur ces 2 domaines en commençant par ne faire qu’une bouchée du domaine culinaire (désolé mais c’était trop facile).

La traduction culinaire : mettons les pieds dans le plat !

Lorsque je parle de difficultés de traduction dans le domaine culinaire, je ne veux pas dire que c’est impossible mais plutôt que cela demande beaucoup d’imagination et un minimum de savoir en matière de cuisine. Je n’essaye pas ramener ma fraise ou de vous raconter des salades, mais si vous ne suivez pas une certaine logique, ce sera la fin des haricots. Vous ne voudriez tout de même pas être le dindon de la farce ? Encore une fois, c’était trop facile (et un peu trop tentant).

Repartons sur quelque chose d’un peu plus sérieux. Je m’explique. Pour traduire une recette de cuisine (ou tout autre document se rapportant à l’univers culinaire), il faut avoir un minimum de savoir faire dans ce domaine, comme pour tout autre domaine de spécialisation (sinon, ce ne serait pas une spécialisation, vous me suivez ?).

Pour commencer, je vais vous donner un exemple concret : il m’est souvent arrivé de me heurter à certaines recettes américaines, la plus basique étant celle des pancakes. Je voulais la plus authentique possible et j’ai fini par trouver la recette parfaite. En voici les ingrédients : sugar (du sucre, ça va c’est facile), egg (œuf, ok), flour (farine), butter (beurre, ça va toujours), buttermilk (buttermi…, euh non. Houston, nous avons un problème). Explication : le buttermilk, ça n’existe pas en France. Heureusement pour moi, internet existe ! J’ai donc découvert que l’équivalent français le plus proche était le babeurre. Mais le but principal était surtout de trouver un lait fermenté. Et celui-ci faisait bien l’affaire. Ce fut un succès.

Heureusement pour moi, cette histoire connaît un dénouement heureux (ben oui, j’ai quand même pu manger mes pancakes). Mais comment fait-on quand il n’existe pas vraiment d’équivalent ? Quand on connaît toute la diversité culinaire que ce monde contient, ça pourrait faire tourner la tête de plus d’une personne. En effet, comment choisir entre caramel, toffee et fudge ou encore où trouver cheddar, cream cheese et Monterey Jack ? Bien que certain de ces ingrédients soient maintenant commercialisés dans de nombreux pays, il en existe tout de même qui ne sont toujours pas disponibles les rayons de nos supermarchés, et on fait alors chou blanc. C’est à ce moment là qu’apparaît toute la subtilité de cette discipline : il faut connaître son sujet ! Il faut savoir que le cream cheese va être utilisé pour son côté un peu épais et son goût assez effacé. Étant donné qu’on ne pourra pas l’utiliser directement dans un cheesecake, il pourra toujours être remplacé par du Philadelphia ou même du mascarpone. En gros, peu importe l’équivalent que vous aurez trouvé pour votre traduction, tant qu’il remplit le rôle pour lequel on l’utilise, c’est gagné.

Je sais ce que vous allez dire : tout ce blabla et aucune solution de traduction concrète. Mais non, je ne vous ai pas roulés dans la farine. En matière de cuisine, il n’existe pas de bonne ou de mauvaise solution, seul le résultat compte. Tant que le goût, la texture et l’aspect restent les mêmes, il n’existe pas vraiment de règle stricte. Une erreur monumentale serait de suivre la recette d’une lasagne et d’obtenir une tarte aux pommes. Je serai tout de même très intéressée de voir ça !

tarte aux pommes

La traduction de chansons : en avant la musique !

Je trouve la traduction de chansons très intéressante du point de vue du résultat mais aussi de la « procédure » à suivre. En fait, c’est hyper facile. Il suffit de faire une belle traduction tout en ajoutant des rimes à la fin. C’est FAUX ! Vous n’avez pas suivi ce que j’ai dit depuis le début ou quoi ? On ferait mieux d’accorder nos violons tout de suite : la facilité dans ce genre de traduction, c’est comme pisser dans un violon, ça ne sert à rien ! C’est vrai qu’on pourrait chercher à retranscrire les mots de l’artiste tels quels, tout en y apportant quelques modifications afin qu’ils sonnent plus naturels aux oreilles des citoyens de ce monde, mais on perdrait alors toute l’âme de la chanson. Aller plus vite que la musique est inutile, il faut d’abord considérer chaque mot, chaque phrase comme une idée en soit afin d’offrir le meilleur rendu possible.

La plus grande difficulté dans la traduction de chansons réside dans le fait qu’il faut suivre un rythme, une mélodie définie mais dans une autre langue. C’est ce qu’on appelle la métrique, c’est un certain nombre de syllabes utilisées pour suivre le rythme de la chanson. Si vous traduisez une chanson du russe vers l’italien par exemple, le nombre de syllabes devra rester le même sinon vous aurez un « manque » dans la chanson, qui sonnera faux aux oreilles de ceux qui l’écoutent. Et ça, ce n’est pas ce qu’on veut ! Dans le même ordre d’idées, vous devrez faire attention à l’accentuation de certains mots, certaines syllabes, mais aussi à la longueur de vos voyelles. Même si certaines langues peuvent se permettre d’ajouter des u et des i à rallonge, en français, cette stratégie sonnerait vraiment bizarre. Sauf si, bien entendu, vous connaissez des personnes qui parlent comme ça tous les jours, mais je permettrais quand même de mettre un bémol là-dessus.

Après avoir pris en compte tous ces aspects, il vous reste bien entendu à traduire la chanson de la manière la plus fidèle possible sans pour autant faire du mot à mot. Le but principal d’une chanson est de raconter une histoire, un sentiment, une émotion. Traduire littéralement ferait perdre tous ces éléments à la chanson. C’est pourquoi il faut tradapter, c’est-à-dire traduire le sens caché sans pour autant réécrire la chanson. Mais je ne suis pas la mieux placée pour vous parler de ça. C’est pourquoi, je vous laisse vous rendre sur le site suivant : http://website.letradapteur.fr/

Ils sauront mieux vous expliquer que moi. Mais en attendant, étant donné que nos oreilles ne l’ont pas encore assez entendu, ou pas encore assez saignées, à vous de voir (je peux me permettre, je suis une fan inconditionnelle de Disney), je vous invite à un petit cours de tradaptation sur la merveilleuse chanson de La Reine des Neiges : Libérée, délivrée :

 

Bon, je sais que tout ce blabla ne vous aura pas totalement aidé, que ça reste un peu abstrait mais voilà le point général où je souhaitais vous emmener : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise traduction dans ces domaines (sauf si vous vous éloignez vraiment du but principal, comme avec la tarte aux pommes. Là je ne peux plus rien pour vous). Le but principal est de rendre une idée en adaptant à la culture, le groupe, la personne visée. Si vous arrivez à retrouver le goût de départ, pour une recette par exemple, ou à raconter la même histoire que celle de la chanson d’origine mais dans votre langue, alors vous aurez (presque) tout gagné. De toute façon, la traduction parfaite n’existe pas. Personne ne pourra vous blâmer, sauf si encore une fois, vous utilisez des pommes pour une lasagne. À ce moment-là, vous êtes impardonnable. Et leur sentence est irrévocable !

 

Comment bien se vendre pour trouver un stage dans le milieu de la traduction

Par Chloé Cantet, étudiante M2 TSM

 

En cette période de recherche de stages, nous souhaitons tous nous démarquer et nous vendre au mieux pour trouver un stage formateur et motivant.

En tant qu’étudiant.e, l’expérience professionnelle nous fait souvent défaut au moment de postuler à nos stages de master, en particulier pour celui de master 1. Cependant d’autres atouts peuvent être mis en avant afin d’attirer l’attention du recruteur.

Label EMT

Bien que cela puisse paraître évident, le fait même d’être en master est un plus, surtout si votre formation, comme le master TSM, porte le label EMT (European Master in Translation) octroyé par la DGT (Direction Générale de la Traduction). Ce label est un gage de qualité. En effet, le référentiel de compétences EMT, qui doit être respecté par les formations membres du réseau «  définit les compétences de base que les traducteurs doivent posséder pour travailler sur le marché actuel » (site de la Commission européenne).

Ce label est également un atout considérable si souhaitez réaliser un stage à la DGT ou dans une organisation de l’Union européenne en général.

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Parce que le master est une expérience

Pensez à valoriser les compétences et connaissances acquises au cours de la première année (voire du premier semestre !) de master. Parce que l’utilisation de la Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), la compilation de corpus et la gestion de projets sont essentielles aux yeux des agences et des professionnels du monde de la traduction, ce serait dommage de les omettre dans son CV. De plus, en tant qu’étudiant.e.s en cours de formation, nous sommes les mieux formés et les plus à jour en matière de nouvelles technologies, de logiciels et de nouveaux outils : un atout majeur sur un marché qui est en constante évolution et développement !

Pour ce qui est des outils de TAO, la certification de SDL pour traducteurs (niveau débutant pour les M1 et niveau intermédiaire pour les M2) est évidemment un plus qui permet d’attester de votre niveau de maîtrise de SDL Studio, actuellement leader sur le marché. Le fait de préciser la version avec laquelle vous travaillez, en l’occurrence 2019 cette année pour les étudiants du master TSM, montre au recruteur que vous êtes à l’aise avec les nouvelles fonctionnalités et que vous n’aurez pas de problème à travailler avec les versions antérieures.

De plus, le Skills Lab étant un atelier à part entière, il permet d’augmenter l’expérience sur votre CV. Votre poste dans cette agence de traduction virtuelle est bien réel et vous demande de mettre en pratique ce qui a été appris pendant les cours, et au-delà.

Attention aux fottes !

En traduction plus que dans n’importe quel autre secteur, la rédaction, la typographie, la grammaire et l’orthographe sont primordiales. Elles révèlent votre style et l’attention que vous portez à votre candidature. C’est pourquoi il est important de soigner la rédaction de son cv et de sa lettre de motivation. La moindre erreur pourrait vous « disqualifier » et faire douter de vos compétences. Pensez à les faire relire par un camarade, un proche… : on voit toujours mieux les erreurs des autres.

Étranger

Langues de travail et séjours à l’étranger

Les langues étudiées et parlées sont également un moyen de sortir du lot. Le fait d’avoir des connaissances dans une langue rare (russe, danois, serbe…) peut intéresser certaines agences et plus particulièrement les institutions européennes.

De plus, les expériences à l’étranger, que ce soit dans le cadre de stages, d’échanges universitaires, de formations, etc., sont une plus-value à ne pas négliger puisqu’elles permettent de développer des compétences linguistiques et culturelles et montrent une certaine ouverture d’esprit et curiosité. C’es séjours permettent généralement d’apprendre à gérer un budget, à gagner en autonomie, à mieux s’organiser… Tant de compétences à mettre en avant afin de se démarquer et retenir l’attention de qui lira votre CV.

Présence sur les réseaux sociaux

À l’ère du numérique, les employeurs recrutent régulièrement sur les réseaux sociaux. Il faut donc se créer des profils et les soigner (tant professionnels que personnels) pour mettre en avant ses atouts et ses compétences tout en évitant de rendre publics des informations trop personnelles ou compromettantes. Le milieu de la traduction est un petit milieu où tout le monde se connaît, il faut donc veiller à construire et entretenir sa réputation. Les profils LinkedIn et Viadeo par exemple doivent être professionnels et donner confiance. Ils font office de CV et permettent au futur employeur de connaître notre parcours et nos compétences. Il est important qu’ils soient complets et qu’ils contiennent tous les mêmes informations.

Afin d’être facilement reconnaissable d’un réseau à l’autre, il est conseillé d’utiliser le même nom, la même adresse mail et la même photo pour chaque profil. Il est judicieux de suivre les sociétés de traduction sur les réseaux sociaux puisque c’est là qu’elles publient (souvent en avant-première) leurs nouvelles offres de stage et d’emploi.

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Skills Lab – test ultime avant l’arrivée sur le marché

Les entreprises ne font jamais de retour sur notre cv, notre lettre de motivation ou encore notre présentation lors de l’entretien d’embauche. Notre candidature est acceptée ou refusée, sans que l’on sache ce qui a motivé le choix du recruteur. Cependant, grâce au Skills Lab les étudiants du master TSM ont la possibilité d’avoir l’avis de professeurs et de professionnels du monde de la traduction sur leur façon de postuler à une offre d’emploi en traduction. En effet, comme l’explique Alessandro Circo dans son article, les étudiants sont amenés à répondre à des annonces pour différents postes au sein du Skills Lab (traducteur, réviseur, préparateur de ressources ou gestionnaire de projet) et à passer des entretiens. Les commentaires constructifs réalisés par les professeurs et les professionnels sont essentiels puisqu’ils permettent d’améliorer considérablement son cv et sa façon de se présenter lors d’un entretien d’embauche. De plus, cela permet de se mettre dans la peau d’un professionnel du monde de la traduction (souvent pour la première fois) avant d’arriver réellement sur le marché.

 

J’espère que ces conseils auront été utiles et vous aideront à obtenir un (bon) stage de master dans le milieu de la traduction.

Relire un texte sans connaître la langue source : mission impossible ?

Par Célia Jankowski, étudiante M2 TSM

 

Relire un texte, tout bon traducteur le sait, n’est pas une tâche anodine. La relecture est une étape indispensable du processus traductif, et ne doit en aucun cas être prise à la légère. Peu d’agences ou de traducteurs renvoient à leurs clients des textes non relus.

Or, imaginez cette situation : vous êtes traducteur, et on vous demande de relire un texte, afin de corriger les éventuelles erreurs et coquilles oubliées par le traducteur. Pas de problème, vous répondez. Vous recevez le document, l’ouvrez dans votre outil de TAO préféré, et là, horreur : le texte source est dans une langue que vous ne maîtrisez pas du tout ! Vous n’en comprenez pas un mot. Vous demandez confirmation auprès de celui ou celle qui vous a demandé d’effectuer cette tâche : non non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon document.

Un traducteur, confronté pour la première fois à ce genre de situation, peut être déconcerté. Est-ce normal de recevoir une telle demande ? Est-ce seulement possible ?

Pas de panique, c’est tout à fait faisable. Mais un peu différemment.

Revision1Ne vous inquiétez pas, ça va aller !

 

Lorsque vous révisez un texte, en général, le but est bien sûr de relever et corriger les fautes d’accord, de frappe, de ponctuation, ainsi qu’améliorer la syntaxe si nécessaire. Mais il faut aussi aller un peu plus loin et comparer la traduction à l’original, vérifiant ainsi que tout les éléments présents dans la source sont bien retranscrits dans la cible, et ce de manière correcte. Bien évidemment, ce dernier point est impossible sans comprendre la langue du texte source ; dans notre cas, il faudra donc faire l’impasse sur ce point. Qu’à cela ne tienne ! L’agence ou la personne qui vous a confié cette tâche fait manifestement confiance à son traducteur, il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Commencez par déterminer le skopos du texte : à qui est-il destiné ? Pourquoi a-t-il été rédigé ? N’hésitez pas à poser ces questions à celui qui vous a confié la relecture si vous ne parvenez pas à déterminer cela seul : les réponses à ces questions sont primordiales pour une bonne relecture.

Ensuite, comme dans une relecture traditionnelle, il reste à corriger les fautes de frappe, d’accord, d’orthographe éventuelles, améliorer la syntaxe si vous le jugez nécessaire… Et puis vous tombez sur un mot, une expression qui vous semble étrange et peu adaptée au contexte. Oui, mais voilà : comme expliqué précédemment, pas moyen de vérifier dans le texte source si c’est vraiment le bon terme. Et pas question de passer au traducteur automatique pour tenter de trouver une réponse vous-même ! La seule solution : marquer le mot ou expression posant problème, et le signaler lorsque vous renverrez le texte relu.

Votre relecture est terminée. N’oubliez pas de résumer les problèmes au moment de renvoyer le fruit de votre labeur, et votre rôle s’arrête (normalement) là. Ouf, ce n’était pas si compliqué au final, quoiqu’un peu fastidieux et étrange. Mais n’existe-t-il pas une meilleure façon de réaliser une telle relecture ?

Eh bien, si ! Il est possible d’effectuer ce que l’on appelle une « relecture croisée », qui fait collaborer le relecteur et le traducteur. Le relecteur relit à voix haute la traduction, pendant que le traducteur relit silencieusement l’original, en vérifiant qu’il a bien retranscrit le sens dans sa traduction. Il peut à ce moment-là demander confirmation à son relecteur, lui précisant le sens de l’expression ou du terme dont il n’est pas sûr et lui demandant si l’idée est bien retranscrite. Cela permet un véritable échange entre le traducteur et le relecteur, qui peuvent ainsi se poser des questions et se faire des remarques en direct, et modifier la traduction immédiatement, sans que le relecteur ait besoin d’annoter les termes lui posant problème, problème que parfois le traducteur ne comprend pas forcément.

Du point de vue du traducteur, cela lui permet d’économiser du temps : en effectuant les modifications nécessaires au fur et à mesure de la relecture, pas besoin de rouvrir une nouvelle fois le texte à la fin de celle-ci pour retrouver les anomalies détectées par le relecteur. Du point de vue du relecteur, cela lui permet d’en apprendre plus sur le texte source, de mieux comprendre ce qu’il relit et de poser autant de questions que nécessaire à l’auteur de la traduction, ainsi que d’être plus sûr de lui dans ses suggestions : plus besoin de tergiverser de son côté quant à l’adéquation d’un certain terme, il n’a qu’à faire part de ses doutes au traducteur.

Une telle pratique a de nombreux avantages : plus les deux acteurs travaillent ensemble, plus la relecture sera efficace : le relecteur apprend des habitudes de traductions du traducteur, et le traducteur enregistre les remarques du relecteur. Une véritable collaboration se crée, et une « équipe » naît, qui s’entraide et qui se fait confiance.

La relecture croisée peut très bien se faire avec un relecteur chevronné, mais aussi avec un relecteur novice : le traducteur lui apprend les « ficelles » du métier et lui explique au fur et à mesure les choix à faire selon les problèmes rencontrés. Inversement, un relecteur (ou traducteur, qui ici endossera le rôle de relecteur) peut très bien s’associer à un traducteur novice, pour l’aider à parfaire sa traduction et lui expliquer comment éviter certaines erreurs.

Revision2Il est toujours possible d’appeler du renfort pour des expressions particulièrement coriaces.

 

Mais pourquoi vous confier une telle tâche, me demanderez-vous ? Eh bien, vous étiez peut-être la seule personne pouvant bien relire un document spécifique, que ce soit de par votre expertise en la matière dont le texte traite, ou bien vous étiez tout simplement la seule personne disponible dont la langue maternelle est celle du texte cible ou à même d’effectuer la relecture dans les délais.

Cela a été mon cas lorsque j’ai effectué mon tout premier stage de traduction dans une agence belge. Située dans la partie néerlandophone du pays, je ne m’attendais cependant pas à devoir relire des textes dans une langue source qui m’était totalement inconnue : le néerlandais. En effet, la plupart des commandes reçues consistaient à traduire des textes néerlandais vers le français, ce que j’étais par conséquent incapable de faire. Je me suis donc vu assigner le rôle de relectrice. Cependant, une fois la surprise initiale passée, et à l’aide d’une relecture croisée quasi systématique pratiquée avec mon maître de stage, tout s’est bien déroulé !

Voilà pourquoi il ne faut pas vous laisser impressionner par cette tâche sous le prétexte que la langue source vous est inconnue. Celui qui vous a confié cette tâche avait très certainement de bonnes raisons de vous l’attribuer, et vous êtes très certainement capable de l’effectuer sans problème ! À vos claviers.

Revision3Ça va mieux ?

 

La relecture croisée vous intéresse, et vous souhaitez en savoir plus à ce sujet ? Je vous invite à lire cet article de Jean-François Allain, publié en 2010 dans la revue en ligne Traduire, numéro 223.

Comment améliorer vos traductions si vous êtes étudiant ou bien débutant

Article original en espagnol Cómo mejorar tus traducciones si eres estudiante o estás empezando, écrit par Pablo Muñoz Sánchez et publié le 12.02.2014 sur son blog.

Traduction française de Marie Castel, étudiante M1 TSM.

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Un étudiant du METAV m’a demandé quelque chose qui m’a donné une idée pour cet article : comment puis-je améliorer mes traductions en plus des corrections du professeur ? Répondre à cette question n’est pas une tâche facile, car s’il y avait une formule magique, il n’y aurait pas autant de formations dans le domaine de la traduction. Cependant, d’après mon expérience, je pense qu’il y a un certain nombre de choses que vous pouvez faire si vous êtes encore en formation et que vous avez beaucoup de motivation.

Traduisez tout ce que vous pouvez

Évidemment, plus vous traduisez, plus la traduction sera bonne. Je me souviens quand, dans mes premières traductions de mon parcours, je traduisais plus lentement qu’une tortue parce que je n’étais jamais sûr de quoi que ce soit et que je doutais de tout, tout comme je changeais une phrase encore et encore jusqu’à ce qu’elle « sonne bien ». C’est comme aller à la salle de spor: il est probablement difficile de soulever la barre sans poids au début, mais vous augmenterez au fur et à mesure la quantité de poids que vous pouvez soulever.

Ça a l’air sympa, mais dans tout cela, qui vous corrige ? Il est clair qu’un stage en traduction serait le complément parfait pour votre troisième ou quatrième année, car vous en apprendrez sur les processus, les outils et la qualité de la traduction à une vitesse incroyable. Cependant, il n’y a pas toujours des stages pour tout le monde. Que faire dans ce cas-là ?

Trouvez un partenaire pour vous corriger

Comme vous l’avez compris : trouvez un camarade de classe ou un traducteur débutant motivé grâce à Internet (sur Twitter, les groupes Facebook, etc.) qui veut vous aider en échange de la relecture de leurs traductions. Je sais que cela peut ressembler à une blague parce que certaines personnes peuvent penser que vous êtes étrange parce que vous êtes « trop motivé », mais je peux vous assurer qu’il y a des gens comme vous qui sont prêts à apprendre des autres.

Évidemment, cela ne vous amènera peut-être pas à apprendre aussi rapidement que si vous étiez sous la tutelle d’un professionnel expérimenté ou d’un enseignant, mais je suis sûr que vous en apprendrez encore. Rien qu’en traduisant, vous apprendrez une nouvelle terminologie ou encore des expressions linguistiques, donc si la correction d’un partenaire peut aider un peu plus, vous aurez déjà accompli quelque chose.

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« Motivez-vous »

Motivez-vous avec des textes qui vous plaisent

L’avantage de chercher du travail supplémentaire, c’est que vous n’avez pas à faire un manuel technique horrible que vous détestez, mais vous pouvez prendre le texte que vous aimez le plus. À l’âge de 12 ans (oui, vous avez bien lu), j’ai passé plusieurs après-midi à traduire le manuel d’un jeu vidéo de rôle que j’aimais, appelé Might and Magic II (à ne pas confondre avec les Heroes of Might and Magic, dont les personnages viennent des précédents Might and Magic). C’était quand il n’y avait pas Internet, donc ma seule aide était le dictionnaire. Plus tard, j’ai commencé à traduire des jeux vidéo classiques comme Secret of Mana ou Zelda de Super Nintendo en tant que traducteur amateur et c’est ainsi que je suis passé à l’une de mes spécialités actuelles.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver des textes cool qui ne sont pas déjà traduits, mais cela n’a pas d’importance : essayez de regarder la version anglaise du site Web d’Apple ou les pages marketing de certains produits Google et commencez à traduire. Si vous pouvez télécharger la page actuelle et la traduire dans un programme comme Trados ou OmegaT et voir ensuite le résultat, c’est d’autant mieux. Vous pouvez également essayer des applications qui ne sont pas traduites (faites un brouillon, même s’il s’agit d’un document Word).

Cherchez même les sites Web qui ne sont pas traduits et essayez de les envoyer à leur auteur si vous êtes satisfait de votre travail. Traduisez les paroles des chansons si vous aimez la musique. Traduisez des sous-titres d’un court métrage ou un film que vous aimez beaucoup et que vous n’avez pas vu dans sa version originale. Quoi qu’il en soit, amusez-vous et traduisez ! Il est vrai que vous devrez peut-être traduire des textes plus ennuyeux plus tard, mais vous aurez beaucoup de travail à faire. D’ailleurs, si vous essayez quelque chose et que vous aimez ça, vous savez où vous devriez aller avec tous vos efforts, parce que tout le monde ne sait pas ce qu’ils veulent faire. Cela vous aide également à identifier les domaines possibles que vous n’aimez pas.

Essayez de gagner de l’expérience pour la mettre dans votre CV

C’est quelque chose dont j’ai déjà parlé dans Certaines façons d’acquérir de l’expérience en traduction : en l’absence d’expérience professionnelle à démontrer dans le CV, vous pouvez mettre en avant les documents que vous aimez traduire dans votre CV et gagner de cette expérience. Je vous assure que ce serait mieux que de simplement mettre « Diplôme de traduction et d’interprétation de l’Université». Bien sûr, vous devrez travailler dur pour obtenir quelque chose de vraiment valable qui peut être prouvé, mais chaque effort a ses récompenses. Je vous recommande également de consulter l’article du traducteur inexpérimenté du TraXmuN, car il est très détaillé.

Rappelez-vous que le temps passe, alors aujourd’hui je ne peux pas m’arrêter de recommander que vous fassiez quelque chose qui vous distinguera des autres avant que je finisse l’université. Je l’ai déjà dit dans une vidéo que j’ai préparée sur les conseils pour les étudiants en traduction : bougez-vous avant la fin de vos études !

Rappelez-vous que la vie est plus qu’une simple traduction

Vous pensez peut-être que tout cela n’est qu’un problème, puisque la vie est faite pour vous (surtout en tant qu’étudiant). Et vous avez raison, mais croyez-moi, prendre le temps de traduire ce que vous aimez revient au même que de sortir avec des amis, de faire du sport et bien d’autres activités amusantes. Regardez Fernando Rodríguez, qui a créé le groupe de traduction de jeux vidéo AELiON alors qu’il était étudiant. Ou regardez l’Association espagnole des traducteurs et interprètes en formation (AETI en espagnol) : il y a des étudiants en traduction et interprétation qui s’occupent non seulement de leur avenir, mais aussi de celui des autres. Parfois, il faut faire des sacrifices, mais je pense qu’ils en valent la peine.

Je sais que beaucoup d’étudiants ne sont peut-être pas assez motivés pour faire toutes ces choses que je propose, mais comme chacun est comme qu’il est, j’espère que cette article vous a servi pour certaines réflexions. La pratique fait l’enseignant.