Netflix et la traduction

Par Célia Wisniewski, étudiante M2 TSM

NetflixTraduction

 

Avec les réseaux sociaux et les autres moyens de communication, il est assez courant de reporter la moindre erreur, et malheureusement pour Netflix, ils n’ont pas échappé à cette nouvelle réalité. Les erreurs de traduction se sont multipliées, donnant parfois des résultats frôlant le ridicule. Un hashtag TraduisCommeNetflix, un classement Topito ou encore une page Tumblr ont vu le jour. Cette mauvaise publicité a vite fait prendre conscience à Netflix de la faiblesse de son processus de traduction. Quelles étaient les failles de ce processus ? Quelles améliorations ont été apportées ? C’est à ces questions que nous allons répondre. Netflix et la traduction, une histoire au passif mitigé, mais en voie d’amélioration.

En 1997, Netflix voit le jour. En 2010, la plateforme connaît un développement fulgurant grâce à l’accélération du débit internet rendant possible le visionnement en streaming de contenu vidéo. Aujourd’hui, Netflix est présent dans 190 pays pour un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros (2017) pour 158,33 millions de clients (2019). C’est un des leaders incontestés du marché. Ces performances s’expliquent avant tout grâce à la disponibilité de son contenu dans de nombreuses langues (sous-titres et/ou bande audio). Pour exemple, la série « Stranger Things », l’un des contenus originaux phares de Netflix propose 6 bandes audio différentes et 5 langues sont disponibles en sous-titre. Au total, cela permet de toucher sept langues différentes. Ces langues représentent la majeure partie de la cible Netflix (allemand, anglais, espagnol, français, portugais et arabe). Cela démontre bien que la croissance de Netflix est étroitement liée à sa capacité de traduction.

Dans un environnement concurrentiel comme celui du streaming vidéo où seule l’exclusivité de contenu permet de tirer son épingle du jeu, Netflix a fait le choix de produire et/ou de financer son propre contenu. En effet, le nombre de programmes originaux Netflix ne cesse de croître (Orange is the new black, 13 Reasons Why, Narcos, BoJack Horseman, etc.). Mais qui dit production vidéo dit également traduction. La variété de langues sources (anglais, français, coréen, portugais, espagnol, allemand, italien, etc.) et  le nombre de langues cibles rendaient les projets de traduction compliqués et avait comme conséquence finale un coût de traduction important.

Pour y remédier, Netflix a revu son processus de traduction et a lancé en 2017 une plateforme dédiée nommée Hermes. Pour être répertorié sur cette plateforme en tant que traducteur, il faut passer un QCM de 2 heures qui prend en compte la compréhension de l’anglais, mais surtout la rapidité. Ceux qui réussissent le test peuvent ensuite traduire les contenus que Neflix publie au fur et à mesure. Bien sûr, la cohérence entre les épisodes n’est pas respectée puisque les épisodes sortent petit à petit, et les traducteurs changent d’un épisode à un autre. Le salaire proposé est un salaire à la minute de contenu, et non à la minute traduite comme c’est souvent le cas pour la traduction de contenu audiovisuel. Cela signifie donc que le salaire touché peut passer du simple au double voire au triple en fonction du nombre de dialogues dans le film.

Mais les critiques ne se font pas attendre. En effet, contrairement au milieu professionnel de la traduction, les traducteurs Netflix ne sont pas des traducteurs reconnus. Le métier de la traduction admet aujourd’hui une diversité de formations et donc une diversité des profils. De ce fait, les contrats moins rémunérés à l’image de ceux de Netflix, sont choisis par des traducteurs n’ayant pas forcément les capacités de traduction nécessaires. Il en résulte donc une qualité de traduction discutable, surtout lorsque le contexte de la série n’est pas connu lors de la traduction. On trouve souvent dans ces sous-titres des abréviations, des fautes d’orthographe ou même des contresens. Netflix ferme finalement cette plateforme en 2018, prétendument à cause d’une base de données suffisamment étoffée.

Toutes ces problématiques ont contraint Netflix à abandonner cette plateforme afin de revenir à un processus plus traditionnel. Aujourd’hui, Netflix externalise sa fonction de traduction grâce à l’utilisation des partenaires locaux (appelés « Vendor »). Ces partenaires sont ensuite responsables de la qualité des traductions fournies et donc du choix des traducteurs. Côté traducteurs, le travail reste le même avec une méthode de paiement similaire. À titre d’exemple, une traduction de l’anglais vers le français est aujourd’hui rémunérée 7,2$ la minute (soit environ 6 euros) qu’importe le type de contenu traduit (le nombre de mots n’a aucune incidence). Cette traduction est toujours réalisée sur une plateforme développée par Netflix sur laquelle tous les traducteurs employés par Netflix travaillent. Cette plateforme fait également l’objet de vives critiques : chronométrage du temps de traduction, impossibilité d’enregistrer son travail, ou encore, envoi direct au partenaire Netflix sans vérification possible. La critique la plus dénoncée concerne la relecture des traductions. En effet, une relecture est censée être réalisée par une personne tierce physique et non un programme. C’est sur ce point que de nombreux doutes émergent. En effet, même si ce processus permet de réduire le nombre d’erreurs sur les traductions, les erreurs restantes pourraient être évitées par une relecture.

Il y a 5 ans, Netflix était le leader incontesté du streaming vidéo sur le marché. Depuis deux ans, le nombre d’acteurs s’est démultiplié (Amazon Prime, HBO, Canal +, etc.) et les politiques commerciales appliquées par ces derniers sont des plus agressives. De nombreuses séries sont retirées d’une plateforme pour repartir sur une autre et de ce fait, des contenus sont subitement supprimés de Netflix. Ce dernier point est l’autre problème de Netflix. Mais la remise en question de cette industrie pourrait avoir des conséquences sur la totalité des acteurs ayant un rôle à y jouer. Le rôle du traducteur est donc remis en cause. Il est donc normal de se demander si ce changement aura des conséquences sur la traduction de contenu multimédia.

 

Sources :

https://www.alltradis.com/sous-titrages-netflix/

http://www.slate.fr/story/169668/netflix-sous-titrage-traduction-recrutement-remuneration

https://www.assimil.com/blog/que-peut-on-dire-des-sous-titrages-des-programmes-netflix/

https://www.lesechos.fr/2017/04/netflix-a-la-recherche-de-traducteurs-pour-ameliorer-ses-sous-titres-165550

http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Les-mauvais-sous-titres-de-Netflix-enervent-les-professionnels

https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/pourquoi-les-sous-titres-de-netflix-frisent-l-amateurisme-06-05-2019-2310985_2957.php

http://www.topito.com/top-traduction-netflix

https://slator.com/demand-drivers/why-netflix-shut-down-its-translation-portal-hermes/

https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma

L’insertion professionnelle dans le monde de la traduction : expectations vs reality

Par Maximilien Dusautois, étudiant M2 TSM

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Si vous arrivez sur ce billet de blog, les chances sont grandes pour que vous soyez impliqué dans le monde de la traduction, que vous soyez professionnel, étudiant ou simple quidam intéressé par la question. Ce monde merveilleux où il peut parfois sembler compliqué de s’insérer professionnellement (« quoi, t’es étudiant en traduction ? Mais ça sert à rien, y a Google Trad maintenant non ? »). Ce monde merveilleux où, lorsque vous êtes parfaitement bilingue français-suédois, on vous propose un poste où l’allemand est requis (« ben quoi, c’est pas la même chose ? »). En tant qu’étudiant de deuxième année de master, presque diplômé et futur entrant sur le marché du travail, il me semblait utile et nécessaire de poser la question qui fâche : comment se passe réellement l’insertion professionnelle sur le marché après des études de traduction?

Si l’on regarde les chiffres et uniquement les chiffres, le monde de la traduction est un monde merveilleux où l’on s’insère sans souci et où l’argent coule à flots. Des milliards et des milliards de dollars sont brassés chaque année et le marché est en croissance exponentielle[i]. Les différentes formations de traduction offrent des chiffres d’insertion professionnelle mirobolants qui feraient baisser la courbe du chômage à eux tout seul. Par exemple, l’ISIT parle de 93% des diplômés qui trouvent un emploi 3 mois après le diplôme, dont 62% avant d’être sortis de l’ISIT[ii] ; les chiffres d’insertion professionnelle du master TSM sont également très prometteurs (94% en 2011, 98% en 2012, 95% en 2013, 93% en 2014, 100% en 2015…)[iii], tout comme ceux de l’ESIT à Paris (87% d’insertion professionnelle)[iv].

Mais les chiffres restent des chiffres. Il convient d’exercer son esprit critique : on peut leur faire dire ce que l’on veut, surtout lorsque ceux-ci deviennent des arguments de vente pour une formation. On ne peut également, en 2019, se baser uniquement sur une analyse quantitative : la qualité du travail et le bien-être dans l’exercice de son activité professionnelle sont des valeurs importantes à prendre en compte.

J’ai donc décidé de mener ma propre enquête*, et j’ai recueilli pour cela les avis de 23 étudiants en traduction spécialisée et de 30 professionnels. Cela m’a permis de comparer les attentes des étudiants à quelques mois de leur diplôme avec la réalité du marché. Les attentes des étudiants sont-elles en adéquation avec ce que le marché a à leur offrir ?

Les rémunérations : ce qui est attendu vs les réalités du terrain

Commençons par le nerf de la guerre et le grand tabou français : les rémunérations ! Je me suis intéressé à la rémunération que souhaiteraient avoir les étudiants après leur diplôme. Après tout, on nous promet monts et merveilles et l’industrie n’est pas en difficulté. Qu’en est-il dès lors des prétentions salariales ?

Sur 23 étudiants, 65% ont répondu espérer toucher entre 25 000 et 31 999€ nets par an, soit une rémunération mensuelle comprise entre 2000€ et 2600€ par mois. Moins nombreux (39%) étaient ceux qui répondaient espérer toucher une rémunération légèrement inférieure, entre 18 000 et 24 999€ par an (soit entre 1500 et 1999€ par mois). 13% ont répondu vouloir ou espérer toucher au-delà de 32 000€ nets par an. (Merci de noter que plusieurs réponses étaient possibles pour cette question. Certains étudiants ont choisi une fourchette plus large en cochant plusieurs réponses, notamment dans les catégories les plus fréquemment choisies. Cela explique le chiffre total supérieur à 100%).

Maintenant, qu’en est-il des réalités du marché ? Sur les 30 répondants, 56,7% ont indiqué toucher une rémunération comprise entre 18 000 et 32 000€ (dans le détail, 36,7% entre 18 000 et 24 999€ et 20% entre 25 000 et 31 999€), ce qui correspond assez bien à ce que souhaitent les étudiants. Une seule personne (3,3% des sondés) a répondu toucher une rémunération supérieure à 38 000€ annuels. Les réponses tendent donc à prouver que les attentes salariales et les rémunérations effectives se situent bel et bien dans la même fourchette, ce qui ne manquera pas de rassurer les étudiants. Ce qui pourrait en revanche inquiéter à la fois étudiants et professionnels, c’est que le salaire moyen des diplômés bac +5 en France s’établit en moyenne à 46 050€[v] par an… Le delta est important, mais il est raisonnable de penser que le grand nombre de jeunes diplômés ayant répondu au sondage (la majorité des répondants ayant entre 25 et 27 ans) fausse le résultat à la baisse. En tout cas, le marché semble répondre aux attentes des futurs professionnels du point de vue salarial.

L’adéquation entre aspirations professionnelles et opportunités offertes par le marché

Un autre aspect intéressant à prendre en compte dans l’insertion professionnelle était pour moi le métier souhaité à la fin des études, et la façon de trouver un emploi.

Sur la première question, une majorité écrasante d’étudiants (82,6%) déclarent déjà savoir le métier qu’ils souhaitent exercer à l’issue de leurs études : traducteur indépendant, gestionnaire de projet, vendor manager… Et la deuxième bonne nouvelle de ce billet, c’est que 96,7% des professionnels sondés ont déclaré avoir exercé, dès la fin de leurs études, le métier qu’ils souhaitaient. Il semble donc possible, voire aisé, de trouver chaussure à son pied sur ce vaste marché.

Ensuite, en ce qui concerne la manière de trouver un emploi, les étudiants semblent assez bien informés de la meilleure manière de procéder. Environ la moitié d’entre eux estiment que le meilleur moyen de trouver un emploi reste le stage ; et un peu moins d’un sur cinq estime que le meilleur moyen est de créer sa propre activité. Des chiffres confirmés par les jeunes professionnels, qui sont 56% à déclarer avoir trouvé leur emploi grâce à leur stage, et 25% en créant leur activité. Les étudiants semblent cependant surestimer la capacité des canaux « classiques » tels que Pôle emploi ou des réseaux sociaux professionnels : s’ils sont 26% à estimer que ceux-ci peuvent leur permettre de trouver un emploi, dans les faits, seuls 10% des professionnels déclarent avoir trouvé un emploi de cette manière. Certains professionnels sont même plutôt critiques des institutions publiques, déclarant que le travail de traducteur est peu ou pas reconnu par les autorités et que les conseillers ne connaissent pas vraiment les spécificités de la branche.

Il m’a également semblé intéressant de demander l’avis des étudiants et des professionnels sur l’auto-entrepreneuriat. Malgré tout le bien qui en est dit lors des études, 71% (hors abstention) des étudiants se sentent freinés dans leur volonté de se lancer par la lourdeur administrative que ce statut implique. Cette proportion s’inverse totalement pour les professionnels de la traduction qui envisagent une reconversion (9 sondés), qui semblent peu effrayés par l’auto-entrepreneuriat (22% se sentent freinés contre 78% non).

Le bien-être au travail

Maintenant, intéressons-nous au bien-être au travail, grand débat du 21e siècle et qui se hisse en tête des priorités des étudiants en traduction dans la recherche d’un emploi (65,2%, contre 26,1% pour la sécurité financière et 8,7% pour l’absence de hiérarchie). Encore une fois, les étudiants peuvent se rassurer grâce aux réponses fournies par leurs aînés diplômés : 63,3% déclarent que leur bien-être au travail est élevé ou très élevé. 33,3% déclarent leur bien-être « moyen » (3 sur une échelle de 5), et seule une personne sondée se déclare peu heureuse au travail. À l’heure de l’explosion des burn-out et de la prise de conscience de la nécessité du soft-management[vi], ces chiffres sont de bon augure.

Le type de contrat signé est également une mesure intéressante du bien-être au travail. Plusieurs études tendent à montrer que l’emploi en CDI reste un marqueur important du bien-être au travail[vii] (pour plusieurs raisons : stabilité, reconnaissance sur le long terme, management inscrit dans la durée, peu de turn-over…). Et là encore, les étudiants peuvent se rassurer : 36,6% des primo-entrants sur le marché du travail ont trouvé tout de suite un emploi en CDI, contre seulement 16,7% en CDD. 46,7% ont créé leur propre activité, ce qui semble confirmer le peu d’aversion pour les jeunes professionnels pour cette forme d’emploi.

Peurs et difficultés d’insertion

Enfin, j’ai interrogé les étudiants sur leurs peurs et leurs doutes quant à leur insertion professionnelle. Ce qui revient le plus fréquemment (13 mentions parmi les 23 réponses), c’est la peur de la concurrence, que d’aucuns qualifieraient de déloyale, des autres traducteurs pratiquant des tarifs très bas, et des salaires qui en découlent et qui peuvent paraître bas pour un niveau bac +5. Vient ensuite la peur d’un démarrage difficile pour ceux qui souhaiteraient s’établir comme indépendants (5 mentions), puis des doutes sur les capacités à l’issue du master (4 mentions). Quelques autres peurs sont mentionnées une fois seulement : l’avenir du métier avec la traduction automatique, l’absence d’emploi à l’issue du stage, l’épanouissement personnel ou entre le statut à adopter. Une seule réponse ne mentionne aucune peur.

Les réponses des professionnels se montrent en partie rassurantes puisque 23 sur 30 ont répondu n’avoir éprouvé aucune difficulté à s’insérer sur le marché du travail. Pour les 7 professionnels ayant éprouvé des difficultés, 6 ont admis avoir eu des difficultés à se constituer un portefeuille client suffisant pour en vivre. Un autre problème rencontré par 2 professionnels a été l’impossibilité de trouver un emploi dans leur branche et dans leur région. Un seul répondant a déclaré que sa formation ne lui avait pas permis de prétendre à l’emploi qu’il souhaitait obtenir.

Au regard de ces résultats, la peur des étudiants concernant le portefeuille client semble être une réalité dans le métier ; cependant, il convient de rappeler que tous les professionnels interrogés semblent avoir surmonté cette difficulté puisqu’ils continuent d’exercer et de percevoir des salaires. La peur concernant les capacités à l’issue du master ne semble pas contre pas confirmée, puisqu’une seule personne n’a pu décrocher d’emploi à cause de cela.

Enfin, achevons de rassurer les étudiants sur leur employabilité : 63,3% des répondants ont déclaré avoir trouvé un emploi dans le mois suivant l’obtention de leur diplôme, 16,7% dans les 3 mois et 16,7% dans les 6 mois. Seuls 3,3% (un répondant !) ont déclaré avoir attendu plus d’un an avant d’obtenir un emploi.

 

Je dois moi-même avouer que les résultats de cette enquête m’ont surpris. Dans le contexte économique actuel, des résultats contraires ne m’auraient pas étonné plus que cela, mais le marché de la traduction semble bel et bien être un marché robuste qui permet à chacun de s’y insérer à l’issue de ses études. Les chiffres communiqués par les différentes formations semblent être conformes à la réalité, et la quantité de travail semble rejoindre dans la majorité de cas une certaine qualité du travail.  J’espère que ce billet de blog rassurera les étudiants bientôt diplômés et convaincra les indécis de se lancer dans le monde de la traduction professionnelle !

 

Un grand merci aux étudiants du master TSM de Lille et à tous les professionnels de la traduction qui ont pris le temps de répondre à mon enquête.

 

*Enquête composée de deux questionnaires anonymisés, un destiné aux étudiants du master TSM de Lille (23 répondants) et un autre aux professionnels de la traduction, tous métiers confondus (30 répondants). Vous pouvez demander un accès aux résultats complets de l’enquête en me contactant par mail (maximilien.dusautois.etu@univ-lille.fr).

 

[i] Source : https://www.tradutec.com/a-propos-de-tradutec/actualites/311-les-chiffres-de-la-traduction-professionnelle-en-2017.html

[ii] Source : https://www.isit-paris.fr/carriere-entreprises/insertion-professionnelle/

[iii] Chiffres communiqués par Rudy Loock, responsable du Master TSM au sein de l’Université de Lille, et issus des enquêtes de l’Observatoire de la Direction des Formations, qui sonde les diplômés 30 mois après l’obtention de leur diplôme, conformément aux demandes du ministère.

[iv] Source : http://www.univ-paris3.fr/medias/fichier/m2p-traduction-editoriale-economique-technique_1546955232570.pdf

[v] Source : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/reseau-carriere/bac-2-vs-bac-5-le-match-des-salaires-11581.php

[vi] Définition et explication : https://www.expert-activ.com/soft-management-indispensable-entreprise/

[vii] Pour en savoir plus : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/vie-en-entreprise/pour-ou-contre-etre-en-cdi-8904.php

Art : traduire les expositions

Par Angel Bouzeret, étudiante M2 TSM

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Well well, le titre en dit long, alors je ne vais pas laisser plus de suspens : cette année, j’ai décidé de vous parler d’art et même d’Art avec un grand A. L’Art étant un sujet plus qu’étendu, je vais me pencher sur les expositions d’art. Mon but n’est bien évidemment pas de réduire cette vaste discipline, mais justement de vous en détailler une infime partie.

L’art n’a pas de frontière ni de langage, il se vit et se ressent mais sa traduction n’est pas nécessaire dans l’appréhension d’une œuvre. En ce qui concerne sa compréhension, c’est une toute autre histoire. Je ne vais pas m’épancher sur des sujets philosophiques comme « qu’est-ce que l’Art ? » ou « comment comprendre l’Art ? », mais il est évident que le contexte modifie la perception des choses. Par exemple, la très célèbre œuvre Guernica de Pablo Picasso ne sera pas du tout comprise de la même manière, si le contexte de l’œuvre est exposé ou non, ou bien plus ou moins connu du « regardeur » en amont. C’est à ce moment que l’importance du travail du traducteur entre en ligne de compte. Faire en sorte que toute personne, qu’importe sa nationalité et ses connaissances antérieures, soit en mesure de comprendre.

Laissez-moi vous dresser le tableau : dimanche après-midi, jour d’automne, temps pluvieux et froid, vous vous baladez au musée, tout en faisant de votre mieux pour ne pas penser – plus facile à dire qu’à faire – à tous les projets de traduction qui vous attendent. Au cœur du musée, vous vous arrêtez pour lire un panneau explicatif sur les œuvres de Gustave Caillebotte. En vous prenant au jeu, vous continuez de lire et puis déformation professionnelle oblige, votre regard se perd sur les paragraphes en anglais, en italien, en espagnol et en allemand. Essayer de ne pas penser à la traduction ? Raté. Vous commencez à analyser le paragraphe anglais, puis ensuite ceux de vos autres langues de travail. Le résultat vous plaît, oui, non ? Je laisse votre imagination faire le reste, mais vous êtes arrivés à destination.

Au sein des expositions temporaires ou bien permanentes se cachent aussi des traductions qui attirent moins le regard. Il y existe une multitude de supports autres que les panneaux explicatifs à l’entrée des salles comme par exemple les cartels, mais si vous savez ce que c’est : les petites notices autour des œuvres permettant de connaître le nom de l’artiste, le titre de l’œuvre, les matériaux la composant, parfois ses dimensions, ainsi que sa provenance – à savoir le prêteur ; ces éléments composent le « cartel simple ». Ces fameux cartels détaillent aussi l’œuvre en elle-même parfois, par exemple comment le sculpteur a façonné sa statue en décrivant les techniques utilisées, la provenance historique de l’œuvre, le courant artistique ou des éléments descriptifs ; on nomme ce type d’informations le « cartel développé ». C’est pour cela que la traduction d’art se trouve à mi-chemin entre la traduction technique et la traduction créative. Bien sûr selon le cas, il peut s’agir d’une traduction entièrement technique ou que de transcréation, le mélange des deux domaines n’est certainement pas une obligation.

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Eve Bouzeret, cheffe de projets expositions temporaires au Centre des monuments nationaux à Paris depuis 4 ans, a accepté de bien vouloir nous en dire plus sur la création des expositions temporaires.

Dans le processus de création d’une exposition, quand la traduction des supports entre-t-elle en ligne de compte ?

« Nous avons une méthodologie de production pour les expositions temporaires, qui jalonne notre travail, que nous travaillions sur une exposition comme Godard-Picasso : collage(s) à l’abbaye de Montmajour (Arles) ou Victor Hugo, la Liberté au Panthéon, au Panthéon (Paris).

Dès le début de la phase de production du projet, avec le commissaire d’exposition et l’administrateur (directeur) du lieu accueillant l’exposition, nous décidons globalement des éléments de médiation que nous souhaitons mettre en œuvre. Pour faire simple, le texte est l’élément principal de médiation dans une exposition. En fonction du site et donc du type de visiteurs qui y viennent, ainsi que des visiteurs potentiels de l’exposition, nous choisissons le nombre de langues présentes dans le circuit de visite. Contrairement aux expositions permanentes, ou au circuit de visite dans l’ensemble du monument historique, qui sont pérennes, et peuvent bénéficier d’une traduction en une dizaine de langues, les expositions temporaires ne durent souvent que 3 mois en raison des normes internationales de conservation préventive des objets de collection et ont des surfaces restreintes. Ainsi, nous devons souvent nous limiter à des textes en 2, 3 ou 4 langues, sachant que les textes sur les cimaises (murs temporaires) ne seront qu’en français, parfois en anglais, mais très rarement traduits dans une troisième langue. De manière générale, les troisième et quatrième langue se trouvent sur des fiches de salle (document imprimé en petit format, avec lequel le visiteur peut se mouvoir dans l’exposition). L’audioguide multilingue existe pour les expositions temporaires au sein de très grands lieux parisiens mais nous avons rarement les moyens financiers d’en créer.

Enfin, dès que les textes sont rédigés et validés en français, nous pouvons les faire traduire. Cela prend du temps et est assez coûteux, il nous faut donc avoir la version définitive des textes avant de les transmettre aux traducteurs, surtout quand nous ne sommes pas capables de relire ensuite pour vérifier la traduction (il faut avoir un bon niveau pour relire 15 000 signes en langue étrangère et voir où se trouve les erreurs d’un traducteur professionnel, mis à part en anglais aucun d’entre nous ne maîtrise suffisamment d’autres langues). Cela peut d’ailleurs causer problèmes si le traducteur s’estime mal rémunéré, il effectuera son travail au plus vite et ne nous posera pas de questions, alors même que certaines notions sont très spécifiques, impliquant parfois des contre-sens. Avec le coordinateur de traduction, nous essayons donc d’anticiper quelques écueils, comme un lexique de certains termes ou des visuels des œuvres exposées, accompagnant ici les textes à traduire. »

Comment le CMN – Centre des monuments nationaux – choisit-il ses traducteurs ?

« Malheureusement, et contrairement à d’autres prestataires, notre service – le département des manifestations culturelles – n’est pas associé au choix des traducteurs. La traduction étant un domaine très vaste et qui sert pour l’ensemble des services du CMN ou presque, nous avons ce que l’on appelle un accord-cadre, puisque notre établissement public est soumis aux règles des marchés publics. Cet accord-cadre permet de sélectionner une entreprise (parfois il peut être multi-attributaire) de traduction avec laquelle nous aurons des prix fixes au mot selon la langue et les délais grâce à un BPU (bordereau de prix unitaire) à respecter pour la période donnée (généralement 3 à 4 ans). L’entreprise, après mise en concurrence ouverte à tous et sélection suivant des critères techniques et de prix, est notre seul interlocuteur. Nous communiquons par e-mail pour les demandes de devis respectant les prix du BPU pour chaque besoin de traduction. Nous demandons tout de même le CV du traducteur travaillant sur le projet mais nous n’échangeons qu’avec une unique personne, le coordinateur, qui est toujours le même. C’est très pratique, mais cela a aussi des limites. »

Que penses-tu de la traduction dans le domaine de l’art ?

« C’est essentiel car nous avons des visiteurs du monde entier, une partie des visiteurs parle anglais mais pas tous. Si nous proposons le français, l’anglais et l’espagnol (parfois avec des abstracts par manque de place) nous pouvons déjà transmettre des informations et du savoir, à une large part de la population mondiale, et donc de nos visiteurs. Les visiteurs étrangers, doivent aussi se sentir à l’aise dans nos monuments, afin de pouvoir se délecter des œuvres qui sont autour d’eux. Acquérir des informations au cours d’une exposition, et se sentir bien, car ces informations sont données dans une langue maîtrisée, sont des raisons qui peuvent pousser le visiteur à avoir envie de revenir ou bien l’inciter à visiter d’autres lieux du réseau CMN – composé de 100 sites sur toute la France. Néanmoins, la traduction dans le domaine de l’art est difficile car elle fait appel à de nombreuses disciplines : l’histoire de l’art en premier lieu mais renvoie aussi au domaine de la création, de la technique de fabrication, de l’histoire, de la géographie, des échanges géopolitiques, de la philosophie, de la philosophie de l’art, du sensible et des idées des artistes, qui sont parfois saugrenues. Le traducteur doit donc d’abord comprendre les nuances du texte en français, sinon il en découle une perte des niveaux de lecture et de sensibilité liés à la traduction. En général, nous trouvons que les traductions – en anglais tout du moins car nous les comprenons – sont trop littérales et simplistes, mais cela doit aussi venir de la commande initiale à travers l’accord-cadre et des faibles prix négociés. »

Quelles sont les difficultés des traducteurs qui ressortent sur les supports ?

« Si le traducteur n’a jamais fait d’histoire de l’art et ne fréquente pas les musées, c’est un problème majeur. Mais même avec cela, il y a aussi une question de recherches en amont de la traduction et aussi les échanges avec nous. Quand je relis les textes du commissaire d’exposition, j’ai souvent des remarques, quelques suggestions à apporter dans la forme et aussi des questions de fond car certaines idées me paraissent trop complexes pour les visiteurs, certaines phrases sont trop longues, des mots sont à définir, parfois je ne comprends pas moi-même la notion mentionnée. Dès lors, quand je n’ai aucune question du traducteur, je me dis soit qu’il est très très fort, soit qu’il y a un problème. Je trouve donc qu’il faudrait plus échanger, faire des lexiques des mots techniques pour chaque projet, faire des résumés de nos idées générales, outre les textes, afin que le traducteur puisse comprendre les idées principales à transmettre. Dans une exposition, 15 à 25 000 signes par langue sont présents, nous pouvons résumer les idées principales que nous voulons véritablement transmettre aux visiteurs en 1 500 signes, il s’agit du synopsis du projet en réalité. Il nous faudrait peut-être donner ce synopsis et la façon dont nous le matérialisons dans l’espace afin d’immerger le traducteur. En effet, une exposition temporaire n’est pas un livre, ce n’est pas un texte illustré de visuel mais un média à part entière composée d’œuvres d’art et/ou d’objets ethnographiques s’inscrivant dans un espace donné, magnifié par la scénographie et entouré d’expôts – œuvres et tout autre élément de médiation, jeux à manipuler, vidéos, textes, maquettes, etc. »

En effet, la traduction que ce soit pour les expositions temporaires ou pour tout autre domaine reprend les mêmes codes : traduire par rapport au public visé mais aussi adapter la traduction à l’usage prévu. Et comme toujours, un écart se creuse entre la théorie et la pratique. Le traducteur ne pourra pas visiter l’exposition puisque cette dernière est en cours de création, la clef de voûte est donc la communication entre les différentes parties afin de pouvoir saisir au mieux les enjeux et les utilisations de chacun des supports mais aussi appréhender les détails techniques. Néanmoins, des réunions générales entre le coordonnateur et les clients – chefs de projets expositions ici – pourraient permettre de mieux cerner les contraintes et attentes des deux parties. Mais la réalité c’est que le temps et l’argent définissent beaucoup de paramètres dans le secteur de la traduction, si ce n’est tous les paramètres, et que cela laisse peu de place pour modifier les procédures.

Pour ne pas vous donner le cafard, je vais conclure en vous disant que même si nous traducteurs ne pouvons pas modifier les façons de faire sur le marché, nous pouvons toujours essayer de les améliorer et que la traduction dans le secteur de l’art a encore de beaux de jours devant elle, tant le domaine est international, créatif et technique.

Sources :

Images :

Et pourquoi pas traduire la mode ?

Par William Brouilly, étudiant M2 TSM

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Il est difficile d’évaluer avec précision la valeur du secteur de la mode et du luxe dans le monde. Cependant, en France et d’après les statistiques établies par le gouvernement, ce dernier représente 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, soit plus que les secteurs de l’aéronautique et de la construction automobile réunis. Avec de tels chiffres, inutile de dire qu’il y a du travail, y compris pour les traducteurs. Dans ce billet de blog, je vais donc essayer de vous convaincre de traduire pour ce secteur riche en opportunités.

La mode : de nombreuses possibilités

Comme je l’ai déjà mentionné, le secteur de la mode est un marché très important qui se compose de nombreuses branches différentes. Cela signifie qu’il y a alors une large variété de sous-domaines, et donc de documents à traduire. Dans un article publié sur le blog de l’agence britannique Creative Translation, trois femmes nous expliquent qu’elles travaillent dans le domaine de l’édition et de la traduction spécialisée dans la mode, et que leurs métiers sont très variés. En effet, la première est auteure et traductrice pour l’édition chinoise du magazine ELLE, la deuxième est traductrice spécialisée dans les secteurs de la mode, du luxe et des cosmétiques, tandis que la dernière traduit dans le domaine du marketing de mode. Lucy Williams, traductrice pour Translator’s Studio, liste dans un article publié sur le site de l’agence les différents types de documents qu’il est possible de traduire. Bien que certains ne semblent pas toucher directement à l’univers de la mode (rapports annuels, contrats…), d’autres sont bel et bien en lien avec le secteur, comme par exemple les descriptions de produits, les articles de presse, les biographies et interviews ou encore les contenus marketing et publicitaires. Une chose est donc sûre, ce n’est pas le travail qui manque.

Comme l’explique Lucy Williams, la mode est un cycle. En effet, l’industrie de la mode est basée non pas sur quatre mais sur deux saisons : automne-hiver et printemps-été. Pour les femmes, les collections automne-hiver sont présentées en février/mars tandis que les collections printemps-été sont présentées en septembre/octobre. Cependant, les collections Homme et Haute Couture sont présentées à des dates différentes. Autrement dit, le secteur de la mode est une machine bien huilée qui ne cesse jamais de tourner. Et à chaque saison, les besoins de traduction se font ressentir : brochures de défilés, descriptions de produits, supports publicitaires, la liste est longue. Le secteur de la mode n’est donc pas simplement un secteur qui offre de l’emploi, il s’accompagne également d’une certaine stabilité.

La mode : un art ?

La mode au sens large du terme est considérée par tous les professionnels du secteur comme un art à part entière. Nos vêtements reflètent notre personnalité et certaines pièces crées par les grands couturiers sont de véritables chefs-d’œuvre qui sont plus destinés à être exposés dans des musées qu’à être portés. Dans un article publié dans la revue Traduire, la traductrice néerlandaise Percy Balemans nous raconte comment elle a traduit les textes d’une exposition dédiée au créateur Jean-Paul Gaultier. Au-delà du fait que cela lui a permis de découvrir de nombreuses choses sur le couturier, elle nous explique que ce projet a été « l’un des […] plus intéressants et les plus difficiles [qu’elle a] eu à mener à bien », elle qui était habituée à traduire des articles de blog ou des contenus marketing et web. Ce nouveau type de projets impliquait également de nouvelles contraintes, comme l’absence de supports visuels par exemple. En effet, comment traduire la description d’une pièce lorsque l’on ne sait pas à quoi elle ressemble (et que celle-ci se trouve dans un autre pays) ? Heureusement pour elle, Internet regorge de documentation sur Jean-Paul Gaultier, ce qui lui a permis de pallier le manque de supports visuels.

La mode est donc un art, et il convient de retransmettre ce côté artistique dans les textes qui en parlent, qu’il s’agisse de textes originaux ou de traductions. En fonction du type de document, une belle plume est exigée, et tandis que la description d’un produit sur le site internet d’une marque ne laisse pas toujours place aux envolées lyriques, la traduction d’un article de magazine ou d’un billet de blog, par exemple, nécessite une certaine prose. Dans son article, Lucy Williams révèle qu’elle a traduit la biographie d’un homme à la tête d’une entreprise fabriquant des vêtements de sport. Elle a donc dû adopter un ton plus littéraire, ton qui n’est pas toujours courant selon les domaines, voire même proscrit pour certains.

Toujours concernant l’aspect créatif de la traduction de mode, j’aimerais désormais parler d’une tâche parfois méconnue dans le domaine de traduction : la transcréation. Bien que les besoins en transcréations existent dans de nombreux domaines, elle est particulièrement demandée dans le secteur de la mode, notamment pour les contenus marketing et publicitaires. Comme l’a expliqué Pénélope Girod dans ce billet de blog, la créativité et l’imagination sont essentielles car il s’agit ici de vendre un produit, et une traduction littérale ne suffira pas. Il faut également localiser et adapter le message à la culture du marché cible, donnée qu’il est impératif de prendre en considération lors de la traduction de contenu marketing relatif à la mode car celle-ci se définit différemment d’un pays à l’autre.

La mode : un univers à part entière

Comme chaque industrie, le secteur de la mode possède ses propres spécificités. On pense notamment à la terminologie (comme le précise Percy Balemans avec le mot « caban »), une terminologie souvent truffée d’anglicismes. Alors que certains traducteurs les ont en horreur et font tout pour les éviter, il faut admettre qu’il peut s’avérer difficile de traduire une phrase dans laquelle un mot sur deux ne se traduit pas. Que faire donc lorsqu’il est question de traduire la description d’une tenue composée d’un crop top en jersey, un leggings en tweed et des escarpins nude (cascade vestimentaire donnée à titre d’exemple, ne pas reproduire chez soi) ? Eh bien, chers lecteurs, je vous annonce que le franglais sera ici de rigueur, ces termes ayant été conservés en anglais dans le vocabulaire de la mode. Si cela peut vous consoler, sachez que de nombreux mots français, tels que « maison », « atelier » ou encore « bustier », sont utilisés tels quels en anglais dans le jargon de la mode.

Une autre spécificité dont il faut tenir compte est la différence interculturelle. Il faudra donc adapter si besoin est à la culture du marché cible, comme cela a déjà été mentionné, mais pas seulement. Prenons un exemple au hasard : vous êtes un.e Américain.e en visite à Paris et souhaitez acheter un jean. Vous repérez un modèle qui vous plaît et demandez votre taille : 26. Mais pourquoi le vendeur vous regarde-t-il d’un air ébahi ? C’est parce que les tailles ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre, et la taille américaine 26 correspond à une taille 34 en France. Ces différences n’existent pas uniquement pour les jeans mais bien pour tous les types de vêtements ainsi que pour les chaussures. Et comme si cela ne suffisait pas, pour certains types de vêtements, la conversion n’est pas la même entre un modèle femme et un modèle homme. Par ailleurs, certaines marques ne souhaitent pas convertir les tailles. Il faut alors demander au client s’il souhaite localiser les tailles en fonction du marché cible ou non.

 

Pour conclure, le secteur de la mode est un secteur riche en opportunités qui touche de nombreux domaines liés de loin comme de près à l’univers qui s’y rattache. J’espère vous avoir convaincu (ou au moins intéressé) et si la mode n’est pas votre tasse de thé mais que vous avez tout de même un penchant pour l’art, je vous invite à lire le billet de blog d’Angel Bouzeret qui sera publié d’ici deux semaines.

 

Bibliographie

L’anglais comme langue pivot

Par Angelina Fresnaye, étudiante M2 TSM

 

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En traduction, une langue pivot est une langue, artificielle ou naturelle, utilisée pour faire l’intermédiaire entre deux langues. Ainsi, pour traduire d’une langue A vers une langue B, on aura une première traduction de A vers la langue pivot, puis une seconde traduction de la langue pivot vers la langue B[1]. Comme il n’est pas toujours évident de trouver des traducteurs/trices pour toutes les combinaisons de langues possibles, cette technique peut permettre de pallier ce problème. La plupart du temps, de par son statut actuel, l’anglais est le choix de langue pivot le plus courant.

Au cours de mon stage, j’ai principalement travaillé avec ce procédé. L’agence, située en Flandre-Occidentale (Belgique), reçoit en grande partie des demandes de traduction du néerlandais vers d’autres langues, dont l’anglais et le français. C’est pourquoi l’on faisait d’abord traduire le document du néerlandais vers l’anglais, puis je me chargeais de traduire vers le français à partir de la traduction en anglais. Au fil des tâches qui m’ont été confiées, j’ai pu remarquer quelques problèmes récurrents avec ce passage par une langue pivot.

Dans quels cas passer par une langue pivot et quels sont les avantages ?

La traduction automatique statistique, basée sur des corpus bilingues, doit parfois faire appel à l’anglais comme langue pivot pour fournir ses résultats. En effet, puisque le nombre de ressources disponibles n’est pas égal d’une langue à l’autre (il se peut même qu’il n’existe pas de corpus parallèle pour certaines combinaisons), passer par une langue pivot permet de faire le lien entre deux langues qui ne possèdent pas encore, ou très peu, de corpus.

Par ailleurs, des organisations internationales telles que l’Union européenne ont également recours au système de langue pivot. En raison du grand nombre de langues à gérer, les combinaisons linguistiques se font excessivement nombreuses (552 pour l’Union européenne par exemple). Traduire à partir de toutes les langues sources vers toutes les langues cibles serait alors trop compliqué, car il faudrait faire appel à des traducteurs/trices pour chaque combinaison, ce qui n’est pas toujours possible. C’est pourquoi, depuis 2004, le Parlement européen a recours à ce système et choisit d’utiliser comme langue pivot l’anglais, le français ou encore l’allemand.

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Dans le cas de traductions entre langues trop éloignées d’un point de vue linguistique (des langues qui ne feraient pas partie de la même famille, entre autres), l’utilisation d’une langue pivot peut s’avérer d’autant plus avantageuse : par exemple, une étude a démontré que pour une traduction de l’arabe vers le chinois, l’utilisation de l’anglais comme langue pivot donnait en réalité un meilleur résultat qu’une traduction dite « directe ». En effet, s’agissant de deux langues aux systèmes radicalement différents, l’anglais correspondrait à un « juste milieu » entre les deux, rendant le travail de traduction moins ardu.

Enfin, les ressources disponibles ne sont pas égales selon la combinaison de langues. Comme l’expliquait Oriane dans son billet de blog il y a quelques mois, les traducteurs/trices de langues moins communes doivent trouver des stratégies afin de résoudre leurs problèmes terminologiques, et cela peut passer par le choix d’une langue pivot, en général l’anglais. Par ailleurs, cette approche peut être utilisée pour constituer ou nourrir des mémoires de traduction ou des bases terminologiques pour ces langues qui manquent de ressources, voire n’en possèdent pas encore. De plus, pour certaines combinaisons linguistiques rares, il peut être particulièrement difficile de trouver des traducteurs/trices.

 

Quels sont les risques ?

Passer par une langue pivot a ses avantages, mais c’est également un procédé risqué. En effet, on estime souvent que la traduction est un « troisième code », à savoir une variété de langue différente de la langue standard. De ce fait, la langue traduite possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui la distinguent de la langue originale.

Risques de pertes

Les références culturelles et expressions idiomatiques posent particulièrement problème aux traducteurs/trices, et ont donc plus de risques d’être omises lors du passage par la langue pivot. Par conséquent, s’il n’y a pas de relecture à partir du texte original, ces dernières seront perdues au moment de la traduction vers la langue cible.

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Risques d’erreurs ou d’ambiguïtés

Le principal inconvénient du passage par une langue pivot relève de son potentiel impact sur la qualité de la traduction finale. En effet, le risque de faire des erreurs de traduction est d’autant plus élevé car une erreur ou une ambiguïté peut être retranscrite d’une combinaison de langues à l’autre par le biais de la langue pivot. Sans accès au texte original, le/la traducteur/trice risque alors de copier des erreurs ou des mauvaises interprétations qui auraient pu se glisser lors de la première phase de traduction. De même, en cas d’incohérence, il convient de se demander si l’erreur provient du texte source ou de la traduction pivot afin de savoir à qui s’adresser pour tenter de résoudre le problème : le client ou le/la traducteur/trice de la langue A vers la langue pivot.

Comment éviter ces problèmes ?

Dans la plupart des cas, les désavantages liés à l’utilisation d’une langue pivot pourraient en partie être évités grâce à l’accès au texte source, que le/la traducteur/trice comprenne la langue en question ou non. En effet, de manière générale, il reste possible de retrouver, entre autres, les noms propres ; et ce même si la langue source nous est totalement inconnue (pourvu que l’alphabet utilisé nous soit familier). Et si le/la traducteur/trice possède de vagues notions, il/elle peut parfois parvenir à discerner de potentielles erreurs. Enfin, l’idéal serait de faire appel à un·e réviseur/se qui comprend la langue source afin de vérifier qu’aucun glissement de sens n’a eu lieu lors du passage par la langue pivot.

 

Bibliographie

« Les traducteurs du Parlement européen » Parlement européen, http://www.europarl.europa.eu/about-parliament/files/organisation-and-rules/multilingualism/fr-ep_translators.pdf.

“Pivot Language.” Wikipedia, Wikimedia Foundation, 23 Jan. 2019, www.en.wikipedia.org/wiki/Pivot_language.

Briand, Oriane. « Ressources linguistiques : comment faire lorsqu’elles n’existent pas. » MasterTSM@Lille, 8 Apr. 2019, www.mastertsmlille.wordpress.com/2019/04/08/ressources-linguistiques-comment-faire-lorsquelles-nexistent-pas/.

Gammelgaard Woldersgaard, Casper. In search of the third code – A corpus-based study of the Motion category in natural and translated texts in Danish and Spanish. Aarhus University. Web. http://pure.au.dk/portal/files/85464275/Thesis_Proposal_Final_Casper_Woldersga.

Langfocus. “Why Did English Become the International Language?” Online video clip. Youtube. Youtube, 1 Oct. 2017. Web, https://www.youtube.com/watch?v=iqDFPU9YeQM.

Samiotou, Anna,. “Is the Pivot Language Approach Ever a Good Option? – Part I.” TAUS, 25 Aug. 2015, https://blog.taus.net/is-the-pivot-language-approach-ever-a-good-option-part-i.

Samiotou, Anna. “Is the Pivot Language Approach Ever a Good Option? – Part II.” TAUS, 2 Sept. 2015, https://blog.taus.net/is-the-pivot-language-approach-ever-a-good-option-part-ii.

Vermeulen, Anna. The impact of pivot translation on the quality of subtitling. Faculty of Translation Studies, Ghent (Belgium). Web.  https://biblio.ugent.be/publication/4211129/file/6843891.pdf;The.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Pivot_language

La censure en traduction : pour qu’enfin traduction ne rime plus avec prohibition !

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

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La traduction, outil de communication de masse par excellence, n’a pas à s’inquiéter de son avenir. Le monde de la traduction ne cesse plus de faire de nouveaux adeptes ! Pourquoi me direz-vous ? Sûrement parce que, comme le dit très bien Célia Jankowski, ancienne étudiante du master TSM et désormais jeune traductrice diplômée, la passion est facteur de vocations. Notamment la passion des langues et des mots et donc des langues en tant qu’outils de communication. Hélas, le processus de traduction est bien loin d’être un long fleuve tranquille et de nombreux obstacles peuvent survenir au cours de celui-ci et vous faire perdre de vue cette passion des langues, cet amour des mots qui vous anime. La censure est l’un de ces obstacles. Partons ensemble pour un petit tour d’horizon de quelques cas de censure d’ores et déjà recensés en traduction et des moyens que vous avez de vous en prémunir.

Traduction et censure, deux anciennes Némésis !

Je ne voudrais pas jouer les Cassandres, mais il faut bien reconnaître que le traducteur a, de tout temps, été ciblé par la censure. Dès ses premiers balbutiements, la traduction, de même que ses nombreux acteurs, ont été observés, analysés, jugés, condamnés… On ne compte plus le nombre de traducteurs qui ont vu leurs travaux tronqués de parties significatives, voire tout bonnement interdits à la publication, et ce à cause de la censure. Et c’est encore plus vrai en période de conflit ! Un phénomène particulièrement frustrant s’il en est ! Jetons un œil à quelques anciens cas célèbres de traductions censurées.

La plus ancienne des traductions d’œuvre ayant jamais fait l’objet de censure est, comme vous pouvez vous en douter, la Bible, et notamment au berceau de la religion catholique, l’Italie. En effet, la traduction de cette dernière, lorsque celle-ci n’était plus comprise que par les rares individus ayant un niveau d’éducation suffisant pour connaître le latin, s’est avérée nécessaire mais fut, si je puis me permettre, un réel sacerdoce et nombreux sont les traducteurs qui s’y sont essayés et s’y sont cassé les dents. En effet, le clergé italien souhaitant avoir un contrôle des plus total sur les lectures de ses fidèles, a fait acte de la prohibition. C’est ainsi qu’en 1559, le premier Index, une liste d’ouvrages que les catholiques avaient la formelle interdiction de lire, de vendre, de traduire et même de posséder, a été publié par le pape Paul IV. Les livres que l’on y trouvait consignés étaient jugés nocifs et contraires à la foi et à la morale chrétienne par les membres du clergé. L’Index prohibait notamment la lecture de traductions de la Bible en langue vulgaire (c’est-à-dire toute autre langue que le latin), ce qui incluait la traduction dont Brucioli était l’auteur, soit la première faisant directement état des textes saints originaux. Quiconque transgressait à cet Index se voyait alors immanquablement accablé de la peine suprême, l’excommunication. En 1596, l’Index se durcit encore, ses règles devenant encore plus restrictives. Il n’était alors plus possible, dès lors, d’autoriser la traduction ou l’impression de bibles en langue vulgaire. Ces bibles, si tant est qu’elles existent, devaient d’ailleurs toutes être détruites sans ménagement.

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Et qu’en est-il en période de conflits ?

Un autre exemple de traduction censurée connu concerne l’ouvrage du tristement célèbre Adolf Hitler, Mein Kampf dans sa version originale. Cette dernière a été publiée tôt, dès 1925, alors que Hitler sortait tout juste de prison, condamné pour une tentative de putsch sur la chancellerie allemande. Pourtant, la première traduction en français de Mein Kampf, qui s’intitulait alors Mon Combat, n’a été publiée que bien plus tard, neuf ans plus tard pour être précis. Et encore, pas pour longtemps ! Cette traduction française n’ayant pas reçu l’aval de l’auteur, l’éditeur allemand a poursuivi l’éditeur français, qui s’est vu contraint à retirer cette traduction du marché. En 1938 parut une autre version, celle-là autorisée par Hitler, sous le titre Ma Doctrine. Bien plus courte que l’ouvrage original, la version traduite, expurgée d’une partie de son contenu problématique, réhabilitait le discours de Hitler, allant même jusqu’à insérer des extraits de discours plus récents, au cours desquels le Führer expliquait qu’il ne toucherait pas aux frontières françaises.

Autre anecdote intéressante sur cette traduction : les deux traducteurs de la version ayant reçu l’aval du Führer ont également ajouté des intertitres absents de l’original visant à appuyer et justifier le message antisémite de ce dernier. D’un point de vue stratégique, les manipulations des traducteurs avaient pour but de véhiculer les valeurs et les idées fascistes de Hitler.

Ensuite, comme vous l’avez certainement découvert dans le billet de blog de ma camarade étudiante du master Célia Wisniewski, disponible ici, la liste d’Otto recensait en période d’occupation allemande, les œuvres et traductions interdites de diffusion en France. A contrario, certaines œuvres ne pouvaient être facilement lues en Suisse. La traduction en temps de conflit est effectivement un sujet sensible. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, l’excellent billet de ma camarade le fera à ma place.

La censure, toujours d’actualité ?

Cela étant, vous vous dites sans doute que le passé appartient justement au passé et que la traduction, désormais moins stigmatisée, peut couler des jours heureux dans un monde exempt de toute censure. Hélas, je suis au regret de devoir réduire à néant vos vaines espérances à ce sujet. En effet, on dénombre toujours à l’heure actuelle un certain nombre de cas de censures frappant le milieu de la traduction, réduisant à si peu, quand ils ne le ruinent pas totalement, le travail du traducteur. En voici là quelques exemples pour prouver la véracité de ce que j’avance.

Tout d’abord, ce n’est pas E. L. James, l’Anglaise auteure de Cinquante Nuances de Grey, intitulé Fifty Shades of Grey dans sa version originale qui vous dira le contraire. Son roman, dont les droits ont été grassement achetés par une maison d’édition en Chine, l’un des pays où la censure est la plus répressive à l’heure actuelle, voit sa date de parution retardée encore et encore. Et ce n’est pas faute d’un manque de lecteurs potentiels, la saga s’arrache comme des petits pains sur les marchés du livre de contrebande où circulent des traductions illicites de l’œuvre en mandarin. Et Hillary Clinton pourrait également témoigner.

Je suppose également que vous avez tous connu, d’une manière ou d’une autre, les incroyables aventures de l’intrépide Fifi Brindacier, Pippi Långstrump de son nom original. Eh bien, figurez-vous que pour tous ceux d’entre vous qui ont dévoré les péripéties de l’incroyable fillette avant 1995, vous n’avez goûté qu’à une version édulcorée bien insipide, dénuée de toute la saveur de l’œuvre originale. Une version censurée oui, vous avez bien compris. Et un vrai massacre si l’on croit ce que d’aucuns en disent. Et l’auteure n’est pas la dernière à faire la critique de cette version d’avant 1995.

Il est aussi intéressant, par ailleurs, de mentionner les débuts chaotiques des aventures de l’incroyable fillette à la force surhumaine dans le petit monde de la littérature jeunesse. Lorsque la Suédoise Astrid Lindgren essaye de publier pour la première fois en 1941 son roman jeunesse qu’elle a écrit pour sa fille souffrante, contrainte de garder la chambre car assez gravement malade, elle se voit refuser la publication de ses écrits, alors jugés provocants et grossiers. Ce n’est qu’après avoir fait preuve de plus de retenue, s’autocensurant par la même qu’elle sera autorisée à publier son premier tome. Nous sommes alors en 1945.

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Comment échapper à la censure en quelques étapes ?

Mais alors, n’y-a-t’il donc vraiment aucun moyen pour se protéger ne serait-ce qu’un peu de la censure ? Eh bien à vrai dire, si, il en existe quelques-uns. Je vais maintenant conclure mon billet en vous exposant un petit nombre de ces astuces et tours de main qui devraient vous permettre, si vous les suivez, de passer outre la censure toujours existante.

Dans un premier lieu, avant de commencer à envisager sérieusement la traduction d’un livre, d’une encyclopédie, d’un jeu vidéo, etc. un seul mot d’ordre, CUL-TI-VEZ-VOUS ! Livres, émissions télévisées, chaînes radio, pourquoi pas même un voyage en chair et en os dans le pays de destination de votre traduction si vous en avez le temps et l’argent, tout est bon pour s’imprégner de la culture du pays pour lequel se destine l’ouvrage que vous comptez traduire. Car c’est en connaissant la culture d’un pays que l’on sait le mieux ce qui va choquer ou pas, ce qui va passer ou pas auprès de ses citoyens.

Ensuite, il vaut mieux également, si vous souhaitez éviter tout impair, user et abuser du principe de précaution. Ainsi entre deux mots, choisissez le moindre, le plus neutre c’est-à-dire. C’est encore plus essentiel pour faire publier ses traductions dans les pays ayant une vision de la liberté d’expression qui est comme qui dirait… assez restreinte. Vous éviterez ainsi de choquer les susceptibilités des foules par simple maladresse et, si je ne peux vous garantir à 100 % que vous échapperez comme cela à la censure, cette dernière restant malgré tout parfois imprévisible, je peux néanmoins vous assurer que vous aurez beaucoup plus de chances de passer entre les mailles du filet.

Pour finir, je vous conseille vivement de prendre « la température » auprès de quelques-uns de vos collègues et amis traducteurs et linguistes qui ont déjà eu l’occasion de travailler pour le pays auquel se destine votre traduction. Et s’ils habitent le pays de destination de votre traduction en cours, c’est encore mieux, ils sauront beaucoup mieux appréhender les problèmes qui peuvent se poser au cours de la traduction et vous aider à passer outre ces derniers. Il n’y a rien de tel que l’expérience d’un collègue ayant également vécu vos galères pour mieux appréhender ces choses auxquelles vous devrez faire particulièrement attention pendant votre traduction. Car celui-ci ayant connu les mêmes doutes que ceux que vous connaissez actuellement, il a dû faire des choix, prendre des décisions. Et ces choix et ces décisions pourraient bien vous être à vous aussi d’une aide salutaire pour résoudre vos problèmes de traduction. Il pourra même peut-être vous éviter une paire de soucis pour des problèmes que vous n’auriez peut-être même pas imaginés autrement. Rester connectés et parler avec ses collègues est ainsi pour vous LE bon plan afin de traduire sans trop craindre la censure.

 

Voilà, ce billet est terminé et je pense que vous êtes désormais parés à affronter la censure de manière plus sereine. J’espère sincèrement avoir quelque peu éclairé vos lanternes sur le vaste sujet de la censure en traduction, mais aussi vous avoir rassuré quant aux inquiétudes qu’elle suscitait chez vous, traducteurs et futurs traducteurs. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et commentaires sur ce billet à travers les commentaires. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez vous aussi quelques astuces pour échapper à la grande Némésis des traducteurs, la censure. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Au revoir et à très bientôt pour un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

 

Maintenant…

 

… À vos marques, prêts, traduisez !

 

Sources bibliographiques :

@ Circuit Magazine, article sur la censure dans la traduction de discours politiques : http://www.circuitmagazine.org/dossier-129/censure-et-traduction-des-discours-politiques

@ La bibliothèque en ligne Watchtower, article sur l’Histoire de textes bibliques en Italie, une histoire marquée notamment par la censure : https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2005923

@ Article du Fun MOOC visant à faire la promotion d’une vidéo au sujet de la censure du livre jeunesse Fifi Brindacier (Pippi Långstrump en version originale) : https://www.fun-mooc.fr/asset-v1:ulg+108002+session01+type@asset+block/fifi_brindacier.pdf

@ Le nouvel Obs, article rédigé par Bibliobs sur l’incroyable sévérité de la censure en Chine et la difficulté à faire publier ses traductions qui y est liée : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20131025.OBS2708/censure-dur-dur-de-faire-traduire-ses-livres-en-chine.html

 

Et pour encore plus d’infos sur le sujet :

BALLARD, Michel. Censure et Traduction. Arras : Publications Artois Presse Université, juin 2011. Collection Traductologie. 406 pages. ISBN 2-848-32126-1

La traduction : de l’importance de maîtriser son solfège

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

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Pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut dans ce billet. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

Donnons le La !

La langue est à la traductrice ce que le violon est à la violoniste, autrement dit, son moyen d’expression, son instrument. Cependant, la traductrice a l’avantage d’être en mesure de polir son instrument de ses propres mains, à tout moment. Profitons-en, soyons notre propre luthière et traduisons de façon plus efficace, éclairée, éthique et libre, car toujours mieux maîtriser notre langue maternelle est la clé vers des choix de traduction conscients plutôt que contraints par nos propres limites linguistiques. Il est essentiel pour nous, traductrices, de tendre systématiquement vers une plus grande conscientisation des règles, structures et usages de notre langue maternelle, comme s’il s’agissait d’une langue étrangère. C’est une garantie de qualité, mais aussi un gage d’honnêteté et d’éthique envers la profession de traductrice et les clientes avec qui nous sommes amenées à travailler. Ne tirons toutefois pas sur le pianiste, il ne s’agit pas d’être parfaite mais plutôt de constamment chercher à s’améliorer dans l’optique de produire des textes cibles clairs, précis, de haute qualité linguistique et adaptés au public cible. Alors comment faire ? Eh bien, c’est comme les gammes, ça se travaille !

Dans son article « Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction », Jacqueline Bossé-Andrieu, professeure de l’université d’Ottawa, dresse un aperçu des exercices qu’elle propose aux étudiantes en traduction dans le but de les aider à « améliorer leur style » (pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article disponible sur le site Erudit). Dans cet article, le « style » ne s’entend pas dans son sens littéraire, soit une façon personnelle de s’exprimer, que la spécialiste considère comme un talent. Il est plutôt question d’amener les étudiantes à faire usage d’une langue soignée et à explorer les divers moyens d’expression à leur disposition lorsqu’elles traduisent. Ainsi, elles peuvent faire des choix de traduction dictés par leurs intentions et non par le manque de possibilités.  Jacqueline Bossé-Andrieu, dans son article, opère une distinction entre ce qu’elle appelle les « fautes de style », c’est-à-dire les fautes de grammaire, de syntaxe ainsi que les usages impropres, et le style en traduction. Celui-ci est l’art de reformuler les idées du texte source et de « restructurer » le texte pour qu’il ne « sente » pas la traduction. Ayant trouvé cet article passionnant, j’ai souhaité vous proposer quelques idées pour développer ces deux aspects de la maîtrise de la langue maternelle.

La grammaire, le vocabulaire : la note fondamentale de l’accord

Tout d’abord, mettons l’accent sur nos petites fausses notes, ces maladresses grammaticales ou orthographiques qui nous échappent. Le Projet Voltaire est un outil en ligne qui saura parfaitement répondre à ce besoin de « rafraîchir ses connaissances » et de réaccorder son violon. Même les virtuoses ne savent pas tout ! Le niveau « Excellence » saura repaître les plus affamées de subtilités de la langue française. Afin d’attester de votre niveau en français, vous pouvez aussi passer le Certificat Voltaire. Pour vous voir décerner le niveau « Expert », attendu chez les traductrices, il faudra obtenir plus de 900 points. Prêtes pour le challenge ?

Sur une note plus grammaticale, Le Bon usage de Grevisse, en version électronique ou papier, sera votre ami le plus fidèle et dissipera vos moindres doutes. Pour assimiler davantage ces structures et ces règles, pourquoi ne pas relire les classiques de la littérature ? Bien entendu, n’allons pas plus vite que la musique : il s’agit de lire « activement », d’observer les tournures et constructions utilisées, et de noter celles que l’on n’emploierait pas spontanément. Ceci sonnera comme une lapalissade, mais se replonger dans ses classiques peut également s’avérer bien utile pour l’enrichissement du vocabulaire, et deviendra vite votre violon d’Ingres !

D’ailleurs, le vocabulaire, parlons-en ! Si, comme moi, vous êtes obnubilées par l’envie de trouver « le mot juste », vous pouvez vous tourner vers des applications mobiles (par exemple « Mot du jour ») proposant d’apprendre ou de redécouvrir un mot « rare » chaque jour. S’entraîner ensuite à employer ces mots çà et là dans les conversations les fera passer dans la partie « active » du vocabulaire. Dans le même esprit, le « Petit dictionnaire de mots rares » de Thierry Prellier est un ouvrage qui me fait, et vous fera, je l’espère, régulièrement découvrir de petites perles oubliées. Par exemple, saviez-vous que le mot « lantiponner » signifiait « discourir inutilement en importun » ?

Faisons nos gammes

Suivons les conseils de l’ESIT : pour mettre tout cela en pratique, rien de tel qu’écrire, qu’il s’agisse d’expression personnelle (lettres, billets de blog, nouvelles, discours…) ou d’une traduction. S’entraîner, en outre, à résumer ou à reformuler (même simplement à l’oral) ce que l’on entend ou lit, en en restituant l’articulation logique, aura de nombreux bienfaits, car il me semble que traduire, c’est un peu reformuler dans une langue cible ce que l’on comprend d’un écrit en langue source. Ainsi, « traduire » de notre langue maternelle vers notre langue maternelle nous conduira à acquérir certains automatismes. Durant un cours du master TSM, nous avons dû rédiger le même texte dans les trois registres principaux (familier, courant, soutenu), jouer avec les tonalités, les couleurs de la langue. J’ai trouvé cet exercice particulièrement formateur, parce qu’il nous entraîne à cette gymnastique intellectuelle que nous devons opérer dans la vie professionnelle, pour jongler entre les différents textes auxquels nous sommes confrontées. Alors, profitons de notre temps libre pour peaufiner nos productions personnelles et nos traductions, consultons les dictionnaires de synonymes (Crisco, outil de proxémie du CNRTL etc.), les dictionnaires analogiques (classement des mots par idées sur Sensagent, ou, pour le plaisir, le Dictionnaire Analogique de la langue française de Boissière) ou encore les dictionnaires de cooccurrences (sur Termium par exemple). On peut également recourir aux corpus de textes et produire des textes riches, fluides, précis et naturels. Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’étaler sa prétendue culture en alignant immodérément des mots compliqués ornés d’un style pompeux, mais plutôt de répondre à la question : comment mieux dire ?

Le style ou l’absolue relativité

Il va de soi que le « style » n’est pas quelque chose d’absolu. Jouez une symphonie classique comme une danse baroque, rédigez un texte de loi comme vous écririez un SMS, ou encore un discours comme une entrée encyclopédique, et le style paraîtra tout à fait inadapté. Il faut se mettre au diapason ! Ce qui me semble définir un « style approprié » en traduction, c’est la prise en compte perpétuelle du public et de la finalité du texte cible, se traduisant par l’utilisation d’un registre, d’un vocabulaire et d’une phraséologie adaptés. Quels outils peuvent nous apporter leur précieux concours dans cette tâche ardue, lorsque l’on n’est pas une spécialiste du sujet traité ? Les corpus de textes écrits par les natives vous offrent ce que glossaires et dictionnaires ne pourront jamais vous apporter : des exemples « de la vie réelle » en contexte, et des collocations et une phraséologie utilisées « en direct ». Spécialisé ou général, unilingue ou bilingue, à vous de choisir le corpus adapté à votre texte cible, voire de le créer. Sur Sketchengine (pour la langue générale, entre autres) ou encore Eur-Lex (pour le domaine juridique), vous trouverez des corpus de qualité dans lesquels puiser votre inspiration. Enfin, des livres spécialisés dans la rédaction de certains types de textes auront également leur utilité pour vous renseigner plus en profondeur sur ce qui fait la particularité de tel ou tel type de texte. À titre d’exemple, le livre de M. Barbottin sur la rédaction technique et scientifique pourra être utile à celles qui se destinent aux domaines techniques et scientifiques1.

Les ténors de la traduction

Lorsque tout cela est conscientisé, je crois que le nec plus ultra du style, la petite touche qui fera toute la différence, c’est l’emploi des ultra-idiomatiques « items uniques », que j’ai découverts en cours de traductologie l’année dernière. Selon Sonja Tirkkonen-Condit, ces éléments linguistiques ne se retrouvent pas aussi fréquemment dans les textes cibles traduits que dans les textes non traduits, car ils n’ont pas d’équivalent direct dans la langue source. Ainsi, ils se manifestent rarement à l’esprit de la traductrice à cause de l’interférence linguistique qu’elle subit. Parce qu’ils sont moins présents dans les textes traduits, leur absence peut donc être un indice qui « démasquerait » la traductrice. Alors, à vos masques !

Les items uniques sont ce qui distingue parfois une expression « correcte » d’une expression « waouh ! ». Selon le contexte, remplacez « déjà » par « d’ores et déjà » ou encore « en effet » par « bel et bien », et le texte joue soudainement une mélodie aux sonorités plus « françaises ».

Une première suggestion pour entendre leur chant mélodieux serait naturellement de « laisser reposer » la traduction et de la relire comme si c’était un texte non traduit qu’il fallait améliorer.  Il ne sera pas non plus inutile de leur porter un peu plus d’attention au quotidien et de se constituer un petit « glossaire idiomatique » avec les correspondances locution correcte/locution waouh ! À force de les utiliser, nous finirons par développer certains automatismes qui aideront à pallier la fameuse interférence linguistique de la langue source sur la langue cible décrite par Toury. Enfin, déconstruire la phrase en n’en gardant que les idées clés permet parfois de « faire un peu de place » dans le cerveau pour laisser l’intuition de la native s’exprimer.

Cadence finale

Lorsque l’on n’est pas en « phase d’entraînement » et que l’on a besoin d’un petit coup de pouce, un logiciel est là pour apporter son soutien harmonique : « Antidote », le correcteur orthographique et grammatical qui ne laisse (presque) rien passer. Doté de dictionnaires de synonymes, d’antonymes, de champs lexicaux, de cooccurrences, c’est un tout-en-un qui saura répondre aux besoins d’efficacité et de rapidité des traductrices professionnelles.

En résumé, de nombreux outils en version papier et numérique sont disponibles pour nous aider dans notre quête infinie d’une expression parfaite, dont la poursuite est importante pour garantir la qualité de notre travail. Les plus motivées et celles qui ont le plus de temps pourront également s’entraîner grâce à des exercices de style bien choisis. Enfin, pour répondre aux exigences des professionnelles, Antidote et les outils de corpus constitueront des alliés de choix.

Cet article arrive maintenant à son terme. Je voulais encore vous parler de textométrie, de stylométrie, de mesure de richesse lexicale, mais l’espace me manque… J’espère que vous aurez trouvé ces quelques réflexions utiles et je vous souhaite une belle bal(l)ade parmi les mots.

[1] Barbottin, Gérard. Rédiger des textes techniques et scientifiques en français et en anglais. Paris : Insep consulting. 2003. 412 p. ([Pratiques en question], 0291-6770).

Sources

  1. Association des Amis de l’ESIT., Comment perfectionner ses connaissances linguistiques. Université de Paris III.
  2. Bossé-Andrieu J. Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction – Meta – Érudit [Internet]. [juin, 1988]. Disponible sur : https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/1988-v33-n2-meta320/002104ar/
  3. Cours de traductologie et d’outils de corpus du Master TSM dispensés par Pr. Loock [2018/2019].
  4. Sonjia Tirkkonen-Condit. « Unique items – over- or under-represented in translated language? » Translation Universals: Do They Exist?, vol. 48/148, John Benjamins Publishing Company, 2004, 224 p.
  5. Toury, Gideon. Descriptive Translation Studies And Beyond. John Benjamins, 2012, p. 275.