Interview avec Laurène Cabaret : retour sur 12 ans d’expérience dans le secteur de la traduction

Par Angel Bouzeret, étudiante M1 TSM

 

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J’ai rencontré Laurène Cabaret, l’année passée lors de mon stage chez AST Language Service, à cette époque elle était Project Manager. Aujourd’hui, sa carrière prend un nouveau tournant, et Laurène a accepté de revenir sur ses 12 années d’expérience.

 

Depuis quelques mois, tu crées ton entreprise de traduction. Comment l’as-tu décidé ?

J’ai en fait eu deux périodes de travail en freelance, en 2006-2007, puis en 2012-2014. Mes différentes expériences en entreprise, comme traductrice, assistante projet puis chef de projet, ont été frustrantes pour moi à différents niveaux. Il y a toujours un aspect de la politique de l’entreprise qui me déplaisait : déontologie, management, évolution… Être ma propre patronne est le seul moyen que j’ai trouvé de faire le métier que j’aime tout en respectant mes valeurs.

 

Comment s’installer à son compte ? Sans vraiment parler des démarches administratives, peux-tu résumer le processus ?

Il y a différentes façons d’être « à son compte ». En 2006 et 2012, j’ai choisi le régime auto-entrepreneur, parce que je ne voulais avoir à dépendre de personne, et les démarches étaient simplifiées par rapport à la constitution d’une société. En plus, lorsqu’on est inscrit à Pôle Emploi, on peut bénéficier de l’ACCRE qui exonère partiellement des charges sociales. Cette fois, j’ai été tentée par le portage salarial. Cela permet de conserver un statut de salariée, avec les cotisations chômage, retraite, sécu… Mais devoir faire signer un contrat commercial aux clients dérangeait mon côté indépendant. J’ai donc opté pour une SCAE (Société Coopération d’Activité et d’Emploi) qui laisse une grande liberté tout en mutualisant les ressources et expériences avec les autres entrepreneur·se·s, et qui permet de tester son activité avant de constituer éventuellement sa propre société.
Le processus est donc très différent selon le statut que l’on choisit. Si je pouvais donner un conseil à mon « moi » de 2006 ou à n’importe quel·le jeune diplômé·e, ce serait de ne pas se lancer seul·e, de s’entourer et de s’aider de toutes les ressources humaines disponibles.

 

Ton entreprise WordLab est un bureau de traduction, tu vas gérer les commandes, mais le but n’est pas de faire les traductions toi-même.

– Comment choisis-tu les traducteurs indépendants, sous quels critères ?

– Tu as été Project Manager pendant plusieurs années, d’après toi, tes critères sont-ils les mêmes que ceux du secteur ?

Les traducteur·rice·s indépendant·e·s de ma base sont des personnes avec qui j’ai travaillé depuis plusieurs années, lorsque je coordonnais des projets en entreprise. Mais d’autres pourront intégrer cette base. Je m’appuie sur plusieurs critères pour choisir avec qui je travaille :
– l’expertise, soit parce que je maîtrise la ou les langues de travail, soit par retour des client·e·s
– le professionnalisme (vigilance, précision, implication)
– les relations humaines que nous entretenons
Comme en entreprise, c’est un savant mélange de ces trois aspects. Un·e grand·e expert·e hyper pointu·e et carré·e dans sa pratique, mais abject·e dans sa communication… Je n’ai pas envie de travailler avec elle ou lui.
Je sais que mes critères ne sont pas forcément ceux du secteur, non. Les agences de traduction que je connais, surtout les grosses, cherchent surtout à raboter les tarifs pour faire exploser leurs marges. Ce n’est pas comme ça que je conçois les choses, mais le capitalisme à outrance n’est pas ma tasse de thé. 🙂 Je ne perçois pas les prestataires comme des « petites mains » à exploiter, mais comme de véritables collaborateur·rice·s sans qui nous ne pourrions pas fournir un service de qualité à nos clients.

 

Les clients dans le besoin viennent directement vers toi, mais comment choisir les clients qui n’ont pas encore de besoins ? Sans dévoiler tes secrets bien-sûr !

C’est de la veille économique. Il faut repérer ce qui se crée et évolue dans le secteur industriel ou géographique (ou les deux) qui nous intéresse, cibler et faire prendre conscience aux cibles qu’elles ont ce besoin. C’est un travail de longue haleine ! Le réseautage peut également aider, là aussi à moyen et long terme. Étonnement (pour nous qui baignons dedans), si les métiers de traducteur·rice littéraire ou interprète sont relativement notoires, peu de gens connaissent le métier de traducteur·rice technique ou généraliste.

 

Comment survivre, lorsque l’on est à son compte, aux périodes creuses, moralement et financièrement ?

Excellente question ! 😀 Je pense que tous les indépendants traversent régulièrement des périodes creuses. Comme lorsqu’on se retrouve au chômage, je dirais qu’il faut voir cela comme une opportunité. Je sais à quel point c’est agaçant à entendre quand on se retrouve en situation précaire, avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Mais pourquoi ne pas en profiter pour mettre à jour sa compta, peut-être son organisation, lifter son site ou ses cartes de visite, revoir son plan d’action commerciale. Et surtout : ne pas rester seul·e. Fréquenter des associations, des espaces de coworking, des clubs professionnels. Parler de ses difficultés, notamment avec des personnes d’autres secteurs : des opinions extérieures peuvent mettre en évidence un dysfonctionnement de notre activité. On peut aussi se retrouver mis·e en contact avec quelqu’un qui peut nous aider sur tel ou tel aspect.

 

Que penses-tu des outils de TAO ? Et de la traduction automatique ?

Les outils de TAO sont indispensables dans la traduction technique et généraliste, pour la cohérence. Les clients le comprennent généralement bien, lorsqu’ils nous laissent le temps de leur expliquer la différence entre TAO et traduction automatique.
La traduction automatique est super utile… Pour dépanner ou dans les loisirs. Je reste persuadée que le facteur humain (même s’il peut devenir assez limité avec des TM bien fournies) est indispensable.

 

Le plus gros challenge de ta carrière ?

Je crois que je suis en plein dedans ! 😀
C’est très différent de mes périodes en tant que freelance où, même si c’était déjà beaucoup, je n’avais qu’à me soucier de moi-même. Un bureau de traduction, c’est tout autre chose. J’ai l’expérience de l’activité puisque je l’ai exercée comme salariée, mais mener une structure entière est un peu différent. Cependant, j’ai mûri (à presque 35 ans, il serait temps !), je connais bien le cœur de métier, la relation client et j’ai appris à communiquer et à me faire connaître. Les choses vont prendre un peu de temps à se mettre en place, c’est normal. Chaque chose en son temps.

 

As-tu un conseil particulier à donner aux étudiants en traduction ?

Ne restez pas seul·e, entourez-vous. Travaillez vos « soft skills » autant que vos compétences techniques. Par pitié, ne bradez pas le métier en acceptant des tarifs à 0,04 €/mot… Et bon courage 😀

 

Merci beaucoup Laurène pour avoir pris le temps de répondre à mes questions avec autant de précisions. Tu es inspirante et tu apportes un nouveau souffle à ce secteur !

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Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ?

Article original en anglais How much do freelance translators earn? Is it enough? rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction française de Rémy Proye, étudiant en M1 TSM à l’Université de Lille.

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Les traducteurs indépendants débutants veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) combien ils peuvent espérer gagner sur notre marché. Les traducteurs indépendants expérimentés, quant à eux, veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) s’ils touchent assez d’argent par rapport aux efforts qu’ils consacrent à leur travail. Alors, combien gagnent les traducteurs indépendants ?

 

  • L’American Translators Association (ATA) effectue une enquête sur les revenus tous les deux ou trois ans : vous pouvez acheter le rapport complet ici ou lire le résumé opérationnel gratuitement (liens en anglais). Les dates ici sont un peu confuses : les tableaux de données dans le résumé indiquent qu’ils datent de 2006, le fichier lui-même est nommé 2007 et le résumé opérationnel a paru dans l’ATA Chronicle en février 2008. Selon cette enquête, le traducteur indépendant moyen à temps plein touche un peu plus de 60 000 dollars ; mais les répondants américains ont fait état d’une grande disparité de revenus selon qu’ils sont ou non certifiés ATA (revenu moyen de 72 000 dollars pour les traducteurs agréés contre 53 000 dollars pour les non agréés).
  • Le Bureau of Labor Statistics (BLS) possède également des informations, et elles sont encore plus disparates. Le BLS rapporte qu’en mai 2008, le salaire moyen des traducteurs et interprètes était d’environ 38 000 dollars (brrr !), les 10 % les plus élevés percevant plus de 69 000 dollars et le spécialiste linguistique moyen du gouvernement fédéral touchant en moyenne 79 000 dollars.
  • PayScale.com (en anglais) possède quelques brèves informations sur les traducteurs et les interprètes, organisées par années d’expérience.

Je pense que le problème avec la plupart de ces enquêtes, c’est qu’elles ne sont pas assez spécifiques aux cas individuels. Par exemple, une personne qui travaille 35 heures par semaine et prend 6 semaines de vacances est-elle à temps plein ou à temps partiel ? Est-ce que quelqu’un qui travaille au bureau d’un client 2 jours par semaines et pour des clients indépendants 3 jours par semaine est à son compte ou à l’interne ? Faut-il tenir compte du volume de traduction ? Si vous avez touché 130 000 dollars l’an passé, mais que vous avez travaillé 70 heures par semaine sans vacances, votre revenu devrait-il être calculé au prorata à 40 heures par semaine de travail avec 4 semaines de congé ? Vous voyez le tableau !

Pour la petite anecdote, je pense que la plupart des enquêtes mentionnées ci-dessus sont orientées vers le bas de gamme du marché. En 2008, j’ai écrit un billet de blog sur Les secrets des traducteurs à six chiffres (en anglais), et depuis, j’ai parlé à de nombreux autres traducteurs indépendants qui ont déclaré ou fait savoir qu’ils touchent plus de 100 000 dollars par an. Je pense que si vous êtes très bon dans ce que vous faites et que vous vous vendez de manière plutôt convaincante, il y a suffisamment de travail pour gagner au moins 75 000 dollars par an en tant que traducteur freelance, même si vous travaillez en conjuguant agences et clients directs. Je dirais qu’à ce stade, tous les traducteurs que je connais, et qui travaillent exclusivement avec des clients directs, perçoivent au moins 100 000 dollars par an.

Mais la vraie question, lorsqu’il s’agit de revenu, est : est-ce suffisant ? Ce « est-ce suffisant » implique beaucoup de facteurs subjectifs, parce qu’il est lié à la question subsidiaire de savoir si vous feriez mieux si vous aviez un emploi différent. C’est là qu’intervient la subjectivité. Par exemple, dans mon cas :

  • Je suis plutôt satisfaite de mes revenus par rapport à la quantité de travail que je fournis. Je gagne plus que la moyenne de l’ATA et j’ai l’impression de travailler moins (peut-être même beaucoup moins) que la plupart des indépendants, en partie à cause de mes engagements familiaux et non professionnels et en partie parce que je pense être plus productive en travaillant une trentaine d’heures par semaine. Cependant, lorsque je regarde comment s’additionnent les avantages du travail à l’interne de mon mari (régime de retraite financé par l’entreprise, assurance, vacances payées, et ainsi de suite), c’est un rappel à la réalité. Si je déduis 15,3 % d’impôt sur le travail indépendant (que je ne paie que sur environ la moitié de mon revenu depuis que j’ai le statut de corporation S[1]), 4 à 6 semaines de vacances non payées et mon régime de retraite autofinancé par mes revenus, le résultat net est incontestablement différent.
  • Mais il y a également les facteurs subjectifs. J’adore l’endroit où nous vivons, et il y a très, très peu d’emplois à l’interne dans notre région pour ce que je fais. La seule option raisonnable, travailler pour un organisme gouvernemental, nécessiterait de conduire plus d’une heure à l’aller comme au retour, et impliquerait un emploi du temps relativement rigide. Il est très important pour moi d’avoir des horaires de travail qui s’harmonisent avec les horaires scolaires de ma fille, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour rester seule à la maison. En réalité, si je voulais un emploi en interne à proximité de chez moi et qui offrirait un niveau de flexibilité similaire à celui d’un freelance, je chercherais probablement à gagner moins de la moitié de ce que je perçois aujourd’hui.

« Assez » dépend également de l’endroit où vous vivez et de la façon dont vous vivez. 75 000 dollars, c’est une somme décente, mais si vous n’avez pas le statut de corporation et que vous payez donc des impôts sur ce montant total, si vous vivez dans un bel appartement dans une grande ville, si vous avez un prêt-auto, un prêt étudiant ou un paiement de carte de crédit et si vous financez votre propre assurance maladie et votre retraite, ce montant diminue rapidement. En revanche, si vous habitez dans une région assez rurale, que vous n’avez pas ou peu de dettes et que vous pratiquez la frugalité freelance (en anglais), vous pourriez probablement économiser 50 % de votre salaire net si vous touchez un salaire brut de 75 000 dollars ou plus.

Chers lecteurs, la parole est à vous. Quel est votre avis sur la question du salaire ?

[1] La corporation S, ou S-corp, est en fait une corporation générale qui obtient ensuite un statut fiscal spécial de l’Internal Revenue Service (IRS). https://www.corpomax.com/creation-societe-usa/types-societes-usa.php

Et si j’étais…

Par Célia Demurger, M2 TSM

 

Nombreux sont les étudiants à se poser la question sur les débouchés après le Master TSM. On entend souvent parler des métiers de la traduction, mais très peu des différents types de statut. Il existe de nombreux métiers dans le secteur de la traduction mais tous ne s’exercent pas de la même manière. Salarié, fonctionnaire, micro-entrepreneur, indépendant, EURL, SARL… Très facile de s’y perdre ! Et cela varie selon l’endroit : en France, à l’étranger, sur Mars (oups, pas encore). Certains statuts n’existent pas dans tous les pays ou ne s’exercent pas dans les mêmes conditions d’un point de vue juridique et fiscal. D’où l’importance de bien se renseigner avant de partir à l’étranger pour y travailler, afin de connaître tous les avantages et inconvénients ainsi que les démarches à suivre.

Le but de ce billet n’est pas de vous faire un cours de droit du travail, mais plutôt de présenter dans les grandes lignes un aspect trop peu évoqué à mon goût et qui pourrait intéresser les professionnels de demain. Je vais présenter dans ce billet les quatre statuts les plus courants sur le marché de la traduction en France : les statuts de salarié, de fonctionnaire, de micro-entrepreneur et d’indépendant en déclaration contrôlée.

 

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  • Salarié :

Vous travaillez dans une entreprise, à temps plein ou temps partiel et sous contrat, à durée déterminée ou indéterminée. Rares sont les places de traducteur salarié en France, car très peu d’entreprises ont (encore) un département de traduction. Quant aux agences de traduction, quelques-unes emploient des traducteurs / réviseurs. En revanche, vous trouverez davantage d’offres d’emploi salarié pour être gestionnaire de projet. Concernant les charges sociales et la fiscalité, pas de tracas. Votre employeur s’occupe de les déduire de votre salaire brut et de transmettre aux impôts le salaire net imposable. Vous êtes ainsi soumis à l’impôt sur le revenu classique.

Les + : sécurité de l’emploi une fois embauché, pas de gestion particulière.
Les – : nombre de places limité selon les métiers souhaités, perspectives d’évolution limitées selon les entreprises, lien de subordination avec l’employeur.

  • Fonctionnaire :

Certaines administrations publiques françaises ont un département de traduction comme le ministère des Affaires étrangères et du Développement international. On retrouve également les institutions européennes comme la Commission européenne, le Parlement européen, etc., ou encore les organisations internationales telles que l’ONU, l’OTAN, etc. Les places y sont également très chères. Souvent, un long processus très sélectif est mis en place pour recruter de nouveaux traducteurs / interprètes / autres linguistes. Mais les avantages de ces postes sont tels qu’on ne peut qu’être motivé. Par exemple, un poste au sein de ces institutions vous assure un (très) bon salaire et de nombreux avantages pécuniaires non négligeables. En outre, les fonctionnaires de l’UE sont exonérés d’impôts. L’UE effectue toutefois un prélèvement social et fiscal dont le taux est compris entre 8 et 45 % selon le grade.

Les + : salaire très confortable, fiscalité très avantageuse.
Les – : nombre de places très limité, processus de recrutement sur concours parfois très long, pas de spécialisation particulière selon les institutions (avoir une culture assez élargie afin d’être bon dans tous les domaines).

Puis viennent les travailleurs de l’ombre, qui composent en grande partie le marché de la traduction. On retrouve parmi eux les traducteurs en grande majorité (environ 5 000 en France). Ils exercent pour la plupart à leur domicile, en profession libérale non réglementée dans la catégorie BNC (bénéfices non commerciaux), soit sous le régime de la micro-entreprise, soit sous le régime de la déclaration contrôlée.

  • Micro-entrepreneur :

Ce statut (anciennement appelé « autoentrepreneur ») permet de s’installer à son compte et de bénéficier d’une fiscalité, d’une gestion et d’une comptabilité simplifiées. Ce statut est soumis au régime de la micro-entreprise. Un seuil de chiffre d’affaires annuel est limité à 33 100 €. Les activités soumises à ce régime ne sont pas assujetties à la TVA. Chaque mois ou chaque trimestre, le micro-entrepreneur déclare son chiffre d’affaires (CA) encaissé pour cette période. À partir de là, des cotisations sociales dont le montant est calculé de façon forfaitaire (22,5 % du CA) sont prélevées. Ce forfait comprend les cotisations relatives à la protection sociale obligatoire. Il faut ajouter à ce taux une contribution à la formation professionnelle qui s’élève à 0,2 % du CA et une taxe pour frais de Chambre de commerce et d’industrie, fixée à 0,044 % du CA. En ce qui concerne la fiscalité, le micro-entrepreneur peut opter pour la déclaration normale des recettes (catégorie bénéfices non commerciaux de l’impôt sur le revenu), à laquelle est appliqué un abattement de 34 % du CA, ou bien pour le versement libératoire (sous conditions de CA). Ce dernier correspond à un taux de 2,2 % du CA ajouté aux charges sociales obligatoires mensuelles ou trimestrielles, ce qui permet de s’acquitter de toutes les charges en un seul et unique versement. Enfin, une fois par an, le micro-entrepreneur doit s’acquitter de la CFE (cotisation foncière des entreprises), excepté l’année de création. La CFE est calculée suivant le siège social de l’entreprise et la valeur locative des lieux utilisés dans le cadre de l’activité professionnelle.

Les moins de 26 ans qui s’installent en tant que micro-entrepreneur peuvent bénéficier d’une aide appelée ACCRE. Elle consiste à appliquer des taux minorés pour le calcul des cotisations sociales durant les trois premières années d’installation (5,8 %, 11,5 %, 17,2 % puis le taux normal). La demande pour bénéficier de l’ACCRE est à déposer à la création ou dans les 45 jours suivant celle-ci.

Le micro-entrepreneur peut choisir son activité, sa spécialité. On retrouve sur le marché de la traduction des gestionnaires de projet, des traducteurs, des DTPistes, des testeurs, des terminologues, des post-éditeurs, des ninjas multitâches…

Les + : fiscalité, gestion et comptabilité relativement simplifiées, pas de charges en cas de CA nul, cotisations sociales réduites grâce à l’ACCRE pour les moins de 26 ans, organisation libre du temps de travail.
Les – : seuil de CA à ne pas dépasser (sortie du régime le cas échéant), CA à déclarer obligatoirement même si nul (pénalité de 49 € en cas d’oubli de déclaration), pas de déduction des frais liés à l’entreprise.

  • Indépendant et déclaration contrôlée :

D’un point de vue fonctionnel, ce statut est semblable au statut de micro-entrepreneur. D’un point de vue comptable et fiscal, ce n’est pas la même histoire. Lorsque vous êtes entrepreneur individuel mais pas sous le régime de la micro-entreprise, vous êtes de plein droit sous le régime de la déclaration contrôlée. Il n’y a alors pas de limite maximum de CA, mais ce régime fiscal s’applique généralement aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 33 100 €. Vous êtes par ailleurs assujetti à la TVA, que vous devrez facturer à vos clients et reverser à l’État. Il est dans ce cas possible de déduire la TVA liée à certains frais professionnels. Pour ce qui est de la fiscalité, l’imposition se fait sur la base du bénéfice net. Ce bénéfice net est calculé à partir du CA, après déduction des charges réelles (frais engendrés dans l’intérêt de l’entreprise) et de la TVA. Ceci nous amène au Résultat, duquel sont prélevées les charges sociales (environ 38 % dudit Résultat). S’ajoutent la contribution à la formation professionnelle, la taxe pour frais de Chambre de commerce et d’industrie et la CFE, tout comme pour le régime de la micro-entreprise.

Les + : pas de CA maximum, déduction des charges réelles liées à l’entreprise, TVA déductible pour les frais liés à l’entreprise.

Les – : comptabilité beaucoup plus lourde.

Dans le cadre du Master TSM, nous assistons à des conférences animées par la SFT (cf. article Retour sur la conférence de la SFT du samedi 10 décembre par Ombeline Pavy) et la BGE des Hauts-de-France pour nous informer et nous conseiller sur l’installation en libéral. Toutefois, la réglementation des professions libérales est en constante évolution si bien que certaines informations sont susceptibles d’avoir changé depuis la rédaction de ce billet. Je vous invite également à vous renseigner afin de connaître les détails selon votre situation.

 

Pour plus d’informations sur ce thème :

http://www.lautoentrepreneur.fr/index.htm

https://epso.europa.eu/career-profiles/languages_fr

https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises

Etre traducteur·trice indépendant·e ou salarié·e : avantages et inconvénients

Par Tanelle Derambourg, étudiante M2

 

Une fois notre diplôme en poche, les futur·e·s diplômé·e·s que nous sommes auront bientôt un choix à faire concernant notre environnement de travail : travailler en tant que traducteur·ice indépendant·e ou en tant que salarié·e dans une entreprise ou agence de traduction ?

Certain·e·s d’entre nous ont déjà fait leur choix : celleux qui préfèrent avoir un cadre délimité afin d’être productif chercheront un emploi dans une entreprise ou agence de traduction, alors que d’autres ne jurent que par le statut d’indépendant, qui leur permettra de conserver la liberté d’organiser leur journée comme ils le souhaitent.

J’ai choisi d’écrire cet article pour une troisième catégorie de personnes : celleux qui (comme moi je l’avoue) hésitent encore. J’évoquerai dans cet article les principales différences entre ces deux statuts, en essayant de peser le pour et le contre de chacune d’entre elles.

 

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L’attrait principal du statut d’indépendant est bien sûr la possibilité d’organiser ses journées à sa convenance. Là où le travail en entreprise vous imposera des horaires fixes ainsi qu’un certain rythme de travail, travailler à votre compte vous laissera décider du planning de votre journée : libre à vous d’être plus du soir ou du matin. Si vous travaillez à domicile, il vous faudra très vite cerner vos points faibles et vous débarrasser des distractions. Celleux qui sont sujet à la procrastination préfèreront donc peut-être aller travailler (littéralement). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes mais que vous tenez au statut d’indépendant·e, le principe du co-working vous intéressera peut-être.

L’installation en tant que traducteur·ice indépendant·e est souvent suivie d’une période plus ou moins difficile et plus ou moins longue pendant laquelle le travail est parfois rare et les revenus espérés ne sont pas aux rendez-vous. Cette période finit toujours par prendre fin, mais un poste de salarié vous garantit dès le début de votre carrière une quantité de travail constante et un salaire fixe, ce qui est de loin une situation plus rassurante.

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S’installer à son compte justement, c’est tout de même de gérer sa propre entreprise et tout le monde, pour une multitude de raisons, ne s’en sent pas forcément capable. Si vous avez déjà pensé à travailler comme traducteur·ice indépendant·e, il y a de nombreuses questions que vous vous êtes certainement déjà posées : Comment démarcher des clients directs ? Comment imposer ses prix ? Comment gérer la communication avec les clients et/ou les agences ? C’est quoi des cotisations ?

L’aspect administratif nous a souvent l’air d’être un obstacle infranchissable. Heureusement, la formation « Réussir son installation et se constituer une clientèle » de la SFT que nous avons eu la chance de suivre en décembre dernier nous a beaucoup éclairé sur tous les différents aspects du métier de traducteur·ice indépendant·e (voir l’article d’Ombeline Pavy à ce sujet).

À noter qu’il est bien sûr possible de passer de l’un à l’autre. Il s’agit après tout d’un choix très personnel et il est parfaitement possible que ce qui vous correspondait très bien en début de carrière ne vous convienne plus après quelque temps, à moins que vous n’ayez tout simplement envie de changement. La meilleure façon de se décider est certainement de bien se connaître et de définir clairement ce à quoi vous accordez le plus d’importance.