Optimiser le travail du traducteur : le poste de travail au cœur du compromis efficacité/confort

Par Clément Brulé, étudiant M2 TSM

Au sortir du master TSM, nombreux sont les futurs traducteurs dont l’équipement informatique (hardware) n’est pas assez puissant pour faire tourner Trados, 23 onglets Chrome, les documents de référence et les autres éléments indispensables au bon déroulement du travail de traduction. Seul, armé de son pad tactile et n’hésitant pas à faire usage d’un Alt +Tab déjà fatigué sur son petit ordinateur portable, le jeune diplômé s’apprête à affronter le monde dans de mauvaises conditions. La traduction, comme tout métier, doit idéalement se faire dans les règles de l’art.

L’ergonomie, déjà plusieurs fois abordée sur le blog du master TSM, est justement la discipline qui étudie cet aspect. Une discipline que l’International Egonomic Association définit comme suit : « L’ergonomie (ou Human Factors) est la discipline scientifique qui vise la compréhension fondamentale des interactions entre les humains et les autres composantes d’un système et la profession qui applique principes théoriques, données et méthodes en vue d’optimiser le bien-être des personnes et la performance globale des systèmes. » (Lancry, 2009, p. 20). Dans notre cas, l’ergonomie consiste donc en l’observation des interactions entre le traducteur et sa machine (hardware), ses logiciels « outils » (software) et les autres acteurs du monde de la traduction (clients, donneurs d’ordre, pairs) pour identifier des comportements et apporter des solutions aux éventuels problèmes.

Le traducteur se place donc dans un tout, à la fois sociétal, cognitif et spatial. Ce tout spatial est l’environnement de travail physique du traducteur : le lieu même où il exerce l’action de traduction. Cet espace est modifié, voire créé dans la mesure du possible par le traducteur, mais ce dernier est en retour restreint par son environnement et par les habitudes de travail que ce lieu lui permet d’adopter. Un sujet large dont il nous faut réduire l’échelle. Portons notre attention sur le poste de travail « matériel » du traducteur (hors logiciels donc).

Entrons dans le détail et étudions le poste de travail. Nous pourrions le définir ici comme l’équipement nécessaire à l’accomplissement de la tâche commandée par le client. Celui-ci doit concilier idéalement les deux piliers de l’ergonomie : productivité et bien-être. Un élément dit ergonomique doit donc allier praticité, efficacité et simplicité d’usage (toute relative) afin de maximiser sa valeur sur une « échelle ergonomique » hypothétique, où chaque élément prendrait une valeur positive ou négative en fonction de son impact sur la vitesse de travail et sur le confort du professionnel. En bref, le poste de travail idéal optimise la rentabilité, maximise la qualité du produit, diminue au minimum les efforts et concentre tout en un point central : l’ordinateur.

Les meubles

Arrêtez de travailler sur la table du salon avec pour seul siège le tabouret en paille de la cuisine. Les meubles sont des éléments centraux, mais trop souvent négligés. Véritables « fondations » du poste de travail, ils sont les éléments les plus imposants, mais les moins visibles. Ils influent directement sur la posture du traducteur et choisir le matériel adapté (comprendre à la bonne taille) est la clé pour éviter certaines douleurs et parfois même certains troubles musculosquelettiques (TMS).

La chaise

Choisissez une chaise :

1) avec des roulettes (adaptées au sol) pour ne pas avoir à la porter ;
2) réglable en hauteur de sorte à avoir les genoux pliés à 90°;
3) avec des accoudoirs réglables eux aussi pour obtenir un angle bras/avant-bras d’un peu plus de 90° et permettre de détendre les épaules (à noter qu’un bureau réglable peut aussi faire office d’accoudoir) ;
4) avec un appui lombaire réglable afin que la courbure du dossier épouse celle de vos lombaires ;
5) (optionnel) pour les personnes de petite taille, équipez-vous d’un repose-pied afin d’ajuster votre position sans pour autant modifier de manière drastique l’aménagement de votre bureau.

Astuce : Pourquoi ne pas alterner l’utilisation d’une chaise avec celle d’une Swiss ball ? Tout en respectant les mêmes règles que précédemment, la Swiss ball vous fera travailler les muscles qui entourent la colonne vertébrale.

La table

Évitez le bureau de la petite sœur et choisissez-en un assez large comme indiqué dans le Code du travail qui conseille « une profondeur de 80 cm et une largeur minimum de 120 cm ». Enfin, pour respecter les bonnes pratiques indiquées ci-dessus et comme la position statique est l’un des grands ennemis du travailleur sédentaire, pensez au bureau réglable en hauteur ! Une fois muni de tous ces éléments, alternez chaise, position debout et Swiss ball.

Travailler en marchant ?

Pour les perfectionnistes, pour ceux qui ne veulent pas sortir car il fait trop chaud ou trop froid et pour les intéressés bien sûr, quid d’un tapis de marche ? C’est évidemment l’un des derniers achats à envisager, mais les traducteurs peu sportifs pourraient tirer grand bénéfice d’un tel investissement.

La machine

Peut-être le point le plus important et qui préoccupe aussi le plus les futurs traducteurs. Contrairement à Stradew Valley qui pourrait sans aucun doute tourner sur un grille-pain, Trados, Abby FineReader ou même 3 onglets Chrome sont un peu plus exigeants niveau ressources.

Pour ne pas tourner autour du pot, les besoins matériels dépendent majoritairement des besoins du traducteur. Pour des traductions sur Word, mettre plus de 400€ dans un ordinateur portable serait tout bonnement ridicule. Plutôt que d’étudier une à une les configurations minimales requises par les logiciels que j’utilise, j’ai préféré lancer un sondage à destination des traducteurs professionnels. Ce sondage, mené début mars 2021 auprès de 44 traducteurs nous donne les informations suivantes :

  • la puissance des composants présents dans les machines de travail des personnes interrogées ;
    • le degré de satisfaction apporté par les performances globales de leur système hardware ;
    • le prix de la machine.
  • Processeur :
    Cerveau de l’ordinateur qui traite et exécute les instructions de l’utilisateur. Gère et coordonne les différents programmes. Puissance moyenne de base (hors mode Boost) : 2,66 GHz
  • RAM/Mémoire vive :
    Plus la RAM est importante, plus les programmes se lancent rapidement et plus la machine pourra exécuter de programmes simultanément.
    RAM moyenne : 10,2 Go (à noter que les valeurs de la RAM sont aujourd’hui toujours des puissances de 2)
  • Stockage :
    La plupart des personnes sondées possèdent des SSD (plus rapide que les disques durs). Certaines combinent les deux systèmes en sauvegardant leurs applications sur un SSD afin de les lancer plus rapidement et stockent le reste sur un ou plusieurs disques durs grande capacité (bien moins onéreux).

Quelques résultats supplémentaires :

  • la moitié des répondants travaillent avec 2 écrans, l’autre avec un seul ;
  • 76 % se déclarent satisfaits de leur machine (les 24 % restants se plaignent d’un ordinateur vieillissant) ;
  • le prix moyen de la machine s’élève à 946,05 €.


Il est intéressant de noter que 47,7 % des personnes interrogées travaillent sur ordinateur portable, 29,6 % sur fixe et 22,7 % sur les deux. Une tendance nomade qui n’est pas sans incidence sur le prix, mais aussi sur les composants des ordinateurs. Miniaturisés, les composants sont plus chers à puissance égale ou moins performants à prix égaux. Les composants des ordinateurs portables souffrent souvent de limitations plus importantes, par exemple liées à la gestion de la surchauffe.

Avec cette machine moyenne, les traducteurs sondés ont déclaré utiliser des logiciels de TAO (Trados, MemoQ), de traitement de texte (la suite Office en général), des ressources terminologiques en ligne (donc utilisation de navigateurs web), des outils de correction orthographique (type Antidote), des outils de communication (Slack ou Discord), mais aussi des lecteurs PDF (Adobe Acrobat) et des logiciels de reconnaissance vocale (Dragon Naturally Speaking). Rien de très dépaysant donc pour les étudiants du master TSM.

Une question reste cependant en suspens : toutes les personnes interrogées s’y connaissent-elles vraiment en matériel informatique ? Ont-elles choisi les composants les plus adaptés à leur travail ou sont-elles allées chercher un ordinateur déjà construit à la Fnac en précisant au vendeur que leurs logiciels de travail étaient « exigeants » ? La puissance et donc le coût de la machine sont-ils justifiés ou au contraire optimisables ?

Cet article ne vous apportera volontairement aucune réponse, mais plus des pistes de réflexion et des indices. Toutefois, avant d’acheter votre machine, regardez la configuration minimale nécessaire de vos logiciels les plus gourmands et avisez en fonction. Demandez conseil à un spécialiste, à un ami, consultez des forums et effectuez des recherches. Adaptez votre machine aussi bien à votre budget qu’à vos besoins pro et perso (logiciels de PAO, montages photo, jeux, etc.). Enfin, profitez des bonnes occasions : soldes en tous genres et sorties de nouveaux produits (donc rabais sur les anciens stocks) sont vos amis !

Rappel : si vous décidez de faire votre propre Translation Machine 3000, n’oubliez pas de prendre une alimentation et une carte-mère adaptées aux composants ! Et surtout rappelez-vous de ne jamais négliger le refroidissement de votre système. La chaleur générée par les composants peut affecter les performances. Une fois une certaine température atteinte (qui dénote une insuffisance du système de refroidissement), le système déclenche un mécanisme qui va réduire les performances pour éviter une détérioration des composants. Alors fini le vacarme des avions à réaction, entrez dans le monde d’après.

Les périphériques

Véritables extensions de l’ordinateur, les périphériques sont eux aussi « optimisables » d’un point de vue ergonomique. Tout comme la table et la chaise, ils ont un impact notable sur la santé du traducteur !

Les écrans

Une interface généralement de la machine vers l’homme, mais aujourd’hui de plus en plus de l’homme vers la machine (écrans tactiles par exemple), la bonne utilisation des écrans ne coule pas de source. Voici quelques conseils pour optimiser leur usage et maîtriser certains effets néfastes.

  • Le moniteur doit, en plus d’être idéalement positionné (haut de l’écran à la hauteur des yeux, placé à une distance moyenne de 50-70 cm des yeux), être inclinable (une inclinaison de 10° est recommandée pour éviter de se pencher). Pour maintenir le confort visuel malgré la distance, pensez à ajuster la taille des polices d’écriture ainsi que des interfaces (souvent grâce à un simple Ctrl + molette). À noter que la netteté influe aussi sur la distance à laquelle placer l’appareil : moins la résolution de votre moniteur est importante, moins le contraste entre les caractères est important et plus il est nécessaire d’éloigner l’écran.
    • Vous en avez assez de ces Alt + Tab incessant. Fatigué de vous perdre entre vos 15 fenêtres ouvertes simultanément ? Munissez-vous d’un deuxième moniteur de bonne taille ! Travailler sur au moins deux écrans permet à la fois d’améliorer productivité et clarté. Posséder une carte graphique dédiée est néanmoins la condition sine qua non pour pouvoir enfin accéder à cette nouvelle étape de l’évolution. Que ce soit via un port HDMI, VGA, etc. une fois un nouvel écran branché à votre ordinateur, vous ne pourrez plus vous en passer.
    • Enfin se pose la question de la lumière.

Pour la lumière « naturelle » tout d’abord, placez votre écran à 90° des sources de lumière pour éviter reflets et contre-jours.

Viennent ensuite les lumières « bleues », les grandes méchantes de notre société moderne. Il existe plusieurs méthodes pour minimiser leurs effets (en dehors de faire des pauses). Des solutions « physiques » : soit apposer un filtre anti-lumière bleue sur vos écrans, soit opter pour des lunettes anti-lumières bleues que vous pouvez trouver chez de nombreux opticiens ou sur certains sites spécialisés (Gunnar par exemple). Bien qu’ici hors-sujet, les solutions logicielles représentent une option facile d’installation et souvent gratuite comme F.lux qui adapte la « chaleur » de votre écran en fonction du moment de la journée.

Bien travailler avec les écrans c’est donc : en avoir au moins deux, de bonne taille, avec une résolution suffisante et bien les placer.

Le clavier

Tendinites, syndrome du canal carpien, et autres TMS liés aux articulations proviennent en partie de l’utilisation du clavier et de la souris. Sur nos claviers classiques, les poignets mais aussi les doigts subissent des contraintes qui peuvent être évitées !

  • Dans le but de réduire les tensions au niveau des poignets il est bon de choisir un clavier avec un faible degré d’inclinaison (ou de prendre un support pour les poignets). L’angle avant-bras/main est aussi un problème sur les claviers ordinaires. Les poignets doivent conserver un angle naturel (axe dans le prolongement de l’avant-bras). Il est donc bon d’opter pour un clavier courbé et même mieux : « splitté » (clavier qui se présente en deux parties).
  • Quid de la disposition des touches ? Celle-ci a initialement été conçue de sorte à ralentir le processus dactylographique pour éviter que les tiges des machines à écrire ne se coincent entre elles. Ingénieux, non ? Oui, sauf que la « keymap » des claviers (disposition des touches) n’a au final que très (trop) peu changé, et ce malgré les avancées technologiques… Comme mentionné précédemment sur ce blog, il existe d’autres dispositions de clavier (bépo, dvorak, etc.) bien plus optimisées en ce qui concerne la vitesse de frappe et l’équilibre mains/doigts et qui simplifient la frappe en général. Il est même possible de créer sa keymap personnalisée !
  • Un détail qui mérite d’être mentionné : le poids nécessaire pour activer les touches du clavier. Un aspect d’apparence innocent, mais il faut savoir que les doigts d’un traducteur déplaceraient un poids phénoménal proche d’une tonne par jour ! (Pineau, 2011) Alors si vous êtes en quête du clavier ultime, faites aussi attention aux switchs de votre clavier.

La souris

Dernier membre de ce triumvirat, la souris doit à la fois respecter l’inclinaison naturelle du poignet, mais aussi limiter les déplacements de la main. Réfléchissez à l’acquisition d’une souris inclinée dite ergonomique, à la sensibilité réglable et munie de boutons configurables associés aux fonctions Retour et Retour avant par exemple afin de diminuer les mouvements nécessaires (c’est bien LA fonction dont je ne pourrais plus me passer). En l’absence d’une souris ergonomique, un simple tapis de souris ergonomique permettant une surélévation des poignets aidera à diminuer la charge de travail qui pèse sur vos articulations.

Mentions honorables

J’aimerais enfin mentionner deux périphériques bien utiles auxquels je ne peux consacrer plus de temps, mais qui rentrent parfaitement dans cet objectif d’adaptation de l’environnement au traducteur : les systèmes de sauvegarde de données (serveurs, NAS, disques durs externes, cloud, etc.) et le micro comme substitut au combo clavier-souris.

Tout le reste

En guise d’aparté et en dehors d’une simple amélioration de la productivité, il est tout aussi primordial de rendre son environnement de travail le plus agréable possible. Un aspect que j’ai retrouvé dans les réponses de mon sondage à la question « Quels sont, selon vous, les éléments matériels qui facilitent grandement la vie professionnelle du traducteur, mais que beaucoup auraient tendance à négliger ? » Les réponses vont d’un environnement calme à un bon système audio en passant par un joli set de tasses et l’importance de prendre régulièrement des pauses dans la journée. L’aspect ergonomique s’étend donc hors du poste de travail avec des éléments à l’impact tantôt supérieur (contrôle du bruit et de la température) tantôt moindre (une tasse avec la devise de votre entreprise).

Nous l’avons vu, faire attention au choix de son matériel permet de prendre soin de sa santé physique et mentale en diminuant les charges physiques et cognitives. Un investissement conséquent et dont le retour sur investissement semble assez faible de prime abord. Ces achats vont pourtant durer plusieurs années et empêcheront peut-être l’apparition de troubles ou d’épisodes d’arrêt de travail pénalisants (surtout chez les traducteurs freelance). Alors, prenez soin de vous, prenez votre temps avant de faire l’acquisition de fournitures et d’équipements parfois coûteux et inadaptés à vos besoins. Faites-vous plaisir, c’est pour le travail !

En écoutant aussi bien vos besoins professionnels (machine assez puissante par exemple), mais aussi vous besoins physiques et cognitifs personnels, investir dans un poste de travail le plus ergonomique possible influencera de manière positive productivité et confort. Confort qui entraîne bien-être au travail et évite un débordement trop important des tensions professionnelles dans la vie privée. Un problème pour nombre de traducteurs indépendants dont lieu de vie et bureau se confondent et dont l’équilibre pro/perso peut rapidement devenir instable.

Un grand merci aux professionnels interrogés d’avoir pris le temps de répondre à mon enquête. Une collecte des données sûrement biaisée, mais qui a permis d’apporter un angle plus descriptif et pratique à cet article.

Bibliographie

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Brien, Sharon, et Maureen Ehrensberger-Dow. « Ergonomics of the Translation Workplace: Potential for Cognitive Friction ». Translation Studies 4 (1 octobre 2015): 98‑118. https://doi.org/10.1075/ts.4.05ehr.

Carcassès, Marie. « La reconnaissance vocale, future meilleure amie du traducteur ? » MasterTSM@Lille (blog), 12 mai 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/05/12/la-reconnaissance-vocale-future-meilleure-amie-du-traducteur/.

Dainoff, Marvin J., éd. Ergonomics and Health Aspects of Work with Computers: International Conference, EHAWC 2011, Held as Part of HCI International 2011, Orlando, FL, USA, July 2011. Proceedings. Berlin, Heidelberg, Allemagne: Springer Berlin Heidelberg, 2007. (disponible depuis Lilocat)

Elevated Systems. $250 Home Office PC – Complete Build Guide 2020, 2020. https://www.youtube.com/watch?v=QhXwZbGByM8.

Gabreau, Jimmy. « L’ergonomie au bureau ». MasterTSM@Lille (blog), 27 janvier 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/01/27/lergonomie-au-bureau/.

Gunnar. « Ergonomie du poste de travail ». Gunnar Optiks France (blog), 13 juillet 2016. https://gunnars.fr/ergonomie-gunnar/.

IRNS. « Eclairage artificiel au poste de travail – Brochure – INRS ». Consulté le 24 juin 2021. https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%2085.

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Massey, Gary, et Maureen Ehrensberger-Dow. « Technical and Instrumental Competence in the Translator’s Workplace: Using Process Research to Identify Educational and Ergonomic Needs ». ILCEA. Revue de l’Institut Des Langues et Cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie, no 14 (30 juin 2011). https://doi.org/10.4000/ilcea.1060.

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Roquelaure, Yves, Annette Leclerc, Fabien Coutarel, René Brunet, Sandrine Caroly, et François Daniellou. 8. Comprendre et intervenir : enquêtes épidémiologiques et approches ergonomiques à propos des troubles musculosquelettiques des membres supérieurs. Risques du travail, la santé négociée. La Découverte, 2012. https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/risques-du-travail-la-sante-negociee–9782707173089-page-173.htm.

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Toudic, Daniel, et Guillaume de Brébisson. « Poste du travail du traducteur et responsabilité : une question de perspective ». ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie, no 14 (30 juin 2011). https://doi.org/10.4000/ilcea.1043.

La traduction assermentée : mais qu’est-ce donc ?

Par Alexis Oboeuf, étudiant M1 TSM

Certifiée, officielle, spéciale, estampillée, son nom change selon les pays mais ce type de traduction est nécessaire aux quatre coins du monde. Quand le domaine de la traduction est évoqué dans une conversation entre plusieurs personnes n’étant pas de ce milieu, on pense très rarement à la traduction assermentée. Je vais donc vous présenter en quoi elle consiste, vous informer sur la procédure d’assermentation puis vous présenter une traductrice assermentée qui nous parlera de son quotidien dans ce domaine.

L’assermentation c’est quoi ?

Alors qu’est-ce que l’assermentation ? Selon le site internet lalanguefrancaise.com, en droit, l’assermentation est : « [Une] Promesse solennelle que fait une personne avant d’entreprendre les tâches inhérentes à une certaine charge ou fonction, habituellement au sein d’un gouvernement, d’un pouvoir législatif, d’une instance judiciaire, certains fonctionnaires, militaires ou personnels de santé. »

La traduction assermentée est donc effectuée par un traducteur obligatoirement assermenté auprès de la cour d’appel ou de cassation. Il jure donc solennellement qu’il fera la traduction fidèle et conforme d’un document ou d’un discours original sans en modifier le fond ni la forme. Pour qu’une traduction soit reconnue comme étant assermentée il est donc obligatoire que le traducteur appose son cachet et sa signature sur le document traduit mais également le document d’origine.

Comment devenir assermenté ?

Pour être traducteur-interprète assermenté il faut tout d’abord avoir obtenu son diplôme de traducteur (niveau Bac+5 en France) à l’Université ou dans une école. Il faut ensuite être inscrit sur la liste des traducteurs de la Cour de cassation. Pour ce faire, il faut présenter une candidature en déposant un dossier au procureur de la République près le Tribunal de grande instance proche de son lieu de résidence. Une enquête de moralité est ensuite réalisée par la police qui transmettra le dossier à la cour d’appel de votre secteur. Suite à cela, le dossier passe devant un jury d’experts qui décide si le traducteur peut être assermenté ou non. Si le jury émet un avis positif, la cour d’appel confère alors le titre de traducteur assermenté suite à une prestation solennelle de serment.

Le traducteur possède son titre de traducteur assermenté pour une durée de 5 ans renouvelable.

Suite à l’obtention de son titre, le traducteur apparaît sur la liste de la cour d’appel par laquelle il a été assermenté. Après 3 ans sur cette liste, il peut apparaître sur la liste nationale des traducteurs assermentés.

Recevoir les services d’un traducteur ou interprète assermenté lors de certaines situations (arrestation par la police, rendez-vous administratif, passage d’un examen) étant un droit, le site du Service Public permet d’en trouver un en France ou à l’étranger. Et vous pouvez accéder à ce lien Ici.

Pour obtenir un dossier et tenter de devenir traducteur assermenté vous pouvez vous rendre sur le portail de la cour d’appel la plus proche de votre domicile dans l’onglet « Partenaires » puis « Experts judiciaires ».

La traduction assermentée est-elle obligatoire ?

Alors oui et non. Une assermentation ne sera pas utile dans de nombreux cas comme en marketing, en littérature ou dans d’autres domaines. Cependant, les documents officiels émis par une administration, une autorité judiciaire ou une autorité légale nécessiteront une traduction assermentée. Le traducteur assermenté peut avoir des clients particuliers mais assiste souvent la justice dans son travail et est donc considéré comme un expert judiciaire. Au quotidien il peut être amené à travailler pour des magistrats, des services de police, des avocats ou des justiciables afin de traduire des documents qui seront produits en justice.

Voici le type de documents que le traducteur assermenté peut être amené à traduire :

  • Les actes de mariage, de naissance et de décès ;
  • Des certificats médicaux ;
  • Des diplômes et relevés de notes ;
  • Des actes nécessitant une légalisation, un cachet ou une apostille ;
  • Des actes de procuration pour l’exercice d’une activité ;
  • Des rapports comptables, déclarations, documents de charte ;
  • Des documents notariés ;
  • Des décisions judiciaires ;

 Afin de mieux comprendre ce métier nous allons procéder à un entretien avec Cécile Bertranou traductrice-interprète assermentée.

Bonjour Cécile, pourrais-tu te présenter s’il te plaît ?

Cécile : Bonjour, bien sûr, je m’appelle Cécile Bertranou, je suis traductrice-interprète, je travaille à mon compte mais aussi en tant qu’interprète dans une association. Ma combinaison linguistique est français-anglais-espagnol, avec le français comme langue maternelle, et je suis assermentée dans les deux langues étrangères.

Pourrais-tu nous présenter ton parcours scolaire s’il te plaît ?

Cécile : Mon parcours scolaire a commencé avec l’obtention d’un baccalauréat littéraire, suite à cela j’ai décidé d’aller en classe préparatoire étant donné que je n’étais pas encore certaine de ce que je voulais faire et c’était très intéressant car la formation était très généraliste. Donc je suis rentrée en hypokhâgne au lycée Faidherbe de Lille et l’année suivante en khâgne AL, j’y ai fait mes deux années de prépa où je me suis spécialisée en langue et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser à la traduction. Suite à cela je suis entrée directement à l’ISIT (anciennement Institut supérieur d’interprétation et traduction). J’y ai fait ma troisième année de licence, où j’ai passé la moitié de l’année sur le campus de Paris et pour la seconde partie de l’année j’ai effectué un Erasmus à Newcastle en Angleterre pour y travailler mon anglais. Par la suite j’ai continué en Master Communication Interculturelle et Traduction à l’ISIT avec comme option interprétation de liaison, Master que j’ai obtenu. Ce qui était bien à l’ISIT c’est qu’ils ont une formation plutôt professionnalisante où l’on doit effectuer plusieurs stages donc mon parcours scolaire a pu forger les fondements de mon parcours professionnel.

Pourrais-tu maintenant nous présenter ton parcours professionnel ?

Cécile : Alors comme je l’ai dit auparavant j’ai pu effectuer plusieurs stages dans le domaine de la traduction durant mes études ce qui a pu poser les bases de mon parcours professionnel. Donc j’ai fait mes stages dans des associations et le dernier je l’ai fait dans une agence de traduction et d’interprétation qui fait majoritairement du juridique. Suite à mon stage j’ai directement obtenu un contrat dans l’entreprise donc j’y ai travaillé pendant 2 ans ce qui m’a permis d’avoir un contact direct avec les instances judiciaires que ce soit la Police aux frontières (PAF), la Police Judiciaire, différents tribunaux de grande instance (TGI) de la région donc j’ai pu faire pas mal de missions d’interprétariat mais aussi de traduction pour eux. Dans l’entreprise, je faisais aussi des missions d’interprétariat pour d’autres entreprises comme IKEA ou Jules, donc là on était plutôt sur du marketing en général et je faisais aussi des traductions destinées à des particuliers ou d’autres entreprises. Mais c’est ce premier contact avec les instances judiciaires qui m’a poussée à faire la demande d’assermentation puis je me suis dit que ce serait mieux pour mon travail.

Donc j’ai déposé une demande auprès de la cour d’appel de Douai et plus précisément du tribunal d’Arras comme je suis domiciliée à Arras et j’ai obtenu l’assermentation en 2020. Depuis je n’ai pas complètement changé de carrière mais je suis un peu revenue à « mes amours premiers » c’est-à-dire l’associatif et notamment l’aide aux personnes étrangères et aux migrants étant donné que je travaille maintenant chez ISM Interprétation en tant qu’interprète en anglais et espagnol. Cependant je continue toujours mon activité de traductrice à côté.

Pourquoi voulais-tu être traductrice et surtout assermentée ?

Cécile : Alors j’ai décidé de faire de la traduction quand j’étais étudiante, j’étais indécise au début concernant mon futur mais je savais que je voulais avoir un métier tournant autour des langues, je savais que je ne voulais pas être prof mais plutôt que cela tourne autour de l’interculturel et l’international. Au fur et à mesure ça s’est dessiné dans ma tête, chaque année scolaire je prenais les options linguistiques et en arrivant en prépa j’ai commencé la traduction quand j’ai commencé la « spé espagnol » et donc mon intérêt pour la traduction a débuté. Par la suite j’ai fait mon dossier pour l’ISIT et bien que l’ISIT ait un tronc commun en Management, Communication et Traduction c’est la traduction qui me plaisait le plus c’est pour cette raison que j’ai décidé d’en faire mon métier. Concernant l’assermentation, j’avais énormément de missions avec les instances juridiques lors de mon premier emploi et c’est ce qui m’a poussé à être assermentée pour que ce soit plus facile pour mon métier.

Quelles différences as-tu observées entre le travail de traductrice que tu faisais en agence et celui de traductrice assermentée que tu fais maintenant ?

Alors je pense que les traducteurs assermentés ont des tâches qui vont au-delà de la traduction, car un traducteur qui ne l’est pas fait sa traduction puis l’envoie ensuite au relecteur. Alors que quand on est assermenté on travaille généralement seul, on doit donc porter la casquette du traducteur mais aussi celle du relecteur. Par la suite on doit assermenter les documents donc les tamponner, mettre un numéro de variateur et la date. Lorsque les documents portent une apostille on doit contacter le maire ou le notaire pour faire certifier la signature donc c’est au-delà de la simple traduction car on a des démarches en plus à faire et c’est vrai que c’est une exigence supplémentaire dans le métier car ça reste un coût en temps. Il faut donc aller au bout de ça et fournir à nos clients, qu’ils soient des particuliers ou une instance juridique, le travail dont ils ont besoin et qu’il soit de qualité, mais aussi valable aux yeux de la loi car les documents nécessitant une traduction assermentée sont souvent utilisés pour être présentés face à une instance juridique ou administrative.

Qu’est ce qui te plait le plus dans ton métier ? Quels sont les côtés négatifs du métier de traducteur assermenté ?

Alors ce qui me plaît le plus aujourd’hui dans mon travail c’est mon activité d’interprète au sein d’ISM Interprétariat. J’aime aussi porter ma casquette de traductrice assermentée même si ce sont deux activités différentes. Depuis que je suis assermentée je suis à mon compte donc pour moi c’est beaucoup plus agréable car je préfère m’imposer mes horaires de travail, les deadlines, et le volume de travail que j’ai à faire. Évidemment je pratique mon activité de traductrice assermentée en dehors de mes heures de permanence chez ISM mais cela me permet de rationner mon travail le restant de la semaine ou le week-end si je n’ai rien de prévu ce qui me permet d’avoir une plus grande amplitude en termes de travail. Cela me permet aussi de décider quel client je vais prendre, quel client je ne vais pas prendre. Et c’est la même chose pour les documents du tribunal : je ne suis pas obligée de tous les accepter car travaillant toute seule et ayant déjà un travail je ne peux pas accepter de trop gros volumes. Et puis de toute façon cela permet aussi de laisser du travail aux autres traducteurs assermentés inscrits sur la liste de la cour d’appel. Donc c’est vrai qu’il y a pas mal d’avantages en termes de liberté lorsque l’on est à son compte. Outre les horaires, être à son compte c’est aussi un avantage concernant la manière de travailler car là, aucune agence ne nous dicte de quelle manière nous devons traduire, nous sommes libres de le faire comme nous le souhaitons.

Un des avantages reste aussi le fait de ne pas avoir besoin de se créer une base clientèle. Je sais que pour certains de mes confrères qui sont sortis de la même promo que moi et qui ont commencé en tant qu’indépendants, ça a été compliqué de se créer une base clientèle solide et de dénicher des clients fidèles. Personnellement, je n’ai pas eu besoin de passer par là car quand j’ai commencé en tant qu’indépendante, mon nom a directement été inscrit dans la liste de la cour d’appel et ce sont donc les instances juridiques et les clients ayant besoin d’un traducteur assermenté qui sont venus directement à moi.

Concernant les inconvénients, on peut déjà parler des cotisations sociales. Lorsque l’on fait des traductions pour le tribunal, car quand on est traducteur assermenté notre mission première n’est pas de prendre des clients privés mais de travailler pour les instances juridiques, il peut y avoir de gros volumes et on est payé très longtemps après, ça peut aller jusqu’à 6 mois après en fonction de l’argent qu’il y a dans l’enveloppe de Chorus ( Chorus est la plateforme utilisée par les traducteurs assermentés qui permet de prouver la réalisation d’une traduction et donc de demander un paiement), donc parfois ça met pas mal de temps à arriver.

Aurais-tu quelques conseils à donner à un futur traducteur qui souhaiterait se lancer en tant qu’indépendant et même devenir assermenté ?

Alors, si j’avais un conseil à donner à quelqu’un qui souhaiterait devenir traducteur assermenté c’est d’obtenir un peu d’expérience avant de se lancer que ce soit dans le milieu de la traduction mais aussi dans le domaine juridique ce qui permettrait de donner plus de chance à votre dossier d’être accepté auprès de la commission. Il faut aussi de la patience, ça prend une bonne dizaine de mois entre le retrait du dossier qui se fait en février et la réponse de la commission qui est donnée entre novembre et décembre. Il faut donc qu’un jeune traducteur ait un plan entre deux. Se confronter à la réalité du terrain serait aussi un bon moyen de connaître ce côté du métier, essayer de trouver une agence de traduction qui offre des services de traduction assermentée et peut-être même travailler avec d’autres traducteurs assermentés afin d’apprendre d’eux et de découvrir le métier plus en profondeur.

Si vous souhaitez vous informer davantage sur le métier de traducteur assermenté vous pouvez vous rendre sur le site de l’Unetica (l’Union Nationale des Experts Traducteurs Interprètes près les Cours d’Appel).

Un grand merci à Cécile pour avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Une partie de ce billet est une retranscription d’entrevues orales.

Bibliographie :

Articles :

Caractéristiques de la traduction assermentée : https://www.tarbes7.fr/caracteristiques-de-la-traduction-assermentee/
Le prix d’une traduction assermentée : https://www.dynamique-mag.com/article/prix-traduction-assermentee.11801

Sites web :

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F12956

https://www.village-justice.com/articles/traduction-certifiee-processus,18880.html

https://www.village-justice.com/articles/traducteur-assermente,14772.html

https://unetica.fr/

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/assermentation

La traduction des jeux de société : quand passion rime avec spécialisation

Par Éloïse Petitjean, étudiante M1 TSM

Dans ma famille, les jeux de société, c’est sacré. Tous les dimanches après manger, c’est la tradition. Jeux de cartes, jeux de plateau, jeux de stratégie, ou tout simplement un bon jeu d’ambiance. On ne s’en lasse pas ! Alors un jour, quand mon père m’a dit : « Dis, tu pourrais me traduire cette règle d’extension ? Elle est en anglais, et le jeu vient de sortir ! », j’ai décidé de me plonger dans ce domaine pour en apprendre davantage. Mais alors, concrètement, quelles sont les infos à connaitre avant de se lancer ?

Pour avoir des réponses à mes questions, j’ai décidé de mener mon enquête sur le sujet. Toutes les informations que je vais vous présenter dans ce billet proviennent directement des réponses fournies par des traducteurs ou traductrices spécialisés dans les jeux de société. Après tout, qui de mieux placé pour en parler ?

Je tiens donc à remercier Maïlys Lejosne-Le Calvez (FAE Traduction), Marie-Laure Faurite & Séverine George (Tradixit), Armelle Reinach (Akalita), Amélie Vergne (La Linguistiquerie), et David Simon (David Traduction), pour leur aide précieuse, et le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder !

Avant tout, quelles sont les spécificités de ce domaine de traduction ?

La traduction des jeux, aussi appelée traduction ludique, est un domaine plutôt vaste. En effet, on y trouve différents types de sous-domaines : jeux de plateau classiques, jeux éducatifs, jeux d’enquête, escape game à jouer chez soi, jeux stratégiques, livres de jeux de rôle, et bien d’autres encore… De plus, les thématiques sont très variées et diversifiées : fantastique, aventure, histoire, environnement… Chaque jeu a son histoire, et permet de découvrir un nouvel univers.

La première chose importante à prendre en compte avant de traduire est donc d’identifier le public auquel le jeu s’adresse. Est-il destiné à des enfants, une famille, des experts ? Le registre ne sera ainsi pas le même en fonction du public cible. Eh oui, un enfant de 3 ans ne joue pas de la même manière qu’un fan des Colons de Catane ! La terminologie doit être adaptée, pour pouvoir s’adresser de façon plus naturelle aux joueurs. En outre, il faut également prendre en compte le fait que le lectorat ne correspondra pas toujours aux personnes qui vont jouer au jeu. Par exemple, dans le cas d’un jeu adressé à des enfants, il est important de garder à l’esprit que ce sont les parents qui liront la boîte et les règles.

Par ailleurs, pour traduire dans ce domaine, on doit apprendre à jongler entre règles techniques et univers plus créatif. Comme le soulignent les traducteurs interrogés, l’écriture des règles est bien plus technique et codifiée que la traduction du jeu en lui-même. La traduction doit être concise, précise, et sans aucune ambiguïté : elle est similaire à un mode d’emploi. En revanche, traduire les autres éléments du jeu peut s’apparenter à de la traduction littéraire et artistique, voire à de la transcréation. Par exemple, c’est le cas pour les noms de personnages, où l’originalité et la créativité sont essentielles. Certains passages peuvent aussi être plus narratifs, avec des clins d’œil, des références humoristiques, des jeux de mots… Ce domaine de spécialisation allie donc précision et créativité. Ainsi, un bon traducteur de jeux de société fait preuve d’une grande rigueur.

En outre, il faut aussi prendre en compte les contraintes d’espace : les éléments du jeu ne s’adaptent pas à la traduction, mais la traduction s’adapte aux éléments du jeu ! Par exemple, pour traduire une carte, le texte doit être relativement court en fonction de l’espace disponible… Le lexique doit également être pris en compte pour garder une cohérence entre les règles et le jeu, et éviter de perdre le lecteur en cours de route (la lecture d’une règle de jeu n’est pas la chose la plus facile…). L’organisation est donc primordiale.

Bien entendu, avant de traduire un jeu, il est aussi nécessaire de se renseigner sur son univers. Existe-t-il d’autres jeux dans la même collection ? Des éditions précédentes ? Si d’autres jeux ou d’autres supports liés au projet ont déjà été traduits, la terminologie déjà présente doit être réutilisée (par exemple en récupérant le nom des cartes, personnages, termes sur le plateau…). Cela implique donc de poser de nombreuses questions aux auteurs ou éditeurs de jeux. La communication est essentielle tout au long du processus de localisation afin de comprendre les choix de traduction, se mettre d’accord sur la stratégie à adopter pour le public francophone, et le ton souhaité pour la traduction finale.

Quels sont les clients principaux ?

Il peut s’agir de clients directs (créateurs et auteurs de jeux) ou d’éditeurs de jeux (maisons d’édition, grandes ou petites). Citons par exemple les studios de jeux de rôle, ou les éditeurs de jeux pour enfants. Cependant, les créateurs passent très souvent par un éditeur : le travail de publication est un métier à part entière. Les distributeurs de jeux peuvent aussi s’occuper de la traduction, mais ces situations sont plus rares. En outre, les grandes maisons d’édition ont parfois un responsable de localisation, qui traduit directement en interne. Elles sont habituées au processus de traduction et de révision. Grâce au bouche-à-oreille, il est également possible de travailler avec des collègues qui n’ont pas les mêmes paires de langues, mais font aussi partie du monde du jeu. Enfin, certaines agences de traduction peuvent parfois proposer des projets de traductions ludiques (jeux en ligne, catalogues de jeux…).

Peut-on traduire uniquement dans ce domaine ?

Rien n’est impossible, mais c’est difficile ! Dans ce domaine lié au divertissement, la concurrence est rude, et le secteur est assez fermé. Par exemple, beaucoup de fans traduisent gratuitement sur les forums. Par conséquent, les tarifs sont plutôt faibles. Il est donc difficile de se faire une place et un nom, à moins d’être bien connu dans la communauté. Le domaine est en effet très relationnel, et basé sur les contacts. Il est important de connaitre les différents acteurs, de démarcher pendant les grands salons ou festivals, afin de tisser un réseau à part.

 Ainsi, il est conseillé de prévoir d’autres domaines de spécialisation, peut-être plus techniques (ou non… !), car la traduction ludique n’est souvent pas suffisante pour un traducteur. Cependant, tous s’accordent sur une chose : traduire dans le milieu du jeu représente une vraie bulle d’air au milieu des projets plus techniques. C’est un milieu amusant et créatif, plus fun, en particulier pour les passionnés de longue date.

Est-il nécessaire d’être joueur pour bien traduire ?

À cette question, les traducteurs et traductrices interrogés sont unanimes : c’est un grand oui ! En tout cas, être joueur permet de plus grandes facilités. Bien entendu, il est possible de traduire un jeu en se renseignant, mais la traduction sera plus difficile, plus longue, et risque d’être moins fluide. Il en va de même pour toute spécialité ! Ainsi, posséder des bases en jeux de société, ou connaitre un type de jeu spécifique, permet de gagner un temps considérable, mais aussi d’améliorer la qualité de la traduction finale. Connaitre le vocabulaire utilisé, les tournures de phrases ou le mécanisme d’un jeu est toujours un avantage. Par exemple, lorsque les contraintes d’espace sont importantes, il est plus facile de synthétiser ou reformuler de manière efficace sans perdre les éléments indispensables à une partie fluide. Un traducteur-joueur apporte donc une forte valeur ajoutée à un projet. Il sait repérer les points faibles d’un livret de règles grâce à son expérience (en effet, des règles mal traduites ou mal rédigées peuvent ruiner l’expérience de jeu…), et apporte un meilleur regard extérieur sur le jeu et sa traduction. Une forte expérience permet aussi de repérer à la lecture du texte source les passages qui risquent de poser problème. Les éditeurs sont donc plus rassurés de confier la traduction à un joueur expérimenté. Enfin, qui dit joueur confirmé, dit aussi ludothèque plus remplie ! Tous ces jeux représentent en quelque sorte un corpus de textes pour le traducteur. Autant de jeux qui permettent de s’inspirer, autant de règles à consulter pour pouvoir analyser la terminologie et la phraséologie utilisées.

Peut-on travailler en équipe sur la traduction d’un jeu ?

Un gros projet demande parfois un travail en équipe (traduction partagée, révision…). Tout repose donc sur la communication, pour savoir harmoniser le vocabulaire commun, à l’aide d’un tableur partagé, ou d’un glossaire. Cela permet d’avoir un accès direct à la terminologie et d’en discuter. La traduction peut parfois s’accompagner d’une relecture, effectuée par un collègue ou par la maison d’édition.

Est-il possible de contacter l’auteur du jeu si nécessaire ?

Tout dépend des projets ! Avec les petits éditeurs, il est possible de poser des questions et de recevoir une réponse rapide. Lors d’une traduction pour un créateur, il est beaucoup plus facile d’obtenir des réponses directement de la part de l’auteur. En revanche, avec les grandes maisons d’édition, l’interlocuteur privilégié sera le chef de projet, qui fera ensuite remonter les questions aux créateurs. Pour les gros projets, il sera donc beaucoup moins évident de contacter l’auteur.

Est-ce que le nom du traducteur apparait dans les règles du jeu ?

La plupart du temps, oui ! Lors de projets avec des éditeurs, les noms apparaissent souvent après les missions de traduction ou de révision. Avec des auteurs de jeux, il s’agit d’en faire la demande, qui est souvent acceptée.

Reçoit-on les jeux au moment de faire la traduction ?

Ce n’est pas toujours possible : avec les créateurs, les jeux sont généralement envoyés pour la traduction, mais avec les maisons d’édition, non. Cependant, les traducteurs peuvent parfois les recevoir a posteriori, une fois les jeux localisés. Et bien sûr, c’est une grande fierté de recevoir la boîte qu’ils ont eux-mêmes traduite et de découvrir le résultat final ! Le jeu n’est pas toujours nécessaire pour la traduction, si le client fournit suffisamment d’informations sur le contexte, accompagnées de photos ou de vidéos du produit. Néanmoins, voir le jeu est toujours d’une grande aide au moment de le traduire. Certains jeux doivent par exemple être testés pour pouvoir être bien localisés (en particulier, les jeux narratifs avec scénario).

Des projets, oui, mais sur quel format ?

De manière générale, les traducteurs travaillent à partir de fichiers .docx ou de .pdf. Il peut s’agir par exemple de tableaux Word fournis par le client avec différentes langues. Toutefois, certains peuvent aussi traduire à partir d’outils de TAO (comme Studio), notamment pour des projets plus importants. En outre, la maîtrise d’InDesign est un atout incontestable dans le milieu, car le logiciel permet aussi de s’occuper de la mise en page (et par la même occasion, d’avoir accès à tous les symboles qui n’apparaitront pas dans un outil de TAO…). En ce qui concerne les missions de révision, elles peuvent s’effectuer à partir de documents PDF, une fois mis en page par les graphistes. Il s’agit alors de vérifier que rien ne manque, et de repérer les éventuelles erreurs restantes. Enfin, certains clients possèdent leurs propres plateformes de localisation (par exemple, si le jeu est lié à une application mobile).

Quelques conseils pour terminer…

Le domaine des jeux de société est en constante évolution. Il faut savoir rester à l’affut des nouveautés francophones, mais aussi internationales : sorties de jeux, évènement dans le monde du jeu, actrices et acteurs du secteur, revues spécialisées… Pour travailler dans ce domaine, le conseil le plus évident est donc… de jouer ! Il est très important d’être soi-même « ludiste », et de jouer beaucoup pendant son temps libre. Cela permet ainsi de découvrir de nouveaux noms, de nouveaux éditeurs, et avant tout, de se perfectionner… tout en s’amusant ! Alors, à vos jeux !

Ce billet est un résumé des réponses fournies par les traducteurs et traductrices interrogés.

Gestion de projets de traduction et gestion du stress : dans la tête de trois project managers

Par Audrey Thiébault, étudiante M1 TSM

Devis, plannings, clients, ressources humaines, problèmes techniques, imprévus… Vous êtes-vous déjà demandé comment les project managers parvenaient à rester zen ? Moi oui. J’ai donc interviewé trois personnes aux profils bien différents afin de découvrir et comprendre le stress qui plane au-dessus de ces magiciens de la gestion de projets de traduction.



Je vous laisse découvrir dans un premier temps, mon entretien avec Nancy Matis, femme d’affaire à la tête de sa propre société, professeure et auteure de « Comment gérer vos projets de traduction ».

J’ai commencé par demander à Nancy quelles étaient pour elle les principales sources de stress dans la gestion de projets de traduction. Elle nous explique de suite les problèmes du temps et de l’inconnu.

Nancy :  On me demande parfois pourquoi je ne laisse pas tomber certaines de mes activités afin d’arrêter de courir après le temps. Il est vrai qu’en parallèle du travail au sein de ma société, je donne cours dans plusieurs universités, j’ai écrit un livre et plusieurs articles sur la gestion de projets de traduction, je gère un site web sur ce sujet et je suis par moment très active sur les réseaux sociaux.  Ces derniers m’ont d’ailleurs permis d’accéder à un monde que je ne connaissais pas très bien et mon problème étant que je suis toujours très enthousiaste face aux nouveautés, j’ai fini par y passer beaucoup de temps ! Je me suis en outre engagée dans une association bénévole (TranslationCommons), j’ai donné des formations pour Traducteurs sans Frontière, et j’ai participé à diverses activités sur ProZ.com. J’ai en effet l’impression que les opportunités qui s’offrent à moi sont toujours tellement incroyables que je ne peux pas les refuser. Mais tout cela entraîne aussi pas mal de stress, principalement lié au manque de temps.

Heureusement, pour les tâches du quotidien, je suis épaulée par une excellente équipe. Néanmoins, sa gestion entraine aussi quelques challenges. Par exemple, deux cheffes de projet seront bientôt en congé de maternité, trois nouvelles personnes viennent de commencer, une stagiaire nous a rejoint, une autre arrivera dans quelques semaines… L’ajout de nouvelles personnes entraîne toujours un stress supplémentaire car nul ne sait comment se passera leur intégration. 

Au niveau des sources de stress, il y a également l’inconnu. Recevoir un type de projet dont nous n’avons pas l’habitude peut être par exemple un facteur de stress important. Il faut donc trouver les personnes adéquates pour y participer, ce qui éliminera déjà 80 % du problème. Ainsi, certains chefs de projets ne ressentent quasiment aucun stress car ils sont dans la continuité de ce qu’ils ont l’habitude de faire, ils travaillent toujours pour les mêmes clients, avec la même équipe et restent donc en terrain connu.

Elle mentionne également d’autres facteurs de stress tels que l’imprévu (qu’elle met en lien avec la question du temps) et le côté humain de ce métier qui n’est pas si simple.

Nancy : Le temps que nous prévoyons pour nos propres tâches est trop souvent insuffisant. Des imprévus viennent sans cesse s’ajouter au planning. À titre de comparaison, un traducteur spécialisé connaît le nombre de mots qu’il peut traduire en une journée, et peut prévoir le temps nécessaire pour les projets qu’il accepte. Un chef de projets, lui, ne peut jamais vraiment en être certain. Les clients et leurs demandes peuvent être imprévisibles : volume plus important qu’annoncé initialement, projet sortant de la zone de confort, mises à jour multiples, etc. En outre la gestion de l’aspect « humain » complexifie la gestion des projets, tant du côté des clients que des fournisseurs. Par exemple, de nouveaux clients requièrent parfois énormément de temps car il s’agit de leur expliquer comment fonctionne un monde qu’ils ne connaissent pas toujours et dont ils ne mesurent pas la complexité Par ailleurs, les ressources humaines ne sont pas des robots. Les gens tombent parfois malades, ont des problèmes personnels, font face à des contretemps qui affectent le déroulement d’un projet et augmentent le stress de celui qui le gère. Tous ces imprévus, purement liés au côté « humain », constituent, à mon sens, les sources de stress les plus importantes pour les project managers.

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Nancy :  C’est exact, et à cela s’ajoute le stress des collègues. Lorsqu’une personne en charge d’un projet commence à stresser, l’impact sur le reste de l’équipe est immédiat. C’est pour cette raison que j’apprécie tout particulièrement de travailler depuis chez moi, le stress se transmet bien moins facilement par e-mail !

Aviez-vous conscience de toutes ces difficultés lorsque vous avez commencé dans la gestion de projets ?

Nancy : À vrai dire, non. Lorsque je suis entrée dans la vie professionnelle je ne savais pas ce qu’était la gestion de projets de traduction. J’ai tout d’abord travaillé en production, en linguistique et au fur et à mesure, j’ai acquis de nombreuses compétences techniques. Par la suite, j’ai eu l’opportunité de diriger une petite équipe de traducteurs, puis de gérer des projets de plus en plus complexes de A à Z. Je n’ai pas bénéficié d’une formation en gestion de projets à proprement parler, j’ai appris le métier « sur le tas ». Je ne m’étais donc jamais réellement demandé à l’époque ce qui pouvait constituer ou non un facteur de stress pour un gestionnaire de projets.

Parvenez-vous à laisser ce stress au travail ou impacte-il votre vie personnelle ?

Nancy : Il m’arrive parfois de laisser le stress professionnel impacter ma vie personnelle par exemple lorsque je me sens « agressée » par une personne. J’éprouve aussi des difficultés à laisser au bureau les potentielles tensions qui surviennent dans l’équipe, elles restent souvent dans un coin de ma tête une fois la journée terminée. Cependant, mes centres de préoccupations ont changé au fur et à mesure de mon évolution professionnelle. En outre, avant d’avoir une vie de famille, je ne dissociais quasiment pas ma vie professionnelle de ma vie personnelle. Désormais, je n’ai plus le choix. Et depuis que je suis maman, je comprends vraiment ce que signifie être stressée !

Dans certaines entreprises employant des salariés, il est de plus en plus commun d’organiser des sortes de séminaires pour améliorer la cohésion entre les employés ainsi que la gestion du stress. Pensez-vous que ce concept peut être adapté dans un domaine tel que celui de la traduction/gestion de projets ?

Nancy : Notre métier ne nous permet pas d’avoir beaucoup de contact. Nous n’échangeons presque exclusivement par écrans interposés. Toutefois, depuis la création de ma société j’organise au moins une fois par an ce que j’appelle « le souper de société » où chefs de projets, traducteurs, responsables techniques, etc. se réunissent pour passer du temps ensemble sans évoquer le travail. En parallèle, une à deux fois par an, l’équipe de project managers et moi-même nous rencontrons en live pour discuter des clients et des divers challenges. Malheureusement, avec la crise sanitaire que nous traversons nous avons dû nous adapter… Outre les réunions de travail virtuelles, nous mettons en place des « apéro time » sur Zoom de temps à autres lors desquels nous pouvons discuter et plaisanter pendant des heures, en évitant au maximum de parler du boulot !

Autour de tout ce stress négatif, cette pression, ressentez-vous parfois du bon stress ?

Nancy : Bien sûr ! L’inconnu dont nous parlions tout à l’heure peut tout à fait être synonyme de bon stress. Le fait de commencer un projet qui sort de notre zone de confort devient alors excitant. Nous découvrons et apprenons de nombreuses choses et l’envie de bien faire, de donner notre maximum sans réellement savoir ce qu’il va bien pouvoir se passer nous motive. On pourrait comparer cela au trac d’un comédien avant de monter sur scène. Contrairement au stress « négatif », ce stress-ci, cette adrénaline, nous donne de l’énergie plutôt qu’il nous en prend !

Pour résumé voici les quelques « mots de la fin » de Nancy, quelques conseils :

Nancy : Il est essentiel d’être maître de son stress. Il faut savoir le reconnaître, l’accepter et le contrôler. Relativiser le problème qui vous stresse est, selon moi, primordial. Vous pouvez éventuellement parler de ce problème à une tierce personne car trop souvent, rester seul focalisé sur un problème nous empêche d’y voir clair et de le résoudre.

Une personne très sage, rencontrée au début de ma carrière m’a dit un jour que si un problème ne pouvait vraiment pas être résolu, il est préférable de le laisser tomber, car cela ne valait pas la peine de stresser outre mesure pour celui-ci ; mais, qu’au contraire, si on parvenait à le résoudre, ce problème disparaissait en nous aidant à évoluer.

J’ai ensuite interrogé Céline Lemaire, cheffe de projets depuis six ans, formée par Nancy Matis lors d’un stage en 2015 et particulièrement sujette au stress.

Aviez-vous conscience des difficultés et des responsabilités qu’engendre le métier de gestionnaire de projets avant de commencer ?

Céline : Je ne m’attendais pas à tous les aspects auxquels j’ai été confrontée. Avant d’effectuer mon stage je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était la gestion de projets. Quand on sort juste des études, on ne sait pas trop où on va mettre les pieds, tout est une découverte et c’est parfois le cas encore aujourd’hui. 

Comment appréhendiez-vous vos premiers projets ? Et maintenant ?

Céline : En principe, nous travaillons en binôme. Le mien était rodé et selon moi, il avait tout mis en place pour que les choses se passent au mieux. Alors quand je suis arrivée je me suis dit que les équipes savaient ce qu’elles avaient à faire, les clients savent comment nous fonctionnons, il suffit que je suive les instructions tout se passera bien ! Et c’est relativement ainsi que ce sont déroulés mes premiers projets. L’ensemble de ce que je faisais était revérifié par mon binôme et par Nancy donc j’avais ce filet de sécurité qui m’aidait beaucoup. À mes débuts je trouvais ça presque facile ! J’analysais correctement le projet, je faisais le devis, le planning etc. puis j’attendais l’approbation du client, je lançais le projet et au final le client était toujours content du travail fourni. Cependant, un jour où mon binôme n’était pas là j’ai commis une belle erreur dans la préparation de mes fichiers (heureusement elle s’est avérée être en faveur du client). J’ai dû me débrouiller pour réparer cette erreur correctement et rapidement. C’est ce jour-là que j’ai compris qu’il fallait que je sois mon propre filet de sécurité. 

Maintenant c’est différent, je gère des projets un peu plus compliqués avec plusieurs langues, des fichiers complexes, avec une équipe à l’international et des projets très différents. Mais il m’arrive encore d’être surprise par certains projets car le monde de la traduction évolue énormément, surtout ces dernières années avec la machine translation par exemple. Je pense que le principal à l’heure actuelle est de réfléchir à la meilleure manière d’optimiser tout ce qui est déjà en place. 

Pensez-vous que ce besoin constant d’adaptation à l’évolution du secteur est un facteur de stress ?

Céline : Cela peut devenir une source de stress en fonction du temps dont on dispose. En fait, je pense que le plus stressant dans la gestion de projets ce sont les délais. Tout devient stressant si nous n’avons pas le temps d’appliquer tel ou tel changement ou lorsque certaines étapes doivent être effectuées en un claquement de doigts. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est essentiel de faire comprendre la réalité de notre métier aux clients.

Pour vous le temps est-il la principale source de stress dans ce métier ?

Céline : Oui en effet, notamment en ce qui concerne les ressources humaines. Je pense principalement aux disponibilités des traducteurs, réviseurs etc. J’adorerais pouvoir être en possession des agendas de tous les acteurs d’un projet, cela me faciliterait grandement la vie ! Je repense à un projet que j’ai géré il y a peu où tous les traducteurs ne pouvaient pas commencer au même moment, ni faire le même nombre de mots par jour et n’étaient plus disponibles après telle date et donc ne pourraient rattraper le retard s’il y en avait. J’ai dû mettre en place un planning millimétré qui aurait pu fonctionner ! Mais un des traducteurs avait eu des soucis de santé et n’avait pas pu travailler pendant plusieurs jours, et surtout, il n’avait pas pu prévenir. J’étais totalement angoissée pendant ces quelques jours. Je comprenais tout à fait la situation du traducteur, il n’y avait aucun problème, mais le planning tout entier était chamboulé provocant un stress terrible chez moi. 

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Céline : Je n’avais jamais réfléchi comme cela mais je suis tout à fait d’accord ! Plusieurs fois je suis arrivée à remettre en question mon choix de carrière à cause de ce stress. Je suis quelqu’un de très perfectionniste donc je me rajoute une certaine pression moi-même ce qui n’aide généralement pas… Et c’est vrai que je suis déjà une éponge à stress dans la vie de tous les jours, je le ressens d’autant plus dans mon métier. Je pense qu’il est très important d’expliquer les choses [aux clients] et de soutenir nos équipes pour éviter de stresser et/ou de se transmettre notre stress. 

Dans vos réponses, j’ai l’impression que le stress est davantage contrôlé voire minimisé grâce à la communication ?

Céline : Exactement. Pour moi, la communication est la clé de tout dans ce métier. Cette communication serait d’autant plus simple et efficace si l’on ne travaillait pas de manière virtuelle… Nous pourrions nous entraider beaucoup plus facilement et ainsi éviter des moments de stress conséquents. D’ailleurs, un de mes collègues et moi-même avons décidé de passer nos journées de travail sur Skype afin de faciliter la communication entre nous. 

Parvenez-vous à laisser ce stress au travail ou impacte-il votre vie personnelle ?

Céline : Ça impacte très clairement ma vie personnelle ! C’est également pour cette raison que j’ai arrêté de travailler depuis chez moi, je ne pouvais plus être cette boule de nerfs dans mon lieu de vie. 

Autour de tout ce stress négatif, cette pression, ressentez-vous parfois du bon stress ?

Céline : Oui bien sûr ! En réalité, je pense que la majorité de mon stress est positif. Ce bon stress c’est en fait tous ces challenges que nous entreprenons et que nous sommes particulièrement fiers de relever. 

J’ai conclu ces entrevues avec Karine Cortiana, cheffe de projets pour Nancy Matis depuis maintenant douze ans et qui, quant à elle, ne ressent plus de stress dans son métier.

Aviez-vous conscience des difficultés et des responsabilités qu’engendre le métier de gestionnaire de projets avant de commencer ?

Karine : Non pas vraiment. Ma formation a été très théorique, tout au long de mon cursus je n’avais pas forcément idée de l’ampleur du travail que représentait ce métier. Une fois qu’on se retrouve dans la vie « réelle » on se rend vite compte que tout peut arriver et là on se pose vraiment beaucoup de questions. 

Comment appréhendiez-vous vos premiers projets ? Et maintenant ?

Karine : Je suis rentrée progressivement dans le métier de cheffe de projets grâce à Nancy, c’est-à-dire que j’étais majoritairement spectatrice des projets à mes débuts. J’étais, dans un premier temps, en copie de tous les mails afin de prendre conscience de la communication nécessaire. Ensuite, petit à petit, j’ai commencé à gérer des projets uniquement avec les équipes et j’ai fini par être en contact direct avec les clients. Je pense que cette manière progressive de procéder m’a réellement permis d’éviter de commettre de grosses erreurs, surtout face aux clients, et donc d’éviter un certain stress également. Aujourd’hui je gère tout seule sans problème. Je n’ai plus besoin que Nancy soit toujours au courant de tout et soit derrière moi, s’il y a un problème je sais le régler moi-même et sans stress.

Quelles sont d’après vous les principales sources de stress dans la gestion de projets ?

Karine : La principale source de stress que j’ai connu au début était surtout l’inconnu. J’avais peur de devoir gérer des projets complexes dont je n’avais pas l’habitude, avec des fichiers dont le format m’était inconnu et que je n’étais pas certaine de savoir analyser correctement etc. Et ce stress pouvait impacter tout mon projet, que ce soit l’analyse, le devis, le planning… C’était vraiment ma hantise. 

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Karine : À vrai dire, ça ne m’atteint plus. Mon expérience mais aussi ma vie personnelle, qui fait que je place mes priorités ailleurs, font qu’en réalité, lorsque j’arrive à mon bureau et que je commence à travailler, c’est mon moment « zen » de la journée. Je pense qu’une fois qu’on a compris que les clients, comme les ressources humaines, sont tout simplement des êtres humains avec des incapacités, des vies à gérer, une bonne partie du stress s’envole. J’essaie vraiment de relativiser en me disant que « ce n’est qu’un travail ». Des humains qui vendent un service à d’autres humains et peuvent tout à fait comprendre qu’il y ait un peu de retard sur un projet ou qu’une demande ne soit pas réalisable, mais il faut tout de même proposer et trouver une solution. Je ne ressens vraiment plus de stress personnellement, donc celui des autres ne m’impacte pas du tout. 

Parvenez-vous à séparer vie professionnelle et vie personnelle ou l’une impacte-elle l’autre ?

Karine : C’est vrai que ce n’est pas évident du tout ! Travailler à la maison fait que nous sommes toujours tentés de travailler un peu plus, à des heures qui ne sont plus raisonnables disons. Par exemple, j’ai tendance à lire mes mails le soir pour savoir à quoi m’attendre le lendemain matin, ça m’aide justement à ne pas stresser. Toutefois, je fais particulièrement attention à ne pas amener le professionnel dans le personnel. Chez moi, je dispose de ma pièce à moi pour travailler où personne n’a le droit d’entrer et, à l’inverse il est hors de question que je travaille hors de cette pièce. Mais il est certain qu’avoir une vie de famille me fait totalement relativiser en ce qui concerne le travail, et c’est en partie pour ça que je ne suis plus stressée, c’est parce que tout mon stress réside dans ma vie de ma famille ! Mes priorités ont changé et même si je me donne toujours au maximum dans les projets de traduction que je gère, je me dis que rien n’est grave, ce n’est « qu’un » projet de traduction, je pourrais presque dire que ce n’est pas la vraie vie. 

Si vous ne ressentez plus ce stress négatif, ressentez-vous à l’inverse du bon stress, un stress positif ?

Karine : Oui évidemment ! J’adore lancer des petits challenges avec l’équipe d’un projet. Par exemple, travailler très dur pour essayer de rendre un projet en avance, c’est stressant mais c’est vraiment un bon stress qui nous motive complètement et c’est une satisfaction immense lorsque nous y parvenons. Cette petite pression, cette adrénaline nous permet notamment d’éviter de travailler dans une routine qui peut vite devenir lassante. 

Un grand merci à Nancy, Céline et Karine pour le temps qu’elles m’ont accordé, leurs réponses et les discussions particulièrement intéressantes qu’elles ont entraînées.

Ce billet est une transcription d’entrevues orales.

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Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité

Par Anaïs Wisniewski, étudiante M2 TSM

S’installer en auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur, les deux intitulés désignent la même chose) est vu comme un risque important à prendre, pourtant, sur le marché de la traduction, il n’y a rien de plus banal.

Cependant, banal ou non, il est normal de s’inquiéter concernant notre avenir. J’ai donc décidé de me renseigner et de mener ma petite enquête pour aller chercher des réponses, à la source, chez des traducteurs indépendants récemment installés. Je n’ai interrogé que des traducteurs auto-entrepreneurs, leur statut étant le plus courant pour des traducteurs indépendants en début de carrière. Je leur ai posé tout un tas de questions pour qu’ils nous racontent leurs vécus et leurs impressions, mais aussi pour qu’ils nous donnent leurs précieux conseils. Et voici un résumé de leurs témoignages, c’est parti !

Les débuts

Les traducteurs interrogés se sont installés récemment (entre 6 mois et deux ans d’installation). Lorsque je les ai questionnés sur les raisons les ayant poussés à devenir indépendants, deux réponses m’ont été apportées :

  • Une opportunité qui s’est présentée de pouvoir travailler en indépendant, et qui a été saisie au vol. Le Covid-19 ayant fait baisser le nombre d’offres d’emploi, la traduction en auto-entrepreneuriat s’est imposée comme une aubaine.
  • La liberté que procure le statut : concernant les horaires, le choix des clients ou encore l’organisation. Le traducteur indépendant se réserve le droit de refuser des projets ne correspondant pas à ses valeurs.  En effet, il n’a aucun compte à rendre, n’a pas de supérieur, mais surtout profite de la possibilité de travailler où il le souhaite, et de gagner plus (ou moins) selon ses choix, en travaillant davantage le week-end ou non.

Quelles sont les démarches ? Sont-elles compliquées ? Pas tant que ça en fait, tous s’accordent sur leur simplicité : il faut s’inscrire sur le site de l’Urssaf (organisme qui gère les cotisations pour financer le système de sécurité sociale) dans l’espace auto-entrepreneur, afin de déclarer son activité. C’est gratuit, rapide, le site est bien conçu, « c’était fait en 10 minutes », nous confie une traductrice. Vous pouvez tout de même vous aider du guide officiel de l’auto-entrepreneur disponible ici. Le statut d’auto-entrepreneur ne nécessite, de plus, pas de compte bancaire professionnel si votre chiffre d’affaires est inférieur à 10 000 euros par an.

Tous ont expliqué que l’inscription était facile mis à part deux ou trois éléments, comme comprendre la terminologie spécifique, ou savoir quelles sont les obligations légales de l’auto-entrepreneur : il faut déclarer son chiffre d’affaires (tous les trimestres ou tous les mois, au choix), se renseigner sur les mentions obligatoires à mettre sur les factures, et obtenir le numéro de TVA intracommunautaire pour travailler avec des clients étrangers.

Les jeunes entrepreneurs ont aussi compté sur le fait qu’en général, les étudiants se mettent en auto-entrepreneuriat à la même période et peuvent donc s’entraider. En outre, des formations sont organisées au sein du master TSM pour se renseigner sur l’installation.

L’installation s’est globalement plutôt bien passée pour tous, même si ce n’est pas de tout repos. Trouver des clients directs reste tout de même un exercice particulier.

  • « J’ai d’abord commencé par travailler pour la boîte de mon premier stage, donc pendant ma seconde année de master. Je travaillais le soir, les week-ends. Ensuite, à l’issue de mon second stage, j’ai rejoint l’équipe de gestion de projets de cette entreprise, et je travaille depuis mon domicile. »
  • « Un petit bureau aménagé dans un coin de ma chambre. Très vite, j’ai compris que si je voulais vraiment m’installer, il me faudrait : a) une bonne chaise de bureau pour les cervicales et dorsales (je conseille les sièges gaming pour le rapport qualité/confort/prix) ; b) un bureau suffisamment haut et grand ; c) un ordinateur avec suffisamment de puissance (parfois, ça rame) ; d) une bonne connexion internet (entre internet qui rame et internet qui coupe pendant plusieurs heures, habiter à la campagne, c’est pas l’idéal pour travailler en tant qu’indépendant) ; e) souris et clavier filaires/Bluetooth (pour limiter les efforts musculaires traumatisants). »
  • « Pour moi, l’installation en elle-même est la partie la plus compliquée. Il faut se fixer des objectifs et, avant ça, déterminer des objectifs. Il faut savoir faire face aux critiques et aux inquiétudes de l’entourage, en plus de sa propre inquiétude. Ça a été épuisant moralement, car je me sentais beaucoup sous pression. »

Les réponses divergent quant au délai de l’installation : pour certains, il était question d’un mois, pour d’autres qui travaillent avec l’entreprise de leur stage, cela s’est fait du jour au lendemain. En moyenne, la réponse est de 3 ou 4 mois, voire une année pour être vraiment bien installé, car tout le monde n’a pas la même vision de l’installation de l’auto-entrepreneur :

 « Je ne me considèrerai probablement jamais comme installée. C’est le challenge du micro-entrepreneur, créer son revenu tous les mois. Et c’est ça qui est génial, rien n’est acquis, du coup on développe une force intérieure et une certaine proactivité. »

Pour se considérer comme réellement installés, nos jeunes traducteurs disent surtout devoir développer leur communication, par exemple créer un site internet ou encore démarcher d’autres agences ou clients. Certains ont aussi décidé d’avoir un travail à mi-temps à côté afin de percevoir un salaire fixe, mais qui rallonge le temps d’installation.

Et l’assurance alors ?

La majeure partie n’a pas d’assurance. En effet beaucoup travaillent avec des agences qui elles-mêmes ont des assurances qui couvrent les traducteurs. D’autres me confient que les assurances sont utiles seulement lorsque l’on travaille avec les États-Unis, ou alors dans certains domaines, en particulier le domaine juridique, financier et même culinaire. Ceux qui ont souscrit une assurance nous rassurent : les prix sont raisonnables, entre 15 et 20euros par mois, alors certes c’est un budget pour un auto-entrepreneur qui débute, mais cela permet d’avoir l’esprit tranquille. Des « packs » assurance responsabilité civile + auto-entrepreneur sont disponibles et les membres de la SFT (Société française des traducteurs) bénéficient de tarifs préférentiels.

L’organisation

Combien d’heures par semaine passent-ils à travailler ?

Les cas diffèrent selon les traducteurs, une bonne moitié ne travaille pas à temps plein, soit par choix, soit parce qu’ils ont une activité salariale à côté. Ils travaillent à temps plein seulement lorsqu’il y a beaucoup de travail.

L’autre moitié travaille à temps plein, et entre 40 et 45 heures par semaine quand il y a beaucoup de travail. Certains travaillent aussi en plus sur la création de leur site internet. Peu importe le temps de travail, tous s’accordent à dire que les charges de travail varient beaucoup au fil du temps et qu’il faut savoir s’adapter à ces changements.

Tous m’ont rapporté ne pas avoir de planning précis, sauf un traducteur qui est « obligé » du fait de son activité salariale. Ils travaillent tous au jour le jour selon la quantité de traduction à faire, sauf pour les tâches administratives. Certains se fixent des limites, par exemple pas de travail après 19 heures ou 20 heures.

La bonne nouvelle en ce qui concerne les tâches administratives, c’est que cela prend très peu de temps : environ 1 à 2 heures par mois. Ils m’ont même donné des petits conseils : réaliser des modèles de facture génériques pour gagner du temps, être organisé et régulier pour faire le suivi des PO, factures, virements, etc.

 Et les vacances dans tout ça, la déconnexion c’est possible ?

Dans la globalité, oui, s’accorder des vacances est possible, même si en tant que traducteurs débutants, beaucoup préfèrent ne pas en prendre tout de suite :

  • « Personnellement, je n’ai eu aucun complexe à refuser certains projets qui m’auraient demandé de travailler tard dans la soirée/une bonne partie du week-end. Nota Bene il existe une certaine pression temps/productivité dans le secteur de la localisation. Il serait bon que les clients et gestionnaires de projets prennent en considération le fait que les traducteurs (indépendants) ne sont pas une soupape de pression. »
  • « Le temps, oui. Les moyens, non. Je trouve que notre rémunération ne correspond pas du tout au travail fourni et à l’engagement dont on fait preuve (pas de congés payés, profession relativement précaire, car insécurité : les tarifs devraient tenir compte de cela). C’est un peu décourageant surtout que notre métier est vraiment dévalorisé. Tout le monde pense que maîtriser deux langues est suffisant pour traduire. On a toujours le travail en tête, mais il ne tient qu’à nous de mettre des limites. […] Aussi, être perpétuellement « en veille », c’est être passionné. Mais il faut faire attention à ne pas trop en faire, au risque de devoir prendre des jours off pour récupérer. »
  • « Pour l’instant je n’ai pas les moyens pour prendre des vacances. Je suis partie une semaine en « vacances » cet été tout en travaillant sur place. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Je pense pouvoir faire la coupure sans trop de difficulté lorsque ça m’arrivera, car c’est ce que je fais déjà le week-end lorsque je n’ai pas de contrats urgents, ça ne me pèse pas spécialement et j’arrive à penser à/faire autre chose. »

La traduction

L’ensemble des traducteurs interrogés ont deux langues de travail voire trois, mais 95 % du temps, ils ne travaillent qu’avec de l’anglais.

La moitié n’a pas vraiment encore de spécialisation, mais plutôt des domaines dans lesquels il y a beaucoup de travail comme les fiches techniques ou la communication des entreprises.

Ceux qui ont déjà des domaines de spécialisation travaillent dans le milieu juridique mais aussi dans le domaine agricole, de l’informatique, et de la traduction marketing ou créative.

Leurs conseils pour se spécialiser : faire des formations courtes, des validations d’acquis ou même des formations de quelques mois. Il faut garder à l’esprit que les compétences dont nous avons besoin sont avant tout terminologiques. De plus, les spécialisations s’apprennent tout de même en grande partie sur le tas.

La part de post-édition globale dans leur travail est très importante, environ 50 % ; ceux qui n’en ont pas (beaucoup) font aussi beaucoup de révision, de QA ou de LSO.

Concernant les logiciels les plus utilisés, on retrouve de grands classiques dans le top du classement : SDL Trados Studio, XTM, Across, Antidote, memoQ, Xbench, et même Microsoft Word et Excel. Voici également un petit florilège de sites internet les plus populaires : DeepL pour la traduction automatique, Reverso Context, Linguee, Sketch Engine et CRISCO pour diversifier le vocabulaire.

Les clients

Pour l’instant tous m’ont confié travailler avec des agences, même si un tiers a déjà travaillé au moins une fois avec un client direct.  Deux tiers d’entre eux travaillent avec une seule agence, le reste oscille entre 3 et 5 selon la régularité du travail donné.

Les clients directs ont été trouvés soit grâce au bouche-à-oreille, soit car ce sont d’anciens organismes de stage.

Les difficultés

Ce qui m’a frappée quand j’ai recueilli tous ces témoignages, c’est que les difficultés ne sont pas du tout les mêmes pour tout le monde, alors voici celles que l’on m’a citées :

– Se mettre dans le bain après avoir fait une longue pause
– La solitude toute la journée
– Les plantages informatiques
– Les domaines très techniques
– Devoir travailler vite
– La qualité des fichiers sources
– Les clients qui ne sont pas bienveillants du tout
– Ne pas avoir une grande vision sur l’avenir en tant qu’auto-entrepreneur
– La compréhension des règles à respecter de l’auto-entrepreneur, comment payer les cotisations, taxes à payer ou non

Ils ont également rencontré des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas. En voici quelques-unes :

  • « La solitude (sortez les violons). Je croyais que ça allait être cool, mais en fait on a vite fait le tour ! » 
  • « La sacro-sainte TM doit toujours être respectée, même lorsque ses traductions juridiques (plutôt FR-CA) ne sont pas (vraiment) adaptées au FR-FR juridique. »
  • « Parfois plusieurs jours passaient sans que je ne reçoive de travail et c’était inquiétant »
  • « Je ne m’attendais pas à ce que l’on dispose parfois de si peu de références pour traduire. »
  • « Je n’avais juste pas imaginé que ça serait aussi difficile moralement au début. Peut-être que ça n’est pas le cas pour tout le monde, et le contexte actuel a peut-être rajouté une pression supplémentaire. »

Des difficultés ressenties à cause du Covid-19 ?

Étant donné que beaucoup d’entre eux ont commencé à travailler au moment où la pandémie est arrivée, ils ne peuvent pas vraiment comparer avec la période avant le Covid-19. Mais dans la globalité, ils ne ressentent pas de difficultés particulières : « il y a beaucoup, beaucoup de travail dans le secteur. Il suffit de le trouver ! »

Rémunération

Parlons peu, parlons bien, parlons tarifs. Pour deux tiers d’entre eux, le tarif est en moyenne de 0,06 euro du mot et de 0,07 pour les autres. Pour ce qui est de la relecture, le prix est de 0,02 euro et environ 0,035 euros pour de la post-édition.

Quand je leur ai demandé si ces tarifs correspondaient à leurs attentes, les réactions étaient mitigées :

  • « Relecture, oui, traduction, oui et non (débat théorie vs. réalité du marché) »
  • « Pas du tout. On nous avait parlé de 0,08 minimum et je visais 0,12 en début de carrière, car certains enseignants nous avaient indiqué que cela était courant. »
  • « Oui, je n’ai pas été surprise à ce niveau. »
  • « Ni à mes attentes ni à ce qu’on nous avait annoncé dans ma formation ! C’est plus faible. Mais j’imagine que c’est parce que le marché évolue, haha. »

La bonne nouvelle c’est que l’ensemble de traducteurs dit avoir un revenu relativement stable, même s’il va sûrement augmenter, car ils n’ont pas encore atteint leur revenu « définitif ».

Bilan

Quand je leur ai demandé s’ils étaient satisfaits de leur situation, la réponse globale était plutôt positive : « Pour mes 6 premiers mois, je suis satisfaite oui, je m’attendais à ce que tout soit beaucoup plus difficile. »

Aucun d’entre eux ne regrette d’être devenu traducteur indépendant. Voici ce qu’ils préfèrent dans leur métier et statut :

– Gérer ses propres horaires, la quantité de travail et travailler quand on veut (« Travailler en pyjama avec mon chien, c’est pour ça que je voulais être indépendant »)

– Travailler chez soi ou où l’on veut avec juste un PC
– Refuser les projets « tout pourris » ou urgents et accepter ceux qui ont des domaines intéressants.

Et voici ce qu’ils aiment le moins :

  • La solitude (très pesante pendant la crise sanitaire pour beaucoup de traducteurs)
  • Devoir consulter ses mails à intervalles réguliers
  • L’incertitude de l’avenir, le manque de « protection »
  • L’impossibilité de pouvoir défalquer certaines charges (les logiciels achetés par exemple)

Conseils pour les futurs traducteurs indépendants

Le starter pack du traducteur indépendant

Voici selon eux, un classement des logiciels à avoir absolument quand on commence :

  1. Licence Microsoft Office, primordiale
  2. Antidote (quasiment toutes les agences le demandent)
  3. SDL Trados Studio (à voir avec les agences avant de l’acheter, car beaucoup ont des plateformes spéciales ou fournissent des logiciels et des licences ; SDL est définitivement une valeur sûre voire un indispensable pour certaines)
  4. Xbench
  5. Si vous n’êtes pas en mesure d’acheter SDL Trados Studio : memoQ ou alors Memsource
  6. Si vous avez les moyens et l’utilisation : Suite Adobe
  7. Abonnement Deezer/Spotify, la cerise sur le gâteau

Et l’équipement :

– Un bon PC assez puissant (faire des repérages selon ce que l’on veut et attendre le Black Friday est une bonne option quand on n’a pas encore les moyens)
– Si possible deux écrans (beaucoup plus ergonomique)
– Une bonne chaise de bureau (vous allez y passer pas mal de temps)

Les conseils :

Pour finir, je leur ai demandé s’ils avaient des conseils pour les futurs traducteurs indépendants. Tous m’ont répondu en premier lieu de ne pas avoir peur de se lancer, ils m’ont également conseillé de trouver des secteurs où l’on trouve aisément des clients directs si c’est ce que l’on cherche. Pour le reste, je les laisse dire ce qu’ils ont sur le cœur :

  • « Je leur dirais de se lancer et de voir ce que ça donne pour eux. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, c’est vibrant de vivre au jour le jour et de pouvoir recréer sa vie chaque jour, ça permet d’accroître le sens des responsabilités et de laisser libre cours à sa créativité. Un conseil : ne prenez jamais personnellement les remarques de votre client. Prenez ces remarques comme un avis, une consigne à suivre pour vos prochains projets. Ne faites pas cas du reste. Faites simplement et sincèrement de votre mieux et n’hésitez pas à partager vos doutes/questions. Cela vous couvre en cas de problème. »
  • « Ne vous précipitez pas ; achetez une bonne chaise de bureau et le nécessaire pour vos cervicales et dorsales ; si vous lisez les success stories sur les réseaux sociaux professionnels, ne les laissez pas vous monter à la tête, vivez à votre rythme, apprenez à votre rythme, faites-vous des clients à votre rythme »
  • « De ne pas avoir peur des démarches, mais de bien se renseigner avant pour partir avec toutes les cartes en main, de ne pas se dévaloriser et d’avoir confiance en ses capacités ! »
  • « Si travailler en indépendant vous tente, alors lancez-vous ! Si on m’avait proposé un CDI à la fin de mes études, je pense que j’aurais accepté, car j’aurais eu trop peur de me lancer, même si ça n’aurait probablement pas été l’option la plus adaptée à mon caractère. La situation actuelle m’a un peu poussé, et heureusement, car même si je n’ai pas encore atteint tous mes objectifs, je sens que je fais un travail qui me correspond bien plus que celui que j’aurais pu faire en entreprise. Si vous avez un cours dans votre cursus qui parle de la création d’entreprise, écoutez bien et prenez des notes, car vous serez contents de les avoir au moment voulu ! »

Sources :

Sondage réalisé sur six traducteurs indépendants.

« Accueil – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil.html.

Source image : Franceinfo. « Les nombreuses fraudes au statut d’auto-entrepreneur ». https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-boulot/les-nombreuses-fraudes-au-statut-d-auto-entrepreneur_1775277.html

Portrait de Sarah Van der Vorst : une femme d’affaires à la triple casquette !

Par Marie Fiquet, étudiante M2 TSM

Bien souvent, nous retrouvons des portraits et des points de vue de traducteurs ou encore de gestionnaires de projets, mais qu’en est-il des fondateurs d’agence ? J’ai interviewé pour vous Sarah Van der Vorst, à la fois professeure de Traduction Automatique pour le Master TSM à l’Université de Lille, fondatrice de TransFigure8 et Operation Manager pour TWIS LTD. Une femme aux multiples casquettes.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs notamment ton parcours scolaire puis professionnel ?

« À la base, je n’étais pas censée étudier les langues, j’ai fait l’équivalent en Belgique d’un baccalauréat scientifique. J’ai ensuite fait mon post-bac à l’ISTI (école de traduction et d’interprétation à Bruxelles) en anglais et italien. À l’époque, le cursus était de 4 ans et non de 5 ans, comme aujourd’hui. Je me suis lancée dans la spécialisation qui s’appelait « Industrie de la langue », l’équivalent du Master TSM. Je me destinais à une carrière de traductrice, jusqu’au jour où j’ai croisé la route de Nancy Matis[1] qui était ma professeure en TAO et en Localisation gestion de projets. Arrivée en DESS, j’avais déjà en tête ce projet d’ouvrir une agence et de me diriger vers ce marché. Dans le cadre de mes études, j’ai effectué un stage à mi-temps de deux mois chez Nancy Matis et chez Valérie Étienne[2]. Selon moi, j’ai eu les meilleures mentors qu’on puisse avoir. Un stage de deux mois était pour moi bien trop court, ce qui a été très frustrant. J’ai terminé assez rapidement mon DESS en passant mes examens, toutefois sans rendre mon travail de fin d’études, car je m’étais engagée chez LionBridge anciennement Bowne Global Solution, et je n’ai pas eu le temps de terminer mon année de manière effective parce que j’étais très impatiente d’entrer dans le monde du travail. Je suis restée environ 8 semaines chez eux, bien que cela se soit avéré être une expérience très formatrice, je suis rendu compte qu’être employée n’était pas fait pour moi et que le format ne me correspondait pas.

Je me suis installée en tant qu’indépendante en octobre 2005, et j’ai beaucoup traduit notamment dans le domaine technique allant de la traduction d’un cahier des charges pour la construction d’une usine de vaccin en Algérie, à des traductions techniques pour la SNCB traitants de petites pièces, de rails jusqu’à de l’ingénierie civile. Je n’étais pas du tout une traductrice marketing. Puis, j’ai commencé la gestion de projets et la mise en page trois ou quatre mois après, et j’ai complètement mordu à l’hameçon.

Au fur et à mesure du temps, je n’ai fait que de la gestion de projets. Mon ancien partenaire et moi avons créé l’agence en 2011.

En 2013 ou 2014, j’ai commencé à enseigner à l’Université de Lille dans le cours de Traduction Automatique pour le Master TSM et je me suis rendu compte que j’adorais transmettre mon savoir. Cependant, je n’étais pas « rassasiée » avec ces cours donc j’ai décidé de prendre des élèves en stage pour continuer à transmettre ce que j’avais appris. C’est dans l’enseignement que je m’épanouis le plus. J’ai beaucoup reçu de mes mentors, cette continuité, elle est là, on m’a beaucoup transmis, je transmets aussi. »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde de la traduction ?

« À la base, je voulais faire un master en chimie/physique, mais mon papa m’a dit : « Il est hors de question que tu fasses ce que j’ai fait » (rires). Au-delà de cela, au lycée, j’ai eu une professeure d’anglais extraordinaire qui n’enseignait pas comme les autres. Ses méthodes font d’ailleurs partie de ma manière d’enseigner, je pioche chez les personnes qui m’ont appris et c’est parti de cette personne-là. Elle avait un côté très linguiste et pas seulement professeure. Je pense que c’est ça qui a fait que je me suis dirigée vers les langues, j’avais plusieurs choix qui s’offraient à moi et j’ai choisi celui où on m’avait le plus inspiré. »

Que préfères-tu dans ton métier ?

« Former les gens. Et un aspect du métier qui est totalement fortement négligé à l’heure actuelle, c’est le contact client. C’est les deux pans du métier, les plus agréables pour moi. »

Présente-nous ton agence. Comment fonctionne-t-elle ? Quel est ton business plan ?

« Mon agence, il ne faut pas la voir comme telle, ce que j’ai créé, c’est un réseau. Il y a le réseau que j’avais d’avant, celui qu’on a créé en prenant contact avec d’autres personnes et le réseau qui vient du master TSM. Il faut le voir comme une immense toile d’araignée avec la core team composée de Baptiste, Oriane, Angel, Chloé, Nicolas, Marine, Quentin, Célia, Céline, Marie (anciens TSM) et moi au milieu, mais je ne me mets pas totalement au centre. Il est vrai que je tire certaines ficelles, puisqu’on a besoin d’une personne qui « dirige » et qui a une vue d’ensemble de tout ce qu’il se passe. Cependant, même ceux qui entrent sur le réseau et qui sont au bout de la toile, si ça vibre au milieu, ils le sentent aussi.

J’ai monté un partenariat avec Jonathan Denys (fondateur et general manager de TWIS LDT), qui a fait ses études avec moi. Ensemble, nous avons monté ce réseau. TWIS (chez qui je suis operation manager également) et Transfigure8 sont deux sociétés qui fonctionnent en partenariat très étroit, la différence entre nos deux sociétés est faible même si chacun a ses propres clients.

L’idée, c’était d’être certaine que dans ce réseau, personne ne manquerait de travail, c’est ça mon business plan à moi, c’est avoir un réseau étendu où tout le monde est épanoui, fait ce qui lui plaît et est en mesure de se développer dans ce qu’il aime. Je ne suis basée que sur l’humain, alors la société et donc le réseau évoluent en fonction des personnes qui le composent. Au départ, je n’ai jamais rien chiffré car je n’ai pas été formée comme cela, mes mentors étaient fortement ancrées dans l’humain et ça fait totalement partie de ma personnalité. Le but est que chacun prenne la charge de travail dont il a envie / besoin. Par exemple, j’ai des traductrices qui n’ont pas besoin de travailler 50 ou 60 heures par semaine et qui travaillent 15 heures par semaine parce qu’elles sont en pause-carrière, elles ont des enfants ou autres. J’en ai d’autres qui doivent travailler 80 heures par semaine, car elles en ont besoin. Nous avons des profils très différents. Par exemple, lors de la crise de la Covid-19, nous avons récupéré différents traducteurs qui n’avaient plus de travail pendant le confinement et maintenant, nous travaillons toujours avec eux. C’est cette idée-là de l’humain que j’ai et je n’en ai aucune autre notion, car sinon on ne gère que des fichiers et des mots et ça, ça ne m’intéresse pas. Mon rôle c’est de gérer le côté client, de développer suffisamment pour que tout le réseau ait du travail. Si quelqu’un entre dans le réseau et est passionné par la cosmétique alors on va essayer d’avoir des projets en cosmétique. On a développé le réseau comme cela. »

Dans quoi est spécialisé ton réseau ? Que proposez-vous comme services ?

« Il y a différents piliers, en tant que TransFigure8, je propose de la gestion de portefeuilles clients, des agences de traduction me confient leur portefeuille et nous les gérons. D’un autre côté, nous avons des équipes de traduction en place donc si on nous confie des portefeuilles de client, on monte cela et on fait grossir les comptes, etc. On traduit principalement de l’anglais vers le français et français canadien. Après, il y a le côté avec les clients directs et là, on traduira plus vers le néerlandais et vers l’anglais. Mais si un client a besoin d’une autre langue, on peut l’avoir, mais ça n’est pas la base de notre business. La société propose également de la mise en page, du créatif si besoin. En raison de l’étendue de notre réseau, il y a des choses que nous savons faire puisqu’on fait appel aux bonnes personnes.

À quel point la traduction automatique est-elle intégrée dans ton réseau ? Quelle moyenne pour les projets ?

« Ça ne fait qu’augmenter, la traduction machine fait partie intégrante de la vie du traducteur, c’est comme les CAT tools. Tout dépend, si tu fais de la haute couture et du sur mesure, les clients dans le domaine du luxe, du haut de gamme ne veulent pas forcément en entendre parler et il n’est pas question de l’utiliser. Pour le reste, on est à 90 % des projets où on parle de traduction machine, mais ce n’est pas pour cela qu’on l’appliquera nécessairement. C’est à la personne en charge, de faire un travail d’analyse et de savoir si oui, non ou peut-être il est envisageable de l’utiliser. C’est un métier à part entière, il faut que les gens s’y mettent, car ils n’ont plus le choix.

En tant que jeune femme dans une société fortement dominée par les hommes, n’as-tu pas eu des craintes quant à la création de ta société, de ton réseau ?

« Quand tu as les mentors que j’ai eues, tu n’as pas de craintes concernant ce genre de choses. J’ai eu cette grande chance de croiser leur route et j’ai longtemps été chapeautée. J’avais une sécurité de travail en tant qu’indépendante grâce à ce qu’on me donnait chez les clients que j’avais décrochés, et grâce à Nancy Matis et Valérie Étienne qui faisaient, elles aussi, partie de mes clientes. Elles m’ont laissé développer ce que j’avais envie de développer à côté. Ce réseau s’est développé très naturellement. Une fois que tu as le savoir, à chaque fois qu’il y a de nouvelles demandes, tu lances tes campagnes de recrutement et tout va assez vite. 

Si tu n’as pas peur, ça se passe plutôt bien. »

Quelles principales difficultés as-tu rencontrées lors de ta carrière ?

« Le plus dur est de faire la part des choses entre sa vie professionnelle et personnelle, car on ne compte pas forcément les heures de travail ».

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’une agence ou d’un réseau ? Quelle est la clé de la réussite selon toi ?

« Comme je vous le dis souvent en cours, il faut avoir du culot, et en France plus qu’ailleurs, car j’ai appris à connaître ce pays, il faut de la persévérance et je pense que le reste vient avec la maturité. Si on est jeune et qu’on a du culot et de la persévérance, il est possible d’aller très loin. »

Tu es à la fois à la tête de ta société, tu es Operation manager chez TWIS et enfin tu enseignes des cours de traduction automatique pour le master TSM à l’Université de Lille, n’est-il pas difficile de jongler entre tout cela ?

« Pour moi, TWIS et TF8 c’est le même métier, je n’ai pas besoin de jongler. Enseigner, c’est mon hobby, donc je m’y plais beaucoup. Mais jongler ça s’apprend, et oui, en toute honnêteté, il y a des moments où on est dépassé, mais d’une manière générale, c’est un peu le « woman power » qui prend le dessus et le tempérament que tu as. »

Pourrais-tu me décrire une journée type dans ta vie ?

« Dans ma famille, nous nous levons assez tôt, entre 6h et 7h, week-ends inclus car mon mari est agriculteur. Dès 9h, j’ai déjà traité quelques mails et géré quelques situations. Une fois les enfants déposées, je commence à travailler. J’ai quelques projets où je fais encore de la gestion de projets, mais sinon, je gère mes équipes, mes PMs, je regarde ce qu’il se passe et je traite les situations par priorité. Ici, à midi, tout le monde s’arrête, de midi à 14h, il n’y a pas d’écrans. Ce temps est réservé à la famille et à mon couple, c’est un temps pour se poser et discuter. Ensuite, je me remets au travail un peu avant 14h, et cela jusqu’à 18h en général, mais bien évidemment quand il faut se reconnecter le soir après le coucher des enfants, je me reconnecte au besoin. »

D’autres projets pour l’avenir ?

« J’en ai eu beaucoup, mais à l’heure actuelle, je m’éclate énormément dans ce que je fais.

Mais dans le métier, j’ai des projets de développement, j’ai envie de développer le réseau différemment, et de prendre peut-être des directions un peu différentes. On verra comment ça se passe et on s’adaptera à la situation mondiale, à l’actualité, la demande du marché, c’est délicat de prédire dans quel sens ça va aller. Je ne partirai pas dans quelque chose de totalement différent de mon métier actuel, j’aime trop ce que je fais pour faire autre chose. »

Transcription d’une entrevue.
Un grand merci à Sarah Van der Vorst d’avoir pris le temps de répondre à mes différentes questions.


[1] Professeure de gestion de projet à KU Leuven, à l’ULB et pour le master TSM à l’Université de Lille. Elle possède également sa société de localisation « Nancy Matis SPRL ». Auteure de différents articles traitants de la gestion de projet et d’un livre intitulé : « How to manage your translation projects »

[2] Professeure de localisation pour le Master TSM à l’Université de Lille et directrice de Sanloo SPRL.

Rencontre avec Orane Desnos : traductrice pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant

Par Sarah De Azevedo, étudiante M2 TSM

Allier passion et traduction ? C’est possible !

Quelle spécialisation choisir ? C’est sûrement la question que l’on se pose toutes et tous en cette (presque) fin de master. Il peut être judicieux de se tourner vers des domaines auxquels on n’aurait jamais pensé, et se demander : qu’ai-je réellement envie de traduire, quels sont mes centres d’intérêt, même sans diplômes, ai-je assez de connaissances pour me spécialiser ? Après tout, nous avons tous des activités et hobbies différents, qui pourraient constituer de bonnes pistes quant à une future spécialisation. Ce sont en tout cas des réflexions à creuser pour être certain de s’épanouir dans son travail, surtout sur le long terme.

Pour montrer qu’il est possible de sortir des sentiers battus en alliant ses passions à son métier, j’avais envie de vous partager une interview avec une jeune traductrice indépendante, Orane Desnos, qui a récemment monté sa microentreprise de traduction, Tradistica.

Aussi créative qu’adorable, elle a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse maintenant en compagnie sa compagnie !

Bonjour Orane ! Comme les lecteurs et lectrices de ce blog ne te connaissent pas, pourrais-tu nous résumer un peu ton parcours ?

Bonjour Sarah !

Bien sûr 😊

J’ai tout d’abord un riche parcours musical. J’ai commencé la flûte traversière à sept ans et le piano deux ans plus tard. Dès mes 11 ans, j’ai quitté le nid familial dans mes Côtes-d’Armor natales pour intégrer, pendant quatre ans (c’est-à-dire tout mon collège) et en internat, une classe horaire aménagée musique en collaboration avec le conservatoire de Rennes. J’ai poursuivi ma scolarité en lycée général et j’ai obtenu mon bac S en 2010.

J’ai ensuite entamé une licence de LEA spécialisation traduction à l’Université de Rennes 2 en parallèle de mes études au conservatoire. En juin 2010, j’ai obtenu mon DEM (diplôme d’études musicales) de flûte traversière, puis j’ai passé ma 3e année de licence en ERASMUS à Barcelone.

Après une année consacrée à la musique, j’ai suivi le master Métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia (MTLC2M), toujours à l’Université de Rennes 2, qui m’a conduit à passer cinq mois à Montréal dans le cadre d’un stage dans l’audiovisuel, puis je suis sortie diplômée de cette formation en octobre 2016.

Par la suite, j’ai travaillé deux ans au sein d’une importante agence de traduction parisienne en tant que traductrice, relectrice et cheffe de projet. Je me suis ensuite lancée dans l’aventure de l’indépendance et de l’entrepreneuriat à l’été 2018, puis de Tradistica (services linguistiques pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant) en 2020.

Était-ce une évidence pour toi de traduire pour la musique et le spectacle vivant lorsque tu as commencé tes études en traduction ?

Au départ non, mais cette idée a bien vite germé et ne m’a plus quittée. Je voulais pouvoir mettre au service des professionnels de ces secteurs tant mon expérience musicale que mes compétences en traduction.

Comment s’est passé le lancement de Tradistica ? Comment as-tu envisagé la transition entre un emploi stable pour une importante société de traduction et le travail en tant que free-lance ?

Je savais dès mes années de master que je souhaitais devenir traductrice indépendante, mais je ne me voyais pas me lancer au sortir des études. C’est pourquoi j’ai travaillé deux ans au sein d’une agence dans le but d’acquérir l’expérience nécessaire pour pouvoir me lancer avec plus de sérénité. Et dès que l’occasion s’est présentée, c’est ce que j’ai fait ! J’ai eu la chance de continuer à collaborer avec l’agence dans laquelle j’étais employée, ce qui m’a tout de suite assuré du travail et une transition plutôt douce.

Aujourd’hui, comment partages-tu ton temps entre les agences de traduction et tes clients ? Penses-tu bientôt pouvoir ne travailler que pour des clients directs ?

Pour le moment, je consacre 2/3 de mon temps aux agences de traduction et le dernier tiers au développement de Tradistica. Travailler presque exclusivement pour des clients directs dans les secteurs de la musique et du spectacle est d’ailleurs un de mes grands objectifs de l’année 2021. Je souhaite également poursuivre les collaborations avec les agences sur des projets concernant mes domaines de spécialité.

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? Comment se passe le démarchage ? Les stratégies à adopter sont-elles spécifiques au milieu artistique ? Faut-il être plus créatif, et davantage mettre en avant sa personnalité et ses passions que pour un autre domaine ?

Pour trouver ses premiers clients, il n’y a pas de recette magique, il faut aller à leur rencontre. J’utilise donc beaucoup les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram) dans ma stratégie de démarchage, ainsi que mon site Internet qui me sert de vitrine. Selon moi, l’important est de semer progressivement des graines, ce qui permet de développer à moyen et long terme son portefeuille de clients. Toute relation, qu’elle soit professionnelle ou non, repose sur la confiance, et il est primordial de consacrer du temps à construire ce lien privilégié.

Faut-il être plus créatif ! Sûrement, mais surtout être authentique en mettant en avant sa personnalité, son expertise et les solutions que l’on propose. Après, libre à chacun de partager ce qu’il souhaite avec sa communauté. Je pense que le plus important c’est de rester soi-même et d’être en adéquation avec ses valeurs et sa manière de fonctionner.

Peux-tu nous donner des exemples de projets que tu reçois ?

Oui. J’ai réalisé récemment le sous-titrage de l’anglais vers le français d’une vidéo YouTube d’une flûtiste de renommée internationale dans laquelle elle prodiguait ses conseils pour apprendre plus facilement par cœur un morceau. Je traduis également régulièrement des communiqués de presse pour des lancements de produits, comme des micros-casques.

Fais-tu parfois appel à des collègues pour tes projets de traduction ?

Je collabore avec d’autres traducteurs dans mes paires de langues (anglais et espagnol vers le français) pour des projets de relecture, sinon je redirige généralement mes clients vers d’autres traducteurs indépendants spécialisés lorsqu’il s’agit d’une autre paire de langues. La relation unique qui s’établit entre un client direct et son/ses traducteur(s) indépendant(s) est pour moi capitale.

Utilises-tu souvent des outils de TAO ? Si oui, sont-ils différents en fonction du projet ?

Oui. J’utilise principalement SDL Trados Studio 2019 pour les projets de traduction et Subtitle Edit pour les projets de sous-titrage.

Tu utilises notamment Instagram et Pinterest pour promouvoir ton activité : pourquoi avoir choisi ces réseaux disons, assez peu usités je crois, par la plupart des professionnels ? Sont-ils plus adaptés à tes domaines de spécialité ? Arrives-tu à poster régulièrement sur tous tes réseaux sociaux ?

Instagram et Pinterest sont des réseaux sociaux très utilisés dans la sphère artistique, et c’est donc la raison pour laquelle je les utilise aussi. Mais à dire vrai, au fil des mois, je teste plusieurs stratégies, et je vois ce qui marche. Je m’inspire notamment de blogueuses et entrepreneures telles qu’Aline Bartoli de TheBBoost et Safia Gourari de MyTrendyLifestyle. C’est difficile de poster régulièrement et il faut être organisé. J’essaie donc de planifier, par exemple consacrer 1 h le lundi matin pour programmer mes publications Instagram de la semaine. C’est vraiment efficace !

D’ailleurs, tu n’hésites pas à poster des vidéos où tu joues de ton instrument de prédilection, des photos un peu plus « persos », mais toujours en rapport avec la musique ! Cela attire-t-il de nouveaux clients ? Est-ce que cela est venu naturellement, ou bien as-tu hésité avant de poster du contenu parfois un peu humoristique ? En tout cas, c’est très rafraîchissant !

J’ai bien sûr hésité de nombreuses fois avant de publier certains contenus, mais j’essaie de mettre sans cesse en application de nouvelles choses, toujours avec le même fil conducteur : la musique. Et je me rends compte que plus j’ose des choses différentes, moins faire dans la nouveauté me fait peur. Je sais que ce chemin sera composé d’erreurs et de réussites, et je l’accepte. C’est à la fois difficile et tellement gratifiant !

Que conseillerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans des domaines de traduction tournés vers la culture et l’art ? Est-ce plus difficile d’y trouver du travail ? Y a-t-il beaucoup d’agences avec lesquelles collaborer dans ces domaines avant d’avoir assez de clients directs ? Quelles sont les qualités à avoir pour se démarquer ?

Mon conseil se résumerait en un seul mot : tentez ! Il n’y a pas de recette miracle et c’est à chacun de trouver sa voie. En tout cas, moi je tente, et j’adore ça !

J’espère que cette lecture vous inspirera, motivera, encouragera à suivre vos envies et à vous lancer ! Encore merci à Orane Desnos d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez la retrouver sur son site Internet https://www.tradistica.com et sur ses différents réseaux sociaux :

https://twitter.com/tradistica
https://www.facebook.com/tradistica/
https://www.linkedin.com/company/tradistica/
https://www.instagram.com/tradistica/

Portrait de Nikki Graham : parcours, évolution et conseils d’une traductrice de plus de 20 ans de métier

Par Fanny Buffel, étudiante M2 TSM

21 ans de carrière, 6895 abonnés sur Twitter, auteure du blog à succès My Words for a change créé en 2013, ISO 17100:2015 Qualified, membre de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) depuis 2015, membre de la MET (Mediterranean Editors and Translators) et de ProCopywriters, 10 publications de livres à son actif et bien plus d’articles : oui, nous parlons bien ici de Nikki Graham, traductrice, réviseuse et éditrice de l’espagnol vers l’anglais, spécialisée dans la traduction de documents dans le secteur des loisirs et du tourisme, des documents universitaires, de l’environnement, de la nature et de la conservation, et la localisation de l’anglais américain à l’anglais britannique. La traductrice avait déjà été remarquée par d’autres étudiants les années précédentes, qui avaient traduit en français certains de ses articles comme « Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition » ou « La révision : un sac à nœuds ? ». Je voulais donc me pencher aujourd’hui sur cette traductrice dont on entend souvent parler sans pour autant savoir exactement qui elle est.

Vous avez été enseignante pendant 13 ans, d’où vous est venue l’envie de devenir traductrice ?

C’est une bonne question car lorsque j’étudiais les langues à l’université, je n’aimais pas vraiment la partie sur la traduction et je n’étais pas particulièrement douée dans cette matière. Je me suis tournée vers la traduction car l’enseignement de l’anglais en tant que langue étrangère commençait à m’ennuyer mais aussi car j’avais besoin d’argent. Ce sont mes étudiants et des amies qui m’ont permis d’obtenir mes premiers projets de traduction. Je me suis rendu compte que j’aimais bien ça car c’était intellectuellement stimulant et ça me permettait d’en tirer un revenu décent.

D’où vient votre devise « Words are my business and I want to make them work for you » et votre nom « Tranix Translation and Editing Services » ?

C’est ma devise depuis si longtemps que je ne me souviens plus vraiment d’où elle vient. Au départ, c’était juste « words are my business », que j’utilisais d’ailleurs sur les réseaux sociaux avant de créer mon site. C’est par la suite que j’ai ajouté « and I want to make them work for you » afin de me démarquer des autres personnes utilisant « words are my business » pour faire connaître leurs services. « Tranix » est un mélange du diminutif de mon nom (Nix) et les premières lettres de « translation ».

Utilisez-vous des outils spécifiques (outils de TAO ou autre) ?

Oui, j’utilise memoQ, que j’aime bien. Je pense aussi que son prix est raisonnable et l’assistance est plutôt compétente. J’ai également utilisé Dragon Naturally Speaking pour dicter mes traductions et j’utilise Perfectlt pour faire des dernières vérifications dans Word.

À quoi ressemble une de vos journées types ?

D’habitude, je me lève assez tôt pour travailler pendant une heure ou deux avant de préparer le petit-déjeuner de ma fille et l’emmener à l’école. En général, je retourne à mon bureau vers 8 h 30, sauf si je décide d’aller courir au parc, si je n’ai pas de traduction urgente à rendre. Ensuite, je travaille jusqu’à 15 h 30 puis je vais chercher ma fille à l’école. Il m’arrive de travailler quelques heures supplémentaires avant d’aller préparer le dîner.

Vos domaines de spécialité sont le tourisme et les loisirs, les documents universitaires, l’environnement, la nature et la conservation, ainsi que la localisation de l’anglais américain vers l’anglais britannique. Comment avez-vous réussi à vous spécialiser dans ces domaines ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans ces domaines ? Avez-vous des conseils sur la manière de se spécialiser ?

Lorsque j’ai commencé à traduire pour des agences en Espagne, il y a 20 ans de ça, la plupart d’entre elles s’attendaient à ce que vous puissiez tout traduire, ce qui peut bien évidemment vous causer de nombreux problèmes si vous faites mal les choses en plus de ne pas être très épanouissant. Au fur et à mesure des années, je suis devenue plus exigeante et j’ai appris à dire « non », souvent malgré la pression des gestionnaires de projet vous suppliant d’accepter le texte qu’ils vous proposent. À un moment donné, je me suis spécialisée dans la traduction technique, notamment la construction, mais je me suis rapidement rendu compte que la terminologie était bien trop compliquée pour moi, je me suis donc remise en question. C’est à ce moment-là que je me suis tournée vers les loisirs et le tourisme puis que je me suis concentrée sur mon style d’écriture en suivant des cours.

 Je traduis des documents universitaires depuis quasiment le début mais au fur et à mesure des années, je me suis concentrée sur les domaines des sciences humaines et sociales en particulier.

En ce qui concerne l’environnement, la nature et la conservation, ils découlent d’un intérêt personnel pour ces sujets puisque je suis une écolo végan qui croit que le changement climatique, la dégradation environnementale et l’extinction des espèces représentent la plus grosse menace que l’humain ait jamais affronté.

Je pense qu’il est essentiel de se spécialiser aujourd’hui. Il serait bien entendu fantastique de se spécialiser dans un domaine qui vous intéresse mais s’il n’y a pas assez de travail, ça risque de ne pas être rentable. Certains de mes collègues se sont spécialisés dans des domaines qui payent bien et/ou qui regorgent de travail, deux raisons valides. D’autres se spécialisent dans le domaine dans lequel ils travaillaient avant de devenir traducteur ou obtiennent un nouveau diplôme pour devenir spécialiste du sujet. Le domaine dans lequel vous vous spécialisez va donc dépendre de plusieurs facteurs. Je pense qu’il est également important de garder à l’esprit que vous serez peut-être obligé de changer de spécialisation s’il n’y a plus de travail disponible ou si vous vous en lassez.

Le marché de la traduction a évolué depuis que vous avez commencé, comment avez-vous réussi à rester à jour ?

Lorsque j’ai commencé à traduire, Internet était quelque chose de relativement nouveau et ne contenait pas autant d’informations qu’aujourd’hui. Je recevais quelques traductions par fax. J’ai été obligée d’apprendre à utiliser de nombreux outils et logiciels. Je me rappelle être plutôt opposée aux outils de TAO au départ mais je ne pourrais évidemment pas travailler sans aujourd’hui ! En plus de lire les magazines, les billets de blog de certaines associations, de participer à des conférences et des webinars, etc., je pense que le meilleur moyen de savoir ce qu’il se passe dans notre profession et en savoir plus sur les nouveaux outils est de parler avec d’autres personnes. C’est l’aspect qui manque dans les conférences virtuelles : l’interaction avec des collègues.

Qu’est-ce que ça fait d’être traductrice pendant la crise de la Covid-19 ?

Étant donné que 50 % de mon travail avant l’arrivée de la Covid-19 était de la traduction touristique, j’ai constaté une forte baisse de mes revenus, ce qui m’a plutôt inquiétée. Heureusement, la situation s’améliorera d’ici le printemps quand il sera possible de se faire vacciner.

Autre grande différence : tout devient virtuel. Dans un sens, ça m’a arrangée puisque avant la pandémie, je ne pouvais, la plupart du temps, pas me rendre à des conférences ou des ateliers pour des raisons de garde d’enfant. J’ai donc été en mesure d’assister à certains évènements auxquels je n’aurais pas pu assister en personne.

Ça nous a également donné l’occasion et une bonne excuse pour organiser des pauses-cafés virtuelles deux fois par semaine afin de se soutenir mutuellement via des groupes de chat de traduction.

Vous êtes membre qualifiée de l’Institute of Translation and Interpreting, recommandez-vous de rejoindre un syndicat professionnel ? Pourquoi ?

Oui, je pense que tout le monde devrait devenir membre d’un syndicat de traducteurs car ils donnent de nombreux conseils utiles, apportent leur soutien et organisent des évènements intéressants, grâce auxquels vous pouvez rester au courant de ce qu’il se passe.

J’ai décidé de devenir membre qualifiée car je n’avais pas fait de master en traduction et je voulais obtenir une qualification qui permettrait à mes collègues et mes clients de me prendre plus au sérieux.

Parlons maintenant de votre blog : vous rédigez et partagez de nombreux conseils et articles sur votre blog, quand et pourquoi avez-vous décidé de commencer ?

J’ai commencé mon premier blog sur la plateforme Blogger il y a sept ans (octobre 2013). À cette époque, de nombreux collègues nous vantaient les avantages d’avoir un blog (beaucoup disent le contraire aujourd’hui). C’était assez stressant de se lancer et mon premier billet de blog était une critique de la première conférence de traduction à laquelle j’ai assisté.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Il est assez facile de trouver de l’inspiration, le plus difficile est de trouver le temps d’écrire tous les billets de blog auxquels je pense. J’écris sur mon expérience, les outils de TAO, les livres que j’ai lus, les évènements auxquels j’ai assisté et je développe certains points de grammaire et de style qui peuvent ne pas être clairs. J’ai créé la section « Links & Tips for New Translators » lorsqu’on m’a demandé des conseils. Je me suis dit qu’il serait judicieux de mettre ma réponse sur mon site pour aider d’autres personnes, la section ne cesse de grossir.

Mettez-vous souvent à jour vos listes ? (livres, mots, abréviations)

Oui, et ça me prend du temps. Généralement, dès que je découvre quelque chose de nouveau, je l’ajoute à la liste. La plupart de ces pages permanentes indiquent quand elles ont été mises à jour pour la dernière fois.

Votre blog est une mine d’or, combien de temps est-ce que ça vous a pris pour publier tout ce contenu ?

Merci ! Je suis contente que vous l’appréciez. Ça fait maintenant sept ans que je tiens mon blog. Je suis passée de Blogger à WordPress en 2015 et j’ai décidé de toute republier sur WordPress afin que l’ensemble de mes billets de blog et pages soient à la même place. Ça m’a pris du temps, mais ça valait le coup finalement. Je n’ai pas de créneau horaire réservé à la publication de billets/pages, j’écris lorsque j’ai le temps et que j’en ai envie.

Avez-vous des conseils généraux à donner aux futurs traducteurs freelances ? Un mot pour la fin ?

On peut trouver beaucoup de conseils à destination des traducteurs en herbe et certains d’entre eux sont contradictoires. Je pense que le plus important en tant que traducteur est de se connaître, savoir ce que l’on veut et être fidèle à soi-même. Vous ne devriez pas vous forcer à faire n’importe quoi ou être quelqu’un que vous n’êtes pas. Vous n’êtes pas obligé d’avoir un blog, par exemple. Vous n’êtes même pas obligé d’avoir un site. Vous n’êtes pas obligé de travailler avec des clients directs si vous préférez laisser les agences trouver des clients et échanger avec eux. Chaque personne et chaque situation est différente. Trouvez ce qui vous convient le mieux, ce qui vous rend heureux et ne vous sentez pas obligé de faire quelque chose qui ne vous convienne pas.

Un grand merci à Nikki Graham d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir accepté de partager son expérience et ses conseils.

Le recrutement des traducteurs en agence de traduction

Par Marie Castel, étudiante M2 TSM

Le recrutement par les agences de traduction peut s’avérer particulièrement important, notamment pour un traducteur fraîchement diplômé qui ne bénéficie pas d’un panel de clients suffisant pour vivre de sa profession. J’ai décidé de me pencher sur le sujet et de revenir avec vous sur les différentes étapes et exigences à l’heure actuelle du recrutement des traducteurs.

Il convient de préciser que je me suis appuyée sur mon expérience personnelle (au sein de l’agence de traduction Intertranslations à Athènes où j’ai effectué mon stage lors de ma première année de master) pour rédiger cet article. Et comme un retour sur mon unique expérience personnelle ne saurait être généralisé à toutes les agences de traduction, j’ai également mené ma petite enquête en réalisant un sondage* auprès de différentes agences de traduction (françaises ou non) où j’ai récolté une soixantaine de réponses.
Notez que les agences interrogées se répartissent comme suit :

  • 44 % d’agences employant moins de dix personnes ;
  • 24 % d’agences employant dix à trente personnes ;
  • 32 % d’agences employant plus de trente personnes.

Le recrutement d’un traducteur n’est pas toujours une tâche facile. Dans le cadre d’un développement, les agences de traduction vont se mettre en quête de nouveaux profils afin de proposer à leurs clients des contenus de qualité optimale. Seulement, plusieurs questions se posent quant au recrutement des traducteurs. Quelles sont les exigences des agences ? Les agences s’appuient-elles uniquement sur les diplômes du traducteur et/ou son expérience ? Faut-il d’autres compétences ?

Mais commençons notre tour d’horizon des conditions de recrutement en agence par quelques généralités sur le sujet.

Quelques généralités

Dans une grande majorité des cas, il est nécessaire pour un traducteur de posséder certaines compétences et d’avoir bénéficié d’une formation initiale pour s’assurer de meilleures chances de recrutement. Sachez ensuite que pour pouvoir répondre au mieux à tous les divers projets qui pourraient leur être proposés, les agences de traduction doivent disposer d’une base de données complète recensant aussi bien les traducteurs in-house que les freelances. Cette base de données, propre à chaque agence, comprendra pour chaque traducteur ses combinaisons linguistiques, ses expériences, ses éventuels domaines de prédilection ainsi que sa (ses) formation(s).
La base de données doit être suffisamment riche, car il est toujours possible qu’un traducteur ne soit pas disponible pour un projet. Il est également important que cette base soit complète, qu’elle comprenne toutes les informations nécessaires à l’agence pour traiter les projets au mieux. Plus elle sera riche et complète, plus il sera facile à l’agence de traduction de remplacer rapidement un traducteur indisponible par un autre disposant des mêmes compétences. Il peut donc être intéressant pour une agence de maintenir cette base de données à jour et de l’enrichir avec de nouveaux traducteurs. En effet, cela permettra à l’agence de ne pas prendre de retard sur les projets qui lui seront confiés par un client.

Le niveau de diplôme

Pour un traducteur qui souhaite travailler avec une agence française, le niveau de diplôme recommandé reste, en règle générale, le master. 70 % des agences situées en France ayant répondu au sondage le confirment. En ce qui concerne celles ayant leur siège à l’étranger, 69 % des agences interrogées se contentent d’un niveau licence.

Il faut savoir que même si des diplômes de l’enseignement supérieur seront grandement appréciés par les agences, celles-ci tiendront également compte de l’expérience au niveau de la pratique professionnelle des candidats. En effet, pour certaines agences, l’expérience est fondamentale et elles ne travaillent donc qu’avec des traducteurs ayant fait leurs preuves et disposant de plusieurs années d’expérience. Cela va témoigner de la capacité à traiter diverses situations et divers projets, mais aussi de l’enrichissement personnel qui en résulte.

Des agences françaises ont indiqué se fier aux critères de la norme ISO 17100, qui nécessite soit un diplôme, soit une expérience suffisante.
Un participant travaillant dans une agence mexicaine précise que sa méthode de recrutement est conforme à la réglementation légale du Colegio de Traductores, Intérpretes y Peritos del Estado de Tabasco.

Le niveau de langue

En France, les agences exigent la plupart du temps un niveau de langue C1/C2 (selon l’échelle du CECRL) pour les traducteurs concernant la langue source. Avoir une bonne maîtrise et une bonne méthodologie est primordial. Parfois, les tests suffiront à indiquer le niveau de compréhension de la langue source (sujet abordé ci-dessous).

Pour ce qui est des réponses des agences situées hors de l’Hexagone, certaines ont un système d’évaluation interne. Par ailleurs, un répondant de la Nouvelle-Zélande a indiqué qu’il évaluait les compétences en anglais (langue cible) à l’aide des scores de l’IELTS et qu’il préfère que les traducteurs soient titulaires d’un diplôme de traduction ou bien qu’ils soient membres de NZSTI ou de NAATI, si possible.

Les domaines de spécialisation

Concernant les domaines de spécialisation, les avis restent mitigés : environ la moitié des agences ayant répondu au sondage n’en exige pas nécessairement, tandis que l’autre moitié estime que cela reste essentiel pour un traducteur. Cela dépendra des exigences du projet/client pour lequel le traducteur sera recruté.

Ensuite, si vous êtes traducteur, lorsque vous précisez vos domaines de spécialisation, veuillez indiquer uniquement les domaines dans lesquels vous êtes sûr de garantir une traduction parfaite, et ce, quelle que soit la difficulté du document source.

Attention : si un traducteur annonce qu’il a plusieurs domaines de spécialisation, cela risque de paraître suspect au recruteur qui pourrait avoir des doutes quant à la qualité et la véracité de ce qu’affirme le candidat.

Les compétences techniques essentielles

En raison de l’informatisation croissante du métier, les traducteurs qui veulent réussir à s’intégrer devront absolument maîtriser les outils de suite bureautique comme Word, Excel et PowerPoint (60 % des agences le confirment). Effectivement, des connaissances informatiques de base vont être nécessaires et même essentielles. Pour se démarquer, la maîtrise d’autres logiciels (comme InDesign et Photoshop) sera un avantage certain.

Une autre compétence primordiale pour le traducteur et de plus en plus demandée aujourd’hui par les agences est la maîtrise et l’utilisation d’un ou plusieurs logiciels de TAO (77 % des agences le confirment). Elle permet d’optimiser la productivité pour les missions de traduction.

Néanmoins, certaines agences ont précisé que même si une expérience avec les outils de TAO est préférable, le plus important reste avant tout la qualité du travail d’un candidat qui sera constatée grâce aux tests. Ces agences ont donc déclaré être prêtes à s’adapter si le traducteur est très bon. Elles sont convaincues que ces compétences peuvent s’acquérir assez rapidement si le traducteur est motivé et un peu débrouillard.

Les compétences supplémentaires

En revanche, un traducteur ne sera pas obligé de disposer de compétences en gestion de projets. Quasiment toutes les agences sondées ont répondu qu’un traducteur n’en a pas besoin. Toutefois, s’il n’y a pas d’exigence particulière à ce sujet, un traducteur désorganisé dans sa gestion fera perdre du temps à l’entreprise (retard sur les livraisons, erreurs sur la facturation…).

Le traducteur doit avoir entre autres les qualités suivantes :

  • Autonomie ;
  • Capacité à gérer son stress ;
  • Capacité d’organisation et d’adaptation…

Un autre aspect intéressant à mettre en valeur lors d’une candidature sont les soft skills. Si vous êtes traducteur et que vous souhaitez que votre contrat dure au sein d’une agence et que la collaboration se passe bien, ils sont fondamentaux.
Tout d’abord, on y retrouve les compétences sociales et humaines (il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à travailler en équipe). L’intelligence émotionnelle en fait aussi partie (elle sera essentielle notamment lors d’un feedback). Des compétences en matière de gestion du temps et une grande réactivité sont indispensables. De plus, vous devrez savoir vous montrer débrouillard et être capable de résoudre seul les problèmes techniques.
Une bonne communication et le sérieux seront un vrai plus (il est important d’indiquer ses disponibilités aux gestionnaires de projets, de les avertir lorsque l’on est absent, etc.).

Selon les projets, l’agence pourra exiger d’autres critères : des connaissances en SEO, des capacités en copywriting, en transcription ou dans la manipulation de fichiers de sous-titres… Si vous disposez de compétences additionnelles (telles que la révision, PAO, localisation, etc.), n’oubliez pas de les mentionner.

En outre, vous pouvez lister certains documents sur lesquels vous avez travaillé, sans rentrer dans les détails pour ne pas enfreindre les clauses de confidentialité.

Enfin, une dernière étape et pas des moindres, sera de veiller à la qualité de son expression écrite qui est le cœur du métier de traducteur. Votre candidature doit être rédigée dans une langue irréprochable avec une grammaire parfaite. Montrez votre rigueur, votre précision et que vous maîtrisez la langue.

La candidature spontanée

Un autre cas de figure peut se présenter, vous êtes traducteur et vous avez repéré l’agence pour laquelle vous voulez à tout prix travailler. Cependant, ladite agence semble ne chercher aucun traducteur. Je n’ai qu’une chose à vous conseiller : osez proposer vos services à cette agence qui vous fait de l’œil ! En effet, 80 % des agences ayant répondu au sondage ont déclaré accepter les candidatures spontanées. Alors lancez-vous en envoyant votre CV optimisé pour le poste que vous souhaitez occuper dans l’agence et en rédigeant une lettre de motivation soignée pour l’accompagner. S’il est vrai que cette dernière n’est plus obligatoire partout, faire l’effort supplémentaire d’en rédiger une ne pourra qu’augmenter vos chances de faire bonne impression auprès de l’agence.

Pour éviter que votre mail soit placé directement dans la corbeille à son arrivée, il est essentiel de soigner l’objet de celui-ci. Il vous faudra être concis, direct et précis. Avant de l’envoyer, mettez-vous à la place du recruteur et demandez-vous si l’objet donne envie de consulter le contenu du mail.

Un bon moyen de se démarquer lorsque vous présentez votre candidature serait de le faire par téléphone, voire en personne. Effectivement, le métier de traducteur repose principalement sur une communication par e-mails, c’est pourquoi très peu de traducteurs prennent la peine d’appeler l’agence de leur choix pour candidater. C’est assez dommage, car dans l’agence où j’ai effectué mon stage, le Vendor Manager m’avouait que « le fait de pouvoir mettre une voix sur un traducteur et d’avoir un contact humain » peut avoir une influence positive sur les suites données à la candidature. De plus, cela prouve une certaine motivation.

Un point clé pour vraiment faire la différence est de se renseigner sur l’entreprise. Il vous faudra alors adapter votre candidature en fonction des spécificités de l’agence en question. La personne chargée du recrutement sera sensible à l’intérêt porté concernant les objectifs ainsi que le mode de fonctionnement de l’agence.

Un autre point important avant de candidater sera de s’informer sur le recruteur. D’une part, ce sera un gain de temps pour vous, et d’autre part, votre profil aura plus de chances d’être étudié. Il ne faut donc pas se précipiter sur le formulaire de contact qui se trouve sur le site Web de l’agence comme d’autres personnes le font. Ayez conscience qu’il existe bien souvent un Vendor Manager dans les grandes agences de traduction, qui se chargera de constituer un réseau de linguistes. Pour ce qui est des petites et moyennes agences, cette mission sera souvent confiée aux chefs de projets.

Le recours à des sites/réseaux professionnels

On nous vante souvent l’utilisation des sites et réseaux sociaux professionnels dans la recherche d’emploi. Les résultats du sondage le confirment : j’ai constaté qu’une grande majorité de ces entreprises les utilise pour rechercher des traducteurs, tandis que 16 % n’ont pas recours à cette méthode.

ProZ est la plate-forme la plus utilisée avec LinkedIn (elles sont utilisées respectivement par 68 % et 60 % des participants au sondage). Cependant, il existe d’autres sites où il est possible de rechercher des traducteurs : 39 % des agences utiliseront TranslatorsCafé, tandis qu’une seule agence sur 62 aura recours à Zoho. Je tiens toutefois à préciser que cette question autorisant un choix multiple, le pourcentage total est donc supérieur à 100 %. D’autres sites comme Translationdirectory, Translatorsbase, les sites associatifs de la SFT, l’ATA, CBTI, mais aussi Theopenmic peuvent également vous être utiles lors de votre intégration sur le marché de la traduction.

Voici quelques méthodes alternatives utilisées par nos collègues étrangers :

  • Se rendre sur les sites Web locaux de demande d’emploi ;
  • Aller sur Smartcat Marketplace ;
  • Parcourir Facebook ;
  • Rechercher des fournisseurs lors de conférences et d’évènements du secteur (dépendant du projet).

La fréquence du recrutement

En ce qui concerne la fréquence du recrutement, nous avons encore d’une part, les agences pour qui cette étape se fait « rarement » (35 %) et d’autre part, celles où cela se fait « souvent » (42 %). Il faut bien entendu tenir compte des vagues de candidatures qu’ils reçoivent. C’est ainsi que pour certaines agences, la fréquence de l’étape de recrutement variera selon la demande, en fonction des besoins de leur équipe.

Voici pour finir quelques-unes des réponses du sondage que j’ai souhaité partager avec vous en raison de leur singularité :

« Nous recrutons toujours pour répondre à un besoin […]. Le recrutement est assez rare pour notre part, car notre équipe de traducteurs est en place depuis de nombreuses années pour plusieurs raisons (parmi lesquelles figurent la confiance, la cohérence, le suivi client et la qualité bien entendu). » ;

« Je suis Vendor Manager et je recrute tous les jours ! » ;

« We don’t have a huge pool of translators. We nurture our vendor relationships and have a 99% retention rate (they are always available to take more projects on a daily basis). There is a logic behind it. For instance, we offer our clients handpicked professionals who can really express their message in a given language. If we have to take something really big, we ask for recommendations internally. ».

Un éventuel entretien/test

En fonction des qualifications des traducteurs, une première sélection sera effectuée. Il se peut alors que l’agence auprès de laquelle vous avez postulé vous contacte pour un éventuel entretien (environ 35 % des participants ont déclaré en mettre un en place). Il sera alors primordial de savoir convaincre en quelques minutes pour mettre toutes les chances de votre côté.

Après une sélection des profils, pour bon nombre d’agences (environ 80 % des agences interrogées), il se peut aussi que vous soyez soumis à un test avant d’avoir une chance d’être intégré à leur équipe. Ce dernier va avoir pour but d’évaluer un certain nombre de critères indispensables chez un traducteur (qualités stylistiques, réactivité, connaissances techniques et linguistiques, mais également sérieux et capacité à respecter les délais imposés). Il permettra donc de vérifier que vous serez capable de vous conformer aux attentes de l’agence et du client, notamment par le contrôle de la qualité du texte fourni (cohérence, fidélité à la source, fluidité…).

Par ailleurs, le recrutement peut parfois se faire sur recommandations ou par réseautage (60 % des agences confient avoir recours à cette méthode).
Notez également que certaines agences profitent des stages de fin de formation pour former les stagiaires afin de les recruter à l’issue de celui-ci.

Le début de la collaboration

Une fois toutes ces étapes passées, les candidats sélectionnés par l’agence seront intégrés à sa base de données et recevront par la suite des missions de traduction. Au début de la collaboration, il est nécessaire pour les agences de s’assurer et de contrôler le travail fourni des traducteurs. Certaines agences leur attribueront ainsi une note de départ. Ce système permet de savoir quels projets pourront leur être assignés grâce à un degré de complexité déterminé lors de la notation (qui évoluera après chaque projet). De plus, ce système permettra un suivi des traducteurs dans le temps.

Pour finir, ce qui comptera vraiment, ce sera le retour du client. Sa satisfaction doit être bien évidemment prise en compte pour évaluer le travail du traducteur. Cela lui permettra ainsi d’améliorer ses performances.

Je tiens à remercier les agences de traduction qui ont pris le temps de répondre à mes questions afin de m’aider dans la rédaction de cet article, mais aussi Intertranslations où j’ai beaucoup appris lors de mon stage.
Je remercie également Nancy Matis qui m’a gentiment aidée dans le partage du sondage.

*Il m’est possible de vous envoyer les résultats de ce sondage anonyme qui est composé d’une soixantaine de réponses (une partie en français, l’autre en anglais). Si tel est votre souhait, vous pouvez me contacter par mail : marie.castel.etu@univ-lille.fr.

Bibliographie

SFM TRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : Interview avec Harmonie Blondel Henderson [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.youtube.com/watch?v=CgG2OenGe74&feature=youtu.be>

HDMTRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : quelques conseils clés [en ligne]. (01/11/2020). <http://www.hdmtraduction.com/prospecter-les-agences-de-traduction-quelques-conseils-cles/>

SOTRATECH. Sélection de traducteurs : comment faire le bon choix ? [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.sotratech.com/sotratech/blog/70-selection-de-traducteurs-comment-faire-le-bon-choix.html>

ANYWORD. Recrutement des traducteurs professionnels : les critères d’Anyword [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.anyword.fr/selection-des-traducteurs/>

À la rencontre du Bureau des Traductions

Par Élise Ventre, étudiante M2 TSM

Vous vous demandez certainement, mais qu’est-ce que c’est que ce Bureau des Traductions ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une institution ? D’une agence spéciale ?

Eh bien oui, vous avez la bonne réponse. C’est bien une agence un peu spéciale. C’est en fait le service qui s’occupe de la traduction au sein de l’équipe du journal Courrier international. Mais si, je suis sûre que vous connaissez. C’est ce journal qui publie en français des articles provenant du monde entier. Que vous soyez traducteur, ou tout simplement passionné par l’actualité du monde, vous devez bien l’avoir feuilleté au moins une fois.

Courrier international, qui a pour slogan « un autre regard sur l’actualité », présente à un lectorat français des nouvelles du reste du monde. Créé en 1990, cet hebdomadaire publie du contenu issu de plus de 1 500 sources du monde entier et de divers formats (journaux mais aussi blogs). En 1996, le site courrierinternational.com est lancé. En plus de la diffusion des articles en version numérique, certains contenus exclusifs tels que des vidéos y sont disponibles. Il est également possible de poster des commentaires et, ainsi, de discuter less sujets évoqués. Les articles sont classés par rubrique, nous permettant de trouver facilement du contenu autour du thème qui nous intéresse (France, Économie ou Sciences sont des exemples de ces catégories).

Ce journal regorge évidemment d’articles traduits. En tant que future traductrice, j’ai donc voulu en savoir plus sur les méthodes de travail employées pour ce type d’exercice, à savoir la traduction journalistique. Allons découvrir ce qu’il se passe dans les coulisses de ce service hors-norme.

Je tiens à remercier Leslie Talaga pour le temps accordé à répondre à mes questions.

Présentez-nous votre équipe (nom, prénom, poste, formation, langues de travail…)

Nous sommes 10 salariés francophones de tous âges et nous travaillons chacun dans deux à quatre langues étrangères. Les langues traduites par les salariés et une équipe de correspondants et traducteurs indépendants sont l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le portugais, l’italien, le catalan, le roumain, l’ukrainien, le russe, le japonais, le chinois, le suédois, le danois, le coréen, l’arabe, le polonais, le néerlandais, le hongrois, l’indonésien, le grec, le serbo-croate, le tchèque, le farsi, le bulgare, l’hébreu – toujours vers le français.

Nous avons en majorité des formations littéraires, le plus souvent un master en traduction de l’ESIT, de l’ISIT ou de Paris-Diderot, ou encore un master LCE.

Quelles sont les principales qualités à avoir pour faire partie de votre équipe ?

Outre un intérêt pour l’actualité du monde et des langues, il faut faire preuve de rapidité et de réactivité. Le rythme impose de savoir aller à l’essentiel, d’avoir une bonne capacité d’adaptation et d’apprécier le travail en équipe. La curiosité est bien sûr indispensable !

Votre travail, c’est plus du journalisme ou de la traduction ?

C’est de la traduction journalistique. Nous travaillons sur des articles qui sont sélectionnés par une équipe de rédacteurs.

Tout traducteur est au service à la fois de l’auteur du texte et du destinataire : dans notre cas, la source est journalistique et notre lecteur doit retrouver en français les caractéristiques d’un article de presse.

C’est un travail de journalisme au sens où, pour donner à lire un article en français, nous faisons des recherches documentaires, nous croisons les sources, nous faisons des vérifications qui mettent en parallèle le contexte de départ et la culture générale d’un lecteur de Courrier (la nôtre !), afin de faire les adaptations et la contextualisation nécessaires à la compréhension.

Le résultat doit être un article rédigé dans un français fluide dont on ne soupçonne pas que c’est une traduction, et qui respecte le style de l’auteur et plus globalement le style journalistique.

Comment se déroule votre travail ? Qui choisit les articles qui seront traduits ? Des journaux vous ont-ils déjà suggéré leurs articles ?

La rédaction du journal est atypique : une trentaine de rédacteurs en interne, auxquels s’ajoutent des correspondants, lisent la presse étrangère selon une organisation géographique et thématique (ex de rubriques : Europe, Amérique latine, Sciences, Économie). Ils font des sélections que valide la rédaction en chef. Les articles sont présentés seuls ou dans le cadre d’un dossier.

Les traducteurs, s’ils ont forcément des spécialités et des prédilections, doivent pouvoir aborder n’importe quel texte dans leurs langues de travail : il faut ainsi être capable de comprendre un article sur les dernières avancées scientifiques en génétique comme les références et sous-entendus dans un texte sur la politique d’un pays ; il ne vous aura pas échappé qu’on ne peut pas traduire si on ne comprend pas bien le texte d’origine.

L’entraide permet de se sortir des passages délicats.

Si vous devez traduire un article dont la langue originale n’est maîtrisée par aucun traducteur de votre équipe, comment faites-vous ?

Le service traduction (salariés) et ses pigistes traduisent toutes les langues qui sont lues par les journalistes “sélectionneurs” : nous n’avons donc pas de demande de traduction dans des langues qu’aucun de nous ne maîtrise.

Racontez-nous une journée type. Pouvez-vous nous dire combien d’articles ou de mots sont traduits chaque jour par votre équipe en moyenne ?

La semaine a longtemps été rythmée par la fabrication de l’hebdomadaire papier, dont les cahiers sont envoyés à l’imprimerie le lundi et le mardi : nous traduisions les articles de fond (dits “froids”) en milieu de semaine et les papiers d’actualité forte (dits “chauds”) le lundi et le mardi, à traiter en urgence car envoyés le plus tard possible avant le bouclage. Ce rythme a été bouleversé par l’avènement du web, qui est alimenté en continu.

Avec les pigistes et pour les fois où nous sommes en télétravail, nous utilisons Slack pour communiquer à longueur de journée.

Les contenus à traduire sont envoyés par la rédaction via un CMS (content management system), ou interface de gestion des contenus, sur lequel travaillent l’ensemble des services du journal, de la sélection à la maquette : la traduction est la première étape de ce que l’on appelle le “circuit de la copie”. Nous traitons les envois en fonction de l’urgence principalement, et non de nos affinités pour tel ou tel sujet.

L’organisation d’une journée pour un traducteur est variable : on peut se consacrer au même article sur plusieurs jours s’il est très long et/ou complexe, comme on peut traiter plusieurs textes plus brefs sur une même journée. Le plus souvent, nous gérons plusieurs temporalités simultanément et nous sommes amenés à avoir sur le feu un long article, un plus court et des brèves, au fil des demandes que nous recevons.

L’intérêt et la difficulté de notre travail résident dans la nécessité de basculer très vite d’une langue à une autre (2 à 4 langues étrangères par personne), et d’un sujet à un autre : situation politique d’un pays, innovations scientifiques, phénomène culturel ou artistique qui est passé inaperçu en France.

Outre les articles, nous traduisons des dessins de presse et nous sous-titrons des vidéos. Certains d’entre nous sont également chargés de rubriques (Histoire) et depuis peu, dans le sillage de nos comptes sur les réseaux sociaux, le service propose et publie des articles et des revues de presse autour des langues (www.courrierinternational.com/sujet/traduction).

Le rythme est généralement compris entre 6 et 15 feuillets de 1 500 signes par jour. Une cadence qui varie considérablement selon la langue de départ (le japonais prend plus de temps que l’espagnol, par exemple), la difficulté du texte, la familiarité du traducteur avec le sujet, mais aussi les impératifs de publication (et bien sûr l’état de forme de chacun). On traduit aussi plus ou moins vite selon qu’on a un seul article sur le feu, ou que l’on doit jongler entre plusieurs contenus.

Utilisez-vous des logiciels de Traduction Assistée par Ordinateur ? Si oui, lesquels ? Que pensez-vous de la traduction automatique ?

Non, car la traduction à Courrier s’apparente à la traduction d’édition : une mémoire alimentée grâce à un logiciel de TAO ne remonterait que très rarement des segments utiles. L’écriture de presse ne présente pas le même type de répétitions que les textes d’une organisation internationale, d’une ONG ou d’une marque, qui sont susceptibles d’avoir une terminologie et une phraséologie spécifique et unifiée. De notre côté, nous reprenons une multitude de journalistes qui ont chacun leur plume et la sélection fait en sorte d’être variée.

Au sein du journal, il est utile en revanche de constituer des lexiques sur des thèmes récurrents (élections, armées, justice, par exemple), qui permettent à la fois de gagner du temps s’ils sont mobilisés et d’employer un vocabulaire riche et précis. C’est ce que nous faisons au fil de l’eau.

Enfin, la mémoire humaine du service n’est pas à négliger : nous travaillons ensemble depuis longtemps, certains membres de l’équipe ont des décennies d’expérience, et nous mobilisons les connaissances acquises par chacun, notamment dans nos domaines de spécialité. Nous échangeons beaucoup, que nous soyons ensemble dans le bureau ou à distance.

La traduction automatique n’est pas, dans son état actuel, adaptée à notre secteur. Ce serait une perte de temps de devoir reformuler, préciser et adapter un texte produit par un robot.

Sur vos comptes Instagram et Twitter, vous mettez en avant des mots en langues étrangères. Comment sont-ils choisis ?

Nos publications sur les réseaux sociaux sont le plus souvent inspirées par des mots, phrases et thèmes que nous croisons dans notre travail ou nos lectures. Les propositions peuvent venir de tout le service traduction, parfois aussi de journalistes de Courrier.

En traduisant, nous repérons des difficultés ou des bizarreries qu’il nous plaît d’expliquer ou de commenter. L’idée est de dévoiler (partiellement !) les coulisses de notre travail, afin de montrer la gymnastique qui permet de cheminer d’une langue à l’autre.

Et parce que nous ne nous lassons pas de la richesse des langues, nous faisons parfois des publications liées à l’air du temps et sans motivation journalistique, pour témoigner des concepts spécifiques à certaines cultures ou à certains pays.

Vous pouvez retrouver les articles de Courrier international sur leur site Internet : https://www.courrierinternational.com/

Il est également possible de suivre le Bureau des Traductions sur leurs comptes Twitter (https://twitter.com/bureaudestrads) et Instagram (https://www.instagram.com/bureaudestraductions/).