Petit plaidoyer pour l’allemand

Par Julian Turnheim, étudiant M1 TSM

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Voilà un sujet qui me tient à cœur !

Étant franco-autrichien, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu bilingue, un milieu dans lequel j’ai pu apprendre les deux plus belles langues du monde. Oui, je suis très objectif ! J’ai été imprégné des deux cultures.

Vous êtes donc très certainement en train de vous dire : « Un franco-autrichien ? Mais c’est un homme parfait ! » Eh bien, j’ai envie de vous répondre oui. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Bien qu’une très grande majorité des personnes voie dans la maîtrise de l’allemand un avantage évident, cette majorité semble avoir également un petit « problème » avec la langue allemande en elle-même. Ce billet de blog est pour moi l’occasion de démontrer que cette langue représente plus qu’un petit avantage. Je voudrais ainsi prouver aux Français qu’il s’agit de LA langue qu’il faut apprendre et cela aussi quand on veut devenir traducteur !

 

L’allemand, c’est quoi ?

Pour débuter, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de commencer par définir ce qu’est l’allemand.

Je ne vous apprends rien en disant que c’est une langue, une des langues indo-européennes appartenant à la branche des langues germaniques. Elle est la langue officielle en Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique mais également dans la région italienne du Tyrol du Sud. On retrouve aussi des communautés allemandes dans les pays frontaliers, dans les pays de l’Est de l’Europe mais également dans les anciennes colonies allemandes datant d’avant 14-18. Il existe même une communauté assez connue aux États-Unis dont le dialecte vient du bas allemand (Spoiler : ce sont les Amish). Vous voyez, ils sont vraiment partout ces Allemands !

Elle se compose d’un très très grand nombre de dialectes. Le Schwitzerdütsch par exemple, qui est parlé en Suisse. Bien que, pour être tout à fait franc, on ne dirait même plus de l’allemand.

Guten Tag, Moin, Hallo, Servus, Griaß di, Grüss Gott, Grüezi, Grüessech, Hoi, Moien, … Voilà quelques façons de dire bonjour dans les pays germanophones. C’est beaucoup, n’est-ce pas ? Pour que tous ces germanophones se comprennent, ils utilisent le Hochdeustch, aussi appelé le Standarddeutsch (allemand standard en français). Lorsque je ferai référence à la langue allemande dans ce billet de blog, je ferai bien évidemment référence au Hochdeutsch.

Traduire la langue maternelle la plus parlée d’Europe

L’allemand est l’une des langues les plus influentes dans le monde. Étant la langue officielle de 6 pays, une des 24 langues officielles de l’Union européenne et comptant près de 100 millions de locuteurs, elle a tous les prérequis pour occuper une grande place dans le monde de la traduction. C’est particulièrement vrai pour la France. L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France. Les sociétés allemandes sont, au coude à coude avec les sociétés nous venant des États-Unis, celles qui emploient le plus en France. Par conséquent, on retrouve beaucoup d’entreprises françaises et allemandes qui échangent entre elles, qui communiquent, qui vendent dans le pays de l’autre. Ces entreprises auront besoin de traductions pour leurs sites, pour les textes sur les emballages de leurs produits, pour la notice de ces mêmes produits ou encore pour des documents officiels. Pour ces traductions on aura bel et bien besoin de traducteurs.

Pour analyser la situation de l’allemand sur le marché de la traduction en France, je vais me permettre de comparer l’allemand à l’espagnol. Ce sont les deux grands géants après l’anglais même si le terme « géant » définit finalement assez mal l’allemand. Surtout au regard de son enseignement en France mais nous en parlerons plus loin. Dans cette partie je vais me concentrer exclusivement sur les tarifs pratiqués sur le marché de la traduction.

Avant de commencer cette partie, je me suis posé ces questions : pour devenir traducteur, quelle est la langue la plus adaptée ? Quelle est la langue qui permet le meilleur équilibre entre la difficulté de l’apprentissage, la demande en termes de traduction et le revenu ? Est-ce l’allemand ? Pour la France, c’est très certainement une réponse possible.

Analysons l’enquête de 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction menée par la SFT (Syndicat national des traducteurs professionnels). Ce qui nous intéresse tout particulièrement est la partie concernant les statistiques sur les prix par langue. Nous pourrons comparer les tarifs appliqués en 2008 et en 2015.

Tout d’abord, intéressons-nous aux tarifs des traducteurs pour leurs clients directs. En 2015, le prix moyen au mot pour la paire de langue DE>FR était de 0,17 € et en 2008 de 0,16 €. Ce qui représente donc une évolution de 6,25 %. Pour la paire de langues ES>FR, le prix moyen au mot était de 0,13 € en 2015 comme en 2008.

En ce qui concerne les prix appliqués par les agences, la situation reste similaire. Pour la paire de langue DE>FR, le prix moyen par mot était de 0,12 € en 2015 comme 2008. Pour ES>FR, ce prix était de 0,09 € en 2015 et de 0,10 € en 2008. On observe donc également une baisse pour l’espagnol.

On remarque globalement un écart de 0,02 € à 0,03 € entre l’allemand et l’espagnol. Par ailleurs, on retrouve ce même écart dans la traduction d’édition. La dynamique actuelle est donc simple : les tarifs de l’espagnol sont en baisse et ceux de l’allemand en hausse avec un écart qui se creuse petit à petit. Le traducteur germaniste est mieux payé que le traducteur hispaniste. Il faudra néanmoins attendre la prochaine étude de la SFT pour confirmer cette tendance. Je serais pourtant prêt à parier qu’elle va belle et bien se confirmer. Puisque c’est la loi de l’offre et de la demande qui est déterminante, il suffit de regarder l’enseignement de l’allemand en France.

Crise de l’enseignement de l’allemand

Un traducteur ça ne pousse pas comme ça au milieu des champs. Ce n’est pas une graine que l’on plante et qu’il suffit d’arroser pour en faire une fleur. Quoique … Un traducteur il faut bien le former. Cet apprentissage commence dès la jeunesse, au collège. C’est là que commence l’apprentissage des langues pour la très grande majorité des petits Français. C’est aussi à ce moment-là que beaucoup, à mon avis, font le mauvais choix : ils choisissent l’espagnol.

Seulement 15,4 % des élèves de l’école secondaire font le choix d’apprendre l’allemand contre 39,7 % pour l’espagnol.

Ils font ce choix parce que l’espagnol est plus attractif, plus facile, plus « caliente ». À côté de ça, la langue de Goethe est réputée difficile et souffre d’une très mauvaise image. Thérèse Ouchet, professeure d’allemand le résume bien dans le Figaro, le 21 janvier 2013 : « L’espagnol est réputé facile, l’allemand difficile. Les nombreux films sur la Seconde Guerre mondiale ont un impact. On entend beaucoup de bêtises sur le temps toujours gris en Allemagne versus le soleil espagnol !»

Ce qui en résulte : une crise. Les enquêtes de l’ADEAF, l’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France, démontrent bien qu’il y a une véritable crise de l’allemand en France : baisse des heures d’allemand au collège, situation catastrophique des enseignants d’allemand, mauvaise qualité de l’enseignement, manque de professeurs compétents (en 2017, au CAPES d’allemand, seulement 125 candidats ont été admis pour 345 postes), … Les inquiétudes concernant la rentrée 2019 persistent.

 

L’allemand est bel et bien en crise. C’est ce que nous confirme Iris Böhle, traductrice assermentée au Tribunal de Grande Instance de Douai et directrice de sa propre école de langue. Ce sujet est donc sa tasse de thé. Interview ! (Traduit de l’allemand) 

Bonjour Iris, peux-tu te présenter, nous parler de ta carrière ?

Je m’appelle Iris Böhle, j’ai étudié en Allemagne, à Sarrebruck. En Allemagne, nous faisions déjà la distinction entre la traduction et l’interprétariat. Mon choix était clair : j’ai choisi la traduction. À cette époque, il n’y avait pas encore de Master, on parlait encore d’études « Magistra », études dont la durée était de quatre ans. Après avoir complété ce cursus, j’ai dû choisir une spécialisation. En Allemagne, on avait le choix entre l’économie, le droit ou les technologies. À l’époque, j’ai choisi les technologies avec une expertise dans l’industrie automobile.

Et ensuite ? Tu es venue en France ?

Exactement ! Je suis venue en France pour des raisons personnelles. J’ai d’abord postulé à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes pour commencer à travailler. Au départ, je voulais juste obtenir une liste de toutes les entreprises exportatrices de Valenciennes, Douai et Lille. On m’a finalement proposé un poste pour devenir professeure d’allemand, ce que j’ai accepté. Je jongle depuis juillet 1984 entre l’enseignement, la traduction et l’interprétariat. Ce qui m’a surprise au début, c’est que je travaillais davantage comme interprète que comme traductrice. Je n’avais pas la formation requise mais ce n’était pas un problème, ça m’amusait. Néanmoins, je ne le fais plus autant qu’avant, parce que ça demande énormément de concentration. Je gère ma propre entreprise depuis 2002, je n’ai donc plus le temps pour ce genre de requêtes. Parfois, il m’arrive de travailler comme interprète lors de visites d’entreprises. Cela permet d’entretenir le contact avec les gens. Tu n’as pas ça avec la traduction « écrite » : tu es chez toi, ce qui peut sembler tentant, mais parfois tu es seul, tu dois être très rigoureux, respecter les délais et j’en passe. Ce n’est pas toujours simple.

Comment en es-tu arrivée à la traduction assermentée ?

Je suis traductrice et interprète assermentée depuis décembre 1999. L’idée m’est venue lorsque j’ai commencé à obtenir de plus en plus de contrats à traduire, ce que tu ne peux faire, que si tu es assermenté, naturellement. J’ai donc déposé ma demande auprès du Tribunal de Grande Instance de Dunkerque. Aujourd’hui, 90% des demandes que je reçois sont des traductions assermentées.

Par curiosité, quel type de documents traduis-tu ?

En ce qui concerne la traduction assermentée, je traduis, entre autres, des contrats de location, des contrats de travail, des documents bancaires et des documents sur des affaires pénales, toutes sortes de choses.

Passons maintenant au sujet central : que penses-tu de l’allemand ? Comment trouves-tu cette langue qui est ta langue maternelle ?

 Ce n’est certainement pas une langue mélodique. L’italien c’est mélodique, c’est de la musique.

On dit souvent que l’allemand est une langue militaire, que c’est une langue parfaite pour donner des ordres, mais cela dépend aussi de la voix de la personne. On dit aussi que les langues slaves sont dures, mais ce n’est pas vrai. Quand j’entends de temps à autre des Français parler allemand, il m’arrive de me dire que ce n’est finalement pas une belle langue.

Comment perçois-tu la situation de la langue allemande en France ?

Pour moi, la situation est plutôt critique. Au collège, je dirais que le rapport national entre l’allemand et l’espagnol en France est probablement d’environ 85% d’hispanistes pour 15% de germanistes, ce qui est totalement absurde. Beaucoup de Français négligent l’allemand. Un collégien n’est souvent pas conscient de l’importance que peut avoir l’allemand. J’en veux aux enseignants d’espagnol pour cela. Ils se battent tous pour leur matière au lieu de penser à l’avenir des enfants. Pendant trois mois, j’ai comparé les offres d’emploi dans le secteur de l’industrie et du commerce en France et environ 90% des emplois avaient l’allemand comme deuxième langue étrangère recherchée. Mes enfants ont toujours trouvé un job d’été grâce à l’allemand.

Comment vois-tu l’avenir de l’allemand ? Penses-tu que la situation va s’améliorer ?

Je ne pense pas que les choses s’amélioreront dans les écoles. En revanche, pour ceux qui ont appris l’allemand et qui le maîtrisent bien, l’avenir est assuré, parce que les relations économiques entre la France et l’Allemagne existeront toujours. D’ailleurs, là où il y a beaucoup d’entreprises, il y a aussi beaucoup à traduire (à bon entendeur).

Que dirais-tu à un collégien qui doit choisir entre les deux langues ?

Je lui dirais que la meilleure garantie pour trouver un emploi est de savoir parler et écrire en allemand. Je peux le dire d’après ma propre expérience. On disait autrefois que l’allemand n’était réservé qu’à une élite. C’est évidemment la plus grande des absurdités. Aujourd’hui, tout le monde a la chance de pouvoir apprendre l’allemand.

J’ai déjà tenu des conférences sur le sujet dans les écoles ici. J’ai toujours insisté auprès des parents pour qu’ils incitent leurs enfants à choisir l’allemand au lieu de l’espagnol en deuxième langue étrangère. L’espagnol et l’italien sont des langues pour les vacances. Les Chinois l’ont compris, ils apprennent tous l’allemand depuis une dizaine d’années. Alors choisissez l’allemand !

Conclusion

Il est vrai que comparé à l’espagnol, l’allemand est plus difficile à apprendre pour un francophone. Cette difficulté persiste également lors de la traduction. L’allemand est une langue beaucoup plus directe, moins abstraite qui n’aime pas laisser place à l’interprétation. Sa structure syntaxique est bien évidemment très différente du français et, lors de la traduction, la reformulation est presque incontournable. Ce ne sont pour autant pas des raisons pour ne pas apprendre l’allemand. N’oubliez pas, toute crise est porteuse d’opportunité !

Il y a énormément de raison d’aimer l’allemand, des raisons qui ne sont pas que financières ou professionnelles. Derrière cette langue se cache une grande histoire, une culture riche.

Certes, je n’y suis pas allé de main morte avec l’espagnol. Une langue aussi magnifique qui mérite totalement son succès. C’est plutôt la souffrance de l’allemand que je voulais mettre en exergue.

Je vous remercie d’avoir lu mon billet de blog und wünsche Ihnen einen schönen Tag !

 

SOURCES :

Riegler-Poyet, M. (22/10/2018). L’allemand, un atout pour l’insertion professionnelle – ADEAF.

Clerc T., Goldmann K., Hombach-Bouchet B., Bouchet J.-A., Bey C. (30/10/2017). ADEAF Enquête Nationale rentrée 2017.

Dalmas M. (09/10/2017). Intervention dans le cadre du « Notre rapport à la langue – Cultures linguistiques en France et en Allemagne : Différences, contacts, passages ». Sptg.de.

Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse (2019). Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, édition 2009. Statistiques des langues enseignées dans le système éducatif français.

SFT, la Société française des traducteurs (2016). Enquête 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction

Marie-Estelle Pech, Patrick Saint-Paul, Mathieu de Taillac (21/01/2013) L’allemand ne séduit guère les élèves français… et vice-versa. Le Figaro

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Les erreurs de traduction : ce n’est pas qu’une histoire de mots !

Par Jeanne Delaunay, étudiante M1 TSM

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Les erreurs de traduction donnent du fil à retordre aux traducteurs. Lorsque l’on pense à celles-ci, on pense spontanément aux erreurs purement linguistiques, mais on a tendance à ignorer celles qui proviennent d’une méconnaissance de la culture source ou de la culture cible.

Si certaines erreurs sautent aux yeux à la lecture des documents, d’autres ne sont évidentes que par comparaison avec la langue source. Le traducteur ne se contente pas de traduire littéralement, il lit entre les lignes, décèle l’implicite et les sens cachés… Dans le domaine de la traduction juridique par exemple, le traducteur doit être spécialisé tant en langues qu’en droit et ne fait pas bon ménage avec l’approximation.

De nos jours, faire traduire un document constitue une véritable problématique pour les entreprises… C’est pourquoi certaines, dans un souci économique, préfèrent recourir à la traduction automatique. Et parfois, ça fait chou blanc… ce qui impacte l’image de la marque. Il est donc très difficile pour une entreprise de vérifier la qualité d’une traduction et, bien souvent, la confiance envers son traducteur ou son agence est en jeu. Voici quelques-unes des erreurs de traduction qui ont suscité la controverse :

  • En Chine, Mercedes-Benz a mal négocié son virage… Le constructeur est entré sur le marché chinois sous le nom de « Bensi » (« Pressé de mourir » en français). Vraiment pas une bonne appellation pour une entreprise automobile ! Heureusement, cette dernière a mis le pied au plancher et s’est fait rebaptiser « Benchi » (« La voiture qui vous donne des ailes » en français). Ça donne quand même plus envie d’acheter…
  • Un autre exemple concerne la brasserie américaine Coors. Ses dirigeants ont appris à leurs dépens que l’argot ne se traduit pas bien. Lorsque Coors a lancé sa campagne « Turn It Loose » sur le marché espagnol, eh bien… l’entreprise a quelque peu sous-estimé l’importance d’une traduction correcte. La version traduite du slogan n’était pas sans rappeler une expression communément interprétée comme « souffrir de diarrhée »… au lieu de « relâcher », « libérer ». Pas étonnant que cette bière n’ait pas rencontré le succès escompté !
  • Le slogan de la société Parker Pen a également fait couler beaucoup d’encre, bien que pour une raison différente. Celui-ci se voulait rassurant : « Il ne fuira pas dans votre poche et ne vous embarrassera pas ». Pourtant, lors de l’introduction de ces stylos bille haut de gamme sur le marché mexicain, la devise était la suivante : « Il ne fuira pas dans votre poche et ne vous mettra pas enceinte ». Explication : il s’agit d’un faux ami. Le terme espagnol embarazar ressemble à s’y méprendre à « embarrassant », mais signifie vraiment « attendre un enfant ». Toute personne apprenant la langue de Cervantes est vite mise au parfum des erreurs courantes telles que la confusion entre embarazada (« enceinte ») et « embarrassée »… L’habit ne fait pas le moine, donc !
  • Voici une erreur de traduction qui aurait pu mener bon nombre d’utilisateurs à se blesser. Le nom d’un produit d’entretien ménager vendu dans les quincailleries Home Hardware a été traduit par un autre corps chimique, lequel peut être dangereux lorsqu’il est en contact avec de l’eau : des éclaboussures peuvent gravement brûler la peau. Cet exemple montre que les erreurs de traduction nuisent non seulement à la réputation de l’entreprise, mais mettent aussi la vie de certains consommateurs en danger.
  • L’entreprise iranienne Paxam commercialise des biens de consommation divers et variés. Mais lorsqu’elle a souhaité rejoindre le marché anglophone, une erreur de traduction concernant leur lessive n’est pas passée inaperçue. En persan, elle s’appelle « Barf » (« Neige ») dans leurs campagnes marketing et a été traduite sur les étiquettes par « Vomi » en anglais. J’en connais qui ont dû se faire passer un savon…
  • Une erreur de traduction a suscité la polémique en 2013, avec l’un des bijoux de la marque de prêt-à-porter Mango. Des internautes ont dénoncé la présence sur le site français d’une collection de bijoux appelée « Esclave », mais la marque a plaidé pour l’erreur de traduction. En effet, en espagnol le mot esclava peut se traduire par « esclave » en français, mais également par « gourmette ». Cette erreur a déclenché un véritable tollé… Une pétition a même été lancée sur le site Change.org, sous l’impulsion de l’ancienne Miss France Sonia Rolland, entre autres. Heureusement, la correction a été effectuée rapidement.

Pour conclure, faire appel aux services d’une agence de traduction ou d’un(e) traducteur(trice) indépendant(e) éviterait donc une perte de temps et d’argent à ces entreprises. Comme nous l’avons vu, la traduction peut ainsi avoir de graves conséquences lorsqu’elle est bancale… Si vous souhaitez voir plus d’exemples d’erreurs de traduction qui ont traversé l’histoire, je vous invite à lire le billet d’Audrey Duchesne.

 

Sources :

Karen Renel-King, portrait d’une traductrice assermentée

Par Aurélien Vache, étudiant M1 TSM

Karen Renel King

 

Karen Renel-King, que nous appellerons simplement Karen, nous vient tout droit du pays de l’oncle Sam. Actuellement établie dans cette magnifique ville d’Amiens, elle peut vous traduire un contrat de droit commercial les yeux fermés (enfin, pas complètement).

La traduction assermentée, kézako ?

« Il s’agit de traduire de manière certifiée un certain nombre de documents, comme des actes de procédure, des actes d’huissier, des actes notariés, des pièces administratives, des actes de mariage ou de divorce, etc. Le traducteur assermenté est reconnu comme étant un officier ministériel qui certifie qu’un texte traduit (vers le français ou vers une autre langue) est une traduction fidèle et exacte d’un document original qui peut être rédigé en français ou en une autre langue. »

Se connaître, c’est quand même mieux !

Née dans le Midwest, Karen quitte sa mère patrie pour sa patrie d’adoption, la France, à l’âge de six ans. À l’instar de sa famille, elle ne parle pas un traître mot de français à son arrivée mais fait pourtant partie de la « tête de classe », laissant présager un avenir prometteur. Après avoir décroché son bac à Paris, Karen étudie à la Sorbonne et y obtient un DEA (le diplôme d’études approfondies est équivalent aujourd’hui à un Master 2) en traduction en 1982. Et depuis 1985, elle exerce notamment en qualité d’experte auprès de la Cour d’Appel d’Amiens, où elle traduit et interprète. Membre de la Guilde Européenne des Traducteurs, de la Société française des traducteurs (SFT pour les intimes) ainsi que de l’UNETICA (Union Nationale des Experts Traducteurs Interprètes près les Cours d’Appel), Karen a montré un intérêt croissant pour la traduction.

Karen, une traductrice chevronnée

Forte de presque trente années d’expérience dans le domaine de la traduction, Karen a notamment traduit pour de grandes marques et institutions telles que BNP Paribas, LCL ou encore Bonduelle. Elle est par conséquent très sollicitée, et réceptionne des demandes provenant des quatre coins du globe, mais surtout de l’Hexagone. Son expertise repose sur un large éventail de documents : des actes de mariage, des attestations de stage, des bulletins de salaire, des casiers judiciaires, des documents de fusion-acquisition, mais aussi des actes de naissance et des relevés de notes (liste non exhaustive, loin s’en faut). Karen peut rester une semaine sans sortir, ce qui contraste avec son âme de globe-trotteuse. Effectivement, lorsqu’elle est prise d’une envie d’évasion loin de la grisaille picarde, elle laisse son bureau à la disposition de son employée et saute dans le premier avion à destination d’un pays exotique (photo à l’appui). L’efficacité et la qualité de ses services ne sont plus à prouver, et elle reçoit beaucoup de demandes de stages. On lui a d’ailleurs déjà proposé de dispenser des cours de traduction à l’Université de Cergy-Pontoise, offre qu’elle a déclinée, car il est difficile de courir deux lièvres à la fois.

Être un bon traducteur, ça veut dire quoi grosso modo ?

Selon Karen, tout traducteur qui se respecte doit être rapide, organisé, doué d’une justesse des mots irréprochable et ne former plus qu’un avec l’orthographe. Exercer en tant qu’indépendant requiert en outre une concentration sans faille. C’est une compétence qui s’apprend et se développe, entre autres, par le yoga ou la méditation, et Karen en sait quelque chose puisqu’elle fait trente minutes de méditation par jour. La motivation du traducteur qui travaille à son compte est également mise à rude épreuve, et à juste titre : il s’avère qu’il est assez isolé, sauf s’il appartient à des réseaux. Karen, par exemple, connaît très peu de traducteurs, bien qu’elle soit en contact avec des agences parisiennes, lyonnaises et marseillaises. Par ailleurs, il est communément admis qu’un traducteur traduit vers sa langue maternelle. Toutefois, comme le rappelle judicieusement Lucie Lhuillier, « ce n’est pas toujours le cas dans la réalité ». En effet, il peut arriver qu’un traducteur traduise vers plusieurs langues. Karen en est la preuve, elle qui préconise de connaître chaque mot sur le bout des doigts et de ne pas trop recourir aux dictionnaires. Ce n’est pas une sinécure, j’en conviens, mais Karen souligne, d’une part, que les stages constituent pour le traducteur novice une étape très importante pour consolider ses connaissances théoriques et pratiques. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, pas vrai ? D’autre part, elle confie qu’il faut être bien dans sa peau et surtout aimer ce que l’on fait.

Traducteur, une profession aux multiples facettes

Nous sommes nombreux, Karen y compris, à affirmer que la traduction littéraire constitue une niche étroite, et qu’il faut donc savoir faire son trou ! Le traducteur littéraire est certes plus libre, mais il exerce une activité très spécialisée sans pour autant bien gagner son pain. Ça, ce n’est pas un scoop. Karen remarque que, d’une manière générale, le métier de traducteur est assez méconnu du grand public. Effectivement, force est de constater que, d’un point de vue extérieur, nous sommes loin de nous imaginer qu’un traducteur peut devoir comparaître au tribunal pour un mot mal utilisé ou omis, en particulier, cela va sans dire, dans les sphères technique et juridique. Puisqu’on parle de justice, il est également à noter qu’en matière de traduction assermentée, les règles varient d’une nation à l’autre. Ainsi, alors qu’en France « le traducteur assermenté est homologué par les juridictions de premier ou second degré » ou « par le ministère de la Justice », le système pratiqué en Angleterre ou aux États-Unis est assez différent : dans ces pays, il suffit de jurer de bien connaître la langue. En France (métropolitaine et d’outre-mer) en revanche, c’est sur dossier que les choses se jouent. Par ailleurs, Karen conseille d’exercer en libéral et d’adopter au départ le statut de micro-entrepreneur, car cela représente jusqu’à 32 000 euros de gains annuels. D’un autre côté, Karen signale que la traduction financière est très complexe : le vocabulaire diffère entre anglais britannique et anglais américain, c’est pourquoi il faut être extrêmement spécialisé. Le fait est qu’un spécialiste sera tout à fait à même de traduire rapports financiers et autres réjouissances de la sorte en deux coups de cuillère à pot, à condition toutefois de disposer de ses propres modèles. Gardons aussi à l’esprit que les traducteurs peuvent être amenés à traduire des guides divers et variés tels que ceux de la collection « Pour les Nuls » (For Dummies en anglais). Alors, lorsque vous vous délecterez à la lecture du bouquin qui vous fera passer de Padawan à Maître Jedi en crochet ou en dessin, vous aurez une petite pensée pour la personne qui l’a traduit en français.

Profession traducteur freelance : le bon grain et l’ivraie

Comme tous les métiers, celui de traducteur freelance présente ses avantages et ses inconvénients. Comme son nom l’indique, le traducteur freelance dispose de plus de liberté. Cependant, Karen rappelle qu’il s’agit d’un métier difficile qui, répétons-le, nécessite d’être très concentré, dans sa bulle, et qui peut entraîner des soucis de santé dus à un trop-plein de stress. De plus, Karen regrette que les clients se permettent parfois d’appeler tard dans la soirée et le week-end, au grand dam de sa famille. Notons que ces derniers ne comprennent pas forcément la traduction ni le fait qu’on ne traduise que vers une seule langue. À ce propos, certains professionnels de la traduction se plaignent de ne traduire que vers la langue de Molière. Karen constate de surcroît que le traducteur néophyte tend à accepter trop de demandes. Néanmoins, elle souligne enfin qu’un traducteur assermenté gagne mieux sa vie qu’un traducteur généraliste.

Les agences de traduction, une fausse bonne idée ?

C’est en tout cas ce que pense Karen, qui estime qu’à l’heure actuelle les agences n’embauchent pratiquement plus de traducteurs et que la tendance est à la gestion de projets de traduction. On pourrait aisément penser que les personnes recrutées par les agences de traduction passeront le plus clair de leur temps à traduire des textes en tous genres. Or, il semblerait que la réalité soit tout autre : à défaut de traduire, on s’occuperait d’établir les devis et de répondre aux clients. Karen considère que les agences sous-traitent parce que les charges deviennent chères, ce qui, d’après elle, serait de plus en plus le cas de nos jours. L’avantage qu’elle leur reconnaît, c’est qu’elles s’occupent de la prospection auprès des clients. Elle recommande tout de même de travailler pour les agences de traduction lorsque l’on débute, même si elle note que certaines d’entre elles ne paient pas, ou paient très mal.

En conclusion, j’espère que ce billet vous aura permis d’en apprendre un peu plus sur la traduction assermentée et, plus largement, sur le métier de traducteur. Ce portrait, dont la structure est assez singulière, je l’admets, a en effet pour vocation de sensibiliser le plus grand nombre aux différents aspects de cette profession qui, comme le raconte Margaux Bochent dans son article « Le traducteur vu par le monde extérieur », fait l’objet de nombreux préjugés et stéréotypes. Pour finir, j’adresse un grand merci à Karen pour ses précieux conseils et sa disponibilité.

 

Sources annexes

https://www.traductionassermentee.net/

https://unetica.fr/

https://www.village-justice.com/articles/traducteurs-assermentEs-accrEditEs,12910.html

Être traducteur en Allemagne : et pourquoi pas ?

Par Jordan Raoul, étudiant M1 TSM

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Fer de lance de l’Union européenne et industrie de pointe, l’Allemagne est le premier partenaire économique de la France. C’est donc une destination privilégiée pour les courageux, entre autres, qui se sont orientés vers l’apprentissage de l’allemand à partir du collège. Je suis moi-même, très intéressé par ce pays. La langue ainsi que les rencontres et les voyages que j’y ai faits m’ont poussé à envisager de m’y installer. N’étant pas encore traducteur, je n’ai pas la prétention d’être capable de comparer les deux pays. Néanmoins, j’ai pu, au cours des mois passés, interroger des traducteurs installés en Allemagne et recueillir des informations sur le marché allemand et la carrière que les traducteurs y mènent. Également en période de stage à Hamburg (pardonnez mon goût pour la non-traduction des noms de villes et de régions allemandes), j’ai l’occasion d’observer quotidiennement les relations entre les traducteurs, les clients et les gestionnaires de projets qui font le lien entre les deux.

 

Commençons par une petite présentation de nos protagonistes :

Charles Minnick est un traducteur américain installé à Brauschweig, dans le centre de l’Allemagne, depuis plus de 10 ans. Il travaille pour l’Établissement fédéral de technique physique (Physikalisch-Technische Bundesanstlat) où il fait principalement de la révision de textes traduits vers l’anglais.

Stephanie James vient d’intégrer le marché de la traduction. Elle vient de Nouvelle-Zélande mais son goût pour l’allemand l’a poussée à s’installer à Karlsruhe. Elle a été gestionnaire de projet pendant plusieurs mois avant de devenir traductrice à part entière. Bien que fraichement débarquée, son activité rencontre déjà beaucoup de succès.

Jess Schewel est une traductrice britannique installée, comme Charles, à Braunschweig. Après une formation qui s’apparente à la formation TSM et deux stages en Allemagne, elle a réalisé qu’elle était faite pour y rester. Elle traduit depuis 10 ans, elle est indépendante et travaille tant avec des agences qu’avec des clients directs.

Max Grauert GmbH est l’agence de traduction dans laquelle je suis actuellement stagiaire. Elle est située à Reinbek, près de Hamburg. Elle regroupe une petite équipe d’une quinzaine de personnes constituée essentiellement des gestionnaires de projets, mais emploie également des traducteurs à travers le monde, à distance, afin d’assurer le plus grand nombre de combinaisons de langues possible.

 

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Charles Minnick (à gauche), traducteur-réviseur à l’Établissement fédéral de technique-physique. Photo : Yuzhe Jia

 

« Alles, was einen Stempel hat, ist wertvoll ». En français, « Tout ce qui a un cachet officiel est précieux ». Ces paroles, que j’ai entendues plusieurs fois de la part d’acteurs du monde de la traduction allemand, font avant tout référence à une certification dont Charles me parlait déjà en novembre dernier. Il s’agit d’une sorte de diplôme d’État visant à faire certifier ses capacités de traducteurs et / ou d’interprète. Il s’agit d’un équivalent, si l’on veut, des certifications de niveau de langue, en cela qu’il n’est pas nécessaire de l’obtenir pour être traducteur en Allemagne. Charles Minnick ne l’a obtenue que récemment, Stephanie James compte s’y essayer à la prochaine session, tandis que d’autres se sont jetés dessus, comme les employés britanniques de l’agence de traduction Max Grauert GmbH, peut-être par crainte du Brexit. L’Allemagne étant un pays fédéral, chaque Land propose ses sessions et ne certifie pas nécessairement dans les mêmes langues que son voisin. Le Hessen certifie par exemple dans 30 langues, tandis que Bremen ne propose que le français, l’anglais et l’espagnol. Les épreuves ne sont pas non plus égales. Celle que souhaite passer Stephanie James est constituée de traductions de textes juridiques, tandis qu’une employée de Max Grauert GmbH n’a eu qu’à se rendre à un séminaire durant un après-midi pour obtenir sa certification.

À présent, que vous soyez ou pas en possession de cette certification, il vous faut être dans la légalité pour travailler. Beaucoup de traducteurs travaillent en tant qu’indépendants, même lorsqu’ils travaillent uniquement pour une seule et même agence de traduction. Cela leur permet d’être libres de vivre et de travailler à leur manière. Si Charles est salarié d’un institut, Stephanie et Jess sont, quant à elles, traductrices freelance. Le régime que l’on appelle Kleinunternehmer, s’apparente à celui des micro-entrepreneurs en France. La procédure est généralement simplifiée, mais elle nécessite un compte en Allemagne. Être Kleinunternehmer vous permettra d’obtenir ce que l’on appelle un Steur-ID et un Steuernummer, qui vous permettront d’établir vos factures. Dans le cas de Jess, ce régime lui a permis d’être exemptée de TVA durant ses deux premières années.

En tant que traducteur indépendant, plus particulièrement, il est important de pouvoir se faire connaître sur les réseaux sociaux. À ce sujet, ce qui est vrai en France reste vrai en Allemagne. Toutefois, il existe un réseau social bien allemand, Xing, qui se veut être le LinkedIn du marché germanophone (et donc suisse, autrichien et liechtensteinois, également). Il est important de savoir gérer son e-réputation tant sur Xing que sur LinkedIn, car tous deux représentent une grande part des échanges entre traducteurs et clients.

Et puisque je vous parlais à l’instant de marché germanophone, sachez qu’être traducteur francophone en Allemagne vous rapproche de clients autrichiens et suisses. Les Suisses ont d’importants besoins de traduction vers le français. Il ne faut pas avoir peur de ne pas être capable de maîtriser les variantes suisses du français et de l’allemand, car les textes à traduire sont souvent techniques et le vocabulaire est davantage influencé par la terminologie propre au domaine que par quelque dialecte qui soit. Il vous faudra toutefois apprendre à connaître les sources institutionnelles suisses, car on peut facilement confondre une source suisse avec une source française ou allemande.

Bien que l’Allemagne soit connue pour être un pays où règnent la rigueur et le professionnalisme, vous ne serez jamais à l’abri de tomber sur des clients peu organisés, louches, voire de mauvaise foi. Selon Stephanie James, qui a déjà fait de mauvaises rencontres, il faut éviter les agences de traductions qui transmettent des documents sans avoir pris vraiment contact ou qui ne font pas signer de clause de confidentialité. Jess Schewel brosse ainsi le portrait d’un client comme on en trouve beaucoup en Allemagne : « Certains clients préfèrent s’entretenir au téléphone et discuter du projet avant de le transmettre. La communication avec les Allemands est davantage formelle au début, mais, après quelques projets satisfaisants, devient décontractée (« vous » se transforme en « tu » et l’emploi du prénom se généralise, par exemple). Les réponses rapides sont de rigueur, surtout lorsqu’il s’agit d’une agence. ». Elle poursuit ensuite sur la question des salaires. Ses clients payent généralement au mot et le salaire varie entre 0,10 € et 0,20 € par unité. Certains clients, plus particulièrement les Suisses, préfèrent payer au segment. Ce type de paiement est quelque chose que j’ai observé personnellement lors de mon stage. J’ai questionné Stephanie James à ce sujet et sa réponse fut plutôt intéressante : « As-tu vu combien les mots allemands sont plus longs que ceux de beaucoup d’autres langues ? ». Cela fait sens : quand ce qui est en français une phrase devient en allemand un mot…

 

Ainsi, en vous parlant du marché allemand de la traduction, j’espère vous avoir présenté un marché qui, certes, ne se distingue pas radicalement du marché français, mais qui aura su vous rendre curieux et qui vous invitera à vous informer davantage sur ce beau pays et ses perspectives en matière de traduction.

 

Quelques sources et liens utiles :

https://bdue.de/de/der-beruf/wege-zum-beruf/staatliche-pruefung/

https://www.steuererklaerung.de/ratgeber-steuern/steuer-id-steuernummer

https://scheweltranslation.de/

https://www.linkedin.com/in/stephanie-james-0794b6142/

https://www.linkedin.com/in/jordan-raoul-a94a36175/

Y a-t-il un avenir dans la traduction des langues rares ?

Par Maximilien Dusautois, étudiant M1 TSM

illustration billet de blog Maximilien dusautois

 

 « Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, vous parlez à sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, vous parlez à son cœur ».
Nelson Mandela.

 

En tant qu’étudiant en Master 1 avec un couple de langues qui contient une langue rare (le suédois compte environ 10 millions de locuteurs à travers le monde entier), il me semblait intéressant de me pencher sur la question. En effet, de nombreux étudiants peuvent se demander quel est l’intérêt de maîtriser une langue qui ne servira que dans un ou deux pays et avec peu de locuteurs, à l’inverse d’autres langues utilisables avec un grand nombre de locuteurs (chinois, japonais) ou dans de nombreux pays (allemand, espagnol, portugais…). Pour ce billet de blog, j’ai donc décidé de me pencher sur la question, notamment en interrogeant trois traductrices professionnelles.

Tout d’abord, il convient de définir une langue rare. Ici, je l’entends comme une langue qui compte moins de 10 millions de locuteurs dans le monde. Et elles sont légion ! Des langues officielles de pays peu peuplés (j’ai parlé du suédois, mais en Europe on peut aussi parler du serbe, de l’estonien ou encore de l’islandais), des langues minoritaires ou autochtones (en Europe, on pense notamment aux différentes variantes du sami, le yiddish ou encore le breton — eh oui ! — tandis qu’à l’échelle mondiale, on peut penser aux langues autochtones en Amérique du Nord tel que le nahuatl au Mexique ou encore l’algonquin au Canada). Enfin, dans le monde de la traduction, on peut considérer une langue comme rare lorsqu’elle possède très peu de professionnels de la traduction malgré un nombre important de locuteurs. Je pense notamment au pachto, langue officielle de l’Afghanistan qui compte 45 millions de locuteurs, mais qui pour autant se fait « rare » lorsqu’il faut trouver des traducteurs assermentés dans cette langue…

Maintenant que tout cela est un peu plus clair, on peut attaquer le vif du sujet. Alors, ça vaut le coup ou pas ?

La première question que doit se poser un entrepreneur avant de se lancer dans n’importe quel secteur est la question du marché : existe-t-il un marché et si oui, ce marché est-il viable à long terme ?

La réponse semble bien être oui, et on peut avancer plusieurs raisons.

Tout d’abord, on peut parler de la vague de fond qui concerne l’institutionnalisation des langues rares. Certaines langues auparavant ignorées trouvent leur place dans les institutions et dans l’administration, ce qui leur donne un nouveau souffle et donne du travail aux traducteurs. En Suède ou au Canada par exemple, les gouvernements s’efforcent de fournir un accès au service public dans les langues nationales et minoritaires, comme les langues autochtones par exemple. Il s’agit donc d’une véritable opportunité pour le marché de la traduction, et les entreprises ne manquent pas de s’emparer de ces marchés.

Au niveau européen, même si la majorité des textes sont produits en anglais, il existe bel et bien 24 langues officielles, et chaque citoyen a également le droit d’obtenir des informations sur l’institution et son fonctionnement dans sa langue. Ainsi, le gaélique irlandais est devenu une langue officielle de l’UE, malgré son nombre peu élevé de locuteurs (environ 600 000 locuteurs au quotidien). La quantité de documents à traduire est telle que pour l’instant, il leur est impossible de tout traduire. L’irlandais bénéficie donc d’une dérogation au sein de l’Union européenne pour limiter les traductions, mais celle-ci devrait disparaître en 2022. Amis traducteurs, à vos méthodes de gaélique irlandais !

Et puis il ne faut pas oublier qu’avec le Brexit, l’anglais n’a plus la cote… Depuis 2016, plusieurs discours marquants au sein de l’Union européenne ont été prononcés dans des langues autres que l’anglais, notamment le discours sur l’état de l’Union, prononcé jusqu’en 2016 en anglais avant de passer au français ces deux dernières années (ça se passe ici). Malte et l’Irlande, deux pays où l’anglais est officiellement parlé conjointement aux langues nationales, ont adopté leurs propres langues comme langues officielles au sein des institutions européennes. Alors même si l’anglais restera utilisé comme langue véhiculaire, pour faciliter la compréhension et le travail de l’Union, on peut tout de même s’attendre à une diminution de son utilisation.

Hors des institutions et du domaine de la traduction technique/spécialisée, le marché existe également. Dans le domaine de l’édition par exemple, ces dernières années ont vu paraître un grand nombre de romans scandinaves. Les Français étant peu férus de langues étrangères, il a bien fallu les traduire ! Et comme cela fonctionne par période, par vagues, il n’est pas idiot de penser que certaines langues comme celles des pays de l’Est ou même certaines langues régionales ou minoritaires auront le vent en poupe dans quelques années.

Mais qu’en disent les professionnelles du secteur ?

J’ai interrogé trois traductrices : deux sont indépendantes (Lotte Nør Larsen et Spasa Ratkovic), et la troisième travaille à la Direction générale de la traduction (Caroline Soteras-Scuflaire). Si cette dernière doute d’avoir un carnet de commandes suffisamment rempli pour en vivre si elle devenait traductrice indépendante, ce n’est pas le cas des deux traductrices indépendantes. Spasa Ratkovic, traductrice du suédois, de l’anglais et du français vers le serbe, interprète et professeure des universités, est un peu moins active dans la traduction, mais estime de concert avec ses collègues qu’il existe de la demande, tout en soulignant l’importance de pouvoir traduire depuis une langue plus répandue. Lotte Nør Larsen, traductrice du français vers le danois et également professeure, souligne que l’obligation pour l’administration de traduire tout acte juridique étranger et pour les entreprises de traduire tout document relatif à un produit ou un service, ainsi que le peu d’appétence des Français pour les langues étrangères crée un marché viable. Et tant que l’Union européenne gardera le principe du multilinguisme gravé dans le marbre, elle produira de la demande dans de nombreuses combinaisons de langues, pour le plus grand plaisir des traducteurs.

Il existe cependant un petit bémol avec les langues rares : en tant qu’indépendants, la demande fluctue. Elle n’est pas permanente et à ce titre, il peut être risqué de se lancer sur le marché en ne parlant qu’une langue rare. Dans la littérature par exemple, certaines maisons d’édition n’ont pas publié de roman d’origine grecque depuis 2006, et ne publient que rarement des romans dont la langue source n’est pas l’anglais ou l’espagnol ! Ce phénomène de langues « à la mode » se ressent d’autant plus dans l’édition, mais peut concerner tous les domaines. Certains pays, comme les pays scandinaves, exportent de nombreux biens et services, mais communiquent directement en anglais, ce qui produit mathématiquement un manque à gagner. À vos risques et périls, donc.

Pour contrer cela, les traductrices que j’ai interrogées ont trouvé des parades. Travailler à la DGT permet par exemple à Caroline Soteras-Scuflaire de traduire à partir de l’anglais, certes, mais également du danois, du suédois, du néerlandais, de l’espagnol, du bulgare et du slovène tout en ne redoutant pas le chômage technique. Quant à Spasa Ratkovic et Lotte Nør Larsen, elles ont toutes les deux fait le choix, très tôt, de ne pas se consacrer qu’à la traduction et ont une activité professionnelle annexe qui leur permet de s’assurer des revenus stables (et d’après Lotte Nør Larsen, de sortir de chez soi également, ce qui est aussi appréciable pour un traducteur). Une piste à explorer pour ceux que la traduction à 100 % effraie ? Caroline Soteras-Scuflaire souligne d’ailleurs l’importance pour les traducteurs en formation de se montrer polyvalent et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Elle conseille aux futurs traducteurs d’être « capable[s] de jongler, de s’adapter, de comprendre l’évolution du monde pour trouver sa place et en changer au besoin ».

 

Maintenant que nous avons parlé du marché, il est temps de parler des prix. Eh oui, traduire des langues rares peut se révéler plus intéressant que de traduire des langues plus courantes !

« Tout ce qui est rare est cher » est un adage qui se vérifie bien sur le marché de la traduction. Le prix des langues peut aller du quitte au double en fonction de la rareté. Les langues scandinaves, par exemple, sont réputées plus chères que les autres langues européennes comme l’allemand ou l’espagnol. Dans les locaux de l’entreprise où j’effectue mon stage, une private joke sur les langues scandinaves revient souvent lorsqu’il en est question : un traducteur a un jour demandé 65 € pour traduire 100 mots en islandais, traumatisant par là même les gestionnaires de projet dans leur ensemble. À 65 centimes le mot, on peut les comprendre… mais c’est pourtant ce qu’il se passe sur un marché lorsqu’on se trouve en situation de quasi-monopole. On peut se permettre de fixer des prix supérieurs à la moyenne du marché ! Tout dépend après également du niveau de spécialisation du traducteur. Plus le domaine est spécialisé, plus les tarifs pratiqués seront élevés. Pour ce qui est de la traduction littéraire, réputée comme moins rémunératrice, il faut miser sur le bon cheval et espérer que le livre se vende bien pour toucher davantage de droits d’auteurs. Tout en sachant que les principes cités ci-dessus s’appliquent : si la langue est rare, si la difficulté du texte est élevée, la traduction est plus chère.

C’est d’ailleurs l’avis de Spasa Ratkovic, pour qui il ne faut pas brader ses prix afin de ne pas pénaliser l’ensemble de la profession. Une baisse des prix qu’a remarqué Lotte Nør Larsen depuis les années 90, mais qui pour l’instant, ne semble pas trop pénalisante pour les traducteurs de langues rares.

En conclusion, que vous parliez une langue rare par votre naissance, que vous ayez choisi d’en apprendre une lors de vos études ou que vous en maîtrisiez une par quelque hasard de la vie, n’hésitez pas. Le monde a besoin de traducteurs comme vous, et le marché est assez grand pour que tous y trouvent leur place, à condition d’y mettre du sien. Si vous êtes concerné et tenté par l’aventure, n’hésitez pas à lire le billet de William Brouilly pour vous renseigner sur la nécessité ou non d’un diplôme pour devenir traducteur.

 

Un grand merci à Spasa Ratkovic, Lotte Nør Larsen et Caroline Soteras-Scuflaire d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour l’écriture de ce billet.

 

Bibliographie :

  1. C. Simon, « Assises du roman. Dans le miroir de la traduction », Le Monde des Livres, 14 mai-2014.
  2. J. Ferney, « Des traducteurs à bout de souffle. Les langues rares, un filon ? », La Croix, 04 juin-2015.
  3. C. Harper-Séguy, « Nouveau marché au Nord », Winnipeg Free Press, 01 déc-2012.
  4. E. Le Poole, « Zoom sur les sociétés de traduction juridique et financière », Les échos Capital Finance, 28 mai-2018.

La traduction : avec ou sans diplôme ?

Par William Brouilly, étudiant M1 TSM

 

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Vous est-il déjà arrivé de regarder votre série préférée avec les sous-titres ? Si oui, vous avez dû remarquer que ceux-ci sont souvent de piètre qualité. Anglicismes, calques, faux-sens, j’en passe et des meilleurs. Mais cela est-il vraiment étonnant lorsqu’on tombe, sur Facebook, sur des « offres d’emploi » de traduction destinées à n’importe qui pouvant construire une phrase simple du type « Brian is in the kitchen » ? Ce genre de pratiques soulève de nombreuses questions, dont une en particulier : est-il réellement utile de suivre une formation de traducteur ?

Étant étudiant en master de traduction, je pencherais plutôt pour le « oui ». En effet, au-delà du simple transfert linguistique, la traduction est un service qui consiste à transmettre un message, une idée, et cela constitue une tâche plus compliquée qu’il n’y paraît. Il faut d’abord comprendre toutes les subtilités du texte source et déterminer comment les rétablir dans la langue cible, chose qu’un locuteur avec un niveau moyen n’arrivera pas forcément à faire.

Un autre billet de blog, publié quant à lui sur le blog de l’université de Rennes 2, adopte une approche par point de vue. Autrement dit, du point de vue du client, un diplôme en traduction n’est pas absolument nécessaire tant que vous pouvez justifier de bonnes compétences en langues et que vous avez bonne réputation. Cependant, du point de vue d’un professionnel de la traduction, une formation en traduction apporte des méthodes de travail ainsi qu’une certaine rigueur, et permet également de travailler son style.

Il n’est donc pas impossible de devenir traducteur sans diplôme. Le métier de traducteur étant une profession non réglementée, n’importe qui peut se déclarer traducteur. Bon nombre de traducteurs ont commencé en travaillant dans des domaines complètement différents, tels que la médecine ou le droit par exemple, et, grâce à de bonnes capacités en langues et une parfaite connaissance de la terminologie du domaine en question, se sont par la suite lancés comme traducteurs.

Comme mentionné auparavant, la réputation est clé. Prenons comme exemple le cas de Cloé, traductrice indépendante ayant fait l’objet d’un article dans L’Obs. N’ayant aucun diplôme hormis le bac, cette dernière s’est lancée en tant qu’indépendante avec pour seuls arguments ses compétences en langues et sa volonté, et comme elle l’indique, ce sont les retours des clients qui lui permettent de se créer une bonne réputation et de décrocher des contrats.

Au sein de ma promo, un de mes camarades de classe a déjà travaillé en tant que traducteur sans avoir suivi de formation en traduction. En effet, après avoir décroché sa licence en langues étrangères appliquées, il a travaillé comme traducteur pour le groupe Auchan, où il traduisait des documents allant de la newsletter à des documents projet de 100 pages, en passant par des présentations PowerPoint. Le groupe ne possédant pas de service traduction, il effectuait les traductions seul tout en travaillant en étroite collaboration avec le service communication.

Il admet qu’au début, la tâche n’était pas aisée, notamment à cause de la terminologie. « L’obstacle principal que j’ai rencontré a été celui de la terminologie. Je me posais beaucoup de questions sur ce qui devait être traduit ou non, où obtenir l’information. »

Selon lui, une formation en traduction présente de nombreux avantages. « Je pense qu’il faut une formation universitaire pour adopter les bons réflexes en termes de rigueur, de terminologie, de localisation. Cela nous prépare à l’excellence, tout en ayant le droit de se tromper dans un environnement sûr et sans enjeux majeurs. » Il précise également qu’une formation permet aussi d’éviter de passer à côté de certains contrats et de se former une mauvaise réputation « parce que la terminologie n’était pas précise ou que l’orthographe était insuffisante, par exemple ».

Pour conclure, un diplôme n’est pas obligatoire pour exercer en tant que traducteur, et de très bonnes capacités en langues peuvent suffire. Toutefois, suivre une formation en traduction permet d’acquérir de solides méthodes de travail et de viser un niveau de qualité proche de la perfection, des éléments essentiels pour se forger une bonne réputation auprès des clients.

 

Bibliographie :

Ellis S. « Diplôme de traduction : indispensable ou superflu ? ». In : Veille CFTTR [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.sites.univ-rennes2.fr/lea/cfttr/veille/2016/02/29/diplome-de-traduction-indispensable-ou-superflu/ >

Brouze E. « Cloé, traductrice en ligne : “Je suis passée de très pauvre à plutôt riche” ». In : L’Obs [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-travail-au-corps/20160501.RUE9643/cloe-traductrice-en-ligne-je-suis-passee-de-tres-pauvre-a-plutot-riche.html >

 

Portrait et réflexions de Gwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT

Par Loréna Abate, étudiante M1 TSM

 

Dans le cadre d’une visite à la DGT, le service de traduction bruxellois de la Commission européenne, j’ai eu la chance de rencontrer Gwenaëlle Diquelou, traductrice qui a assisté à la révolution numérique de son métier tout au long de sa carrière. Voici un résumé de l’échange que nous avons eu au sein des locaux, une agréable discussion que nous avons ensuite approfondie lors d’un appel téléphonique. Je remercie infiniment Gwenaëlle pour sa disponibilité et sa bienveillance.

GDiquelouGwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT

 

Pourriez-vous vous présenter et nous résumer votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Gwenaëlle Diquelou, je suis française d’origine bretonne. J’ai commencé ma carrière dans les institutions européennes en 1993. J’ai en effet travaillé un peu plus d’un an dans une agence décentralisée, le Cedefop (Centre européen pour le développement de la formation professionnelle) installée à Berlin, agence qui a ensuite déménagé en Grèce et que j’ai décidé de ne pas suivre.

J’ai été lauréate d’un concours et j’ai ainsi pu être nommée à Bruxelles, à la Direction générale de la traduction. Cette dernière occupe deux sites : une partie du service basée à Bruxelles, l’autre au Luxembourg. J’ai toujours travaillé à Bruxelles, et mes langues de travail sont essentiellement l’anglais et l’allemand, vers le français.

Pour résumer ma carrière, j’ai quasiment toujours occupé un poste de traductrice. J’ai cependant mis ce métier entre parenthèses il y a une dizaine d’années afin de me consacrer pendant un an à ce que l’on appelle de “l’Editing”. Au lieu de traduire vers le français, j’étais cette fois-ci chargée d’améliorer la qualité de textes originaux essentiellement anglais, avant que ceux-ci soient envoyés à la DGT. Il faut en effet savoir que les personnes qui rédigent les textes législatifs à la Commission ne sont pas nécessairement des “natifs” anglais. Je m’occupais donc de textes originaux rédigés dans ma langue maternelle, le français.

Malheureusement avec le temps, de moins en moins de textes étaient rédigés en français, et le travail commençait à manquer. Je suis alors rapidement revenue à un poste de traductrice.

Cette « parenthèse professionnelle » vous a-t-elle plu ?

Oui, beaucoup. Ce qui est intéressant à la DGT, c’est que l’on est deux-mille personnes si l’on regroupe l’ensemble des services. Ainsi, il est possible de varier les fonctions assez facilement au gré des restructurations, etc. Actuellement, il existe quatre unités divisées par thématiques : je travaille personnellement pour la DG ciblée sur l’agriculture, la pêche, l’environnement, le climat…

À mes débuts de carrière à la DGT, malgré un profil assez généraliste aujourd’hui, j’ai été spécialisée pendant une dizaine d’années dans le domaine des affaires de concurrence : cartels, ententes sur les prix, aides publiques… J’ai notamment participé à la traduction de la décision Microsoft, un dossier de huit-cents pages qui s’avérait crucial politiquement, à l’époque…

Je suis contente d’avoir cette opportunité de “changements réguliers”, car avec le temps, une certaine routine s’installe. Il peut y avoir une certaine monotonie à traduire et réviser quotidiennement. C’est pour cette raison que j’apprécie également faire un peu de terminologie, de formation… Au niveau humain, il est particulièrement agréable de pouvoir échanger avec de nouvelles personnes dans le cadre de notre travail au fur et à mesure de notre carrière.

Comment se passe donc une de vos journées traditionnelles à la DGT, actuellement ?

Eh bien, on lance les applications de notre service dans lesquelles sont listées l’ensemble de nos tâches journalières et hebdomadaires. Je me vois tout de même fréquemment interrompue par des “urgences” qui s’avèrent généralement être des communiqués de presse à traduire dans les meilleurs délais.

Avec le Brexit par exemple, on est régulièrement confrontés à des appels et des documents, ce qui coupe la routine d’une certaine manière. Notre mission est également de savoir intercaler ces urgences avec le reste des documents à traduire.

Par ailleurs, il est extrêmement rare que l’on n’ait “rien à faire” à la DGT. Les effectifs diminuent depuis plusieurs années maintenant. En effet, les professionnels qui partent à la retraite ne sont plus remplacés. Le mot d’ordre aujourd’hui, c’est donc de “faire plus avec moins”. Il n’est pas rare non plus que les huit heures de travail journalières ne soient pas suffisantes.

Consacrez-vous autant de temps à la traduction qu’à la révision ?

Tout le monde traduit, tout le monde révise, y compris les jeunes fonctionnaires. Certains traducteurs en fin de carrière estiment cependant avoir suffisamment traduit et préfèrent se consacrer pleinement à la révision. Personnellement, j’aime faire les deux.

 

Les effets de la révolution numérique sur le métier de traducteur

Pourriez-vous détailler de façon chronologique toutes les évolutions en matière de technologies auxquelles vous avez dû vous adapter au cours de votre carrière ? Comment les avez-vous vécues  ?
Y’a-t-il des aspects du métier disparus qui aujourd’hui vous manquent ?
Et enfin, considérez-vous le métier de traducteur comment étant devenu réellement plus facile et accessible aujourd’hui, ou bien simplement moins contraignant ?

Lorsque j’ai commencé ma carrière en 1987 pour l’armée française en République fédérale d’Allemagne, je travaillais sur papier, avec un crayon, et je confiais mes textes à une secrétaire qui tapait ma traduction sur une machine qui affichait des lignes à cristaux liquides… vraiment artisanal en somme.

Par la suite, je suis partie en Suisse au début des années 1990 dans une institution internationale du domaine bancaire. C’est à cette époque que l’on a commencé à travailler sur ordinateur.

Lorsque je suis ensuite arrivée au Cedefop à Berlin, puis en 1995 à la Direction générale de Bruxelles, on utilisait déjà les logiciels de traitement de texte. Certains traducteurs tapaient leur texte, d’autres les dictaient sur cassettes pour ensuite être rédigés par les secrétaires. Je ne l’ai personnellement jamais fait, peu à l’aise avec cette méthode, et maîtrisant relativement bien la dactylographie.

J’ai donc vécu l’arrivée du grand Internet dans ma vie professionnelle. On a eu à peine le temps d’apprendre à l’utiliser qu’il arrivait déjà dans nos bureaux. Cette nouveauté a réellement été une révolution, peu habile au début pour un traducteur, notamment pour la consultation de références, de ressources… On avait en effet l’habitude d’aller consulter les encyclopédies et les fiches terminologiques dans la bibliothèque de la DGT.

En y repensant, il est difficile de me souvenir de mon ressenti de l’époque. On suivait tout simplement le mouvement, et l’on était surtout très curieux de savoir si tout cela allait réellement nous simplifier la tâche.

Ce que l’informatique a permis de développer, c’est notamment le Workbench, un logiciel de gestion et d’administration de bases de données qui nous a permis de constituer les premières mémoires de traduction. Pour la DGT, c’était un très grand pas. En effet, beaucoup de documents sont assez redondants et peuvent ainsi être “recyclés”.

À titre d’exemple, les processus de décisions législatives à la Commission européenne sont souvent très longs. La création d’un règlement passe par de multiples intervenants (le Conseil, le Parlement, etc.) donc il existe toujours quelque chose qui a préalablement été traduit, on ne part jamais de rien lors d’une traduction. À l’époque, afin de constituer les “mémoires de traduction”, il fallait en réalité effectuer des recherches dans les journaux officiels, en vérifier la traduction, etc. un processus relativement laborieux. Les mémoires de traduction nous ont donc permis de travailler de manière beaucoup plus confortable, bien que je ne me sois jamais considérée comme une “geek de l’informatique”.

On a dû apprendre seuls à se servir des outils, par exemple la première version d’IATE, la base de données terminologique de l’Union européenne, qui était déjà présente.

Il ne m’arrive presque plus d’utiliser des dictionnaires papier aujourd’hui, mis à part un dictionnaire bilingue anglais-français créé par un ancien traducteur du Conseil, qui est extrêmement bien fait.

Sont alors arrivés les systèmes de traduction automatique, qui étaient tout bonnement catastrophiques à leurs débuts. À la DGT, nous “pouvions” utiliser la première version de Systran, qui nous faisait franchement rire. On ne s’en servait bien évidemment jamais, tant les résultats étaient médiocres.

Cela fait quelques années que la traduction automatique de type statistique est apparue. Elle s’avère bien plus performante et il est possible de l’utiliser en complément de nos bases. C’est un saut qualitatif sans précédent. On a beaucoup investi dans la programmation de ces outils, dans l’élaboration automatique de corpus…

Récemment, un pas de plus a été franchi avec l’émergence de l’intelligence artificielle. Le système de traduction automatique basé sur l’intelligence artificielle représente selon moi la version améliorée de la traduction automatique statistique.

Je suis littéralement passée du crayon à papier au simple clic qui est capable de traduire à ma place. Bien évidemment, il faut nuancer ces propos. Mais étant en fin de carrière, c’est là que je considère la vraie révolution du métier avec, je pense, de remarquables possibilités, mais aussi des contraintes nouvelles.

Lors d’une récente assemblée générale, j’ai pu assister à un panel consacré à l’avenir du métier de traducteur. Un intervenant provenant de l’industrie de la traduction y avait été invité et nous a résolument rassurés. Cette personne a insisté sur le fait que les entreprises du marché de la traduction veulent aujourd’hui des traducteurs experts et capables de retranscrire l’essence d’un texte source dans une langue cible, avec toutes ses subtilités, chose que la technologie n’est pas près de savoir faire, aussi perfectionnée soit-elle.

Il voulait dire par là que le cœur du métier, lui, n’a pas changé. On peut concevoir que dans certaines parties du marché, la traduction automatique pourrait éventuellement suffire, mais certainement pas pour de grandes institutions telles que la nôtre ou de grandes entreprises.

Il est vrai que pour certains textes très techniques où la phraséologie ne prime pas, cet outil peut s’avérer merveilleux et d’une grande aide, à condition que la machine soit au point et que les ressources et données soient fiables. Cependant, malgré ce gain de productivité, notre cerveau, lui, dispose des mêmes limites qu’il y a trente ans. La machine nous remplace sur les choses répétitives et sans intérêt pour nous, afin de pouvoir se concentrer sur les tournures les plus complexes qui requièrent du temps et de la réflexion. On ne peut exclusivement se fier à la traduction automatique en cas de panne d’inspiration. L’intelligence artificielle donne en effet cette illusion de perfection en raison de la fluidité du texte parfois déconcertante.

Finalement, cela demande une intelligence et une vigilance accrue, la traduction automatique pouvant causer des erreurs qu’un traducteur humain ne pourrait pas commettre. En effet parfois, lorsque je relis certains collègues qui utilisent la traduction automatique, je vois les pièges. Des mots ou des phrases peuvent être omis, ou ajoutés ! Je trouve essentiel de creuser ces questions et de former la nouvelle génération en prenant en considération tous ces enjeux.

Vous épanouissez-vous autant qu’avant dans votre travail ?

D’une manière générale, je suis de nature très optimiste et pragmatique. J’ai vécu des périodes plus difficiles que d’autres. Après vingt ans de métier, je commençais à fatiguer de cette routine, d’où ma petite parenthèse dans l’Editing. Mais d’une manière générale, je ne suis pas pressée de prendre ma retraite. J’estime que j’ai encore beaucoup à apprendre, et je vois l’arrivée de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle dans mon métier comme une nouveauté qui est passionnante.

Si l’on me demandait quelle devrait être la principale qualité d’un traducteur, je répondrais la curiosité. Je suis curieuse de voir les futures métamorphoses, et cela donne beaucoup de « peps » à ma carrière. Certains de mes collègues sont plus méfiants et réticents, et ont tendance à penser que « c’était mieux avant ». D’autres se sentent limités dans leur créativité à cause des mémoires de traduction et de la traduction automatique. Je ne suis pas du tout de cet avis, car la traduction administrative ne représente pas un travail de création.

Si les traducteurs littéraires sont des auteurs, je me considère plutôt comme une artisane. Lorsque l’on traduit par exemple un règlement sur les droits d’auteurs, il faut davantage faire preuve de cohérence et de rigueur que de créativité.

Pour conclure, notre marge se resserre certes, mais l’on doit pouvoir prouver que l’on est aussi utile à la machine qu’elle l’est pour nous. Je trouve cela très stimulant, je répondrais donc oui, je suis toujours épanouie, différemment. Jusqu’à la fin, j’aurai à m’adapter pour en tirer le meilleur parti pour moi et pour mon bienêtre au travail.