Métiers de la traduction : lutter contre la sédentarité

Par Clémence Logier, étudiante M1 TSM

Nous sommes nombreux à avoir conscience de la place importante que la sédentarité représente dans nos vies quotidiennes ainsi que des risques qui en découlent, ne serait-ce que pour avoir vécu le confinement lié à la pandémie de la Covid-19 ou par le biais de la campagne « manger bouger » du gouvernement français. Mais qu’est-ce que la sédentarité ? Son étymologie vient du latin classique sedere qui signifie « être assis » ou encore, plus proche de notre sujet de réflexion, du latin impérial sedentarius qui se traduit par « travailler assis ». Il est important de préciser que lutter contre la sédentarité est différent de promouvoir l’activité physique, car il s’agit surtout de réduire le temps passé assis dans une journée. En effet, l’être humain a besoin de dépenser un minimum d’énergie de manière quotidienne, et nos ancêtres répondaient à ce besoin pour en satisfaire d’autres (notamment chasser pour manger). De nos jours, avec notre mode de vie moderne et ses multiples technologies, nous avons tendance à passer une très grande partie de notre temps en position assise ou allongée, et cela même si l’on pratique une activité physique régulière. Cette vérité s’applique aux différents domaines de notre vie, que ce soit durant les loisirs (lecture, écrans…), les temps de transports dans lesquels nous sommes souvent assis ou inactifs, et même au travail lorsque l’on exerce des métiers dits sédentaires, tels que ceux qui nécessitent de rester derrière un ordinateur. C’est le cas de la plupart des professions de la traduction, avec un facteur supplémentaire pour les indépendants qui pratiquent depuis chez eux sans avoir de trajet à effectuer vers leur lieu d’activité.

Quels sont les dangers de la sédentarité ?

Pour la plupart d’entre nous, « lutter contre la sédentarité » rime surtout avec « prévenir l’obésité », et c’est en effet en partie le cas. Mais l’inactivité présente des risques de développer également d’autres maladies chroniques telles que le diabète de type 2, certains cancers (endomètre, sein, colon), ou encore les maladies cardiovasculaires. La Fondation Cœur et Artères précise que ces dernières sont la première cause de mortalité dans le monde, et que la sédentarité fait partie des sept facteurs contre lesquels nous pouvons lutter. L’immobilité peut également provoquer des troubles musculo-squelettiques, favoriser l’hypertension, accélérer le vieillissement, tant d’un point de vue physique avec de la perte musculaire, que neurologique avec une diminution des performances cognitives, mais aussi jouer sur le bien-être. (mangerbouger.fr)

Quelles solutions ?

Tout d’abord, nous pouvons commencer par profiter du trajet entre le domicile et le lieu de travail pour mettre en pratique les conseils que nous connaissons tous comme utiliser les escaliers plutôt que les escalators ou l’ascenseur, prendre les transports en commun à la place de la voiture et rester debout le plus possible. Si l’on travaille à la maison, le temps gagné sur le trajet peut être mis à profit pour activer le corps d’une autre manière, en planifiant une séance de yoga et/ou de sport par exemple. Nous pouvons prendre régulièrement des pauses de quelques minutes toutes les heures afin de dégourdir le corps. Pour cela, la technologie, qui semblait plutôt nous desservir, peut s’avérer utile. En effet, je dispose moi-même d’une montre connectée qui m’alerte lorsque je reste trop longtemps inactive et qu’il serait bienvenu de me mouvoir ou de m’étirer. Il peut donc s’agir de s’étirer, d’aller chercher une boisson chaude (ou froide), de prendre l’air à la fenêtre ou d’aller discuter avec des collègues. Il est également possible de profiter des pauses déjeuner pour pratiquer une activité physique comme aller à la piscine ou participer aux séances de yoga parfois proposées dans les entreprises.

Il existe également divers dispositifs qui permettent d’apporter de la mobilité dans la pratique des métiers à tendance sédentaire. C’est en écoutant un podcast de Translucides animé par Orane Desnos sur un tout autre sujet que j’ai entendu parler pour la première fois des vélos de bureau. Il s’agissait de l’épisode intitulé « Isabelle Meurville : Écriture inclusive et droits humains » à la fin duquel l’invitée conseille cet outil au « tradupreneurs et tradupreneuses » pour prendre soin de leur santé pendant les heures de travail. Par la suite, j’ai eu l’occasion de tester le bureau « assis-debout » sur mon lieu de stage. Comme son nom l’indique, il permet de passer de la position assise à la position debout au besoin. Lorsque je me suis essayé au travail en position debout, j’ai très vite ressenti l’envie de marcher, ce qui a mené à une discussion avec ma tutrice de stage au sujet d’un autre instrument que je ne connaissais pas : le tapis roulant de bureau.

Ces différents « bureaux actifs » n’ont pas pour seul avantage de garder le corps en mouvement, ils procurent non seulement un sentiment de bien-être aux utilisateurs, mais auraient aussi des vertus intellectuelles. En effet, une étude du laboratoire Tech3lab de Montréal et du Price College of Business de l’Université d’Oklahoma aux États-Unis suggère que l’utilisation d’un bureau à tapis roulant améliore la concentration et la mémoire de manière différée, c’est-à-dire après la marche. Plus intéressant encore, la société Tek Active, fabricante de vélos bureaux, présente sur son site internet quatre études universitaires indiquant les bienfaits intellectuels apportés par le fait de pédaler en travaillant. Il est question d’amélioration de concentration et de raisonnement (Université d’Akron), de mémorisation (Université de Francfort), de « fonctions cognitives stimulées à long terme » (Université de Milan) et d’optimisme (Université de Clemson).

En conclusion

Lutter contre la sédentarité est plus qu’une question de surpoids, il s’agit de prolonger l’espérance de vie et d’en améliorer les conditions, tant sur le plan physique que mental. Aujourd’hui tout est mis en œuvre pour y parvenir, avec ou sans moyens financiers. Alors, prenez soin de vous ! 😉

Bibliographie

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Traduire en respectant ses valeurs : est-ce possible ?

Par Nicolas Béridot, étudiant M2 TSM

Tout professionnel de la traduction s’est déjà retrouvé dans une situation dans laquelle il a dû refuser un projet : déjà trop de travail, pas assez rentable, sujet trop peu intéressant ou en dehors de ses compétences… Les raisons sont diverses et variées. Dans ce billet de blog, je vais tenter de répondre à une question qui me taraude depuis que j’ai commencé mon master et qui, j’ai pu le remarquer, crée des débats dans le monde de la traduction : peut-on refuser un projet car son sujet n’est pas en accord avec les valeurs que l’on défend ? Peut-on traduire tout en respectant ses valeurs et convictions ?

Pourquoi refuser un projet ?

Tout d’abord, il est important de donner des exemples de situations dans lesquelles ce problème peut se poser. En effet, il ne s’agit pas ici de décliner un projet à cause de ses goûts ou de ses capacités en traduction, mais bien en raison de ses valeurs. De nombreux sujets font débat et peuvent porter atteinte aux convictions profondes des personnes à qui l’on demande de les traduire. Est-ce que quelqu’un qui ne mange pas de produits animaux peut refuser de traduire une publicité pour un steak haché ? Est-ce qu’un·e écologiste peut refuser de traduire pour une entreprise polluante ? De telles situations peuvent se produire de nombreuses fois au cours d’une carrière.

Traduire, c’est aider à transmettre un message dans une autre langue : accepter un projet, c’est ainsi encourager la transmission de son message vers une autre culture. Certain·es répondront à cela que, si nous refusons de traduire le texte, quelqu’un d’autre le fera à notre place : c’est en effet possible, mais nous n’avons pas à passer du temps à travailler sur un texte qui n’est pas en accord avec nos principes. De mon point de vue, c’est comme refuser d’aller au cinéma pour soutenir un réalisateur dont les valeurs sont contraires aux nôtres : notre absence ne changera pas nécessairement la donne, mais nous ne sommes pas pour autant obligé·es de soutenir une œuvre que nous jugeons inappropriée. En outre, le fait de traduire un texte dont nous ne soutenons pas le message peut altérer la qualité de notre travail : il peut être difficile de conserver notre objectivité et de ne pas laisser transparaître notre opinion, et un manque d’enthousiasme peut affecter notre créativité dans le processus de traduction.

Peut-on toujours dire « non » à un projet ?

Selon les contextes, il peut être assez gênant ou compliqué de refuser un projet. Un traducteur qui travaille avec une agence peut être perçu comme « difficile » s’il décline un projet à cause de son contenu et de son message. Le problème se pose aussi avec des clients directs, car ceux-ci pourront se diriger vers d’autres traducteurs ou traductrices pour tous leurs projets suivants. Les personnes qui nous confient le projet peuvent faire preuve de plus ou moins de compréhension : a priori, tout le monde saisirait les réticences à traduire un texte sur les violences faites aux enfants. L’avis sur le sujet est assez unanime. Toutefois, certains domaines relèvent davantage de la sensibilité personnelle de chacun·e : le véganisme, le féminisme, l’écologie, la politique, etc. Ces sujets font bien plus débat à la fois dans la société et dans le monde de la traduction, car tout le monde ne comprend pas la difficulté des autres face à un sujet qui ne les touche pas personnellement. En tant qu’étudiant, j’ai déjà pu avoir cette discussion à plusieurs reprises avec des professionnel·les qui avaient des avis très différents. Certain·es pensent qu’il est légitime de refuser un projet si on ne se sent pas à l’aise avec son sujet, tandis que d’autres estiment que, par nature, le travail n’est pas toujours facile et qu’il faut savoir s’adapter. Les points de vue divergent.

En définitive, tout dépend du ressenti de chaque personne et de la visée du projet. Un texte qui traite de violences dans le but de dénoncer ces violences sera difficile à traduire, mais nécessaire. En revanche, si celui-ci défend ces violences, il pourrait être rejeté par des traducteurs et traductrices du fait du message qu’il transmet. Les subtilités sont nombreuses et, dans la mesure du possible, chaque professionnel·le devra fixer ses propres limites quant aux types de textes qu’il ou elle est prêt·e à traduire, souvent au cas par cas. Refuser une traduction, c’est refuser une mission rémunérée, ce qui peut s’avérer compliqué, particulièrement en début de carrière : la décision n’est donc pas à prendre à la légère.

Il faut peser le pour et le contre : d’une part, ce que nous risquons de perdre à court et moyen terme en refusant certains types de projets et, d’autre part, ce que nous gagnerions à n’accepter que des projets qui nous correspondent. Même s’il est nécessaire d’être conscient·e de ce risque, un tel choix peut nous permettre de travailler tout en respectant nos valeurs, et ainsi de ne pas avoir de sentiments négatifs vis-à-vis de notre activité. Le bien-être au travail n’est pas à négliger.

Traduire pour défendre ses valeurs

Si l’objectif de la traduction est de transmettre un message, alors pourquoi ne pas profiter de ce pouvoir pour promouvoir des idées qui nous tiennent à cœur ? C’est précisément l’idée que Sarah Bonningue a développée dans son billet sur la traduction environnementale, que je vous conseille vivement si le sujet vous intéresse. Celui-ci rappelait notamment une citation de Mère Teresa qui me semble pertinente ici : « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait. »

Au cours de nos études, les intervenant·es nous répètent souvent qu’il est préférable de choisir un domaine de spécialité sur le marché de la traduction : il peut donc être intéressant d’éviter, dès le départ, de travailler dans des domaines spécifiques en se spécialisant dans ceux qui nous tiennent à cœur, qui nous intéressent et que nous souhaitons soutenir. Comme l’expliquait très bien Alice Colar dans son billet sur la traduction du véganisme, il est toujours possible de trouver des alternatives pour allier travail et respect de ses convictions, et c’est notamment le cas lorsque les sujets qui nous intéressent concernent l’actualité.

En conclusion, dire non à un type de projet, c’est également dire oui à un large éventail d’autres projets. Le nombre de contenus à traduire aujourd’hui dans le monde est assez élevé pour nous permettre d’avoir du choix dans nos domaines de spécialité : il y en a pour tous les goûts, et pour toutes les convictions. Bien sûr, il n’est pas nécessaire de se spécialiser dans un domaine précis pour éviter les textes qui sont contraires à nos valeurs (traduire un catalogue de portes coulissantes une fois de temps en temps ne remet pas en cause les convictions végétariennes d’un traducteur). Cela reste néanmoins une idée à approfondir, surtout en début de carrière, afin de se sentir utile et d’éviter au maximum de se retrouver face à des situations désagréables.

Sources

BÉRIDOT, N. La créativité en traduction [En ligne]. MasterTSM@Lille. 4 juillet 2021. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/07/04/la-creativite-en-traduction/

BONNINGUE, S. Traduction environnementale :: la spécialisation de demain ? [En ligne]. MasterTSM@Lille. 18 octobre 2020. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/10/18/traduction-environnementale-la-specialisation-de-demain/

COLAR, A. Traduire un mode de vie : le véganisme [En ligne]. MasterTSM@Lille. 14 mars 2021. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/03/14/traduire-un-mode-de-vie-le-veganisme/

VEILLON, A. Comment choisir vos domaines de spécialité ? [En ligne]. MasterTSM@Lille. 4 mars 2018. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/03/04/comment-choisir-vos-domaines-de-specialite/ Traduit de : MCKAY, C. Choosing your translation specializations [En ligne]. Thoughts On Translation. 18 novembre 2013. Disponible sur :

http://www.thoughtsontranslation.com/2013/11/18/choosing-your-translation-specializations/

La préparation des documents sources : une étape clé de la traduction

Par Louison Douet, étudiante M2 TSM

La traduction est un monde méconnu de ceux qui n’en font pas partie. Si certains visualisent encore les traducteurs rédigeant avec un stylo sur un carnet, cette image est loin de représenter la réalité. Tout comme le reste de la société, ces métiers ont bénéficié des évolutions technologiques. De nouveaux outils ne cessent d’être développés pour aider les professionnels de la traduction à accroître la qualité de leur travail et leur productivité. Mais qui dit technologies dit aussi problèmes techniques.

Introduction

Avant tout, rétablissons le décor. Actuellement, la journée d’un traducteur se déroule principalement sur un ordinateur, à passer d’un logiciel à l’autre. Trouver un carnet sur leur bureau n’est pas chose impossible, mais les traductions sont maintenant des fichiers numériques de toute sorte. Et si quelques problèmes peuvent survenir avec les machines ou les outils employés, je souhaite surtout vous parler des problèmes liés aux documents sources.

Tout au long du master TSM, nos professeurs et les différentes personnes intervenues ont fait en sorte que nous obtenions les compétences clés pour manier les logiciels et interfaces qui composent notre future boîte à outils. Le message principal est clair : la technologie est une aide précieuse et très utile, mais elle nécessite des connaissances pour la manier correctement et en tirer tout le potentiel. Bien sûr, nous ne sommes pas à même de régler tous les problèmes (on a beau connaître notre logiciel de traduction par cœur, lorsqu’il décide de se fermer, on ne peut qu’espérer avoir sauvegardé). Toutefois, certains problèmes rencontrés ont bel et bien une origine humaine et représentent une difficulté particulière.

Les problèmes

Sans trop rentrer dans les détails techniques, pour traduire un document, les clients envoient la version originale aux traducteurs. Celle-ci passe ensuite dans un outil d’aide à la traduction qui récupère le texte, créé des segments et permet l’ajout des traductions en parallèle. Une fois cette étape complétée, l’outil remplace le texte source par la traduction et génère un nouveau document dans la langue souhaitée au même format que l’original.

Afin que tout ceci se passe sans embûche, les documents sources doivent bien sûr être supportés par l’outil, mais surtout, ils doivent être éditables, or, ce n’est pas toujours le cas. Les traducteurs sont souvent confrontés à des documents bloqués ou verrouillés. Et même lorsque la lecture est possible, la mise en page peut s’avérer des plus problématiques.

Les outils ont du mal à les déchirer et à générer une nouvelle version correcte de certains formats, notamment les PDF, d’autant plus pour ceux contenant des colonnes. La segmentation précédemment évoquée est aussi mise à mal par le formatage inapproprié. En effet, les lignes d’espaces successives ou l’usage de tabulation sont mal interprétés par les machines. Le texte est alors coupé sans grande cohérence, ce qui est particulièrement problématique pour la création des bases de données linguistiques telles que les TMs (ces mémoires de traduction enregistrent des unités de sens entre la source et la cible pour référence ultérieure). La traduction ne s’arrêtant pas aux textes, les professionnels font également face à des images non-modifiables.

La solution : la préparation 

Si l’idéal est d’obtenir la bonne version auprès des clients, elles sont rarement accessibles en raison de nos échanges numériques et dématérialisés. Les traducteurs doivent alors mobiliser des compétences supplémentaires en mise en page et traitement de texte, mais aussi maîtriser des outils insoupçonnés tels que la suite Adobe.

En effet, dans la plupart des cas, notamment pour les PDF, une préparation en amont et une étape de mise en page à la suite de la traduction sont nécessaires, ce qui implique donc une plus grande charge de travail. Certains formats peuvent être pris en charge dans les traitements de textes courants, mais d’autres nécessitent la manipulation de fichiers bien plus complexes. Il est parfois même nécessaire de les refaire complétement.

La préparation antérieure consiste à éliminer manuellement tous les caractères utilisés de manière inappropriée pour la mise en page. De cette façon, le texte est nettoyé, ne forme plus qu’un bloc où les unités de sens sont regroupées pour la mémoire. Une copie intacte de l’original sert ensuite de référence dans la dernière phase pour appliquer la même mise en page à la version traduite.

Pour ce qui est des images, le processus est plus complexe, mais assez similaire : une copie est modifiée de sorte que le texte original disparaisse et soit remplacé par la traduction, toujours selon la version originale.

Un exemple : mon expérience avec le projet de traduction bénévole

Dans le cadre du master TSM, j’ai pris en charge bénévolement un projet de traduction pour une association. Cette unité d’enseignement, qui a déjà été présentée en détails, a été un exercice des plus intéressants de par les défis rencontrés. Ceux-ci ne s’inscrivent pas dans la lignée des exemples précédemment cités, ils appartiennent encore à un autre type de problèmes avec les documents sources : les manuscrits photographiés ou photocopiés.

Pas de difficultés de mises en page ou de formatage ici, mais un format qui rend le document totalement impossible à éditer et dont l’original n’est non seulement pas disponible, mais parfois même pas très utile. Je m’explique. L’association met en relation des enfants du monde entier avec des parrains français qui leur apportent une aide financière et un soutien moral au travers d’un échange postal. C’est dans cette phase épistolaire qu’interviennent les traducteurs bénévoles, moi compris. Notre rôle est de traduire les lettres puisque les pairs écrivent dans leur propre langue. Dans mon cas, j’ai été en charge des courriels des enfants comme je travaille vers ma langue maternelle, le français, soit la langue des parrains.

J’avais déjà réalisé un projet cet été, mais la moyenne d’âge étant plus élevée, l’écriture de ces adolescents n’a pas vraiment été problématique. En revanche, le projet dont je me suis occupée pour ce cours était composé principalement de lettres de jeunes enfants.

Les problèmes de ces documents sources étaient donc de deux sortes :

  • Les originaux : des photocopies ou des photographies imprimées des lettres des enfants. Certaines étaient floues. D’autres n’étaient pas correctement cadrées et coupaient une partie du texte.
  • Le contenu : toutes (ou presque, j’ai eu deux ou trois lettres saisies sur ordinateur sur une quarantaine) sont manuscrites. L’écriture des jeunes enfants n’est pas parfaite.

Les solutions ? J’ai dû improviser, faire de mon mieux et m’aider des conseils et de la supervision de notre professeur Henry Hernández Bayter. Comme expliqué précédemment, le texte devait être dans un format accepté par mon outil d’aide à la traduction. Pour cela, pas d’autre choix que de le retranscrire complétement, et ce, malgré les parties incertaines. C’est au fur et à mesure de cette étape que se dévoilent les problèmes propres à ce type de texte : l’absence de ponctuation et les fautes d’orthographe. Les originaux étaient indisponibles, mais ils n’auraient pas aidé à déchiffrer ces erreurs ou encore les incohérences ni le fil de pensées des enfants. 

Conclusion

Ce fut un défi de bien traduire ces phrases dont le message n’était pas clair en raison de ces problèmes, mais c’est là tout l’intérêt de notre travail. Toutes les compétences nécessaires en plus de celles directement liées à la traduction en font un métier riche et passionnant. Chaque jour apporte son défi et n’est qu’une occasion supplémentaire d’apprendre.

Sept règles d’or pour réussir son premier projet de traduction

Article original en espagnol : Siete claves para afrontar con éxito tu primer encargo de traducción – Jugando a traducir, rédigé par Rafael López Sánchez et publié sur le blog du traducteur : Jugando a traducir

Traduit de l’espagnol par Ophélie Douchet, étudiante M2 TSM.

Lorsque nous entrons sur le marché de la traduction, ce qui nous inquiète le plus est la gestion de nos premiers projets. Comme nous l’avons déjà vu sur le blog, il est très difficile de se lancer à la fin de ses études, surtout lorsque l’on manque d’expérience. En outre, avoir le statut de traducteur indépendant juste après l’obtention du diplôme est souvent considéré comme risqué car, parfois, des notions fondamentales telles que la productivité, la gestion du temps, le choix des tarifs ou encore le service client nous sont inconnus. Voici donc quelques éléments clés pour réussir haut la main notre premier projet :

1. Soigner la communication avec le client

En général, les projets de traduction commencent par un processus de dialogue entre le traducteur et le client. Lors de cette première étape, il est primordial de faire preuve de professionnalisme et d’instaurer une relation de confiance tout au long de la discussion. Pour cela, il faut soigner au maximum notre écriture, notre orthographe et notre typographie. Nous sommes traducteurs, c’est pourquoi, tous nos messages doivent être impeccables.

Pour donner un côté plus professionnel à notre message, pourquoi ne pas ajouter une signature personnalisée ? Avec Outlook ou Gmail, c’est simple comme bonjour. Si nous voulons améliorer la qualité de notre signature, nous pouvons utiliser des applications comme WiseStamp pour ajouter des images spéciales, les icônes de nos réseaux sociaux, et encore bien d’autres fonctionnalités.

Personnellement, je vous conseille d’opter pour un domaine « .com » avec une adresse mail personnalisée de type « nompremon@monmail.com ». Une adresse mail avec notre propre domaine nous aidera à renvoyer une image plus sérieuse et professionnelle à notre client. Si le gestionnaire de messagerie par défaut ne nous convient pas, il est toujours possible d’associer notre compte de messagerie à Outlook ou Gmail. C’est l’idéal si nous sommes déjà habitués à travailler avec ces outils ou si nous disposons déjà d’autres comptes de messagerie.

2. Bien analyser le type de projet et les besoins du client

Toujours lors de cette première étape, il est très probable que le client nous envoie un ou plusieurs fichiers sur lesquels nous devrons travailler plus tard. Ce dernier nous expliquera brièvement ce qu’il attend, mais il est fort possible qu’il ne nous donne pas toutes les informations nécessaires.

C’est donc à nous, traducteurs, de s’assurer que nous avons bien saisi les besoins et les instructions du client. Pour cela, nous pouvons lui envoyer un message de confirmation qui reprend les conditions convenues et une liste des tâches et objectifs du projet. Il va de soi de se mettre d’accord sur les éléments suivants :

  • La langue source et cible (par exemple : anglais>espagnol),
  • Le format de livraison des fichiers,
  • L’objectif du texte,
  • Le tarif ou le devis,
  • La date de livraison.

Il faut également veiller à ne pas oublier de télécharger les fichiers envoyés par le client et les analyser en profondeur pour s’assurer qu’ils soient corrects et ne présentent aucun problème. Normalement, le matériel est fonctionnel, mais il peut arriver que l’on nous envoie des fichiers dans des formats incompatibles avec nos logiciels. Si tel est le cas, nous devrons informer notre client du problème et lui demander de nous envoyer des fichiers que nous pouvons traiter.

Il faut également analyser le domaine du projet. Nous devons être honnêtes et reconnaître si nous sommes à même de traiter le domaine de spécialité en question. En effet, une brochure touristique ne se traduit pas de la même façon qu’un manuel sur l’ingénierie portuaire. Si le texte est très spécialisé et que nous ne nous sentons pas capables de le traduire, alors, il vaudrait mieux refuser le projet ou, du moins, faire appel à traducteur expérimenté afin qu’il nous aide ou nous révise.

3. Fixer un tarif adapté dès le début

Bien souvent, l’excitation et le stress de décrocher le projet peuvent nous faire oublier de convenir d’un prix avec notre client. De plus, comme il s’agit de notre premier projet de traduction, il est fort probable que nous ne sachions pas très bien comment établir un budget.

À l’heure actuelle, les tarifs pratiqués par les agences et les professionnels de la traduction vont de 0,04 € par mot (ce qui est très bas, soit dit en passant) à 0,12 € par mot. Il arrive que des traducteurs proposent un tarif plus élevé mais, d’après mon expérience, le prix au mot varie entre 0,06 € et 0,10 €. Inutile de préciser que plus notre tarif est élevé, mieux c’est pour nous.

Si nous proposons des services supplémentaires (révision, mise en page, localisation, retouche, etc.), il peut être intéressant de séparer les tâches dans notre devis et d’appliquer un tarif différent pour chacune d’entre elles. Établir un devis simple sur Excel pour ensuite l’envoyer à notre client s’avèrerait donc très utile.

Selon moi, le secret pour trouver un tarif adapté dépend de la productivité ou du rythme de travail (si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous recommande de jeter un œil à la conférence tenue par Juan Yborra lors de la dernière ENETI, à savoir, une rencontre nationale des étudiants en traduction et en interprétation d’Espagne). L’idéal serait d’appliquer un tarif qui soit rentable pour nous et attractif pour notre client. Si nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord, nous pouvons négocier afin de trouver un tarif correspondant aux attentes des deux parties. Pour ma part, cette flexibilité m’a permis de décrocher des clients qui, sur le long terme, étaient très rentables. Cependant, il faut faire attention à ne pas trop diminuer son tarif car une fois le tarif revu à la baisse, il sera très compliqué de l’augmenter (surtout pour ce client en question). Bien entendu, si le tarif nous semble dérisoire, il vaudrait mieux refuser le projet. Comme nous l’avons déjà vu dans le blog, la dignité doit être notre priorité.

4. Organiser son temps

Lorsque nous débutons notre carrière, nous ne connaissons pas notre productivité. C’est quelque chose que l’on apprend avec le temps, mais noter notre rythme de travail peut être utile. Par exemple, le temps que l’on met pour traduire les 1 000 premiers mots du projet. Une fois que nous aurons déterminé notre productivité, nous pourrons mieux organiser notre temps. Ainsi, si le projet qui nous a été confié contient 10 000 mots, nous pourrons faire un calcul approximatif du temps nécessaire pour terminer le projet.

Il serait également intéressant de nous fixer des horaires de travail. Quand j’ai commencé, je n’avais pas pour habitude de travailler à des horaires fixes, je commençais à travailler dès que je recevais un projet et ensuite j’improvisais. Cependant, avec le temps, je me suis rendu compte que j’avais besoin de changer cela pour être plus stable et avoir un meilleur équilibre entre le travail et le reste. Le mieux à faire est de se fixer une journée de travail de 8 heures, avec des pauses pour le déjeuner ou pour se reposer, afin d’avoir un rythme de vie équilibré. On ne dirait pas, mais avec le temps c’est très appréciable.

5. En cas de problèmes ou de doutes, demander

Il arrive que, une fois le projet commencé, des doutes surviennent ou certains problèmes se posent. La peur ou le manque de confiance peuvent faire que nous n’osons pas demander (de peur que le client doute de nous), mais, en réalité, c’est la meilleure chose à faire. De par mon expérience, bon nombre des problèmes qui se posent dans le cadre d’un projet peuvent être résolus en cherchant une solution avec le client, ou en demandant son avis (surtout lorsqu’il s’agit de questions techniques).

Si nous pensons que notre client ne sera pas en mesure de nous aider à résoudre le problème (en particulier s’il concerne une traduction), il peut être judicieux de demander un deuxième avis à un collègue traducteur en qui nous avons confiance. Personnellement, je n’ai jamais été un grand adepte du copinage, mais s’il s’agit d’une demande très spécifique (et brève), il ne devrait pas y avoir de problème, surtout si la confiance règne entre les deux parties. Sinon, les forums thématiques tels que Proz.com ou Forotraduccion peuvent être d’une grande aide.

Pour ce genre de questions, je garde un petit carnet sur mon bureau et note tous les problèmes et les doutes qui surgissent au fur et à mesure que j’avance dans chacun de mes projets. C’est vraiment utile et pratique, car bien souvent les projets sont tellement conséquents, qu’ajouter des commentaires dans les documents peut être trop fastidieux. Une fois les questions notées, il est beaucoup plus facile de s’en souvenir. Ainsi, nous pouvons écrire à notre client ou l’appeler pour lui expliquer les problèmes de manière ordonnée.

6. Respecter la date de livraison fixée par le client

Cela peut sonner comme une évidence, mais il est clair qu’une grande partie de la satisfaction finale de notre client dépendra du respect de la date de livraison qu’il nous a fixée. Il ne nous servira à rien d’avoir effectué un travail impeccable si nous le livrons en retard.

La clé du respect des délais dépend avant tout des points 2 et 4. Il est important de savoir évaluer dès le départ si nous serons en mesure de respecter la date de livraison proposée par le client et, à cette fin, il est essentiel de savoir évaluer le volume du projet et de le comparer à notre rythme de travail. Si, à ce moment-là, nous estimons que la date de livraison est trop serrée pour nous, nous pouvons proposer une autre date au client (il arrive que les clients soient flexibles).

Une fois la date convenue, il faut éviter à tout prix de livrer les projets en retard. Dans le cas où le projet doit être retardé pour des raisons X ou Y (il peut y avoir un problème technique qui doit être résolu par notre client ou un tiers), il est conseillé d’en informer le client le plus rapidement possible afin de trouver une solution avant la livraison.

Au moment de la livraison, il faut veiller à envoyer tous les fichiers demandés par le client et à suivre ses instructions. Le client peut demander que plusieurs fichiers soient envoyés dans des formats différents ou qu’ils soient inclus dans une structure de dossier spécifique (pour ne citer que des exemples courants). Dans tous les cas, nous devons nous assurer que la livraison soit parfaite.

7. S’assurer de la satisfaction du client après la livraison

Une de mes devises que j’aime appliquer dans mon travail est que les projets ne sont pas terminés lorsque les fichiers sont envoyés, mais lorsque le client affirme que tout est correct. Ainsi, au moment d’envoyer notre projet (ou après l’avoir envoyé), nous pouvons demander au client de confirmer que tout est en ordre et lui proposer d’apporter les modifications nécessaires par la suite.

De cette façon, nous pourrons nous assurer que notre client sera satisfait à 100 %, car s’il y a quelque chose qui ne lui plaît pas ou qui ne lui convient pas, nous pourrons le corriger à la volée. Cela peut retarder un peu la clôture du projet, mais ça en vaut la peine car toutes les parties seront satisfaites du résultat final. Et on ne sait jamais, mais peut-être que parce que nous nous préoccupons tellement de sa satisfaction, il nous recontactera pour un futur projet.

Conclusion

Vous pouvez constater que presque toutes les recommandations sont étroitement liées au service à la clientèle. Lorsque nous entrons sur le marché du travail, nous n’avons pas encore l’impression de vraiment travailler pour un client ; désormais, la « réussite finale » ne dépendra plus d’une note académique, mais bel et bien de la satisfaction finale du client. En ce sens, on pourrait dire qu’un client satisfait pourrait être l’équivalent d’une mention très bien.

Bien entendu, le service à la clientèle ne fait pas tout, et nous devons également nous efforcer de fournir un travail de qualité, à la hauteur des exigences qui nous sont imposées. Pour cela, rien de tel que de donner le meilleur de soi-même. C’est la seule façon d’être satisfait de notre travail, qui, soit dit en passant, est aussi important.

Alors, c’est parti !

Je remercie Rafael López Sánchez de m’avoir permis de traduire son billet de blog. N’hésitez pas à jeter un œil à son blog, il donne de nombreux conseils pour les traducteurs débutants.

Tradupreneurs : Conseils ciblés pour les entrepreneurs de la traduction

Par Alexis Oboeuf, étudiant M2 TSM

En scrollant sur LinkedIn, je suis tombé sur un post de la page Tradupreneurs reposté par Orane Desnos. Après avoir lu quelques posts partagés sur le LinkedIn de la page, j’ai décidé de présenter cette plateforme créée par Orane Desnos et Gaële Gagné et dont la plateforme a été lancée en 2021.

J’ai donc contacté ces deux traductrices indépendantes et j’ai eu la chance de m’entretenir avec elles via Zoom afin qu’elles puissent me présenter Tradupreneurs.

Bonjour à toutes les deux et merci de me rejoindre aujourd’hui pour cette interview.

Avant de parler de Tradupreneurs j’aimerais en savoir un peu plus sur vous deux. Étant donné que le portrait d’Orane a déjà été fait l’année dernière sur ce blog, Gaële pourrais-tu nous parler un peu de toi et de ton parcours s’il te plaît ?

Gaële : Donc bonjour, je suis Gaële Gagné, traductrice indépendante depuis les années 2000. J’ai commencé au Canada. J’ai fait des études de commerce international et j’ai immigré au Canada et j’ai travaillé en tant que conseillère pour une agence du gouvernement qui aidait les petites et moyennes entreprises  à démarrer leur activité. Comme c’était financé par le gouvernement fédéral, il fallait que toute l’information soit en français et comme j’étais c’est moi que l’on a sollicité pour tout traduire de l’anglais vers le français et c’est comme cela que j’ai commencé à traduire pour mon employeur. Lorsque j’ai quitté le Canada pour retourner en Europe, mon employeur m’a demandé de continuer à travailler pour eux à distance en me mettant à mon compte ce qui tombait bien pour moi car je venais d’avoir un enfant et d’arriver en Belgique donc cela me permettait d’avoir une activité. J’ai créé mon entreprise en 2005 en Belgique et j’ai cherché à me former, d’abord à distance avec l’Université de Toronto qui offrait un programme de traduction à distance sur 1 an puis finalement j’ai fait une demande de VAE à l’ESIT où j’ai été admise en 2012.

Pendant toutes ces années, de 2005 à maintenant, j’ai travaillé en tant qu’indépendante, même pendant mes études. Je travaille de l’anglais vers le français dans les domaines marketing et commercial principalement pour des entreprises dans le transport et le domaine de l’agro-alimentaire.

Vous pouvez retrouver l’article « Rencontre avec Orane Desnos » de Sarah de Azevedo ici.

Vous pouvez aussi retrouver les portraits complets de Gaële Gagné et d’Orane Desnos  en podcast.

Les biographies d’Orane et de Gaële sont aussi disponibles sur le site de Tradupreneurs dans la rubrique « A propos ».

Comment est arrivée l’idée de créer cette plateforme ?

Gaële : Venant du monde du conseil aux PME, quand je suis arrivé en France en 2012 et que j’ai dû créer une entreprise je me suis dit qu’il n’y avait pas énormément d’informations sur comment créer sa boîte en France et je voyais des traducteurs autour de moi qui pataugeaient complètement dans la création et la gestion d’une entreprise. J’ai donc lancé un blog en 2012 qui tourne autour de mon activité et qui parle de comment gérer et développer son activité dans le domaine de la traduction. Ça a pas mal marché car il n’y avait pas grande chose à ce propos à part le livre de Corinne McKay. C’est donc ça qui est devenu Tradupreneurs. On a donc lancé Tradupreneurs cette année.

Orane : C’est ça, tu m’avais contacté via LinkedIn Gaële parce que j’avais fait des posts sur les réseaux sociaux pour commencer à monter une communauté appelée le coin des Tradupreneurs et tu avais vu une ou deux publications sur LinkedIn. Gaële m’a donc contacté fin janvier/début février pour me dire « mais moi aussi j’ai ce projet je voulais migrer mon blog le désolidariser de mon site vitrine de traductrice pour en faire un projet distinct sous le nom de Tradupreneurs ». On avait donc finalement le même et titre et Gaële m’a donc demandé si je voulais qu’on se mette ensemble, et qu’on mutualise nos compétences communes. Je dis donc qu’à chaque fois on se complète parce que toi Gaële c’est plutôt la partie qu’on n’aime pas quand on est traducteur, c’est la partie administrative, marketing et autres… Moi ça va plus être la partie réseaux sociaux et le podcast qui a été lancé il n’y a pas très longtemps.

Quel est l’objectif derrière Tradupreneurs ?

Gaële : L’idée derrière Tradupreneurs c’est d’avoir une plateforme sur laquelle on peut trouver de l’information pratique sur la création/gestion d’une entreprise de traduction.

Que peut-on trouver sur la plateforme Tradupreneurs ?

Gaële : Sur le site on peut trouver 3 grandes rubriques. D’abord de l’information gratuite avec des liens utiles, le blog avec plein d’articles depuis 2012.

Orane : On peut y trouver le podcast aussi !

Gaële : C’est vrai on y retrouve le podcast mais c’est tellement un truc à part en plus ! Il y a aussi la newsletter dans la partie informations. Il y a aussi une partie conseil, là ce sont des séances directes pour répondre à une question pratique ou pour avoir un accompagnement régulier s’ils le souhaitent, qui là, sont payants. Puis une partie formation car je donne des formations via l’organisation Edvenn qui est un organisme propose des formations certifiantes. Donc je propose des formations en traduction médicale, financière et autres. J’en fais donc la promotion via Tradupreneurs.

Et on a du coup le podcast d’Orane qui est un peu élargi, ça va au-delà de l’entreprenariat. Cela présente tous les métiers des langues.

Orane : Alors principalement la traduction et l’interprétation mais je ne voulais pas me limiter, c’est-à-dire que si un jour j’ai envie de parler avec un correcteur ou un terminologue, je pouvais le faire via le podcast. C’est pour cela que je l’ai appelé « La machine à café des langagières et des langagiers ». Il est donc accessible partout, sur Deezer, Spotify, le site de Tradupreneurs, il est publié une fois par mois et il est sous forme d’interview. 

Gaële tout à l’heure tu as dit qu’on pouvait trouver des exemples de facture sur le site de Tradupreneurs, je pense que c’est quelque chose qui peut vraiment venir en aide à certains, je pense surtout aux étudiants qui souhaitent devenir indépendants après l’obtention de leur diplôme. Que peut-on trouver d’autres qui puisse nous aider à commencer notre carrière d’entrepreneur en traduction ?

Gaële : Alors sur le site on a créé des parcours, on en a un qui s’appelle « Lancement » pour ceux qui démarrent donc on a filtré l’information spécifique pour eux. Je recommande donc d’y faire un tour pour avoir quelques renseignements. Comme je l’ai dit aussi on peut retrouver les articles de mon blog qui sont pour ceux qui démarrent, il y a des livres aussi. En téléchargement direct tu peux aussi retrouver des modèles de facture , de devis, des conditions générales pour en gros préciser les conditions de la collaboration avec le client. Il y a un livre de recettes, la plupart des traducteurs se lancent en tant que microentreprise donc c’est le seul document comptable qu’on a vraiment besoin et qui liste les encaissements de l’entreprise par date. Et il y a aussi un modèle de facture en anglais étant donné que les clients peuvent se trouver à l’étranger donc on doit avoir des factures conformes à la norme française mais on peut potentiellement être amené à les traduire et encaisser des paiements étrangers. Il y a aussi des conseils sur le blog à ce sujet. Je conseillerai donc aux étudiants qui se lancent à aller faire un tour sur le site, dans le parcours lancement, à aller faire des recherches sur le blog et à nous contacter si vous êtes perdus, on répond aussi aux questions. 

Orane : D’ailleurs pour rebondir sur ce point concernant les étudiants, on a créé une page qui s’appelle « Communauté » qui n’est pas forcément connue pour le moment mais où j’ai essayé de répertorier des ressources qui peuvent être utiles, des blogs, des comptes sur les réseaux sociaux ou autres que ce soit en anglais, français ou espagnol et ça parle aussi bien de marketing que d’autres sujets, il y a des ouvrages et les liens des sites de Corinne McKay. Je conseille vivement d’aller y faire un tour, rien que Gaële, quand j’ai compilé tout ça , tu avais été voir et tu m’avais dit « Oh mais je suis en train de découvrir plein de choses »

Gaële : C’est vrai oui ! Ça permet de recenser ce qui se fait, c’est un peu comme la traduction, c’est un peu atomisé, il y a plein d’idées dans tous les sens mais c’est bien d’avoir un endroit précis où tu peux tout retrouver.

Orane : Voilà c’est ça, c’est un peu le but de Tradupreneurs, de centraliser l’information, de la rendre claire et précise et que ce soit plus simple. 

Gaële : Puis nos spécificités sont assez propres au marché français, donc dans les différents parcours on a listé les liens des différents organismes comme la SFT, la BPI, l’URSAFF et tous ceux qui fournissent des informations sur la création entreprise et où l’on peut s’informer sur les aspects pratiques de la comptabilité,l’aspect légal et d’autres sujets. Et ce que j’aimerai dire aux étudiants, c’est que, quand on se lance à son compte, on n’est pas seulement traducteur on est aussi entrepreneur et cette partie il ne faut pas la négliger. Beaucoup d’étudiants me disent qu’ils ne savent pas quels prix demander ou comment cela se passe donc ils sont parfois amenés à accepter un peu de tout au début et certains clients ou agences vont profiter de cela. 
Pour revenir sur la page « Communauté », c’était aussi pour nous, un moyen de mettre en relation les traducteurs, qu’ils se connectent. Là pour vous, vous êtes à la fac c’est le moment de créer des liens entre futurs traducteurs et on essaie vraiment de poursuivre cela, c’est super important pour nous. Que ce soit pour Orane et moi, nous sommes indépendantes on travaille seules mais aussi avec les collègues. Il arrive parfois que l’on ait trop de travail et que donc on cherche quelqu’un pour nous aider, prendre une partie du volume, ou le sous-traiter. Donc ça nous aide pour se connecter entre nous.

Orane : Puis c’est aussi important par exemple quand vous démarchez un client direct, c’est important d’avoir quelqu’un pour vous relire. Quand on ne travaille plus avec une agence il n’y a plus cette partie relecture et correction, il faut parfois travailler à deux voire plus pour répondre à certains besoins. D’où la nécessité de tisser des liens entre traducteurs. C’est aussi une initiative abordée récemment sur le blog avec le Discord des traducteurs francophones. Le Discord de Dorine qui sert à échanger l’information, de se connaître et de tisser des liens entre traducteurs.

Gaële : Tu connaissais ce Discord ? 

Non pas du tout, tu peux m’en dire plus à ce propos ?

Gaële : Alors c’est relativement récemment il a été créé pendant le confinement. Donc c’est un serveur Discord où l’on peut se retrouver pour échanger sur des sujets bien précis comme les outils de TAO, la comptabilité ou autres, il y a des fils de discussion comme cela avec plein de sujets et donc il y a parfois des appels du genre « qui connaît quelqu’un qui bosse en jeux vidéos ? » ou « qui s’y connaitrait avec telle fiche de paie ? »

Orane : En fait tu peux facilement avoir une réponse dessus parce que sur les forums au mieux tu as une réponse mais ça prend plusieurs jours, là il y a toujours un certain nombre de personnes qui sont connectées. Je sais qu’il m’est déjà arrivé de poser des questions sur ce Discord et d’avoir une réponse en une ou deux heures maximum.

Vous pouvez rejoindre le Discord des traducteurs ici .

Au niveau des services que vous proposez, on peut retrouver tout cela directement sur le site ?

Orane : Oui bien sûr, tout est disponible sur le site, il est assez facile d’usage.

Auriez-vous un conseil à donner aux étudiants sur le point de devenir des tradupreneurs ?

Gaële : C’est difficile quand on sort de l’école de savoir comment s’y prendre donc surtout n’hésitez pas à solliciter les traducteurs en exercice, c’est un monde assez collégial, nous deux on est à fond dans la communauté des traducteurs donc voilà n’hésitez pas à toquer aux portes des traducteurs et demander des conseils vous serez toujours bien reçus, ne partez pas à l’aveugle, vous serez toujours bien orientés.

Orane : Surtout oui, c’est un monde très bon enfant. Qu’ils n’hésitent pas à faire un tour sur notre site les informations sont libres d’accès. Ils peuvent s’inscrire à notre newsletter. D’ailleurs ce qui nous tenait à cœur c’est que la newsletter soit envoyée une fois par mois sans pub supplémentaire.

Enfin, pour finir cette interview, comment arrivez-vous à gérer votre activité de traductrice et votre activité avec Tradupreneurs ?

Orane : Ah, c’est une très bonne question ! Vas-y Gaële je te laisse commencer.

Gaële : Alors moi étant donné que j’ai le côté formation, j’ai décidé de faire du 50/50. Donc j’ai mes interactions avec les étudiants le matin et je bosse sur mes projets l’après-midi. J’ai beaucoup de clients réguliers donc je n’ai pas trop besoin de démarcher, je peux garder ce volume de travail qui me convient plutôt bien. Et toi Orane ?

Orane : Alors moi j’ai fait le choix de réserver tout mon vendredi pour le développement de Tradupreneurs. Avant je voulais faire une heure par-ci, une heure par-là mais je me rendais compte que je n’avais jamais le temps de m’y consacrer à cause des projets de traduction donc je me suis dit que ce serait plus simple si je bloquais une journée pour ça. Après je pense que quand on développe des choses plus importantes, je pense notamment au calendrier de l’avent que nous avons mis en place, je prends plus de temps, ça déborde parfois sur le week-end.

Gaële : Après c’est un peu un talent du traducteur, avec l’expérience on commence à raisonner par blocs de temps, on se dit là je peux caser tel projet ou telle activité et du coup là Tradupreneurs c’est un projet à caser aussi.

Cet échange fait le fruit d’une retranscription d’un échange virtuel avec Orane Desnos et Gaële Gagné.

Je tiens à remercier chaleureusement Orane et Gaële pour m’avoir accordé du temps et avoir répondu à mes questions.

Bibliographie

Le site de Tradupreneurs : https://www.tradupreneurs.fr

Orane Desnos sur Linkedin : https://www.linkedin.com/in/oranedesnos/

Gaële Gagné sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/gaelegagne/

Retour d’expérience de mon stage : 7 bonnes pratiques à adopter en tant que traducteur indépendant

par Anna MAN, étudiante en M2 TSM.

Durant mon stage de M1 auprès de Mme Nathalie Moulard, traductrice indépendante et professeure de TAO à l’Université de Lille à Roubaix, j’ai appris beaucoup de choses et dans ce billet de blog, je vais vous partager 7 bonnes pratiques à adopter.

Ici, je ne vais pas parler de comment s’installer en tant que traducteur indépendant (mon camarade Antoine Deruy s’en charge très bien dans ce billet de blog), mais plutôt vous donner des petits tips que j’ai reçus et appliqués durant mon stage afin de mener à bien une traduction ou un projet de traduction. Car en effet, être traducteur indépendant n’est pas de tout repos, alors je vais essayer de vous partager tout cela à travers mon propre témoignage et ma propre expérience.

1. Créez votre propre check-list

Nous le savons tous, rester toute la journée devant son ordinateur, la tête plongée dans une même traduction ainsi que dans des recherches documentaires interminables crée une bulle dans laquelle nous ne voyons même plus les coquilles ou les erreurs de nos propres traductions. Mais pas de panique ! Une check-list peut vous aider à éclaircir tout cela.

Alors que mettre dans une check-list ? À mon sens, bien qu’il existe des check-lists toutes préparées, elles restent assez personnelles. Vous pouvez y mettre les consignes de base du client (par ex, ne pas utiliser d’anglicismes), les instructions provenant d’un guide de style (apostrophes courbes, guillemets chevrons, etc.), s’il n’y a pas de guide de style, les règles de typographie française de base (pas de majuscule après les deux-points, majuscules accentuées, etc.), les termes spécifiques récurrents afin de respecter le glossaire du client, etc.

Voici un exemple de check-list de base :

Source : Nancy Matis, Cours de gestion de projets, 2021

Pour ma part, j’ajouterai également les accords en genre et en nombre. Depuis toute petite, je nage entre la culture chinoise et la culture française. En français, les noms communs s’accordent en genre (féminin ou masculin) et en nombre (singulier ou pluriel), or ce n’est pas le cas en chinois, les noms communs en chinois n’ont pas de genre et sont quantifiés. De plus, quand j’étais petite et que j’apprenais les déterminants à l’école, je ne comprenais pas pourquoi on disait « une maison », « un couteau » ou même « une fourchette ». Pourquoi « la maison » serait-elle un nom féminin et « le couteau » serait-il un nom masculin ? En grandissant, cette « confusion » s’est accentuée, par exemple « chaussette » et « sec », si je dis « les chaussettes sont sèches », je dois effectuer tout le processus dans ma tête, c’est-à-dire que « chaussettes » est un nom féminin pluriel et par conséquent, que « sec » doit s’accorder au féminin pluriel, ce qui devient « sèches ». Tout ça pour dire que dans mes traductions, dès qu’il y a une histoire d’accord en genre et en nombre, je sais que je dois être vigilante sur ce point en particulier. Par ailleurs, les outils de TAO tels qu’Antidote ou même Cordial (correcteur d’orthographe et de grammaire) sont d’une grande aide dans la détection de coquilles et d’erreurs grammaticales qu’on aurait pu laisser passer dans notre traduction. 

2. Soyez assidu lors de la relecture

Au début de mon stage, j’avais tendance à bâcler la phase de relecture finale. Étant donné que mes yeux s’étaient habitués à ma propre traduction, lors de la relecture finale, je survolais mon texte en pensant livrer une qualité acceptable.

Petite astuce pour la relecture : relisez-vous à haute voix. En vous écoutant, en entendant vos phrases, vous saurez si une phrase sonne « bien » ou non, si elle sonne français ou non. La phase de relecture est importante, car elle permet de vérifier tous les points évoqués dans la check-list, n’hésitez pas à faire un QA check dans Xbench (si nécessaire) pour veiller à la cohérence de la traduction ou même à revoir les instructions du client, de faire une dernière vérification que ce soit orthographique, syntaxique, stylistique, typographique, etc. La qualité doit être au rendez-vous !

3. Posez des questions au client

Au début du stage, je n’osais pas poser de questions, par peur de ne pas paraître assez professionnelle, par peur de poser des questions idiotes ou par ego aussi, je voulais trouver la réponse par moi-même avec des recherches documentaires très chronophages et voilà, je voulais me débrouiller toute seule.

Il est très important de communiquer avec le client (ou le chef de projet) afin qu’il puisse savoir où vous en êtes dans le projet, il doit être en mesure d’anticiper toute éventualité de ne pas pouvoir mener le projet à bien, de peut-être même échafauder un plan B pour le bon déroulement du projet à terme.

En matière de questions à poser au client, n’envoyiez jamais votre fiche-questions un jour avant la livraison par exemple, essayez d’anticiper afin que le client puisse y répondre sans être pressé par le temps, de plus, la traduction doit être terminée pour le jour de livraison, nous ne pouvons donc pas laisser des questionnements dans la traduction ou même laisser le client se débrouiller avec une traduction qui n’est pas aboutie.

Quel genre de questions poser au client ? D’abord, rédigez toujours vos questions en anglais sur un ton poli. Ensuite, vous êtes traducteur professionnel donc vous êtes censé savoir traduire. Demander au client si « ma traduction est bonne », ce n’est pas l’idéal. En revanche, vous pouvez tout à fait proposer une traduction en justifiant votre choix de traduction (source, recherche documentaire, recherche terminologique, etc.) et en discuter avec le client. À moins que le client utilise une terminologie bien spécifique, le traducteur peut être confronté à faire des choix de traductions. Le traducteur tranche, si le client est d’accord, alors tout va bien, s’il ne l’est pas, alors le traducteur apporte ses explications au client ou alors, le client donne sa préférence.

Voici un exemple type de fiche-questions :

4. Ne pas se fier aux 99%

Bien que le client puisse fournir une mémoire de traduction (TM), il ne peut pas garantir la qualité de celle-ci. En tant que traducteur, nous nous devons de veiller à la qualité de la traduction que nous proposons au client, d’abord pour notre crédibilité en tant que professionnel de langues sortant d’un Master TSM, ensuite pour gagner la confiance du client.

Nous aurons plus à gagner en rapportant que la qualité de la TM était médiocre et en mettant à jour cette même TM qu’en suivant une TM de mauvaise qualité et donc en fournissant une traduction de mauvaise qualité. Par ailleurs, le cerveau est très facile à berner, il voit dans Trados Studio un 99%, il va automatiquement faire confiance à la TM et perdre en vigilance, le traducteur doit se forcer à bien relire le segment avant de le confirmer.

5. Relancer le client

Si le client ne répond pas dans les 2-3 jours qui suivent, il faut impérativement le relancer. Il se peut que votre email ait atterri dans ses courriers indésirables ou dans ses spams. Pendant mon stage avec Mme Moulard, il m’est arrivé de livrer un projet de traduction pour la fin de la semaine, de ne pas recevoir accuser de réception et qu’elle me dise lundi qu’elle a retrouvé ma livraison dans ses spams. Par conséquent, il est important de s’assurer que le client a bien reçu notre livraison, notre fiche-questions ou autre par un accusé de réception via retour de mail.

6. Toujours confirmer le projet proposé par mail

Cela peut paraître anodin, mais lorsque vous recevez un nouveau projet d’un client ou d’un chef de projets et que vous décidez de le prendre en charge, il est primordial de confirmer par retour de mail la prise en charge du projet en question afin que le client ou le chef de projet puisse le noter dans sa fiche de suivi ou son planning et qu’il n’ait pas besoin de chercher une autre ressource. Après acceptation de la prise en charge du projet, veillez à la bonne réception du projet dans sa globalité, à savoir la documentation à traduire, les fichiers sources, les documents de référence (TM, glossaire, guide de style, instructions du client, etc.), le bon de commande, et tout autre élément que peut contenir un projet de traduction.

7. Ne jamais faire confiance à une machine

Eh oui, l’erreur de débutant, ou même de feignant (il faut se le dire). Au cours de mon stage, j’ai appris à développer un œil critique sur mes propres traductions, sur la traduction automatique ainsi que sur les TM fournies par les clients.

Cette année, en cours de traduction automatique, nous avons appris que la machine produisait des phrases « grammaticalement correctes », elles commencent par une majuscule, avec sujet, verbe, complément et se termine par un point.

Par conséquent, quand je traduisais ou post-éditais, je faisais énormément confiance à la machine, pour ne pas dire aveuglément. Mon cerveau se faisait duper par le « grammaticalement correct ». Or un traducteur doit faire mieux que cela. Pour reprendre nos cours de M1 en traductologie, bien que l’équivalence absolue n’existe pas, la traduction ne doit surtout pas sentir la traduction, elle doit paraître fluide, naturelle et à l’instar du ninja, le traducteur doit demeurer invisible. Donc ayant toujours un œil critique sur la qualité du texte produit par la machine. Le traducteur doit rester vigilant lorsqu’il utilise la traduction automatique afin de produire une qualité de traduction la plus optimale.

Pour conclure, je tiens à préciser que ce billet de blog n’engage que moi et mon avis à travers ma propre expérience. Ce stage a été enrichissant en plus d’être formateur, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que le domaine technique, médical, marketing, économique, etc. J’ai également beaucoup appris sur moi, sur la manière de m’organiser, de travailler seule et de gérer la solitude également, etc. Je remercie grandement Madame Moulard de m’avoir formé, accompagné, conseillé pendant 2 mois et demi. Cette expérience aura été riche en apprentissages et en émotions.

La SFT et le Programme Boussole

Par Clémence Marliangeas, étudiante M2 TSM


Grand nombre de traducteurs et traductrices font le choix de se lancer en tant qu’indépendant.e.s sur le marché de la traduction. Si créer son entreprise semble être la tendance actuelle, cela n’en est pas moins une étape importante, compliquée et angoissante, surtout pour les juniors fraichement diplômés… Si le blog du master TSM regorge de mille et un conseils utiles, je vais tout de même tenter aujourd’hui de vous présenter une nouvelle solution ! 

L’idée de vous lancer en tant que traducteur ou traductrice indépendant.e vous angoisse ? Alors cet article sur la SFT et son nouveau programme de mentorat pourrait peut-être vous intéresser et vous aider à sauter le pas !

La SFT, c’est quoi ?

La Société française des traducteurs (SFT) est un syndicat professionnel visant à défendre les intérêts des traducteurs, traductrices et interprètes, mais aussi à promouvoir les métiers de la traduction sur le territoire national. Créé en 1947, il compte aujourd’hui plus de 1 600 membres :

  • Plus de 1 500 traducteurs et traductrices, couvrant de nombreux domaines de spécialité
  • Plus de 320 interprètes, dont 200 interprètes de conférence
  • Près de 400 terminologues.


La SFT a un rôle triple :

  • Rassembler les acteur.rice.s et futur.e.s acteur.rice.s du métier de la traduction et de l’interprétation.
  • Informer ces derniers, notamment en organisant des formations (dont la liste est consultable sur le site de la SFT, rubrique « Notre catalogue de formations »), en participant à des conférences universitaires ou encore via des publications.
  • Soutenir ses membres dans leurs relations professionnelles, qu’elles soient conflictuelles ou non (conseils, assistance juridique et arbitrage en cas de litige).

Mais pourquoi y adhérer ?

Une question qui se pose, de manière tout à fait légitime, est celle de la raison de rejoindre une telle association professionnelle. Eh bien figurez-vous que les bonnes raisons sont nombreuses !

  1. Gagner en visibilité et crédibilité : en adhérant au Code de déontologie de la SFT, en apparaissant dans l’annuaire des traducteurs, traductrices et interprètes de la SFT et en mentionnant votre appartenance au syndicat sur vos différents supports de communication.
  2. Développer votre réseau : en intégrant une communauté de plus de 1 600 membres, toutes et tous professionnel.le.s et spécialistes de leur secteur.
  3. Bénéficier d’une entraide professionnelle : grâce au programme de mentorat Boussole, ou tout simplement en participant à des réunions régionales entre membres ou à des événements à l’échelle internationale.
  4. Rester informé.e : en suivant les forums de discussion, en bénéficiant des conseils de confrères et consœurs, en recevant la version dématérialisée de la revue Traduire[1] et du bulletin d’information Tradzine.
  5. Contribuer aux prises de décision : en participant et votant aux Assemblées générales, en contribuant au niveau de votre délégation régionale, etc.
  6. Bénéficier de tarifs préférentiels : sur les formations de la SFT et de ses associations sœurs membres de la FIT (Fédération Internationale des Traducteurs), sur des logiciels de TAO, de gestion, de sauvegarde, etc.

Boussole : le programme de mentorat de la SFT

L’université de Lille recevait ce 24 septembre 2021, dans le cadre de la Journée Mondiale de la Traduction, une table ronde de traducteurs et traductrices membres de la Société Française des Traducteurs (SFT). Ce rendez-vous a été l’occasion pour les étudiant.e.s en master de traduction de l’université de Lille de (re)découvrir un programme de mentorat à l’échelle nationale : le Programme Boussole.


Le Programme Boussole est une initiative lancée en 2020 par la Société Française des Traducteurs, et qui a pour but l’accompagnement des jeunes traducteurs et traductrices dans leur nouveau métier.

Avant de mettre en place une telle action au plan national, un programme pilote avait été lancé en Rhône-Alpes en 2015, pilote qui s’est révélé plutôt prometteur puisque la demande de mentorat n’a fait que croître après son implémentation. Par la suite, une commission a été formée à la SFT dans le but de lancer ce même programme mais au niveau national. Ce dernier a alors pu débuter l’année dernière avec 35 binômes. Notons d’ailleurs que cette année, 48 binômes bénéficient du Programme Boussole.

Le programme fonctionne sur 3 niveaux :

  • Niveau de la commission : actuellement formée par 8 personnes et chargée de poser les bases du programme au plan national et aujourd’hui elle gère l’organisation et les instructions des mentors et des mentorés. La Commission est assistée dans ses tâches par les contributeurs et contributrices au niveau régional (au nombre d’un ou deux par délégation, soit 23 au total).
  • Niveau international : une personne responsable, au niveau international, pour les traducteurs, traductrices et interprètes français.es membres de la SFT ne vivant pas en France métropolitaine.
  • Niveau du mentorat : les binômes mentors/mentoré.e.s qui gèrent, à leur niveau et de manière autonome, le fonctionnement de leur relation.


Qui sont les mentors ?

Les mentors sont des traducteurs, traductrices ou interprètes depuis 4 ans ou plus et membres de la SFT depuis au moins 2 ans.


Qui sont les mentoré.e.s ?

Les mentoré.e.s, sont des traducteurs, traductrices ou interprètes débutant.e.s (ayant moins de 3 ans d’expérience ou établi.e.s depuis moins de 3 ans en France), souhaitant s’installer en tant qu’indépendant.e.s.

Comment bénéficier du Programme Boussole ?


Pour faire partie de l’aventure, il est nécessaire de suivre le processus d’inscription qui a lieu chaque année aux mois de janvier/février. 

Mentors et mentoré.e.s remplissent alors un questionnaire (sur les attentes et les compétences de chacun.e), puis les contributeurs et contributrices forment des binômes, de préférence par région afin de faciliter les rencontres dans la vie réelle, bien que cet aspect se soit avéré assez compliqué cette dernière année à cause de la pandémie de Covid-19.

Une fois le binôme formé, mentor et mentoré.e signent une charte qui est un contrat rappelant les droits et les obligations dans le cadre du mentorat.

Ce dernier dure 1 an mais celui-ci est renouvelable, en fonction des besoins du ou de la mentoré.e notamment, et permet d’aborder plusieurs questions, telles que les :

  • Relations client.e.s
  • Contrats
  • Négociations de tarifs
  • Spécialités
  • Questions d’ordre administratif et légal.


Avantages du mentorat :

  • Pour les mentors : pouvoir promouvoir les bonnes pratiques soutenir les « débutant.e.s » pour qu’ils et elles puissent bien développer leur entreprise et ainsi faire perdurer le métier. Puisqu’il s’agit d’une relation d’égal.e à égal.e, dans laquelle n’intervient aucune forme de supériorité ou de subordination, les mentors peuvent aussi recevoir quelques conseils avisés de la part de leur mentoré.e, notamment sur des sujets tels que les réseaux socio-professionnels, la création d’un site internet, etc.
  • Pour le ou la mentoré.e : bénéficier des compétences d’un membre plus expérimenté, rencontrer des collègues, connaître les bonnes pratiques et pouvoir les appliquer, avoir un.e interlocuteur.rice privilégié.e.

Par ailleurs, le mentorat n’est ni rémunéré ni payant, et il n’instaure en aucun cas une relation de subordination entre mentor et mentoré.e. De plus, aucune collaboration professionnelle n’est obligatoire : le ou la mentoré.e ne doit pas attendre du mentor qu’il ou elle lui propose du travail, et inversement. 

Sources :

https://www.sft.fr/fr

https://cblingua.com/es/la-societe-francaise-des-traducteurs/

Échanges avec les traducteurs et traductrices ayant participé à la table ronde organisée par la SFT le 24 septembre 2021 à l’université de Lille


[1] La revue Traduire est disponible gratuitement à l’adresse suivante, alors foncez ! https://journals.openedition.org/traduire/

YouTube : quelles utilisations pour les professionnels de la traduction ?

Par Alice Colar, étudiante M2 TSM

En tant qu’étudiante TSM, j’ai pris l’habitude de voir la traduction partout. Ma grande curiosité m’a souvent poussée à insérer les mots en lien avec la traduction dans les barres de recherche. Notamment dans celle de la plateforme YouTube, où les résultats étaient souvent décevants. En persistant et surtout en étant face à un réel besoin d’aide visuelle, de tutoriels ou de connaissances nouvelles, j’ai pu dénicher quelques trésors. Il m’a donc semblé judicieux de vous les partager, en profitant de l’occasion pour réfléchir à cet outil qui peut permettre à chacun d’apprendre, de se divertir, de suivre l’actualité ou encore de se faire connaître. Selon l’édition 2021 du baromètre du numérique publié par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques des postes et de la distribution de la Presse, 9 français sur 10 sont présents sur internet. En une seconde, 80 000 vidéos sont visionnées à travers le monde.

C’est au cours de cet été que j’ai commencé à me questionner sur YouTube, car en me perdant pour la énième fois sur le réseau aux 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, j’ai réalisé toute la diversité qui s’y trouve : médias, politique, éducation, formation, expériences littéraires, musique, jeux vidéo… J’ai vite établi le lien : autant de catégories que de spécialités pour les professionnels de la traduction. En effet, YouTube offre un accès à du contenu en lien avec de nombreux sujets, destiné aussi bien aux débutants qu’aux spécialistes : fonctionnement d’une pompe à chaleur ? De l’énergie solaire ? La création monétaire ? Les NFT ? Des milliards de requêtes sont formulées chaque jour, faisant ainsi du réseau social un réel moteur de recherche. La bonne nouvelle, c’est qu’il compte des utilisateurs venant du monde entier. Vous l’aurez donc compris, le contenu est multilingue et accessible à (presque) tous : l’interface est disponible en 76 langues, ce qui offre un accès à la plateforme à 95 % de la population mondiale. Ainsi, en tant que traducteur spécialisé dans n’importe quel domaine, le réseau peut être très utile. En effet, je ne sais pas si vous faites partie de ces gens qui ont besoin d’un visuel pour mieux comprendre certaines choses, mais lorsque je me suis retrouvée face à un texte sur les moteurs synchrones, avoir la possibilité de mettre une image sur des mots m’a vraiment été d’une grande aide et m’a surtout fait gagner du temps. Les vidéos sont parfois préférées à la lecture pour les personnes ayant une mémoire visuelle et même pour celles ayant une mémoire auditive. Entendre et voir les choses différemment est gage d’une meilleure compréhension.

YouTube et apprentissage

Si je vous dis corpus, TAO, ou encore TA ? Ne soyez pas déçus, les recherches par mots‑clés ne sont pas très encourageantes. En effet, le corpus du bac, c’est de l’histoire ancienne pour nous. Cependant, les pionniers de ces domaines ne manquent pas à l’appel : SketchEngine, Frantext, Laurence Anthony, RWS, MemoQ, Adobe, XTM, SmartCat, plus d’excuses ! La plupart des outils qui nous accompagnent au quotidien disposent d’une chaîne et proposent des tutoriels et des astuces visant à aider leurs utilisateurs. Comme je le disais précédemment, YouTube est un très bon moyen de se former gratuitement et de façon autonome.

Les équipes techniques en charge des étapes de post-traduction seront également servies. Avis aux futurs responsables des illustrations et des captures d’écran, aux « DTPistes », aux testeurs ou encore aux compilateurs : de nombreux tutoriels et chaînes dédiées à Photoshop, Adobe Indesign, Adobe FrameMaker, ou encore Alchemy Catalyst sont disponibles, à l’image des outils précédemment cités. WPML, HTML, CMS… Les spécialistes en localisation de logiciels et de sites web trouveront leur bonheur.

D’un point de vue plus général, il est aussi possible de visionner les replays d’un nombre incalculable de webinaires, de conférences, de workshops et d’évènements organisés dans le monde entier sur le thème de la traduction. YouTube et les réseaux sociaux nous donnent une chance d’être ailleurs tout en étant chez soi, dans le métro ou dans une salle d’attente. Iconic translation machines, Systran, Translating for Europe, tout est disponible en replay pour les retardataires. Les associations de traducteurs comme la SFT, l’ATLF, ou l’ATA proposent elles aussi ce type de contenu.

Je ne peux pas clôturer cette partie sans vous parler des Ted Talks. Il existe de nombreuses mini conférences en lien avec la linguistique. Ces dernières peuvent nous aider à réfléchir sur notre domaine, afin de le voir d’une autre manière ou simplement pour se rendre compte de sa beauté. Je souhaitais vous partager une vidéo qui m’a marquée et m’a donné une autre vision de mon outil de travail, les langues. « The beauty of linguistic diversity is that it reveals to us just how ingenious and how flexible the human mind is.”: dans ce Ted, Lera Boroditsky partage sa réflexion sur les quelque 7 000 langues parlées dans le monde, sur la multitude sons, de structures et de lexiques qui nous entourent. Elle se demande si la langue que nous parlons structure notre façon de penser. Un débat qui ne date pas d’hier, puisque Charlemagne disait « Parler une autre langue, c’est posséder une deuxième âme » et Shakespeare « Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom. ». Pour relancer le débat, elle apporte quelques données scientifiques qu’elle a elle-même collectées. Les exemples qu’elle donne sont assez surprenants. Si vous avez 15 minutes devant vous, vous ne serez vraiment pas déçus.

YouTube et business

Vous allez peut-être penser que les chaînes YouTube appartiennent en tout et pour tout à des amateurs, qui tournent des vidéos par-ci par-là. C’est faux ! De nos jours, les réseaux sociaux représentent un réel business. Pour un professionnel, y être présent, y proposer ses services ou aborder des sujets en lien avec son domaine d’activité peut vraiment apporter une plus-value et booster sa notoriété en gagnant en visibilité. En pleine ère du numérique, les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. Il serait dommage de ne pas tirer profit de leurs avantages.

Ainsi, les professionnels commencent à être de plus en plus présents sur YouTube, en diffusant de nombreuses vidéos très fiables et un contenu innovant et varié. Je prendrai l’exemple de Tradupreneurs, des Recettes du traducteur et de la Linguistiquerie : trois chaînes créées par des traductrices spécialisées dans des domaines variés, qui proposent des replays de lives mais aussi des podcasts, sur des sujets en lien avec la traduction : comment passer de la traduction généraliste à la traduction spécialisée, trouver ses premiers clients directs, quel est le bon statut juridique pour un traducteur… Autant de réponses aux questions de ceux qui veulent se lancer. Pour ceux qui l’auraient déjà fait, agence ou freelance, ce contenu permet de rester à l’écoute du marché actuel mais aussi d’apporter à notre communauté.

Les réseaux sociaux peuvent vraiment vous aider à vous démarquer. Néanmoins, pour les gérer, vous aurez besoin de beaucoup de temps. Surtout pour YouTube. Pour avoir du succès, les vidéos postées doivent être de qualité. Il est donc important de définir une stratégie afin de bien organiser, promouvoir et modérer votre chaîne.

Qui dit stratégie dit SEO (Search engine optimization) : la grande tendance de 2021. YouTube étant directement intégré à Google, les tags, mots-clés et descriptions de vos vidéos seront très utiles à l’amélioration du référencement de votre commerce. Un petit plus non négligeable qui peut rapporter gros ! Dans ce cas, il sera peut-être judicieux de suivre une formation. La Creator Academy propose des formations gratuites pour les débutants ou ceux qui souhaitent optimaliser leur chaîne. Tout est donc très accessible. Le nom de la vidéo, la durée, le décor, les sous-titres et leur traduction… Chaque variable peut vous apporter des vues ou vous en faire perdre. Bien évidemment, la traduction des sous-titres peut aider à toucher une audience plus large et donc vous rapporter des clients. En effet, plus de deux tiers du temps alloué au visionnage proviennent de téléspectateurs qui vivent dans des endroits autres que la région d’origine du créateur.

YouTube et traduction automatique

Au début de cet article, j’ai associé YouTube à un moteur de recherche. La plateforme appartient au géant Google, qui compte lui-même parmi les GAFAM (Google, Apple, Amazon, Facebook et Microsoft). Si je mentionne Google, en tant que professionnels du secteur de la traduction, quelque chose doit naturellement vous venir à l’esprit : la traduction automatique. Le très prisé et parfois très critiqué Google Translate est un acteur majeur de notre secteur. En effet, nous assistons depuis un certain temps à une montée en puissance de la MTPE (Machine translation post editing), qui devient la demande favorite de certains clients. Ce sont d’ailleurs les GAFAM eux-mêmes qui en sont friands, notamment pour traiter leur volume titanesque de contenu et de données qui augmente chaque jour. Un petit aparté qui me semble indispensable en ces temps et qui me permet de faire le lien entre YouTube et Google qui, vous devez sûrement vous en douter, collaborent en matière de traduction. Le contenu à traduire chez YouTube tourne autour de son interface, de son aide en ligne, mais surtout des sous-titres, titres et descriptions des vidéos. Chaque minute, 500 heures de vidéos sont ajoutées à la plateforme, ce qui nécessiterait une équipe colossale de traducteurs spécialisés dans un nombre incalculable de domaines, tant le contenu est vaste et hétérogène. Le site web a donc réfléchi à la mise en place de solutions, afin de permettre à ses utilisateurs, qu’ils soient souffrants de problèmes d’audition, de troubles du traitement auditif ou simplement unilingues, d’avoir accès à un contenu sensiblement similaire à celui des spectateurs polyglottes.

De cette manière, en 2006, YouTube a commencé à prendre en charge les sous-titres de façon automatique, grâce à la technologie de reconnaissance vocale de Google. Peu de temps après, le site a intégré un outil de TA, ni plus ni moins le moteur Google Translate, afin de traduire les sous-titres générés par les auteurs des vidéos (ce qu’ils font rarement) ou générés de façon automatique grâce à la reconnaissance vocale.

Après coup, c’est au tour de la fonctionnalité « Contribution de la communauté » de voir le jour, qui, de manière similaire à l’ancien système de traduction de Netflix, mettait à contribution des internautes bénévoles pour traduire ces fameux sous-titres. Depuis 2020, les bénévoles n’ont plus accès à cette fonctionnalité, qui a été supprimée par l’hébergeur de vidéos. En cause : présence de spams, d’abus et qualité médiocre. La solution d’intégrer de la traduction humaine semble donc, pour l’instant, compromise. YouTube a préféré tout miser sur l’aide précieuse fournie par l’intelligence artificielle de son parent Google. On peut donc se demander si cette IA, intégrée à YouTube sur des vidéos de tout type contenant une multitude d’accents, d’intonations et d’effets sonores est capable d’offrir une qualité et un taux de réussite satisfaisants. Je clôturerai donc cet article avec un test des sous-titres auto-générés et de la traduction automatique de ces derniers sur deux vidéos YouTube. La première a été réalisée dans les règles de l’art par Arte et aborde un sujet assez technique, qui n’est autre que l’intelligence artificielle. La seconde est de type tutoriel et porte sur l’analyse technique des cryptomonnaies, réalisée par le Youtuber Owen Simonin (Hasheur) accompagné de son homologue EnterTheCryptoMatrix. Son niveau de technicité est plus élevé.

Notre premier exemple est déjà décevant car dès les premières secondes, une faute d’accord se glisse dans les sous-titres. S’ensuivent les fautes de grammaire et d’orthographe. Dans la vidéo, certains intervenants parlent anglais. La reconnaissance vocale essaie de transmettre le message : « et vote du public frob de crédit tout degré ». Un résultat logique. Heureusement, les sous-titres des parties en langue anglaise sont directement intégrés à la vidéo. Plus loin, on se rend compte que le moteur réussit à distinguer les parties en langue anglaise en ne proposant plus aucun sous-titre. Il est également capable de détecter la musique en indiquant « [musique] ». Conclusion : Les fautes d’orthographe et de grammaire sont vraiment très nombreuses. Presque deux fautes par minute. Les sous-titres ont aidé à la compréhension et peuvent être utiles à quelqu’un qui ne peut pas visionner la vidéo avec le son, par exemple.

En ce qui concerne notre seconde vidéo, la première faute correspond de nouveau à une faute d’accord. Le moteur montre par la suite des problèmes de compréhension, dus au débit rapide de parole d’Hasheur. Quant aux termes techniques, il les comprend une fois sur deux : le Bullrun (marché haussier) est compris par « boulot run ». Le terme « Fibo », qui fait référence à la suite d’entiers de Fibonacci est compris par « fibre ». Il peut être très déroutant pour les viewers de lire un mot complètement hors contexte dans les sous-titres. Les interjections ne sont pas comprises : le « bah » devient un « battu ». Pour ce qui est de la traduction automatique, c’est très simple. Le moteur traduit les sous-titres générés par la reconnaissance vocale. Vous l’aurez donc compris : fautes d’accord, de grammaire, d’orthographe et néologismes, tout est traduit. Si la qualité du texte cible est mauvaise, le résultat fourni par le moteur de TA ne peut qu’être de mauvaise qualité.

Certes, les résultats sont amusants. Mais la phrase « Traduire, ce n’est pas traduire des mots, mais du sens. » de l’ATA et l’ATRAE, prend tout son sens ici. Les exemples ont montré que la traduction automatique et l’intelligence artificielle étaient loin de produire un résultat de qualité pour ce type de « projet ». Alors comment faire pour que tout ce contenu soit accessible à toutes et à tous et pour que la qualité soit au rendez-vous ? L’équation semble compliquée à résoudre, bien que les progrès soient visibles et que le mode de fonctionnement de YouTube permette tout de même de toucher une audience plus large, l’expérience est plutôt décevante pour l’instant.

Les récents progrès du Machine Learning et du Deep Learning montrent que les algorithmes sont de plus en plus affinés, à l’instar des données utilisées pour entrainer les intelligences artificielles. Ainsi, la qualité des résultats fournis ne peut que s’améliorer. Qui sait, peut-être qu’à l’avenir, YouTube disposera d’un moteur de TA sur-mesure qui sera à même de reconnaître les langues et de gérer la langue orale, entre autres.

J’ai rédigé cet article car YouTube est un outil qui m’a beaucoup aidée en tant qu’étudiante et également pour vous montrer que la plateforme pouvait être très utile dans le secteur de la traduction. En tant que plus-value pour votre activité, que partenaire d’apprentissage et également en tant qu’espace de détente pour vous vider l’esprit car oui, vous avez également le droit de vous perdre sur ce réseau, en suivant vos YouTubers favoris ou simplement pour travailler avec un fond de musique.

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Bibliographie :

Enquête : traducteurs et utilisation des médias sociaux – European Commission. https://blogs.ec.europa.eu/emt/fr/enquete-traducteurs-et-utilisation-des-medias-sociaux/. Consulté le 9 novembre 2021.

Gué, Victoire. YouTube marketing : le guide pour réussir. https://blog.hubspot.fr/marketing/youtube-marketing. Consulté le 9 novembre 2021.

Les mirages de la post-édition. https://beta.ataa.fr/blog/article/les-mirages-de-la-post-edition. Consulté le 9 novembre 2021.

Les bases de L’analyse Technique | Trading, Feat. CryptoMatrixhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=If5knyqF_0E. Consulté le 9 novembre 2021.

Les algorithmes peuvent-ils nous soigner ? | 42, la réponse à presque tout | ARTEhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=CJir4a6j-ns. Consulté le 9 novembre 2021.

« Machine learning : YouTube a 1 milliard de vidéos avec des sous-titres automatiques ». Génération-NT, https://www.generation-nt.com/youtube-milliard-video-sous-titres-automatiques-machine-learning-actualite-1939454.html. Consulté le 9 novembre 2021.

« YouTube ». Wikipédia, 6 novembre 2021. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=YouTube&oldid=187767652.

« YouTube tire un trait sur les sous-titres créés par des bénévoles ». Le Monde.fr, 29 septembre 2020. Le Monde, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/29/youtube-tire-un-trait-sur-les-sous-titres-crees-par-des-benevoles_6054095_4408996.html.

Traducteur indépendant : 5 conseils pour vaincre la solitude

Par Marine Auguste, étudiante M2 TSM

Alors que de plus en plus de travailleurs osent s’installer en tant qu’auto-entrepreneurs, l’auto-entrepreneuriat semble s’imposer comme la situation la plus courante pour les professionnels de la traduction. Bien que cette situation présente de nombreux avantages, beaucoup d’indépendants se plaignent du caractère solitaire et de l’isolement découlant de leur situation professionnelle. Alors que ces caractéristiques peuvent paraître indissociables de notre métier et que de nombreux étudiants en traduction, jeunes indépendants ou même travailleurs aguerris s’en inquiètent, nombre de solutions bien trop peu connues existent. Je me suis donc intéressée à quelques-unes d’entre elles lorsque je réfléchissais à mon installation future et j’ai décidé de les partager dans ce billet afin d’aider tout indépendant ou futur indépendant en quête de conseils.

Réseauter

Réseauter vous permet de prendre conscience que d’autres personnes se trouvent dans la même situation que vous, mais surtout d’échanger, tant professionnellement que personnellement.

Il s’agit sans doute de la solution la plus « simple » parmi toutes celles auxquelles je me suis intéressée, et pourtant ce n’est pas forcément la première à laquelle on penserait. Même si en tant qu’indépendant vous ne travaillez pas toujours avec les mêmes personnes, bien souvent vous retrouvez des têtes familières, des paires traducteurs/réviseurs se forment, etc. Si vous parlez régulièrement à vos collègues habituels, au fur et à mesure de votre collaboration, vous apprendrez un peu plus à vous connaître, et il ne s’agira plus uniquement d’une adresse mail sans visage, mais vous prendrez pleinement conscience de la personne qui se trouve derrière son écran d’ordinateur. Que les discussions soient purement professionnelles, ou bien qu’une amitié se forme, communiquer avec ses co-traducteurs est extrêmement important pour ne pas avoir l’impression de travailler seul, ce qui est bien souvent faux.

Bien évidemment, communiquer avec les professionnels travaillant régulièrement avec vous ne constitue pas l’unique forme de réseautage : les réseaux sociaux sont également là pour vous. Qu’il s’agisse de Linkedin, Viadeo, Facebook, Twitter ou autre, restez à l’affût des publications et des profils des professionnels de la traduction. Enfin, vous pouvez également profiter des conférences et événements auxquels vous participez afin d’étendre votre réseau. De nouvelles communications, voire de nouvelles collaborations, pourraient ainsi voir le jour.

AVANTAGES

• Entraide et motivation
• Communications diverses possibles
• Nouvelles collaborations potentielles

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’aller vers les autres professionnels

Travailler en espace de coworking

Travailler dans un espace de coworking vous permet de sortir de chez vous et de rencontrer de nouvelles personnes appartenant à différents domaines professionnels.

Qui dit indépendant, dit bien souvent travailler depuis chez soi, ce qui ne convient pas à tous les professionnels. Afin de pallier le caractère solitaire du travail à la maison, vous pourriez envisager de rejoindre un espace de coworking. Il existe d’ailleurs autant d’espaces de coworking différents que de professionnels. S’il s’agit d’une option qui vous tente, vous trouverez sans aucun doute chaussure à votre pied parmi la myriade d’espaces proposés que ce soit en France ou à l’étranger.

Travailler en espace de coworking vous permettra de rencontrer de nouveaux professionnels dans différents domaines. Outre l’ambiance et la compagnie apportée par vos coworkers, cela peut donner naissance à des collaborations fort intéressantes. Imaginez que vous deviez traduire un texte spécialisé dans le domaine de l’informatique. Ne serait-ce pas opportun d’avoir un informaticien travaillant sur le bureau juste à côté du vôtre prêt à vous aider ?

AVANTAGES

• Motivation et entraide
• Réseautage et communauté
• Communication orale et relationnel

INCONVÉNIENTS

• Parfois bruyant
• Gêne/Dérangement
• Manque d’intimité
• Payant

Rejoindre la SFT

Rejoindre la SFT vous permet d’avoir accès à une panoplie d’événements et de formations, de faire partie d’un regroupement de professionnels de la traduction et de faire vivre notre secteur.

La SFT (Société Française des Traducteurs) est un syndicat professionnel qui regroupe de nombreux spécialistes de la traduction francophones travaillant en tant qu’indépendants. En plus de proposer une protection juridique et un annuaire répertoriant tous les membres, la SFT organise également des formations et divers événements à distance ou en présentiel par délégation. La SFT participe régulièrement aux différentes journées mondiales de la traduction organisées par les universités de France, afin de pouvoir échanger directement avec les étudiants.

Récemment, la SFT a également lancé un nouveau programme appelé « Boussole ». Il s’agit d’un programme de mentorat entre de jeunes professionnels de la traduction souhaitant se faire aiguiller par des spécialistes aguerris. Les binômes sont formés en fonction des besoins des mentorés, mais aussi de la localisation des deux professionnels. Entre entraide et nouvelles informations, les utilités du programme sont multiples et dépendent des besoins et envies de chaque binôme : comment prospecter, calculer ses tarifs ou être présent en ligne, quelles sont les bonnes pratiques, les actualités du marché, etc.

AVANTAGES

• Évènements et formations en présentiel ou distanciel
• Rencontres dans toute la France
• Partage et entraide
• Réseautage

INCONVÉNIENTS

• Cotisation annuelle

Participer au Discord des traducteurs

Participer au Discord des traducteurs vous permet de prendre part à une communauté virtuelle vivante, à des discussions en tout genre, tant professionnelles que personnelles, et de partager directement avec les professionnels du secteur.

Le Discord des traducteurs est un serveur privé créé en 2020 par Dorine Parmentier, traductrice indépendante française. Celui-ci compte aujourd’hui plus de 350 indépendants travaillant dans les métiers de la traduction qui se regroupent sur différents canaux. Les salons, oraux ou écrits, sont divers et variés, afin que chacun puisse s’y retrouver : des salons dédiés aux membres de la SFT (mentionnée ci-dessus), des salons pour discuter de tout et de rien, des espaces de coworking virtuels et de nombreux salons thématiques en rapport direct avec l’activité de traduction (localisation, sous-titrage, outils de TAO, traduction bénévole, etc.) ou non (comptabilité, prospection, épargne retraite, etc.). Différents événements sont également organisés, virtuels ou non, afin que les membres puissent se rencontrer, apprendre à se connaître, créer de nouvelles collaborations ou simplement réseauter.

Pour finir, j’aimerais citer la créatrice du serveur Discord : « Le serveur m’apporte de la bonne humeur, des visages sur mon écran de gauche qui permettent de diminuer le ressenti de solitude propre au métier, et surtout des réponses. »

AVANTAGES

• Échanges écrits et vocaux
• Entraide et motivation
• Réseautage
• Rencontres physiques
• Organisations d’événements

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’oser parler au milieu de tant de membres
• Fermé aux gestionnaires de projet
• Distraction potentielle

Créer un collectif

Créer un collectif vous permet de prendre part à un groupe d’intérêt professionnel et à une collaboration d’un nouveau genre, avec d’autres professionnels de la traduction, et notamment des personnes avec lesquelles vous entretenez des affinités personnelles.

Depuis quelques années, de nombreux collectifs voient le jour au sein du secteur de la traduction. Il s’agit d’un regroupement d’indépendants, qui travaillent séparément, facturent le plus souvent séparément, mais peuvent collaborer sur certains projets et notamment s’entraider. Parmi les collectifs de traducteurs et interprètes, nous pouvons citer La Linguistiquerie, ou encore Dream Team Translations. Chaque professionnel garde son indépendance tout en appartenant à un groupe, à un réseau direct.

Dans les collectifs, il est possible de proposer des services joints, comme un package traduction/révision, ou bien des traductions à plusieurs mains lors d’importants projets. Cela permet également de disposer d’un réseau très proche de professionnels spécialisés dans différents domaines et différentes langues, afin de pouvoir proposer les services les plus adéquats aux clients. Mais avant tout, le collectif permet de pouvoir discuter, tant professionnellement que personnellement, et de s’entraider. C’est autant une collaboration, qu’une confiance importante qui se forme parmi les membres d’un collectif.

AVANTAGES

• Échanges et communication
• Entraide et motivation
• Collaboration
• Services de traductions joints et harmonisation

INCONVÉNIENTS

• Obligations envers le collectif qui peuvent être contraignantes

La solitude et l’isolement sont bien loin d’être indissociables du statut d’indépendant, il suffit d’avoir les bonnes clés en main. J’espère que ces quelques conseils vous seront utiles. Il ne s’agit que d’une liste exhaustive des maintes solutions permettant de mieux vivre la situation d’indépendant, si vous souhaitez apporter d’autres conseils, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires.

Un grand merci aux traducteurs et traductrices qui ont accepté de répondre à mes questions : Dorine Parmentier, Baptiste Labey, Clément Brulé et Antoine Deruy. Un grand merci également aux membres de La Linguistiquerie, de Dream Team Translations et de la délégation Nord de la SFT qui ont participé à la journée mondiale de la traduction 2021 de Lille et ont inspiré la rédaction de ce billet de blog.

Bibliographie

Anonyme. « Coworking pour traducteurs indépendants : pour et contre. ». BeTranslated, 29 septembre 2020, https://www.betranslated.fr/bt/coworking-independants-pour-contre/.

Bonningue, Sarah. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs ». MasterTSM@Lille, 14 juin 2020, https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

Judéaux, Alice. « Traducteur, êtes-vous fait pour travailler dans un espace de coworking ? » Tradonline, 10 avril 2018, https://www.tradonline.fr/blog/traducteur-etes-vous-fait-pour-travailler-dans-un-espace-de-coworking/.

Lederlin, Fanny. « Télétravail : un travail à distance du monde ». Etudes, vol. Novembre, nᵒ 11, octobre 2020, p. 35‑45.

Tocaben, Chloé. « Les espaces de coworking ». Tradixit, 30 novembre 2020, https://www.tradixit.com/post/les-espaces-de-co-working.

Quel est le nombre de clients idéal pour un traducteur indépendant ?

Par Nicolas Cardinael, traducteur professionnel et intervenant au sein de la formation TSM

Le 24 septembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la traduction, se tenait sur le campus de Pont de Bois une table ronde organisée par la Société Française des Traducteurs (SFT). À l’issue de l’une des présentations, une étudiante présente dans l’assistance posait une question très intéressante : à partir de quel moment un traducteur indépendant peut-il arrêter son travail de prospection ? La réponse donnée par l’intervenante, qui fut aussitôt approuvée par les autres membres de la SFT présents à ses côtés, fut simple : jamais.

À défaut d’avoir réfléchi à cette question au préalable, je ne pouvais, sur le moment, qu’être d’accord avec cette vision du travail de prospection. La recherche perpétuelle de nouveaux clients semble en effet être synonyme d’évolution, de progression et de diversification des expériences, qui doivent logiquement mener à un plus grand épanouissement professionnel. Cependant, si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, cette logique n’a-t-elle pas une limite ? N’y a-t-il pas un nombre de clients au-delà duquel il devient difficile de travailler efficacement ? Un nombre de clients trop élevé ne peut-il pas comporter des inconvénients néfastes pour le traducteur indépendant ?

Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questions, je propose de nous intéresser au cas d’un traducteur indépendant qui travaillerait uniquement pour des agences, et non pour des clients directs, depuis un certain nombre d’années et dont le nombre de clients aurait fluctué tout au long de sa carrière. Puisque toute ressemblance avec un traducteur existant, qui serait également en charge de plusieurs cours de traduction DE-FR au sein du Master TSM, n’est absolument pas fortuite, j’utiliserai la première personne du singulier dans la suite de ce billet, où je tenterai d’identifier les avantages et les inconvénients liés aux différents nombres de clients pour lesquels j’ai été amené à travailler pendant différentes phases de mon activité.

Avant de s’intéresser au nombre de clients en lui-même, il me semble important de préciser pourquoi je travaille uniquement en tant que sous-traitant pour des agences et non pour des clients directs.

Tout d’abord, il est bien plus aisé pour un traducteur indépendant de prospecter auprès d’agences de traduction puisque ce type de démarchage s’apparente grandement à une recherche d’emploi classique. Un CV soigné et adapté, ainsi qu’une lettre de motivation personnalisée suffisent normalement à établir un premier contact avec la personne en charge de recruter des traducteurs externes au sein d’une agence. S’ensuit généralement un test de traduction qui, s’il est concluant, permet de démarrer rapidement une collaboration avec l’agence en question.

La prospection auprès de clients directs, en revanche, nécessite souvent une démarche commerciale bien plus aboutie, impliquant par exemple la création de supports de présentation, d’un site Internet, de profils sur les réseaux sociaux, etc. qui devront être attractifs et permettre de se démarquer de la concurrence, qui est d’ailleurs presque exclusivement constituée d’agences de traduction de plus ou moins grande taille, et qui disposent d’un service commercial spécialiste de la prospection. Une rude concurrence.

Par ailleurs, il est beaucoup plus facile de cerner les besoins précis (couples de langue, domaines de spécialisation, etc.) d’une agence avant de postuler en consultant son site Web, ses réseaux sociaux ou encore sa page LinkedIn, ce qui permet d’ajuster sa candidature et d’obtenir un taux de retour bien meilleur.

Enfin, la plupart du temps, les entreprises basées en France ont besoin de faire traduire des documents vers des langues étrangères, ce qui n’entre pas dans mon champ de compétences, puisque je travaille uniquement vers le français.

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que la structure du marché de la traduction est telle que nous la connaissons aujourd’hui, très largement basée sur le recours à des traducteurs indépendants.

Entrons désormais dans le vif du sujet et examinons une situation que j’ai expérimentée pendant quelques années et dont j’ai grandement apprécié les avantages : travailler pour un client unique.

Il convient de préciser que le client unique en question était la filiale française de l’un des géants mondiaux de la traduction. Le risque de retard ou de défaut de paiement des factures semblait très limité, tout comme le risque de chômage technique causé par une baisse d’activité soudaine ou une rupture brutale de la collaboration. Les risques économiques liés à cette relation de travail exclusive étaient donc assez limités.

Dans le cadre d’un accord informel trouvé avec la vendor manager de cette agence, j’avais donc accepté de réserver la totalité de mes disponibilités à l’équipe interne pour laquelle je travaillais (beaucoup) depuis quelques mois en échange d’un flux de travail continu et d’une optimisation de mon planning. Il s’agissait d’établir une relation de travail mutuellement bénéfique puisque le client pouvait compter de façon certaine sur mes disponibilités (les périodes d’absence étant signalées le plus longtemps possible en avance), et de mon côté, je tirais plusieurs avantages très intéressants de cet accord, qui se traduisaient par un grand confort de travail. 

Le fait de me voir proposer de façon régulière des projets dont le client savait qu’ils étaient compatibles avec mon emploi du temps, sans alterner les périodes de pic et de creux, a été un facteur très important dans la diminution du stress inhérent au statut d’indépendant, tant en termes de répartition du temps de travail (plus de travail le soir et le week-end pour compenser des périodes de creux) que de stabilité des revenus. Par ailleurs, les tâches administratives annexes à la traduction (facturation, suivi des projets, etc.) étaient beaucoup moins chronophages.

Ce type de collaboration offre également une meilleure visibilité sur le planning à l’année, ce qui permet de planifier plus sereinement les périodes de congés.

Enfin cette collaboration privilégiée favorise également une meilleure connaissance des interlocuteurs, et donc des relations professionnelles plus conviviales.

Pour résumer, je bénéficiais de quelques-uns des avantages du statut de salarié, tout en conservant une certaine liberté, principalement due à la possibilité de poser mes congés comme bon me semblait et de dégager du temps pour d’autres activités (l’enseignement par exemple) sans avoir à me justifier.

Bien sûr ce type de collaboration comporte également des inconvénients.

Nous pouvons notamment citer une plus faible diversité des projets et une spécialisation décidée par le client plutôt que par moi-même. En effet, en laissant à mon client la main sur mon planning, je n’avais qu’à confirmer ma disponibilité pour les projets proposés. Le développement de la spécialisation qui se fait naturellement au fil des projets pris en charge échappait donc en partie à mon contrôle. Bien sûr il était toujours possible de refuser un projet qui ne me convenait pas. Cependant, mes interlocuteurs me connaissant assez bien, ils me proposaient des projets qui correspondaient à mon profil et que je ne refusais donc presque jamais, même si j’aurais peut-être donné la priorité à d’autres projets si j’avais eu à trancher entre plusieurs propositions simultanées.

Par ailleurs, même si l’on considère que le client unique a les reins solides, cette collaboration exclusive génère forcément une dépendance économique totale à l’égard du client, ce qui constitue un risque en cas de rupture de la collaboration. Partir à la reconquête d’anciens clients pour lesquels je m’étais assez soudainement mis à refuser toutes les propositions de projets allait forcément prendre du temps, voire ne pas aboutir. Tout comme le démarchage de nouveaux clients.

Au moment de faire le bilan de ce type de collaboration, je dois admettre que les avantages l’emportent assez largement sur les inconvénients. La régularité du flux de travail et des horaires, ainsi que la stabilité des revenus sont des atouts particulièrement appréciables.

Cependant, après quelques années, la régularité du flux de travail s’est petit à petit dégradée et je sentais beaucoup moins chez mon interlocutrice le souci d’optimiser mon emploi du temps. Je n’ai jamais demandé d’explications à ce sujet, mais je peux supposer différentes raisons à cette évolution : une remise en cause en interne de ce type de relation avec les fournisseurs, le renouvellement assez fréquent du personnel et donc de mes interlocuteurs chez ce client menant à un « oubli » de l’accord informel passé quelques années auparavant, une baisse générale d’activité entraînant un recours prioritaire aux traducteurs internes, une diminution de la satisfaction donnée par mon travail ou encore le recrutement de traducteurs externes ayant négocié un tarif inférieur au mien. Toujours est-il que les projets qui m’étaient proposés n’étaient plus calibrés en fonction de ce que j’avais déjà au planning, et il me fallait de plus en plus souvent me manifester pour indiquer ma disponibilité. Il fallait donc me rendre à l’évidence : je devais revenir à une situation plus courante pour les traducteurs indépendants en augmentant mon nombre de clients.

Si mon désormais ex-client unique reste un client privilégié, qui occupe environ 75 % de mon temps, je peux également compter sur 3 clients plus occasionnels. Dans cette situation, j’apprécie la plus grande diversité des projets que je prends en charge. Par ailleurs, il reste assez facile de communiquer à ces clients mes indisponibilités et je parviens également à nouer des relations plutôt conviviales avec mes interlocuteurs.

Du côté des inconvénients, j’ai dû renoncer à l’optimisation de mon planning et à la régularité parfaite du flux de travail. Cependant, j’ai pu indiquer à mes clients occasionnels les volumes que je peux généralement prendre en charge et ils me proposent en priorité de petits projets que je peux intercaler entre ceux de mon principal client. Reste tout de même la tentation d’accepter des projets dont je sais qu’ils vont m’occasionner une surcharge de travail, mais qui me permettent d’entretenir ma relation avec chaque client. 

En résumé, avec cette nouvelle situation, j’ai gagné en diversité et en réduction de ma dépendance économique ce que j’ai perdu en confort de travail.

Reste à évoquer une situation que je n’ai jamais vraiment connue personnellement mais qui pourrait découler d’une prospection menée de façon continue : avoir de nombreux clients différents sans ordre de priorité. 

Il me semble que cette situation serait de nature à offrir une grande liberté dans l’acceptation ou non des projets proposés. Un grand nombre de clients doit logiquement déboucher sur un flux assez important de propositions, dans lesquelles le traducteur peut « piocher » selon le temps dont il dispose, son intérêt pour les domaines de spécialité, ou tout autre critère qu’il peut lui-même définir. Il en résulte donc certainement un meilleur contrôle sur la spécialisation qui se développe au fil des projets pris en charge. J’imagine également que le souci de répondre positivement de façon régulière à chaque client afin de soigner chaque relation commerciale passe au second plan, et qu’une rotation s’installe naturellement au fil du temps. Enfin la répartition de la dépendance économique entre les différents clients semble dans cette situation grandement limiter les risques en termes de diminution brutale des revenus.

En revanche, il semble plus difficile dans ce contexte de nouer des relations privilégiées avec les interlocuteurs internes des clients, ce qui vient renforcer le principal défaut du statut de traducteur indépendant : le sentiment de solitude. Cette situation rend également très difficile l’optimisation du planning et la régularité des horaires de travail, il semble donc impossible de ne pas alterner les périodes de pic et de creux, ce qui est source de stress et de fatigue. Enfin, la multiplication des clients va de paire avec une augmentation du temps consacré aux tâches administratives telles que la gestion des demandes, le suivi des projets, la facturation, etc.

Pour conclure ce billet, je dirais que mon expérience personnelle m’a montré que chaque situation comporte des avantages et des inconvénients. Si j’ai grandement apprécié le fait d’avoir un client unique, cela ne peut pas réellement être considéré comme une situation idéale et constitue tout de même un risque. Par contre, le fait de pouvoir compter sur un client privilégié, qui offre une certaine régularité dans le flux de travail et les horaires, ainsi que sur quelques autres clients occasionnels en complément représente certainement la situation qui offre le meilleur compromis entre diversité des projets, contrôle de la spécialisation et confort de travail.