Traduire vers une langue étrangère ? It depends

Par Elena Valevska, étudiante M2 TSM

 

En 2017, Lucie Lhuillier, ancienne étudiante TSM, s’était déjà penchée sur le sujet de la traduction dite non native dans son billet. Ses conclusions claires, conformes aux normes de l’industrie : traduire vers une langue étrangère, c’est un grand faux pas, et elle explique bien pourquoi.

Aujourd’hui, je veux me faire l’avocat du diable, et essayer de mettre cet axiome à l’épreuve.

Nous, les étudiants en traduction, on nous apprend dès le début à quel point il est important de traduire vers sa langue maternelle. Ne pas le faire, c’est dire au revoir à la qualité, bye-bye ! Après tout, traduire, c’est trahir, dixit quelqu’un, peu importe son nom mais son message importe. Ainsi, si on veut réduire, contenir cette trahison, cette désertion de sens, on n’a pas le choix : il faut faire appel à des native speakers. Sinon, quality has left the chat.

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Cette notion de « natif » m’a toujours intriguée, sans doute en raison de mon cas particulier. Ayant grandi dans une famille où on parle trois langues à la maison, je les ai apprises plus ou moins à la fois : le néerlandais (ou le flamand, si vous insistez vraiment) avec papa, le bulgare avec maman, et leur langue en commun, c’était l’anglais. Aujourd’hui c’est aussi ma langue à moi, sans doute la langue que je maîtrise le mieux, grâce à mon enfance, à l’internet (#90kidsunite), mais aussi aux nombreuses heures passées à la bibliothèque, dévorant des livres comme un gamin un peu obèse se plonge sur le gâteau le jour de son anniversaire. J’avoue que le fait d’avoir un British à mon côté pendant les six dernières années y a contribué également. (Blimey ! Il a heureusement fait défection vers la Belgique avant le fiasco du vous-savez-quoi, mais ça reste un vrai rosbif). Dans ce délicieux mélange linguistique, quelle est ma langue maternelle ? Est-ce, comme le mot l’indique, la langue de ma mère ; ou bien la langue de ma formation et culture ; ou encore la langue que j’utilise le plus souvent dans ma vie quotidienne ? Est-ce les trois ? Et si je passais les 15 années suivantes en France, lissant toutes les erreurs que je fais aujourd’hui, pourrais-je un jour atteindre un niveau dit natif ? Voilà la question.

Maintenant que j’ai partagé ma backstory un peu, vous comprenez peut-être mieux d’où vient mon intéresse pour un phénomène plutôt polarisant. J’y ai dédié une part de mon rapport de stage, et je souhaite partager avec vous quelques de mes trouvailles (fini les plaisanteries, place aux choses sérieuses).

La traduction non native dans l’industrie de la langue

En 1965, Chomsky avança le modèle du locuteur-auditeur idéal [1], celui qui maîtrise sa langue à la perfection, ainsi que la notion de l’intuition du locuteur natif (native speaker intuition), estimant qu’il s’agissait d’une aptitude innée. En effet, les linguistes ont longtemps jugé que le native speaker était l’autorité absolue en matière de langue, sentiment à première vue largement partagé par les principaux acteurs du marché de la traduction. Dans une enquête menée sur le sujet par l’Association internationale des traducteurs et interprètes professionnels (IAPTI), les opinions sur l’admissibilité de la traduction vers la langue B ont unanimes ; en voici quelques extraits.

  • […] the hallmark of a professional translator is excellent writing skills, and achieving a ‘native’ level of excellence is almost impossible for non-natives. I have been correcting translation certification examinations in Canada for close to 15 years, and have encountered only one instance in which a person’s level of ability, in writing, was almost ‘native’. One.
  • Of my nearly 15 years as a translator, editor and project manager, I have seen the work of some roughly 500 translators. I can attest only three (3) (ONLY 3!) of that lot were capable enough to translate into a non-native language competently.
  • I have done this once or twice, into Spanish, following considerable pressure from the client and after telling them clearly why I didn’t think this was a good idea. Each time, I had a Spanish native speaker proofread the target text before delivery. This is not a service I advertise, or even want to provide. I will only do it as a last resort and as a favour for a good client.
  • I consider it unprofessional to translate into one’s non-native language, unless it’s a true emergency for someone. The resulting prose NEVER reads native – and believe me, I’ve edited and proofread an awful lot of writing by pretty good non-native speakers and writers.

 

Il n’y a aucun doute à ce sujet, si l’on veut prôner la qualité, il faut faire appel aux natifs.

Ce que je trouve curieux, c’est le fait que de nombreuses associations de traducteurs soulignent également l’importance de la traduction vers la langue maternelle (L1), mais cela sans exclure totalement la possibilité de la traduction vers sa deuxième langue (L2). Voyons ce qu’elles disent :

  • Le traducteur […] s’engage à travailler dans les règles de l’art, à savoir : traduire uniquement vers sa langue maternelle ou une langue cultivée, maniée avec précision et aisance ;

(Code de déontologie de la SFT)

  • [Les traducteurs doivent] maîtriser à la perfection leur langue maternelle et une ou plusieurs langues étrangères, avoir une bonne culture générale et des connaissances approfondies d’un ou plusieurs domaines de spécialisation ;

(ALTI, Association luxembourgeoise des traducteurs et interprètes)

La Chambre belge des traducteurs et interprètes (CBTIP) est encore plus ambiguë dans sa formulation, indiquant simplement que les traducteurs « s’interdisent […] d’accepter, d’exécuter ou de faire exécuter un travail, dont ils ne peuvent garantir la qualité […] d’exécuter personnellement un travail dans une combinaison linguistique autre que celle(s) pour laquelle (lesquelles) ils ont été agréés par la CBTIP ».

Ce qui, à mon avis, n’exclurait pas le traducteur near-native, qui ne maîtrise pas la langue « à la perfection » mais se laisse réviser par un linguiste natif.

Un autre exemple : Enissa Amani

En 2018, Netflix a diffusé une émission de comédie spéciale de l’humoriste allemande Enissa Amani, intitulée Ehrenwort. Mme Amani est originaire de Francfort et parle avec un accent hessois. Pendant l’émission, elle utilise beaucoup un mot argotique, Alter [al-teuh], signifiant « mec, frérot », qui, prononcé à l’accent hessois laisse tomber le ‘t’, donnant ‘Aller*’ [al-euh]. Ainsi, elle dit « Aller*, ich weiß selber nicht » (« mec, je ne sais même pas », en réponse de ce qu’est Netflix), ce qui a été traduit par « Allah, I don’t even know » dans les sous-titres anglais, une inférence vraisemblablement due aux origines iraniennes de l’humoriste. Un traducteur allemand n’aurait peut-être pas commis cette erreur, conscient du fait que Aller* se prononce [alɐ], et Allah [ala:]. De tels exemples « lost in translation » étant si récurrents dans le sous-titrage, la mauvaise compréhension de la langue source dans d’autres domaines reste également probable (d’ailleurs, selon Eugene Nida, c’est la raison principale des erreurs de traduction). Si les précautions nécessaires sont prises pour assurer une qualité irréprochable, le traducteur non-natif, mais presque natif, pourrait apporter une vraie valeur ajoutée. Food for thought ?

 

[1] Chomsky, Noam. 1965. Aspects of the Theory of Syntax. Massachusetts: MIT Press.

Le management de projets de traduction en bref : compétences, outils, conseils

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

Comme dans mon précédent billet, pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

gestion projet

Bien savoir gérer des projets est fondamental pour de nombreuses raisons : assurer la qualité, garantir une livraison dans les délais, satisfaire et fidéliser les clientes, ne pas subir les effets d’une mauvaise organisation, fédérer une équipe et la garder motivée tout en préservant son bien-être, être plus efficace et performante, etc. Dans ce billet, j’ai eu envie de me pencher sur ce personnage central de chef de projets de traduction, et les ingrédients nécessaires pour l’incarner.

Dans son article (en anglais ) traitant des compétences clés des chefs de projets, Nancy Matis, gérante de société de traduction, enseignante et formatrice en gestion de projets de traduction, propose la sélection suivante : organisation, responsabilité, indépendance, compétences informatiques, capacités d’organisation et de communication, flexibilité, leadership, gestion du stress, et quelques connaissances comptables de base, pour savoir établir un devis par exemple. Nancy Matis préconise également d’avoir suivi une formation en traduction ou d’avoir travaillé dans le domaine, afin d’être capable de comprendre les enjeux de ces projets.

Je me propose de rassembler ces compétences fondamentales en trois grands axes, la planification, la responsabilité et la communication, que je ponctuerai de conseils de spécialistes. Enfin, je vous ferai découvrir sept outils issus du management, qui vous aideront à optimiser la performance de votre équipe.

 

Penser à tout

Planifier, c’est LA compétence clé de la chef de projet. Bien planifier, c’est avant tout savoir analyser le projet que l’on gère, et estimer le temps que prendra chaque tâche, tout en prévoyant toujours une marge de sécurité (Matis, s.d-a). Il faudra aussi penser à adapter le planning aux caractéristiques du projet, et par exemple, garder en tête que l’on traduit rarement un contenu ultraspécialisé et sensible aussi rapidement qu’un document plus général (contrat vs. brochure destinée au grand public). Par ailleurs, une bonne analyse évitera quelques mauvaises surprises en cours de projet, et vous épargnera donc bien des situations stressantes (Matis, 2015).

Dans le planning, le chevauchement des tâches et leur répartition entre plusieurs intervenantes permettront de raccourcir les délais de livraison et faciliteront la régression (retour aux tâches antérieures) en cas de problème (Matis, s.d-a). Attention à ne pas oublier de prendre en compte les disponibilités de toutes les intervenantes, notamment les jours fériés de leurs pays respectifs (Matis, s.d-a) ! Enfin, il sera crucial d’avoir conscience de l’interdépendance entre les diverses tâches d’un projet, pour éviter, par exemple, de prévoir la réalisation de captures d’écran d’un logiciel à insérer dans une documentation, avant la traduction de celui-ci (Matis, 2019).

La chef de projet est à la croisée des chemins entre toutes les actrices d’un projet. Elle doit donc rester alerte, avoir l’œil sur tout et donner les bonnes informations au bon moment. Selon Sabine Allouchery (entretien du 15/01/2020), consultante depuis 20 ans en management, en gestion de projets et en leadership, c’est la chef de projet qui a la responsabilité de rythmer le projet, et notamment de gérer les risques relatifs à la qualité et au planning (voire au budget [Nancy Matis, communication du 17/01/2020]). Pour gérer tout cela de façon efficace, se constituer des to-do lists et créer des notifications de rappel sur son agenda lui seront d’une aide précieuse.

Vous l’aurez compris, sans une bonne structure, le projet de traduction s’effondrera comme un château de cartes. Maintenant que nous avons abordé l’aspect « pratique » des choses, découvrons les secrets de la « posture » de chef de projets, et du fameux « leadership ».

 

Avoir le sens des responsabilités

Bien manager, c’est aussi savoir porter un projet en s’appuyant sur les compétences de chacune (Allouchery, 2020), tout en assumant, devant la cliente, la responsabilité de sa qualité et de son déroulement, et ce, du premier contact à la livraison. Cela implique d’être autonome, proactive dans la recherche de solutions, mais aussi d’utiliser l’intelligence collective pour responsabiliser les différentes actrices (Allouchery, 2020). Il faudra également faire preuve de « leadership ». Mais alors, concrètement, qu’est-ce que ce « leadership » dont on entend si souvent parler ? Pour Sabine Allouchery, il s’agit de donner confiance, de savoir guider, d’être à l’écoute de l’équipe, de ne pas avoir peur de prendre des décisions et de les assumer. La posture de la chef de projet est un savant équilibre entre exigence, fermeté, flexibilité et ouverture (Allouchery, 2020). Sabine Allouchery précise que : « Le leadership de la chef de projet se révèlera d’autant plus qu’elle aura valorisé le savoir-faire de l’équipe. »

Enfin, être responsable d’un projet nécessite de tout mettre en œuvre pour qu’il se déroule dans les meilleures conditions. Cela demande d’être flexible, de savoir rebondir et faire face aux obstacles. En somme, être une bonne manager, c’est s’adapter aux conditions externes (client et marché) et aux conditions internes (l’équipe projet) (Allouchery, 2020).

 

Jouer le rôle de la moutarde dans la mayonnaise

En lisant ce titre, vous avez sûrement dû vous demander si vous n’aviez pas été redirigée par erreur sur la page d’une recette de cuisine. Rassurez-vous, on parle toujours de gestion de projets. Eh oui, la chef de projet est au projet ce que la moutarde est à la mayonnaise : elle lie les ingrédients (ou les intervenantes) entre eux. Selon Sabine Allouchery, incarner ce liant consiste à mettre en place une communication fluide entre toutes les actrices du projet, et à communiquer les éléments nécessaires pour satisfaire l’exigence qualité, tout en prenant soin de ne pas noyer l’équipe sous trop d’informations. Elle explique que grâce à une bonne communication, on pourra non seulement responsabiliser et motiver le collectif, mais aussi maintenir l’engagement de l’équipe jusqu’à la livraison du projet, ou encore rectifier le tir en cas de « dérive » du projet. Pour développer une bonne communication, il convient de choisir quoi communiquer, quand et à qui, de savoir pourquoi et pour quoi on le communique, mais surtout de soigner la forme, et de montrer sa confiance et son respect des personnes et de leur savoir-faire (Allouchery, 2020). Dans son article (en anglais) sur la gestion des questions dans les projets de traduction, Nancy Matis recommande également de poser des questions fermées, claires et concises à la cliente, et de vérifier les questions posées par les intervenantes, voire de les réécrire si besoin, mais aussi de s’assurer que la cliente n’y a pas déjà répondu.

Pour terminer ce tour d’horizon des ingrédients d’une gestion de projets réussie, je vous propose de découvrir les sept outils que Sabine Allouchery identifie comme les facteurs clés de la performance d’une équipe :

Benchmarking : il s’agit ici d’utiliser des indicateurs de comparaison avec la concurrence ou des collègues, pour évaluer sa propre performance ou pour identifier de nouvelles bonnes pratiques et se les approprier.

Débriefing : il est important de « débriefer », soit de s’informer des difficultés et des avancées, et ce, à toutes les étapes du projet. En fin de projet, c’est aussi l’objectif du post-mortem. On débriefe alors sur ce qui a fonctionné et ce qui a été plus difficile, pour être encore plus performante la prochaine fois.

Outils de pilotage : les outils de pilotage sont essentiels à la mise en place d’une communication efficace. Aujourd’hui, le pilotage se voit optimisé grâce à l’utilisation des nouvelles technologies (WhatsApp, Slack, etc.). Parmi les outils de pilotage, on peut citer, entre autres, les fichiers de suivi, qui facilitent le suivi du projet et de son avancée à tout moment, et peuvent être partagés, mais également les rapports de suivi, qui permettent de tenir la cliente informée tout au long du projet, et ainsi d’établir une relation de confiance avec elle.

Communication : la chef de projet devra, au-delà du soin apporté à sa communication, mettre en place un réel process en la matière, établir ce qui doit être dit et à quelle fréquence, mais aussi savoir demander et recevoir du feedback, et ce, sans tomber dans la justification.

Encadrement du projet : la chef de projet doit absolument questionner les actrices du projet et leur donner la parole pour s’assurer qu’elles ont bien compris ses enjeux et ses objectifs. Il ne suffit pas de dire les choses, il faut veiller à ce qu’elles soient comprises. En pratiquant l’écoute active, la chef de projet va donc poser des questions ouvertes à ses équipes, par exemple : « Quelles difficultés penses-tu rencontrer ? »

Simulation : il est crucial que l’équipe puisse s’entraîner grâce à des simulations. Plus on s’entraîne, plus on sera performante, parce que l’on va réaliser les tâches de façon plus automatique. C’est d’ailleurs ce que nous faisons dans le cadre du master TSM, avec une agence de traduction virtuelle, des projets de traductions fictifs et un exercice de simulation de gestion de projet.

Répartition modérée : un trop grand nombre de personnes impliquées dans le projet entraînera un souci d’homogénéité, et donc une baisse des performances, car il faudra tout réharmoniser. Ne multiplions pas de façon infinie les intervenantes, mais faisons appel à assez de ressources pour pouvoir proposer une date de livraison raisonnable.

 

J’espère que ce billet vous aura donné envie de vous renseigner plus en profondeur sur ce domaine passionnant. Vous trouverez davantage d’informations en consultant les sources ci-dessous 😊 !

 

Sources

Allouchery, S. https://www.therapie-id.com/

Matis, N. (2015). Translation project managers and translators share many skills. [article en ligne]. Disponible sur le lien http://www.translation-project-management.com/en/articles/translation-project-managers-translators-share-many-skills

Matis, N. (s.d-a). Scheduling translation projects [article en ligne]. Disponible sur le lien https://www.ata-chronicle.online/featured/scheduling-translation-projects/#sthash.mxND96Bf.wzHv0iLZ.dpbs

Matis, N. (s.d-b). How to deal with questions during a translation project?. [article en ligne]. Disponible sur le lien https://www.ata-chronicle.org/featured/how-to-deal-with-questions-during-a-translation-project/#sthash.mJQMAC93.YbCthiiV.dpbs

 

Le sous-titrage, c’est un métier !

Par Aurélien Vache, étudiant M2 TSM

soustitrage

 

Le sujet de cet article m’a été inspiré par un exercice réalisé l’année dernière dans le cadre du cours de Nigel Palmer, « Techniques de traduction audio-visuelle ». L’objectif était de sous-titrer dans la langue de Molière une vidéo de quelques minutes, un travail qui paraît simple mais qui ne peut pas être confié à Monsieur ou Madame Tout-le-Monde.

Le sous-titrage, une profession à part entière

À l’instar de beaucoup de métiers, celui de sous-titreur ne s’improvise pas et nécessite des équipes professionnelles. Le fait est qu’il s’agit d’une profession relativement méconnue. Et pourtant, il ne faut pas oublier que c’est grâce aux sous-titreurs que nous pouvons regarder nos séries préférées en version originale sous-titrée (VOST), même si, comme nous le verrons dans ce billet de blog, les professionnels du secteur sont confrontés à une concurrence on ne peut plus déloyale.

À ne pas confondre avec le doublage, l’interprétariat ou la langue des signes, le sous-titrage est un travail de longue haleine, car les sous-titres ne doivent pas dépasser une certaine longueur, exprimée en nombre de caractères par ligne. C’est l’une des principales contraintes auxquelles doit faire face le sous-titreur, qui est donc obligé d’user de subterfuges pour tirer son épingle du jeu. Ainsi, la question Remember me? pourra être traduite par « Tu me remets ? » plutôt que par « Tu te souviens de moi ? ».

Par ailleurs, il va de soi que le style adopté doit être soigné et que le contenu traduit doit être adapté au public cible. Il n’est pas rare que les dialectes et les différents niveaux de langage donnent du fil à retordre aux traducteurs, comme en témoigne Blandine Ménard concernant la traduction des sous-titres de Game of Thrones.

 

Traduire des jeux de mots n’est pas non plus tâche aisée, surtout lorsqu’il n’y a pas d’équivalent dans la langue cible. Un exemple parlant est celui de cette blague, racontée par l’un des personnages principaux d’une série américaine diffusée il y a quelques années : You know what kind of fish you can find in a hospital? (Tu sais quel genre de poisson on peut trouver dans un hôpital ?). La réponse donnée est A sturgeon (calembour entre sturgeon, esturgeon, et surgeon, chirurgien), ce qui a été traduit dans les sous-titres français par « Un poisson-chirurgien ». La traduction proposée est valide en ce sens que ce poisson existe réellement (Dory en est la preuve), mais il n’en demeure pas moins qu’elle illustre une véritable difficulté de traduction.

Il n’existe pas de parcours type pour devenir sous-titreur, mais plusieurs universités offrent une formation préparant à ce métier. Par exemple, c’est le cas de l’Université de Lille avec le Master MéLexTra (Métiers du lexique et de la traduction). Les compétences recherchées sont, cela va sans dire, la maîtrise d’au moins une langue étrangère et de solides bases en traduction, mais aussi une certaine aisance avec l’image, le son et le rythme.

Tout comme le marché du doublage, celui du sous-titrage est actuellement en plein essor, grâce notamment à un engouement croissant pour les séries. Il est estimé que le doublage et le sous-titrage représentent cinq milliards de dollars à l’échelle mondiale, l’essentiel provenant du doublage. En France, le chiffre d’affaires de ces secteurs a atteint cent millions d’euros en 2017, soit une hausse de vingt pour cent en deux ans. Selon Nice Fellow, l’un des principaux laboratoires de sous-titrage français, l’Hexagone n’est autre que « le pays le plus exigeant sur la qualité du doublage et du sous-titrage ».

Cette affirmation nous amène au cœur même de la préoccupation première des professionnels. Ces derniers voient d’un mauvais œil la multiplication de ces sous-titreurs pirates qui leur portent ombrage en proposant des traductions souvent médiocres de séries américaines, en un temps record et à des tarifs défiant toute concurrence. En conséquence, les professionnels du sous-titrage se voient contraints de revoir leurs prix à la baisse. Juliette De La Cruz, ancienne présidente de l’ATAA (Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel), considère que « c’est impossible de travailler en dessous de quinze euros la minute » pour les traductions de séries. À en croire le magazine Télérama, un adaptateur sur deux jetterait l’éponge dans les cinq années suivant sa formation, cela en raison du phénomène de ce que l’on appelle les fansubbers (contraction de fan et de subtitle, sous-titrer).

 

Les fansubbers, ces pirates du sous-titrage

C’est donc ainsi que sont appelés ces aficionados de séries télévisées qui les traduisent à la chaîne et en parfaits amateurs, et ce dès leur diffusion outre-Atlantique. Pour ces traducteurs du dimanche, le sous-titrage est un passe-temps, pas un travail. Du côté des professionnels, on évalue à une semaine environ le temps nécessaire à la traduction d’un seul épisode, en fonction du nombre de répliques. À titre d’exemple, il faut en compter en moyenne quatre cents pour un épisode de The Walking Dead.

Toutefois, on observe depuis peu une tendance qui prend de plus en plus d’ampleur : depuis que certaines chaînes françaises offrent aux téléspectateurs la possibilité de regarder le nouvel épisode de leur série favorite le lendemain même de sa diffusion aux États-Unis, les délais peuvent être bien plus courts. Par conséquent, les traducteurs se retrouvent à devoir adapter les épisodes en un jour ou deux seulement, dans un stress palpable.

D’un autre côté, d’aucuns estiment que la traduction n’est pas une profession à proprement parler lorsqu’elle a trait aux films et aux séries. Force est de constater qu’un certain nombre de mordus de séries n’ont cure de la qualité des sous-titres proposés, du moment qu’ils n’ont pas à attendre pour connaître la suite des aventures de leurs personnages préférés. Le problème, c’est que de cette façon le travail effectué par les sous-titreurs professionnels ne peut pas être apprécié à sa juste valeur.

Cependant, une plus grande menace, venue tout droit de Californie, plane sur les professionnels du secteur. En effet, afin notamment de minimiser les coûts, plusieurs mastodontes de l’industrie cinématographique américaine font la part belle à SDI Media, un laboratoire colossal qui propose des tarifs imbattables. Il est composé de milliers de traducteurs, dont la plupart sont des étudiants mal formés et sous-payés qui traduisent en quatrième vitesse, sans même prêter attention aux images, parfois tout en parlant français comme des vaches espagnoles !

Pour en revenir au fansubbing, qui s’est développé au début des années 2000, il ne faut pas oublier qu’il représente une violation des droits d’auteur, au même titre que le téléchargement illégal.

Interrogée par Europe 1 en 2014, Dorothée, sous-titreuse au sein du collectif amateur La Fabrique, nous raconte comment sont réalisés les sous-titres d’une série comme Girls. Après avoir téléchargé un épisode, elle s’empare des sous-titres anglais utilisés pour les sourds et les malentendants. Elle y enlève tout ce qu’elle juge inutile, c’est-à-dire par exemple les répliques qui ne comportent que des indications destinées à ces téléspectateurs. Elle partage ensuite les lignes de sous-titres entre les différents membres de son équipe de sous-titreurs. Dans le cas de Girls, ceux-ci, au nombre de trois, sont chargés d’en traduire peu ou prou deux cents chacun en respectant des normes calquées sur celles des professionnels. Une fois leur traduction terminée, ils se relisent les uns les autres et font la chasse aux coquilles, tout en discutant des divers choix de traduction envisageables. Puis Dorothée procède à la relecture finale de l’ensemble des sous-titres, étape au cours de laquelle elle s’attache, entre autres, à éliminer les éventuelles fautes d’orthographe et à vérifier l’harmonisation d’un bout à l’autre de l’épisode. Elle compare enfin cette version définitive avec celle d’origine et, après avoir échangé avec les membres de l’équipe sur les modifications apportées, elle rend le fichier accessible à tous sur la Toile, et ce gratuitement.

Il arrive que ces escouades de sous-titreurs amateurs comptent jusqu’à dix membres dans leurs rangs. On est alors aux antipodes de la manière de faire des professionnels, qui font cavaliers seuls ou bien travaillent en binôme, considérant impossible de sous-titrer en vingt-quatre heures.

Face à la piètre qualité des sous-titres des fansubbers, certains choisissent purement et simplement de laisser tomber les sous-titres français au profit des originaux, ceux-ci comportant des références intéressantes. D’autres affirment franchement avoir les yeux qui saignent, un sentiment qui a également pu être ressenti devant des programmes diffusés par le géant Netflix il n’y a pas si longtemps.

Netflix et l’ubérisation du sous-titrage

Effectivement, la plateforme américaine de vidéo à la demande s’est récemment fait pointer du doigt par ses abonnés et les professionnels pour des sous-titres traduits de façon très approximative. En l’espèce, l’exemple qui vient tout de suite à l’esprit est celui de Roma, film qui a remporté plusieurs récompenses dont le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 2019.

En France, l’ATAA a soulevé non seulement des erreurs techniques telles que l’absence de guillemets ou encore le non-respect de la vitesse de lecture, mais aussi et surtout de nombreuses erreurs linguistiques. Fautes d’orthographe et de grammaire, barbarismes, phrases à la mords-moi-le-nœud, contresens… Il y en a pour tous les goûts !

Mais rassurez-vous, si vous peinez à faire votre choix, Sylvestre Meininger, ancien vice-président de l’ATAA, a sélectionné pour vous les meilleures perles offertes par Netflix, c’est un cadeau de la maison ! Parmi elles, on trouve en particulier « Je vais vous consulter » à la place de « Je vais vous ausculter », corto qui est traduit en français par « bande annonce » au lieu de « court-métrage », « Prends-ça », « Regarde la », « Cleo nous a sauvé » et j’en passe…

De plus, les registres et les niveaux de langue des dialogues originaux ne sont pas respectés, puisque dans les sous-titres les enfants s’expriment dans un langage tantôt soutenu, tantôt familier. Par ailleurs, certains des sous-titres sont soit trop longs, soit trop courts, tandis que d’autres apparaissent à l’écran alors que personne ne prend la parole.

Sylvestre Meininger s’est demandé à juste titre pourquoi toutes ces bévues n’avaient pas conduit à la révision de l’ensemble des sous-titres. Il a également émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’une traduction automatique brièvement retravaillée ou effectuée à partir de l’anglais et non de la langue originale, c’est-à-dire l’espagnol.

Mais alors, comment cela a-t-il pu se produire ? Pour y voir plus clair, nous pouvons nous intéresser un peu plus à la société qui a acheté et diffusé ce film, à savoir Netflix. Ce n’est un secret pour personne : en l’espace de quelques années seulement, Netflix s’est fait un nom parmi les leaders du cinéma mondial, ce qui pose la question de la place qu’occupe la traduction.

Devant le nombre pharaonique de programmes qu’il diffuse dans le monde entier, le géant du streaming avait lancé en mars 2017 la plateforme Hermes afin d’internaliser tout le processus de sous-titrage. Le but de cette démarche était d’engager « les meilleurs traducteurs » possibles. Aucun diplôme n’était requis pour pouvoir candidater, l’essentiel était évidemment de comprendre la langue de Shakespeare. Ouvert à tous, le test auquel les candidats étaient soumis se composait d’une épreuve de sous-titrage et d’un QCM consistant à identifier des erreurs techniques et linguistiques et à retranscrire des expressions idiomatiques.

Certains traducteurs membres de l’ATAA avaient passé le test par simple curiosité et la majeure partie d’entre eux ne l’avaient pas trouvé si facile que cela. Les postulants ayant été reçus avec succès avaient affirmé que l’accent avait été mis sur la rapidité, étant donné que leur travail était chronométré et qu’ils n’avaient pas la possibilité de l’enregistrer. Cette pratique constituait néanmoins une aubaine pour les fansubbers.

D’après les professionnels, Netflix aurait en réalité utilisé la plateforme Hermes pour établir sa propre base de données de sous-titreurs. De cette manière, Netflix a donné naissance à ce que l’on pourrait appeler l’ubérisation du sous-titrage, puisque ses employés étaient payés entre six et vingt-sept dollars la minute (pour le japonais ou l’islandais), des prix jugés bas par la profession. Cette dernière estime avoir été précarisée par l’expérience Hermes, qui a pris fin un an après son lancement. Depuis, Netflix garantit avoir réalisé l’importance de confier le sous-titrage à ceux dont c’est vraiment le métier.

Un mot pour conclure…

Le sous-titrage est bel et bien la spécialité d’un certain nombre de traducteurs professionnels à travers le monde, ce qui contraste avec les idées reçues dont fait l’objet ce métier. Ainsi, il n’est pas rare que la traduction de sous-titres soit avant tout considérée comme bénévole, une tendance véhiculée notamment par le fansubbing. Les déboires récents de Netflix en matière de sous-titrage n’ont pas contribué à crédibiliser la profession de sous-titreur, bien que celle-ci ait accéléré sa croissance ces dernières années.

Si vous êtes arrivé jusqu’ici sans faire défiler la page à toute vitesse, je vous remercie beaucoup d’avoir pris le temps de lire mon article. J’espère que vous l’avez trouvé intéressant et qu’il vous a permis de mieux connaître le métier de sous-titreur.

La traduction touristique doit aussi être confiée à des professionnels, l’objectif étant naturellement de donner envie de partir à la découverte de nouveaux horizons. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous conseille vivement de lire le billet de Jeanne Delaunay paru il y a deux semaines.

 

Sources

https://www.telerama.fr/series-tv/leur-mission-traduire-les-series-en-24-heures-chrono,111161.php

https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/pourquoi-les-sous-titres-de-netflix-frisent-l-amateurisme-06-05-2019-2310985_2957.php

https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/television-les-doublages-et-sous-titrages-en-plein-essor-1023683

https://www.telerama.fr/cinema/netflix-invente-l-uberisation-du-sous-titrage,156558.php

https://www.europe1.fr/medias-tele/Les-fansubbers-ou-le-sous-titrage-low-cost-656496

https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma

https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/04/09/comment-netflix-tente-d-uberiser-le-sous-titrage-de-ses-series_5108368_4832693.html

https://www.terrafemina.com/emploi-a-carrieres/trouver-un-emploi/outils/1172-sous-titreur-un-metier-en-plein-boom-.html

L’insertion professionnelle dans le monde de la traduction : expectations vs reality

Par Maximilien Dusautois, étudiant M2 TSM

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Si vous arrivez sur ce billet de blog, les chances sont grandes pour que vous soyez impliqué dans le monde de la traduction, que vous soyez professionnel, étudiant ou simple quidam intéressé par la question. Ce monde merveilleux où il peut parfois sembler compliqué de s’insérer professionnellement (« quoi, t’es étudiant en traduction ? Mais ça sert à rien, y a Google Trad maintenant non ? »). Ce monde merveilleux où, lorsque vous êtes parfaitement bilingue français-suédois, on vous propose un poste où l’allemand est requis (« ben quoi, c’est pas la même chose ? »). En tant qu’étudiant de deuxième année de master, presque diplômé et futur entrant sur le marché du travail, il me semblait utile et nécessaire de poser la question qui fâche : comment se passe réellement l’insertion professionnelle sur le marché après des études de traduction?

Si l’on regarde les chiffres et uniquement les chiffres, le monde de la traduction est un monde merveilleux où l’on s’insère sans souci et où l’argent coule à flots. Des milliards et des milliards de dollars sont brassés chaque année et le marché est en croissance exponentielle[i]. Les différentes formations de traduction offrent des chiffres d’insertion professionnelle mirobolants qui feraient baisser la courbe du chômage à eux tout seul. Par exemple, l’ISIT parle de 93% des diplômés qui trouvent un emploi 3 mois après le diplôme, dont 62% avant d’être sortis de l’ISIT[ii] ; les chiffres d’insertion professionnelle du master TSM sont également très prometteurs (94% en 2011, 98% en 2012, 95% en 2013, 93% en 2014, 100% en 2015…)[iii], tout comme ceux de l’ESIT à Paris (87% d’insertion professionnelle)[iv].

Mais les chiffres restent des chiffres. Il convient d’exercer son esprit critique : on peut leur faire dire ce que l’on veut, surtout lorsque ceux-ci deviennent des arguments de vente pour une formation. On ne peut également, en 2019, se baser uniquement sur une analyse quantitative : la qualité du travail et le bien-être dans l’exercice de son activité professionnelle sont des valeurs importantes à prendre en compte.

J’ai donc décidé de mener ma propre enquête*, et j’ai recueilli pour cela les avis de 23 étudiants en traduction spécialisée et de 30 professionnels. Cela m’a permis de comparer les attentes des étudiants à quelques mois de leur diplôme avec la réalité du marché. Les attentes des étudiants sont-elles en adéquation avec ce que le marché a à leur offrir ?

Les rémunérations : ce qui est attendu vs les réalités du terrain

Commençons par le nerf de la guerre et le grand tabou français : les rémunérations ! Je me suis intéressé à la rémunération que souhaiteraient avoir les étudiants après leur diplôme. Après tout, on nous promet monts et merveilles et l’industrie n’est pas en difficulté. Qu’en est-il dès lors des prétentions salariales ?

Sur 23 étudiants, 65% ont répondu espérer toucher entre 25 000 et 31 999€ nets par an, soit une rémunération mensuelle comprise entre 2000€ et 2600€ par mois. Moins nombreux (39%) étaient ceux qui répondaient espérer toucher une rémunération légèrement inférieure, entre 18 000 et 24 999€ par an (soit entre 1500 et 1999€ par mois). 13% ont répondu vouloir ou espérer toucher au-delà de 32 000€ nets par an. (Merci de noter que plusieurs réponses étaient possibles pour cette question. Certains étudiants ont choisi une fourchette plus large en cochant plusieurs réponses, notamment dans les catégories les plus fréquemment choisies. Cela explique le chiffre total supérieur à 100%).

Maintenant, qu’en est-il des réalités du marché ? Sur les 30 répondants, 56,7% ont indiqué toucher une rémunération comprise entre 18 000 et 32 000€ (dans le détail, 36,7% entre 18 000 et 24 999€ et 20% entre 25 000 et 31 999€), ce qui correspond assez bien à ce que souhaitent les étudiants. Une seule personne (3,3% des sondés) a répondu toucher une rémunération supérieure à 38 000€ annuels. Les réponses tendent donc à prouver que les attentes salariales et les rémunérations effectives se situent bel et bien dans la même fourchette, ce qui ne manquera pas de rassurer les étudiants. Ce qui pourrait en revanche inquiéter à la fois étudiants et professionnels, c’est que le salaire moyen des diplômés bac +5 en France s’établit en moyenne à 46 050€[v] par an… Le delta est important, mais il est raisonnable de penser que le grand nombre de jeunes diplômés ayant répondu au sondage (la majorité des répondants ayant entre 25 et 27 ans) fausse le résultat à la baisse. En tout cas, le marché semble répondre aux attentes des futurs professionnels du point de vue salarial.

L’adéquation entre aspirations professionnelles et opportunités offertes par le marché

Un autre aspect intéressant à prendre en compte dans l’insertion professionnelle était pour moi le métier souhaité à la fin des études, et la façon de trouver un emploi.

Sur la première question, une majorité écrasante d’étudiants (82,6%) déclarent déjà savoir le métier qu’ils souhaitent exercer à l’issue de leurs études : traducteur indépendant, gestionnaire de projet, vendor manager… Et la deuxième bonne nouvelle de ce billet, c’est que 96,7% des professionnels sondés ont déclaré avoir exercé, dès la fin de leurs études, le métier qu’ils souhaitaient. Il semble donc possible, voire aisé, de trouver chaussure à son pied sur ce vaste marché.

Ensuite, en ce qui concerne la manière de trouver un emploi, les étudiants semblent assez bien informés de la meilleure manière de procéder. Environ la moitié d’entre eux estiment que le meilleur moyen de trouver un emploi reste le stage ; et un peu moins d’un sur cinq estime que le meilleur moyen est de créer sa propre activité. Des chiffres confirmés par les jeunes professionnels, qui sont 56% à déclarer avoir trouvé leur emploi grâce à leur stage, et 25% en créant leur activité. Les étudiants semblent cependant surestimer la capacité des canaux « classiques » tels que Pôle emploi ou des réseaux sociaux professionnels : s’ils sont 26% à estimer que ceux-ci peuvent leur permettre de trouver un emploi, dans les faits, seuls 10% des professionnels déclarent avoir trouvé un emploi de cette manière. Certains professionnels sont même plutôt critiques des institutions publiques, déclarant que le travail de traducteur est peu ou pas reconnu par les autorités et que les conseillers ne connaissent pas vraiment les spécificités de la branche.

Il m’a également semblé intéressant de demander l’avis des étudiants et des professionnels sur l’auto-entrepreneuriat. Malgré tout le bien qui en est dit lors des études, 71% (hors abstention) des étudiants se sentent freinés dans leur volonté de se lancer par la lourdeur administrative que ce statut implique. Cette proportion s’inverse totalement pour les professionnels de la traduction qui envisagent une reconversion (9 sondés), qui semblent peu effrayés par l’auto-entrepreneuriat (22% se sentent freinés contre 78% non).

Le bien-être au travail

Maintenant, intéressons-nous au bien-être au travail, grand débat du 21e siècle et qui se hisse en tête des priorités des étudiants en traduction dans la recherche d’un emploi (65,2%, contre 26,1% pour la sécurité financière et 8,7% pour l’absence de hiérarchie). Encore une fois, les étudiants peuvent se rassurer grâce aux réponses fournies par leurs aînés diplômés : 63,3% déclarent que leur bien-être au travail est élevé ou très élevé. 33,3% déclarent leur bien-être « moyen » (3 sur une échelle de 5), et seule une personne sondée se déclare peu heureuse au travail. À l’heure de l’explosion des burn-out et de la prise de conscience de la nécessité du soft-management[vi], ces chiffres sont de bon augure.

Le type de contrat signé est également une mesure intéressante du bien-être au travail. Plusieurs études tendent à montrer que l’emploi en CDI reste un marqueur important du bien-être au travail[vii] (pour plusieurs raisons : stabilité, reconnaissance sur le long terme, management inscrit dans la durée, peu de turn-over…). Et là encore, les étudiants peuvent se rassurer : 36,6% des primo-entrants sur le marché du travail ont trouvé tout de suite un emploi en CDI, contre seulement 16,7% en CDD. 46,7% ont créé leur propre activité, ce qui semble confirmer le peu d’aversion pour les jeunes professionnels pour cette forme d’emploi.

Peurs et difficultés d’insertion

Enfin, j’ai interrogé les étudiants sur leurs peurs et leurs doutes quant à leur insertion professionnelle. Ce qui revient le plus fréquemment (13 mentions parmi les 23 réponses), c’est la peur de la concurrence, que d’aucuns qualifieraient de déloyale, des autres traducteurs pratiquant des tarifs très bas, et des salaires qui en découlent et qui peuvent paraître bas pour un niveau bac +5. Vient ensuite la peur d’un démarrage difficile pour ceux qui souhaiteraient s’établir comme indépendants (5 mentions), puis des doutes sur les capacités à l’issue du master (4 mentions). Quelques autres peurs sont mentionnées une fois seulement : l’avenir du métier avec la traduction automatique, l’absence d’emploi à l’issue du stage, l’épanouissement personnel ou entre le statut à adopter. Une seule réponse ne mentionne aucune peur.

Les réponses des professionnels se montrent en partie rassurantes puisque 23 sur 30 ont répondu n’avoir éprouvé aucune difficulté à s’insérer sur le marché du travail. Pour les 7 professionnels ayant éprouvé des difficultés, 6 ont admis avoir eu des difficultés à se constituer un portefeuille client suffisant pour en vivre. Un autre problème rencontré par 2 professionnels a été l’impossibilité de trouver un emploi dans leur branche et dans leur région. Un seul répondant a déclaré que sa formation ne lui avait pas permis de prétendre à l’emploi qu’il souhaitait obtenir.

Au regard de ces résultats, la peur des étudiants concernant le portefeuille client semble être une réalité dans le métier ; cependant, il convient de rappeler que tous les professionnels interrogés semblent avoir surmonté cette difficulté puisqu’ils continuent d’exercer et de percevoir des salaires. La peur concernant les capacités à l’issue du master ne semble pas contre pas confirmée, puisqu’une seule personne n’a pu décrocher d’emploi à cause de cela.

Enfin, achevons de rassurer les étudiants sur leur employabilité : 63,3% des répondants ont déclaré avoir trouvé un emploi dans le mois suivant l’obtention de leur diplôme, 16,7% dans les 3 mois et 16,7% dans les 6 mois. Seuls 3,3% (un répondant !) ont déclaré avoir attendu plus d’un an avant d’obtenir un emploi.

 

Je dois moi-même avouer que les résultats de cette enquête m’ont surpris. Dans le contexte économique actuel, des résultats contraires ne m’auraient pas étonné plus que cela, mais le marché de la traduction semble bel et bien être un marché robuste qui permet à chacun de s’y insérer à l’issue de ses études. Les chiffres communiqués par les différentes formations semblent être conformes à la réalité, et la quantité de travail semble rejoindre dans la majorité de cas une certaine qualité du travail.  J’espère que ce billet de blog rassurera les étudiants bientôt diplômés et convaincra les indécis de se lancer dans le monde de la traduction professionnelle !

 

Un grand merci aux étudiants du master TSM de Lille et à tous les professionnels de la traduction qui ont pris le temps de répondre à mon enquête.

 

*Enquête composée de deux questionnaires anonymisés, un destiné aux étudiants du master TSM de Lille (23 répondants) et un autre aux professionnels de la traduction, tous métiers confondus (30 répondants). Vous pouvez demander un accès aux résultats complets de l’enquête en me contactant par mail (maximilien.dusautois.etu@univ-lille.fr).

 

[i] Source : https://www.tradutec.com/a-propos-de-tradutec/actualites/311-les-chiffres-de-la-traduction-professionnelle-en-2017.html

[ii] Source : https://www.isit-paris.fr/carriere-entreprises/insertion-professionnelle/

[iii] Chiffres communiqués par Rudy Loock, responsable du Master TSM au sein de l’Université de Lille, et issus des enquêtes de l’Observatoire de la Direction des Formations, qui sonde les diplômés 30 mois après l’obtention de leur diplôme, conformément aux demandes du ministère.

[iv] Source : http://www.univ-paris3.fr/medias/fichier/m2p-traduction-editoriale-economique-technique_1546955232570.pdf

[v] Source : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/reseau-carriere/bac-2-vs-bac-5-le-match-des-salaires-11581.php

[vi] Définition et explication : https://www.expert-activ.com/soft-management-indispensable-entreprise/

[vii] Pour en savoir plus : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/vie-en-entreprise/pour-ou-contre-etre-en-cdi-8904.php

Art : traduire les expositions

Par Angel Bouzeret, étudiante M2 TSM

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Well well, le titre en dit long, alors je ne vais pas laisser plus de suspens : cette année, j’ai décidé de vous parler d’art et même d’Art avec un grand A. L’Art étant un sujet plus qu’étendu, je vais me pencher sur les expositions d’art. Mon but n’est bien évidemment pas de réduire cette vaste discipline, mais justement de vous en détailler une infime partie.

L’art n’a pas de frontière ni de langage, il se vit et se ressent mais sa traduction n’est pas nécessaire dans l’appréhension d’une œuvre. En ce qui concerne sa compréhension, c’est une toute autre histoire. Je ne vais pas m’épancher sur des sujets philosophiques comme « qu’est-ce que l’Art ? » ou « comment comprendre l’Art ? », mais il est évident que le contexte modifie la perception des choses. Par exemple, la très célèbre œuvre Guernica de Pablo Picasso ne sera pas du tout comprise de la même manière, si le contexte de l’œuvre est exposé ou non, ou bien plus ou moins connu du « regardeur » en amont. C’est à ce moment que l’importance du travail du traducteur entre en ligne de compte. Faire en sorte que toute personne, qu’importe sa nationalité et ses connaissances antérieures, soit en mesure de comprendre.

Laissez-moi vous dresser le tableau : dimanche après-midi, jour d’automne, temps pluvieux et froid, vous vous baladez au musée, tout en faisant de votre mieux pour ne pas penser – plus facile à dire qu’à faire – à tous les projets de traduction qui vous attendent. Au cœur du musée, vous vous arrêtez pour lire un panneau explicatif sur les œuvres de Gustave Caillebotte. En vous prenant au jeu, vous continuez de lire et puis déformation professionnelle oblige, votre regard se perd sur les paragraphes en anglais, en italien, en espagnol et en allemand. Essayer de ne pas penser à la traduction ? Raté. Vous commencez à analyser le paragraphe anglais, puis ensuite ceux de vos autres langues de travail. Le résultat vous plaît, oui, non ? Je laisse votre imagination faire le reste, mais vous êtes arrivés à destination.

Au sein des expositions temporaires ou bien permanentes se cachent aussi des traductions qui attirent moins le regard. Il y existe une multitude de supports autres que les panneaux explicatifs à l’entrée des salles comme par exemple les cartels, mais si vous savez ce que c’est : les petites notices autour des œuvres permettant de connaître le nom de l’artiste, le titre de l’œuvre, les matériaux la composant, parfois ses dimensions, ainsi que sa provenance – à savoir le prêteur ; ces éléments composent le « cartel simple ». Ces fameux cartels détaillent aussi l’œuvre en elle-même parfois, par exemple comment le sculpteur a façonné sa statue en décrivant les techniques utilisées, la provenance historique de l’œuvre, le courant artistique ou des éléments descriptifs ; on nomme ce type d’informations le « cartel développé ». C’est pour cela que la traduction d’art se trouve à mi-chemin entre la traduction technique et la traduction créative. Bien sûr selon le cas, il peut s’agir d’une traduction entièrement technique ou que de transcréation, le mélange des deux domaines n’est certainement pas une obligation.

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Eve Bouzeret, cheffe de projets expositions temporaires au Centre des monuments nationaux à Paris depuis 4 ans, a accepté de bien vouloir nous en dire plus sur la création des expositions temporaires.

Dans le processus de création d’une exposition, quand la traduction des supports entre-t-elle en ligne de compte ?

« Nous avons une méthodologie de production pour les expositions temporaires, qui jalonne notre travail, que nous travaillions sur une exposition comme Godard-Picasso : collage(s) à l’abbaye de Montmajour (Arles) ou Victor Hugo, la Liberté au Panthéon, au Panthéon (Paris).

Dès le début de la phase de production du projet, avec le commissaire d’exposition et l’administrateur (directeur) du lieu accueillant l’exposition, nous décidons globalement des éléments de médiation que nous souhaitons mettre en œuvre. Pour faire simple, le texte est l’élément principal de médiation dans une exposition. En fonction du site et donc du type de visiteurs qui y viennent, ainsi que des visiteurs potentiels de l’exposition, nous choisissons le nombre de langues présentes dans le circuit de visite. Contrairement aux expositions permanentes, ou au circuit de visite dans l’ensemble du monument historique, qui sont pérennes, et peuvent bénéficier d’une traduction en une dizaine de langues, les expositions temporaires ne durent souvent que 3 mois en raison des normes internationales de conservation préventive des objets de collection et ont des surfaces restreintes. Ainsi, nous devons souvent nous limiter à des textes en 2, 3 ou 4 langues, sachant que les textes sur les cimaises (murs temporaires) ne seront qu’en français, parfois en anglais, mais très rarement traduits dans une troisième langue. De manière générale, les troisième et quatrième langue se trouvent sur des fiches de salle (document imprimé en petit format, avec lequel le visiteur peut se mouvoir dans l’exposition). L’audioguide multilingue existe pour les expositions temporaires au sein de très grands lieux parisiens mais nous avons rarement les moyens financiers d’en créer.

Enfin, dès que les textes sont rédigés et validés en français, nous pouvons les faire traduire. Cela prend du temps et est assez coûteux, il nous faut donc avoir la version définitive des textes avant de les transmettre aux traducteurs, surtout quand nous ne sommes pas capables de relire ensuite pour vérifier la traduction (il faut avoir un bon niveau pour relire 15 000 signes en langue étrangère et voir où se trouve les erreurs d’un traducteur professionnel, mis à part en anglais aucun d’entre nous ne maîtrise suffisamment d’autres langues). Cela peut d’ailleurs causer problèmes si le traducteur s’estime mal rémunéré, il effectuera son travail au plus vite et ne nous posera pas de questions, alors même que certaines notions sont très spécifiques, impliquant parfois des contre-sens. Avec le coordinateur de traduction, nous essayons donc d’anticiper quelques écueils, comme un lexique de certains termes ou des visuels des œuvres exposées, accompagnant ici les textes à traduire. »

Comment le CMN – Centre des monuments nationaux – choisit-il ses traducteurs ?

« Malheureusement, et contrairement à d’autres prestataires, notre service – le département des manifestations culturelles – n’est pas associé au choix des traducteurs. La traduction étant un domaine très vaste et qui sert pour l’ensemble des services du CMN ou presque, nous avons ce que l’on appelle un accord-cadre, puisque notre établissement public est soumis aux règles des marchés publics. Cet accord-cadre permet de sélectionner une entreprise (parfois il peut être multi-attributaire) de traduction avec laquelle nous aurons des prix fixes au mot selon la langue et les délais grâce à un BPU (bordereau de prix unitaire) à respecter pour la période donnée (généralement 3 à 4 ans). L’entreprise, après mise en concurrence ouverte à tous et sélection suivant des critères techniques et de prix, est notre seul interlocuteur. Nous communiquons par e-mail pour les demandes de devis respectant les prix du BPU pour chaque besoin de traduction. Nous demandons tout de même le CV du traducteur travaillant sur le projet mais nous n’échangeons qu’avec une unique personne, le coordinateur, qui est toujours le même. C’est très pratique, mais cela a aussi des limites. »

Que penses-tu de la traduction dans le domaine de l’art ?

« C’est essentiel car nous avons des visiteurs du monde entier, une partie des visiteurs parle anglais mais pas tous. Si nous proposons le français, l’anglais et l’espagnol (parfois avec des abstracts par manque de place) nous pouvons déjà transmettre des informations et du savoir, à une large part de la population mondiale, et donc de nos visiteurs. Les visiteurs étrangers, doivent aussi se sentir à l’aise dans nos monuments, afin de pouvoir se délecter des œuvres qui sont autour d’eux. Acquérir des informations au cours d’une exposition, et se sentir bien, car ces informations sont données dans une langue maîtrisée, sont des raisons qui peuvent pousser le visiteur à avoir envie de revenir ou bien l’inciter à visiter d’autres lieux du réseau CMN – composé de 100 sites sur toute la France. Néanmoins, la traduction dans le domaine de l’art est difficile car elle fait appel à de nombreuses disciplines : l’histoire de l’art en premier lieu mais renvoie aussi au domaine de la création, de la technique de fabrication, de l’histoire, de la géographie, des échanges géopolitiques, de la philosophie, de la philosophie de l’art, du sensible et des idées des artistes, qui sont parfois saugrenues. Le traducteur doit donc d’abord comprendre les nuances du texte en français, sinon il en découle une perte des niveaux de lecture et de sensibilité liés à la traduction. En général, nous trouvons que les traductions – en anglais tout du moins car nous les comprenons – sont trop littérales et simplistes, mais cela doit aussi venir de la commande initiale à travers l’accord-cadre et des faibles prix négociés. »

Quelles sont les difficultés des traducteurs qui ressortent sur les supports ?

« Si le traducteur n’a jamais fait d’histoire de l’art et ne fréquente pas les musées, c’est un problème majeur. Mais même avec cela, il y a aussi une question de recherches en amont de la traduction et aussi les échanges avec nous. Quand je relis les textes du commissaire d’exposition, j’ai souvent des remarques, quelques suggestions à apporter dans la forme et aussi des questions de fond car certaines idées me paraissent trop complexes pour les visiteurs, certaines phrases sont trop longues, des mots sont à définir, parfois je ne comprends pas moi-même la notion mentionnée. Dès lors, quand je n’ai aucune question du traducteur, je me dis soit qu’il est très très fort, soit qu’il y a un problème. Je trouve donc qu’il faudrait plus échanger, faire des lexiques des mots techniques pour chaque projet, faire des résumés de nos idées générales, outre les textes, afin que le traducteur puisse comprendre les idées principales à transmettre. Dans une exposition, 15 à 25 000 signes par langue sont présents, nous pouvons résumer les idées principales que nous voulons véritablement transmettre aux visiteurs en 1 500 signes, il s’agit du synopsis du projet en réalité. Il nous faudrait peut-être donner ce synopsis et la façon dont nous le matérialisons dans l’espace afin d’immerger le traducteur. En effet, une exposition temporaire n’est pas un livre, ce n’est pas un texte illustré de visuel mais un média à part entière composée d’œuvres d’art et/ou d’objets ethnographiques s’inscrivant dans un espace donné, magnifié par la scénographie et entouré d’expôts – œuvres et tout autre élément de médiation, jeux à manipuler, vidéos, textes, maquettes, etc. »

En effet, la traduction que ce soit pour les expositions temporaires ou pour tout autre domaine reprend les mêmes codes : traduire par rapport au public visé mais aussi adapter la traduction à l’usage prévu. Et comme toujours, un écart se creuse entre la théorie et la pratique. Le traducteur ne pourra pas visiter l’exposition puisque cette dernière est en cours de création, la clef de voûte est donc la communication entre les différentes parties afin de pouvoir saisir au mieux les enjeux et les utilisations de chacun des supports mais aussi appréhender les détails techniques. Néanmoins, des réunions générales entre le coordonnateur et les clients – chefs de projets expositions ici – pourraient permettre de mieux cerner les contraintes et attentes des deux parties. Mais la réalité c’est que le temps et l’argent définissent beaucoup de paramètres dans le secteur de la traduction, si ce n’est tous les paramètres, et que cela laisse peu de place pour modifier les procédures.

Pour ne pas vous donner le cafard, je vais conclure en vous disant que même si nous traducteurs ne pouvons pas modifier les façons de faire sur le marché, nous pouvons toujours essayer de les améliorer et que la traduction dans le secteur de l’art a encore de beaux de jours devant elle, tant le domaine est international, créatif et technique.

Sources :

Images :

La traduction, proie facile de l’ubérisation ?

Par Guillaume Deneufbourg (traducteur, intervenant au sein de la formation)

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Popularisé en 2014, le terme est aujourd’hui bien ancré dans notre vocabulaire. Désignant une forme d’optimisation des relations entre l’offre et la demande sous l’influence des nouvelles technologies, l’« ubérisation » recouvre plusieurs réalités et connotations, tantôt positives, tantôt négatives, et déchaîne les passions.

Les chantres de l’économie 2.0 saluent l’apparition de ce qu’ils voient comme un changement paradigmatique de nos sociétés, un renouveau économique pour le meilleur, une transformation dans l’intérêt des usagers. Une rupture, en somme.

À ce titre, l’ubérisation est souvent associée à un autre néologisme : le fameux « disruption » et ses savoureux dérivés disruptif, disrupter, disrupteur. Joli, non ? Pour des cruciverbistes, peut-être, mais sans doute moins pour les professionnels de la langue, qui auront noté avec consternation l’emprunt éhonté du français à l’anglais. La langue de Molière échouerait-elle à produire un équivalent à la connotation aussi positive ? Je le crains. Car en anglais, le mot disruption n’a rien de dérangeant ni de perturbateur : il désigne tout simplement une invention créative, innovante, positive, révolutionnaire[i].

Ainsi assiste-t-on depuis des années à l’apparition de jeunes entreprises (les fameuses start-up) qui, grâce aux outils numériques qu’elles mettent au point, transforment certains marchés et proposent des services innovants, cassant des systèmes qui paraissaient jusque-là immuables. Depuis, tout entrepreneur qui se respecte cherche l’idée « disruptive » qui, faisant table rase du passé, transformera tel ou tel marché à son profit.

Bien évidemment, tout le monde n’apprécie pas les prétendus bienfaits de ce changement de modèle économique, à commencer par les acteurs du modèle classique. Demandez donc à votre chauffeur de taxi ce qu’il en pense ! Concurrence déloyale, opérateurs sous-qualifiés et non déclarés, précarisation des métiers, sans parler du manque à gagner pour les finances de l’État et toutes les répercussions sur le « système ».

Cela étant, nul besoin de vous exposer au courroux d’un chauffeur de taxi. Interrogez simplement vos collègues. Car, en effet, l’ubérisation n’épargne pas le secteur de la traduction.

Rappelons tout d’abord que la profession de traducteur n’est pas protégée. Chacun peut s’autoproclamer traducteur ou interprète du jour au lendemain. Cette situation favorise l’arrivée sur le marché de prestataires insuffisamment qualifiés, avec toutes les conséquences qui en découlent pour la qualité des textes traduits, l’image de la profession, et les prix[ii]. Ajoutez-y ensuite la pression, pour ne pas dire la menace, de l’évolution technologique, que j’ai déjà tant de fois évoquée et sur laquelle je ne reviendrai pas ici. Enfin, la multiplication de ces plateformes « ubérisantes », qui entendent mettre en contact les clients finaux avec de petits opérateurs indépendants désireux de mettre du beurre dans les épinards (Les exemples sont légion : Zingword, upwork et même Proz.com).

D’autres adeptes de l’ubérisation ont cru trouver dans ce concept un moyen ingénieux de réduire leurs coûts de production, par le biais du crowdsourcing, également appelé production participative[iii]. Cible privilégiée : la traduction audiovisuelle. L’exemple le plus connu en est sans nul doute celui de Netflix, que dénoncent notamment nos confrères de l’Association française des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), à propos du sous-titrage catastrophique du film Roma. Mais le cas est loin d’être isolé, comme le démontre l’article publié par une étudiante en traduction sur ce même blog. Avec un enthousiasme ingénu, elle vante les mérites du travail bénévole (si, si) pour TED Conferences LLC, une structure dont le chiffre d’affaires 2015 dépasse quand même les 66 millions de dollars[iv]. Vous avez dit « se tirer une balle dans le pied » ? Mais passons. Parmi les autres exemples connus, notons Facebook, Twitter et autres Coursera.

Alors, que faire face à cette déferlante ? Faut-il lutter contre l’ubérisation ? Je n’en suis pas convaincu. N’y voyez aucun fatalisme, même si le phénomène peut paraître inéluctable, voire angoissant. L’approche que je préconiserais aux (futurs) traducteurs est double.

Premièrement, intéressez-vous à ces phénomènes pour pouvoir ensuite mieux informer vos clients et vos partenaires commerciaux. Tâchez de mieux comprendre les rouages de la netflixisation pour mieux défendre votre propre valeur ajoutée. Je ne suis pas amateur des théories de l’art de la guerre, mais il reste utile de connaître l’ennemi pour mieux le vaincre.

Deuxièmement, adoptez en toutes circonstances une approche qualitative. Affinez votre qualité d’écriture. Travaillez votre style. Participez à des ateliers de traduction. N’hésitez pas à travailler en binôme avec un collègue. Faites-vous relire. Trouvez-vous un mentor. C’est en pratiquant une certaine forme d’humilité sur son propre travail que l’on peut progresser. Affûtez votre pratique comme un faucheur affûterait sa faux : systématiquement, patiemment, longuement.

Troisièmement, ne restez pas cloitrés dans votre bureau. Pourquoi ne pas aller chercher ces clients – oui, ça existe – qui désespèrent de trouver de bons traducteurs et de bonnes traductrices ? Prouvez-leur que vous valez mieux que cet agglutinat invisible de dilettantes. Continuez à vous former, à défendre les vertus du travail bien fait.

En quatre mots : faites valoir votre professionnalisme.

 

 

 

[i] Et force est de reconnaître que la tentative de l’Académie française d’imposer le complément du nom « de rupture » (innovation de rupture, p.e.) n’est pas très… heureuse !

[ii] Voir à ce sujet ma carte blanche publiée en 2017 dans le journal Le Soir à l’occasion de la Saint-Jérôme.

[iii] À lire à ce sujet, cet article publié sur termcoord.eu.

[iv] https://fortune.com/2017/04/24/ted-talks-conference-corporate-sponsorship/

Petit plaidoyer pour l’allemand

Par Julian Turnheim, étudiant M1 TSM

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Voilà un sujet qui me tient à cœur !

Étant franco-autrichien, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu bilingue, un milieu dans lequel j’ai pu apprendre les deux plus belles langues du monde. Oui, je suis très objectif ! J’ai été imprégné des deux cultures.

Vous êtes donc très certainement en train de vous dire : « Un franco-autrichien ? Mais c’est un homme parfait ! » Eh bien, j’ai envie de vous répondre oui. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Bien qu’une très grande majorité des personnes voie dans la maîtrise de l’allemand un avantage évident, cette majorité semble avoir également un petit « problème » avec la langue allemande en elle-même. Ce billet de blog est pour moi l’occasion de démontrer que cette langue représente plus qu’un petit avantage. Je voudrais ainsi prouver aux Français qu’il s’agit de LA langue qu’il faut apprendre et cela aussi quand on veut devenir traducteur !

 

L’allemand, c’est quoi ?

Pour débuter, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de commencer par définir ce qu’est l’allemand.

Je ne vous apprends rien en disant que c’est une langue, une des langues indo-européennes appartenant à la branche des langues germaniques. Elle est la langue officielle en Allemagne, en Autriche, au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique mais également dans la région italienne du Tyrol du Sud. On retrouve aussi des communautés allemandes dans les pays frontaliers, dans les pays de l’Est de l’Europe mais également dans les anciennes colonies allemandes datant d’avant 14-18. Il existe même une communauté assez connue aux États-Unis dont le dialecte vient du bas allemand (Spoiler : ce sont les Amish). Vous voyez, ils sont vraiment partout ces Allemands !

Elle se compose d’un très très grand nombre de dialectes. Le Schwitzerdütsch par exemple, qui est parlé en Suisse. Bien que, pour être tout à fait franc, on ne dirait même plus de l’allemand.

Guten Tag, Moin, Hallo, Servus, Griaß di, Grüss Gott, Grüezi, Grüessech, Hoi, Moien, … Voilà quelques façons de dire bonjour dans les pays germanophones. C’est beaucoup, n’est-ce pas ? Pour que tous ces germanophones se comprennent, ils utilisent le Hochdeustch, aussi appelé le Standarddeutsch (allemand standard en français). Lorsque je ferai référence à la langue allemande dans ce billet de blog, je ferai bien évidemment référence au Hochdeutsch.

Traduire la langue maternelle la plus parlée d’Europe

L’allemand est l’une des langues les plus influentes dans le monde. Étant la langue officielle de 6 pays, une des 24 langues officielles de l’Union européenne et comptant près de 100 millions de locuteurs, elle a tous les prérequis pour occuper une grande place dans le monde de la traduction. C’est particulièrement vrai pour la France. L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France. Les sociétés allemandes sont, au coude à coude avec les sociétés nous venant des États-Unis, celles qui emploient le plus en France. Par conséquent, on retrouve beaucoup d’entreprises françaises et allemandes qui échangent entre elles, qui communiquent, qui vendent dans le pays de l’autre. Ces entreprises auront besoin de traductions pour leurs sites, pour les textes sur les emballages de leurs produits, pour la notice de ces mêmes produits ou encore pour des documents officiels. Pour ces traductions on aura bel et bien besoin de traducteurs.

Pour analyser la situation de l’allemand sur le marché de la traduction en France, je vais me permettre de comparer l’allemand à l’espagnol. Ce sont les deux grands géants après l’anglais même si le terme « géant » définit finalement assez mal l’allemand. Surtout au regard de son enseignement en France mais nous en parlerons plus loin. Dans cette partie je vais me concentrer exclusivement sur les tarifs pratiqués sur le marché de la traduction.

Avant de commencer cette partie, je me suis posé ces questions : pour devenir traducteur, quelle est la langue la plus adaptée ? Quelle est la langue qui permet le meilleur équilibre entre la difficulté de l’apprentissage, la demande en termes de traduction et le revenu ? Est-ce l’allemand ? Pour la France, c’est très certainement une réponse possible.

Analysons l’enquête de 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction menée par la SFT (Syndicat national des traducteurs professionnels). Ce qui nous intéresse tout particulièrement est la partie concernant les statistiques sur les prix par langue. Nous pourrons comparer les tarifs appliqués en 2008 et en 2015.

Tout d’abord, intéressons-nous aux tarifs des traducteurs pour leurs clients directs. En 2015, le prix moyen au mot pour la paire de langue DE>FR était de 0,17 € et en 2008 de 0,16 €. Ce qui représente donc une évolution de 6,25 %. Pour la paire de langues ES>FR, le prix moyen au mot était de 0,13 € en 2015 comme en 2008.

En ce qui concerne les prix appliqués par les agences, la situation reste similaire. Pour la paire de langue DE>FR, le prix moyen par mot était de 0,12 € en 2015 comme 2008. Pour ES>FR, ce prix était de 0,09 € en 2015 et de 0,10 € en 2008. On observe donc également une baisse pour l’espagnol.

On remarque globalement un écart de 0,02 € à 0,03 € entre l’allemand et l’espagnol. Par ailleurs, on retrouve ce même écart dans la traduction d’édition. La dynamique actuelle est donc simple : les tarifs de l’espagnol sont en baisse et ceux de l’allemand en hausse avec un écart qui se creuse petit à petit. Le traducteur germaniste est mieux payé que le traducteur hispaniste. Il faudra néanmoins attendre la prochaine étude de la SFT pour confirmer cette tendance. Je serais pourtant prêt à parier qu’elle va belle et bien se confirmer. Puisque c’est la loi de l’offre et de la demande qui est déterminante, il suffit de regarder l’enseignement de l’allemand en France.

Crise de l’enseignement de l’allemand

Un traducteur ça ne pousse pas comme ça au milieu des champs. Ce n’est pas une graine que l’on plante et qu’il suffit d’arroser pour en faire une fleur. Quoique … Un traducteur il faut bien le former. Cet apprentissage commence dès la jeunesse, au collège. C’est là que commence l’apprentissage des langues pour la très grande majorité des petits Français. C’est aussi à ce moment-là que beaucoup, à mon avis, font le mauvais choix : ils choisissent l’espagnol.

Seulement 15,4 % des élèves de l’école secondaire font le choix d’apprendre l’allemand contre 39,7 % pour l’espagnol.

Ils font ce choix parce que l’espagnol est plus attractif, plus facile, plus « caliente ». À côté de ça, la langue de Goethe est réputée difficile et souffre d’une très mauvaise image. Thérèse Ouchet, professeure d’allemand le résume bien dans le Figaro, le 21 janvier 2013 : « L’espagnol est réputé facile, l’allemand difficile. Les nombreux films sur la Seconde Guerre mondiale ont un impact. On entend beaucoup de bêtises sur le temps toujours gris en Allemagne versus le soleil espagnol !»

Ce qui en résulte : une crise. Les enquêtes de l’ADEAF, l’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France, démontrent bien qu’il y a une véritable crise de l’allemand en France : baisse des heures d’allemand au collège, situation catastrophique des enseignants d’allemand, mauvaise qualité de l’enseignement, manque de professeurs compétents (en 2017, au CAPES d’allemand, seulement 125 candidats ont été admis pour 345 postes), … Les inquiétudes concernant la rentrée 2019 persistent.

 

L’allemand est bel et bien en crise. C’est ce que nous confirme Iris Böhle, traductrice assermentée au Tribunal de Grande Instance de Douai et directrice de sa propre école de langue. Ce sujet est donc sa tasse de thé. Interview ! (Traduit de l’allemand) 

Bonjour Iris, peux-tu te présenter, nous parler de ta carrière ?

Je m’appelle Iris Böhle, j’ai étudié en Allemagne, à Sarrebruck. En Allemagne, nous faisions déjà la distinction entre la traduction et l’interprétariat. Mon choix était clair : j’ai choisi la traduction. À cette époque, il n’y avait pas encore de Master, on parlait encore d’études « Magistra », études dont la durée était de quatre ans. Après avoir complété ce cursus, j’ai dû choisir une spécialisation. En Allemagne, on avait le choix entre l’économie, le droit ou les technologies. À l’époque, j’ai choisi les technologies avec une expertise dans l’industrie automobile.

Et ensuite ? Tu es venue en France ?

Exactement ! Je suis venue en France pour des raisons personnelles. J’ai d’abord postulé à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes pour commencer à travailler. Au départ, je voulais juste obtenir une liste de toutes les entreprises exportatrices de Valenciennes, Douai et Lille. On m’a finalement proposé un poste pour devenir professeure d’allemand, ce que j’ai accepté. Je jongle depuis juillet 1984 entre l’enseignement, la traduction et l’interprétariat. Ce qui m’a surprise au début, c’est que je travaillais davantage comme interprète que comme traductrice. Je n’avais pas la formation requise mais ce n’était pas un problème, ça m’amusait. Néanmoins, je ne le fais plus autant qu’avant, parce que ça demande énormément de concentration. Je gère ma propre entreprise depuis 2002, je n’ai donc plus le temps pour ce genre de requêtes. Parfois, il m’arrive de travailler comme interprète lors de visites d’entreprises. Cela permet d’entretenir le contact avec les gens. Tu n’as pas ça avec la traduction « écrite » : tu es chez toi, ce qui peut sembler tentant, mais parfois tu es seul, tu dois être très rigoureux, respecter les délais et j’en passe. Ce n’est pas toujours simple.

Comment en es-tu arrivée à la traduction assermentée ?

Je suis traductrice et interprète assermentée depuis décembre 1999. L’idée m’est venue lorsque j’ai commencé à obtenir de plus en plus de contrats à traduire, ce que tu ne peux faire, que si tu es assermenté, naturellement. J’ai donc déposé ma demande auprès du Tribunal de Grande Instance de Dunkerque. Aujourd’hui, 90% des demandes que je reçois sont des traductions assermentées.

Par curiosité, quel type de documents traduis-tu ?

En ce qui concerne la traduction assermentée, je traduis, entre autres, des contrats de location, des contrats de travail, des documents bancaires et des documents sur des affaires pénales, toutes sortes de choses.

Passons maintenant au sujet central : que penses-tu de l’allemand ? Comment trouves-tu cette langue qui est ta langue maternelle ?

 Ce n’est certainement pas une langue mélodique. L’italien c’est mélodique, c’est de la musique.

On dit souvent que l’allemand est une langue militaire, que c’est une langue parfaite pour donner des ordres, mais cela dépend aussi de la voix de la personne. On dit aussi que les langues slaves sont dures, mais ce n’est pas vrai. Quand j’entends de temps à autre des Français parler allemand, il m’arrive de me dire que ce n’est finalement pas une belle langue.

Comment perçois-tu la situation de la langue allemande en France ?

Pour moi, la situation est plutôt critique. Au collège, je dirais que le rapport national entre l’allemand et l’espagnol en France est probablement d’environ 85% d’hispanistes pour 15% de germanistes, ce qui est totalement absurde. Beaucoup de Français négligent l’allemand. Un collégien n’est souvent pas conscient de l’importance que peut avoir l’allemand. J’en veux aux enseignants d’espagnol pour cela. Ils se battent tous pour leur matière au lieu de penser à l’avenir des enfants. Pendant trois mois, j’ai comparé les offres d’emploi dans le secteur de l’industrie et du commerce en France et environ 90% des emplois avaient l’allemand comme deuxième langue étrangère recherchée. Mes enfants ont toujours trouvé un job d’été grâce à l’allemand.

Comment vois-tu l’avenir de l’allemand ? Penses-tu que la situation va s’améliorer ?

Je ne pense pas que les choses s’amélioreront dans les écoles. En revanche, pour ceux qui ont appris l’allemand et qui le maîtrisent bien, l’avenir est assuré, parce que les relations économiques entre la France et l’Allemagne existeront toujours. D’ailleurs, là où il y a beaucoup d’entreprises, il y a aussi beaucoup à traduire (à bon entendeur).

Que dirais-tu à un collégien qui doit choisir entre les deux langues ?

Je lui dirais que la meilleure garantie pour trouver un emploi est de savoir parler et écrire en allemand. Je peux le dire d’après ma propre expérience. On disait autrefois que l’allemand n’était réservé qu’à une élite. C’est évidemment la plus grande des absurdités. Aujourd’hui, tout le monde a la chance de pouvoir apprendre l’allemand.

J’ai déjà tenu des conférences sur le sujet dans les écoles ici. J’ai toujours insisté auprès des parents pour qu’ils incitent leurs enfants à choisir l’allemand au lieu de l’espagnol en deuxième langue étrangère. L’espagnol et l’italien sont des langues pour les vacances. Les Chinois l’ont compris, ils apprennent tous l’allemand depuis une dizaine d’années. Alors choisissez l’allemand !

Conclusion

Il est vrai que comparé à l’espagnol, l’allemand est plus difficile à apprendre pour un francophone. Cette difficulté persiste également lors de la traduction. L’allemand est une langue beaucoup plus directe, moins abstraite qui n’aime pas laisser place à l’interprétation. Sa structure syntaxique est bien évidemment très différente du français et, lors de la traduction, la reformulation est presque incontournable. Ce ne sont pour autant pas des raisons pour ne pas apprendre l’allemand. N’oubliez pas, toute crise est porteuse d’opportunité !

Il y a énormément de raison d’aimer l’allemand, des raisons qui ne sont pas que financières ou professionnelles. Derrière cette langue se cache une grande histoire, une culture riche.

Certes, je n’y suis pas allé de main morte avec l’espagnol. Une langue aussi magnifique qui mérite totalement son succès. C’est plutôt la souffrance de l’allemand que je voulais mettre en exergue.

Je vous remercie d’avoir lu mon billet de blog und wünsche Ihnen einen schönen Tag !

 

SOURCES :

Riegler-Poyet, M. (22/10/2018). L’allemand, un atout pour l’insertion professionnelle – ADEAF.

Clerc T., Goldmann K., Hombach-Bouchet B., Bouchet J.-A., Bey C. (30/10/2017). ADEAF Enquête Nationale rentrée 2017.

Dalmas M. (09/10/2017). Intervention dans le cadre du « Notre rapport à la langue – Cultures linguistiques en France et en Allemagne : Différences, contacts, passages ». Sptg.de.

Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse (2019). Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, édition 2009. Statistiques des langues enseignées dans le système éducatif français.

SFT, la Société française des traducteurs (2016). Enquête 2015 sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction

Marie-Estelle Pech, Patrick Saint-Paul, Mathieu de Taillac (21/01/2013) L’allemand ne séduit guère les élèves français… et vice-versa. Le Figaro