La méthode Pareto en agence de traduction

Par BrandonDauvé, étudiant en M2 TSM.

Qu’est-ce que le principe de Pareto ?

Le concept doit son nom au sociologue et économiste italien de la fin du XIXe/début du XXe siècle, Vilfredo Pareto qui a analysé les données fiscales de plusieurs pays européens (France, Angleterre,Prusse, Russie…) et, suite à cette analyse, il a remarqué un phénomène similaire : en général, 80 % des richesses étaient détenues par 20 %de la population.


Vilfredo Pareto

Au fil du temps, ce concept a été réutilisé dans plusieurs domaines, notamment dans le management, pour signifier que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes.

Cette idée est devenue universelle car elle peut s’appliquer à n’importe quelle situation. Par exemple, 20 % des clients d’une entreprise représentent 80 % du chiffre d’affaires. Ouencore, 20 % des produits d’un supermarché vont représenter 80 % des ventes, etc.

Le principe de Pareto dans le monde professionnel

Outre la relation 20/80, il faut surtout retenir à travers ce principe, qu’une petite cause peut représenter la majorité des conséquences/effets.

En suivant ce concept, des entreprises peuvent axer leur réflexion sur leurs activités et sur leurs tâches afin de déceler celle qui est susceptible de provoquer le plus gros résultat ou atteindre au mieux l’objectif de l’entreprise ou d’un projet.

Afin d’y arriver, il faut faire un état des lieux de l’entreprise, prendre du recul en se posant ces questions :

Que faisons-nous, quelles sont nos activités ?
Quel est le produit que nous recevons avant la transformation et quelles sont les consignes ?
Quel est l’objectif de cette transformation ?
Quelles sont les tâches à effectuer afin de transformer le produit reçu en un produit fini qui va satisfaire au mieux notre client ?
Quelle tâche correspond le plus à l’objectif fixé par le client ?

Ces questions permettent de dresser un bilan de l’entreprise qui peut changer le fonctionnement en interne ou même déboucher sur une nouvelle stratégie adaptée pour un client/marché bien spécifique au même titre qu’une analyse SWOT par exemple (analyse des forces/faiblesses et des risques/opportunités avant d’envisager le lancement d’un projet).

En effet, on peut découvrir qu’une tâche qui était jusqu’alors peu prise au sérieux, peut avoir un rôle bien plus important dans le but de satisfaire l’objectif final.

Le principe de Pareto dans une agence de traduction

On peut appliquer ce principe à la gestion de projets dans une agence de traduction.

Le produit reçu correspond à une demande detraduction effectuée par un client.
Le produit reçu contient 1 ou plusieurs fichiers sources ainsi que desinstructions.
Prenons un exemple : une traduction d’un document marketing d’un lieu touristique de l’anglais vers l’allemand, de 1 500 mots en 2 jours ouvrés, avec la consigne de ne pas traduire certains passages surlignés et de traduire des passages non-éditables sur des images sur un fichier Word à part.

Quel est l’objectif de ce projet ?
Il faut bien sûr satisfaire le client qui a fixé une deadline de 2 jours ouvrés (le délai), établi des consignes (faire le travail demandé) et qui attend un travail de qualité (choix du bon traducteur : généralement le traducteur a l’habitude de traduire pour ce client) en sachant que ce projet s’adressera à un public germanophone qui souhaite visiter une région bien précise (adopter le bon style avec les bonnes tournures). Ces 4 objectifs forment ce que l’on appelle la satisfaction client.

Les tâches à effectuer pour le PM sont les suivantes :

  • Ouvrir le fichier source etmasquer les passages qu’il ne faut pas traduire
  • Recopier les phrases présentessur les images non-éditables sur un autre fichier Word.
  • Créer le projet sur l’outil deTMS (Translation Management System)
  • Effectuer l’analyse
  • Confirmer la commande
  • Proposer le job à un traducteur(délai de 1 h avant la réponse) et créer les postes
  • Vérifier que le traducteur alivré en respectant la deadline imposée par le client
  • Relire le texte en gardant lesconsignes (marketing/tourisme/public germanophone) en tête
  • Démasquer les passages à ne pastraduire afin de rendre le fichier dans l’état escompté par le client
  • Procéder à la livraison des2 documents cibles (le fichier source traduit ainsi que le fichier Wordqui contient le texte des images non-éditables)
  • Être disponible pour tout retour positif ou négatif du client
  • Trouver des solutions en cas demécontentement de la part du client (Identifier la source du problème etnégocier avec le client)

Quelles tâches sont les plus susceptibles de satisfaire le client par rapport à ce projet ?

Pour ce projet, la satisfaction client c’est : le délai, le respect des consignes, la qualité et l’adaptation au public cible. Mais il faut trouver LA composante de la satisfaction client la plus importante.


– Le délai peut toujours être négociable avec ce client et ce n’est pas un projet urgent.
– Le respect des consignes est important, mais si les passages ont quand mêmeété traduits, le client pourra toujours récupérer le passage source.
– La qualité est importante, mais si le texte n’est pas adapté au public cible,cela n’a pas de sens.
– Ici, l’objectif principal est le public cible.

Il faut donc trouver la tâche de gestion de projets qui permettra d’atteindre au mieux le public cible.

Parmi cet ensemble de tâche, il faut seconcentrer sur une seule.
Pour ce projet, on peut estimer que la tâche primordiale afin d’atteindre le public cible est : l’attribution de la traduction au traducteur allemand adapté pour ce genre de demande (le choix du traducteur).

Avant de lancer ce projet, le PM doit donc cerner l’objectif principal de cette demande dans le but de satisfaire au mieux le client, et trouver la tâche qui sera primordiale afin d’atteindre l’objectif.

Pour reprendre la formule de Pareto, 20 % des tâches (l’assignation de la traduction au bon traducteur) va représenter 80 % de la satisfaction client (une traduction adaptée au public cible).

Pour citer un autre exemple : lorsque ce même client fait une demande urgente, le critère optimal de satisfaction sera le délai. La tâche principale sera la livraison rapide du projet,quitte à ce que la qualité soit un peu moins bonne que dans un projet non urgent.

Le principe de Pareto permet donc de prendre du recul sur un projet afin de bien définir l’objectif principal et,suite à cela, de trouver la tâche qui aura le plus de chance de satisfaire l’objectif principal, dans la théorie de la relation 20/80.

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Agences de traduction et traducteurs indépendants : des relations compliquées ?

Par Steffie Danquigny, étudiante M1 TSM

Il y a un peu plus d’un an, j’envoyais mon dossier de candidature pour le Master TSM. Depuis, j’ai appris énormément sur le monde de la traduction, que ce soit l’utilisation des mémoires de traduction, l’intérêt des corpus, ou encore la façon dont une bonne (ou mauvaise) recherche terminologique peut affecter une traduction technique. Je me suis également rendu compte du grand nombre de traducteurs indépendants dans ce secteur, mais aussi de la réputation des agences de traduction, qui n’est pas aussi bonne qu’on pourrait le croire.

Pour les personnes extérieures au métier, ces agences sont tout simplement des entreprises employant des dizaines de traducteurs et d’interprètes. Pourtant, ce portrait est loin de la réalité : la plupart des agences sont en fait des petites entreprises qui ne comptent que peu de salariés, qui sont souvent des gestionnaires de projets. Il est peu fréquent que ces agences emploient des traducteurs « in-house » : elles ont alors recours à des traducteurs indépendants. Mais alors, pourquoi les freelances voient-ils parfois d’un mauvais œil ces agences, alors qu’elles leur donnent du travail ?

Agences de traduction : que leur reproche-t-on ?

Pour commencer, leurs tarifs. On se rend compte en parcourant les forums de traduction que les traducteurs qui ne travaillent qu’avec des clients directs, et jamais avec des agences, reprochent à ces dernières de les payer à des tarifs très bas (par exemple : moins de 8 centimes au mot) et donc de faire de gros bénéfices, alors que selon eux, elles ne font que « transférer un e-mail du client au traducteur ».

Il est vrai que, la plupart du temps, si une agence reçoit le CV d’un très bon traducteur mais que celui-ci demande un tarif au mot trop élevé, elle risque de ne pas lui proposer de collaboration. En général, lorsqu’elle cherche de nouveaux traducteurs, l’agence commence par définir le tarif maximal qu’elle est prête à payer, cherche un traducteur correspondant au tarif et à la spécialisation, et idéalement, lui fait passer un test de traduction. Si celui-ci correspond à ses attentes, l’entreprise l’engage, parfois sans chercher à savoir si de meilleurs traducteurs sont disponibles sur le marché (ce système de recrutement est par ailleurs en opposition avec celui des organisations internationales, qui elles, essayent de recruter le meilleur traducteur possible et lui offrent un très bon salaire.) Bien évidemment, ce n’est pas le cas de toutes les agences : certaines d’entre elles travaillent avec les meilleurs traducteurs dans leur spécialisation, peu importe le prix. Mais c’est ce qui arrive souvent aux petites agences, ou aux plus grandes, qui veulent augmenter leur marge. Ainsi, les traducteurs (notamment les jeunes diplômés) en viennent parfois à baisser leurs tarifs auprès des agences, voire à les « brader » afin de rester compétitifs.

Ensuite, les délais. « Nombre de mots : 7 000. Livraison : Demain matin ».

Un traducteur traduit en moyenne 2 500 mots par jour, voire 5 000 mots pour les plus rapides. Malheureusement, les agences de traduction ont tendance à oublier ce détail lorsqu’elles nous envoient un texte à traduire, ou alors considèrent qu’un traducteur freelance a des horaires flexibles et travaille donc de nuit sur demande. Alors, que faire ? Travailler jusqu’à 3 heures du matin pour rendre une traduction probablement bâclée dont on ne sera  pas pleinement satisfait, ou refuser ce travail au risque de ne plus recevoir de projets de la part de cette agence ? De plus, alors qu’elles veulent recevoir la traduction le plus vite possible, c’est parfois après plusieurs mois et relances que les agences paient leurs traducteurs.

 

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Les agences méritent-elles toutes ces critiques ?

Si les traducteurs continuent de travailler avec les agences malgré cette réputation, ce n’est pas sans raison. En effet, bien que certaines agences malintentionnées se permettent de faire plus de 50 % de bénéfices sur le dos des traducteurs, et que d’autres leur demandent l’impossible (livraison pour hier, « révision » d’une traduction automatique, etc), ce n’est évidemment pas le cas de toutes les agences, fort heureusement ! Voici quelques détails sur le travail effectué par les agences qui pourraient changer l’opinion que vous portez sur ces dernières.

Tout d’abord, intéressons-nous à la gestion de projets. Il faut savoir que la remarque disant que les gestionnaires de projets ne font que « transférer un e-mail » se révèle fausse dans la plupart des cas. Alors qu’un traducteur indépendant ne s’occupe que de sa paire de langue (voire de deux paires de langues), l’agence – peu importe sa taille – peut recevoir des demandes de traduction vers plusieurs, voire beaucoup de langues. Lors de mon stage dans une toute petite agence (composée de moins de 5 salariés), le plus gros projet dont j’ai m’occuper comportait 32 langues. De ce fait, une ou deux journées étaient nécessaires avant même le lancement du projet : préparation de fichiers, création du projet dans le logiciel de TAO, vérification des mémoires de traduction, création des rapports, écriture du devis client, sélection des traducteurs, vérification de leurs devis, création d’un planning précis comportant toutes les étapes du projet, etc. Tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Après réception des traductions, il faut également prévoir du temps pour la révision, la PAO, l’assurance qualité ainsi que la livraison.

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Ensuite, il ne faut pas oublier le marketing, qui occupe une place très importante dans le quotidien d’une agence de traduction. Être capable d’obtenir de nouveaux clients et de les garder est un élément crucial pour le bon fonctionnement d’une entreprise. Alors que certains traducteurs chanceux, après plusieurs années de service, reçoivent quotidiennement des projets de la part d’agences ou de clients directs et n’ont plus besoin de passer des heures à la recherche de nouveaux clients, une agence de traduction ne s’arrête jamais de prospecter, et emploie généralement une ou plusieurs personnes pour mener à bien cette mission. En plus de la recherche classique sur internet, à laquelle s’ajoutent des centaines d’appels, l’agence se doit de tenir un site web de qualité et régulièrement mis à jour, parfois agrémenté d’un blog et/ou d’une newsletter. Il lui arrive également de devoir se déplacer pour une réunion au cours de laquelle elle explique l’avantage de la TAO (avec démonstration en direct, par exemple), d’investir dans des dépliants et/ou emplacements publicitaires en ligne, de joindre des associations payantes, d’obtenir des certifications professionnelles, etc. Tout cela coûte du temps et de l’argent.

Enfin, l’agence de traduction doit avoir une e-réputation impeccable. Elle doit être présente sur les réseaux sociaux (notamment LinkedIn, Twitter, Facebook, …) et alimenter ces derniers quotidiennement, en prenant soin de proposer des contenus de qualité, qui intéressent à la fois ses clients, les clients potentiels ainsi que les traducteurs avec lesquels elle travaille. Il s’agit donc d’une présence virtuelle réfléchie, qui nécessite généralement l’emploi d’un spécialiste. Les réseaux sociaux sont un moyen pour l’entreprise d’acquérir de nouveaux clients, de garder ceux avec qui elle travaille déjà, de s’informer sur les traducteurs avec qui elle souhaite collaborer, et enfin, de se tenir informée de toutes les nouveautés de l’industrie de la traduction, et du secteur dans lequel elle se spécialise. La plupart des traducteurs indépendants sont eux aussi présents sur les réseaux sociaux, mais dans des proportions généralement moindres.

En résumé, il faut savoir que gérer une agence de traduction n’est pas une tâche aussi simple qu’on pourrait le croire. La gestion de projets, des réseaux sociaux et le marketing prennent une place très importante au sein de ce type d’entreprises, les bénéfices que font les agences ne vont donc pas directement dans leur poche puisque tout ce travail en interne doit être financé. De plus, il convient de préciser que les agences qui en demandent beaucoup aux traducteurs travaillent souvent elles-mêmes pour des clients très difficiles !

Sources :

« A Little Love for Agencies », Anthony Teixeira

« Les 5 mythes de l’agence de traduction », Translate Media

« Agences de traduction : le cauchemar des traducteurs », Cultures Connection

Les impératifs d’une bonne traduction : Pourquoi les traducteurs posent-ils tant de questions ?

Par Alessandro Circo, étudiant M1 TSM

 

Depuis leurs origines, les traducteurs s’interrogent sur la qualité des traductions. De nombreuses théories ont vu le jour, une bonne traduction doit-elle privilégier la fidélité à la fluidité, doit-elle faire abstraction des éléments propres à la culture de la langue source ou les mettre en avant, les questions posées à ce sujet sont nombreuses. Aujourd’hui, je ne m’intéresserai pas au travail de traduction en lui-même, mais plutôt aux éléments qui le conditionnent, tout ce qui peut contribuer au bon travail du traducteur et que j’ai pu découvrir lors de mon premier stage en tant que traducteur en herbe. Même si le métier de traducteur peut apparaître comme solitaire, nous verrons que le traducteur du XXIe siècle est loin d’être seul face à son écran. Il peut (la plupart du temps) compter sur l’appui de nombreuses ressources, de ses compères et de ses clients.

Un texte source…

La première et la plus importante « ressource » du traducteur est, sans grande surprise, le texte original. À ce sujet il convient de distinguer deux choses, le texte brut et le document formaté. Aujourd’hui, il arrive encore que le traducteur ne reçoive que le texte brut, ce qui peut poser quelques problèmes. Parfois, il ne reçoit qu’un fichier à ouvrir directement avec les divers outils de TAO qu’il utilise. Certains de ces outils peuvent vous indiquer si le segment est un titre, un élément d’une liste ou le corps du texte. Une aide précieuse lorsque le document est formaté de manière classique (Titre, sous titres, corps de texte, etc.) mais si c’est un logiciel que vous traduisez, un Powerpoint ou encore un site Web, un test, un questionnaire, alors ces informations ne vous seront pas d’une grande utilité et vous rencontrerez de nombreux segments sans aucun contexte, parfois même composés d’un seul mot. Il est donc primordial pour le traducteur d’avoir (d’exiger) un accès au document original formaté, au site Web, au logiciel qu’il traduit et ce n’est malheureusement pas toujours possible.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

…de qualité

Un autre point important à propos du texte source et qui influe grandement sur la traduction finale : sa qualité. L’utilisation d’une langue pivot est très répandue aujourd’hui dans le milieu de la traduction. Il est plus facile (et moins onéreux) pour une entreprise dont la langue est peu représentée de faire traduire une première fois le texte vers une langue très représentée (à tout hasard, l’anglais) puis d’effectuer le reste des traductions depuis cette langue qui est maîtrisée par de nombreux traducteurs dans tous les pays du monde. Seulement, un problème se pose, si la première traduction est réalisée à la hâte, par exemple via un traducteur automatique sans post-édition, alors le texte cible sera d’une piètre qualité et c’est ce texte qui servira de base à toutes les autres traductions. Le problème reste léger si le texte est plutôt rédactionnel et que le traducteur est en mesure d’en saisir tout le sens en dépit des bizarreries qu’il contient. Cependant, lorsqu’un traducteur se retrouve face à un texte très technique bancal, comment peut-il produire une traduction de qualité, comment peut-il rechercher la terminologie lorsqu’il n’est même pas sûr que le terme source est le terme réellement en usage. La solution ? S’armer de patience et naviguer sur le Web, tenter de trouver des textes similaires en langue cible (traduite ou originale) afin de repérer les termes utilisés et pourquoi pas demander le texte original, même lorsqu’on ne connaît pas la langue, pour se faire une idée de la voie à suivre à l’aide de la traduction automatique (pour les utilisateurs avertis).

 

Les références

N’allez pas croire que les traducteurs sont systématiquement des experts dans le domaine du texte qu’ils traduisent. Vous avez dit tricheurs ? Non, les traducteurs s’inspirent. Cette inspiration provient tantôt de traductions qui ont déjà fait leur preuve (TM), tantôt de glossaires rédigés par les réels experts ou encore de textes de référence, le tout fourni et validé par le client. La traduction est un réel plaisir lorsque ces trois éléments sont rassemblés, le traducteur peut alors piocher dans l’une ou l’autre des ressources, il peut recouper les informations afin de vérifier (encore et encore) que le terme qu’il a choisi est le bon, que la tournure correspond aux standards du domaine, que la typographie est celle qui est attendue, etc. Mais ce genre de scénario relève encore de l’utopie, les traducteurs doivent régulièrement s’attaquer à des textes techniques avec très peu d’appuis. Pas de panique, là encore le Web regorge d’informations qu’il faudra bien évidemment trier, mais le traducteur est un adepte du tri sélectif et certains sites font un travail exceptionnel. Vous n’avez pas de glossaire ? L’Union européenne et l’Office de la langue française au Québec en proposent (pour n’en citer que deux). Vous n’avez pas de texte de référence ? Consultez les corpus en ligne ou compilez-en un par vous-même. Vous n’avez pas de TM ? Vous n’avez pas de TM. Malheureusement, parfois le Web ne suffit pas à fournir toute l’aide dont le traducteur a besoin. Dans ces situations extrêmes, une seule solution se présente à lui : poser des questions.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

La communication

Oui, le traducteur ne travaille pas en autarcie, alors pourquoi se priver ? La communication est une ressource qu’il doit maîtriser. Par exemple, lorsqu’il travaille sur un projet partagé avec plusieurs collègues, la seule façon de garantir la cohérence du texte traduit est de discuter avec eux des différentes options de traduction, en face à face, via une plateforme de collaboration, par mail ou téléphone, tous les moyens sont bons pour éviter de faire fausse route sur un projet commun. De plus, la mise en commun des idées ne peut être que bénéfique à la qualité de la traduction, profiter d’un point de vue extérieur sur une phrase qui nous pose problème peut rapidement débloquer la situation. Bien entendu, parfois, ni les ressources à notre disposition, ni le Web, ni même nos très chers collègues ne peuvent nous venir en aide. À cet instant, il ne reste qu’une personne vers laquelle se tourner, une seule personne dont les réponses pourront nous éclairer : le client. Si le traducteur constate que les ressources qui lui ont été fournies sont incomplètes, il se doit d’en faire la demande au client. Idem s’il a un doute concernant un terme ou sur le ton à employer. Les communications avec le client peuvent parfois se montrer laborieuses, via un fichier Excel, via les gestionnaires de projet, mais lorsque les réponses arrivent, elles sont généralement sans appel et permettent au traducteur de lever bon nombre de doutes. Car si un traducteur pose tant de questions, c’est avant tout pour offrir la meilleure qualité possible à son client.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

Les strips sont l’œuvre d’Alejandro Moreno-Ramos, un traducteur/auteur/dessinateur qui raconte avec humour les péripéties de Mox, un jeune traducteur freelance. Ses aventures ont donné naissance à un blog et trois livres de bande-dessinée. Je tiens à remercier l’auteur pour son travail dans lequel j’ai pu trouver une parfaite illustration de mes propos.

Il est facile d’être objectif en temps de paix, beaucoup, moins lorsque des contraintes apparaissent

Par Oriane Bourdin, étudiante M1 TSM

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En temps de guerre, comprendre son ennemi est primordial. Cela permet de le connaître, d’anticiper ses actions. Il est de la mission du traducteur de rendre compréhensible l’information. Plus qu’un intermédiaire, il est une clef de voûte d’un conflit. Il est un pont, un moyen de communication indispensable entre des nations.

L’histoire, récente ou non, nous a prouvé à quel point son exercice est périlleux. Que cela soit volontaire ou involontaire, la neutralité déontologique du traducteur a été ou est remise en question. Revenons ensemble sur quelques conflits l’illustrant.

 

« Le linguiste est victime de sa propre culture. »

L’Etat d’Israël est né en 1948, d’une décision de l’ONU suite aux événements de la seconde guerre mondiale. Dès ses premières années, il rentre en conflit avec ses voisins qui voient d’un mauvais œil l’attribution d’une terre à un nouvel état. Une guerre éclate, et la situation est telle que les combats se déroulent suivant le modèle dit « de guerilla », dont les sabotages sont une composante.

Ainsi, les israéliens utilisent différentes qualifications pour les saboteurs. S’ils sont juifs, et qu’ils sabotent des installations britanniques, ils sont appelés ‘habelim (ceux qui blessent). S’ils sont arabes et qu’ils sabotent des installations juives, ils sont appelés feddayin – dérivé du mot arabe fida’yi (prêt à se sacrifier). Ainsi, les deux terminologies évitent aux traducteurs de confondre les combattants, les distinguant parfaitement selon leur camp. A noter toutefois que depuis la création du Fata’h (1964), la terminologie hébraïque est la même lorsque l’on parle en hébreu d’un acte de sabotage juif ou arabe : Maassé ‘habala (מעשה חבלה).

 

« Le traducteur n’est pas une machine, il est un être humain avec des convictions. »

Plus de 40 ans après l’indépendance d’Israël, une guerre éclate dans les Balkans. La chute du Maréchal Tito, président de Yougoslavie, réveille des passions nationalistes.  Des revendications d’autonomie entraînent un conflit entre voisins de plus de 10 ans.

Dans ces Balkans déchirés, la Communauté européenne tente d’assurer son rôle diplomatique et de calmer les velléités destructrices. Elle met alors en place une mission d’observation (ECMM), qui a notamment eu pour rôle de recueillir des témoignages de serbes ou de croates ayant subi la guerre.

Les traducteurs volontaires de cette ECMM – Mission d’observation de la Communauté européenne – étaient pour une partie des croates. Certains de ces croates, certes missionnés par la communauté européenne et certes tenus par l’obligation déontologique d’objectivité, se sont mis à se comporter davantage en « ambassadeurs » d’une cause – la leur – qu’en intermédiaires techniques. Certains de ces linguistes se permettaient même de répondre à la place des témoins interrogés. Ces déviances comportementales ont d’ailleurs entraîné des sanctions disciplinaires, à l’époque, allant jusqu’à l’expulsion.

 

Bien plus tôt, et dans une autre mesure, dans les années 40, un gros pays de l’est fait parler de lui. Il se fait appeler Union des Républiques socialistes soviétiques.

Parmi les dirigeants de ce pays, un célèbre Staline – « l’homme d’acier». Probablement un peu soupe au lait – on lui attribue entre 4 et 10 millions de victimes – il fut suivi successivement par cinq interprètes. Sur ces cinq, quatre ont péri aux mains de la NKVD, la police politique soviétique. Le dernier dû son salut à l’influent M. Molotov (dont le nom inspira les fameux cocktails).

Les traducteurs étaient ici en première ligne, en proie aux dangers politiques et aux susceptibilités personnelles des dirigeants soviétiques. Interrogés par la police politique, ils n’étaient plus vus comme des « outils » de communication mais comme des relais de propagande ennemie.

 

En 2007, en Afghanistan, une journaliste italienne est enlevée. Il s’agit de Daniele Mastrogiacomo. Avec son interprète, Ajmal Naqshabandi, ils sont détenus pendant deux semaines par les talibans, après être tombé dans un de leurs pièges. Le gouvernement italien finit par céder aux exigences des ravisseurs et organise un échange. Daniele Mastrogiacomo est sauvée, elle peut rentrer chez elle. Son compagnon d’infortune, lui, n’a pas la même « valeur » : il est décapité un mois plus tard.

Enfin, il paraît assez évident que la difficulté que revêt le périlleux métier de traducteur, tant techniquement que physiquement, n’est pas assez récompensée. Tiraillé, entre autre, entre une déformation culturelle, du politiquement correct, et le danger lié aux zones de conflits, le respect de la pure traduction sereine et objective.

 

Relativisons tout de même : le traducteur est moins sollicité dans certains conflits modernes. La rapidité des moyens d’information et de communication, l’émergence des réseaux sociaux qui y sont liés ainsi que l’appauvrissement de la langue permettent parfois d’effacer certaines barrières linguistiques. On pourrait ici mentionner, si nous étions mauvaise langue, certains tweets et discours présidentiels dont la complexité du vocabulaire est similaire à celle d’un jeune écolier…

 

Sources :

KAUFMANN F. « La terminologie idéologique du terrorisme dans le conflit du Proche-Orient sous le regard de l’interprète et du traducteur ». Topique [En ligne]. 2003. n°83, p. 87‑109. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/top.083.0087

« Traducteurs dans l’histoire, traducteurs en guerre – Atlantide ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < http://atlantide.univ-nantes.fr/-Traducteurs-dans-l-histoire– > (consulté le 7 juin 2018)

« Pour les traducteurs, Trump est un casse-tête inédit et désolant | Slate.fr ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < http://www.slate.fr/story/131087/traduire-trump-mourir-un-peu > (consulté le 7 juin 2018)

« Les interprètes dans les conflits : les limites de la neutralité ». In : aiic.net [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2007. Disponible sur https://aiic.net/page/2693 (consulté le 7 juin 2018)

« Israël-Palestine: la guerre des mots ». In : Slate.fr [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2011. Disponible sur :  http://www.slate.fr/story/46595/israel-palestine-guerre-mots-colonie-implantation (consulté le 7 juin 2018)

« Good, bad, sad… Le langage de Trump est pauvre, mais redoutablement efficace – L’Express ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/good-bad-sad-le-langage-de-trump-est-pauvre-mais-redoutablement-efficace_1870753.html (consulté le 7 juin 2018)

« Donald Trump, un vocabulaire pauvre et simple compris par le plus grand nombre ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : http://geopolis.francetvinfo.fr/donald-trump-un-vocabulaire-pauvre-et-simple-compris-par-le-plus-grand-nombre-124947 (consulté le 7 juin 2018)

https://www.academia.edu/6542292/War_Translation_Transnationalism._Interpreters_In_and_Of_the_War_Croatia_1991-1992_

http://www.paulbogdanor.com/left/soviet/rosefielde.pdf

 

J’ai rencontré Merche García Lledó, traductrice indépendante espagnole et auteure du blog Traducir&Co

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M1 TSM

 

Âgée de 28 ans, Merche García Lledó a créé son blog Traducir&Co [blog rédigé en espagnol] en 2012 et est devenue traductrice indépendante en 2015. J’ai eu l’honneur de pouvoir lui poser quelques questions sur son parcours et sur sa vision du métier :

Merche

 ¡Hola Merche! Peux-tu te présenter en quelques mots, s’il te plaît ?

¡Hola! Eh bien, je m’appelle Merche, je suis née à Madrid mais j’ai vécu à Salamanque jusqu’en 2013, année où je suis retournée à Madrid pour travailler. J’ai ouvert mon blog Traducir&Co en 2012, durant ma troisième année d’études et, depuis, je n’ai pas cessé d’écrire des articles sur le monde de la traduction…

Quel a été ton parcours ?

J’ai d’abord commencé des études de philologie anglaise, que je n’ai pas terminées, avant de me lancer dans des études de traduction et d’interprétation à l’Université de Salamanque. En 2013, lorsque j’ai obtenu mon diplôme, je suis repartie vivre à Madrid pour travailler dans une entreprise spécialisée dans la localisation. J’y suis restée deux ans. Ensuite, je suis devenue traductrice indépendante et… je le suis toujours !

Quel bilan fais–tu de tes études ? Penses-tu que l’Université t’a bien préparée au marché du travail ou trouves-tu, au contraire, qu’il existe un décalage important entre ce qui y est enseigné et la réalité ?

J’ai adoré mes études de traduction. J’étais très heureuse d’être admise dans ce cursus, étant donné que j’avais eu beaucoup de difficultés à réussir l’examen d’entrée, que j’ai passé trois fois au total. Après l’avoir finalement réussi, j’ai voulu profiter de chaque journée dans ce cursus. J’ai suivi beaucoup de matières très différentes (traduction littéraire, juridique, audio-visuelle…), ce qui m’a permis de me rendre compte de ce qui me plaisait ou non. De plus, la dernière année, nous avons suivi une matière appelée « Déontologie », dans laquelle nous avons appris à rédiger des factures, à fixer des tarifs, à préparer des CV etc. L’Université de Salamanque avait par ailleurs organisé une rencontre avec d’anciens étudiants pour qu’ils puissent nous raconter leur entrée sur le marché du travail et les difficultés rencontrées.

Néanmoins, j’ai trouvé que l’Université ne nous avait pas suffisamment préparés à la maîtrise de l’informatique. Si certains aspects enseignés dans cette matière étaient très utiles, je trouve que certaines matières auraient pu être remplacées par des aspects de la profession plus actuels et plus importants.

Comment l’envie de devenir traductrice indépendante t’est-elle venue ? Quels en sont les avantages selon toi ?

J’ai toujours eu envie de devenir traductrice indépendante. Je voulais être mon propre patron, pouvoir gérer mon emploi du temps… Après avoir travaillé dans une entreprise, je sentais que j’avais besoin de pouvoir décider quel type de projets accepter ou non, et de pouvoir gérer moi-même les projets que j’acceptais. Les principaux avantages de ce choix de vie professionnelle sont justement les raisons qui m’ont encouragée à devenir traductrice indépendante.

Tu écris sur ton blog que tu adores voyager ! D’après toi, le statut de traducteur indépendant est-il une bonne alternative pour les traducteurs qui n’aiment pas rester enfermés dans le bureau d’une entreprise et qui souhaitent s’éloigner un peu du contexte professionnel « classique » (horaires de bureau, collègues…) ?

Évidemment, celui qui souhaite devenir traducteur indépendant doit s’attendre à se sentir un peu seul. Toutefois, je me suis rapidement rendu compte à mes débuts que le mythe du traducteur en pyjama, seul chez lui, dépendait uniquement du traducteur lui-même : nous disposons d’une liberté absolue en ce qui concerne les déplacements, ce qui nous permet de travailler où nous voulons, que ce soit chez soi, dans des cafés, ou notamment dans des espaces de coworking, où il est facile de rencontrer des personnes dans la même situation. On se trouve ainsi des « collègues », on sort de chez soi… C’est l’option idéale ! Même si, parfois, disposer de trop de liberté (en ce qui concerne notamment les horaires de travail, le lieu, la façon dont on travaille) peut nous faire perdre un peu le fil, le point positif réside selon moi dans le fait que c’est le traducteur lui-même qui décide de la routine qu’il souhaite s’imposer et de la façon dont il gère ses projets.

Comment gères-tu l’incertitude que connaissent parfois les traducteurs indépendants ?

C’est compliqué… Le plus important est de ne pas perdre confiance en soi, mais je pense personnellement que la peur est toujours plus ou moins présente, que l’on débute ou non… En effet, on ne peut jamais anticiper les périodes durant lesquelles nous ne recevrons pas de travail ou, au contraire, celles durant lesquelles nous recevrons une pile de demandes !

Parle-nous maintenant de ton blog, Traducir&Co! Pourquoi as-tu décidé de te lancer dans l’écriture en 2012 ?

L’écriture a toujours été une façon pour moi de mettre un peu d’ordre dans mes idées et mes pensées, et, à l’époque, j’avais également envie d’aider les futurs étudiants en traduction de l’Université de Salamanque qui recherchaient des informations sur l’examen d’entrée à la faculté de traduction. Lorsque je l’ai passé, j’ai eu du mal à trouver des informations sur le sujet et je souhaitais donc apporter ma pierre à l’édifice en créant mon blog ! Et, en effet, de tous mes articles, celui sur l’épreuve d’admission est le plus lu et le plus commenté.

Et que penses-tu de l’utilisation des réseaux sociaux pour un traducteur indépendant ? Est-ce indispensable ?

Je trouve que le fait d’être visible sur les réseaux sociaux permet d’avoir davantage de contacts, ce qui, plus tard, peut permettre aux traducteurs de se trouver davantage de clients. Néanmoins, je pense que si un traducteur préfère se déplacer, rencontrer d’autres personnes et sait comment s’y prendre, les réseaux sociaux ne sont pas forcément nécessaires.

Reçois-tu beaucoup de messages d’autres traducteurs qui lisent ton blog ?

Je reçois surtout des messages d’étudiants qui me posent des questions concernant leur cursus universitaire ou de jeunes diplômés qui ne savent pas vraiment comment se lancer sur le marché. 😊

Et que penses-tu de la situation des traducteurs indépendants en Espagne ?

En Espagne, la cotisation que doivent payer les traducteurs indépendants est très élevée, mais ces 276 euros (minimum) que nous payons chaque mois comprennent l’accès à un système de sécurité sociale que d’autres pays n’ont pas. Ailleurs, la cotisation est peut-être moins élevée mais le traducteur doit en contrepartie souscrire à une assurance santé très chère.

Tu parles également beaucoup de l’image que les gens ont généralement des traducteurs…

Oui, selon moi, et comme c’est le cas pour de nombreuses autres professions, peu de personnes savent exactement en quoi consiste notre travail. Beaucoup s’imaginent que nous traduisons tous des livres et ne pensent pas forcément que les messages qui sont lus au quotidien (qu’il s’agisse de publicité, de sites internet, de modes d’emploi ou de séries télévisées) peuvent être le fruit de notre travail. Ce n’est pas une critique, je pense que c’est à nous, traducteurs, d’expliquer en quoi notre travail consiste.

Je reviens d’un mois passé à Porto et d’un autre passé à Athènes et, lorsque je rencontrais des locaux et que je leur expliquais que j’étais traductrice et que je restais plusieurs semaines sur place, ils me regardaient, incrédules, se demandant comment je faisais pour vivre de ce « passe-temps » tout en prenant des « vacances » de plusieurs semaines. Je devais donc leur expliquer que, que je sois chez moi à Madrid ou à l’étranger, mon travail était exactement le même et que cette activité était bel et bien mon seul métier. Dès lors, je me réjouissais de les entendre me dire « Quel beau métier vous faites ! ».

Voudrais-tu continuer à travailler plus tard en tant que traductrice indépendante ? Quels sont tes projets ?

Je souhaite surtout faire mon possible pour continuer à m’épanouir dans mon travail. Actuellement je suis traductrice indépendante, c’était mon rêve et mon principal objectif, alors… mission accomplie. Qui sait quel autre objectif m’attend dans le futur ? 😉

 

Je remercie encore une fois Merche pour sa gentillesse et sa disponibilité ! N’hésitez pas à la contacter (en espagnol ou en anglais) si vous souhaitez en savoir plus sur son blog et sa carrière, elle adore les questions ! 😊

 

La traduction, c’est ma passion

Par Célia Jankowski, étudiante M1 TSM

 

Traducteur, un métier déprécié s’il en est un. Travailleur de l’ombre par excellence, il est rarement reconnu à sa juste valeur. Tout traducteur a déjà entendu au moins une fois cette phrase, prononcée d’un ton moqueur, parfois même incrédule, lorsqu’il annonce son office : « Traducteur ?! Mais, c’est pas à ça que ça sert, Google Traduction ?? Hahahaha. ». Eh bien non, messieurs-dames ! Le métier de traducteur existe toujours, il résiste aux assauts répétés de la traduction automatique. Malgré les progrès de cette dernière, ce n’est pas demain la veille que les traducteurs deviendront une espèce en voie de disparition.

Mais nous ne parlerons pas de cela aujourd’hui. Non, aujourd’hui je vais plutôt vous parler de ce que le métier de traducteur apporte à celui qui l’exerce, et pourquoi se tourner vers cette voie, qui, malgré ce que pensent certains, ne se résume pas à copier-coller un texte dans DeepL (même si cet outil peut parfois nous sauver la mise).

 

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Comme pour tout athlète, l’échauffement est primordial pour le traducteur.

 

Vous êtes un traducteur en puissance si vous avez…

1/ L’amour du vocabulaire

Qualité indispensable ! Attention, ce n’est pas parce que vous êtes un lecteur assidu et que vous dévorez trois romans par semaine que vous ferez un bon traducteur, mais il est évident qu’un minimum de vocabulaire, ça aide. Pareil pour la grammaire.

 

2/ La curiosité

Au fil des recherches menées lors de la traduction, le traducteur en apprend davantage sur le sujet de son texte. Bien sûr, cela dépend du sujet en question (les indices boursiers américains ? Ugh.), mais en général, plus vous lirez, plus vous aurez envie d’en savoir plus, toujours plus, et voilà, vous êtes un expert en chirurgie robotique/en aviation/en fromages français ! (Oui, enfin… Presque.) Et cela vous donnera certainement des idées de spécialisation. (La spécialisation, quézako ? Rendez-vous ici pour en savoir plus.)

 

3/ Le souci du détail

L’une des premières choses que j’ai apprises durant mon cursus. Être attentif aux détails, c’est repérer immédiatement la moindre nuance, la moindre petite faute qui fait tache et gâche une excellente traduction. Même si, soyons honnêtes, dès que la fin d’un texte long et éprouvant est en vue, nous n’avons qu’une envie, c’est de finir le plus vite possible et de ne plus jamais en entendre parler (soyons honnêtes, j’ai dit !), il faut vérifier, revérifier, re-revérifier, re-re-re… Bref, vous avez compris.

 

4/ La maîtrise des nouvelles technologies

Révolue l’époque où la traduction se faisait au crayon à papier, à gratter sur une feuille, au milieu d’énormes dictionnaires ! Grâce à Internet, tout se trouve en un clic. Attention, tout veut aussi dire n’importe quoi. Il est important de savoir sélectionner ses sources, savoir où chercher et surtout quoi chercher. De plus, maîtriser Word, c’est bien, mais maîtriser au moins un outil de TAO, c’est un plus non négligeable. Enfin, cela dépend des traducteurs : certain ne peuvent s’en passer, d’autres font très bien sans.

 

Vous possédez toutes ces qualités, et je vous vois déjà devant votre écran, trépignant d’impatience à l’idée de vous lancer dans une traduction de dizaines de milliers de mots ! Bien ! Passons donc à l’étape suivante,

 

Comment être un bon traducteur ?

1/ Avoir confiance en soi et en ses capacités

Ça y est, vous avez décroché votre premier client ! Et là… L’angoisse. « Vais-je y arriver ? Et si le client n’est pas satisfait ? Et si je n’étais pas à la hauteur ? » Du calme ! Ayez confiance en vous. Vous avez suivi des études (que vous avez réussies haut la main, j’en suis sûre) qui vous ont préparé à ce moment, non ? Vos idées sont bonnes, vos remarques pertinentes, vous avez votre place dans le réseau ! Ne vous dévalorisez pas et soyez au top pour chacune de vos traductions. Soyez prêt à défendre vos choix auprès d’un client pas toujours très compréhensif, et plus important encore, soyez ouvert aux suggestions et autres compromis (eh bien oui, parfois, ce qui vous semble évident ne l’est pas forcément pour tout le monde, et vice versa).

 

2/ Savoir suivre son instinct… ou pas

Parfois il vaut mieux rester sur sa première idée. Et puis, après plusieurs relectures… Un autre terme ne correspondrait-il pas mieux ? Mais à force de douter, de remettre ses choix en question, on peut finir par ne plus savoir quoi faire. Ce qui nous amène à notre troisième point…

 

3/ Prendre du recul, toujours plus de recul !

La meilleure chose à faire (si l’on en a le temps, bien sûr), c’est, une fois la traduction achevée, la laisser « reposer » pendant quelques heures, voire une journée, s’aérer l’esprit, passer à autre chose, et ensuite y revenir. Ainsi sont décelées des erreurs passées inaperçues, des incohérences pourtant flagrantes mais qui ont échappé au traducteur : notre « radar » est alors plus efficace.

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Alors, vous sentez-vous l’âme d’un traducteur ? Êtes-vous prêt à vous lancer dans ce métier difficile, stressant, mais ô combien excitant et passionnant ? Eh bien, sautez le pas ! Quant à ceux qui sont déjà traducteurs professionnels et qui sont peut-être un peu blasés, ou ceux qui sont empêtrés dans la traduction d’un texte qui semble interminable… J’espère que je vous aurai rappelé à quel point votre métier est formidable.

 

Et vous, chers traducteurs, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le domaine de la traduction ? Racontez-nous !

 

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