Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité

Par Anaïs Wisniewski, étudiante M2 TSM

S’installer en auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur, les deux intitulés désignent la même chose) est vu comme un risque important à prendre, pourtant, sur le marché de la traduction, il n’y a rien de plus banal.

Cependant, banal ou non, il est normal de s’inquiéter concernant notre avenir. J’ai donc décidé de me renseigner et de mener ma petite enquête pour aller chercher des réponses, à la source, chez des traducteurs indépendants récemment installés. Je n’ai interrogé que des traducteurs auto-entrepreneurs, leur statut étant le plus courant pour des traducteurs indépendants en début de carrière. Je leur ai posé tout un tas de questions pour qu’ils nous racontent leurs vécus et leurs impressions, mais aussi pour qu’ils nous donnent leurs précieux conseils. Et voici un résumé de leurs témoignages, c’est parti !

Les débuts

Les traducteurs interrogés se sont installés récemment (entre 6 mois et deux ans d’installation). Lorsque je les ai questionnés sur les raisons les ayant poussés à devenir indépendants, deux réponses m’ont été apportées :

  • Une opportunité qui s’est présentée de pouvoir travailler en indépendant, et qui a été saisie au vol. Le Covid-19 ayant fait baisser le nombre d’offres d’emploi, la traduction en auto-entrepreneuriat s’est imposée comme une aubaine.
  • La liberté que procure le statut : concernant les horaires, le choix des clients ou encore l’organisation. Le traducteur indépendant se réserve le droit de refuser des projets ne correspondant pas à ses valeurs.  En effet, il n’a aucun compte à rendre, n’a pas de supérieur, mais surtout profite de la possibilité de travailler où il le souhaite, et de gagner plus (ou moins) selon ses choix, en travaillant davantage le week-end ou non.

Quelles sont les démarches ? Sont-elles compliquées ? Pas tant que ça en fait, tous s’accordent sur leur simplicité : il faut s’inscrire sur le site de l’Urssaf (organisme qui gère les cotisations pour financer le système de sécurité sociale) dans l’espace auto-entrepreneur, afin de déclarer son activité. C’est gratuit, rapide, le site est bien conçu, « c’était fait en 10 minutes », nous confie une traductrice. Vous pouvez tout de même vous aider du guide officiel de l’auto-entrepreneur disponible ici. Le statut d’auto-entrepreneur ne nécessite, de plus, pas de compte bancaire professionnel si votre chiffre d’affaires est inférieur à 10 000 euros par an.

Tous ont expliqué que l’inscription était facile mis à part deux ou trois éléments, comme comprendre la terminologie spécifique, ou savoir quelles sont les obligations légales de l’auto-entrepreneur : il faut déclarer son chiffre d’affaires (tous les trimestres ou tous les mois, au choix), se renseigner sur les mentions obligatoires à mettre sur les factures, et obtenir le numéro de TVA intracommunautaire pour travailler avec des clients étrangers.

Les jeunes entrepreneurs ont aussi compté sur le fait qu’en général, les étudiants se mettent en auto-entrepreneuriat à la même période et peuvent donc s’entraider. En outre, des formations sont organisées au sein du master TSM pour se renseigner sur l’installation.

L’installation s’est globalement plutôt bien passée pour tous, même si ce n’est pas de tout repos. Trouver des clients directs reste tout de même un exercice particulier.

  • « J’ai d’abord commencé par travailler pour la boîte de mon premier stage, donc pendant ma seconde année de master. Je travaillais le soir, les week-ends. Ensuite, à l’issue de mon second stage, j’ai rejoint l’équipe de gestion de projets de cette entreprise, et je travaille depuis mon domicile. »
  • « Un petit bureau aménagé dans un coin de ma chambre. Très vite, j’ai compris que si je voulais vraiment m’installer, il me faudrait : a) une bonne chaise de bureau pour les cervicales et dorsales (je conseille les sièges gaming pour le rapport qualité/confort/prix) ; b) un bureau suffisamment haut et grand ; c) un ordinateur avec suffisamment de puissance (parfois, ça rame) ; d) une bonne connexion internet (entre internet qui rame et internet qui coupe pendant plusieurs heures, habiter à la campagne, c’est pas l’idéal pour travailler en tant qu’indépendant) ; e) souris et clavier filaires/Bluetooth (pour limiter les efforts musculaires traumatisants). »
  • « Pour moi, l’installation en elle-même est la partie la plus compliquée. Il faut se fixer des objectifs et, avant ça, déterminer des objectifs. Il faut savoir faire face aux critiques et aux inquiétudes de l’entourage, en plus de sa propre inquiétude. Ça a été épuisant moralement, car je me sentais beaucoup sous pression. »

Les réponses divergent quant au délai de l’installation : pour certains, il était question d’un mois, pour d’autres qui travaillent avec l’entreprise de leur stage, cela s’est fait du jour au lendemain. En moyenne, la réponse est de 3 ou 4 mois, voire une année pour être vraiment bien installé, car tout le monde n’a pas la même vision de l’installation de l’auto-entrepreneur :

 « Je ne me considèrerai probablement jamais comme installée. C’est le challenge du micro-entrepreneur, créer son revenu tous les mois. Et c’est ça qui est génial, rien n’est acquis, du coup on développe une force intérieure et une certaine proactivité. »

Pour se considérer comme réellement installés, nos jeunes traducteurs disent surtout devoir développer leur communication, par exemple créer un site internet ou encore démarcher d’autres agences ou clients. Certains ont aussi décidé d’avoir un travail à mi-temps à côté afin de percevoir un salaire fixe, mais qui rallonge le temps d’installation.

Et l’assurance alors ?

La majeure partie n’a pas d’assurance. En effet beaucoup travaillent avec des agences qui elles-mêmes ont des assurances qui couvrent les traducteurs. D’autres me confient que les assurances sont utiles seulement lorsque l’on travaille avec les États-Unis, ou alors dans certains domaines, en particulier le domaine juridique, financier et même culinaire. Ceux qui ont souscrit une assurance nous rassurent : les prix sont raisonnables, entre 15 et 20euros par mois, alors certes c’est un budget pour un auto-entrepreneur qui débute, mais cela permet d’avoir l’esprit tranquille. Des « packs » assurance responsabilité civile + auto-entrepreneur sont disponibles et les membres de la SFT (Société française des traducteurs) bénéficient de tarifs préférentiels.

L’organisation

Combien d’heures par semaine passent-ils à travailler ?

Les cas diffèrent selon les traducteurs, une bonne moitié ne travaille pas à temps plein, soit par choix, soit parce qu’ils ont une activité salariale à côté. Ils travaillent à temps plein seulement lorsqu’il y a beaucoup de travail.

L’autre moitié travaille à temps plein, et entre 40 et 45 heures par semaine quand il y a beaucoup de travail. Certains travaillent aussi en plus sur la création de leur site internet. Peu importe le temps de travail, tous s’accordent à dire que les charges de travail varient beaucoup au fil du temps et qu’il faut savoir s’adapter à ces changements.

Tous m’ont rapporté ne pas avoir de planning précis, sauf un traducteur qui est « obligé » du fait de son activité salariale. Ils travaillent tous au jour le jour selon la quantité de traduction à faire, sauf pour les tâches administratives. Certains se fixent des limites, par exemple pas de travail après 19 heures ou 20 heures.

La bonne nouvelle en ce qui concerne les tâches administratives, c’est que cela prend très peu de temps : environ 1 à 2 heures par mois. Ils m’ont même donné des petits conseils : réaliser des modèles de facture génériques pour gagner du temps, être organisé et régulier pour faire le suivi des PO, factures, virements, etc.

 Et les vacances dans tout ça, la déconnexion c’est possible ?

Dans la globalité, oui, s’accorder des vacances est possible, même si en tant que traducteurs débutants, beaucoup préfèrent ne pas en prendre tout de suite :

  • « Personnellement, je n’ai eu aucun complexe à refuser certains projets qui m’auraient demandé de travailler tard dans la soirée/une bonne partie du week-end. Nota Bene il existe une certaine pression temps/productivité dans le secteur de la localisation. Il serait bon que les clients et gestionnaires de projets prennent en considération le fait que les traducteurs (indépendants) ne sont pas une soupape de pression. »
  • « Le temps, oui. Les moyens, non. Je trouve que notre rémunération ne correspond pas du tout au travail fourni et à l’engagement dont on fait preuve (pas de congés payés, profession relativement précaire, car insécurité : les tarifs devraient tenir compte de cela). C’est un peu décourageant surtout que notre métier est vraiment dévalorisé. Tout le monde pense que maîtriser deux langues est suffisant pour traduire. On a toujours le travail en tête, mais il ne tient qu’à nous de mettre des limites. […] Aussi, être perpétuellement « en veille », c’est être passionné. Mais il faut faire attention à ne pas trop en faire, au risque de devoir prendre des jours off pour récupérer. »
  • « Pour l’instant je n’ai pas les moyens pour prendre des vacances. Je suis partie une semaine en « vacances » cet été tout en travaillant sur place. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Je pense pouvoir faire la coupure sans trop de difficulté lorsque ça m’arrivera, car c’est ce que je fais déjà le week-end lorsque je n’ai pas de contrats urgents, ça ne me pèse pas spécialement et j’arrive à penser à/faire autre chose. »

La traduction

L’ensemble des traducteurs interrogés ont deux langues de travail voire trois, mais 95 % du temps, ils ne travaillent qu’avec de l’anglais.

La moitié n’a pas vraiment encore de spécialisation, mais plutôt des domaines dans lesquels il y a beaucoup de travail comme les fiches techniques ou la communication des entreprises.

Ceux qui ont déjà des domaines de spécialisation travaillent dans le milieu juridique mais aussi dans le domaine agricole, de l’informatique, et de la traduction marketing ou créative.

Leurs conseils pour se spécialiser : faire des formations courtes, des validations d’acquis ou même des formations de quelques mois. Il faut garder à l’esprit que les compétences dont nous avons besoin sont avant tout terminologiques. De plus, les spécialisations s’apprennent tout de même en grande partie sur le tas.

La part de post-édition globale dans leur travail est très importante, environ 50 % ; ceux qui n’en ont pas (beaucoup) font aussi beaucoup de révision, de QA ou de LSO.

Concernant les logiciels les plus utilisés, on retrouve de grands classiques dans le top du classement : SDL Trados Studio, XTM, Across, Antidote, memoQ, Xbench, et même Microsoft Word et Excel. Voici également un petit florilège de sites internet les plus populaires : DeepL pour la traduction automatique, Reverso Context, Linguee, Sketch Engine et CRISCO pour diversifier le vocabulaire.

Les clients

Pour l’instant tous m’ont confié travailler avec des agences, même si un tiers a déjà travaillé au moins une fois avec un client direct.  Deux tiers d’entre eux travaillent avec une seule agence, le reste oscille entre 3 et 5 selon la régularité du travail donné.

Les clients directs ont été trouvés soit grâce au bouche-à-oreille, soit car ce sont d’anciens organismes de stage.

Les difficultés

Ce qui m’a frappée quand j’ai recueilli tous ces témoignages, c’est que les difficultés ne sont pas du tout les mêmes pour tout le monde, alors voici celles que l’on m’a citées :

– Se mettre dans le bain après avoir fait une longue pause
– La solitude toute la journée
– Les plantages informatiques
– Les domaines très techniques
– Devoir travailler vite
– La qualité des fichiers sources
– Les clients qui ne sont pas bienveillants du tout
– Ne pas avoir une grande vision sur l’avenir en tant qu’auto-entrepreneur
– La compréhension des règles à respecter de l’auto-entrepreneur, comment payer les cotisations, taxes à payer ou non

Ils ont également rencontré des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas. En voici quelques-unes :

  • « La solitude (sortez les violons). Je croyais que ça allait être cool, mais en fait on a vite fait le tour ! » 
  • « La sacro-sainte TM doit toujours être respectée, même lorsque ses traductions juridiques (plutôt FR-CA) ne sont pas (vraiment) adaptées au FR-FR juridique. »
  • « Parfois plusieurs jours passaient sans que je ne reçoive de travail et c’était inquiétant »
  • « Je ne m’attendais pas à ce que l’on dispose parfois de si peu de références pour traduire. »
  • « Je n’avais juste pas imaginé que ça serait aussi difficile moralement au début. Peut-être que ça n’est pas le cas pour tout le monde, et le contexte actuel a peut-être rajouté une pression supplémentaire. »

Des difficultés ressenties à cause du Covid-19 ?

Étant donné que beaucoup d’entre eux ont commencé à travailler au moment où la pandémie est arrivée, ils ne peuvent pas vraiment comparer avec la période avant le Covid-19. Mais dans la globalité, ils ne ressentent pas de difficultés particulières : « il y a beaucoup, beaucoup de travail dans le secteur. Il suffit de le trouver ! »

Rémunération

Parlons peu, parlons bien, parlons tarifs. Pour deux tiers d’entre eux, le tarif est en moyenne de 0,06 euro du mot et de 0,07 pour les autres. Pour ce qui est de la relecture, le prix est de 0,02 euro et environ 0,035 euros pour de la post-édition.

Quand je leur ai demandé si ces tarifs correspondaient à leurs attentes, les réactions étaient mitigées :

  • « Relecture, oui, traduction, oui et non (débat théorie vs. réalité du marché) »
  • « Pas du tout. On nous avait parlé de 0,08 minimum et je visais 0,12 en début de carrière, car certains enseignants nous avaient indiqué que cela était courant. »
  • « Oui, je n’ai pas été surprise à ce niveau. »
  • « Ni à mes attentes ni à ce qu’on nous avait annoncé dans ma formation ! C’est plus faible. Mais j’imagine que c’est parce que le marché évolue, haha. »

La bonne nouvelle c’est que l’ensemble de traducteurs dit avoir un revenu relativement stable, même s’il va sûrement augmenter, car ils n’ont pas encore atteint leur revenu « définitif ».

Bilan

Quand je leur ai demandé s’ils étaient satisfaits de leur situation, la réponse globale était plutôt positive : « Pour mes 6 premiers mois, je suis satisfaite oui, je m’attendais à ce que tout soit beaucoup plus difficile. »

Aucun d’entre eux ne regrette d’être devenu traducteur indépendant. Voici ce qu’ils préfèrent dans leur métier et statut :

– Gérer ses propres horaires, la quantité de travail et travailler quand on veut (« Travailler en pyjama avec mon chien, c’est pour ça que je voulais être indépendant »)

– Travailler chez soi ou où l’on veut avec juste un PC
– Refuser les projets « tout pourris » ou urgents et accepter ceux qui ont des domaines intéressants.

Et voici ce qu’ils aiment le moins :

  • La solitude (très pesante pendant la crise sanitaire pour beaucoup de traducteurs)
  • Devoir consulter ses mails à intervalles réguliers
  • L’incertitude de l’avenir, le manque de « protection »
  • L’impossibilité de pouvoir défalquer certaines charges (les logiciels achetés par exemple)

Conseils pour les futurs traducteurs indépendants

Le starter pack du traducteur indépendant

Voici selon eux, un classement des logiciels à avoir absolument quand on commence :

  1. Licence Microsoft Office, primordiale
  2. Antidote (quasiment toutes les agences le demandent)
  3. SDL Trados Studio (à voir avec les agences avant de l’acheter, car beaucoup ont des plateformes spéciales ou fournissent des logiciels et des licences ; SDL est définitivement une valeur sûre voire un indispensable pour certaines)
  4. Xbench
  5. Si vous n’êtes pas en mesure d’acheter SDL Trados Studio : memoQ ou alors Memsource
  6. Si vous avez les moyens et l’utilisation : Suite Adobe
  7. Abonnement Deezer/Spotify, la cerise sur le gâteau

Et l’équipement :

– Un bon PC assez puissant (faire des repérages selon ce que l’on veut et attendre le Black Friday est une bonne option quand on n’a pas encore les moyens)
– Si possible deux écrans (beaucoup plus ergonomique)
– Une bonne chaise de bureau (vous allez y passer pas mal de temps)

Les conseils :

Pour finir, je leur ai demandé s’ils avaient des conseils pour les futurs traducteurs indépendants. Tous m’ont répondu en premier lieu de ne pas avoir peur de se lancer, ils m’ont également conseillé de trouver des secteurs où l’on trouve aisément des clients directs si c’est ce que l’on cherche. Pour le reste, je les laisse dire ce qu’ils ont sur le cœur :

  • « Je leur dirais de se lancer et de voir ce que ça donne pour eux. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, c’est vibrant de vivre au jour le jour et de pouvoir recréer sa vie chaque jour, ça permet d’accroître le sens des responsabilités et de laisser libre cours à sa créativité. Un conseil : ne prenez jamais personnellement les remarques de votre client. Prenez ces remarques comme un avis, une consigne à suivre pour vos prochains projets. Ne faites pas cas du reste. Faites simplement et sincèrement de votre mieux et n’hésitez pas à partager vos doutes/questions. Cela vous couvre en cas de problème. »
  • « Ne vous précipitez pas ; achetez une bonne chaise de bureau et le nécessaire pour vos cervicales et dorsales ; si vous lisez les success stories sur les réseaux sociaux professionnels, ne les laissez pas vous monter à la tête, vivez à votre rythme, apprenez à votre rythme, faites-vous des clients à votre rythme »
  • « De ne pas avoir peur des démarches, mais de bien se renseigner avant pour partir avec toutes les cartes en main, de ne pas se dévaloriser et d’avoir confiance en ses capacités ! »
  • « Si travailler en indépendant vous tente, alors lancez-vous ! Si on m’avait proposé un CDI à la fin de mes études, je pense que j’aurais accepté, car j’aurais eu trop peur de me lancer, même si ça n’aurait probablement pas été l’option la plus adaptée à mon caractère. La situation actuelle m’a un peu poussé, et heureusement, car même si je n’ai pas encore atteint tous mes objectifs, je sens que je fais un travail qui me correspond bien plus que celui que j’aurais pu faire en entreprise. Si vous avez un cours dans votre cursus qui parle de la création d’entreprise, écoutez bien et prenez des notes, car vous serez contents de les avoir au moment voulu ! »

Sources :

Sondage réalisé sur six traducteurs indépendants.

« Accueil – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil.html.

Source image : Franceinfo. « Les nombreuses fraudes au statut d’auto-entrepreneur ». https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-boulot/les-nombreuses-fraudes-au-statut-d-auto-entrepreneur_1775277.html

Portrait de Sarah Van der Vorst : une femme d’affaires à la triple casquette !

Par Marie Fiquet, étudiante M2 TSM

Bien souvent, nous retrouvons des portraits et des points de vue de traducteurs ou encore de gestionnaires de projets, mais qu’en est-il des fondateurs d’agence ? J’ai interviewé pour vous Sarah Van der Vorst, à la fois professeure de Traduction Automatique pour le Master TSM à l’Université de Lille, fondatrice de TransFigure8 et Operation Manager pour TWIS LTD. Une femme aux multiples casquettes.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs notamment ton parcours scolaire puis professionnel ?

« À la base, je n’étais pas censée étudier les langues, j’ai fait l’équivalent en Belgique d’un baccalauréat scientifique. J’ai ensuite fait mon post-bac à l’ISTI (école de traduction et d’interprétation à Bruxelles) en anglais et italien. À l’époque, le cursus était de 4 ans et non de 5 ans, comme aujourd’hui. Je me suis lancée dans la spécialisation qui s’appelait « Industrie de la langue », l’équivalent du Master TSM. Je me destinais à une carrière de traductrice, jusqu’au jour où j’ai croisé la route de Nancy Matis[1] qui était ma professeure en TAO et en Localisation gestion de projets. Arrivée en DESS, j’avais déjà en tête ce projet d’ouvrir une agence et de me diriger vers ce marché. Dans le cadre de mes études, j’ai effectué un stage à mi-temps de deux mois chez Nancy Matis et chez Valérie Étienne[2]. Selon moi, j’ai eu les meilleures mentors qu’on puisse avoir. Un stage de deux mois était pour moi bien trop court, ce qui a été très frustrant. J’ai terminé assez rapidement mon DESS en passant mes examens, toutefois sans rendre mon travail de fin d’études, car je m’étais engagée chez LionBridge anciennement Bowne Global Solution, et je n’ai pas eu le temps de terminer mon année de manière effective parce que j’étais très impatiente d’entrer dans le monde du travail. Je suis restée environ 8 semaines chez eux, bien que cela se soit avéré être une expérience très formatrice, je suis rendu compte qu’être employée n’était pas fait pour moi et que le format ne me correspondait pas.

Je me suis installée en tant qu’indépendante en octobre 2005, et j’ai beaucoup traduit notamment dans le domaine technique allant de la traduction d’un cahier des charges pour la construction d’une usine de vaccin en Algérie, à des traductions techniques pour la SNCB traitants de petites pièces, de rails jusqu’à de l’ingénierie civile. Je n’étais pas du tout une traductrice marketing. Puis, j’ai commencé la gestion de projets et la mise en page trois ou quatre mois après, et j’ai complètement mordu à l’hameçon.

Au fur et à mesure du temps, je n’ai fait que de la gestion de projets. Mon ancien partenaire et moi avons créé l’agence en 2011.

En 2013 ou 2014, j’ai commencé à enseigner à l’Université de Lille dans le cours de Traduction Automatique pour le Master TSM et je me suis rendu compte que j’adorais transmettre mon savoir. Cependant, je n’étais pas « rassasiée » avec ces cours donc j’ai décidé de prendre des élèves en stage pour continuer à transmettre ce que j’avais appris. C’est dans l’enseignement que je m’épanouis le plus. J’ai beaucoup reçu de mes mentors, cette continuité, elle est là, on m’a beaucoup transmis, je transmets aussi. »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde de la traduction ?

« À la base, je voulais faire un master en chimie/physique, mais mon papa m’a dit : « Il est hors de question que tu fasses ce que j’ai fait » (rires). Au-delà de cela, au lycée, j’ai eu une professeure d’anglais extraordinaire qui n’enseignait pas comme les autres. Ses méthodes font d’ailleurs partie de ma manière d’enseigner, je pioche chez les personnes qui m’ont appris et c’est parti de cette personne-là. Elle avait un côté très linguiste et pas seulement professeure. Je pense que c’est ça qui a fait que je me suis dirigée vers les langues, j’avais plusieurs choix qui s’offraient à moi et j’ai choisi celui où on m’avait le plus inspiré. »

Que préfères-tu dans ton métier ?

« Former les gens. Et un aspect du métier qui est totalement fortement négligé à l’heure actuelle, c’est le contact client. C’est les deux pans du métier, les plus agréables pour moi. »

Présente-nous ton agence. Comment fonctionne-t-elle ? Quel est ton business plan ?

« Mon agence, il ne faut pas la voir comme telle, ce que j’ai créé, c’est un réseau. Il y a le réseau que j’avais d’avant, celui qu’on a créé en prenant contact avec d’autres personnes et le réseau qui vient du master TSM. Il faut le voir comme une immense toile d’araignée avec la core team composée de Baptiste, Oriane, Angel, Chloé, Nicolas, Marine, Quentin, Célia, Céline, Marie (anciens TSM) et moi au milieu, mais je ne me mets pas totalement au centre. Il est vrai que je tire certaines ficelles, puisqu’on a besoin d’une personne qui « dirige » et qui a une vue d’ensemble de tout ce qu’il se passe. Cependant, même ceux qui entrent sur le réseau et qui sont au bout de la toile, si ça vibre au milieu, ils le sentent aussi.

J’ai monté un partenariat avec Jonathan Denys (fondateur et general manager de TWIS LDT), qui a fait ses études avec moi. Ensemble, nous avons monté ce réseau. TWIS (chez qui je suis operation manager également) et Transfigure8 sont deux sociétés qui fonctionnent en partenariat très étroit, la différence entre nos deux sociétés est faible même si chacun a ses propres clients.

L’idée, c’était d’être certaine que dans ce réseau, personne ne manquerait de travail, c’est ça mon business plan à moi, c’est avoir un réseau étendu où tout le monde est épanoui, fait ce qui lui plaît et est en mesure de se développer dans ce qu’il aime. Je ne suis basée que sur l’humain, alors la société et donc le réseau évoluent en fonction des personnes qui le composent. Au départ, je n’ai jamais rien chiffré car je n’ai pas été formée comme cela, mes mentors étaient fortement ancrées dans l’humain et ça fait totalement partie de ma personnalité. Le but est que chacun prenne la charge de travail dont il a envie / besoin. Par exemple, j’ai des traductrices qui n’ont pas besoin de travailler 50 ou 60 heures par semaine et qui travaillent 15 heures par semaine parce qu’elles sont en pause-carrière, elles ont des enfants ou autres. J’en ai d’autres qui doivent travailler 80 heures par semaine, car elles en ont besoin. Nous avons des profils très différents. Par exemple, lors de la crise de la Covid-19, nous avons récupéré différents traducteurs qui n’avaient plus de travail pendant le confinement et maintenant, nous travaillons toujours avec eux. C’est cette idée-là de l’humain que j’ai et je n’en ai aucune autre notion, car sinon on ne gère que des fichiers et des mots et ça, ça ne m’intéresse pas. Mon rôle c’est de gérer le côté client, de développer suffisamment pour que tout le réseau ait du travail. Si quelqu’un entre dans le réseau et est passionné par la cosmétique alors on va essayer d’avoir des projets en cosmétique. On a développé le réseau comme cela. »

Dans quoi est spécialisé ton réseau ? Que proposez-vous comme services ?

« Il y a différents piliers, en tant que TransFigure8, je propose de la gestion de portefeuilles clients, des agences de traduction me confient leur portefeuille et nous les gérons. D’un autre côté, nous avons des équipes de traduction en place donc si on nous confie des portefeuilles de client, on monte cela et on fait grossir les comptes, etc. On traduit principalement de l’anglais vers le français et français canadien. Après, il y a le côté avec les clients directs et là, on traduira plus vers le néerlandais et vers l’anglais. Mais si un client a besoin d’une autre langue, on peut l’avoir, mais ça n’est pas la base de notre business. La société propose également de la mise en page, du créatif si besoin. En raison de l’étendue de notre réseau, il y a des choses que nous savons faire puisqu’on fait appel aux bonnes personnes.

À quel point la traduction automatique est-elle intégrée dans ton réseau ? Quelle moyenne pour les projets ?

« Ça ne fait qu’augmenter, la traduction machine fait partie intégrante de la vie du traducteur, c’est comme les CAT tools. Tout dépend, si tu fais de la haute couture et du sur mesure, les clients dans le domaine du luxe, du haut de gamme ne veulent pas forcément en entendre parler et il n’est pas question de l’utiliser. Pour le reste, on est à 90 % des projets où on parle de traduction machine, mais ce n’est pas pour cela qu’on l’appliquera nécessairement. C’est à la personne en charge, de faire un travail d’analyse et de savoir si oui, non ou peut-être il est envisageable de l’utiliser. C’est un métier à part entière, il faut que les gens s’y mettent, car ils n’ont plus le choix.

En tant que jeune femme dans une société fortement dominée par les hommes, n’as-tu pas eu des craintes quant à la création de ta société, de ton réseau ?

« Quand tu as les mentors que j’ai eues, tu n’as pas de craintes concernant ce genre de choses. J’ai eu cette grande chance de croiser leur route et j’ai longtemps été chapeautée. J’avais une sécurité de travail en tant qu’indépendante grâce à ce qu’on me donnait chez les clients que j’avais décrochés, et grâce à Nancy Matis et Valérie Étienne qui faisaient, elles aussi, partie de mes clientes. Elles m’ont laissé développer ce que j’avais envie de développer à côté. Ce réseau s’est développé très naturellement. Une fois que tu as le savoir, à chaque fois qu’il y a de nouvelles demandes, tu lances tes campagnes de recrutement et tout va assez vite. 

Si tu n’as pas peur, ça se passe plutôt bien. »

Quelles principales difficultés as-tu rencontrées lors de ta carrière ?

« Le plus dur est de faire la part des choses entre sa vie professionnelle et personnelle, car on ne compte pas forcément les heures de travail ».

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’une agence ou d’un réseau ? Quelle est la clé de la réussite selon toi ?

« Comme je vous le dis souvent en cours, il faut avoir du culot, et en France plus qu’ailleurs, car j’ai appris à connaître ce pays, il faut de la persévérance et je pense que le reste vient avec la maturité. Si on est jeune et qu’on a du culot et de la persévérance, il est possible d’aller très loin. »

Tu es à la fois à la tête de ta société, tu es Operation manager chez TWIS et enfin tu enseignes des cours de traduction automatique pour le master TSM à l’Université de Lille, n’est-il pas difficile de jongler entre tout cela ?

« Pour moi, TWIS et TF8 c’est le même métier, je n’ai pas besoin de jongler. Enseigner, c’est mon hobby, donc je m’y plais beaucoup. Mais jongler ça s’apprend, et oui, en toute honnêteté, il y a des moments où on est dépassé, mais d’une manière générale, c’est un peu le « woman power » qui prend le dessus et le tempérament que tu as. »

Pourrais-tu me décrire une journée type dans ta vie ?

« Dans ma famille, nous nous levons assez tôt, entre 6h et 7h, week-ends inclus car mon mari est agriculteur. Dès 9h, j’ai déjà traité quelques mails et géré quelques situations. Une fois les enfants déposées, je commence à travailler. J’ai quelques projets où je fais encore de la gestion de projets, mais sinon, je gère mes équipes, mes PMs, je regarde ce qu’il se passe et je traite les situations par priorité. Ici, à midi, tout le monde s’arrête, de midi à 14h, il n’y a pas d’écrans. Ce temps est réservé à la famille et à mon couple, c’est un temps pour se poser et discuter. Ensuite, je me remets au travail un peu avant 14h, et cela jusqu’à 18h en général, mais bien évidemment quand il faut se reconnecter le soir après le coucher des enfants, je me reconnecte au besoin. »

D’autres projets pour l’avenir ?

« J’en ai eu beaucoup, mais à l’heure actuelle, je m’éclate énormément dans ce que je fais.

Mais dans le métier, j’ai des projets de développement, j’ai envie de développer le réseau différemment, et de prendre peut-être des directions un peu différentes. On verra comment ça se passe et on s’adaptera à la situation mondiale, à l’actualité, la demande du marché, c’est délicat de prédire dans quel sens ça va aller. Je ne partirai pas dans quelque chose de totalement différent de mon métier actuel, j’aime trop ce que je fais pour faire autre chose. »

Transcription d’une entrevue.
Un grand merci à Sarah Van der Vorst d’avoir pris le temps de répondre à mes différentes questions.


[1] Professeure de gestion de projet à KU Leuven, à l’ULB et pour le master TSM à l’Université de Lille. Elle possède également sa société de localisation « Nancy Matis SPRL ». Auteure de différents articles traitants de la gestion de projet et d’un livre intitulé : « How to manage your translation projects »

[2] Professeure de localisation pour le Master TSM à l’Université de Lille et directrice de Sanloo SPRL.

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Par Sarah De Azevedo, étudiante M2 TSM

Allier passion et traduction ? C’est possible !

Quelle spécialisation choisir ? C’est sûrement la question que l’on se pose toutes et tous en cette (presque) fin de master. Il peut être judicieux de se tourner vers des domaines auxquels on n’aurait jamais pensé, et se demander : qu’ai-je réellement envie de traduire, quels sont mes centres d’intérêt, même sans diplômes, ai-je assez de connaissances pour me spécialiser ? Après tout, nous avons tous des activités et hobbies différents, qui pourraient constituer de bonnes pistes quant à une future spécialisation. Ce sont en tout cas des réflexions à creuser pour être certain de s’épanouir dans son travail, surtout sur le long terme.

Pour montrer qu’il est possible de sortir des sentiers battus en alliant ses passions à son métier, j’avais envie de vous partager une interview avec une jeune traductrice indépendante, Orane Desnos, qui a récemment monté sa microentreprise de traduction, Tradistica.

Aussi créative qu’adorable, elle a très gentiment accepté de répondre à quelques questions. Je vous laisse maintenant en compagnie sa compagnie !

Bonjour Orane ! Comme les lecteurs et lectrices de ce blog ne te connaissent pas, pourrais-tu nous résumer un peu ton parcours ?

Bonjour Sarah !

Bien sûr 😊

J’ai tout d’abord un riche parcours musical. J’ai commencé la flûte traversière à sept ans et le piano deux ans plus tard. Dès mes 11 ans, j’ai quitté le nid familial dans mes Côtes-d’Armor natales pour intégrer, pendant quatre ans (c’est-à-dire tout mon collège) et en internat, une classe horaire aménagée musique en collaboration avec le conservatoire de Rennes. J’ai poursuivi ma scolarité en lycée général et j’ai obtenu mon bac S en 2010.

J’ai ensuite entamé une licence de LEA spécialisation traduction à l’Université de Rennes 2 en parallèle de mes études au conservatoire. En juin 2010, j’ai obtenu mon DEM (diplôme d’études musicales) de flûte traversière, puis j’ai passé ma 3e année de licence en ERASMUS à Barcelone.

Après une année consacrée à la musique, j’ai suivi le master Métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia (MTLC2M), toujours à l’Université de Rennes 2, qui m’a conduit à passer cinq mois à Montréal dans le cadre d’un stage dans l’audiovisuel, puis je suis sortie diplômée de cette formation en octobre 2016.

Par la suite, j’ai travaillé deux ans au sein d’une importante agence de traduction parisienne en tant que traductrice, relectrice et cheffe de projet. Je me suis ensuite lancée dans l’aventure de l’indépendance et de l’entrepreneuriat à l’été 2018, puis de Tradistica (services linguistiques pour les professionnels de la musique et du spectacle vivant) en 2020.

Était-ce une évidence pour toi de traduire pour la musique et le spectacle vivant lorsque tu as commencé tes études en traduction ?

Au départ non, mais cette idée a bien vite germé et ne m’a plus quittée. Je voulais pouvoir mettre au service des professionnels de ces secteurs tant mon expérience musicale que mes compétences en traduction.

Comment s’est passé le lancement de Tradistica ? Comment as-tu envisagé la transition entre un emploi stable pour une importante société de traduction et le travail en tant que free-lance ?

Je savais dès mes années de master que je souhaitais devenir traductrice indépendante, mais je ne me voyais pas me lancer au sortir des études. C’est pourquoi j’ai travaillé deux ans au sein d’une agence dans le but d’acquérir l’expérience nécessaire pour pouvoir me lancer avec plus de sérénité. Et dès que l’occasion s’est présentée, c’est ce que j’ai fait ! J’ai eu la chance de continuer à collaborer avec l’agence dans laquelle j’étais employée, ce qui m’a tout de suite assuré du travail et une transition plutôt douce.

Aujourd’hui, comment partages-tu ton temps entre les agences de traduction et tes clients ? Penses-tu bientôt pouvoir ne travailler que pour des clients directs ?

Pour le moment, je consacre 2/3 de mon temps aux agences de traduction et le dernier tiers au développement de Tradistica. Travailler presque exclusivement pour des clients directs dans les secteurs de la musique et du spectacle est d’ailleurs un de mes grands objectifs de l’année 2021. Je souhaite également poursuivre les collaborations avec les agences sur des projets concernant mes domaines de spécialité.

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ? Comment se passe le démarchage ? Les stratégies à adopter sont-elles spécifiques au milieu artistique ? Faut-il être plus créatif, et davantage mettre en avant sa personnalité et ses passions que pour un autre domaine ?

Pour trouver ses premiers clients, il n’y a pas de recette magique, il faut aller à leur rencontre. J’utilise donc beaucoup les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram) dans ma stratégie de démarchage, ainsi que mon site Internet qui me sert de vitrine. Selon moi, l’important est de semer progressivement des graines, ce qui permet de développer à moyen et long terme son portefeuille de clients. Toute relation, qu’elle soit professionnelle ou non, repose sur la confiance, et il est primordial de consacrer du temps à construire ce lien privilégié.

Faut-il être plus créatif ! Sûrement, mais surtout être authentique en mettant en avant sa personnalité, son expertise et les solutions que l’on propose. Après, libre à chacun de partager ce qu’il souhaite avec sa communauté. Je pense que le plus important c’est de rester soi-même et d’être en adéquation avec ses valeurs et sa manière de fonctionner.

Peux-tu nous donner des exemples de projets que tu reçois ?

Oui. J’ai réalisé récemment le sous-titrage de l’anglais vers le français d’une vidéo YouTube d’une flûtiste de renommée internationale dans laquelle elle prodiguait ses conseils pour apprendre plus facilement par cœur un morceau. Je traduis également régulièrement des communiqués de presse pour des lancements de produits, comme des micros-casques.

Fais-tu parfois appel à des collègues pour tes projets de traduction ?

Je collabore avec d’autres traducteurs dans mes paires de langues (anglais et espagnol vers le français) pour des projets de relecture, sinon je redirige généralement mes clients vers d’autres traducteurs indépendants spécialisés lorsqu’il s’agit d’une autre paire de langues. La relation unique qui s’établit entre un client direct et son/ses traducteur(s) indépendant(s) est pour moi capitale.

Utilises-tu souvent des outils de TAO ? Si oui, sont-ils différents en fonction du projet ?

Oui. J’utilise principalement SDL Trados Studio 2019 pour les projets de traduction et Subtitle Edit pour les projets de sous-titrage.

Tu utilises notamment Instagram et Pinterest pour promouvoir ton activité : pourquoi avoir choisi ces réseaux disons, assez peu usités je crois, par la plupart des professionnels ? Sont-ils plus adaptés à tes domaines de spécialité ? Arrives-tu à poster régulièrement sur tous tes réseaux sociaux ?

Instagram et Pinterest sont des réseaux sociaux très utilisés dans la sphère artistique, et c’est donc la raison pour laquelle je les utilise aussi. Mais à dire vrai, au fil des mois, je teste plusieurs stratégies, et je vois ce qui marche. Je m’inspire notamment de blogueuses et entrepreneures telles qu’Aline Bartoli de TheBBoost et Safia Gourari de MyTrendyLifestyle. C’est difficile de poster régulièrement et il faut être organisé. J’essaie donc de planifier, par exemple consacrer 1 h le lundi matin pour programmer mes publications Instagram de la semaine. C’est vraiment efficace !

D’ailleurs, tu n’hésites pas à poster des vidéos où tu joues de ton instrument de prédilection, des photos un peu plus « persos », mais toujours en rapport avec la musique ! Cela attire-t-il de nouveaux clients ? Est-ce que cela est venu naturellement, ou bien as-tu hésité avant de poster du contenu parfois un peu humoristique ? En tout cas, c’est très rafraîchissant !

J’ai bien sûr hésité de nombreuses fois avant de publier certains contenus, mais j’essaie de mettre sans cesse en application de nouvelles choses, toujours avec le même fil conducteur : la musique. Et je me rends compte que plus j’ose des choses différentes, moins faire dans la nouveauté me fait peur. Je sais que ce chemin sera composé d’erreurs et de réussites, et je l’accepte. C’est à la fois difficile et tellement gratifiant !

Que conseillerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans des domaines de traduction tournés vers la culture et l’art ? Est-ce plus difficile d’y trouver du travail ? Y a-t-il beaucoup d’agences avec lesquelles collaborer dans ces domaines avant d’avoir assez de clients directs ? Quelles sont les qualités à avoir pour se démarquer ?

Mon conseil se résumerait en un seul mot : tentez ! Il n’y a pas de recette miracle et c’est à chacun de trouver sa voie. En tout cas, moi je tente, et j’adore ça !

J’espère que cette lecture vous inspirera, motivera, encouragera à suivre vos envies et à vous lancer ! Encore merci à Orane Desnos d’avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez la retrouver sur son site Internet https://www.tradistica.com et sur ses différents réseaux sociaux :

https://twitter.com/tradistica
https://www.facebook.com/tradistica/
https://www.linkedin.com/company/tradistica/
https://www.instagram.com/tradistica/

Portrait de Nikki Graham : parcours, évolution et conseils d’une traductrice de plus de 20 ans de métier

Par Fanny Buffel, étudiante M2 TSM

21 ans de carrière, 6895 abonnés sur Twitter, auteure du blog à succès My Words for a change créé en 2013, ISO 17100:2015 Qualified, membre de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) depuis 2015, membre de la MET (Mediterranean Editors and Translators) et de ProCopywriters, 10 publications de livres à son actif et bien plus d’articles : oui, nous parlons bien ici de Nikki Graham, traductrice, réviseuse et éditrice de l’espagnol vers l’anglais, spécialisée dans la traduction de documents dans le secteur des loisirs et du tourisme, des documents universitaires, de l’environnement, de la nature et de la conservation, et la localisation de l’anglais américain à l’anglais britannique. La traductrice avait déjà été remarquée par d’autres étudiants les années précédentes, qui avaient traduit en français certains de ses articles comme « Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition » ou « La révision : un sac à nœuds ? ». Je voulais donc me pencher aujourd’hui sur cette traductrice dont on entend souvent parler sans pour autant savoir exactement qui elle est.

Vous avez été enseignante pendant 13 ans, d’où vous est venue l’envie de devenir traductrice ?

C’est une bonne question car lorsque j’étudiais les langues à l’université, je n’aimais pas vraiment la partie sur la traduction et je n’étais pas particulièrement douée dans cette matière. Je me suis tournée vers la traduction car l’enseignement de l’anglais en tant que langue étrangère commençait à m’ennuyer mais aussi car j’avais besoin d’argent. Ce sont mes étudiants et des amies qui m’ont permis d’obtenir mes premiers projets de traduction. Je me suis rendu compte que j’aimais bien ça car c’était intellectuellement stimulant et ça me permettait d’en tirer un revenu décent.

D’où vient votre devise « Words are my business and I want to make them work for you » et votre nom « Tranix Translation and Editing Services » ?

C’est ma devise depuis si longtemps que je ne me souviens plus vraiment d’où elle vient. Au départ, c’était juste « words are my business », que j’utilisais d’ailleurs sur les réseaux sociaux avant de créer mon site. C’est par la suite que j’ai ajouté « and I want to make them work for you » afin de me démarquer des autres personnes utilisant « words are my business » pour faire connaître leurs services. « Tranix » est un mélange du diminutif de mon nom (Nix) et les premières lettres de « translation ».

Utilisez-vous des outils spécifiques (outils de TAO ou autre) ?

Oui, j’utilise memoQ, que j’aime bien. Je pense aussi que son prix est raisonnable et l’assistance est plutôt compétente. J’ai également utilisé Dragon Naturally Speaking pour dicter mes traductions et j’utilise Perfectlt pour faire des dernières vérifications dans Word.

À quoi ressemble une de vos journées types ?

D’habitude, je me lève assez tôt pour travailler pendant une heure ou deux avant de préparer le petit-déjeuner de ma fille et l’emmener à l’école. En général, je retourne à mon bureau vers 8 h 30, sauf si je décide d’aller courir au parc, si je n’ai pas de traduction urgente à rendre. Ensuite, je travaille jusqu’à 15 h 30 puis je vais chercher ma fille à l’école. Il m’arrive de travailler quelques heures supplémentaires avant d’aller préparer le dîner.

Vos domaines de spécialité sont le tourisme et les loisirs, les documents universitaires, l’environnement, la nature et la conservation, ainsi que la localisation de l’anglais américain vers l’anglais britannique. Comment avez-vous réussi à vous spécialiser dans ces domaines ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans ces domaines ? Avez-vous des conseils sur la manière de se spécialiser ?

Lorsque j’ai commencé à traduire pour des agences en Espagne, il y a 20 ans de ça, la plupart d’entre elles s’attendaient à ce que vous puissiez tout traduire, ce qui peut bien évidemment vous causer de nombreux problèmes si vous faites mal les choses en plus de ne pas être très épanouissant. Au fur et à mesure des années, je suis devenue plus exigeante et j’ai appris à dire « non », souvent malgré la pression des gestionnaires de projet vous suppliant d’accepter le texte qu’ils vous proposent. À un moment donné, je me suis spécialisée dans la traduction technique, notamment la construction, mais je me suis rapidement rendu compte que la terminologie était bien trop compliquée pour moi, je me suis donc remise en question. C’est à ce moment-là que je me suis tournée vers les loisirs et le tourisme puis que je me suis concentrée sur mon style d’écriture en suivant des cours.

 Je traduis des documents universitaires depuis quasiment le début mais au fur et à mesure des années, je me suis concentrée sur les domaines des sciences humaines et sociales en particulier.

En ce qui concerne l’environnement, la nature et la conservation, ils découlent d’un intérêt personnel pour ces sujets puisque je suis une écolo végan qui croit que le changement climatique, la dégradation environnementale et l’extinction des espèces représentent la plus grosse menace que l’humain ait jamais affronté.

Je pense qu’il est essentiel de se spécialiser aujourd’hui. Il serait bien entendu fantastique de se spécialiser dans un domaine qui vous intéresse mais s’il n’y a pas assez de travail, ça risque de ne pas être rentable. Certains de mes collègues se sont spécialisés dans des domaines qui payent bien et/ou qui regorgent de travail, deux raisons valides. D’autres se spécialisent dans le domaine dans lequel ils travaillaient avant de devenir traducteur ou obtiennent un nouveau diplôme pour devenir spécialiste du sujet. Le domaine dans lequel vous vous spécialisez va donc dépendre de plusieurs facteurs. Je pense qu’il est également important de garder à l’esprit que vous serez peut-être obligé de changer de spécialisation s’il n’y a plus de travail disponible ou si vous vous en lassez.

Le marché de la traduction a évolué depuis que vous avez commencé, comment avez-vous réussi à rester à jour ?

Lorsque j’ai commencé à traduire, Internet était quelque chose de relativement nouveau et ne contenait pas autant d’informations qu’aujourd’hui. Je recevais quelques traductions par fax. J’ai été obligée d’apprendre à utiliser de nombreux outils et logiciels. Je me rappelle être plutôt opposée aux outils de TAO au départ mais je ne pourrais évidemment pas travailler sans aujourd’hui ! En plus de lire les magazines, les billets de blog de certaines associations, de participer à des conférences et des webinars, etc., je pense que le meilleur moyen de savoir ce qu’il se passe dans notre profession et en savoir plus sur les nouveaux outils est de parler avec d’autres personnes. C’est l’aspect qui manque dans les conférences virtuelles : l’interaction avec des collègues.

Qu’est-ce que ça fait d’être traductrice pendant la crise de la Covid-19 ?

Étant donné que 50 % de mon travail avant l’arrivée de la Covid-19 était de la traduction touristique, j’ai constaté une forte baisse de mes revenus, ce qui m’a plutôt inquiétée. Heureusement, la situation s’améliorera d’ici le printemps quand il sera possible de se faire vacciner.

Autre grande différence : tout devient virtuel. Dans un sens, ça m’a arrangée puisque avant la pandémie, je ne pouvais, la plupart du temps, pas me rendre à des conférences ou des ateliers pour des raisons de garde d’enfant. J’ai donc été en mesure d’assister à certains évènements auxquels je n’aurais pas pu assister en personne.

Ça nous a également donné l’occasion et une bonne excuse pour organiser des pauses-cafés virtuelles deux fois par semaine afin de se soutenir mutuellement via des groupes de chat de traduction.

Vous êtes membre qualifiée de l’Institute of Translation and Interpreting, recommandez-vous de rejoindre un syndicat professionnel ? Pourquoi ?

Oui, je pense que tout le monde devrait devenir membre d’un syndicat de traducteurs car ils donnent de nombreux conseils utiles, apportent leur soutien et organisent des évènements intéressants, grâce auxquels vous pouvez rester au courant de ce qu’il se passe.

J’ai décidé de devenir membre qualifiée car je n’avais pas fait de master en traduction et je voulais obtenir une qualification qui permettrait à mes collègues et mes clients de me prendre plus au sérieux.

Parlons maintenant de votre blog : vous rédigez et partagez de nombreux conseils et articles sur votre blog, quand et pourquoi avez-vous décidé de commencer ?

J’ai commencé mon premier blog sur la plateforme Blogger il y a sept ans (octobre 2013). À cette époque, de nombreux collègues nous vantaient les avantages d’avoir un blog (beaucoup disent le contraire aujourd’hui). C’était assez stressant de se lancer et mon premier billet de blog était une critique de la première conférence de traduction à laquelle j’ai assisté.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Il est assez facile de trouver de l’inspiration, le plus difficile est de trouver le temps d’écrire tous les billets de blog auxquels je pense. J’écris sur mon expérience, les outils de TAO, les livres que j’ai lus, les évènements auxquels j’ai assisté et je développe certains points de grammaire et de style qui peuvent ne pas être clairs. J’ai créé la section « Links & Tips for New Translators » lorsqu’on m’a demandé des conseils. Je me suis dit qu’il serait judicieux de mettre ma réponse sur mon site pour aider d’autres personnes, la section ne cesse de grossir.

Mettez-vous souvent à jour vos listes ? (livres, mots, abréviations)

Oui, et ça me prend du temps. Généralement, dès que je découvre quelque chose de nouveau, je l’ajoute à la liste. La plupart de ces pages permanentes indiquent quand elles ont été mises à jour pour la dernière fois.

Votre blog est une mine d’or, combien de temps est-ce que ça vous a pris pour publier tout ce contenu ?

Merci ! Je suis contente que vous l’appréciez. Ça fait maintenant sept ans que je tiens mon blog. Je suis passée de Blogger à WordPress en 2015 et j’ai décidé de toute republier sur WordPress afin que l’ensemble de mes billets de blog et pages soient à la même place. Ça m’a pris du temps, mais ça valait le coup finalement. Je n’ai pas de créneau horaire réservé à la publication de billets/pages, j’écris lorsque j’ai le temps et que j’en ai envie.

Avez-vous des conseils généraux à donner aux futurs traducteurs freelances ? Un mot pour la fin ?

On peut trouver beaucoup de conseils à destination des traducteurs en herbe et certains d’entre eux sont contradictoires. Je pense que le plus important en tant que traducteur est de se connaître, savoir ce que l’on veut et être fidèle à soi-même. Vous ne devriez pas vous forcer à faire n’importe quoi ou être quelqu’un que vous n’êtes pas. Vous n’êtes pas obligé d’avoir un blog, par exemple. Vous n’êtes même pas obligé d’avoir un site. Vous n’êtes pas obligé de travailler avec des clients directs si vous préférez laisser les agences trouver des clients et échanger avec eux. Chaque personne et chaque situation est différente. Trouvez ce qui vous convient le mieux, ce qui vous rend heureux et ne vous sentez pas obligé de faire quelque chose qui ne vous convienne pas.

Un grand merci à Nikki Graham d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir accepté de partager son expérience et ses conseils.

Le recrutement des traducteurs en agence de traduction

Par Marie Castel, étudiante M2 TSM

Le recrutement par les agences de traduction peut s’avérer particulièrement important, notamment pour un traducteur fraîchement diplômé qui ne bénéficie pas d’un panel de clients suffisant pour vivre de sa profession. J’ai décidé de me pencher sur le sujet et de revenir avec vous sur les différentes étapes et exigences à l’heure actuelle du recrutement des traducteurs.

Il convient de préciser que je me suis appuyée sur mon expérience personnelle (au sein de l’agence de traduction Intertranslations à Athènes où j’ai effectué mon stage lors de ma première année de master) pour rédiger cet article. Et comme un retour sur mon unique expérience personnelle ne saurait être généralisé à toutes les agences de traduction, j’ai également mené ma petite enquête en réalisant un sondage* auprès de différentes agences de traduction (françaises ou non) où j’ai récolté une soixantaine de réponses.
Notez que les agences interrogées se répartissent comme suit :

  • 44 % d’agences employant moins de dix personnes ;
  • 24 % d’agences employant dix à trente personnes ;
  • 32 % d’agences employant plus de trente personnes.

Le recrutement d’un traducteur n’est pas toujours une tâche facile. Dans le cadre d’un développement, les agences de traduction vont se mettre en quête de nouveaux profils afin de proposer à leurs clients des contenus de qualité optimale. Seulement, plusieurs questions se posent quant au recrutement des traducteurs. Quelles sont les exigences des agences ? Les agences s’appuient-elles uniquement sur les diplômes du traducteur et/ou son expérience ? Faut-il d’autres compétences ?

Mais commençons notre tour d’horizon des conditions de recrutement en agence par quelques généralités sur le sujet.

Quelques généralités

Dans une grande majorité des cas, il est nécessaire pour un traducteur de posséder certaines compétences et d’avoir bénéficié d’une formation initiale pour s’assurer de meilleures chances de recrutement. Sachez ensuite que pour pouvoir répondre au mieux à tous les divers projets qui pourraient leur être proposés, les agences de traduction doivent disposer d’une base de données complète recensant aussi bien les traducteurs in-house que les freelances. Cette base de données, propre à chaque agence, comprendra pour chaque traducteur ses combinaisons linguistiques, ses expériences, ses éventuels domaines de prédilection ainsi que sa (ses) formation(s).
La base de données doit être suffisamment riche, car il est toujours possible qu’un traducteur ne soit pas disponible pour un projet. Il est également important que cette base soit complète, qu’elle comprenne toutes les informations nécessaires à l’agence pour traiter les projets au mieux. Plus elle sera riche et complète, plus il sera facile à l’agence de traduction de remplacer rapidement un traducteur indisponible par un autre disposant des mêmes compétences. Il peut donc être intéressant pour une agence de maintenir cette base de données à jour et de l’enrichir avec de nouveaux traducteurs. En effet, cela permettra à l’agence de ne pas prendre de retard sur les projets qui lui seront confiés par un client.

Le niveau de diplôme

Pour un traducteur qui souhaite travailler avec une agence française, le niveau de diplôme recommandé reste, en règle générale, le master. 70 % des agences situées en France ayant répondu au sondage le confirment. En ce qui concerne celles ayant leur siège à l’étranger, 69 % des agences interrogées se contentent d’un niveau licence.

Il faut savoir que même si des diplômes de l’enseignement supérieur seront grandement appréciés par les agences, celles-ci tiendront également compte de l’expérience au niveau de la pratique professionnelle des candidats. En effet, pour certaines agences, l’expérience est fondamentale et elles ne travaillent donc qu’avec des traducteurs ayant fait leurs preuves et disposant de plusieurs années d’expérience. Cela va témoigner de la capacité à traiter diverses situations et divers projets, mais aussi de l’enrichissement personnel qui en résulte.

Des agences françaises ont indiqué se fier aux critères de la norme ISO 17100, qui nécessite soit un diplôme, soit une expérience suffisante.
Un participant travaillant dans une agence mexicaine précise que sa méthode de recrutement est conforme à la réglementation légale du Colegio de Traductores, Intérpretes y Peritos del Estado de Tabasco.

Le niveau de langue

En France, les agences exigent la plupart du temps un niveau de langue C1/C2 (selon l’échelle du CECRL) pour les traducteurs concernant la langue source. Avoir une bonne maîtrise et une bonne méthodologie est primordial. Parfois, les tests suffiront à indiquer le niveau de compréhension de la langue source (sujet abordé ci-dessous).

Pour ce qui est des réponses des agences situées hors de l’Hexagone, certaines ont un système d’évaluation interne. Par ailleurs, un répondant de la Nouvelle-Zélande a indiqué qu’il évaluait les compétences en anglais (langue cible) à l’aide des scores de l’IELTS et qu’il préfère que les traducteurs soient titulaires d’un diplôme de traduction ou bien qu’ils soient membres de NZSTI ou de NAATI, si possible.

Les domaines de spécialisation

Concernant les domaines de spécialisation, les avis restent mitigés : environ la moitié des agences ayant répondu au sondage n’en exige pas nécessairement, tandis que l’autre moitié estime que cela reste essentiel pour un traducteur. Cela dépendra des exigences du projet/client pour lequel le traducteur sera recruté.

Ensuite, si vous êtes traducteur, lorsque vous précisez vos domaines de spécialisation, veuillez indiquer uniquement les domaines dans lesquels vous êtes sûr de garantir une traduction parfaite, et ce, quelle que soit la difficulté du document source.

Attention : si un traducteur annonce qu’il a plusieurs domaines de spécialisation, cela risque de paraître suspect au recruteur qui pourrait avoir des doutes quant à la qualité et la véracité de ce qu’affirme le candidat.

Les compétences techniques essentielles

En raison de l’informatisation croissante du métier, les traducteurs qui veulent réussir à s’intégrer devront absolument maîtriser les outils de suite bureautique comme Word, Excel et PowerPoint (60 % des agences le confirment). Effectivement, des connaissances informatiques de base vont être nécessaires et même essentielles. Pour se démarquer, la maîtrise d’autres logiciels (comme InDesign et Photoshop) sera un avantage certain.

Une autre compétence primordiale pour le traducteur et de plus en plus demandée aujourd’hui par les agences est la maîtrise et l’utilisation d’un ou plusieurs logiciels de TAO (77 % des agences le confirment). Elle permet d’optimiser la productivité pour les missions de traduction.

Néanmoins, certaines agences ont précisé que même si une expérience avec les outils de TAO est préférable, le plus important reste avant tout la qualité du travail d’un candidat qui sera constatée grâce aux tests. Ces agences ont donc déclaré être prêtes à s’adapter si le traducteur est très bon. Elles sont convaincues que ces compétences peuvent s’acquérir assez rapidement si le traducteur est motivé et un peu débrouillard.

Les compétences supplémentaires

En revanche, un traducteur ne sera pas obligé de disposer de compétences en gestion de projets. Quasiment toutes les agences sondées ont répondu qu’un traducteur n’en a pas besoin. Toutefois, s’il n’y a pas d’exigence particulière à ce sujet, un traducteur désorganisé dans sa gestion fera perdre du temps à l’entreprise (retard sur les livraisons, erreurs sur la facturation…).

Le traducteur doit avoir entre autres les qualités suivantes :

  • Autonomie ;
  • Capacité à gérer son stress ;
  • Capacité d’organisation et d’adaptation…

Un autre aspect intéressant à mettre en valeur lors d’une candidature sont les soft skills. Si vous êtes traducteur et que vous souhaitez que votre contrat dure au sein d’une agence et que la collaboration se passe bien, ils sont fondamentaux.
Tout d’abord, on y retrouve les compétences sociales et humaines (il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à travailler en équipe). L’intelligence émotionnelle en fait aussi partie (elle sera essentielle notamment lors d’un feedback). Des compétences en matière de gestion du temps et une grande réactivité sont indispensables. De plus, vous devrez savoir vous montrer débrouillard et être capable de résoudre seul les problèmes techniques.
Une bonne communication et le sérieux seront un vrai plus (il est important d’indiquer ses disponibilités aux gestionnaires de projets, de les avertir lorsque l’on est absent, etc.).

Selon les projets, l’agence pourra exiger d’autres critères : des connaissances en SEO, des capacités en copywriting, en transcription ou dans la manipulation de fichiers de sous-titres… Si vous disposez de compétences additionnelles (telles que la révision, PAO, localisation, etc.), n’oubliez pas de les mentionner.

En outre, vous pouvez lister certains documents sur lesquels vous avez travaillé, sans rentrer dans les détails pour ne pas enfreindre les clauses de confidentialité.

Enfin, une dernière étape et pas des moindres, sera de veiller à la qualité de son expression écrite qui est le cœur du métier de traducteur. Votre candidature doit être rédigée dans une langue irréprochable avec une grammaire parfaite. Montrez votre rigueur, votre précision et que vous maîtrisez la langue.

La candidature spontanée

Un autre cas de figure peut se présenter, vous êtes traducteur et vous avez repéré l’agence pour laquelle vous voulez à tout prix travailler. Cependant, ladite agence semble ne chercher aucun traducteur. Je n’ai qu’une chose à vous conseiller : osez proposer vos services à cette agence qui vous fait de l’œil ! En effet, 80 % des agences ayant répondu au sondage ont déclaré accepter les candidatures spontanées. Alors lancez-vous en envoyant votre CV optimisé pour le poste que vous souhaitez occuper dans l’agence et en rédigeant une lettre de motivation soignée pour l’accompagner. S’il est vrai que cette dernière n’est plus obligatoire partout, faire l’effort supplémentaire d’en rédiger une ne pourra qu’augmenter vos chances de faire bonne impression auprès de l’agence.

Pour éviter que votre mail soit placé directement dans la corbeille à son arrivée, il est essentiel de soigner l’objet de celui-ci. Il vous faudra être concis, direct et précis. Avant de l’envoyer, mettez-vous à la place du recruteur et demandez-vous si l’objet donne envie de consulter le contenu du mail.

Un bon moyen de se démarquer lorsque vous présentez votre candidature serait de le faire par téléphone, voire en personne. Effectivement, le métier de traducteur repose principalement sur une communication par e-mails, c’est pourquoi très peu de traducteurs prennent la peine d’appeler l’agence de leur choix pour candidater. C’est assez dommage, car dans l’agence où j’ai effectué mon stage, le Vendor Manager m’avouait que « le fait de pouvoir mettre une voix sur un traducteur et d’avoir un contact humain » peut avoir une influence positive sur les suites données à la candidature. De plus, cela prouve une certaine motivation.

Un point clé pour vraiment faire la différence est de se renseigner sur l’entreprise. Il vous faudra alors adapter votre candidature en fonction des spécificités de l’agence en question. La personne chargée du recrutement sera sensible à l’intérêt porté concernant les objectifs ainsi que le mode de fonctionnement de l’agence.

Un autre point important avant de candidater sera de s’informer sur le recruteur. D’une part, ce sera un gain de temps pour vous, et d’autre part, votre profil aura plus de chances d’être étudié. Il ne faut donc pas se précipiter sur le formulaire de contact qui se trouve sur le site Web de l’agence comme d’autres personnes le font. Ayez conscience qu’il existe bien souvent un Vendor Manager dans les grandes agences de traduction, qui se chargera de constituer un réseau de linguistes. Pour ce qui est des petites et moyennes agences, cette mission sera souvent confiée aux chefs de projets.

Le recours à des sites/réseaux professionnels

On nous vante souvent l’utilisation des sites et réseaux sociaux professionnels dans la recherche d’emploi. Les résultats du sondage le confirment : j’ai constaté qu’une grande majorité de ces entreprises les utilise pour rechercher des traducteurs, tandis que 16 % n’ont pas recours à cette méthode.

ProZ est la plate-forme la plus utilisée avec LinkedIn (elles sont utilisées respectivement par 68 % et 60 % des participants au sondage). Cependant, il existe d’autres sites où il est possible de rechercher des traducteurs : 39 % des agences utiliseront TranslatorsCafé, tandis qu’une seule agence sur 62 aura recours à Zoho. Je tiens toutefois à préciser que cette question autorisant un choix multiple, le pourcentage total est donc supérieur à 100 %. D’autres sites comme Translationdirectory, Translatorsbase, les sites associatifs de la SFT, l’ATA, CBTI, mais aussi Theopenmic peuvent également vous être utiles lors de votre intégration sur le marché de la traduction.

Voici quelques méthodes alternatives utilisées par nos collègues étrangers :

  • Se rendre sur les sites Web locaux de demande d’emploi ;
  • Aller sur Smartcat Marketplace ;
  • Parcourir Facebook ;
  • Rechercher des fournisseurs lors de conférences et d’évènements du secteur (dépendant du projet).

La fréquence du recrutement

En ce qui concerne la fréquence du recrutement, nous avons encore d’une part, les agences pour qui cette étape se fait « rarement » (35 %) et d’autre part, celles où cela se fait « souvent » (42 %). Il faut bien entendu tenir compte des vagues de candidatures qu’ils reçoivent. C’est ainsi que pour certaines agences, la fréquence de l’étape de recrutement variera selon la demande, en fonction des besoins de leur équipe.

Voici pour finir quelques-unes des réponses du sondage que j’ai souhaité partager avec vous en raison de leur singularité :

« Nous recrutons toujours pour répondre à un besoin […]. Le recrutement est assez rare pour notre part, car notre équipe de traducteurs est en place depuis de nombreuses années pour plusieurs raisons (parmi lesquelles figurent la confiance, la cohérence, le suivi client et la qualité bien entendu). » ;

« Je suis Vendor Manager et je recrute tous les jours ! » ;

« We don’t have a huge pool of translators. We nurture our vendor relationships and have a 99% retention rate (they are always available to take more projects on a daily basis). There is a logic behind it. For instance, we offer our clients handpicked professionals who can really express their message in a given language. If we have to take something really big, we ask for recommendations internally. ».

Un éventuel entretien/test

En fonction des qualifications des traducteurs, une première sélection sera effectuée. Il se peut alors que l’agence auprès de laquelle vous avez postulé vous contacte pour un éventuel entretien (environ 35 % des participants ont déclaré en mettre un en place). Il sera alors primordial de savoir convaincre en quelques minutes pour mettre toutes les chances de votre côté.

Après une sélection des profils, pour bon nombre d’agences (environ 80 % des agences interrogées), il se peut aussi que vous soyez soumis à un test avant d’avoir une chance d’être intégré à leur équipe. Ce dernier va avoir pour but d’évaluer un certain nombre de critères indispensables chez un traducteur (qualités stylistiques, réactivité, connaissances techniques et linguistiques, mais également sérieux et capacité à respecter les délais imposés). Il permettra donc de vérifier que vous serez capable de vous conformer aux attentes de l’agence et du client, notamment par le contrôle de la qualité du texte fourni (cohérence, fidélité à la source, fluidité…).

Par ailleurs, le recrutement peut parfois se faire sur recommandations ou par réseautage (60 % des agences confient avoir recours à cette méthode).
Notez également que certaines agences profitent des stages de fin de formation pour former les stagiaires afin de les recruter à l’issue de celui-ci.

Le début de la collaboration

Une fois toutes ces étapes passées, les candidats sélectionnés par l’agence seront intégrés à sa base de données et recevront par la suite des missions de traduction. Au début de la collaboration, il est nécessaire pour les agences de s’assurer et de contrôler le travail fourni des traducteurs. Certaines agences leur attribueront ainsi une note de départ. Ce système permet de savoir quels projets pourront leur être assignés grâce à un degré de complexité déterminé lors de la notation (qui évoluera après chaque projet). De plus, ce système permettra un suivi des traducteurs dans le temps.

Pour finir, ce qui comptera vraiment, ce sera le retour du client. Sa satisfaction doit être bien évidemment prise en compte pour évaluer le travail du traducteur. Cela lui permettra ainsi d’améliorer ses performances.

Je tiens à remercier les agences de traduction qui ont pris le temps de répondre à mes questions afin de m’aider dans la rédaction de cet article, mais aussi Intertranslations où j’ai beaucoup appris lors de mon stage.
Je remercie également Nancy Matis qui m’a gentiment aidée dans le partage du sondage.

*Il m’est possible de vous envoyer les résultats de ce sondage anonyme qui est composé d’une soixantaine de réponses (une partie en français, l’autre en anglais). Si tel est votre souhait, vous pouvez me contacter par mail : marie.castel.etu@univ-lille.fr.

Bibliographie

SFM TRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : Interview avec Harmonie Blondel Henderson [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.youtube.com/watch?v=CgG2OenGe74&feature=youtu.be>

HDMTRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : quelques conseils clés [en ligne]. (01/11/2020). <http://www.hdmtraduction.com/prospecter-les-agences-de-traduction-quelques-conseils-cles/>

SOTRATECH. Sélection de traducteurs : comment faire le bon choix ? [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.sotratech.com/sotratech/blog/70-selection-de-traducteurs-comment-faire-le-bon-choix.html>

ANYWORD. Recrutement des traducteurs professionnels : les critères d’Anyword [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.anyword.fr/selection-des-traducteurs/>

À la rencontre du Bureau des Traductions

Par Élise Ventre, étudiante M2 TSM

Vous vous demandez certainement, mais qu’est-ce que c’est que ce Bureau des Traductions ? De quoi s’agit-il exactement ? D’une institution ? D’une agence spéciale ?

Eh bien oui, vous avez la bonne réponse. C’est bien une agence un peu spéciale. C’est en fait le service qui s’occupe de la traduction au sein de l’équipe du journal Courrier international. Mais si, je suis sûre que vous connaissez. C’est ce journal qui publie en français des articles provenant du monde entier. Que vous soyez traducteur, ou tout simplement passionné par l’actualité du monde, vous devez bien l’avoir feuilleté au moins une fois.

Courrier international, qui a pour slogan « un autre regard sur l’actualité », présente à un lectorat français des nouvelles du reste du monde. Créé en 1990, cet hebdomadaire publie du contenu issu de plus de 1 500 sources du monde entier et de divers formats (journaux mais aussi blogs). En 1996, le site courrierinternational.com est lancé. En plus de la diffusion des articles en version numérique, certains contenus exclusifs tels que des vidéos y sont disponibles. Il est également possible de poster des commentaires et, ainsi, de discuter less sujets évoqués. Les articles sont classés par rubrique, nous permettant de trouver facilement du contenu autour du thème qui nous intéresse (France, Économie ou Sciences sont des exemples de ces catégories).

Ce journal regorge évidemment d’articles traduits. En tant que future traductrice, j’ai donc voulu en savoir plus sur les méthodes de travail employées pour ce type d’exercice, à savoir la traduction journalistique. Allons découvrir ce qu’il se passe dans les coulisses de ce service hors-norme.

Je tiens à remercier Leslie Talaga pour le temps accordé à répondre à mes questions.

Présentez-nous votre équipe (nom, prénom, poste, formation, langues de travail…)

Nous sommes 10 salariés francophones de tous âges et nous travaillons chacun dans deux à quatre langues étrangères. Les langues traduites par les salariés et une équipe de correspondants et traducteurs indépendants sont l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le portugais, l’italien, le catalan, le roumain, l’ukrainien, le russe, le japonais, le chinois, le suédois, le danois, le coréen, l’arabe, le polonais, le néerlandais, le hongrois, l’indonésien, le grec, le serbo-croate, le tchèque, le farsi, le bulgare, l’hébreu – toujours vers le français.

Nous avons en majorité des formations littéraires, le plus souvent un master en traduction de l’ESIT, de l’ISIT ou de Paris-Diderot, ou encore un master LCE.

Quelles sont les principales qualités à avoir pour faire partie de votre équipe ?

Outre un intérêt pour l’actualité du monde et des langues, il faut faire preuve de rapidité et de réactivité. Le rythme impose de savoir aller à l’essentiel, d’avoir une bonne capacité d’adaptation et d’apprécier le travail en équipe. La curiosité est bien sûr indispensable !

Votre travail, c’est plus du journalisme ou de la traduction ?

C’est de la traduction journalistique. Nous travaillons sur des articles qui sont sélectionnés par une équipe de rédacteurs.

Tout traducteur est au service à la fois de l’auteur du texte et du destinataire : dans notre cas, la source est journalistique et notre lecteur doit retrouver en français les caractéristiques d’un article de presse.

C’est un travail de journalisme au sens où, pour donner à lire un article en français, nous faisons des recherches documentaires, nous croisons les sources, nous faisons des vérifications qui mettent en parallèle le contexte de départ et la culture générale d’un lecteur de Courrier (la nôtre !), afin de faire les adaptations et la contextualisation nécessaires à la compréhension.

Le résultat doit être un article rédigé dans un français fluide dont on ne soupçonne pas que c’est une traduction, et qui respecte le style de l’auteur et plus globalement le style journalistique.

Comment se déroule votre travail ? Qui choisit les articles qui seront traduits ? Des journaux vous ont-ils déjà suggéré leurs articles ?

La rédaction du journal est atypique : une trentaine de rédacteurs en interne, auxquels s’ajoutent des correspondants, lisent la presse étrangère selon une organisation géographique et thématique (ex de rubriques : Europe, Amérique latine, Sciences, Économie). Ils font des sélections que valide la rédaction en chef. Les articles sont présentés seuls ou dans le cadre d’un dossier.

Les traducteurs, s’ils ont forcément des spécialités et des prédilections, doivent pouvoir aborder n’importe quel texte dans leurs langues de travail : il faut ainsi être capable de comprendre un article sur les dernières avancées scientifiques en génétique comme les références et sous-entendus dans un texte sur la politique d’un pays ; il ne vous aura pas échappé qu’on ne peut pas traduire si on ne comprend pas bien le texte d’origine.

L’entraide permet de se sortir des passages délicats.

Si vous devez traduire un article dont la langue originale n’est maîtrisée par aucun traducteur de votre équipe, comment faites-vous ?

Le service traduction (salariés) et ses pigistes traduisent toutes les langues qui sont lues par les journalistes “sélectionneurs” : nous n’avons donc pas de demande de traduction dans des langues qu’aucun de nous ne maîtrise.

Racontez-nous une journée type. Pouvez-vous nous dire combien d’articles ou de mots sont traduits chaque jour par votre équipe en moyenne ?

La semaine a longtemps été rythmée par la fabrication de l’hebdomadaire papier, dont les cahiers sont envoyés à l’imprimerie le lundi et le mardi : nous traduisions les articles de fond (dits “froids”) en milieu de semaine et les papiers d’actualité forte (dits “chauds”) le lundi et le mardi, à traiter en urgence car envoyés le plus tard possible avant le bouclage. Ce rythme a été bouleversé par l’avènement du web, qui est alimenté en continu.

Avec les pigistes et pour les fois où nous sommes en télétravail, nous utilisons Slack pour communiquer à longueur de journée.

Les contenus à traduire sont envoyés par la rédaction via un CMS (content management system), ou interface de gestion des contenus, sur lequel travaillent l’ensemble des services du journal, de la sélection à la maquette : la traduction est la première étape de ce que l’on appelle le “circuit de la copie”. Nous traitons les envois en fonction de l’urgence principalement, et non de nos affinités pour tel ou tel sujet.

L’organisation d’une journée pour un traducteur est variable : on peut se consacrer au même article sur plusieurs jours s’il est très long et/ou complexe, comme on peut traiter plusieurs textes plus brefs sur une même journée. Le plus souvent, nous gérons plusieurs temporalités simultanément et nous sommes amenés à avoir sur le feu un long article, un plus court et des brèves, au fil des demandes que nous recevons.

L’intérêt et la difficulté de notre travail résident dans la nécessité de basculer très vite d’une langue à une autre (2 à 4 langues étrangères par personne), et d’un sujet à un autre : situation politique d’un pays, innovations scientifiques, phénomène culturel ou artistique qui est passé inaperçu en France.

Outre les articles, nous traduisons des dessins de presse et nous sous-titrons des vidéos. Certains d’entre nous sont également chargés de rubriques (Histoire) et depuis peu, dans le sillage de nos comptes sur les réseaux sociaux, le service propose et publie des articles et des revues de presse autour des langues (www.courrierinternational.com/sujet/traduction).

Le rythme est généralement compris entre 6 et 15 feuillets de 1 500 signes par jour. Une cadence qui varie considérablement selon la langue de départ (le japonais prend plus de temps que l’espagnol, par exemple), la difficulté du texte, la familiarité du traducteur avec le sujet, mais aussi les impératifs de publication (et bien sûr l’état de forme de chacun). On traduit aussi plus ou moins vite selon qu’on a un seul article sur le feu, ou que l’on doit jongler entre plusieurs contenus.

Utilisez-vous des logiciels de Traduction Assistée par Ordinateur ? Si oui, lesquels ? Que pensez-vous de la traduction automatique ?

Non, car la traduction à Courrier s’apparente à la traduction d’édition : une mémoire alimentée grâce à un logiciel de TAO ne remonterait que très rarement des segments utiles. L’écriture de presse ne présente pas le même type de répétitions que les textes d’une organisation internationale, d’une ONG ou d’une marque, qui sont susceptibles d’avoir une terminologie et une phraséologie spécifique et unifiée. De notre côté, nous reprenons une multitude de journalistes qui ont chacun leur plume et la sélection fait en sorte d’être variée.

Au sein du journal, il est utile en revanche de constituer des lexiques sur des thèmes récurrents (élections, armées, justice, par exemple), qui permettent à la fois de gagner du temps s’ils sont mobilisés et d’employer un vocabulaire riche et précis. C’est ce que nous faisons au fil de l’eau.

Enfin, la mémoire humaine du service n’est pas à négliger : nous travaillons ensemble depuis longtemps, certains membres de l’équipe ont des décennies d’expérience, et nous mobilisons les connaissances acquises par chacun, notamment dans nos domaines de spécialité. Nous échangeons beaucoup, que nous soyons ensemble dans le bureau ou à distance.

La traduction automatique n’est pas, dans son état actuel, adaptée à notre secteur. Ce serait une perte de temps de devoir reformuler, préciser et adapter un texte produit par un robot.

Sur vos comptes Instagram et Twitter, vous mettez en avant des mots en langues étrangères. Comment sont-ils choisis ?

Nos publications sur les réseaux sociaux sont le plus souvent inspirées par des mots, phrases et thèmes que nous croisons dans notre travail ou nos lectures. Les propositions peuvent venir de tout le service traduction, parfois aussi de journalistes de Courrier.

En traduisant, nous repérons des difficultés ou des bizarreries qu’il nous plaît d’expliquer ou de commenter. L’idée est de dévoiler (partiellement !) les coulisses de notre travail, afin de montrer la gymnastique qui permet de cheminer d’une langue à l’autre.

Et parce que nous ne nous lassons pas de la richesse des langues, nous faisons parfois des publications liées à l’air du temps et sans motivation journalistique, pour témoigner des concepts spécifiques à certaines cultures ou à certains pays.

Vous pouvez retrouver les articles de Courrier international sur leur site Internet : https://www.courrierinternational.com/

Il est également possible de suivre le Bureau des Traductions sur leurs comptes Twitter (https://twitter.com/bureaudestrads) et Instagram (https://www.instagram.com/bureaudestraductions/).

Quand traduire rime avec s’instruire

Justine Abd-el-Kader, étudiante M2 TSM

Lorsqu’on reçoit un texte à traduire sans être spécialisé dans le sujet dont il traite, on est obligé de se renseigner et de comprendre un minimum de son sens afin de pouvoir rendre les informations importantes sans faire d’erreur. Ainsi, à la fin de la traduction, on est un peu plus savant, du moins en termes de connaissances théoriques. On doit dès lors vraiment apprendre pour pouvoir ensuite traduire, et cette accumulation de connaissances élargit notre propre culture générale.

Pour les personnes qui, comme moi, ont toujours eu du mal à décider de leur domaine d’activité, je trouve que la traduction spécialisée est un bon compromis. Elle permet de s’intéresser à une vaste étendue de domaines différents, au gré des envies et des occasions. Je voudrais donc mettre en valeur cette interdisciplinarité du métier en présentant les processus de recherche d’informations et leurs effets sur le traducteur, ainsi qu’en évoquant la question de la spécialisation.

Il faut comprendre pour traduire

Mettons-nous en situation : vous recevez un texte qui traite d’un sujet qui vous est totalement inconnu. Vous devez pourtant le traduire, sans commettre d’erreur de sens car votre travail sera lu et peut-être même utilisé par des clients de l’entreprise qui vous a contacté. Quelle est votre réaction ? Panique, pleurs et dépression ? Ou dictionnaire, documentation et étude ? Heureusement pour la prospérité du métier, la plupart des traducteurs et traductrices choisissent la seconde option et tentent de comprendre de quoi il retourne afin de rendre la traduction attendue.

Nous voilà donc avec un texte sur le sélénium, les crypto-monnaies, le système judiciaire américain ou encore les propriétés techniques d’un nouveau modèle de voiture. On se lance dans la traduction, peut-être même avec un glossaire préétabli et, parfois, la confiance de ses expériences passées. Et là, c’est l’os : mais c’est quoi en fait le [insérer ici l’ovni qui vous sert de sujet]. C’est là que commence le travail complémentaire du traducteur, celui auquel ne pensent pas forcément ceux qui ne sont jamais vraiment entrés dans le monde de la traduction.

Alicia Martorell (2008), traductrice et membre de la Société Française des Traducteurs, insiste sur ce point : il est impossible pour un traducteur de traiter un texte sans en comprendre les références et les idées phares. Point de vue partagé par d’autres professionnels sur le terrain, comme dans ce billet de blog (en anglais). Un bon traducteur a besoin d’élargir son savoir avant de proposer une traduction.

Rechercher les informations puis les stocker pour les réutiliser

Chaque personne qui se lance dans une traduction a donc une étape d’enrichissement des connaissances à accomplir en plus d’un travail d’enrichissement purement linguistique. Elle doit faire des recherches sur ce qu’elle ne connaît pas, et maîtriser le sujet de manière suffisante pour pouvoir en parler naturellement. Pour l’aider à conserver toutes ces informations, de nombreux outils sont à sa disposition : mémoires de traduction, glossaires, bases de données linguistiques, etc.

Commence alors la recherche « par bonds » : on tape sa requête dans un moteur de recherche, on sélectionne les pages qui nous intéressent, qui elles-mêmes nous renvoient vers d’autres pistes de recherche. On tape alors une autre requête, on clique sur d’autres liens, qui font naître de nouvelles idées, et ainsi de suite.

Attention toutefois : on a vite tendance à se perdre dans les recherches. Bon nombre de traducteurs se sont au moins une fois laissés emporter par les possibilités de connaissances offertes. On peut partir d’une recherche sur la racine de réglisse et finir par regarder la vidéo entière du processus de fabrication des bonbons à la réglisse. Ou bien commencer par se documenter sur les polyphénols contenus dans le vin et se retrouver à en apprendre plus sur l’usage du vin comme médicament au cours des siècles. Tout peut aller très vite… et donc ralentir le travail.

C’est à cause de ce jeu de piste presque infini qu’il est crucial de stocker les informations pour pouvoir les réutiliser plus tard. Notre mémoire humaine est certes impressionnante, mais pas aussi étendue que celle de nos différents logiciels. Anne Condamines (1994) développe ce travail de recherche terminologique nécessaire au traducteur, et donne déjà il y a 25 ans les bases du stockage d’informations.

Petit à petit, on en sait plus sur tout

Avec l’expérience qui s’accumule, notre culture générale s’étend. Bien sûr, cela peut être le cas pour tout un chacun. La vie quotidienne nous apprend sans cesse de nouvelles choses et il suffit de lire le journal ou de regarder un documentaire pour s’instruire. Certes, mais on se cultive généralement plus volontiers sur ce qui nous intéresse personnellement, et pour la plupart des gens cela reste occasionnel. Pour un traducteur, ce travail est régulier et incontournable.

La communauté traductrice a affaire à un nombre de sujets très varié. Dans le même jour, on peut être amené à se documenter sur les différents types de colle ainsi que sur la pyrale du buis (c’est un papillon, si vous voulez tout savoir) et sur le fonctionnement d’une copropriété en Suède. C’est en élargissant cette culture générale que l’on réduit peu à peu le nombre de recherches à faire dans les domaines que l’on a déjà abordés. Le temps passé à comprendre le sujet et la façon dont il faut en parler peut alors être consacré au cœur du métier, à savoir la traduction pure et simple.

Ainsi, cette activité va bien au-delà d’un simple transfert linguistique : tout traducteur a besoin d’une certaine culture générale applicables aux textes qu’il traduit (Lavault, 2007).

Une spécialisation essentielle ?

Même si c’est loin d’être une obligation, un grand nombre de professionnels choisissent de se spécialiser dans un ou plusieurs domaines, voire sous-domaines. Ainsi, des traducteurs juridiques vont être spécialistes du droit des contrats, des traducteurs médicaux vont devenir experts en prothèses de genoux, etc. Ils deviennent alors des sortes de « traducteurs-spécialistes » dont les connaissances sur un certain sujet ne sont plus à remettre en question. Ils ont dépassé le stade de la recherche et de la documentation (même s’il y a toujours plus à apprendre, évidemment), et maîtrisent alors leur domaine de spécialité sur le bout des doigts.

Cela leur fait gagner un temps considérable, et leur permet parfois de trouver des niches dans lesquelles peu de traducteurs se sont risqués. Une chose en entraînant une autre, ils récoltent plus de clients et/ou plus d’argent. C’est pourquoi on nous conseille souvent de nous spécialiser. Il y a d’ailleurs une différence faite naturellement entre débutants et confirmés. Les premiers sont souvent généralistes, tandis que les seconds sont souvent ceux qui ont eu l’occasion de se spécialiser. Parfois, ce sont même des professionnels d’autres secteurs qui quittent leur métier pour devenir traducteur dans le domaine de leur formation d’origine. C’est le cas de Mark, traducteur pharmaceutique dont vous pourrez lire le témoignage ici. Selon lui, cela lui donne une compétence rare qui le met en valeur sur le marché de la traduction, et lui permet d’allier tous ses centres d’intérêts en un seul métier.

Comme dans beaucoup de cas en traduction, tout dépend du but de chacun. On peut très bien continuer à toucher à tout et faire des recherches pour chaque texte reçu, quitte à ce qu’ils ne soient pas extrêmement spécialisés. Ou bien on peut saisir les occasions qui se présentent et devenir expert dans un ou plusieurs sujets bien déterminés. Dans tous les cas, on aura enrichi notre propre culture générale et accumulé des connaissances dans des domaines que l’on n’expérimentera sûrement jamais au-delà du clavier et de l’écran.

En guise de mot de la fin, la traduction est un métier pluridisciplinaire, qui permet de ne jamais s’ennuyer et de toujours apprendre. Les exemples donnés dans ce billet (qui proviennent tous de textes donnés à traduire pendant l’année de M1) sont des sujets qui demandent des recherches préliminaires, mais parfois ce n’est qu’une seule phrase très spécialisée sur laquelle il faut passer des heures avant de la comprendre. Cela demande d’être passionné et patient, voire même de posséder des qualités d’enquêteur afin de suivre les bons indices qui nous mèneront à la bonne traduction.

Sources :

Condamines, A. (1994). Terminologie et représentation des connaissances. Didaskalia, 5. https://doi.org/10.4267/2042/23235

Desarthe, A. (2019, septembre 27). Traduire les yeux fermés [Conférence]. Journée mondiale de la traduction, Campus Pont de Bois.

Lavault, E. (2007). Culture générale et traduction. In Traduction spécialisée : Pratiques, théories, formations (p. 284). Peter Lang.

Ma vie de traducteur pharmaceutique professionnel. (2018, janvier 25). IPAC Traduction Médicale et Pharmaceutique. https://www.ipac-traductions.com/blog/vie-de-traducteur-pharmaceutique-professionnel/

Martorell, A. (2008). Les idées et les mots : La traduction en sciences humaines. Traduire. Revue française de la traduction, 217, 37‑51. https://doi.org/10.4000/traduire.961

The Importance of Subject Matter Expertise in Translation. (2016, février 8). Ulatus Translation Blog. https://www.ulatus.com/translation-blog/the-importance-of-subject-matter-expertise-in-translation/

Traducteur spécialisé : Quels avantages pour le client ? (2016, juillet 5). Tradonline. https://www.tradonline.fr/blog/traducteur-specialise-quels-avantages-pour-le-client/

Keep Calm : la santé mentale des traducteurs

Par Sarah Bonningue, étudiante M1 TSM

« À quoi ça sert un traducteur ? », « Tu as pas peur que la traduction automatique te prenne ton travail ? », « Pourquoi tu étudies la traduction si c’est pas pour des livres ? », « Pourquoi payer quand Google Traduction le fait gratuitement ? ».

Toute cette négativité envers le métier m’a donné envie d’en savoir plus sur le bien-être des traducteurs, notamment à quelles sources de stress ils sont confrontés au quotidien. C’est un sujet dont on parle peu à mon goût, bien qu’essentiel puisque nous passons une majeure partie de notre vie à travailler. La santé mentale au travail est prise en considération de plus en plus et est décrite selon l’OMS comme un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté.

Vous me direz, oui mais enfin, c’est comme ça pour chaque profession, pas juste les traducteurs. Je suis d’avis qu’il faut avoir conscience des éventuels facteurs de stress afin de les éviter ou minimiser : on peut se laisser submerger par ses émotions et en arriver à des pathologies graves comme la dépression ou le burn-out. Certes, dans cet article je vais me focaliser sur les aspects négatifs (qui ne le sont peut-être pas pour certains), mais ne perdons pas de vue pourquoi nous avons choisi cette voie, ce qui nous a motivé, ainsi que tous les avantages que cela procure. Je tiens à préciser que je ne suis en aucun cas experte en psychologie, ni thérapeute, je ne suis pas apte à offrir de solutions médicales. L’objectif de cet article est uniquement d’identifier les problèmes auxquels nous pouvons être confrontés dans notre vie professionnelle afin d’améliorer nos conditions de travail.

Instabilité financière

Rappelons tout d’abord que les traducteurs exercent en majeure partie en tant qu’indépendants, 85 % d’entre eux en 2015 selon la Société Française des Traducteurs. Ce statut, qui permet à la fois de l’autonomie et une liberté d’organisation de son temps, a un certain prix. En effet, comme pour tous les indépendants, l’instabilité financière constitue le principal facteur de stress, notamment lors du démarrage de l’activité où le travail est variable d’un mois à l’autre. Trouver des clients, faire sa propre publicité, se démarquer dans le secteur n’est pas chose facile car ce sont des tâches qui ne seront pas compensées financièrement. Il faut du temps pour se constituer une bonne clientèle, cela peut prendre des mois, certains préfèrent ainsi faire appel à des agences de traduction qui ont l’avantage de s’occuper de ces tâches marketing. Dans tous les cas, il faut savoir choisir des agences ou clients directs fiables sous peine d’être payé plusieurs mois après la fin d’un projet, d’où l’irrégularité de salaire.

Ce manque de travail peut en conséquence nous pousser à accepter toutes sortes de demandes quelles qu’elles soient : un projet trop volumineux, qu’on ne se sent pas capable de faire, un document très pointu ou même un sujet qui ne fait pas partie de nos domaines de spécialité. Pourtant, la peur de ne pas avoir assez de travail nous incite à accepter un projet afin de ne pas perdre un client potentiel (même si le tarif est en dessous de nos attentes ou de celui qu’on exige habituellement).

L’isolement

Les personnes introverties ont peut-être choisi cette profession car rester chez soi, ne voir personne et ne pas sortir semblait judicieux. Néanmoins, comme nous avons pu le voir pendant deux mois de confinement, les gens n’apprécient pas tellement la solitude, qui fait pourtant bien partie du métier de traducteur indépendant.

Beaucoup de personnes habituellement salariées se sont retrouvées dernièrement confrontées au même problème que les libéraux pendant le confinement : l’isolement. Selon notre personnalité, cela peut être perçu comme un point positif ou négatif. Il convient de se poser la question : j’ai besoin de contact social ? Je préfère travailler seul ? Être non salarié signifie ne pas avoir de collègues ou de hiérarchie à qui s’adresser en cas de besoin, que ce soit pour un aménagement des horaires ou un soutien moral.

Cela dit, le traducteur indépendant est-il si solitaire ? Après tout, il existe d’autres modes de communication, il est en contact avec des agences ou des clients mais il peut également élargir son réseau : en communiquant avec d’autres traducteurs via les réseaux sociaux, en participant à des conférences, évènements ou cours en ligne etc. Hors cadre professionnel, le simple fait de voir du monde à l’extérieur est primordial. Pour ceux qui ne pensent pas supporter l’isolement, ou même juste le travail à la maison par manque de discipline, il faudrait prendre en considération les espaces de coworking ou avoir son propre bureau en dehors de chez soi. Cela peut sembler futile mais pendant l’épisode de coronavirus, les articles fusaient sur les difficultés et conseils liés au télétravail. Dans tous les cas, il faut définir un cadre de travail, que ce soit le lieu ou les horaires, afin d’atteindre un équilibre entre la vie personnelle et professionnelle. C’est essentiel pour des conditions de travail optimales et ainsi éviter les constantes interruptions par les autres membres de la famille.

Autonomie oui, mais des responsabilités

Être indépendant signifie devoir gérer toute son activité, que ce soit les aspects du travail (gestion du temps, organisation, horaires) mais aussi tout l’aspect financier avec la comptabilité, les factures, le tarif etc. Il faut être discipliné et rigoureux : on peut être vite tenté de se réveiller un peu plus tard, ou bien de procrastiner à cause des nombreuses distractions chez soi. Le traducteur étant payé normalement au mot, il n’est pas question de tricher sur le nombre d’heures, son activité ne sera rentable que s’il est productif.

Bientôt remplacés ?

Les avancées technologiques ont bouleversé le monde de la traduction, notamment avec l’arrivée de la traduction neuronale. Pour cette raison, on s’imagine que les « biotraducteurs », comme on devrait nous appeler maintenant, sont amenés à disparaître. Toutes ces questions peuvent nous amener à remettre en question notre métier et se dire : je ne vais plus avoir de travail, à quoi bon de toute façon la traduction automatique fait tout mieux que moi… Et même si l’on est positif, il y a toujours quelqu’un dans notre entourage pour le faire remarquer. Alors, petit rappel, renseignons-nous sur l’évolution concrète du marché plutôt que d’écouter des personnes « lambda » qui auraient soi-disant entendu parler d’outils tellement performants que nous serions jetés aux oubliettes. Voilà pour les suppositions, maintenant les faits :

Oui, la traduction automatique a considérablement progressé, c’est indéniable, mais cela ne signifie pas que nous en sommes réduits à l’état de dinosaures, au contraire. En 2019, le marché mondial des services linguistiques (traduction, localisation et interprétariat) représentait 49,6 milliards de dollars, soit une croissance de 6,62 % par rapport à l’année précédente. Les progrès technologiques ne relaient pas les traducteurs au second plan, mais les obligent à changer leur manière de travailler, à s’adapter aux besoins changeants des clients et à se former aux nouveaux outils qui peuvent d’ailleurs améliorer la qualité.

Reconnaissance du traducteur

Il existe d’autres facteurs de pression propres au métier de traducteur. Personnellement, j’estime qu’il existe une pressionde la part du monde extérieur à la profession. De nombreux préjugés font qu’il y a un manque de (re)connaissance du métier. Pour certains clients, cela peut sembler simple : « y’a juste à envoyer le document, le traducteur c’est un dictionnaire bilingue vivant, ça prend juste quelques heures, non ? ».

Je caricature peut-être un peu, mais les clients qui ne connaissent rien au métier peuvent avoir des attentes impossibles, notamment exiger de fournir une traduction d’excellente qualité en un temps record. Ils prennent en compte uniquement l’aspect purement linguistique et négligent tout le travail de recherche terminologique, du domaine de spécialité etc.

Pourquoi s’en étonner ? Après tout, il n’est pas rare sur Internet de voir des offres comme « Vous êtes bilingue : devenez traducteur en ligne, aucune formation requise ! ». Rappelons-le, la profession n’est pas réglementée, ce qui explique la forte concurrence, et ainsi, les délais serrés et à bas prix. Je vous invite à lire ici l’un de nos articles de 2018 qui résume très bien la façon dont le traducteur est perçu.

Un travail de l’ombre

Une traduction doit être la plus fluide et naturelle possible, ce qui oblige le traducteur à être invisible (Venuti, 1995). C’est ce que le marché exige de nos jours, on ne doit pas percevoir le texte comme une traduction mais donner l’illusion que c’est un original retranscrivant la pensée de l’auteur. C’est donc en quelque sorte un travail de l’ombre, car, si l’on lit un texte bien écrit, va-t-on attribuer les mérites à l’auteur ou au traducteur ? Bien souvent personne ne pense ou fait des éloges au traducteur. Quand il y a un problème en revanche, on rejette toujours la faute sur ce dernier. Cela a toujours fait partie du métier depuis l’Antiquité. Quelques exemples : Saint Jérôme, saint patron des traducteurs, a été accusé d’hérésie pour sa traduction de la Bible. Citons également Étienne Dolet, à la Renaissance, pour sa traduction d’une œuvre du philosophe grec Platon.

« Parquoy elle [la mort] ne peut rien sur toy, car tu n’est pas ecnores prest à deceder ; et quand tu seras décédé, elle n’y pourra rien aussi, attendu que tu ne seras plus rien du tout. »

Trois petits mots ajoutés qui remettent en cause la religion, insinuant qu’il n’y avait rien après la mort. De ce fait, il a été accusé d’athéisme et condamné à mourir sur le bûcher en 1546. Fort heureusement, le monde est bien différent aujourd’hui, mais il n’empêche qu’une traduction peut être contestée, critiquée et dans le cas contraire, le mérite revient souvent à l’auteur.

Comme dans tout métier, on attend des traducteurs un certain gage de qualité. Il faut fournir la traduction la plus fidèle mais aussi la plus fluide possible, et dans certains cas, cela peut représenter des risques. Voyez donc le cas de la traduction médicale et juridique : une erreur de traduction peut non seulement coûter cher, mais aussi avoir des conséquences graves ! Même si l’on ne traduit pas ces deux secteurs, on est forcément amené un jour ou l’autre à traduire un sujet pointu que l’on ne maîtrise pas assez. Il est possible à ce moment-là d’être confronté au syndrome de l’imposteur.

Le syndrome de l’imposteur

En avez-vous déjà entendu parler ? Le syndrome de l’imposteur est le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’avoir peur que les autres nous considère comme incompétent. Un exemple pour illustrer : il existe une multitude de sous-domaines au sein de la traduction médicale, il est donc compréhensible de ne pas tout connaître. Un traducteur médical peut se retrouver confronté à un sujet très pointu sur une pathologie dont il n’a jamais entendu parler. Va-t-il le traduire quand même ou prendre le risque de faire une erreur de sens ?

La nature perfectionniste du traducteur le conduit à faire attention au moindre détail. Ainsi, il est donc possible que celui-ci refuse un travail qu’il se sent incapable de faire, de peur d’obtenir un résultat de mauvaise qualité. Au sein d’un même domaine, on ne connaît pas forcément tout sur un sujet. Or, le traducteur doit écrire comme un expert quel que soit le type de document. Il faut souligner que, dans ce secteur, les traducteurs reçoivent très peu de retours sur leur travail, ce qui est compliqué pour connaître les éventuels points d’amélioration. Pour un débutant sans expérience, c’est d’autant plus frustrant. Il faut savoir s’adapter, se spécialiser et utiliser les bons outils afin d’éviter ces problèmes. Demander de l’aide à un expert du secteur pour une relecture technique peut aussi être une bonne solution.

Risques psychosociaux (RPS)

Les RPS incluent le stress ou encore le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out) et peuvent se traduire par l’expression d’un mal-être ou d’une souffrance au travail, des conduites addictives, une dégradation de la santé physique et mentale.

Les exigences du marché font que nous devons être de plus en plus productifs, tenir des délais serrés ou encore faire du travail de dernière minute tout en conservant une excellente qualité. Et ce, parfois au détriment de sa vie personnelle et familiale.

Ce stress professionnel résulte du sentiment de surcharge de travail et d’incapacité à atteindre la qualité souhaitée en raison des contraintes de temps. Ce sont bien entendu des problèmes que l’on retrouve chez les salariés mais certaines différences avec les indépendants sont notables.

Selon une enquête de l’Insee, les non-salariés déclaraient en 2018 des durées de travail plus élevées que pour les salariés (45,5 heures en moyenne contre 39,1 par semaine). En soi, le rythme ou l’intensité ne sont pas nécessairement différents, mais les plages horaires sont plus étendues et atypiques. Il est fréquent de travailler le soir ou le week-end. En 2018, les non-salariés ont aussi travaillé davantage dans l’année que les salariés (242 jours contre 214). Ces horaires étendus peuvent représenter un facteur de risque psychosocial selon l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail. De plus, les freelances n’ont pas une routine fixe établie et sont confrontés à l’isolement social.

Même si le statut d’indépendant apporte de la liberté, comme je l’ai mentionné précédemment, l’entourage peut avoir tendance à négliger les contraintes et sacrifices à faire. Sans compter que certains estiment que travailler à la maison est synonyme de se prélasser. Pourtant, l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle peut être bancal, car on s’accorde moins de pauses par culpabilité, pensant ne pas en faire assez. Concilier activité professionnelle et vie familiale, surtout quand on a des enfants, peut s’avérer compliqué à gérer.

Il faut faire extrêmement attention aux signes avant-garde du burn-out. C’est concrètement un état d’épuisement à la fois physique, émotionnel et psychique qui découle d’un travail exigeant émotionnellement. Certaines personnes sont peut-être des bourreaux de travail mais tôt ou tard le corps ou le mental peut lâcher si l’on ne s’autorise pas des moments de répit.

Comment reconnaître les signes ? Stress et anxiété sont bien sûr de la partie mais à cela s’ajoutent la fatigue, la difficulté à se concentrer ou bien même un ras-le-bol général. Seuls le repos et l’accompagnement avec un psychothérapeute peuvent traiter le burn-out.

D’ailleurs, les indépendants voient le repos et les vacances d’une manière complètement différente des salariés. Ils peuvent être amenés à culpabiliser car, pendant ce temps, ils ne gagnent pas d’argent. De plus, il leur arrive souvent d’avoir du « temps libre » imposé à cause du manque de travail mais c’est rarement un temps de récupération, plutôt une source de stress en raison de l’attente et de l’instabilité financière.

Voici quelques recommandations de la SFT pour conserver une bonne estime de soi malgré les difficultés rencontrées : 

Quelques parades pour retrouver une estime de soi :

  • manger sainement et prendre une vraie pause déjeuner ;
  • pratiquer une activité sportive régulière ;
  • trouver du temps pour soi ;
  • être sûr de ses compétences, pour savoir faire face aux retours clients ;
  • accepter de rendre parfois un travail un peu moins parfait ;
  • arrêter de se vendre ;
  • diminuer son niveau d’exigence pro ou privée, à voir selon chacun ;
  • à partir d’un certain âge : passer à mi-temps, garder seulement certains clients, ne plus prendre de commandes urgentes, etc.

Pour conclure, la qualité de vie au travail passe par une bonne santé si l’on veut s’épanouir dans son environnement de travail. Cela peut en effet avoir des répercussions sur la santé physique, qui ici, risque d’empêcher d’exercer son métier dans les meilleures conditions. Je le répète, aucun travail n’est idyllique, il faut juste avoir conscience des difficultés auxquelles nous pouvons être confrontés tout en gardant à l’esprit ce qui nous motive au quotidien : l’amour des langues étrangères, de sa langue maternelle, la curiosité, l’attention aux détails… Chacun a ses raisons, trouvez les vôtres. Et enfin, rappelez-vous, nous avons encore besoin de traducteurs.

Si vous souhaitez lire ou écouter plus de contenu sur cette thématique, je recommande le blog et le podcast suivants :
https://blog.zingword.com/ (catégorie Wellness, en anglais)
https://smarthabitsfortranslators.com/ (en anglais)

Bibliographie

Analyse des données sur les pratiques professionnelles des métiers de la traduction en 2015. p. 23.
BUSINESS, BFM. « Les 5 pièges à éviter quand on devient freelance ». BFM BUSINESS, BFM BUSINESS. bfmbusiness.bfmtv.com, https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-5-pieges-a-eviter-quand-on-devient-freelance-1070263.html.
CSA Research – Voir. https://insights.csa-research.com/reportaction/48585/Marketing.
Haurant, Sandra. « “I Felt Vulnerable”: Freelancers on the Stress of Self-Employment ». The Guardian, 8 décembre 2016. http://www.theguardian.com, https://www.theguardian.com/money/2016/dec/08/i-felt-vulnerable-freelancers-on-the-stress-of-self-employment.
Inserm_EC_2011_StressTravailSanteSituationIndépendants_Synthese.pdf. https://www.inserm.fr/sites/default/files/media/entity_documents/Inserm_EC_2011_StressTravailSanteSituationInd%C3%A9pendants_Synthese.pdf.
La santé mentale: renforcer notre action. http://www.who.int, https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-strengthening-our-response.
Loock, Rudy. « La plus-value de la biotraduction face à la machine. Le nouveau défi des formations aux métiers de la traduction ». Traduire. Revue française de la traduction, no 241, 241, Syndicat national des traducteurs professionnels, décembre 2019, p. 54‑65. journals.openedition.org, doi:10.4000/traduire.1848.
« Mental Health in Freelance Translation: Imposter Syndrome ». The Savvy Newcomer, 2 juillet 2019. atasavvynewcomer.org, https://atasavvynewcomer.org/2019/07/02/mental-health-in-freelance-translation-imposter-syndrome/.
« OMS | La santé mentale au travail ». WHO, World Health Organization. http://www.who.int, http://www.who.int/mental_health/in_the_workplace/fr/.
SanteMentaleEt_Emploi_web.pdf. http://www.eps-erasme.fr/Ressources/FCK/SanteMentaleEt_Emploi_web.pdf.
Types of Work. www.mind.org.uk/information-support/tips-for-everyday-living/workplace-mental-health/types-of-work/.

Digital nomads : les traducteurs de demain

Par Hugo Panau, étudiant M1 TSM

Imaginez-vous en train de fouler le sable blanc d’une plage paradisiaque au fin fond du monde, ou peut-être dans un café en plein cœur d’une grande ville dont vous mourez d’envie d’explorer chaque recoin. Alors que vous êtes tranquillement assis avec votre ordinateur sous les yeux, vous ajoutez les derniers petits détails à votre projet de traduction, puis vous l’envoyez. Une fois votre ordinateur éteint, vous pouvez enfin partir à l’aventure et explorer la destination sur laquelle vous avez jeté votre dévolu. Avant de sauter dans l’inconnu, vous prenez quelques minutes pour avoir une petite pensée pour le chef de projet assis derrière son bureau à des centaines, voire des milliers de kilomètres de là où vous vous trouvez.

Si ces quelques lignes vous ont laissé rêveur, vous voudrez sûrement en apprendre davantage sur le mode de vie que partagent des milliers de traducteurs digital nomad.

Je me dois d’être honnête…Il se peut que j’ai un peu embelli la situation. C’est pourquoi, je vous propose dans cet article un portrait du traducteur digital nomad, et par la même occasion de déconstruire le mythe du traducteur freelance qui travaille au bord d’une plage paradisiaque ou au sommet d’une montagne.

Si comme moi vous avez du mal à vous imaginer dans le monde du travail actuel, le célèbre « métro, boulot, dodo », vous serez tout aussi excité en lisant cet article que je le suis en écrivant ces lignes.

Qu’est-ce qu’un digital nomad ?

Au sein de la communauté des digital nomads, on trouve tout un tas de personnes exerçant des professions différentes. On y trouve par exemple des rédacteurs, des graphistes, des traducteurs, des développeurs web et bien d’autres encore. Ils ont tous une chose en commun : ils parcourent le monde équipés de leur ordinateur portable, qui leur permet de travailler de n’importe quel lieu disposant d’une connexion Wi-Fi. Un digital nomad peut passer un mois ou deux au même endroit, puis faire ses bagages et déménager ailleurs lorsqu’il a l’impression d’avoir fait le tour. C’est une sorte de mode de vie d’expatrié constamment en quête d’aventures. C’est ainsi, en associant voyage et travail, que la plupart de ces traducteurs nomades réalisent leur rêve.

Un rêve éveillé

Le mode de vie des digital nomads est une conception romantique de la vie qui valorise avant toute chose la liberté et l’aventure. Cependant l’idée de travailler en sirotant une piña colada à Cancún peut sembler géniale, mais elle présente certains avantages et inconvénients.

Vous pouvez travailler de (presque) partout dans le monde.

Une fois que vous vous êtes embarqué dans votre voyage en tant que digital nomad, vous n’avez plus besoin de passer huit heures assis derrière un bureau monotone entouré de murs gris déprimants. Vous êtes libre de choisir votre espace de travail, qu’il s’agisse de votre maison, d’un café, d’une bibliothèque ou d’un espace de coworking. Par ailleurs, ce mode de vie vous libère des longs et fatigants trajets quotidiens pour vous rendre au bureau.

Vous êtes libre de choisir vos heures de travail

En général, les gens doivent se rendre au bureau vers neuf heures du matin. Mais tout le monde n’est pas très productif à ce moment de la journée. Vous pouvez vous sentir plus inspiré et motivé la nuit ou le soir. Peu importe que vous soyez un couche-tard ou un lève-tôt, une fois que vous avez décidé que vous êtes un digital nomad vous travaillez aux heures qui vous conviennent le mieux.

Vous êtes plus motivé et plus productif

La vie d’un digital nomad implique forcément beaucoup de voyages et d’aventures qui, pour beaucoup, représentent une source d’inspiration. Un mode de vie qui est axé sur le voyage ainsi que sur l’exploration de nouveaux environnements, vous permet d’aborder une nouvelle manière de travailler et donc de faire les choses comme bon vous semble. Personne ne vous dit comment vous devez faire votre travail. Si vous avez une idée géniale pour améliorer votre travail, allez-y. Si vous pensez qu’une tâche doit être réalisée différemment, faites-le. Désormais, c’est vous qui êtes responsable et qui fixez vos propres règles.

Vous avez la possibilité de découvrir de nouvelles langues et cultures

En s’immergeant complètement dans différentes langues et cultures les digital nomads peuvent constamment améliorer leur compétence de communication interculturelle, une qualité plus que primordiale pour un traducteur. Cela représente un réel atout pour les exercices de localisation.

Vous pouvez mettre de l’argent de côté plus facilement

Si vous gardez un œil sur vos dépenses et que vous choisissez les bons endroits, vous pouvez économiser de l’argent. Si vous travaillez pour des clients basés en France ou aux Etats-Unis et que vous vivez dans un pays où le coût de la vie y est nettement inférieur, votre compte en banque n’en sera que ravi. Dans le meilleur des cas, vous gagnez donc plus tout en dépensant moins.

Vous aurez l’occasion d’explorer le monde mais aussi d’en apprendre plus sur vous-même

Être un digital nomad signifie voyager sans arrêt. Vous pouvez voir le monde, vivre des aventures, améliorer votre qualité de vie, rencontrer des gens incroyables. En naviguant seul à travers le monde entier, vous commencez à vous découvrir, à percevoir vos forces et vos faiblesses, vos vraies passions et vos désirs. C’est une grande chance de devenir plus mature, tant sur le plan personnel que professionnel.

L’envers du décor

Pouvoir travailler où l’on veut et voyager à travers le monde est certainement une excellente façon de vivre. Ce mode de vie présente un certain nombre d’avantages, mais il s’accompagne également de son lot d’inconvénients (malheureusement tout n’est pas toujours rose). Si vous envisagez de changer de vie, vous devez être réaliste et savoir dans quoi vous vous engagez.

Vous n’avez pas de revenu fixe

Si vous êtes un traducteur freelance vous êtes déjà familiarisé avec cet inconvénient. Vos revenus ne sont pratiquement jamais garantis. Il est important de disposer d’une solide base de clients avant de vous lancer dans l’aventure.

Vous travaillez deux fois plus

Un autre des plus grands inconvénients pour le digital nomad est que la partie travail n’est pas toujours aussi facile qu’elle en a l’air. Ce n’est pas parce que vous pouvez voyager dans le monde entier et travailler où vous voulez que vous avez un revenu régulier. Surtout lorsque vous commencez, il y a généralement beaucoup à faire. Vous devez souvent travailler 7 jours sur 7, les jours fériés et les week-ends ne feront plus partis de votre quotidien. Vos journées de travail peuvent parfois être beaucoup plus longues que 9h-17h.

Vous devez apprendre à vous motiver vous-même

Bien que les traducteurs doivent respecter des échéances, il peut parfois être difficile de se motiver. Surtout lorsque vous vous trouvez sur une belle plage tropicale et que vous pouvez aussi bien aller vous baigner, bronzer au soleil ou siroter des cocktails dans un bar. Cependant, ce mode de vie n’est pas seulement amusant, il est aussi très exigeant. La discipline est donc l’une des compétences essentielles à acquérir.

Vous serez susceptible de vous sentir seul

Pour la plupart des gens, l’un des plus grands inconvénients du nomadisme est probablement le fait que vous ne pouvez pas voir votre famille et vos amis autant que vous le souhaitez. Vous risquez de manquer des événements importants car vous serez à l’autre bout du monde et les éventuels allers-retours peuvent vite vous coûter chers. Bien sûr, vous pouvez toujours les appeler et leur parler en appel vidéo. Mais ce n’est pas pareil que d’être là et de les serrer dans vos bras. De plus, chaque fois que vous partez, vous devez dire au revoir à vos proches, ce qui peut être très éprouvant.

Votre quotidien aura son lot de surprises

Bien que la partie voyage semble formidable, ce mode de vie comporte également de nombreuses mésaventures. Avez-vous pensé aux intoxications alimentaires, aux passeports volés, aux vols manqués ou pire encore au vol de votre ordinateur ? Il y a de nombreuses petites difficultés que vous rencontrerez en tant que digital nomad. Ces choses peuvent être très frustrantes, vous faire perdre beaucoup de temps et/ou coûter cher.

Vous devrez faire face aux jugements des autres

Lorsque vous évoquerez votre mode de vie à vos proches ou à toute autre personne, généralement leur première réaction sera de vous envier ou alors de vous dire à quel point vous avez de la chance. D’autres vous regarderont comme si vous étiez fou ou comme si vous aviez la tête constamment dans les nuages. On vous posera sûrement la question « Pourquoi ne voulez-vous pas acheter une maison ? ». Ou alors ils vous demanderont quand allez-vous enfin mettre fin à vos « vacances », quand allez-vous « vous installer et avoir une famille » ou encore quand allez-vous revenir à la réalité et retrouver un « vrai travail ».

Comme vous l’aurez compris, être un digital nomad présente non seulement des avantages, mais aussi de nombreux inconvénients. Ne pas voir sa famille et ses amis tout le temps, rester motivé pour travailler ou ne pas avoir de revenu garanti sont autant de choses que tout le monde ne peut pas gérer.

Et si vous tentiez l’expérience ?

Si vous êtes déjà un travailleur indépendant qui travaille à domicile, vous n’êtes qu’à quelques pas de devenir un digital nomad. Il vous suffit de tester ce mode de vie pendant un mois ou deux et de voir s’il vous convient. Après tout, qu’avez-vous à perdre ?

Si vous êtes un traducteur fraîchement diplômé et débutant sa carrière en freelance, acquérir une expérience professionnelle ou bien trouver un ou deux clients réguliers avant de partir à l’étranger serait peut-être plus judicieux.

Faites vos valises

Faire une liste de ce que l’on va emmener est monnaie courante parmi les digital nomads. Mais alors comment mettre toute sa vie et son bureau dans une valise ou un sac à dos ? Il est nécessaire d’emporter le matériel qui convient pour vous assurer une productivité optimale. Je vous propose une liste d’équipements essentiels à tout digital nomad :

  1. Ordinateur portable
  2. Smartphone
  3. Routeur Wi-Fi portable
  4. Batterie externe
  5. Casque antibruit
  6. Appareil photo
  7. Lecteur d’Ebook

Quant aux visas que vous devez obtenir (si vous en avez besoin), cela dépend des pays que vous comptez visiter et de la durée prévue de votre séjour. La plupart des digital nomads voyagent avec des visas touristiques normaux. Vérifiez toujours la réglementation en matière de visas avant de vous rendre dans un nouveau pays.

Les destinations les plus prisées par les digital nomads

Après avoir passé en revue la liste du matériel nécessaire, il est déjà l’heure de vivre le reste de votre vie. Mais par où commencer ? Vous trouverez ci-dessous quelques destinations très populaires au sein de la communauté des digital nomads.

Bali, Indonésie

On ne vous la présente plus, cette destination qui fait rêver tout le monde et dont Instagram nous a dévoilé les moindres recoins, est un vrai repère pour les digital nomads. Bali remplit tous les critères. Eh oui, cette petite île regorge d’espaces de coworking. Le coût de la vie varie en fonction de votre mode de vie. Les fêtes sur la plage, les scooters et les cocktails peuvent vite épuiser toutes vos économies, à moins que vous choisissiez de vivre plus raisonnablement, c’est vous qui décidez ! Enfin, malgré tous les touristes et les instagrameurs, l’île de Bali reste incroyablement belle et inspirante. Il y a également d’autres îles et villes proches que vous pouvez facilement visiter, ce qui fait de Bali un pied à terre idéal pour explorer de nombreux endroits uniques et passionnants.

Chiang Mai, Thaïlande

Vous l’aurez compris, l’Asie est le continent phare pour les digital nomads qui ont soif d’aventure. Cette grande ville de la Thaïlande se situe à 700 km au nord de la capitale Bangkok. Connue pour être un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, Chiang Mai abrite des temples anciens ainsi qu’une nature verdoyante.

Chiang Mai n’est peut-être pas considérée comme la plus jolie ville de Thaïlande, mais le coût de la vie y est dérisoire. C’est certainement l’un des endroits les moins chers d’Asie, du logement à la nourriture en passant par la location de vélos et les espaces de coworking. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est aussi l’endroit idéal pour vous aider à vous vider l’esprit entre deux séances de travail : des séances de yoga gratuites sont organisées dans toute la ville ainsi que des retraites spirituelles.

Medellín, Colombie

On trouve peu de villes sur le continent sud-américain qui s’adaptent au nomadisme, mais Medellín est en tête de presque toutes les listes. La capitale du département d’Antioquia en Colombie, autrefois connue pour son taux de criminalité élevé, a réussi à redorer son image et est devenue un lieu de prédilection pour presque tous les voyageurs qui visitent le pays.

Pourquoi Medellín est-il un bon choix pour les digital nomads ?  Les espaces de coworking y sont nombreux et les options gastronomiques sont bonnes et variées et plus qu’abordables, sans oublier bien sûr des paysages à couper le souffle.

Barcelone, Espagne

Vous n’aurez aucun problème pour trouver un espace de coworking et une bonne connexion internet à Barcelone.

C’est l’endroit idéal pour les digital nomads qui cherchent à améliorer leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La scène culturelle est florissante et le soleil brille presque toute l’année, ce qui vous permet de profiter des plages et des montagnes environnantes.

N’hésitez pas à consulter le site Nomad List pour en apprendre davantage sur vos prochaines destinations. Nomad List catalogue les meilleurs endroits au monde où les digital nomads peuvent vivre et travailler à distance. Le site recueille plus d’un million de données sur plus de deux milles villes dans le monde, allant du coût de la vie à la température en passant par la sûreté et la sécurité. En exploitant ces données et selon vos critères, il vous conseille sur la prochaine étape de votre voyage.

Pour les utilisateurs qui ont souscrit un abonnement, il offre également un accès à toute une communauté et à un réseau social de voyageurs comptant plus de 10 000 personnes actives. Pouvoir communiquer et rencontrer des personnes qui partagent le même mode de vie peut être rassurant mais aussi inspirant. Il se pourrait même que certains d’entre eux deviennent des compagnons de voyage.

C’est un mode de vie, pas des vacances

Être un digital nomad peut sembler excitant et fascinant. Cependant, il est important de comprendre que ce type de voyage à long terme est radicalement différent d’un voyage ordinaire de deux semaines au Club Med. Vous n’avez pas d’autres choix que de travailler dur pour subvenir à vos besoins, mais il est encore plus important de réussir à concilier vie professionnelle et vie privée si vous ne voulez pas vous arracher les cheveux lorsque le stress du voyage vous rend trop facilement épuisé et irritable. Une trop grosse pression pourrait affecter la qualité de votre travail et malheureusement gâcher votre plaisir de visiter des endroits époustouflants.

L’objectif n’est pas de vous dissuader de voyager pendant que vous travaillez, bien au contraire ! Être digital nomad c’est l’occasion de vivre une aventure unique, et les traducteurs indépendants sont les mieux placés pour en tirer le meilleur parti. Si vous avez les pieds sur terre et que vos attentes sont réalistes, vous êtes prêt à passer de la théorie à la pratique. Faites vos recherches, pesez tous les facteurs de décision et vivez comme vous l’entendez.

Gardez à l’esprit que ce mode de vie devient de plus en plus populaire et qu’un nombre grandissant de jeunes professionnels, comme moi, pourraient bientôt se retrouver dans un environnement de travail partagé et véritablement ouvert sur le monde. Les digital nomads ne représenteront probablement jamais la totalité de la main-d’œuvre présente sur le marché du travail, mais l’évolution de notre société rendra le travail à distance plus facile et d’autant plus normal. Qui sait ? Nous pourrions bientôt revenir à une société nomade… certes avec plus d’avions, de trains et de séries Netflix que nos ancêtres.

Encore une dernière petite chose : prenez votre courage à deux mains et lancez-vous !

Sources

Katz, Lidor. « Digital nomad interview | Iris C. Permuy Hércules | Translator | freelance é – YouTube ». Youtube, 5 janvier 2019. https://www.youtube.com/watch?v=dJ3GBGGR_Xc.

Katz, Lidor. « Digital nomad interview | Elisa L Orellana Huhn | Freelance Translation | Aerial dancing – YouTube ». Youtube, 9 octobre 2019. https://www.youtube.com/watch? v=BpQPwLbMfao.

« Life as digital nomad ». MP3. https://www.trainingfortranslators.com/2019/02/21/new-podcast- life-as-a-digital-nomad/.

Remi Alli, Simon Ammann, Lauren Alexander, Jessy Coulter, Jennifer Miller & Tortuga Backpacks, Joshua Hayford, Amanda Napitu, Ashley Nowicki, Emily K. Olson, Matt Prior, Aliya Rosenbloom

& GlobeKick, Romina Viola, AND CO. ANYWHERE, 2017. https://cdn.and.co/resources/books/ AND_CO_Anywhere.pdf.

« Digital nomade : l’envers du décor d’un lifestyle qui fait rêver », 18 avril 2017. https:// www.roadcalls.fr/digital-nomade/.

Arpenter le chemin. « CONSEILS // Mon organisation de nomade numérique », 3 janvier 2019. https://arpenterlechemin.com/index.php/2019/01/03/conseils-nomade-numerique/.

Traverser la frontière. « Voyager, travailler et vivre partout dans le monde en étant nomade digital ». Consulté le 4 juin 2020. https://traverserlafrontiere.com/nomade-digital/.

« Living the Dream? How Freelance Translators Can Become Digital Nomads | The Savvy Newcomer ». Consulté le 5 juin 2020. https://atasavvynewcomer.org/2016/05/24/how-freelance-translators-can-become-digital-nomads/.

Mai, Denise. « 13 Disadvantages of Being a Digital Nomad That No One Tells You ». Digital Nomad Soul (blog), 21 avril 2017. https://www.digitalnomadsoul.com/disadvantages-of-being-a-digital-nomad/.

« 15 Best Cities for Digital Nomads in 2019 ». Consulté le 5 juin 2020. https://www.worldpackers.com/en/articles/best-cities-for-digital-nomads.

Traduire vers une langue étrangère ? It depends

Par Elena Valevska, étudiante M2 TSM

 

En 2017, Lucie Lhuillier, ancienne étudiante TSM, s’était déjà penchée sur le sujet de la traduction dite non native dans son billet. Ses conclusions claires, conformes aux normes de l’industrie : traduire vers une langue étrangère, c’est un grand faux pas, et elle explique bien pourquoi.

Aujourd’hui, je veux me faire l’avocat du diable, et essayer de mettre cet axiome à l’épreuve.

Nous, les étudiants en traduction, on nous apprend dès le début à quel point il est important de traduire vers sa langue maternelle. Ne pas le faire, c’est dire au revoir à la qualité, bye-bye ! Après tout, traduire, c’est trahir, dixit quelqu’un, peu importe son nom mais son message importe. Ainsi, si on veut réduire, contenir cette trahison, cette désertion de sens, on n’a pas le choix : il faut faire appel à des native speakers. Sinon, quality has left the chat.

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Cette notion de « natif » m’a toujours intriguée, sans doute en raison de mon cas particulier. Ayant grandi dans une famille où on parle trois langues à la maison, je les ai apprises plus ou moins à la fois : le néerlandais (ou le flamand, si vous insistez vraiment) avec papa, le bulgare avec maman, et leur langue en commun, c’était l’anglais. Aujourd’hui c’est aussi ma langue à moi, sans doute la langue que je maîtrise le mieux, grâce à mon enfance, à l’internet (#90kidsunite), mais aussi aux nombreuses heures passées à la bibliothèque, dévorant des livres comme un gamin un peu obèse se plonge sur le gâteau le jour de son anniversaire. J’avoue que le fait d’avoir un British à mon côté pendant les six dernières années y a contribué également. (Blimey ! Il a heureusement fait défection vers la Belgique avant le fiasco du vous-savez-quoi, mais ça reste un vrai rosbif). Dans ce délicieux mélange linguistique, quelle est ma langue maternelle ? Est-ce, comme le mot l’indique, la langue de ma mère ; ou bien la langue de ma formation et culture ; ou encore la langue que j’utilise le plus souvent dans ma vie quotidienne ? Est-ce les trois ? Et si je passais les 15 années suivantes en France, lissant toutes les erreurs que je fais aujourd’hui, pourrais-je un jour atteindre un niveau dit natif ? Voilà la question.

Maintenant que j’ai partagé ma backstory un peu, vous comprenez peut-être mieux d’où vient mon intéresse pour un phénomène plutôt polarisant. J’y ai dédié une part de mon rapport de stage, et je souhaite partager avec vous quelques de mes trouvailles (fini les plaisanteries, place aux choses sérieuses).

La traduction non native dans l’industrie de la langue

En 1965, Chomsky avança le modèle du locuteur-auditeur idéal [1], celui qui maîtrise sa langue à la perfection, ainsi que la notion de l’intuition du locuteur natif (native speaker intuition), estimant qu’il s’agissait d’une aptitude innée. En effet, les linguistes ont longtemps jugé que le native speaker était l’autorité absolue en matière de langue, sentiment à première vue largement partagé par les principaux acteurs du marché de la traduction. Dans une enquête menée sur le sujet par l’Association internationale des traducteurs et interprètes professionnels (IAPTI), les opinions sur l’admissibilité de la traduction vers la langue B ont unanimes ; en voici quelques extraits.

  • […] the hallmark of a professional translator is excellent writing skills, and achieving a ‘native’ level of excellence is almost impossible for non-natives. I have been correcting translation certification examinations in Canada for close to 15 years, and have encountered only one instance in which a person’s level of ability, in writing, was almost ‘native’. One.
  • Of my nearly 15 years as a translator, editor and project manager, I have seen the work of some roughly 500 translators. I can attest only three (3) (ONLY 3!) of that lot were capable enough to translate into a non-native language competently.
  • I have done this once or twice, into Spanish, following considerable pressure from the client and after telling them clearly why I didn’t think this was a good idea. Each time, I had a Spanish native speaker proofread the target text before delivery. This is not a service I advertise, or even want to provide. I will only do it as a last resort and as a favour for a good client.
  • I consider it unprofessional to translate into one’s non-native language, unless it’s a true emergency for someone. The resulting prose NEVER reads native – and believe me, I’ve edited and proofread an awful lot of writing by pretty good non-native speakers and writers.

 

Il n’y a aucun doute à ce sujet, si l’on veut prôner la qualité, il faut faire appel aux natifs.

Ce que je trouve curieux, c’est le fait que de nombreuses associations de traducteurs soulignent également l’importance de la traduction vers la langue maternelle (L1), mais cela sans exclure totalement la possibilité de la traduction vers sa deuxième langue (L2). Voyons ce qu’elles disent :

  • Le traducteur […] s’engage à travailler dans les règles de l’art, à savoir : traduire uniquement vers sa langue maternelle ou une langue cultivée, maniée avec précision et aisance ;

(Code de déontologie de la SFT)

  • [Les traducteurs doivent] maîtriser à la perfection leur langue maternelle et une ou plusieurs langues étrangères, avoir une bonne culture générale et des connaissances approfondies d’un ou plusieurs domaines de spécialisation ;

(ALTI, Association luxembourgeoise des traducteurs et interprètes)

La Chambre belge des traducteurs et interprètes (CBTIP) est encore plus ambiguë dans sa formulation, indiquant simplement que les traducteurs « s’interdisent […] d’accepter, d’exécuter ou de faire exécuter un travail, dont ils ne peuvent garantir la qualité […] d’exécuter personnellement un travail dans une combinaison linguistique autre que celle(s) pour laquelle (lesquelles) ils ont été agréés par la CBTIP ».

Ce qui, à mon avis, n’exclurait pas le traducteur near-native, qui ne maîtrise pas la langue « à la perfection » mais se laisse réviser par un linguiste natif.

Un autre exemple : Enissa Amani

En 2018, Netflix a diffusé une émission de comédie spéciale de l’humoriste allemande Enissa Amani, intitulée Ehrenwort. Mme Amani est originaire de Francfort et parle avec un accent hessois. Pendant l’émission, elle utilise beaucoup un mot argotique, Alter [al-teuh], signifiant « mec, frérot », qui, prononcé à l’accent hessois laisse tomber le ‘t’, donnant ‘Aller*’ [al-euh]. Ainsi, elle dit « Aller*, ich weiß selber nicht » (« mec, je ne sais même pas », en réponse de ce qu’est Netflix), ce qui a été traduit par « Allah, I don’t even know » dans les sous-titres anglais, une inférence vraisemblablement due aux origines iraniennes de l’humoriste. Un traducteur allemand n’aurait peut-être pas commis cette erreur, conscient du fait que Aller* se prononce [alɐ], et Allah [ala:]. De tels exemples « lost in translation » étant si récurrents dans le sous-titrage, la mauvaise compréhension de la langue source dans d’autres domaines reste également probable (d’ailleurs, selon Eugene Nida, c’est la raison principale des erreurs de traduction). Si les précautions nécessaires sont prises pour assurer une qualité irréprochable, le traducteur non-natif, mais presque natif, pourrait apporter une vraie valeur ajoutée. Food for thought ?

 

[1] Chomsky, Noam. 1965. Aspects of the Theory of Syntax. Massachusetts: MIT Press.