À la croisée des mondes entre traduction et ONG

Par Fanny Buffel, étudiante M1 TSM

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Le terrorisme, la pauvreté, le chômage, la précarité de l’emploi, la santé ou encore l’environnement sont les sujets qui inquiétaient le plus les Français en 2019 en plus de s’inscrire dans la liste des Nations Unies recensant les 18 défis mondiaux à relever. Peu importe notre âge, la majorité de ces problèmes a toujours fait partie de notre quotidien. Ces dernières années, ils ont cependant été plus souvent au cœur de l’actualité, tout comme les ONG qui s’engagent à lutter contre ces problèmes jusque-là non résolus.

Qu’est-ce qu’une ONG ?

« ONG » peut faire partie de ces nombreux termes que l’on connaît sans réellement savoir les définir. La réponse la plus probable et récurrence à cette question serait : une ONG est une organisation non gouvernementale. Mais après ?

  • Tout d’abord, les organisations non gouvernementales (ONG) sont considérées « comme des personnes morales de droit privé à but non lucratif créées par des acteurs privés et relevant du droit interne; l’action de ces acteurs privés est donc indépendante des États. ».
  • Le terme « organisation non gouvernementale » est apparu pour la première fois en 1945, dans l’article 71, chapitre X de la charte des Nations Unies.
  • Il y aurait environ 10 millions d’ONG dans le monde
  • Si le secteur des ONG était un pays, il serait la 5e plus grande économie du monde.
  • Les ONG se sont principalement développées à partir de la seconde moitié du XXe siècle et sont majoritairement occidentales (176 en 1909 à 59 383 en 2014).

Maintenant que les bases sont posées, il me paraît important de préciser que les ONG peuvent être divisées en deux catégories :

  • Les ONG de plaidoyer, qui ont pour but de défendre une cause, une opinion ou un groupe de personnes.
  • Les ONG humanitaires, qui ont pour but de développer et/ou aider des régions ou populations dans le besoin.

Qui travaille dans les ONG ?

Il existe trois principaux statuts : bénévole, volontaire et salarié.

Concrètement, quelle est la différence entre ces 3 statuts ?

La différence est d’ordre juridique. S’il est facile de différencier le salarié, soit un intervenant percevant une rémunération en contrepartie de son travail, des autres statuts, il est plus difficile de différencier le bénévole du volontaire.

Le gouvernement français définit le bénévolat comme « un engagement libre et sans contrepartie, de quelque nature que ce soit, par lequel l’individu participe à l’animation et au fonctionnement d’un organisme sans but lucratif en dehors de tout lien de subordination ». Le bénévolat ne fait l’objet d’aucun encadrement particulier.

Au contraire, le volontariat de solidarité internationale est un statut encadré par la loi n° 2005-159 du 23 février 2005 prévoyant pour les volontaires le droit à une indemnité (logement, transport, nourriture), une couverture sociale, une assurance maladie complémentaire, une assurance de rapatriement, de responsabilité civile et plus généralement, « un régime de sécurité sociale lui garantissant des droits d’un niveau identique à celui du régime général de la sécurité sociale française ».

Certaines ONG passent parfois par des agences pour faire traduire leur contenu. Toutefois, cette situation reste assez rare et concerne généralement soit les petites ONG qui ont peu de contenu à faire traduire soit celles qui ont besoin de faire traduire des documents très importants ou dans des langues « rares ». Certaines d’entre elles se dirigent vers des agences ou associations comme Mondo Agit et son initiative PerMondo ou Translators without borders qui proposent de traduire leurs documents gratuitement.

Les ONG ne sont-elles composées que de bénévoles ?

La plupart des gens ont tendance à penser que si l’on veut s’engager dans une ONG, il faut automatiquement être bénévole. Même si la majorité est bénévole, on peut voir dans le graphique ci-dessous que ce n’est pas toujours le cas chez les traducteurs. Une traductrice a même admis que les ONG font partie de ses clients qui paient le plus. Pour travailler en tant que salarié, elle conseille de se tourner vers des ONG qui reçoivent d’importantes sommes d’argent de la part de diverses entités internationales comme USAID et la Gates Foundation. Les données présentes dans ce graphique et dans les prochains sont les résultats d’une enquête de 2 semaines publiée sur Twitter et LinkedIn à laquelle 13 traducteurs, qui traduisent pour des ONG, ont accepté de répondre.

Graphique-Statut des traducteurs ONG

De nombreux traducteurs ont d’ailleurs déclaré qu’ils ont travaillé en tant que salarié pour certaines ONG et en tant que bénévoles pour d’autres. L’organisation et le service de traduction, en particulier, ne sont pas identiques dans toutes les ONG et dépendent des ressources financières, de la taille ou de l’esprit de l’ONG ainsi que ses objectifs.

Pourquoi les ONG ont-elles besoin de traducteurs ?

Le besoin de traduction dans les ONG a augmenté en même temps que l’omniprésence d’Internet, qui leur a offert un nouveau moyen de visibilité à plus grande échelle, plus facile d’accès et plus facilement personnalisable.

Si la grande majorité des ONG fait appel à des traducteurs, elles ne le font pas toutes dans le même objectif. Par exemple, l’objectif principal de l’ONG Oxfam, comme beaucoup d’autres, est de « permettre à l’organisation de communiquer efficacement avec un public international multilingue, en interne comme en externe ». Les objectifs et les documents à traduire peuvent être divers et varient selon les équipes de l’ONG.

Quels documents les traducteurs sont-ils amenés à traduire ?

Les ONG doivent faire traduire divers documents, à usage interne et à usage externe. Il est ressorti des témoignages et des articles que les traducteurs ne sont pas amenés à traduire un seul type de document, sur un seul type de support. Au contraire, ils ont été amenés à traduire sur des sites web, aussi bien que sur papiers, sur CD/DVD, dans Excel ou encore des fichiers PowerPoint et audio.

Usage externe

Aujourd’hui, toutes les ONG se doivent d’avoir un site web sur lequel elles donnent toutes les informations relatives à l’ONG. Afin d’atteindre et faire connaître leur cause à plus de personne dans le monde, la plupart des ONG font donc traduire leurs sites internet. C’est le cas, par exemple, de l’ONG espagnole Cives Mundi et l’ONG AFS intercultural programs. Tout le contenu publié sur le site web est donc traduit : témoignages, articles, vidéos, campagnes, missions, informations de contacts et informations pour devenir donateur ou s’engager avec l’ONG, etc.

Toutefois, d’autres ONG telles que Greenpeace et WWF adoptent une autre stratégie : celle de créer plusieurs sites unilingues et ainsi rédiger du contenu dans la langue officielle du pays. Chaque pays a donc son équipe qui est responsable de rédiger des articles, annoncer les futurs évènements et actions dans sa langue maternelle.

Traduction OXFAM

Usage interne

Une grande partie des documents traduits ne sont pas accessibles à tous et ont pour but principal la compréhension et l’organisation. On peut notamment citer les rapports, les notes de presses, les contenus de campagne, le matériel de formation pour le personnel, les emails, les directives, des documents médicaux ou légaux, les sondages, les lettres, les pétitions, des documents officiels et plus généralement, les documents liés à la mission. Cette longue liste prouve que la traduction fait partie intégrante des ONG, qui ne pourraient fonctionner sans l’aide des traducteurs.

Les langues de travail dans les ONG

L’anglais est très souvent la langue de prédilection dans les ONG. Les raisons ?

  • L’anglais est la langue internationale. Toute ONG souhaitant avoir une portée internationale doit donc utiliser l’anglais.
  • De nombreuses ONG sont créées dans un pays anglophone

Au-delà de l’anglais, les langues de travail dépendent des lieux de missions. Le français, l’espagnol, le portugais et l’arabe, par leur présence dans le monde, sont les autres langues les plus couramment rencontrées et traduites dans les ONG. Toutefois, les traducteurs sont plus ou moins nombreux selon les langues (les traducteurs arabophones chez Oxfam sont plus difficiles à trouver) et certaines ONG doivent se tourner vers les agences lorsque aucun traducteur dans la combinaison de langue requise n’est disponible.

Quel est le processus de traduction d’un document ?

Le processus de traduction se compose de 4 étapes : la réception de la demande accompagnée des possibles glossaires et consignes, qui sont envoyés au gestionnaire de projet ; la sélection du traducteur et l’envoi du document ; la révision puis le renvoi du document traduit. Ce processus peut légèrement varier selon les délais ou la taille du projet, par exemple. En effet, lorsque les délais sont courts, les ONG ont tendance à externaliser le processus.

En ce qui concerne la qualité des traductions, la plupart des ONG révisent systématiquement les documents traduits. Pour la part restante qui saute cette étape, elle fait généralement passer un test avant de confier un projet afin de vérifier les compétences du traducteur. En raison de l’importance des documents à traduire et parfois du langage de spécialité employé, beaucoup d’ONG font non seulement passer un test à l’entrée mais révisent aussi les traductions.

Les traducteurs interviewés étaient autant à déclarer qu’ils avaient dû passer un test à l’entrée que ceux qui affirmaient le contraire. Enfin, 16 % d’entre eux révélaient que ça dépendait des ONG pour lesquelles ils ont traduit.

Et les traducteurs ?

Graphique-Liste des ONG

L’ONG qui revenait le plus souvent dans la réponse à mon questionnaire est en réalité une association qui traduit pour des ONG : Translators without Borders. Cette association est donc privilégiée par les traducteurs souhaitant lier travail et engagement. Une traductrice a même avoué avoir traduit pour 28 ONG par le biais de Translators without Borders (incluent dans la catégorie « autres »). Sur la deuxième marche du podium se trouvent les ONG Save the Children International et Doctors without Borders/Médecins sans frontières.

La catégorie « autres » réunit toutes les ONG pour qui un seul traducteur a traduit (parmi ceux qui ont répondu à mon questionnaire). Cette section comprend les ONG suivantes :

·         WWF ·         TDH
·         Sea Shepherd ·         American Red Cross
·         PerMondo ·         Amref Health Africa
·         Amnesty International ·         Bibliothèque sans Frontières
·         GreenPeace ·         CAFE football
·         Global voices ·         CARE USA
·         Amara.org ·         Concern worldwide
·         ICRC ·         COVID-19 (H2H)
·         Humanity and Inclusion ·         Dianova
·         HelpAge ·         Ecancer
·         UNDP ·         …

Enfin, il est important de savoir que certains traducteurs ne sont pas autorisés à dévoiler le nom des ONG avec qui ils travaillent pour des questions de confidentialité, d’où la section « ne peut pas dire ».

Malgré la longue liste d’ONG avec lesquelles les traducteurs ont collaboré, leurs témoignages prouvent que les traducteurs partagent de nombreux points communs et que les ONG fonctionnent à peu près de la même manière.

Pourquoi traduire pour une ONG ?

Graphique-Pourquoi traduire pour une ONG

La moitié des traducteurs ont décidé de traduire, bénévolement ou non, pour des ONG pour se sentir utile et faire une action qui a du sens, participer à l’effort humanitaire. C’est d’ailleurs la principale raison qui pousse les habitants d’un pays, de manière générale, à s’engager dans une ONG.

Deuxième raison : Les traducteurs s’engagent car ils sont intéressés par l’ONG et partage ses valeurs (12 %). C’est donc le meilleur moyen de lier sa vie personnelle et professionnelle. C’est d’ailleurs la première raison qui pousse les traducteurs à traduire pour une ONG plutôt qu’une autre.

Le même nombre de traducteurs déclare avoir directement été contacté par les ONG. C’est donc plus tard que leur intérêt pour la traduction dans les ONG est apparu.

La troisième raison dans la liste est la volonté de faire évoluer sa carrière (11 %) : gagner en expérience, développer des compétences…

Enfin, ils traduisent pour une ONG car ils ont du temps ou sont intéressés par la traduction même au sein des ONG : plus variées.

Combien de temps consacrent-ils aux traductions pour les ONG ?

Tous les traducteurs ne consacrent pas la même durée étant donné qu’ils n’ont pas tous le même statut et ne traduisent/traduisaient pas dans les mêmes conditions.

Il est évident que les traducteurs salariés consacrent autant de temps pour les projets pour les ONG que pour les autres projets. La situation peut être différente dans le cas des bénévoles.

30 % des traducteurs bénévoles traduisent sur leur temps libre : entre 7 et 12 heures par semaine selon les traducteurs, 20 % n’ont pas de contraintes de temps et y consacrent donc tout le temps nécessaire et enfin, 20 % considèrent que ces projets sont aussi importants que d’autres et y consacrent donc autant de temps. Le principal étant de consacrer assez de temps pour se sentir utile sans pour autant se laisser envahir.

Certains traducteurs ont traduit pendant quelques mois alors que d’autres traduisent depuis 15 ans mais 70 % d’entre eux traduisent aujourd’hui encore pour les ONG, bien que ça leur prenne du temps ou qu’ils ne soient pas payés. Ceux qui continuent à traduire recommandent cette incroyable expérience humaine durant laquelle ils ont beaucoup appris sur les problèmes dans le monde et ont pu, à leur manière, aider à les régler tout en mettant un peu de piment dans leurs vies quotidiennes. Puis comme a très bien dit une traductrice : si ce ne sont pas les traducteurs professionnels qui traduisent ces documents, ça laissera plus de place aux charlatans…

 

Merci aux traducteurs et aux ONG qui ont accepté de répondre à mes questions.

 

Sources :

Enquête composée d’un questionnaire anonymisé destiné aux traducteurs travaillant pour des ONG et un autre destiné aux ONG.

Badaoui, Anissa. « Les volontaires de solidarité internationale : entre bénévoles et professionnels ? » VST – Vie sociale et traitements n° 109, no 1 (4 mars 2011): 52‑57.

———. « Humanitarian Work Close to Home: Irina Nosova ». Translators without Borders Blog, 24 janvier 2020. https://www.translatorswithoutborders.org/blog/irina-nosova/.

NonProfit Action. « Facts and Stats about NGOs Worldwide ». Consulté le 27 avril 2020. http://nonprofitaction.org/2015/09/facts-and-stats-about-ngos-worldwide/.

Guillaume, Astrid. « La traduction au service des ONG ». Hermes, La Revue n° 56, no 1 (2010): 83‑89.

Muriel Valencia, Sandra. « El papel de la traducción en una ONG: el caso de la organización no gubernamental para el desarrollo (ONGD) Cives Mundi », 2017. http://uvadoc.uva.es/handle/10324/23330.

Núñez Martínez, Daniel. « La traducción jurídica en el ámbito de las ONG: un texto sobre jurisdicción universal », 3 octobre 2016. http://rua.ua.es/dspace/handle/10045/58430.

« Préoccupations des Français selon le sexe | Insee ». Consulté le 27 avril 2020. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383052#graphique-figure1.

« Qu’est-ce qu’une organisation non gouvernementale (ONG) ?| Vie publique.fr ». Consulté le 26 avril 2020. https://www.vie-publique.fr/fiches/38225-quest-ce-quune-organisation-non-gouvernementale-ong.

« Questions thématiques : aperçu général », 19 novembre 2015. https://www.un.org/fr/sections/issues-depth/global-issues-overview/index.html.

Tesseur, Wine. « Institutional Multilingualism in NGOs: Amnesty International’s Strategic Understanding of Multilingualism ». Meta: Journal des traducteurs 59 (1 décembre 2014): 557. https://doi.org/10.7202/1028657ar.

Thicke, Lori. « Traducteurs sans frontières ». Traduire. Revue française de la traduction, no 216 (1 mars 2008): 75‑78. https://doi.org/10.4000/traduire.986.

Valero, Carmen. « (PDF) Acción y voluntariado: las ONG y los servicios de traducción e intrepretación ». ResearchGate. Consulté le 26 avril 2020. https://www.researchgate.net/publication/28137931_Accion_y_voluntariado_las_ONG_y_los_servicios_de_traduccion_e_intrepretacion.

« Y-a-t-il une différence entre un bénévole et un salarié ? | Associations.gouv.fr ». Consulté le 29 avril 2020. https://www.associations.gouv.fr/y-a-t-il-une-difference-entre-un-benevole-et-un-salarie.html.

J’ai testé pour vous : le bénévolat en traduction

Par Alessandro Circo, étudiant M2 TSM

 

Le bénévolat en traduction a déjà été évoqué sur ce blog dans cet article, où il était présenté comme un moyen pour les étudiants d’acquérir de l’expérience. C’est donc sous un autre angle que je m’intéresserai ici à cette activité qui, je pense, présente de nombreux intérêts. Aujourd’hui, il est possible de traduire bénévolement pour différents organismes, aux objectifs variés. Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de vous en dresser une liste exhaustive, j’ai choisi de porter à votre attention deux d’entre eux : le projet Out of Eden Walk de National Geographic et Translators Without borders. Le premier, vous l’aurez peut-être deviné, relève du voyage et de l’aventure. Le second, vous en avez sûrement entendu parler, est une organisation à but non lucratif dont la mission est d’offrir des services de traduction aux organismes d’aide humanitaire et de développement. Malgré leurs différences, ces deux solutions ont selon moi une ambition commune : abolir la barrière de la langue. En ce sens, elles renouent toutes deux avec l’essence même de la traduction et permettent de diffuser du contenu par-delà les frontières.

Out of Eden Walk, le plaisir de traduire

Le projet Out of Eden Walk s’intéresse aux origines de l’humanité à travers un voyage qui retrace le parcours de nos ancêtres. Son point de départ ? Le berceau de l’humanité, l’Afrique. Son objectif ? Découvrir le monde.

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Un itinéraire long de plus de 30 000 kms

 

À l’heure où ce circuit aurait pu être parcouru à grands coups de billets d’avions et de locations de véhicules tous terrains, en bien moins de temps que Jules Verne ne l’aurait espéré, le journaliste Paul Salopek a souhaité prendre une toute autre direction et adopter un rythme de croisière plus agréable en voyageant à pied, tout simplement.

Mais alors, la traduction dans tout ça ? Patience, elle arrive. Étape après étape, le journaliste fait part depuis son atelier mobile de ses impressions, de ses rencontres. C’est à cet instant précis que la communauté de traducteurs lui emboîte le pas pour traduire ses billets, ses chapitres, dans 17 langues. Et c’est également à cette étape que vous pouvez rejoindre la caravane, confortablement installé derrière votre ordinateur, vagabondant par procuration sur la route de la soie ou au beau milieu des montagnes du Petit Caucase en Géorgie.

Pour cela, rien de plus simple, vous n’avez qu’à balader votre souris sur cette page. Vous pourrez alors vous éloigner un instant des traductions parfois trop terre à terre et vous délecter d’un peu de liberté. Attention, l’exercice n’est pas non plus de prendre la place du journaliste mais bien de relater ses propos, la traduction est abordée sérieusement avec le flux de travail habituel : traduction, révision et échange avec le réviseur, prise en compte des remarques et modification de la traduction, etc. La tâche est effectuée via un outil en ligne, dans lequel le texte est segmenté. L’échange avec le réviseur se fait également grâce à cet outil. Il existe par ailleurs un groupe dédié à la communauté sur Facebook dans lequel les traducteurs peuvent demander conseil.

Vous voilà maintenant informés et prêts à partir à l’aventure, je terminerai cette première partie par un détail qui revêt une importance toute particulière : les traductions sont signées, un fait assez rare de nos jours.

 

Translators Without Borders, la mission/traduction humanitaire

Dans un tout autre domaine, l’organisation à but non lucratif Translators without borders (TWB) propose de venir en aide aux agences d’aide humanitaire et de développement en mettant à (non-)profit ses talents de traducteur. Les textes à traduire orbitent autour de l’éducation, de la santé, du droit, l’objectif étant de permettre l’accès à ces connaissances par toutes les personnes concernées de près, comme de loin. Par ailleurs, TWB tente d’attirer l’attention sur les besoins en traduction et en interprétation des régions en situation de crise, car bien souvent la communication est très difficile entre les organisations humanitaires et les populations touchées.

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L’impact de Translators Without Borders dans le monde

 

L’organisme offre ses services pour 190 paires de langues et fait la part belle aux langues peu représentées. L’une de ses missions est d’ailleurs de dispenser des formations en traduction aux populations locales afin qu’elles puissent venir en aide aux missions humanitaires et développer une activité économique.

En ce qui concerne la traduction, elle s’effectue sur une plateforme nommée Kató. Une fois l’inscription effectuée via ce formulaire, le traducteur est informé des nouveaux projets dans sa paire de langue via e-mail ou en effectuant une recherche sur la plateforme. Là encore, le flux de travail comporte toutes les étapes habituelles, il ne s’agit évidemment pas de traduction amateure, les sujets abordés sont sérieux et une mauvaise transmission de l’information pourrait avoir des conséquences considérables. Le site s’adresse en priorité aux traducteurs professionnels qui souhaitent offrir un peu de leur temps libre, il n’exclut en aucun cas la participation des volontaires aux compétences linguistiques appropriées et les encourage à apporter leur pierre à l’édifice.

Voilà donc deux solutions qui sauront combler les heures creuses de votre emploi du temps et qui ne manqueront pas de vous apporter une satisfaction certaine tout en vous faisant oublier les aléas du métier de traducteur. Il existe bien d’autres organisations qui proposent ce type d’activité dans des domaines plus ou moins spécialisés et pour des causes très variées, par exemple Uridu dont les missions sont axées sur les femmes rurales. Il ne vous reste donc plus qu’à choisir votre domaine de prédilection pour faire rimer traduction avec « bonne action » !

 

Sources :

https://translatorswithoutborders.org/about-us/

https://www.nationalgeographic.org/projects/out-of-eden-walk/#section-0

 

Retour sur l’atelier de traduction et d’adaptation de CV pour les étudiants réfugiés

Par Clémentine Carriot, étudiante M2

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Sur la base du volontariat, les étudiant.e.s en 2ème année du master TSM, dont je fais partie, ont participé à une journée d’accueil pour des étudiants réfugiés et demandeurs d’asile récemment admis à l’université de Lille. Le but était de mettre nos compétences en traduction au service de ces étudiants.

 

C’est notre professeur M. Rudy Loock qui est à l’initiative de cette journée à laquelle nous sommes très fiers d’avoir pu participer. En effet, cet atelier fait suite au projet de l’Auberge des Migrants, grâce à qui les étudiants ont pu quitter Calais et suivre des cours à l’Université de Lille.

Ainsi, le mercredi 14 décembre 2016 dès 9h30, nous nous sommes répartis entre étudiants réfugiés et étudiants du Master TSM dans deux salles du campus de Roubaix pour des ateliers de traduction de CV.

Dans un premier temps, nous nous sommes rapidement présentés un à un, puis nous avons constitué des binômes de travail. Grâce à la « classe mobile » (des ordinateurs portables prêtés par l’université), chaque duo avait à sa disposition un ordinateur pour effectuer des recherches et rédiger le CV.

L’étudiant avec qui j’ai travaillé s’appelle Zafar et il a mon âge, 22 ans. Il est originaire du Pakistan, qu’il a dû quitter sous la menace des talibans. Après avoir fait brièvement connaissance, nous avons commencé à travailler sur son CV en commençant par noter les formalités (nom, prénom, adresse, etc.), puis nous lui avons créé une adresse e-mail, élément indispensable du CV, sur Gmail. Ensuite, nous avons établi une liste des établissements où il a étudié et des diplômes qu’il a obtenus, en anglais dans un premier temps. L’une des difficultés principales de cet atelier a été de trouver des équivalences françaises aux diplômes étrangers. Pour cela il a fallu comparer l’âge auquel l’examen était passé, ou encore la durée d’études nécessaires à l’obtention du diplôme. En général, on a choisi d’écrire le nom du diplôme en anglais ou dans la langue d’origine, puis de préciser entre parenthèses l’équivalence française. Pour compléter le CV, nous avons répertorié les langues pratiquées, qui sont une réelle valeur ajoutée. En effet, plusieurs étudiants parlaient différentes langues ou dialectes en plus de leur langue d’origine, ce qui peut être un atout dans certains domaines, tel que le commerce. Par exemple, l’étudiant avec qui je travaillais avait pour langue d’origine l’ourdou (langue officielle du Pakistan), mais savait aussi parler le pachto (langue officielle de l’Afghanistan) ainsi que l’hindi.

Pour terminer le CV, nous avons ajouté les compétences informatiques de Zafar ainsi que ses centres d’intérêt. Nous n’avons pas pu ajouter de partie « Expérience professionnelle » car il n’en n’avait pas encore, mais les étudiants réfugiés ayant déjà exercé une activité professionnelle l’ont bien sûr précisé dans leur curriculum vitae.

 

Aux alentours de 12h, nous avons tous bénéficié d’un repas offert par l’université, que nous avons mangé au restaurant universitaire du campus de Roubaix et autour duquel nous avons pu échanger tous ensemble.

Ensuite, nous avons repris l’atelier où nous avons finalisé la mise en page du CV. Puisqu’il nous restait du temps, j’ai pu expliquer à mon binôme les différentes conventions à utiliser dans les lettres de motivation françaises, et nous avons rédigé une ébauche de lettre, afin qu’il puisse l’utiliser comme modèle dans le futur (surtout au niveau du format, des formules de politesse, etc.).

Nous avons ensuite tous les deux décidé d’échanger sur nos origines, notre parcours : il m’a montré sur une carte d’où il venait exactement, où vivait sa famille actuellement, m’a expliqué pourquoi il était parti et le chemin qu’il avait parcouru pour arriver jusqu’en France (dont une majorité a été faite à pieds, pendant six mois).

Après ce moment de partage, l’ensemble du groupe s’est dirigé vers le musée de La Piscine, à Roubaix, qui nous a ouvert ses portes gratuitement pour l’occasion. Nous avons pu déambuler librement dans les couloirs du musée, où j’étais toujours accompagnée de mon binôme étudiant qui a beaucoup apprécié la visite. En effet, certaines œuvres lui ont rappelé d’une manière ou d’une autre le Pakistan, ce qui lui a fait plaisir.

Une fois la visite du musée terminée, nous avons clos cette journée par des au revoir, mais en échangeant tout de même nos adresses e-mail pour partager nos photographies de la journée et obtenir des nouvelles.

Je suis très heureuse et fière d’avoir pu participer à cette journée, de m’être rendue utile, d’autant plus que Zafar m’a expliqué qu’il considérait ce jour comme une belle opportunité et comme une chance, car il n’a pas l’habitude de parler français aussi longtemps avec des jeunes de son âge.

Je suis d’autant plus fière d’avoir été présente à cet atelier au vu de ce qu’il m’arrive de lire et d’entendre au quotidien : des foyers de travailleurs immigrés incendiés, des coups de feu contre des foyers d’accueil de réfugiés, des commentaires honteux et des appels à la haine sur les réseaux sociaux, etc. Après avoir passé la journée avec un étudiant réfugié et avoir écouté son histoire, le sentiment d’incompréhension face à ce type d’acte est encore plus grand.

Pour conclure cet article, je souhaite tout le meilleur aux étudiants que nous avons rencontré ce jour, et je remercie M. Loock de nous avoir permis à tous de participer à cette journée très enrichissante que nous n’oublierons pas.

 

En bonus : article de La Voix du Nord du vendredi 16 décembre sur cette journée (cliquer sur la photo) :

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