Traduction et traducteur : entre mythe et réalité

Par Emmanuelle Dutreuil, étudiante M2 TSM

 facts

 

L’idée de cet article m’est venue en me baladant sur Facebook il y a quelques jours. Je suis tombée sur le post d’une connaissance qui disait vouloir se lancer dans un Master de traduction. Un de ses amis lui a très gentiment demandé pourquoi elle voulait faire ça, en lui envoyant un lien menant au site de notre très cher Google Traduction. Voici donc huit des mythes les plus répandus sur les traducteurs et le monde de la traduction.

 

  1. La traduction machine remplace (ou va remplacer) les biotraducteurs

On a tous déjà entendu cette phrase : « Mais, pourquoi tu es traducteur ? Il y a Google Traduction, non ? »… Alors oui, il y a Google Traduction, mais est-ce vous avez déjà essayé d’y mettre un texte créatif (comme Pénélope) ? Une phrase dont la structure est très complexe ? Ou encore traduire d’une langue comme l’anglais, qui n’a pas de déclinaison, au finnois qui comprend 15 cas (oui oui, quinze…) ? En effet, ça peut poser problème.

Certes, la traduction machine est de plus en plus performante, mais remplace-t-elle les traducteurs humains ? Bien sûr que non. La machine n’est pas capable de prendre en compte certains paramètres qui sont cruciaux lors de la traduction comme les expressions idiomatiques, le public visé ou encore une limite de caractères. Il y aura toujours besoin d’un humain pour relire ou post-éditer le résultat de la traduction machine.

 

  1. N’importe quelle personne bilingue peut être traducteur 

Selon moi, il faut être bilingue (ou du moins, avoir une excellente maîtrise de deux langues) pour pouvoir traduire. Mais toutes les personnes bilingues peuvent-elles traduire ? C’est déjà moins sûr. Si c’était le cas, les programmes universitaires en traduction ou les différentes écoles enseignant cette matière n’existeraient pas. Les personnes bilingues n’ayant jamais étudié la traduction pourraient traduire un texte, mais quelle serait la qualité de celui-ci ? Pour moi, la traduction demande une très bonne compréhension de la langue source et de ses subtilités, mais aussi (et surtout) une qualité rédactionnelle excellente dans la langue cible. Si le traducteur ne fait pas preuve de créativité, ne reformule pas et se contente du grammaticalement correct, la qualité finale de sa traduction laissera probablement à désirer et son texte sentira la traduction (ce que tous les traducteurs veulent absolument éviter).

 

  1. Un bon traducteur peut tout traduire

Oui oui, certaines personnes pensent que les traducteurs peuvent tout traduire, indépendamment de leur domaine de spécialisation. C’est bien connu que la description de produits et la greffe pulmonaire, c’est la même chose !

Un traducteur n’est pas obligé de se spécialiser, mais la plupart le font. En effet, se spécialiser signifie traduire plus de textes dans le même domaine et donc, un gain d’expérience, de précision et de productivité. Plus (ou presque plus) besoin de passer des heures à faire des recherches terminologiques. Prenons l’exemple d’un traducteur indépendant spécialisé dans la chirurgie cérébrale travaillant avec une agence. Les gestionnaires de projet feront bien évidemment appel à lui pour un projet de ce type plutôt qu’à un traducteur n’ayant pas de domaine de spécialisation ou simplement spécialisé dans le médical.

 

  1. Un traducteur peut traduire vers et depuis sa langue maternelle 

Même si certains le font, traduire dans les deux sens est déconseillé et risqué. Comment peut-on attendre un texte fluide, naturel et qui ne « sent » pas la traduction lorsque le traducteur ne traduit pas vers sa langue maternelle ? Peu importe le nombre d’années d’apprentissage, notre seconde langue ne sera jamais au même niveau que notre langue maternelle (sauf peut-être pour les personnes ayant grandi dans une famille bilingue). En effet, notre vocabulaire est bien plus vaste, nos compétences linguistiques bien plus approfondies. Une des caractéristiques les plus importantes pour une traduction, c’est qu’elle puisse passer pour un texte écrit en langue originale et qu’il n’y ait pas de collocation étrange ou de structure douteuse. Or, cela ne s’apprend pas dans les livres de grammaire. Lucie a d’ailleurs écrit un article à ce sujet, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

 

  1. Texte source, texte cible : même longueur

Je vois déjà les traducteurs professionnels lever les yeux au ciel. Les personnes étrangères au monde de la traduction ne sont peut-être pas au courant que toutes les langues n’ont pas la même structure ou longueur. Prenons par exemple la langue de nos voisins, l’allemand. Comment peut-on s’attendre à une traduction de même taille quand on sait que la langue allemande comprend des mots comme Lebensmittelgeschäft (20 lettres tout de même), qui se traduit en anglais par « food shop » ?

Si l’on en croit media lingo, les traductions EN > FR seraient de 15 à 20 % plus longues que l’original. Pour l’allemand, la différence est encore plus importante, les textes traduits seraient de 10 à 35 % plus longs.

Au contraire, certaines langues sont bien plus courtes, comme les langues scandinaves ou les langues asiatiques comme le coréen ou le japonais.

La longueur des langues est un critère à prendre en compte lors de la traduction de sites web ou applications, de la localisation de logiciels ou encore lors du DTP, car si l’on traduit depuis l’anglais, il est fort possible que les traductions soient bien plus longues (ou bien plus courtes).

 

  1. Tu es traducteur ? Donc tu es aussi interprète, non ?

Alors non. Ce sont en réalité deux métiers complètement différents qui ne demandent pas les mêmes compétences. Alors oui, pour être interprète ou traducteur, il faut bien évidemment parler deux langues et transmettre un message de l’une à l’autre. Mais la similarité s’arrête là. L’interprète travaille à l’oral et se concentre davantage sur la transmission du message et beaucoup moins sur la forme. Sa priorité n’est pas de faire de jolies phrases mais plutôt de reformuler le message de la façon la plus claire et complète possible, sans oublier aucune information. Il n’a pas le temps de vérifier les mots inconnus et doit produire une traduction orale sans attendre.

Au contraire, le traducteur travaille à l’écrit et accorde autant d’importance au message qu’à la forme. Aucune faute n’est admise, que ce soit une faute de grammaire, de conjugaison, de syntaxe, de sens, etc. Tout a son importance.

 

  1. Un traducteur EN > FR (CA) pour du FR (FR), pourquoi pas ?

Certaines personnes non francophones ne savent peut-être pas qu’il existe bel et bien une différence entre le français de France et celui parlé au Canada. Personnellement, si on me dit « tire-toi une bûche », moi pas comprendre. Si vous ne comprenez pas non plus, je vous invite à visiter cette page. Si vous êtes un client et souhaitez viser un public ou une région bien précise, vous avez tout intérêt à choisir la bonne variante de la langue. Ne prenez pas n’importe quel francophone, vous pourriez avoir des surprises (et pas que des bonnes).

C’est également le cas pour d’autres langues comme l’allemand d’Allemagne et l’allemand d’Autriche ou encore pour l’espagnol d’Espagne et celui d’Amérique latine. Et même au sein de ce continent, un seul mot peut avoir plusieurs sens. Par exemple, boludo a plusieurs significations selon le pays :

– stupide (Argentine)

– immature (Costa Rica)

– paresseux (Guatemala)

Il faut donc bien faire attention à qui s’adressent vos traductions.

 

  1. Non, je suis désolée, je ne peux pas traduire 10 000 mots pour demain 8 heures

Oui, certains pensent qu’il est possible de traduire énormément de mots dans un délai très réduit. Mais ils ne se rendent pas compte du temps que prend la traduction et que les traducteurs ne sont pas des machines qui travaillent 24 heures par jour. Mais en plus de la traduction, la plupart des agences offrent des services supplémentaires étroitement liés à la celle-ci. Quand on envoie un texte à une agence, il sera non seulement traduit mais également révisé. D’autres tâches peuvent venir s’ajouter comme l’assurance qualité ou la mise en page, par exemple. Donc, la traduction prend du temps mais il faut garder à l’esprit toutes les tâches qui viennent s’y ajouter.

 

 

Ces mythes me sont apparus comme étant les plus communs, mais il en existe bien d’autres.

Et vous, avez-vous déjà eu ce genre de commentaire ? Peut-être en avez-vous entendu d’autres encore plus surprenants ?

N’hésitez pas à les partager en commentaire !

 

Sources

http://www.media-lingo.com/gb/faqs/will-the-translated-version-be-longer-or-shorter-than-the-original-document

https://www.authentikcanada.com/blog/top-10-des-expressions-quebecoises

https://www.taringa.net/posts/offtopic/19543502/Diferentes-significados-de-Boludo-en-Latinoamerica.html

3 réflexions sur “Traduction et traducteur : entre mythe et réalité

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