Localisation QA (LQA)

Par Gabriel Lacroix, étudiant M2 TSM

Avant de commencer cet article, je tiens à préciser que le terme LQA désigne ici l’anglais Localisation Quality Assurance et non le Linguistic Quality Assurance. Un QA (Quality assurance ou Assurance qualité) est une étape qui intervient à la fin d’un projet de traduction pour s’assurer de la qualité et de la cohérence du projet.

Les QA peuvent prendre différentes formes selon les types de projets. J’ai décidé de m’attarder ici sur le QA dans la localisation de logiciel et de jeu vidéo.

Le profil d’un QAteur

Un QAteur a besoin de trois qualités principales. Il doit évidemment être un linguiste natif de la langue qu’il révise. Connaitre la grammaire, les règles de style mais aussi la culture dans laquelle il traduit est obligatoire. Il est aussi impératif d’avoir de fortes connaissances de l’anglais puisque c’est souvent depuis cette langue que sont traduits les logiciels ou les jeux vidéo (l’anglais servant aussi parfois de langue pivot entre des langues asiatiques et européennes).

Ensuite, il doit être familier avec les divers outils informatiques sur lesquels il intervient. Plus on connait de logiciels différents, meilleurs est notre compréhension de celui que l’on teste actuellement. La dernière qualité est bien sûr l’attention aux détails.

Illustration : Mike Pelle (Lapetitepelle)

Quel est le but du LQA ?

Le QAteur est, bien souvent, le premier qui voit le produit dans son ensemble et les traductions en contexte. L’objectif est de s’assurer que l’utilisateur final d’un logiciel ou jeu vidéo ai la meilleure utilisation possible, sans bug ou faute d’orthographe par exemple. Au court de son travail, le QAteur remet un rapport du bug avec les changements à apporter. On peut séparer le LQA en trois catégories différentes, bien que celles-ci se déroulent en même temps.

La partie linguistique

Cette portion du travail implique plus que ce que l’on pourrait penser de prime abord. Cette tâche ne consiste pas uniquement à vérifier la grammaire, l’orthographe et la ponctuation (notamment les espaces insécables !). Il s’agit aussi de faire attention aux formats de date, à la conversion des monnaies, miles en mètres, etc. Il se peut aussi qu’il y ait des caractères corrompus qui n’apparaissent pas comme ils le devraient. Des « ?? » pour des ç, É, À etc.

Lorsqu’on localise, on traduit hors contexte. On ne voit pas le résultat final, on n’a que peu ou pas de contexte. Lors du QA, c’est au linguiste de rapporter s’il faut traduire une phrase autrement car elle ne convient pas en contexte. C’est le premier à voir la phrase telle qu’elle apparaîtra à l’utilisateur final. Les traducteurs utilisent des glossaires mais certaines erreurs d’harmonisation peuvent se glisser dans la version finale. Le rôle du QAteur est de repérer si les termes ne sont pas traduits de la même manière pour tout le logiciel (ex. : soumettre, envoyer, appliquer). Des termes différents peuvent induire l’utilisateur en erreur. Une autre tâche du linguiste est de repérer si le voice-over est bien traduit ou si les sous-titres ne sont pas placés au bon moment.

Du contenu peut également manquer. Les développeurs de la version localisée ne parlent pas forcément la langue cible ! S’ils coupent une partie du texte ou qu’il manque un bout de phrase, ils ne sont pas capables de le percevoir, c’est donc au QAteur de le faire remarquer.

La partie visuelle

Ici, on se concentre sur l’aspect visuel. Est-ce que la police est trop petite/trop grande ? On sait qu’on a un phénomène d’expansion de 20 % de l’anglais vers le français. Est-ce qu’il y a la place pour que le texte s’affiche correctement ? Dans le cas contraire, quelles possibilités peut-on proposer ? Il est possible de redimensionner les boutons et les boites de dialogues pour mieux convenir à la taille de la traduction. On peut aussi jouer avec la taille de la police ou encore retraduire la phase avec des mots différents pour obtenir un nombre de caractères qui convient à notre situation.

On vérifie également que les images ont bien été localisées et qu’elles sont appropriées à la culture dans laquelle on traduit le logiciel. Celui-ci est aussi testé sur les différentes plateformes sur lesquelles il sera présent (PC, Android, iOS) pour vérifier que tout fonctionne comme il se doit.

La partie fonctionnelle

On va tester le logiciel, l’application ou le jeu vidéo en question et voir si tout fonctionne correctement et si les résultats obtenus sont ceux que l’on souhaite. On teste par exemple tous les liens pour voir s’ils amènent à la bonne page, s’ils ont été localisés, etc. On vérifie que les messages d’erreurs ont bien tous été traduits que les raccourcis et commandes clavier fonctionnent tous correctement. La performance est aussi importante. Est-ce qu’il y a des ralentissements, des crashs ?

Dans un jeu vidéo, le QAteur teste absolument tout. Il faut voir si la caméra fonctionne bien partout, si on peut traverser les murs, rentrer dans d’autres joueurs, s’il n’y a pas d’objet invisible, si les personnages non-joueurs agissent bien comme ils le doivent, etc. Il ne s’agit pas vraiment de jouer au jeu comme il a été pensé par les développeurs mais bien en essayant de dénicher tous les bugs que les joueurs finiront de toute façon par trouver. Par exemple parler 10 fois d’affilées au même personnage non-joueur, tuer son personnage à répétition, etc. Le QAteur s’assure aussi que le joueur dispose de suffisamment d’instructions pour savoir ce qu’il doit faire.

Le workflow d’un LQA

Le workflow dépend du projet, de l’agence, des objectifs de l’entreprise mais on peut le résumer ainsi.

Une fois les objectifs du LQA défini avec le client, on passe à la phase de prétest. Pour le jeu vidéo c’est là où on découvre le produit, planifie les tests à effectuer mais aussi précise le nombre de niveaux à jouer, le temps à consacrer à chacun, etc. C’est aussi le moment d’évaluer le temps et le budget qui sera alloué à ce projet.

On passe ensuite au test du jeu ou du logiciel, on rapporte les bugs et tout ce qui peut proposer problèmes comme énoncés, plus haut, dans les différentes parties. On corrige les bugs et on vérifie que la correction apportée a bien fonctionné mais aussi qu’elle n’a pas créé de nouveaux bugs ! L’effet papillon est le quotidien des QAteur dans la localisation !

Après correction des bugs et vérification, on peut renvoyer le projet chez le client, faire un post-mortem pour discuter des aspects positifs et ceux à améliorer pour les prochains projets, et le tour est joué !

En bref, le LQA est une étape cruciale dans le développement d’un jeu ou d’un logiciel. C’est la première fois qu’un linguiste va voir le texte et les fonctionnalités en contexte et c’est à ce moment-là qu’il faut repérer un maximum d’erreur. Si cette étape n’est pas bien effectuée, c’est l’utilisateur final du produit qui remarquera lui-même les erreurs et c’est évident ce que les entreprises souhaitent à tout prix éviter quand elles mettent un produit sur le marché.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur l’étape précédente, la localisation donc, je vous invite pour le jeu vidéo à lire le billet de blog de Jonathan Sobalak (La localisation de jeu vidéo, une traduction technique ou littéraire ?) et pour le logiciel, celui de Benoit Julliard (À la découverte de la localisation de logiciel)

Sources

Aprile, Nahuel G. « LQA: What Is Game Localization Testing And How To Do It Right | LocalizeDirect ». https://www.localizedirect.com/posts/lqa-what-is-game-localization-testing.

Globalme. « Localization QA Testers: What Do Localization Testers Do? », 10 mai 2013. https://www.globalme.net/blog/localization-qa-testers/.

« Localization QA: Why It Matters for Your Game ». https://altagram.com/fr/why-games-need-localization-quality-assurance/.

GamesIndustry.biz. « Seven Ways to Master Localisation QA in Video Games ». https://www.gamesindustry.biz/articles/2019-01-20-seven-ways-to-master-localisation-qa-in-video-games.

« The QA Process in Localization: Going with the Flow or against the Grain? » https://lexiqa.net/the-qa-process-in-localization-going-with-the-flow-or-against-the-grain/.

« What Is Linguistic Quality Assurance and How It Works in Localization ». https://lexiqa.net/what-is-linguistic-quality-assurance-and-how-it-works-in-localization/.

Une réflexion sur “Localisation QA (LQA)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s