Le juste titre

Par Youssef Dine, étudiant M1 TSM

 

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Le cinéma américain nous a offert des scènes mythiques qui resteront à jamais gravées dans nos mémoires. On peut citer comme exemple la scène où le grand requin blanc fait sa première apparition dans le chef d’œuvre de Steven Spielberg « Mâchoires », ou encore celle de la roulette russe dans « Le chasseur de cerf » avec Robert De Niro.

Quoi ? Ces films ne vous disent rien ? C’est normal…

Si je vous parle maintenant des « Dents de la mer » ou de « Voyage au bout de l’enfer », c’est beaucoup plus clair, n’est ce pas ? Vous l’aurez compris, j’ai délibérément choisi de traduire littéralement les titres de ces grands classiques des années 1970 pour vous montrer à quel point la traduction des titres a son importance pour assurer leur succès outre-Atlantique.

Dans ce billet, je propose une réflexion sur les différents cas de figure qui se posent au moment de traduire un titre de film ou de livre dans le cas où il s’agirait d’une adaptation (ce qui n’affecte guère la problématique initiale).

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Lorsque la traduction est inutile

Quand le titre en anglais fait référence au personnage principal, à l’environnement du film ou au lieu dans lequel il se déroule, il n’est en général jamais traduit. Ainsi, Forrest Gump, King Kong, Rocky, Casablanca, ou encore Chinatown n’ont pas changé de titre à leur sortie en France.

Il en va de même pour des séries télévisées comme Dexter, Twin Peaks, Sherlock, Broadchurch et bien d’autres.

 

Lorsqu’il est préférable de ne pas traduire

Bien souvent le titre en français reste le même, bien qu’il ne fasse pas référence au personnage principal ou au lieu dans lequel il se déroule. Contrairement à nos amis québécois qui nous offrent des traductions littérales souvent risibles, des films comme Pulp Fiction, Apocalypse Now, Dirty Dancing, Scarface, Ghost, Trainspotting, Raging Bull, Braveheart, Full Metal Jacket, Fight Club, Requiem for a Dream ou Taxi Driver, pour ne citer qu’eux, n’ont pas été traduits en France. Il faut bien avouer que « Fiction pulpeuse », « Danse lascive », « Ferrovipathe » ou « Mon fantôme d’amour » n’auraient sûrement pas fait le même carton au box office…

Alors pourquoi ne pas traduire ces titres ? Evidemment l’aspect commercial est primordial pour comprendre ce phénomène. Un film est avant tout caractérisé par son titre, un mauvais titre peut nuire au succès de celui-ci. En ce qui concerne les exemples cités plus haut, on peut noter qu’ils ont tous un point commun : ils ont un impact sonore suffisamment efficace pour rendre toutes traductions futiles. Même pour un public français qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, ces titres sont accrocheurs et donnent envie de regarder le film. Et en plus, leur prononciation est plutôt facile, même pour les plus mauvais d’entre nous. On peut aussi ajouter que sans être bilingues, ces titres sont à peu près compréhensibles. En effet, on devine que Braveheart fait référence à un personnage courageux, que Dirty Dancing parle de danse ou que le personnage principal de Taxi Driver est chauffeur de taxi.

On peut ajouter que l’anglais a pris une place tellement importante aujourd’hui, que certains traducteurs français choisissent de changer le titre original en anglais pour un autre… EN ANGLAIS ! Ainsi The Hangover a été « traduit » par Very Bad Trip et Silver Linings Playbook par Happiness Therapy, par exemple.

 

Lorsqu’une traduction littérale est acceptable

Il est bien sûr plus simple de traduire littéralement un titre quand cela est possible. Comme je l’ai dit précédemment, la sonorité est primordiale. Alors, lorsqu’une traduction littérale permet d’obtenir un titre de film dont l’impact sonore est le même qu’en anglais, pourquoi s’en priver ? Ainsi, The Godfather a été traduit par Le Parrain, Schindler’s List par La Liste de Schindler, Saturday Night Fever par La fièvre du samedi soir, ou Singin’ in the Rain par Chantons sous la pluie. On voit bien qu’en français, ces titres sont tout aussi accrocheurs que leur version originale.

Dans certains cas, traduire littéralement n’est pas une solution car cela aboutit à des titres loufoques qui n’auraient pas de sens en français. Cependant une traduction est tout de même nécessaire car le titre en anglais ne parlerait pas à un public francophone. On parle alors de transcréation. Cela nous amène à notre dernier cas.

 

Lorsque la transcréation est nécessaire

Comme nous l’avons vu en cours de traductologie, il est souvent nécessaire d’aller au delà de la traduction pour produire un titre digne de ce nom. Un véritable effort créatif doit être réalisé et cela engendre des titres en français parfois meilleurs que les originaux. Ainsi un classique du Western High Noon est devenu l’un des titres les plus immédiatement identifiables du cinéma américain : Le train sifflera trois fois.

Les films d’Alfred Hitchcock constituent également un bon exemple. Bien que des films comme Psychose ou Les Oiseaux aient été traduits littéralement, pour d’autres, il a vraiment fallu s’éloigner du titre original. Par exemple, Dial M for Murder, qui raconte l’histoire d’un crime qui se veut parfait, est devenu tout naturellement Le crime était presque parfait. On peut également citer North by Northwest qui a été traduit par La Mort aux trousses, ou encore Vertigo par Sueurs froides.

Pourquoi aller aussi loin ? Là encore pour des raisons commerciales. Qui serait aller voir un film qui se serait appelé « Midi » ou « Faites le M pour meurtre » ? Il en va de même pour la célèbre saga Die Hard où chacun des films a été traduit différemment (Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, Une journée en enfer et Retour en enfer) pour éviter d’avoir recours à un étrange « Mourir durement »… De la même manière, la série de films parodiques Airplane! est devenu Y a-t-il un pilote dans l’avion ? au lieu de « Avion ! ».

De plus il est important de s’adapter au public cible, ainsi le premier livre de la saga Harry Potter, Harry Potter and the Philosopher’s Stone n’a pas été traduit par « Harry Potter et la pierre philosophale » mais par Harry Potter à l’école des sorciers, beaucoup plus vendeur pour les enfants français qui peuvent plus facilement s’identifier au personnage.

 

Mais les auteurs ne prennent-ils pas parfois trop de liberté avec leur traduction ?

Quand The Shawshank redemption devient Les Evadés en français, ne serait-ce pas un spoiler par hasard ? Le titre français gâche un peu le twist final qui rend ce film si spécial.

De la même manière, revenons à la traduction de The Deer Hunter, qui est devenu Voyage au bout de l’enfer en français. Alors que le titre original préfère se focaliser sur le groupe d’amis sidérurgistes et amateurs de chasse, le titre français fait plus référence à l’ « enfer » qu’ils vont vivre au Vietnam pendant la guerre (45 minutes sur 2h55 au total). Encore une fois, ce choix relève plus du marketing qu’autre chose, appeler un film « Le chasseur de cerf » tout en précisant qu’il s’agissait d’un film sur la guerre du Vietnam aurait prêté à confusion.

 

On peut conclure de tous ces exemples, qu’à l’heure de traduire un titre, l’aspect commercial et sonore, en plus de la prise en compte du public cible, est tout aussi important (voire plus important) que la fidélité au titre original. Il est parfois compliqué de combiner les deux. Le traducteur doit donc faire un choix et on en revient donc au débat éternel entre fluidité et fidélité, sauf que dans ce cas là on pourrait le reformuler ainsi : fidélité vs. sonorité.

 

Liens :

http://www.topito.com/top-des-titres-de-films-mal-traduits

http://www.jprissoan-histoirepolitique.com/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/thedeerhuntervoyageauboutdelenfercimino1978

http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18642113/

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/pourquoi-traduire-les-titres-de-films-anglais-en-anglais_1575343.html

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3 réflexions sur “Le juste titre

  1. On peut également ajouter la tendance de plus en plus en vogue en France d’ajouter une glose dans les titres de films. C’est ainsi que « The Conjuring » est devenu « Conjuring : Les dossiers Warren » (de même pour le deuxième volet suivi de la mention « Le Cas Enfield »), ou encore le film « Life » dont le titre anglais a été conservé en français mais suivi de « Origine inconnue ». 

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire Tom !
      C’est intéressant que tu parles de ça, parce que j’avais également remarqué ce phénomène. J’ai beaucoup hésité à en parler mais j’ai décidé de ne pas le faire pour ne pas trop rallonger mon billet. 🙂

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