J’ai testé pour vous… Traduire, la nouvelle application de traduction d’Apple

Par Margaux Mackowiak, étudiante M2 TSM

Que vous possédiez un iPhone ou non, vous aurez peut-être entendu parler de la nouvelle application de traduction développée par Apple : Apple Translate, ou tout simplement nommée Traduire en français. L’app (nom donné par la marque à la pomme à ses applications) a été introduite avec la version iOS 14 annoncée en juin dernier lors de la WWDC 2020, à savoir la conférence mondiale des développeurs Apple, et installée automatiquement en effectuant la mise à jour iOS 14 depuis septembre. Parmi l’ensemble des moteurs de traduction automatique déjà présents sur le marché, l’app Traduire a-t-elle les atouts nécessaires pour leur faire concurrence ? C’est l’enquête que j’ai décidé de mener pour vous dans ce billet.

Prise en main et ergonomie

Lors du premier lancement de l’app, vous pourrez suivre un tutoriel vous indiquant de façon claire et simple les différentes fonctionnalités de l’outil de traduction et la manière de l’utiliser.

D’un point de vue ergonomique, l’interface est fluide et épurée, les couleurs sont neutres et agréables et s’adaptent en fonction du mode clair ou sombre paramétré dans les réglages de votre appareil. L’outil est simple d’utilisation, seuls quelques boutons sont présents à l’écran et leur utilité est rapidement identifiable, notamment après avoir lu le tutoriel. Sur ce point, nous pouvons admettre que l’interface est ergonomique.

Fonctionnalités

Nous avons le choix parmi 11 langues sources et cibles disponibles, et une supplémentaire selon la région géographique : l’allemand, l’anglais (des États-Unis ou du Royaume-Uni), l’arabe, le chinois (mandarin simplifié), le coréen, l’espagnol (d’Espagne), le français (de France), l’italien (d’Italie), le japonais, le portugais (du Brésil), ainsi que le russe.

Ce nombre est conséquent puisque, par comparaison, le moteur de traduction automatique à base de réseaux neuronaux DeepL ne propose qu’une variante géographique de plus. En incluant l’anglais britannique et l’anglais américain, nous arrivons ainsi à 130 combinaisons de paires de langues possibles pour Traduire.

De plus, l’outil d’Apple propose non seulement un système de traduction textuel, mais aussi vocal.

Qualité de traduction

Pour évaluer la qualité de Traduire, je vais comparer les traductions proposées par l’outil avec celles de DeepL et de Google Traduction et je vais le tester sur les problèmes récurrents rencontrés lors de l’utilisation des autres moteurs de traduction automatique.

Pour commencer, j’ai choisi un extrait du tutoriel officiel d’Apple en anglais, How to use Translate on your iPhone. Voici la traduction proposée par Traduire :

Traduire a donc traduit “When you download a language to use offline, it might take up space on your iPhone. You can remove a downloaded language whenever you want.” par « Lorsque vous téléchargez une langue pour utiliser hors ligne, cela pourrait prendre de la place sur votre iPhone. Vous pouvez supprimer une langue téléchargée quand vous le souhaitez. » Or, la version française de ce passage sur la page du tutoriel d’Apple en français est : « Le téléchargement d’une langue hors ligne peut occuper de l’espace sur votre iPhone. Vous pouvez à tout moment supprimer une langue téléchargée. »

On observe ainsi que la traduction de Traduire est compréhensible, certes, mais très littérale. L’app nous offre une traduction mot à mot, ce qui ne ferait pas l’affaire dans un texte officiel.

Pour tester l’outil sur la traduction de titres d’articles, j’en ai sélectionné un sur un sujet on ne peut plus d’actualité : celui de la Covid-19.

Ainsi, pour Coronavirus: UK ‘remains in containment phase’ – Johnson, l’app Traduire le traduit en français par Coronavirus : UK « reste en phase de confinement » – Johnson. On voit donc que l’outil n’a pas traduit ‘UK’ par ‘Le Royaume-Uni’, comme le font DeepL et Google Traduction. En français, il est aussi coutume d’ajouter le prénom et de ne pas uniquement nommer une personnalité par son nom de famille, ce que les moteurs de traduction automatique ne prennent pas encore en compte.

Ensuite, j’ai voulu vérifier si l’outil saurait localiser des éléments propres à différents pays. Pour ce faire, j’ai choisi un extrait de mode d’emploi d’un trotteur pour bébé. Voici la traduction d’une phrase tirée de la partie information des consommateurs :

Traduire a donc traduit “Call Consumer Relations 8 AM – 6 PM EST Monday through Friday.” par « Appelez Relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi ». Pour cette même phrase, DeepL et Google Traduction proposent « Appelez le service des relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi. »

L’app d’Apple a traité ‘Consumer Relations’ comme un nom propre, contrairement aux deux autres moteurs qui l’ont correctement traduit. En outre, les trois outils ont traduit EST (Eastern Standard Time) par HNE (heure normale de l’Est), mais n’ont pas localisé les chiffres en UTC+1, l’heure locale.

Voyons à présent ce qu’il en est des préjugés. Les moteurs de traduction automatique sont connus pour contenir des algorithmes qui reproduisent des stéréotypes racistes ou sexistes provenant des humains, comme en témoigne le billet de blog d’Estelle Peuvion de novembre 2019.

Qu’en est-il du cas de Traduire ? Pour le savoir, j’ai choisi deux métiers du corps hospitalier, à savoir les termes infirmier/infirmière et chirurgien/chirurgienne. Découvrons comment se comporte Traduire avec ces mots.

Si je saisis le texte suivant : “The nurse entered the room. He gave me my medicine.”, Traduire propose « L’infirmière est entrée dans la chambre. Il m’a donné mes médicaments. »

En plus de traduire ‘nurse’ par ‘infirmière’ par défaut, l’outil ne corrige pas le genre alors même que j’ai précisé qu’il s’agissait d’un homme dans la phrase suivante. DeepL et Google Traduction reproduisent la même erreur.

Dans l’exemple suivant, Traduire traduit “The surgeon asked her colleague to give her a scalpel.” par « Le chirurgien a demandé à sa collègue de lui donner un scalpel. »

Là encore, le genre n’est pas inconnu puisque j’ai indiqué à deux reprises qu’il s’agissait d’une femme. Toutefois, la machine considère que le spécialiste est un homme et que le collègue est une femme. Google Traduction propose la même solution, tandis que pour DeepL, les deux protagonistes sont des hommes.

Il est donc clair que l’ensemble des moteurs de traduction automatique reproduisent des clichés, et que, depuis l’article d’Estelle Peuvion mentionné précédemment, la situation n’a pas réellement évolué.

Pour terminer, j’ai choisi un exemple simple en me mettant à la place d’une touriste qui désire prendre un repas dans un restaurant.

Ici, la machine nous propose un faux sens. En retraduisant vers le français, le texte obtenu signifierait : « Bonjour, voudriez-vous savoir si vous mangez encore ? », ce qui est loin de notre texte source d’origine. La traduction correcte en anglais aurait été “Hello, I would like to know if you are still serving food?”. On constate que l’outil peut donc commettre des erreurs, même pour des questions simples que n’importe quel individu pourrait poser lors d’un séjour à l’étranger.

J’ai ici mis en exergue des erreurs qu’a commises la machine lorsque je l’ai testée, mais évidemment, cela n’arrive pas pour chaque phrase entrée par l’utilisateur. L’outil peut proposer des traductions correctes, toutefois, il est important de soulever les erreurs qu’il est susceptible de commettre pour savoir dans quelle mesure l’utiliser.

Aspects positifs et négatifs

S’offre à nous la possibilité de consulter l’historique récent de nos recherches en balayant l’écran vers le bas, ainsi que d’ajouter des traductions en favori qui seront enregistrées dans l’onglet Favorites en cliquant sur l’étoile.

Un dictionnaire est également intégré et accessible en touchant l’icône associée ou en appuyant directement sur un mot de la traduction proposée.

En outre, nous avons l’option de télécharger les langues que nous souhaitons pour pouvoir les utiliser en mode hors ligne, lors d’une absence de connexion Internet.

Lorsque le téléphone est incliné en mode paysage, l’outil permet de traduire des mots prononcés oralement en appuyant sur l’icône du micro. Si l’option de détection automatique est activée au préalable, l’outil reconnaîtra la langue parmi les deux sélectionnées et une voix lira automatiquement la traduction. Celle-ci pourra être réécoutée en appuyant sur l’icône de lecture (le symbole du triangle). L’icône de flèches en sens opposé permet, quant à elle, d’afficher la traduction proposée par l’outil en grands caractères blancs sur fond bleu.

Néanmoins, l’insertion de texte se fait uniquement en mode portrait, l’utilisation du micro étant requise en mode paysage.

L’app est gratuite mais uniquement accessible aux utilisateurs d’Apple propriétaires d’un iPhone avec la version iOS 14 ou une version ultérieure, elle ne détecte pas automatiquement les langues, et il se peut qu’elle commette des erreurs de traduction majeures.

Conclusion

Traduire s’avère particulièrement utile pour les personnes possédant un iPhone. À portée de main, cette application intégrée au smartphone permet de communiquer assez facilement dans une langue qu’on ne maîtrise guère, en voyage à l’étranger ou tout simplement en complément lorsqu’on désire en apprendre une nouvelle, et cela est d’autant plus vrai grâce au micro intégré. L’app est épurée, facile d’accès et simple d’utilisation.

Cependant, il faut se méfier des erreurs types des moteurs de traduction automatique, telles que la reproduction des stéréotypes, les contresens ou encore la non-traduction. Nous avons également vu que l’app peut fournir des traductions erronées, même pour des phrases simples.

Pour pouvoir être utilisée pour de la post-édition comme DeepL Pro par exemple, il faudrait que l’app soit disponible sur MacBook, ce qui n’est pas (encore) le cas, et qu’elle s’améliore sur les aspects négatifs mentionnés tout au long de cette analyse.

Évidemment, ce billet est basé en grande partie sur mon avis et mon expérience en tant qu’utilisatrice de l’application et étudiante en traduction. Des études seraient nécessaires pour mesurer le taux d’erreurs de l’outil et il faudrait les comparer avec celles réalisées jusqu’à présent pour les autres moteurs de traduction automatique. Il s’agit d’une application prometteuse, utile pour les particuliers, mais qui est pour l’instant loin d’être suffisante pour les professionnels de la traduction dans un contexte de post-édition. L’app Traduire ayant été introduite récemment, gardons toutefois à l’œil ce qu’Apple lui réserve, d’autant plus que peu d’éléments sont dévoilés à son sujet, comme le type de corpus qui la constitue et son degré de confidentialité.

Les images de ce billet sont des captures d’écran réalisées par mes soins via l’application pour iPhone ‘Traduire’, propriété d’Apple.

Sources :

App Store. « ‎Traduire ». https://apps.apple.com/fr/app/traduire/id1514844618

Apple Support. « How to Use Translate on Your IPhone », 16 septembre 2020. https://support.apple.com/en-us/HT211671

Apple Support. « Traduire du texte et des voix sur l’iPhone ». https://support.apple.com/fr-fr/guide/iphone/iphd74cb450f/ios

Apple Support. « Utiliser Traduire sur votre iPhone », 29 octobre 2020. https://support.apple.com/fr-fr/HT211671

« Containment Phase “Unlikely to Work on Its Own” ». BBC News, 9 mars 2020. https://www.bbc.com/news/av/uk-51809498

Innocente, Florian. « iOS 14 : « Traduire », l’app d’Apple pour les vacances à l’étranger ». iGeneration, 27 juin 2020. https://www.igen.fr/ios/2020/06/ios-14-une-app-traduire-pour-les-francais-mauvais-en-langues-etrangeres-115921

« Instruction d’utilisation Fisher-Price STRIDE-TO-RIDE WALKER 73499 ». Manualsbase.com. https://www.manualsbase.com/fr/manual/640474/baby_walker/fisher-price/stride-to-ride_walker_73499/

Loock, Rudy. Cours de recherche en traduction automatique dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

Peuvion, Estelle. « Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » MasterTSM@Lille (blog), 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/

Turcan, Marie. « iOS 14 est disponible : voici toutes les nouveautés sur votre iPhone ». Numerama, 17 septembre 2020. https://www.numerama.com/tech/632269-ios-14-toutes-les-nouveautes-a-venir-sur-iphone.html

Van der Vorst, Sarah et Pacinella, Quentin. Cours de traduction automatique et post-édition dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

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